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Le Lalita-Vistara, ou Développement des jeux/Chapitre VII

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Traduction par Philippe-Édouard Foucaux.
Texte établi par Musée Guimet, Paris (Annales du Musée Guimet, tome 6p. 73-105).

CHAPITRE VII

Ainsi, Religieux, dix mois étant passés, et le temps de la naissance du Bôdhisattva étant venu, trente-deux signes précurseurs apparurent dans le parc du roi Çouddhôdana. Lesquels (au nombre de) trente-deux ? Toutes les fleurs, entr’ouvrant leurs calices, ne s’épanouissaient pas. Dans les étangs, les lotus bleus, jaunes, rouges et blancs, entr’ouvrant leurs boutons, ne fleurissaient pas. De jeunes arbres à fleurs et à fruits s’étant élevés du sol, entr’ouvrant leurs boutons, ne fleurissaient pas. Huit arbres précieux apparurent. Vingt mille précieux trésors ayant surgi, restèrent visibles. Dans l’appartement intérieur, des rameaux précieux apparurent. Des eaux de senteur froides et chaudes, imprégnées de parfums suaves, se mirent à coulât Des flancs de l’Himavat, les petits des lions étant venus joyeux à Kapila la ville excellente et ayant trois fois tourné autour en présentant le côté droit, s’arrêtèrent aux seuils des portes sans faire de mal à aucun être. Cinq cents jeunes éléphants blancs étant venus, touchèrent les pieds du roi Çouddhodana avec le bout de leurs trompes. Les enfants des dieux avec leurs ceintures attachées, furent aperçus allant et venant dans l’appartement intérieur du roi Çouddhodana. Suspendues dans l’étendue des deux et montrant la moitié de leur corps, les filles de Nâgas furent aperçues tenant les divers ustensiles des sacrifices. Dix mille filles des dieux ayant à la main des éventails de queue de paon apparurent immobiles dans l’étendue des cieux. Dix mille urnes pleines furent aperçues faisant le tour de la grande ville de Kapilavastou, en présentant le côté droit. Dix mille filles des dieux, tenant sur leur tête des vases d'or pleins d'eau de senteur, furent aperçues immobiles. Dix railles tilles de dieux portant des parasols, des étendards, des bannières, furent aperçues immobiles. Plusieurs centaines de mille de filles des dieux, portant des conques, des tambours suspendus à leur cou, furent aperçues immobiles et attendant. Tous les vents apaisés ne soufflaient pas. Toutes les rivières et les ruisseaux arrêtés, ne coulaient pas. La lune, le soleil, les chars célestes, les planètes, la foule des étoiles restaient sans mouvement. On était dans la conjonction de l'astérisme Pouchya. La demeure du roi Çouddhôdana était couverte d’un treillage précieux. Le feu ne bridait pas. Aux galeries, aux palais, aux terrasses, aux portiques, on vit (suspendues) des perles et des pierres précieuses. Des magasins de toiles blanches, des magasins de diverses choses précieuses, furent vus grand ouverts. Les cris des corneilles, des hiboux, des vautours, des loups et des chacals avaient cessé et les sons les plus agréables étaient entendus. Tous les travaux des hommes étaient interrompus. Les lieux hauts et bas de la terre furent nivelés. Tous les carrefours, les places, les rues, les marchés, unis comme la paume de la main, brillaient, tout couverts de fleurs. Toutes les femmes enceintes accouchaient heureusement. Toutes les divinités des bois de Salas, se montrant à mi-corps au milieu du feuillage, furent aperçues immobiles et inclinées avec respect.

Tels furent les trente-deux signes précurseurs qui apparurent.

Alors la reine Mâyâ, par le pouvoir de la splendeur du Bôdhisattva lui-même, ayant connu que le temps de la naissance du Boddhisattva était venu, à la première veille de la nuit, étant allée trouver le roi Çouddhôdana, lui adressa ces Gâthâs.

1. Sire, écoutez-moi vous dire quelle est ma pensée. Il y a bien longtemps que l'idée d'un jardin m'est venue.

Si ce n'est pour vous ni un déplaisir, ni une gêne, ni un trouble, puissé-je aller promptement à la terre du jardin de plaisance !

2. Vous êtes ici soumis à la pénitence, appliqué aux pensées de la loi ; pour moi, je porte un être pur entré en moi depuis longtemps. Les Salas, les plus beaux des arbres sont couverts de fleurs épanouies ; il est convenable, ô roi, d'aller à la terre du jardin de plaisance.

3. La plus belle des saisons, le printemps, est pour les femmes une occasion de se parer. Les chants des Kôkilas et des paons résonnent au milieu des bois. Pure, brillante et variée, voltige la poussière des fleurs. Eh bien, donnez l'ordre, sans retard.

4. Après avoir entendu ce discours de la reine, le maître des rois, satisfait et l'esprit joyeux, dit aux gens de sa suite : Faites préparer les chevaux, les éléphants, les chars et les fantassins ; ornez le (jardin) Loumbini qui a les qualités par excellence.

5. Faites préparer vingt mille éléphants pareils aux montagnes bleuâtres, ayant la couleur des nuages, bien parés de perles et d'or, enveloppés de réseaux d'or, aux flancs ornés de clochettes, les rois des éléphants à six défenses.

6. Faites préparer vingt mille chevaux blancs comme la neige et l'argent, aux belles crinières tressées, aux flancs ornés d'or, avec des réseaux auxquels pendent des clochettes, légers et rapides comme lèvent, pour être les montures du roi.

7. Faites préparer promptement des troupes de guerriers courageux, aimant les combats, ayant à la main des épées, des arcs, des flèches, des javelots, au nombre de vingt mille et qu'ils gardent avec respect Mâyâ et sa suite.

8. Parez le jardin de Loumbini d'ornements d'or et de perles ; décorez tous les arbres d'un grand nombre de vêtements précieux de toute espèce, comme le Nandana des dieux embelli de toutes sortes de fleurs.

9. Les serviteurs ayant entendu ces paroles, les montures furent aussitôt préparées et le jardin de Loumbini décoré.

Les serviteurs dirent :

Victoire ! victoire ! prince des hommes, conservez longtemps le vie. Tout a été fait comme vous avez dit. Le temps est venu. Seigneur, voyez !

10. Alors le meilleur prince des hommes ayant l'esprit joyeux, étant entré dans le plus beau des palais, parla ainsi aux femmes : Que celle à qui je suis cher et celle qui désire me plaire, que celle-là exécute mes ordres en parant sa personne.

11. Les vêtements imprégnés des plus doux parfums, aux couleurs variées, moelleux et ravissant le cœur, revêtez-les avec joie ; parez-vous de colliers de perles étalés sur votre poitrine ; montrez toutes, aujourd'hui, la splendeur de vos parures.

12. Préparez des tambours, des luths, des flûtes, des harpes, des tambourins, cent mille instruments ravissant le cœur ; rendez plus grande la joie des filles des dieux. Après avoir entendu la douceur des sons, que les divinités elles-mêmes soient charmées.

13. Qu'elle soit seule dans ce meilleur des chars, la reine Mâyâ ; que ni un homme, ni une autre femme n'y monte. Que des femmes aux vêtements variés traînent le char. Qu'on ne fasse entendre nulle part un son désagréable ou discordant.

14. Les chevaux, les éléphants, les chars, les soldats, toute l'armée heureuse qui se tenait à la porte du roi fit entendre un grand bruit pareil à celui de la mer agitée, quand la reine Mâyâ sortant du palais arriva au seuil de la porte.

15. Cent mille cloches résonnèrent en signe de bénédiction ; le char brillant fut orné par le roi ; et de plus, par des milliers de dieux assis sur des trônes divins, quatre arbres précieux furent couverts de feuilles et de fleurs.

16. Les paons, les cigognes et les cygnes firent entendre leurs cris réjouissants ; des parasols, des étendards, des bannières furent étendus de tous côtés ; les femmes des dieux, dans le ciel, regardent ce char couvert de vêtements divins.

17. Elles font entendre un doux et divin concert de louanges quand Mâyâ s'assied sur le meilleur des trônes. La terre des trois mille (mondes) fut ébranlée fortement de six manières. (Les dieux) agitèrent leurs vêtements et jetèrent les fleurs les plus belles.

18. Aujourd'hui le plus grand des hommes nait dans le Loumbinî. Les quatre gardiens du monde traînent le char. Indra lui-même, maître des Tridaças, purifie la route. Brahmâ marche en avant, écartant les gens mauvais.

19. Cent mille dieux les mains jointes s'inclinent respectueusement. Le roi, l'esprit satisfait, regarde toutes ces évolutions. Il lui vient à la pensée : Celui auquel les quatre gardiens du monde, Brahmâ et les dieux avec Indra.

20. Font un si grand honneur, sera certainement Bouddha. Il n'y a pas, dans les trois mondes, un être qui pût supporter cet honneur. Dieu ou Nâga, Çakra, Brahmâ et les gardiens du monde lui briseraient alors la tête et le priveraient de la vie.

21. Mais celui-ci, qui est au-dessus des dieux, supporte tous les honneurs.

Alors, Religieux, Mâyâ-Dêvî entourée de quatre-vingt-quatre mille chars attelés de chevaux, de quatre-vingt-quatre mille chars portés par des éléphants, tous parés d'ornements de toute espèce, bien gardée par une armée de quatre-vingt-quatre mille soldats au courage héroïque, beaux et bienfaits, bien armés de boucliers et de cuirasses ; précédée par soixante mille femmes des Çâkyas, protégée par quarante mille parents du roi Çouddhôdana, nés dans des familles de la branche paternelle, vieux, jeunes et d'un âge mûr ; entourée de soixante mille personnes de l'appartement intérieur du roi Çouddhôdana, chantant et faisant entendre un concert de voix et d'instruments de toute espèce ; entourée de quatre-vingt-quatre mille filles des dieux, de quatre-vingt-quatre mille filles des Nâgas, de quatre-vingt-quatre mille filles des Gandharvas, de quatre-vingt-quatre mille filles des Kinnaras, de quatre-vingt-quatre mille filles des Asouras, ayant achevé toutes sortes d'arrangements et d'ornements, chantant des airs et des louanges de toutes sortes. Suivie (de ce cortége, la reine) sortit (du palais). Tout le jardin de Loumbinî arrosé d'eau de senteur fut rempli de fleurs divines ; et tous les arbres, dans le plus beau des jardins, quoique ce ne fut pas la saison, donnèrent des feuilles et des fruits. Et ce jardin fut parfaitement orné par les dieux, comme, par exemple, le jardin Miçraka est parfaitement orné par les dieux.

Alors, Mâyâ-Dêvî étant entrée dans le jardin de Loumbinî et étant descendue de ce char excellent, entourée des filles des hommes et des dieux, elle allait d'un arbre à un autre, se promenait de bosquet en bosquet, regardant un arbre puis un autre, successivement jusqu'à ce Plakcha, le plus précieux entre les grands arbres précieux, aux branches bien proportionnées, portant de belles feuilles et de beaux bourgeons, tout couvert des fleurs des dieux et des hommes, exhalant les parfums les plus suaves, aux branches duquel sont suspendus des vêtements de diverses couleurs, étincelant de l'éclat varié de différentes pierres précieuses, complètement orné de toutes sortes de joyaux depuis la racine jusqu'à la tige ainsi qu'aux branches et aux feuilles, aux branches bien proportionnées et bien étendues, placé sur le sol de la terre à un endroit uni comme la paume de la main, et bien couvert d'un tapis de gazon vert comme le cou des paons et doux au toucher comme un vêtement de Kâtchilindi, (cet arbre) sur lequel se sont appuyées les mères des précédents Djinas, loué par les chants des dieux, beau, sans tache et parfaitement pur, salué par des centaines de mille de dieux Gouddhâvâsas à l'esprit apaisé, qui courbent leurs tètes avec leurs tresses et leurs diadèmes pendants, c'est vers ce Plakcha qu'elle s'avança.

Ensuite, cet arbre Plakcha, par la puissance de la gloire du Bôdhisattva, s'inclina en saluant. Alors, Mâyâ-Dêvî avant étendu le bras droit pareil à la vue d'un éclair dans le ciel, puis ayant saisi une branche du Plakcha, en signe de bénédiction et regardant l'étendue du ciel en faisant ua bâillement, elle resta immobile. En cet instant, du milieu des dieux Kâmàvatcharas, soixante mille Aspsaras s'étant approchées pour la servir lui font une escorte d'honneur.

Accompagné de la manifestation d'une pareille puissance surnaturelle fut le Bôdhisattva entré dans le sein d'une mère. Au terme de dix mois accomplis, il sortit du côté droit de sa mère, ayant le souvenir et la science sans être atteint par les taches du sein de la mère, comme cela n'est dit d'aucun autre, car, pour les autres, on dit la tache du sein.

Au même instant, Religieux, Çakra, le maître des dieux, et Brahmâ, le maître des Sahas, se tenaient devant lui. Tous les deux remplis du plus profond respect, se rappelant et reconnaissant à son corps et aux parties de son corps le Bôdhisattva enveloppé d'un vêtement divin de Kâçi, le prirent (dans leurs bras).

Et le palais (Koûṭâgara) dans lequel se tenait le Bôdhisattva, quand il était dans le sein de sa mère, Brahmâ, le maître des Sahas, et les fils des dieux Brahmakâyikas l’ayant enlevé, l’emportèrent dans le monde de Brahmâ pour en faire un Tchâitya et pour l’honorer. Le Bôdhisattva ne fut donc touché par aucun être humain, mais ce furent des divinités qui, en premier lieu, le reçurent.

Le Bôdhisattva, aussitôt sa naissance, descendit à terre. Et aussitôt que le Bôdhisattva Mahâsattva y fut descendu, un grand lotus perçant la terre, apparut. Nanda et Oupananda, tous les deux rois des Nâgas, se montrant à mi-corps dans l’étendue du ciel, ayant fait apparaître deux courants d’eau froide et chaude, baignèrent le Bôdhisattva. Çakra, Brahmâ, les gardiens du monde marchent en avant, et bien d’autres fils des dieux, au nombre de plusieurs centaines de mille, qui, aussitôt que le Bôdhisattva est né, avec toutes sortes d’eaux de senteur, avec des fleurs fraîches, baignent et couvrent son corps. Dans l’air, deux Tchâmaras et un parasol précieux apparurent. Et lui, se tenant sur le grand lotus, regarda les dix points de l’espace, avec le coup d’œil du lion, avec le coup d’œil du grand homme.

En ce moment aussi, Religieux, fut produit l’œil divin du Bôdhisattva, né de la maturité complète de la racine de la vertu antérieure. Avec cet œil divin que rien n’arrête, il vit, tout entière, la réunion des trois milles grands milliers de mondes, avec ses villes, ses villages, ses provinces, ses capitales, ses royaumes ainsi que les dieux et les hommes. Il connut parfaitement la pensée et la conduite de tous les êtres ; et les ayant connues, il regarda de tous côtés. « Y a-t-il un être quelconque qui soit semblable à moi par la bonne conduite, ou la contemplation, ou la science, ou l’emploi de la racine de la vertu ? » Et alors le Bôdhisattva, dans la masse des trois mille grands milliers de mondes, ne vit aucun être égal à lui.

En ce moment, le Bôdhisattva, comme un lion, exempt de crainte et de terreur, sans peur, se rappelant une bonne pensée, et, après avoir réfléchi, ayant connu la pensée et la conduite de tous les êtres, sans être soutenu par personne, le Bôdhisattva, la face tournée vers la région orientale et ayant fait sept pas, dit : Je serai celui qui marche en avant de toutes les lois qui ont la vertu pour racine. Pendant qu’il marchait, au-dessus de lui, dans l’air, sans qu’il fût soutenu (par personne) un grand parasol blanc divin et deux beaux chasse-mouches le suivaient pendant qu’il s’avançait. Partout où le Bôdhisattva mettait le pied, partout là aussi naissaient des lotus. De même, en faisant face à la région méridionale, ayant fait sept pas : Je serai digne des offrandes des dieux et des hommes. En faisant face à la région occidentale, ayant fait sept pas, et s’étant arrêté au septième pas, comme un lion, il prononça ces paroles de satisfaction : Dans le monde, je suis le plus excellent ; dans le monde, je suis le meilleur ! C’est là ma dernière naissance ; je mettrai fin à la naissance, à la vieillesse, à la maladie, à la mort ! En faisant face à la région septentrionale, ayant fait sept pas : Je serai sans supérieur parmi tous les êtres ! En faisant face à la région inférieure, après avoir fait sept pas : Je détruirai le démon et son armée ; et pour les êtres qui sont dans les enfers, afin de détruire le feu de l’enfer, je ferai tomber la pluie du grand nuage de la loi, par lequel ils seront remplis de joie !

En faisant face à la région supérieure, ayant fait sept pas, il regarda en haut : C’est en haut que je serai visible pour tous les êtres ! Et aussitôt ces paroles prononcées par le Bodhisattva, au même instant, la réunion des trois mille grands milliers de mondes fut bien informée par une voix : Voilà l’essence de la science manifeste née de la maturité complète de l’œuvre du Bôdhisattva.

Quand un Bôdhisattva qui en est à sa dernière existence vient à naître, et quand il se revêt de la qualité parfaite et accomplie d’un Bouddha, alors de semblables manifestations de sa puissance surnaturelle ont lieu.

En ce moment aussi, Religieux, tous les êtres sentirent leurs pores frissonner de plaisir. Dans le monde il y eut un grand tremblement de terre, effrayant et faisant frisonner les pores. Les instruments de musique des dieux et des hommes, sans être touchés, se firent entendre ; et les arbres de toutes les saisons, dans la masse des trois mille grands milliers de mondes, furent couverts de fleurs et de fruits et parfaitement purs. Du haut du ciel le bruit des nuages se fit entendre ; puis, du ciel dégagé des nuages, un dieu fit tomber une pluie légère. Emportant toutes sortes de fleurs, de vêtements, d’ornements, de poudres parfumées du pays des dieux, les vents au contact très doux et d’une odeur suave se mirent à souffler. Tous les points de l’espace, dégagés des ténèbres, de la poussière, de la fumée et du brouillard, prirent un aspect serein et lumineux. Du haut de l’atmosphère, les grands bruits de Brahmâ, invisibles, prolongés, se firent entendre. Toutes les splendeurs de Tchandra, de Soûrya, d’Indra, de Brahmâ et des gardiens du monde furent éclipsées. Par une lumière ayant l’éclat de cent mille couleurs, d’un contact extrêmement agréable et produisant le bien-être dans le corps et l’esprit de tous les êtres, surpassant celle du monde, la réunion des trois mille grands milliers de mondes fut éclairée de tous côtés.

Aussitôt que le Bôdhisattva fut né, tous les êtres furent remplis d’un extrême plaisir. Tous furent délivrés de la passion, de la haine, de l’ignorance, de l’orgueil, de la tristesse, de l’abattement, de la crainte, de l’envie et delà jalousie, et toutes les actions contraires à la vertu cessèrent. Les souffrances des êtres malades furent calmées. Des êtres pressés par la faim et la soif, la faim et la soif furent apaisées. Les gens enivrés et égarés par des liqueurs cessèrent d’être ivres. La mémoire fut retrouvée par les insensés, la vue obtenue par les aveugles, l’ouïe obtenue par les êtres privés de l’ouïe. Ceux dont les membres ou une partie des membres et les sens étaient imparfaits, eurent des organes sans imperfection’. Des richesses furent obtenues par les pauvres ; les prisonniers furent délivrés de leurs liens ; de tous les êtres jetés dans l’Avitchi et les autres enfers, la souffrance venant de toute cause fut apaisée. La misère des êtres réduits à la condition des bêtes et se dévorant les uns les autres, ainsi que les autres maux furent apaisés. La faim, la soif et le reste des souffrances des êtres du monde de Yama, furent aussi apaisées.

Et lorsque le Bôdhisattva, aussitôt sa naissance, se fut avancé de sept pas, après avoir obtenu, au bout du temps incommensurable de cent mille Niyoutas de Kotis de Kalpas, par l’effet de bonnes œuvres accomplies, d’être doué d’une grande énergie et d’une grande force, par l’acquisition de l’essence de la loi, à ce moment même, les Boudhas Bhagavats qui demeurent aux dix points de l’espace de la réunion des mondes, donnèrent à cet endroit de la terre la nature du diamant, de sorte que la grande terre, en cet endroit, ne fut pas bouleversée.

Religieux, c’est doué d’une grande force telle que le Bôdhisattva, aussitôt sa naissance, fit sept pas, et, tous les espaces du monde furent, on ce moment, remplis d’une grande lumière. Il y eut, en ce moment, un grand bruit de chant et un grand bruit de danse. En ce moment, d’innombrables nuages de fleurs, de poudres odorantes, de parfums, de guirlandes, de perles, d’ ornements, de vêtements, tombèrent en profusion, comme la pluie, et tous les êtres furent remplis de la plus grande joie. Telles furent, en abrégé, les choses qui s’accomplirent lorsque le Bôdhisttava, bien élevé au-dessus de tous les mondes, naquit en ce monde.

Alors, Âyouchmat Ânanda s’étant levé de son siége, ayant rejeté son manteau sur une épaule et mis le genou droit à terre, s’inclina du côté où était Bhagavat, enjoignant les mains, et lui dit : Le bienheureux Tathâgata a été un sujet d’étonnement pour tous les êtres. Le Bôdhisattva lui-même est en possession d’une loi merveilleuse. Que dire de plus, quand il est ainsi revêtu de la qualité sans supérieure d’un Bouddha parfait et accompli ?

Et moi, ô Bhagavat, jusqu’à quatre fois, jusqu’à cinq fois, jusqu’à dix fois, jusqu’à cinquante fois, jusqu’à plusieurs centaines de mille fois, je vais eu refuge vers le Bouddha Bhagavat ?

Après qu’Ayouchmat Ananda eut parlé ainsi, Bhagavat lui dit : Il y aura certainement, Ananda, dans un temps à venir, plusieurs Religieux aux corps inimaginables, à l’esprit inimaginable, à la conduite inimaginable, à la science inimaginable, ignorants, inhabiles, extrêmement fiers, orgueilleux, arrogants, sans frein, à l’esprit dissipé, remplis de convoitise, ayant beaucoup de doutes, sans foi, faisant tache au milieu des Çramanas, ayant une conduite opposée à celle des Çramanas, qui ne croiront pas qu’une pareille descente du Bôdhisattva dans le sein de sa mère est parfaitement pure. S’étant rassemblés d’un seul côté, ils se diront l’un à l’outre : Voyez donc cette chose sans dignité : pour le Bôdhisattva entré dans le sein de sa mère, et mêlé à un amas d’excréments, il y a eu un pareil pouvoir surnaturel ? et en sortant vraiment par le flanc droit de sa mère, il n’a pas été souillé par la tache du sein maternel. Comment cela est-il digne ? Et ces hommes do ténèbres ne reconnaitront pas que, pour les êtres qui ont fait de bonnes œuvres, le corps ne participe pas à un amas d’excréments impurs. Excellents, au contraire, sont l’entrée de tels êtres dans le sein d’une mère et le séjour qu’ils y font, car c’est par commisération pour les êtres qu’un Bôdhisattva naît dans le monde des hommes, car s’il est dieu, il ne fait pas tourner la roue de la loi. Et à cause de cela, Ananda, comment les êtres ne tomberaient-ils pas dans le découragement ? (Ils diraient) : Bhagavat Tathâgata Arhat est véritablement Bouddha parfait et accompli ; mais nous, n’étant que des hommes, nous sommes incapables d'en remplir les conditions. Et ils tomberaient dans le découragement. Il ne viendra jamais à la pensée de ces hommes de ténèbres, voleurs de la loi : «. Il est vraiment incompréhensible, cet être ! Il ne saurait être mesuré par nous ! » Et de plus, Ananda, en ce temps-là, ils ne croiront pas possible la manifestation de la puissance surnaturelle du Bouddha, à plus forte raison, les manifestations delà puissance surnaturelle du Tathâgata Bôdhisattva étant Bôdhisattva. Ananda, quflk> suite de conceptions déréglées concevront ces hommes de ténèbres ! Eux qui rejetteront les lois du Bouddha, vaincus par le gain, les honneurs et la renommée, ces hommes vils et grossiers, plongés dans la fange, vaincus par le gain elles honneurs. Ananda dit : Il y aura, Bhagavat, dans un temps à venir, de pareils religieux qui rejetteront un aussi excellent Soûtra et parleront contre lui ? Bhagavat dit : De pareils hommes, Ananda, qui rejetteront cette fin des Soûtras, parleront contre lui, et concevront bien d'autres conceptions coupables, sans souci de leurs devoirs de Çramanas, paraîtront certainement. Ananda dit : Quelle sera donc, o Bhagavat, la voie de pareils hommes sans vertu, quelle sera leur destinée future ?

Bhagavat dit : La voie de ceux qui, avant nié l’intelligence suprême du Bouddha et des Bouddhas passés, futurs et présents, glosent sur les Bouddhas Bhagavats, iront dans cette voie.

Alors Âyouchmat Ananda ayant senti ses pores frissonner (interrompant Bhagavat) s'écria : Adoration au Bouddha ! et il dit à Bhagavat : Mon corps a été pris de défaillance, 6 Bhagavat, en apprenant quelle doit être la conduite de ces hommes sans vertu.

Bhagavat dit : Ananda, la conduite de ces êtres n'étant pas réglée, ils iront avec ceux qui ont une conduite déréglée et, par cette conduite déréglée, ils tomberont dans l'Avitchî, le grand enfer.

Pourquoi cela ? Quels qu'ils soient, Ananda, les religieux ou religieuses, dévots ou dévotes, qui, ayant entendu un pareil Soûtra, ne l'accueilleront pas bien, n'y auront pas fui, et le rejetteront, seront, aussitôt leur mort, précipités dans l'Avitchî, le grand enfer. Ânanda, qu'on ne mesure pas le Tathâgata ! Pourquoi ? c'est que, Ananda, le Tathâgata est incommensurable, profond, très grand, difficile à pénétrer. Ânanda, pour ceux quels qu'ils soient, qui, après avoir entendu un pareil Soûtra, auront obtenu joie, plaisir et apaisement, ces êtres-là auront lui grand profit ; fructueuse sera leur vie d'homme, ils auront une bonne conduite ; par eux sera recueillie l'essence (de la loi), ils seront délivrés des trois voies mauvaises, ils seront les fils du Tathâgata, tout ce qui est nécessaire sera obtenu par eux. Fructueuse pour eux sera l'acquisition de la foi, et bien partagée jar eux sera la nourriture du royaume ; ces premiers des êtres seront apaisés. Par eux seront brisées les chaînes du démon et par eux sera dépassé le désert de la vie émigrante. Par eux sera retirée la flèche de la douleur, et un trésor de grande joie obtenu par eux. Des voies de refuge ont été bien prises par eux. Ils sont dignes d'offrandes et méritant d'être soutenus.

Pourquoi cela ? c'est que, dans le monde entier, ils ont foi en la loi du Tathâgata, laquelle est en désaccord avec tous les mondes. Ânanda, ces êtres n'ont pas été doués d'une racine inférieure de vertu, et ces êtres seront mes amis, liés par une seule (et dernière) naissance.

Pourquoi cela ? Tel, ô Ânanda, est agréable et plaisant à entendre ; tel, bien qu'agréable et plaisant à voir, ne l'est cependant pas à entendre. Pour ceux, quels qu'ils soient, auxquels je puis être agréable avoir et à entendre, tu peux en conclure qu'ils sont mes amis, liés par une seule naissance. Ceux-là sont vus par le Tathâgata et destinés à être délivrés par le Tathâgata vers lequel ils sont allés en refuge. Ils ont une part de qualités égale à celle du Tathâgata, et sont destinés à faire des Oupâsakas (dévots). Les êtres qui, après être venus autrefois en ma présence, ô Ananda, pendant que je menais la vie d'un Bôdhisattva, quels qu'ils fassent, talonnés par la crainte, ont imploré la sécurité, je l'ai donnée, la sécurité, à ces êtres, à plus forte raison, aujourd'hui que je suis en possession de la qualité parfaite et accomplie d'un Bouddha ; Ananda, il faut s'appliquer à la foi ; cela h Tathâgata le recommande. Ananda, ce qui a été fait par le Tathâgata doit être fait par vous. L'aiguillon de l'orgueil a été purifié par le Tathâgata. Ananda, [tarée qu'on a entendu parler d'un ami, m' va-t-on pas jusqu'à la distance de cent Yôdjanas ? Et après y être allé, on est tout joyeux ; à plus forte raison, en voyant un ami qu'mi n'avait pas vu auparavant, eux qui, s'étant réfugiés vers moi, feront croître les racines de la vertu, ô Ânanda, les Tathâgatas Arhats véritablement Bouddhas parfaits et accomplis les connaîtront. Ces êtres, autrefois les amis des Tathâgatas sont nos amis, telle est ma pensée. Pourquoi cela ? C'est en vérité, o Ânanda, qu'un ami et celui qui est agréable à cet ami, gagne le cœur. C'est que l'ami même qui est agréable à cet ami celui-là aussi est agréable et gagne le cœur. C'est pourquoi, Ananda, je vous exhorte et je vous fais comprendre : Produisez seulement la foi et nous conduirons ceux-ci eu présence des Tathâgatas futurs, Arhats véritablement Bouddhas parfaits et accomplis, en disant : ils sont aussi nos amis ! et l'ayant appris, ils rempliront complètement votre désir. Ainsi, par exemple, Ananda, si un homme avait un fils unique, et que cet homme au langage agréable et attirant les respects eût beaucoup d'amis, ce fils, le père étant mort, ne serait pas dans la misère, très bien accueilli par les amis de son père. Tout de même, Ananda, ceux, quels qu'ils soient, qui ont foi en moi, ceux-là je les accueille comme des amis, eux qui sont venus en refuge vers moi. Le Tathâgata a beaucoup d'amis et ces amis du Tathâgata qui disent la vérité et ne disent pas de mensonge, je les contîe aux futurs Tathâgatas Arhats véritablement Bouddhas parfaits et accomplis ; c'est à la foi, ô Ananda, qu'il faut s'appliquer, c'est là ce que je vous recommande !

Ainsi donc, le Bôdhisattva étant né, de l'étendue des cieux qu’elles étaient venues, des centaines de mille de Niyoutas de Kôtis d'Apsaras couvraient Mâyâ-Dêvî de fleurs, de parfums, de guirlandes, d'onguents, de vêtement et d'ornements.

Et là il est dit :


21. Avant le noble éclat de l'or pur et sans tache, ayant l'éclat delà lune et du soleil, soixante mille Apsaras divines, au son de voix harmonieux, étant en ce moment venues dans le Loumbinî, dirent à Mâyâ Dêvi : Ne te mets pas en peine ; nous sommes heureuses d'être ici à ton service !

22. Parle, que faut -il faire ? que ferons-nous ? Qu'est-ce qui t'est nécessaire ! Nous sommes toutes-prêtes à te rendre service et joyeuses de cet emploi. Sois donc remplie de la plus grande joie et n'engendre aucun souci, toi qui, bientôt feras, ô Reine, naître aujourd'hui le meilleur des médecins, destructeur de la vieillesse et de la mort.

23. Puisque ces arbres Çâlas se sont couverts de fleurs épanouies, puisque les dieux, par centaines de mille, se tenant à côté de toi, s'inclinent en étendant les bras ; puisque cette terre avec la mer a tremblé de six manières, tu mettras au monde un fils renommé dans le ciel et sur la terre, supérieur à tous dans le monde.

24. Puisque de beaux rayons très purs, couleur d'or, brillent, et que cent instruments agréables, sans être touchés, résonnent dans l'air ; puisque cent mille dieux Çouddhâvâsas, purs et délivrés de passion, s’inclinent l’esprit joyeux, aujourd’hui tu donneras le jour à un fils qui sera le secours de tous les mondes.

25. Puisque Çakra, Brahmâ et les gardiens du monde ainsi que d’autres divinités, l’esprit joyeux et satisfait, se tiennent à ton côté, adorant en étendant les bras, ce lion des hommes dont les vonix sont accomplis, ouvrant le flanc de sa mère, pareil à une montagne d’or, il en est sorti le guide du monde, à l’éclat pur.

26. Çakra et Brahmâ, tous les deux, avec leurs mains reçoivent le Mouni ; cent mille champs tremblent et des rayons purs sont répandus ; dans les trois voies mauvaises, les êtres sont heureux et il n’y a pas de douleur. Cent mille dieux jettent des fleurs et agitent des vêtements.

27. Douée de force et de vigueur, ayant la nature du diamant, la terre alors demeura ferme. Un lotus d’une beauté merveilleuse naquit partout où, sur ses deux pieds embellis de la marque d’une roue, se tint le guide par excellence. Après avoir fait sept pas, celui qui a la voix de Brahmâ fit entendre la meilleure des proclamations : Je serai le meilleur de tous les médecins, le destructeur de la maladie et de la mort.

28. Se tenant dans le ciel, le plus grand des (dieux) Brahmas et Cakra le plus grand des dieux (Trayastrimçats), avec des eaux de senteur pures, suaves et rafraîchissantes, baignent le guide par excellence. Et aussi, deux rois des Nâgas (Nanda et Oupânanda). se tenant dans l’air, tirent couler deux courants purs d’eau froide et d’eau chaude. Cent mille dieux, avec des eaux de senteur, baignent le guide par excellence.

29. Les Gardiens du monde, respectueusement empressés, le soutiennent avec leurs belles mains. Cette terre des trois mille mondes est ébranlée, aussi bien ce qui est immobile que ce qui est mobile.

30. Des rayons brillants sont lancés et les voies mauvaises purifiées ; les douleurs de la corruption naturelle sont apaisées quand est né dans le monde le guide par excellence.

31. Les dieux jettent des fleurs sur ce guide des hommes qui vient de naître. Le héros fort et courageux fait successivement sept pas.

32. Là où il s’avance, en posant les pieds à terre, des lotus, les plus beaux entre tous, s’élèvent sur la terre ornée de toutes sortes de choses précieuses.

33. Et, après avoir fait sept pas, faisant entendre la voix de Brahmâ : Le destructeur de la vieillesse et de la mort, le meilleur des médecins est apparu.

34. Après avoir regardé fièrement les points de l’espace, il prononce alors cette parole pleine de sens : Je suis le premier du monde entier ; je suis dans le monde le meilleur guide.

35. C’est là ma dernière naissance. Et, en parlant ainsi, le guide des hommes se met à sourire. Par les gardiens du monde et les dieux réunis à Indra, qui ont l’esprit pur, il est, avec les meilleures eaux de senteur,

36. Parfumé, celui qui vient en aide au monde ; (il l’est aussi) par les princes des Ouragas rassemblés tous. En répandant des ruisseaux d’eau de senteur, d’autres dieux encore le baignent, suspendus dans l’air, par centaines de mille.

37. Ils baignent d’eau parfumée l’être existant par lui-même ; ils soutiennent un grand parasol blanc et tiennent des chasse-mouches de queue de Yak. C'est ainsi que, venus dans l’air, les dieux baignent le plus grand des hommes.

38. Un homme étant allé à la hâte trouver le roi Çouddhâdana, lui dit avec joie : Un grand accroissement arrive, ô roi. par un fils orné de signes ; 39. Accroissement de la perle des grandes familles. Certainement ce sera un roi Tchakravartin ; et, sans aucun ennemi dans le Djamboudhvadja, il sera le seul avec le parasol (insigne de la souveraineté).

39 a Un second homme étant allé et ayant embrassé les pieds du roi Çouddhôdhana, lui dit : Un grand accroissement, sire, s'est produit dans la famille des Çâkyas.

39 b Qui, tous, sont des Nagnas doués de force, égaux entre eux, difficiles à vaincre pour les ennemis.

40. Un autre homme dit : Sire, écoutez cette réjouissante nouvelle : Semblables et ayant à leur tête Tchandaka, huit cents fils de serviteurs ainsi que dix mille chevaux sont nés, ayant à leur tête Kantaka, les meilleurs des coursiers, excellents, couleur d'or, aux belles crinières, et aussi vingt mille rois des forteresses des frontières.

41. S'étant approchés des pieds du roi : Sois heureusement victorieux, sire ; donne l'ordre ; où faut-il que nous allions, que faut-il que nous fassions, seigneur ? Tu es ici en possession de la puissance, nous sommes tes serviteurs, noble seigneur, sois victorieux ! Et vingt mille éléphants, tout brillants sous des réseaux d'or,

42. Vinrent en se hâtant, remplissant de leurs cris la demeure du roi. Des vaches et des N'eaux tachetés de noir et précédés de G(5pà, sont nés au nombre de six cents. Voilà encore un accroissement qui s'est produit dans le palais du roi, depuis, sire, qu'est né celui qui est au-dessus des dieux.

43. Celui qui a l'éclat des bonnes œuvres étant né, hommes et dieux, par milliers, joyeux, ayant vu ses qualités (disent) : En marche vers la meilleure intelligence, exempte de douleur, sois promptement victorieux !


Ainsi, Religieux, le Bôdhisattva étant né, il y eût, au même instant, une abondante distribution de dons. Cinq cents fils de famille naquirent aussi. Et dix mille jeunes filles ayant à leur tête Yaçôvatî ; huit cents filles d'esclaves, et huit cents fils d'esclaves ayant à leur tête Tchandaka ; dix mille cavales et dix mille coursiers ayant à leur tête Kantaka ; cinq cents éléphants femelles et cinq cents éléphants mâles naquirent aussi ; et tous, marqués (à la trompe) de belles lettres peintes par le roi Çouddhôdana, furent donnés au jeune prince pour son amusement.

Sur l'endroit de la terre qui est au milieu des quatre cent mille Kotis de continents, la tige d'un Açvattha apparaît. Et, dans le continent inférieur, apparut un buis d'arbres sandals, pour être la propriété du Bôdhisattva, et cela par la puissance même du Bôdhisattva ; et cinq cents jardins, de tous les côtés de la ville, apparurent pour être la jouissance du Bôdhisattva. Et, cinq mille trésors, ayant surgi du sol de la terre, montrèrent leur porte. Ainsi toutes les choses qui étaient dans les desseins du roi Çouddhôdana étaient arrivées et parfaitement accomplies. Alors il vint à l'esprit du roi Çouddhôdana : Quel est le nom que je donnerai au jeune prince ? et il lui vint à l'esprit : Puisque, aussitôt la naissance de cet enfant, tous mes desseins ont été parfaitement accomplis, Sarvarthasiddha sera le nom que je lui donnerai. Ensuite le roi Çouddhôdana ayant honoré le Bôdhisattva de grandes marques de respect, dit : Que ce jeune prince soit désigné par le nom de Sarvârthasiddha. C'est ainsi qu'un nom lui fut donné.

Ainsi, Religieux, le Bôdhisattva était né sans que le côté droit du sein de sa mère fut blessé ni brisé ; de même qu'avant (en y entrant), de même après. Des puits à trois réservoirs apparurent ainsi que des étangs d'huiles parfumées. Cinq mille Apsaras apportant des huiles imprégnées de parfums divins, étant venues trouver la mère du Bôdhisattva, lui demandèrent si cette naissance avait été heureuse et n'avait pas laissé de fatigue à son corps. Puis, cinq mille Apsaras, étant venues trouver la mère du Bôdhisattva, apportant des onguents divins, lui demandèrent si cette naissance avait été heureuse, etc.

Puis cinq mille Apsaras, apportant des vases remplis d'eaux de senteurs divines, s'étant approchées de la mère du Bôdhisattva, demandèrent, etc. Puis, cinq mille Apsaras, apportant les vêtements des enfants des dieux, s'étant approchées, etc.

Puis, cinq mille Apsaras, apportant les parures des enfants des dieux, étant venues trouver la mère du Bôdhisattva, demandèrent, etc. Puis, enfin, cinq mille Apsaras, avec les chœurs et les instruments d'une musique divino, étant venues trouver la mère du Bôdhisattva, demandèrent, etc.

Et autant il y a là, dans le Djamboudvipa, de Rĭchis étrangers doués des cinq sciences supérieures, tous étant venus à travers les cieux et s'étant arrêtés en présence du roi Çouddhôdana : Que le roi soit victorieux et prospère ! Telles furent les paroles qu'ils prononcèrent.

Ainsi, Religieux, aussitôt que le Bôdhisattva fut né, pendant sept jours, dans le jardin de Loumbinî, il fut honoré par le son des instruments des hommes et des dieux ; il fut entouré de respects, entouré d’hommages, entouré d’offrandes. Des aliments, des mets préparés et délicats furent distribués. Toutes les troupes des Çàkyas s’étant rassemblées, firent entendre des cris d’allégresse, donnèrent des présents et firent de bonnes œuvres, et trente-deux mille Brahmanes furent rassasiés chaque jour, et tout ce dont ils avaient besoin, on le leur donnait. Et Çakra, le maître des dieux et Brahmâ, dans cette assemblée de Brahmanes, ayant pris la figure de jeunes Brahmanes et s’étant assis à la première place, firent, tous les deux, entendre ces Gâthâs de bon augure :


44. Puisque les voies mauvaises sont adoucies, puisque tout le monde est heureux, certainement celui qui apporte le bonheur est né ; il établira le monde dans le bonheur.

45. Puisque, par des lumières qui détruisent les ténèbres, les lumières du soleil et de la lune sont éclipsées et ne brillent plus, certainement celui qui a l’éclat des mérites est apparu.

40. Puisque les aveugles voient, puisque les sourds entendent, puisque les fous ont retrouvé la mémoire, il sera, dans le monde, honoré de Tchàityas.

47. Puisque les corruptions naturelles ne tourmentent plus, puisqu’on est devenu bienveillant dans le monde ; sans nul doute il sera digne des hommages de dix millions de Brahmas.

48. Puisque les Çàlas sont couverts de fleurs, et la terre aplanie, certainement il sera digne des hommages du monde entier et omniscient.

49. Puisque le monde est sans trouble, puisque le grand lotus est apparu, sans nul doute, rempli d’une grande splendeur, il sera le guide du monde. 50. Puisque de douces brises embaumées de senteurs divines apaisent la souffrance des êtres, il sera le roi des médecins.

51. Puisque les cent dieux aussi qui sont dans la région de la forme sont délivrés de leurs passions et s’inclinent, les mains jointes, il sera digne des offrandes.

52. Puisque les hommes voient les dieux et que les dieux voient les hommes sans se nuire les uns aux autres, celui-ci sera le conducteur de la caravane (des êtres).

53. Puisque les feux sont éteints et toutes les rivières arrêtées ; puisque la terre est doucement ébranlée, il sera celui qui voit la vérité. Ainsi donc, Religieux, sept jours après la naissance du Bôdhisattva, sa mère Mâyâ Dêvî arriva au temps de sa mort. Quand elle fut morte, elle put renaître au milieu des dieux Trayastrimçats.

Mais, Religieux, si vous croyez que c’est par la faute du Bôdhisattva que Mâyâ Dêvî arriva au temps de sa mort, ce n’est certes pas ainsi qu’il faut voir. Pourquoi cela ? — Parce que c’était la dernière limite de sa vie. Des Bodhisattvas du passé aussi, sept jours après leur naissance, les mères sont mortes. Pourquoi cela ? — Parce que le Bôdhisattva ayant grandi et ses organes s’étant complètement développés, au moment où il s’éloignait de la maison paternelle, le cœur de sa mère eût été fendu.

Ainsi donc, Religieux, on était au septième jour depuis que Mâyâ Dêvî, avec une pareille pompe, était sortie de la grande ville de Kapilavastou se dirigeant vers la terre du jardin de plaisance. Alors, avec une grande pompe cent mille Kotis de fois plus grande, le Bôdhisattva entra dans la grande ville de Kapilavastou.

Comme il entrait, cinq mille urnes remplies d’eau de senteur étaient portées devant lui. En même temps, cinq mille jeunes filles tenant à la main des éventails de queues de paon marchaient en avant. Cinq mille jeunes filles portant des rameaux de (l’arbre) Tâla marchaient en avant. Cinq mille jeunes tilles tenant des vases d’or pleins d’eau de senteur marchaient en avant et arrosaient la route. Cinq mille jeunes filles portant des voiles de différentes sortes marchaient en avant. Cinq mille jeunes filles portant des guirlandes de fleurs fraîches et variées marchaient en avant. Cinq mille jeunes filles portant des ornements beaux et précieux marchaient en avant, purifiant la route. Cinq mille jeunes filles, portant des sièges d’apparat, marchaient en avant. Cinq mille Brahmanes, faisant entendre un son de bon augure, marchaient en avant. Vingt mille éléphants, parés de tous leurs ornements, marchaient en avant. Vingt mille chevaux, tout couverts de parures d’or et parés de tous leurs ornements, marchaient eu avant. Quatre-vingt mille chars bien ornés de parasols, d’étendards et de bannières déployés et embellis de réseaux à clochettes, marchaient derrière le Bôdhisattva. Quarante mille fantassins fiers et courageux, au corps bien proportionné, couverts d’armures solides, marchaient derrière le Bôdhisattva. Suspendus dans l’étendue du ciel au nombre immense et incommensurable de cent mille Niyoutas de Kôtis, les fils glorieux des dieux Kâmâvatcharas et Roûpâvatcharas, par des évolutions de toutes sortes, rendaient hommage ; ni Bôdhisattva et le suivaient. Et le char, choisi entre tous, dans lequel le Bôdhisattva était monté, fut, par les dieux Kâmâvatcharas, arrangé de diverses manières. Et vingt mille Apsaras, bien parées de tout.’o s.ites d’ornements, portant des guirlandes de perles, traînaient ce char. Au milieu de deux Apsaras, était une jeune femme ; au milieu de deux femmes, une Apsarà, et les Apsaras ne s’apercevaient pas de l’odeur peu agréable des femmes, et les femmes en voyant la beauté des Apsaras, n’étaient pas humiliées, et cela par la puissance de la gloire du Bôdhisattva.

Ainsi donc. Religieux, dans la ville appelée Kapila, excellente parmi les excellentes, cinq cents maisons lurent bâties par cinq cents Çàkyas, en vue du Bôdhisattva. Ceux-ci disaient au Bôdhisattva qui entrait dans la ville, en se tenant chacun au seuil de sa maison, les mains jointes, le corps incliné et remplis de respect : Ô Sarvârthasiddha, entre ici ! Dieu au-dessus des dieux, entre ici ! Être pur, entre ici ! Toi qui produis le plaisir et la joie, entre ici ! Toi dont la gloire est sans tache, entre ici ! Toi qui as l’œil partout, entre ici ! Toi qui es l’égal de qui est sans égal, entre ici ! Toi qui possèdes l’éclat de qualités sans égales, dont le corps est bien orné de signes et de marques secondaires, entre ici !

Alors le roi Gouddhodana, afin de les accorder tous entre eux, ayant fait entrer le Bôdhisattva dans toutes les maisons, au bout de quatre mois, fit entrer le Bôdhisattva dans sa propre demeure. Et là, le grand palais nommé Nânâratnavyoùha (arrangement des divers joyaux) fut celui où le Bôdhisattva fut installé. Là aussi, les plus vieux des vieillards de la famille des Çâkyas s’étant rassemblés tinrent conseil en disant : Quels sont ceux qui sont vraiment capables de garder le Bôdhisattva, de le purifier, d’eu prendre soin ; avec un esprit de bienveillance, un esprit de douceur, un esprit plein de qualités, un esprit de bonté ?

Alors cinquante femmes Çàkyas dirent, chacune de son côté : C’est moi qui serai près du Bôdhisattva pour le servir.

Alors les plus vieux des plus vieux Çàkyas dirent : Toutes ces femmes, jeunes, belles, étourdies et fières de leur jeunesse et de leur beauté, ne sont pas capables de servir à propos le Bôdhisattva. Mahà Pradjàpati Gâutamî, sœur de la mère du jeune prince, voilà celle qui est capable de l’élever avec tout le soin convenable et de venir en aide au roi Çouddhôdana.

Ainsi donc, tous ayant été d’accord, mirent leur confiance en Mahà Pradjàpati Càutamî. C’est ainsi qu’elle fut chargée d’élever le jeune prince.

Alors trente-deux nourrices furent choisies pour servir le Bôdhisattva. Huit nourrices pour le porter (sur les bras), huit pour l’allaiter, huit pour le laver et huit pour le faire jouer.

Ensuite le roi Çouddhôdana ayant convoqué l’assemblée entière des Çâkyas fit cette question : Ce jeune prince sera-t-il roi Tchakravartin ou bien sortira-t-il de la maison pour être religieux errant ?

En ce temps-là, sur le flanc de l’Himavat, le roi des montagnes, un grand Rïchi nommé Asita, possédant les cinq sciences transcendantes, demeurait avec Naradatta, le fils de sa sœur. Il vit, juste au moment de la naissance du Bôdhisattva, les nombreux phénomènes surnaturels, et, dans l’étendue du ciel, les fils des dieux faisant entendre le nom de Bouddha, agitant des vêtements de côté et d’autre, et allant d’une place à l’autre, tout joyeux. Il lui vint à la pensée : Il faut que je voie en détail tout cela. Avec son œil divin, il examina attentivement tout le Djamboudvîpa, et aperçut, dans la grande ville appelée Kapila, dans la demeure du roi Çouddhôdana, le jeune prince qui était né, brillant de l’éclat de cent mérites, glorifié par le monde entier, ayant le corps bien orné des trente-deux signes du grand homme.

Et, après l’avoir vu, il s’adressa de nouveau à Naradatta, le fils d’un Brahmane : Sache-le bien, fils de Brahmane, dans le Djamboudvîpa un grand joyau est apparu. À Kapilavastou, la grande ville, dans la demeure du roi, un jeune prince est né, brillant de l’éclat de cent mérites, glorifié par le monde entier, doué de l’éclat des trente-deux signes du grand homme.

S’il reste à la maison, il sera roi Tchakravartin ayant une armée de quatre corps de troupes, victorieux, attaché à la loi, roi de la loi, disposant de la force et du courage de ses sujets, en possession des sept joyaux, qui sont : le joyau de la roue, le joyau de l’éléphant, le joyau de la pierre mani, le joyau de la femme, le joyau du maître de maison, le joyau du conseiller. Il aura un millier de fils héroïques, courageux, beaux et bien faits, vainqueurs des armées ennemies. Ce cercle delà grande terre, qui a pour limite l’Océan, sans employer le châtiment ni les armes, après l’avoir soumis par sa loi et sa force, il exercera la royauté avec l’autorité de sa toute-puissance. Mais si, sortant de la maison, il s’en va errer en religieux sans asile, il sera Tathâgata Arhat véritablement Bouddha parfait et accompli ; Bouddha parfait, instituteur que nul ne guide dans le monde. Allons donc tous les deux le voir.

Après avoir parlé ainsi, Asita le Grand Rîchi avec Naradatta le fils de sa sœur, comme un cygne, s’étant élevé à travers les cieux et s’étant dirigé vers la grande ville de Kapilavastou, et là, interrompant son voyage magique et étant entré à pied dans la grande ville de Kapilavastou et s’étant approché de l’endroit où était la demeure du roi Çouddhôdana, s’arrêta à la porte de la demeure du roi. Là, Religieux, Asita le Dèvarchi aperçut à la porte de la demeure du roi Çouddhôdana plusieurs centaines de mille d’êtres vivants rassemblés. Alors Asita le grand Rïchi s’étant approché du garde de la porte, parla ainsi : Ami, va et apprends au roi Çouddhôdana qu’un Rïchi s’est arrêté à sa porte. Très bien ! dit le garde de la porte, en se conformant à la demande du grand Richi Asita ; et après être allé à l’endroit où était le roi Çouddhôdana, joignant les mains avec respect, il dit au roi : Apprenez, sire, qu’un Rïchi vieux, âgé, très âgé, se tient à la porte. Et il parb.^ ainsi :’Je suis désireux de voir le roi. Alors le roi Çouddhôdana ayant fait préparer un siége pour le grand Rïchi Asita, dit à l’homme (de garde) : Qu’il entre, le Rïchi !

Alors cet homme étant sorti du palais du roi parla ainsi au grand Rïchi Asita : Entrez !

Et aussitôt, Asita le grand Rïchi étant allé là où était le roi Çouddhôdana et s’étant approché, se tint debout devant lui et dit : Sois victorieux, grand roi, sois victorieux et vis longtemps en gouvernant le royaume de la loi !

Ensuite le roi Çouddhôdana ayant honoré le grand Rïchi Asita avec l’Arghya et l’eau pour laver les [lieds, et l’ayant entouré de respects et d’égards, il l’invita à s’asseoir. Après avoir reconnu qu’il était assis à l’aise, il lui parla ainsi avec déférence et respect : Je ne me souviens pas, ô Rïchi, de t’avoir vu. Dans quel but es-tu donc venu ici ? De quoi s’agit-il ?

Cela dit, Asita le grand Rïchi parla ainsi au roi Çouddhôdana : Un fils t’est né, grand roi ; désireux de le voir, je suis venu ici. Le roi dit : Le jeune prince dort, grand Richi ; attends un instant qu’il se lève.

Le Rïchi dit : Grand roi, de pareils grands hommes ne dorment pas longtemps, de pareils hommes vertueux ont coutume de rester éveillés.

Ainsi donc, Religieux, le Bôdhisattva, par bonté pour le Rïchi Asita, fit signe qu’il était éveillé.

Alors le roi Çouddhôdana ayant pris doucement avec précaution le jeune Sarvârthasiddha avec ses deux mains, l’apporta devant le grand Rïchi. Et ainsi, le grand Rïchi, Asita ayant examiné le Bôdhisattva, et ayant vu qu’il était doué des trente-deux signes du grand homme, que son corps était bien orné des quatre-vingts marques secondaires et surpassait ceux de Gakra, de Brahmâ et des Gardiens du monde ; qu’il avait un éclat supérieur à cent mille soleils, que tous ses membres étaient beaux, il exprima ainsi sa pensée : Un merveilleux génie, en vérité, est apparu dans le monde ! Et, en parlant ainsi, il se leva de son siége, enjoignant respectueusement les mains, se prosterna aux pieds du Bôdhisattva, et, après avoir tourné autour de lui en présentant la droite, il le prit contre sa poitrine et resta pensif. Il regarda les trente-deux signes marqués sur le corps du Bôdhisattva. Pour la personne du grand homme doué de ces signes, il y a deux voies et pas d’autres. S’il demeure à la maison, il sera roi Tchakravartin maître de quatre corps de troupes, et victorieux, attaché à la loi, roi de la loi, disposant de la force et du courage de ses sujets, en possession des sept joyaux qui sont : le joyau de la roue, le joyau de l’éléphant, le joyau de la pierre mani, le joyau de la femme, le joyau du maître de maison, le joyau du conseiller. Il aura un millier de fils héroïques, courageux, beaux et bien faits, vainqueurs des armées ennemies. Ce cercle de la grande terre, qui a pour limite l’Océan, sans employer le châtiment ni les armes, après l’avoir soumis par sa loi et sa force, il exercera la royauté avec l’autorité de sa toute-puissance. Mais si, sortant de la maison, il s’en va, sans asile, errer en religieux, il sera un Tathàgata, au nom célèbre, un Bouddha parfait et accompli.

Après l’avoir vu, (Asita) versa des larmes et poussa un profond soupir.

Le roi Çouddhôdana vit le grand Rïchi Asita pleurant et versant des larmes en poussant de profonds soupirs, et, à cette vue, sentant ses pores frissonner d’inquiétude, l’esprit abattu, il parla ainsi au grand Rïchi : — Pourquoi pleures-tu, Rïchi et verses-tu des larmes, et pousses-tu un profond soupir ? N’y a-t-il pas quelque danger pour le jeune prince ?

À ces mots, le grand Rïchi Asita parla ainsi au roi Çouddhôdana : — Grand roi, ce n’est pas à cause du jeune prince que je pleure, car, pour lui, il n’y a nul danger, en vérité. Mais c’est sur moi-même que je pleure. Pourquoi cela ? Grand roi ! je suis vieux, âgé, cassé, et ce jeune Sarvârthasiddha se revêtira certainement de l’intelligence sans supérieure, parfaite et accomplie d’un Bouddha, et après s’en être revêtu, il fera tourner la roue de la loi sans supérieure qui n’a été tournée ni par un Çramana, ni par un Brahmane, ni par un dieu, ni par un démon, ni par qui que ce soit, dans le monde, d’accord avec la loi. Pour le salut et le bonheur du monde réuni à celui des dieux, il enseignera la loi, au commencement vertueuse, au milieu vertueuse, à la fin vertueuse ; au sens excellent bien exprimé, claire, bien complète, parfaitement pure, arrivée au dernier degré de pureté, celle de la continence, enfin, voilà la loi qu’il mettra en lumière. Après avoir entendu la loi de sa bouche, les êtres observant les lois de leur naissance seront complètement délivrés de la naissance ; de même, ils seront complètement délivrés de la vieillesse, de la maladie, du chagrin, des lamentations, de la douleur, de l’abattement, des troubles et des calamités. Des êtres brûlés par le feu de la passion, de la haine et du trouble, il fera la joie avec l’eau de la pluie de la bonne loi. Les êtres enveloppés par les ténèbres de toutes sortes de vues mauvaises, égarés dans la mauvaise voie, il les conduira, par la droite route, dans la voie du Nirvana. Pour les êtres retenus dans le filet et la prison de la vie émigrante, liés par les liens de la corruption naturelle, il produira la délivrance de ces liens. Pour ceux dont les yeux sont complètement obscurcis par la taie des ténèbres profondes de l’ignorance, il fera naître l’œil de la sagesse. À ceux qui sont tourmentés par la flèche de la corruption naturelle, il fera l’extraction de cette flèche. De même que, grand roi, la fleur de l’Oudoumbara apparaît bien rarement dans le monde, de même aussi, grand roi, bien rarement, à la suite de plusieurs Niyoutas de Kôtis deKalpas, les Bouddhas Bhagavats apparaissent dans le monde. Ce jeune prince que voici, sans nul doute, se revêtira de la qualité parfaite et accomplie de Bouddha, et, après s’en être revêtu, il fera passer sur la rive qui est au delà de la mer de la vie émigrante des centaines de mille de Niyoutas de Kotis d’êtres, et les établira dans l’immortalité ! Et nous, nous ne verrons pas ce joyau de Bouddha ! Et voilà pourquoi, grand roi, je pleure, et, l’esprit abattu, je pousse un profond soupir, car je n’obtiendrai pas l’exemption de la maladie et de la passion. À la manière dont il se présente, grand roi, comme (il est écrit) dans nos Castras, le jeune Sarvârthasiddha ne peut rester à la maison. — Pourquoi cela ?
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— C’est, ô grand roi, que le jeune Sarvârthasiddha est doué des trente-deux signes du grand homme.

— Quels trente-deux signes ? — Les voici :


1. Grand roi, le jeune Siddhârtha a la tête couronnée par une protubérance
du crâne. De ce signe, le premier du grand homme, est doué le jeune
Sarvârthasiddha.
2. Ses cheveux, qui tournent vers la droite, sont bouclés, d’un noir foncé
et brillants comme la queue du paon ou le collyre aux reflets variés.
3. Il a le front large et uni.
4. Une laine, grand roi, est née au milieu de ses sourcils, ayant l’éclat
de la neige et de l’argent.
5. Il a les cils comme ceux de la génisse.
6. — l’œil d’un noir foncé.
7. — quarante dents égales.
8. — les dents sans interstices.
9. — les dents parfaitement blanches.
10. — le sou de voix de Brahraâ, ô grand roi, le jeune Sarvârthasiddha.
il. — le sens du goût excellent.
12. — la langue longue et mince.
13. — la mâchoire du lion.
14. — le bras bien arrondi.
15. — les sept protubérances.
16. — l’entre-deux des épaules larges.
17. — la peau fine et delà couleur de l’or.
18. Debout, sans qu’il se baisse, ses bras lui descendent jusqu’aux
genoux.
19. Il a la partie antérieure du corps pareille à celle du lion.
20. — la taille comme la tige du Nyagrôdha (figuier indien), o grand
roi, le jeune Sarvârthasiddha.
21. Ses poils naissent un à un.
22. Ils sont tournés vers la droite à leur extrémité supérieure.
23. La partie pubienne est cachée dans une cavité.
24. Il a les cuisses parfaitement rondes.

25. Il a la jambe de l’Ainaya le roi des gazelles.
26. — les doigts longs.
27. Ses pieds eut le talon développé.
28. Il a le cou-de-pied saillant.
29. Ses mains et ses pieds sont doux et délicats.
30. Les doigts de ses pieds et de ses mains sont réunis par une membrane (jusqu’à la première phalange).
31. Sous la plante des deux pieds dujeune Sarvàrthasiddha, ô grand roi, deux roues sont nées, belles, lumineuses, brillantes, blanches, ayant mille rais et jantes avec un moyeu.
32. Il a les pieds unis et bien posés, ô grand roi, le jeune Sarvârthasiddha.

Il est doué, grand roi, de la réunion de ces trente-deux signes du grand homme, le jeune Sarvârthasiddha ; et, grand roi, ce n’est pas pour les Tchakravartins que sont des signes d’un pareil genre ; c’est pour un Bôdhi sattva, que sont de tels signes.

Grand roi, elles se trouvent aussi réunies sur le corps du jeune Sarvârthasiddha, les quatre-vingts marques secondaires, desquelles étant doué le jeune Sarvârthasiddha il ne voudi-a pas rester à la maison et eu sortira certainement pour mener la vie d’un religieux errant. Et quelles sont, ô grand roi, ces quatre-vingts marques secondaires ? Les voici :

1. Il a les ongles bombés, ô grand roi, le jeune Sarvârthasiddha.
2. — les ongles de la couleur du cuivre rouge.
3. — les ongles lisses.
4. — les doigts arrondis.
5. — les doigts beaux.
6. — les doigts effilés.
7. — les veines cachées.
8. — la cheville cachée.
9. — les articulations solides.
10. — les pieds égaux et non inégaux.
11. — le talon large.
12. — les lignes de la main lisses.

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13. Il a les lignes de la main égales.
14. — les lignes de la main profondes.
15. — les lisnes de la main non tortueuses.
16. — les lignes de la main allongées.
17. — les lèvres (rouges) comme le fruit du Vimba.
18. — une voix dont le son n’est pas trop élevé.
19. — la langue douce, délicate, couleur de cuivre rouge.
20. Sa voix douce et belle a le son du cri de l’éléphant ou du nuage qui tonne.
21. Grand roi, le jeune Sarvârthasiddha a les organes sexuels complets.
22. Il a les bras longs.
23. — ses membres brillants vêtus.
24. — les membres doux.
25. — les membres larges.
26. — les membres exempts d’abattement.
27. — les membres sans saillie.
28. — les membres parfaitement achevés et solides.
29. — les membres bien proportionnés.
30. — la rotule du genou large, développée et parfaitement pleine.
31. — les membres arrondis, grand roi, le jeune Sarvârthasiddha.
32. — les membres parfaitement polis.
33. — les membres réguliers.
34. — le nombril profond.
35. — le nombril régulier.
36. — une conduite pure.
37. Comme le taureau il est tout agréable.
38. Il répand autour de lui l’éclat d’une lumière supérieure, parfaitement pure, qui dissipe les ténèbres.
39. Il a la démarche lente (ou "majestueuse) de l’éléphant, ô grand roi, le Sarvârthasiddha.
40. Il a la démarche héroïque du lion.
41. — la démarche héroïque du taureau.
42. — la démarche de l’oie.
43. Il marche en se tournant vers la droite.

44. Il a les flancs arrondis.
45. — les flancs polis.
46. Ses flancs ne sont pas de travers.
47. Il a le ventre en forme d’arc.
48. — un corps exempt de tout ce qui peut eu altérer l’éclat, et de toutes
les taches noires qui pourraient le déparer, ô grand roi, le jeune Sarvârthasiddha.
49. Haies dents canines arrondies.
50. — les dents canines pointues.
51. — les dents canines régulières.
52. — le nez proéminent.
53. — les yeux brillants.
54. — les yeux purs.
55. — les yeux souriants.
56. — les yeux allongés.
57. — les yeux grands.
58. — l’œil semblable au pétale du lotus bleu.
59. — les sourcils égaux, grand roi, le jeune Sarvàrthasiddha.
60. — les sourcils beaux.
61 . — les sourcils réunis.
62. — les sourcils réguliers.
63. — les sourcils noirs.
64. — les joues pleines.
65. ^ les joues non inégales.
66. — les joues sans aucune imperfection.
67. Il est à l’abri de l’injure et du blâme (à cause de la perfection de sa
personne).
68. Il a les sens parfaitement domptés.
69. — les organes parfaits et accomplis, ô grand roi, le jeune Sarvàrthasiddha.
70. Il a la face et le front en harmonie l’un avec l’autre.
71. — la tête bien développée.
72. — les cheveux noirs.
73. — les cheveux égaux.

Annales du Musée Guimet, tome 6.djvu

74. Il a les cheveux bien arrangés.
75. — les cheveux parfumés.
76. Il n’a pas les cheveux rudes.
77. — les cheveux mêlés.
78. Il a les cheveux réguliers.
79. — les cheveux bouclés.
80. Les cheveux du jeune Sarvârthasiddha, ô grand roi, représentent les figures du Grivatsa, du Svastika, du Nandvâvarta et du Vardhamâna.

Telles sont, grand roi, les quatre-vingts marques secondaires du jeune Sarvârthasiddha, desquelles étant doué le jeune prince, il ne voudra pas rester à la maison et s’en ira certainement au dehors mener la vie d’un religieux errant.

Alors le roi Çouddhodana, après avoir entendu de la bouche du grand Rïchi Asita la prédiction concernant le jeune prince, satisfait, heureux, joyeux, transporté d’allégresse, s’ étant levé de son siège et s’étant prosterné aux pieds du Bôdhisattva, récita cette Gàthà :

54. Toi qui es vénéré par les dieux réunis à Indra, et honoré aussi par les Rîchis, médecin du monde entier, moi aussi je te vénère, seigneur !

Ainsi donc, religieux, le roi Çouddhôdana rassasia avec une nourriture convenable le grand Richi Asita avec son neveu Naradatta ; après l’avoir couvert d’habits, il tourna trois fois autour de lui eu présentant le côté droit. Alors le grand Rïchi Asita, par sa puissance surnaturelle, s’éloigna à travers le ciel et se cfirigea du côté où se trouvait son ermitage. Là, le grand Rïchi Asita dit ceci à Naradatta le fils d’un brahmane : Naradatta, lorsque tu entendras dire : « Un Bouddha est apparu dans le monde, » après être allé (vers lui) fais-toi religieux errant sous sa direction. Gala, pour longtemps, t’apportera profit, secours et bonheur ! Et là, il est dit^^1 :

55. Après avoir vu les troupes des dieux placées dans l’étendue des cieux proclamant la renommée du Bouddha, Asita, le divin Rïchi, étant allé sur le mont Hima, fut rempli de la plus grande joie. — Quel est donc ce nom de Bouddha dont l’effet est d’apporter

1. Ce qui suit est la répétition en vers de ce qui a déjà été raconté en prose. Tout porte à croire que ces Gâthàs sont extraites d’une vie du Bouddha, écrite en vers, antérieurement au Lalita vistara. la joie à tous les êtres ? Mon corps est rempli de bien-être, et mon esprit apaisé éprouve un calme suprême.

56. Serait-ce un dieu ou bien un Asoura, un Garouda ou bien un Kinnara ? Le nom de Bouddha, qu’est-ce que ce titre inconnu auparavant, qui apporte la joie et le plaisir ? Avec son œil divin il (le Rïchi) regarde, aux dix points de l’espace, les montagnes la terre, la mer, et voit bien des choses merveilleuses sur la terre, la montagne et la mer.

57. Cette lumière aux belles couleurs qui brille réjouit le corps, et puisque des rameaux délicats de corail sont nés sur le sommet de la montagne, puisque les arbre, sont chargés de fleurs et ornés de fruits divers, il est clair que, dans les trois mondes, il y aura bientôt l’apparition d’un joyau.

58. Puisque la terre brille, tout entière unie et sans tache comme la paume de la main puisque les dieux, le cœur rempli de joie, agitent des vêtements dans le ciel ; puisque sur la mer, séjour du roi des Nâgas, des joyaux merveilleux surnagent, il est clair que le joyau des Djinas, producteur de la mine de la loi, est apparu dans le séjour du Djambou.

59. Puisque les (misères des) voies mauvaises sont apaisées, les êtres délivrés de la douleur et.remplis d’aise ; puisque les troupes des dieux qui sont dans l’étendue des cieux s’en vont remplis de joie, puisqu’ils font entendre le son doux et allant au cœur de chant divins, ces choses-là sont les signes que, dans les trois mondes, il y a l’apparition d’un joyau.

60. Asita regarde le pays qu’on appelle Djambou avec son œil divin, et il voit dans la ville appelée Kapila, la ville par excellence, dans la demeure du roi Çouddhôdana, celui qui est né portant les signes de l’éclat du mérite, égal en force à Nârâyana. A cette vue, son cœur étant rempli de joie, la force du Rïolii au cœur joyeux fut augmentée.

61. Empressé et se hâtant, l’esprit plein d’étonnement, étant allé, accompagné de son disciple à Kapila, la ville par excellence, il se tint à la porte du prince des hommes. En voyant plusieurs Niyoutas de Kôtis d’êtres attachés (au roi), le vieux P>ïchi, dit au cocher du roi : Annonce promptement qu’un Rïchi se tient à la porte.

62. (Celui-ci) ayant entendu et étant aussitôt entré dans le palais du roi, lui parla ainsi : A la porte, sire, se tient un ascète, vieux et cassé. Cet excellent Rlchi se fait une joie d’entrer dans la maison du roi. Que votre permission soit donnée, le meilleur des souverains ; donnez -moi l’ordre de son entrée.

63. Et ayant fait placer un siège pour lui, le roi dit.- Va et donne-lui la permisjion d’entrer. Asita, après avoir entendu les paroles du cocher, fut rempli de joie, de plaisir et de bonheur, comme l’homme altéré qui désirait de l’eau fraîche et l’afl’amé après avoir pris de la nourriture. Telle fut la joie qu’éprouva le meilleur des Rïchis, à voir le plus élevé des êtres.

64. Sois victorieux, ô roi, dit-il, joyeux ; conserve longtemps la vie ! Et après lui avoir ainsi souhaité la prospérité, il s’assit, celui qui est calme, qui a l’esprit dompté et les sens apaisés. Le roi, s’adressant à ce meilleur des Mounis, lui dit : Quelle est la cause de ta venue dans la demeure du roi des hommes ? Dis -le promptement, ô Mouni,

65. — Un fils t’est né, de la plus grande beauté, arrivé à l’autre rive, doué d’une grande splendeur, armé des trente-deux signes excellents, fort comme Nârâyana. Le voir est mon désir, ô Maître des hommes, ce Sarvàrthasiddha ton fils. Voilà la raison pour laquelle je suis venu, et il n’y a pas d’autre affaire pour moi !

66. Bien ! tu es le bienvenu dans ta demande et je suis content de te voir. (Mais) le jeune prince est endormi ; la faveur de le voir est impossible maintenant. Attends un instant, et tu le verras, pareil à la pleine lune sans tache parée de la foule des étoiles.

67. Et quand fut éveillé ce meilleur des cochers, qui a l’éclat de la lune en son plein, le roi avant pris celui qui a le corps pareil au feu, qui a un éclat surpassant celui du soleil : — Eh bien, Richi, regarde celui qui est honoré par les dieux et les hommes, qui a l’aspect de l’or le plus fin. Et ayant vu ses beaux pieds, tous les deux marqués d’une roue.

68. S’étant levé en joignant les mains avec respect, puis l’ayant pris contre sa poitrine le (Richi) magnanime, versé dans les Castras, l’examina en méditant. Il vit, armé de signes excellents, celui qui a la force de Nârâyana ; ayant secoué la tête, celui qui est versé dans les Védas et les Castras, il vit les deux voies de celui-ci :

69. Ou il sera un puissant roi Tchakravartin, ou un Bouddha, le meilleur du monde. Et ayant versé une larme, ayant le corps et l’esprit très abattus, il se mit à soupirer profondément.

Le meilleur des rois fut inquiet. — Pourquoi le Brahmane pleure-t-il ? Ce n’est pas, sans doute, une fatalité que Asita voit, concernant mon Sarvàrthasiddha. 70. La vérité, dis-la. Pourquoi pleures-tu, Richi ? Est-ce bon ou mauvais ? — Il n’y a ici ni malheur ni entrave pour ton Sarvàrthasiddha. C’est sur moi-même que je me lamente, maître des hommes ! parce que je suis vieux et cassé ; parce que celui-ci sera Bouddha, honoré du monde quand il prêchera la loi.

71. Et je ne le verrai pas, avec un œil rempli de joie ! voilà la raison pour laquelle je pleure. Pour celui sur le corps duquel sont les trente-deux signes excellents, sans tache, il y a deux voies et pas une troisième, sache-le, roi : Il sera un roi Tchakravartin, ou bien un Bouddha le plus élevé du monde.

72. Celui-ci ne sera pas attiré par les qualités du désir ; mais, au contraire, il sera Bouddha. Après avoir entendu la prédiction du Richi, le maître des hommes rempli de joie et de bonheur se leva, et, les mains jointes, salua avec respect les pieds(de l’enfant) en disant) : Toi qui es visiblement honoré par les dieux et loué par les Richis, doué d’une grande force.

73. Je te salue, conducteur excellent de la caravane (des êtres), honoré par toute créature dans les trois mondes !

Asita joyeux dit alors au fils de sa sœur : Que ma parole soit écoutée I Quand tu apprendras que celui-ci est un Bouddha doué de l’Intelligence, qui, dans le monde, tourne la roue (de la loi), vite, entre eu religion, sous la direction de ce Mouni, ettu obtiendras la délivrance.

74. Après avoir salué les deux pieds (de l’enfant) et avoir tourné trois fois autour de lui en présentant le côté droit, l’excellent Mouni (dit) :

Les profits que tu as obtenus, ô roi, sont beaux et abondants, puisque tu as un tel fils. Le monde, comprenant les dieux et les hommes, il le rassasiera avec la loi ! Et, sortant de la ville appelée Kapila, le meilleur des Rïchis s’arrêta dans la forêt, dans son ermitage.

Ainsi donc, Religieux, aussitôt la naissance du Bôdhisattva, Mahêçvara, le fils d’un dieu, ayant appelé les fils des dieux Çouddhâvâsa-Kâyikas, leur parla ainsi : Celui-ci, amis, qui, pendant le temps incommensurable de cent mille Niyoutas de Kôtis de Kalpas s’est livré à la pratique des bonnes œuvres, de l’aumône, de la bonne conduite, de la patience, de l’héroïsme, de la contemplation, de la sagesse, (de l’emploi) des moyens, de la loi sainte, des austérités, des pénitences, des œuvres pieuses ; doué d’une grande bonté, d’une grande miséricorde et d’un grand contentement ; ayant l’intelligence élevée par l’indifférence ; empressé de donner secours et bonheur à tous les êtres ; bien armé de l’armure solide de l’héroïsme ; produit par la racine de la vertu qui est dans les précédents Djinas ; bien orné des signes de cent mérites ; en possession de belles actions résolument accomplies ; destructeur des armées ennemies, doué d’intentions pures et sans tache ; ayant le grand étendard de la science ; ayant mis le terme à la force du démon ; conducteur de la caravane des trois mille grands milliers (de mondes) , honoré des dieux et des hommes, ayant fait le grand sacrifice ; en possession d’une multitude de mérites accumulés ; ayant la pensée de la sortie (du cercle de la transmigration) ; mettant un terme à la naissance, à la vieillesse, à la mort ; bien né d’une bonne naissance ; descendant de la famille du roi Ikchvâkou ; qui fera participer le monde à l’Intelligence (suprême), le Bôdhisattva Mahâsattva apparu dans le monde des hommes ne sera pas long à se revêtir de l’Intelligence sans supérieure parfaite et accomplie d’un Bouddha. Allons donc lui rendre hommage, l’adorer et le louer, afin découper court à l’orgueil, à la fierté et k l’arrogance des autres fils des dieux dominés par l’orgueil, qui, en nous voyant présenter nos hommages, eux aussi, salueront, honoreront et adoreront le Bôdhisattva, ce qui, pour eux, servira longtemps à leur profit, à leur aide, jusqu’à leur arrivée à l’immortalité (Amrïta). Alors l’augmentation de la gloire du roi Çouddhôdana sera proclamée. Après avoir fait une prédiction vraie concernant le Bôdhisattva, nous reviendrons.

Ensuite Mahêçvara, le fils d’un dieu, entouré et précédé de douze mille fils des dieux, après avoir rempli d’une lumière brillante la grande ville de Kapilavastou tout entière, s’étant approché de l’endroit où était la demeure du roi Çouddhôdana, et après avoir fait prévenir le roi par le garde de la porte, étant entré, dans le palais royal, après y avoir été invité par le roi, il salua avec la tête les deux pieds du Bôdhisattva, rejeta son manteau sur une épaule, et, après avoir tourné plusieurs centaines de fois en présentant le côté droit, s’étant arrêté, il prit le Bôdhisattva contre sa poitrine et complimenta le roi Çouddhôdana : Sois joyeux, ô grand roi, aie une joie suprême. Pourquoi cela ? Parce que, grand roi, le corps du Bôdhisattva est bien orné de signes et de marques secondaires ; parce que le jeune prince surpasse le monde réuni des dieux, des hommes et des Asouras, par sa couleur, sa gloire et sa majesté. Sans nul doute, grand roi, le Bôdhisattva se revêtira de l’Intelligence sans supérieure parfaite et accomplie d’un Bouddha.

Ainsi donc. Religieux, Mahèçvara, fils d’un dieu, avec les fils des dieux Çouddhâvâsakâyikas, ayant fait la grande cérémonie de l’adoration du Bôdhisattva, et aussi la prédiction véritable concernant le Bôdhisattva, retourna à sa demeure.

Et là il est dit :

75. Cet océan de qualités étant né, et le roi des dieux l’ayant appris, il dit aux dieux pleins de Joie : Celui dont il est très difficile d’entendre parler dans l’espace de plusieurs Kôtis de Kalpas, allons l’honorer, ce prince des Mounis.

76. Au nombre complet de douze mille, des dieux très purs ayant la touffe de cheveux qui couronne leur tête bien ornée de joyaux précieux, en possession de la voie honorable, étant allés promptement à la meilleure des villes nommée Kapila, et se tenant à la porte du maître des hommes, ayant la belle touffe de leurs cheveux pendante,

77. Ils dirent au gardien de la porte, eux qui ont la voix très douce : avertis le maître des hommes, après être entré dans le palais.

Le garde de la porte ayant entendu ces paroles, entra dans le palais, et joignant respectueusement les mains, il dit au roi :

78. Soyez toujours victorieux, ô roi ! conservez longtemps la vie ! II y a, à la porte des êtres ayant l’éclat pur d’abondants mérites, ayant leur touffe de cheveux bien ornée de joyaux précieux et possédant la voie honorable. Ils ont le visage comme la pleine lune ; ils ont l’éclat sans tache de la lune.

79. Je ne leur ai vu aucune ombre, ô roi ; je n’ai pas entendu le bruit de leurs pas ; en marchant sur la terre, ils ne soulèvent pas de poussière et les gens ne se rassasient pas de les voir.

80. L’éclat de leur|corps est très grand et resplendit, leur parole va au cœur et n’est pas, comme ici-bas, celle des hommes ; elle est profonde et caressante ; ils ont des manières douces et de belles formes, j’ai un doute que ce sont des troupes de dieux, car ils ne sont pas des hommes.

81. Tenant à la main une guirlande des plus belles fleurs, des onguents et des écharpes de soie, ils regardent avec respect. Sans nul doute, ô roi, c’est pour voir le jeune prince qu’ils sont venus, ces dieux, dieux au-dessus des autres dieux, afin de lui rendre hommage.

82. Le roi ayant entendu ces paroles rempli de la plus grande joie, (dit) : Va et dis que leurs seigneuries entrent dans le palais, car pareille puissance surnaturelle n’est d’aucune façon celle des hommes, d’après ce que tu dis des qualités et de la voie honorable de ceux-ci.

83. Le gardien de la porte, les mains jointes avec respect, parla ainsi aux dieux : Que vos seigneuries entrent, invitées par le maître des hommes ! Ceux-ci joyeux, le cœur ravi, portant à la main les plus belles guirlandes, entrèrent dans le palais du roi pareil à la demeure des immortels.

84. Et, ayant vu les premiers entre les dieux entrer dans le palais, le roi s’étant levé en joignant les mains (dit) : Ils sont préparés pour vous, ces sièges aux pieds précieux ; que vos seigneuries s’y asseyent avec une pensée de bienveillance !

85. Ceux-ci, ayant mis de côté l’orgueil et la fierté, restèrent (assis) sur les sièges. Pourquoi nous sommes venus ici, apprends-le, ô roi. Un fils, dont le corps est bien purifié par des mérites extrêmement grands, t’est né ; lui qui est né avec de beaux pieds, nous désirons le voir.

86. Nous connaissons la règle, nous connaissons les signes de ceux qui ont les meilleurs signes et leur voie, telle quelle est, ainsi que leur conduite. C’est pourquoi, excellent, toi le meilleur des rois, abandonne la tristesse, et voyons celui dont le corps est bien orné de signes variés.

87. Entouré de troupes de femmes, le maître des hommes, tout joyeux, ayant pris l’enfant dont la couleur brille d’un éclat sans égal, s’approcha des premiers entre les dieux, dont la touffe de cheveux qui couronne la tête était pendante. Quand il dépassa le seuil de la porte, la réunion des trois mille (mondes) fut ébranlée.

88. Ces premiers entre les dieux, après avoir vu le pied du guide (du monde) et les ono’les rouges comme le cuivre de celui qui a l’éclat parfaitement pur d’un corps sans tache, s’élant levés promptement, ayant la touffe de leurs cheveux pendante, saluèrent avec la tête les pieds de celui qui a un éclat sans tache.

89. Puisque des signes ainsi que cette majesté ont été vus, puisque la splendeur des mérites est aperçue sur sa tête ; puisqu’il a l’œil de la voie honorable st la laine entre les sourcils brillante d’un éclat sans tache, sans nul doute il atteindra l’Intelligence suprême, après avoir vaincu le démon.

90. Ils (les dieux) le louent, celui qui a des qualités véritables, qui voit juste le but ; après avoir médité sur les qualités de celui qui a écarté la corruption naturelle et dissipé les ténèbres de l’ignorance, bientr.t aura lieu l’apparition du joyau des êtres qui a écarté le combat de la naissance, do la vieillesse et de la mort.

91. La réunion entière des trois mondes est embrasée et tourmentée par trois feux qui ont pour aliment les objets des sens, la passion et le désir. Mais toi qui es ferme, après avoir étendu le nuage de la loi sur les trois mille (mondes), tu apaiseras, avec l’eau de l’immortalité (Amrita), la souffrance de la corruption naturelle.

92. Toi dont le langage est amical, qui es doué de miséricorde, qui as un doux langage, une voix qui résonne agréablement comme les accents de Brahmâ et dont le son va au cœur, qui fais connaître de tous côtés les préceptes dans les trois mille mondes, promptement, ô Bhagavat, fais entendre la grande voix d’un Bouddha.

93. Elles sont anéanties, les troupes des misérables Tirthikas aux vues opposées (à la vérité), embarrassés qu’ils sont dans les liens des passions de l’existence et placés à la limite de l’existence. Après avoir entendu les lois du Çoûnya qui s’appuient sur une cause, ils se sont enfuis comme des troupes de chacals à la voix du lion.

94. Après avoir détruit la taie de l’ignorance, fumée épaisse de la corruption naturelle, afin d’éclairer sans cesse la foule des êtres nés de tous côtés, avec le coup d’œil de la science, la lumière de la sagesse et le rayon de la connaissance, dissipe, dans le monde, les grandes ténèbres !

95. Abondants et bien acquis sont les profits des dieux et des hommes ici-bas où a lieu l’apparition d’un pareil être pur. Les voies mauvaises seront coupées, les voies des dieux ouvertes par (celui qui est) le joyau des êtres parfaitement purifié !

96. Après avoir jeté une pluie de fleurs divines sur cette ville appelée Kapila, avoir tourné trois fois autour en présentant le côté droit et l’avoir loué avec respect, en disant à haute voix : C’est le Bouddha ! l’excellent Bouddha ! les troupes des dieux retournèrent au ciel avec des actions de grâce.

Chapitre appelé : La naissance, le septième.