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Le Journal de la Huronne/La Houille rouge/Novembre 1918

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2 novembre 1918.

L’Autriche s’est rendue sans conditions. On a su hier que l’armistice était conclu. Une stupeur dans la foule. Elle est presque incrédule. Elle n’ose pas se réjouir. On lui a tellement répété que la paix était honteuse, impossible.

Bien que l’offre de paix séparée fût du 28, les Italiens ont poussé jusqu’à l’armistice une offensive « foudroyante ». Ah ! l’inutile cruauté de ces ruées suprêmes… Elles ne satisfont vraiment que l’instinct de poursuite et de vengeance, le goût de l’exploit guerrier et des distinctions. L’avance des Italiens pouvait-elle, selon la formule, leur assurer une paix plus avantageuse ? Non, puisque l’Autriche se rendait à merci. Et je pense aux deux meurtrières offensives des Belges, le mois dernier. Tous les pourparlers de paix — et plus sûrement les derniers — promettaient en première ligne la libération de la Belgique. Les Belges étaient certains de recouvrer leur territoire. Pourtant, ils ont voulu le reconquérir « par les armes. »

Nos stratèges de presse s’efforcent de donner à la reddition autrichienne un caractère purement militaire. Déjà, ils avaient démontré que les Bulgares et les Turcs — ces derniers ont conclu un armistice le 31 octobre — avaient été vaincus par la seule force des armes. Il est pourtant bien certain que l’Autriche a surtout succombé sous l’excès de ses misères et de ses souffrances. La situation militaire n’a joué qu’un rôle de second plan. La preuve ? C’est que l’Autriche envahissait l’Italie jusqu’à la Piave et qu’elle n’avait pas subi d’échec récent. Cependant, elle s’est rendue sans conditions !

Vainement s’efforcera-t-on d’appliquer les notions anciennes à cette guerre nouvelle, de la faire entrer dans ces cadres vermoulus. Mais on prépare l’histoire… et les futurs armements. On habille en militaires les causes économiques.

Et puis, crier qu’aujourd’hui, en régime de nations armées, les peuples demandent la paix quand ils crèvent de lassitude et de faim, ce serait enlever à la guerre son auréole.

7 novembre 1918.

Enfin !… Foch va faire connaître aux plénipotentiaires allemands les conditions de l’armistice. Pourvu qu’ils puissent les accepter…

Ah ! voir ce jour sans pareil, où l’on ne tuera plus.

9 novembre 1918.

Les délégués allemands ont 72 heures pour répondre.

Leur demande de suspension d’armes immédiate est repoussée.

On se bat toujours. Je voudrais tant avoir mon fils près de moi…

10 novembre 1918.

Demain, on saura. Oh ! cette attente… Le Kaiser abdique. Pendant qu’on traite, on tue. Hier, les journaux imprimaient : « Poursuite triomphale ! Reprise de Rethel… » Horreur, triple horreur !…

Journaux du 12 novembre 1918 :

« Nous avons le regret d’annoncer la mort de Mme Pierre Ciboure, femme du président du Conseil d’Administration des Forges et Aciéries de Val-Oreuse, décédée accidentellement à son domicile, le 11 novembre 1918.

« Elle venait d’apprendre la mort de son fils René Ciboure, Sous-lieutenant d’Artillerie, Croix de Guerre, tombé glorieusement devant Rethel, au Champ d’Honneur. »