Le Lalita-Vistara, ou Développement des jeux/Chapitre XIII

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Traduction par Philippe-Édouard Foucaux.
Texte établi par Musée Guimet, Paris (Annales du Musée Guimet, tome 6p. 145-165).

CHAPITRE XIII

Ainsi, Religieux, exprimant leur joie par leurs cris, étaient venus en grand nombre, pendant que le Bôdhisattva était au milieu de l’appartement des femmes, les dieux, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharbas, les Asouras, les Garoudas, les Kinnaras, les Mahôragas, Çakra, Brahmâ et les Gardiens du monde, qui montraient de l’empressement à faire une offrande au Bôdhisattva.

Puis, Religieux, une autre fois, il vint à la pensée des dieux, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharbas, des Asouras, des Garoudas, des Kinnaras, des Mahoragas, de Çakra, de Brahmâ et des Gardiens du monde : Trop longtemps en vérité, ce personnage pur s’attarde dans l’appartement des femmes ! Et ces êtres qu’il a depuis longtemps mûris parfaitement par les quatre bases de la réunion : le don, les paroles agréables, la poursuite d’un but, la parité du but, connaîtront bien la loi enseignée par celui qui est un Bôdhisattva, et, avec lui, ces êtres, vases de la loi, disparaîtront tous, lorsque ensuite, le Bôdhisattva s’étant retiré du monde, se revêtira de l’Intelligence parfaite et accomplie.

Alors, pleins de respect et d’égards, les mains jointes, ils saluèrent le Bôdhisattva, et restèrent à le considérer, avec ce désir : Quand donc nous arrivera-t-il de Voir cet être pur et noble par excellence, se retirant du monde et, après s’en être retiré, et s’être assis au pied du grand roi des arbres et avoir vaincu le démon et son armée, se revêtir de l’Intelligence parfaite et accomplie d'un Bouddha doué des dix forces d'un Tathâgata, doué des quatre confiances d'un Tathâgata, doué des dix-huit conditions non mêlées d'un Bouddha, et faisant tourner trois fois la meilleure roue de la loi qui a douze aspects, puis, par le grand jeu d'un Bouddha, réjouissant avec toute sa sollicitude le monde des dieux, des hommes et des Asouras par sa belle parole ?

Et là, Religieux, le Bôdhisattva, après avoir traversé des Kalpas sans nombre, pendant ce long temps, avait été toujours et partout indépendant des autres. Dans toutes les conditions du monde ou au-dessus du monde, étant de lui-même précepteur spirituel, au milieu de ceux qui pratiquaient toutes les luis delà vertu. Depuis longtemps connaissant le temps, connaissant la limite, connaissant le moment favorable, ayant une science supérieure inébranlable, il était doué des cinq sciences supérieures. Jouant avec les fondements de la puissance surnaturelle, habile à connaître les organes des êtres, connaissant si le temps est favorable ou non, considérant le temps, et, comme le grand Océan, ne dépassant pas la limite. Doué de la force de la science supérieure, c'est de lui-même qu'il connaissait tout. C'est pour lui le temps de s'emparer (des esprits), le temps de discipliner, le temps de l'union, le temps d'accueillir avec bonté ; c'est le temps de la patience, le temps de la parole, le temps du silence, le temps de se retirer du monde, le temps d'errer en religieux, le temps de lire à haute voix ; c'est le temps d'avoir, à partir de l'origine, la conscience des sensations ; c'est le temps de la solitude ; c'est le temps de se rendre à l'assemblée des Brahmanes et des maîtres de maison ; c'est le temps de se rendre à l'assemblée des dieux, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharbas, des Asouras, des Garoudas, des Kinnaras, des Mahôragas, de Çakra, de Brahmâ, des gardiens du monde, des religieux, des religieuses, des dévots et dévotes ; c'est le temps d'enseigner la loi ; c'est le temps de s'absorber dans la contemplation ; partout et en tout temps, le Bôdhisattva a connu le temps, a considéré le temps.

Et encore. Religieux, celui-ci a obtenu la loi même des Bôdhisattvas qui en sont à leur dernière existence. Or, il est nécessaire que ceux qui sont au milieu de l'appartement des femmes soient bien exhortés par les Bouddhas Bhagavats qui se tiennent aux dix points de l'espace, par le son des voix et des instruments et toutes les autres semblables portes de la loi.

Et là il est dit :


1. Les premiers des êtres qui sont aux dix points de l’espace du monde, font, par leur puissance, avec le son des instruments, entendre ces Gâthâs et ces chants pleins de douceur, qui exhortent parfaitement le meilleur entre les meilleurs des hommes.

2. Autrefois cette prière a été faite par toi, en voyant les êtres accablés de centaines de maux : « A cause de cela, je serai dans le monde le protecteur et le refuge, le guide qui vient le mieux en aide ! »

3. Excellent héros ! rappelle-toi ta conduite d’autrefois et quelle fut ta prière, ô secours du monde ! C’est pour toi le temps, l’heure, le moment ; sors de la maison, toi, des Rïchis le meilleur entre les meilleurs.

4. C’est à cause de cela que les meilleures richesses de toute sorte ont été abandonnées par toi autrefois, ainsi que ta tête, tes mains et -tes pieds. Tu seras un Bouddha, disciplinant les dieux et les hommes ; le premier du monde, rempli de centaines de qualités.

5. Tu as, avec une bonne conduite, pratiqué les austérités que tu t’étais imposées. Par ta patience tu viens en aide au monde. Par ton héroïsme tu as acquis des centaines de qualités. En méditation, en sagesse, nul ne t’égale dans les trois mondes.

6. Ceux, en grand nombre, qui- sont possédés par la colère et qui ont tous les défauts de la malice, enveloppe-les de ta mansuétude, ô Sougata ! Ta charité a plusieurs formes pour l’ignorant qui est dans la fausse voie et privé des qualités de la vertu.

7. Ayant l’âme remplie de vertu par la science qui vient des bonnes œuvres, ayant la science supérieure de la contemplation, sans passion par l’effet des austérités accomplies, tu brilles à ces dix points de l’espace, comme la lune sans tache dégagée des nuages.

8. Tels sont, avec bien d’autres, les sons d’instruments agréables ou composés de la voix des Djinas, qui exhortent celui que vénèrent les dieux et les hommes en disant : Sors de la maison, voici le temps venu pour toi !


Religieux, le Bodhisattva était dans cette demeure excellente entre les meilleures, garnie d’ustensiles de toute espèce, favorablement disposée pour un bien-être tel que le conçoit la pensée, pareille à la demeure des immortels, remarquable parmi les plus belles par ses terrasses, ses portiques, ses arcades, ses œils-de-bœuf, ses belvédères, ses palais ; embellie de toutes sortes d’ornements précieux disséminés avec art ; décorée avec profusion de parasols, d’étendards, de bannières déployés ; bien ornée de nombreux treillages avec des clochettes précieuses ; tendue de franges de soie par centaines de mille, ainsi que de guirlandes enrichies de toutes sortes de pierres précieuses ; embellie par des ponts de bois précieux de toute espèce ; tendue d’une profusion de guirlandes de fleurs et de bouquets : imprégnée du parfum des cassolettes et abritée par des tentes de soie ; parsemée de fleurs de toutes les saisons, brillantes et aux odeurs les plus suaves ; offrant abondamment la jouissance de places où sont des étangs dont l’eau est remplie de bouquets de frais lotus, résonnant du chaut d’un grand nombre d’oiseaux : Pa tragouptas, perroquets, geais, Kôkilas, cygnes, paons, oies, Kounâlas, Kalabingkas, perdrix, et beaucoup d’autres d’espèces diverses, faisant entendre leurs chants agréables ; où Ton a la jouissance d’un séjour où le sol de la terre est de lapis lazuli ; qui présente à la vue l’image réfléchie de toute forme ; délicieuse et dont l’œil ne se rassasie pas ; faisant naître le plus grand contentement et la plus grande joie. Dans cette demeure, la première de toutes, où séjourne le Bôdhisattva, et pendant qu’il séjourne dans cette noble demeure, le meilleur des asiles, lui qui est sans tache, exempt de taches, qui a les membres sans tache, sans avoir déposé les guirlandes et les parures, ayant le corps enduit des onguents les plus précieux, aux odeurs les plus agréables, et ayant son corps revêtu d’un vêtement blanc sans tache et parfaitement pur ; monté sur un lit à la surface excellente, bien garni de plusieurs étoffes divines, douces au toucher comme un vêtement de Katchilindi, ayant toutes ses parties excellentes décorées, (là le Bôdhisattva) avec des femmes comme des immortelles, en tout exempt de blâme et agréable à voir, embelli par les belles actions qu’il a faites, pendant qu’il est dans le splendide appartement intérieur, les conques, les tambours, les timbales, les tambours d’airain, les harpes, les luths, les tambourins, les cymbales et les flûtes font entendre les sons agréables de leurs accords, les sons variés et retentissants di’leurs symphonies pendant qu’il est éveillé ; et la troupe des femmes à la voix flexible, douce et allant au cœur, tenaient éveillé le Bôdhisattva avec des concerts et les accords de mélodies enchanteresses. (Cependant) les Bouddhas Bhagavats qui demeurent aux dix points de l’espace, firent, par leurs bénédictions, sortir du milieu de ces concerts ces Gâthâs d’exhortation au Bôdhisattva :


9. Les femmes à l’esprit joyeux, aux idées bienveillantes, fout entendre, avec les flûtes, les plus doux et les plus ravissants accords ; mais, par la puissance des suprêmes Djinas des dix points de l’espace, on entend ces Gâthâs variées et nombreuses :

10. Voilà la prière que tu as faite autrefois, û héros ! après avoir vu les créatures toujours privées do protecteur : « Je délivrerai de la vieillesse, de la mort, ainsi que des autres douleurs, après être devenu un Bouddha revêtu de la dignité suprême, exempt de passion et de douleur. »

11. C’est pourquoi, ô excellent, sors promptement de la meilleure des villes, prends possession d’un point de la terre fréquenté par les Rĭchis d’autrefois, après être devenu un Bouddha doué de la science sans égale des Djinas.

12. Autrefois tu as donné toutes tes diverses richesses ; tes pieds, tes mains et ton corps qui t’était cher ; voilà ton temps venu, û grand Rĭchi ; distribue au monde l’eau sans fin du fleuve de la loi !

13. Ta belle conduite a été sans tache et non interrompue. Dans le passé, tu as toujours été orné de ce qui était bon par excellence ; personne ne t’égale par la bonne conduite, ô grand Richi ; délivre le monde de ses diverses corruptions.

14. Tu as, pendant des centaines d’existences, supporté avec patience bien des paroles dures dans le monde, toi qui t’es affermi dans la patience en te domptant toi-même. Seigneur des hommes, songe à sortir de la maison.

15. Ton héroïsme ferme, constant, inébranlable, ô Sougata, a été très grand, du commencement à la fin. Après avoir vaincu le démon artificieux et son armée, tu détruiras complètement les trois voies mauvaises.

16. C’est à cause de cela que tu as pratiqué les bonnes œuvres et les austérités, après avoir réfléchi à la corruption d’un temps mauvais. Ver>e l’eau féconde de l’Ami-îta, rassasie ceux qui sont depuis longtemps altérés et sans protecteur.

17. Sors promptement de cette ville excellente, en te rappelant cette parole excellente d’autrefois : Après avoir obtenu la dignité d’un Bouddha immortel exempte douleur, je désaltérerai, avec l’Amrĭta, ceux que la soif tourmente. 18. Toi qui es habile à pratiquer la meilleure sagesse, ta science est étendue, illimitée. Pour les insensés qui demeurent dans la voie du doute fais briller la lumière pure et claire de la sagesse.

19. Toi qui as, pendant des centaines d’existences, pratiqué la mansuétude, te plaisant dans la douceur et le détachement ; cette conduite excellente telle que tu l’as pratiquée, fais-en part au monde.

20. Par la puissance des Djinas des dix points de l’espace, ces Gâthâs qui rappellent les fleurs variées des qualités, exhortent le jeune prince qui se repose sur son lit, pendant qu’on le réjouit avec toutes sortes d’instruments mélodieux.

21. Et pendant que des femmes charmantes le réjouissent en faisant entendre les accords d’une musique ravissante, en même temps, les Djinas des dix points de l’espace, qui disciplinent les dieux et les hommes, continuent à faire entendre, avec ces accords, ce discours excellent.

22. Doué de qualités nombreuses, tu es venu on aide aux créatures, et tu as produit les qualités des Djinas. Souviens-toi, souviens-toi des pratiques religieuses et des austérités d’autrefois ; va promptement auprès du meilleur des arbres, touche à la dignité immortelle.

23. Aux dieux et aux hommes altérés, privés des qualités des Djinas, toi qui possèdes la plus grande force de l’intelligence, donne la jouissance de l’Amrĭta. Doué des qualités des dix forces, honoré des hommages des savants, proraptement, ô Seigneur des hommes, distribue l’Amiita.

24. Tu as abandonné, dans une existence d’autrefois, tes biens, tes joyaux, ton or, ton épouse, ton fils chéri, la terre avec ses villes et ses villages ; ta tête même, tu l’as abandonnée ainsi quêtes mains, tes pieds et tes yeux, ô toi qui viens en aide aux créatures, qui fais ta joie des qualités des Djinas.

25. Autrefois, ô le meilleur des hommes, quand tu étais un roi vertueux, un homme, étant venu devant toi, t’adressa ces paroles : donne-moi cette terre avec ses villes et ses villages. Tu les donnas alors et ton esprit ne fut pas troublé.

26. Autrefois, quand tu étais le Brahmane vertueux d’un roi, honorant les précepteurs spirituels et ne nuisant pas aux autres, tu établis dans la vertu lui grand nombre de gens, ô le meilleur des Brahmanes ; puis, ayant changé d’existence, tu allas vivre au séjour des dieux.

27. Autrefois, quand tu étais fils de roi et le meilleur des Rïchis, un mauvais roi en colère te coupa tes membres. Tu accomplis le temps de la mort et ton esprit ne fut pas troublé, du lait coula alors de tes pieds et de tes mains.

28. Et autrefois encore, quand tu étais Syama, le fils du Rîchi, te plaisant aux œuvres pieuses, protégeant les précepteurs spirituels au séjour de la meilleure des montagnes, frappé par un roi avec une flèche empoisonnée, ton cœur ne fut pas troublé et tu pardonnas à ce roi.

29. Autrefois, quand tu étais le roi des gazelles, rempli de qualités, un homme entraîné par les grandes eaux d’un torrent de la montagne, fut, par toi plein de bonté, retiré et déposé sur un endroit sec, et ton esprit ne fut pas troublé en conduisant ton ennemi.

30. Autrefois, ô le meilleur des hommes, quand tu étais le fils d’un Brahmane, ta pierre précieuse Alani étant tombée dans le grand Océan, tu fis écouler le grand Océan et tu recouvras alors ta pierre Mani, ô grand homme à la force puissante !

31. Autrefois, homme excellent, quand tu étais le meilleur des Rïchis, un Brahmane, étant venu près de toi, dit : « Sois mon refuge, ô Rîchi ; éloigne de moi l’ennemi ! « Tu donnas ton propre corps et le Brahmane ne donna pas le sien.

32. Autrefois, étant allé près du Rîchi Syama qui avait un arbre pour demeure, après qu’il eût dit : « Je désire que tu comptes combien cet arbre a de feuilles, » après avoir bien compté et reconnu ce qu’il y en avait, tu lui déclaras d’une voix égale le compte sans erreur.

33. Autrefois, quand tu étais un perroquet doué de qualités, demeurant sur un arbre, quand il vint à mourir, tu ne l’abandonnas pas, en souvenir d’un ancien bienfait. Le maitre des dieux, réjoui au souvenir de tes qualités, rendit vénérable ce meilleur des arbres, parce qu’il t’avait été agréable précédemment.

34. C’est ainsi que tes œuvres pieuses et ta pratique des austérités sont sans égales, ô toi qui as beaucoup de qualités, doué de qualités, et qui agis dans le chemin des qualités. Abandonne la terre avec ses villes. Voici ton temps venu. Vite, établis le monde dans la pratique des qualités des Djinas.

35. Pendant que les perles des femmes, le corps paré de beaux vêtements, faisaient résonner les plus ravissants accords îles instruments, alors aussi, par la puissance des Djinas des dix points de l’espace, des Gâthâs variées aux paroles agréables se firent entendre ainsi au milieu des accords de ces instruments.

36. Ta prière d’autrefois, il y a de cela plusieurs Kalpas, ô lampe du monde ! (a été :) « Dans le monde qui est dévoré par la vieillesse et la mort, je serai un protecteur ! » Rappelle-toi cette prière d’autrefois, Seigneur des maîtres des hommes, voici pour toi, roi des bipèdes, le temps de sortir de la famille.

37. Dans des millions d’existences, ici-bas, tu as fait des dons multipliés : biens, or, pierreries, beaux vêtements, choses précieuses variées ; tes mains, tes pieds, tes yeux, tes fils chéris, ton royaume prospère, tout a été donné par toi, et tu n’as eu. en donnant, ni colère, ni haine contre ceux qui demandaient.

38. Toi qui as été, ici-bas, le roi calme aux belles dents, ô Çaçikêtou, à l’esprit miséricordieux et compatissant, toi qui as le joyau (Mani) au sommet de la tête, tu brilles comme la lune ! Telles sont les principales choses que tu as faites, héros inébranlable, roi aux beaux yeux. Pendant bien des Nayoutas (d’années), satisfait de donner, tu as accompli des transformations.

39. Ta conduite, ô Sougata, a été, pendant plusieurs Kalpas, consacrée à la vertu. Et la pureté de ta vertu a été parfaite, pareille à la pierre précieuse Mani complètement exempte de tache. Comme la femelle du Yak conserve sa queue, tu as, en agissant, conservé la vertu ; tu as rendu ici-bas de nombreux services au monde.

40. Par le plaisir d’être vertueux, quand tu étais ici-bas le meilleur des éléphants, ayant été frappé par un chasseur ennemi, tu fus pris de pitié pour cet être cruel, et tu l’aidas dans ta bonté. Tes belles dents furent abandonnées, mais non la vertu. De tels actes vertueux et bien d’autres ont été faits par toi.

41. Dans les transformations de ta vertu, tu as supporté, de la part du monde, par milliers, des refus de secours, des persécutions, des paroles injurieuses, des meurtres, des emprisonnements nombreux, tout cela, en te plaisant dans la patience. Les hommes qui, autrefois, avaient été entourés d’un bien-être complet sont devenus tes meurtriers, et cela, tu l’as pardonné !

42. Dans le séjour de la meilleure des montagnes, ô Maître, quand tu étais un ours, après avoir pris un homme épouvanté par le torrent de l’eau des neiges, tu le comblas de divers fruits et racines et d’un bien-être complet. Bientôt il revint, amenant des gens pour te tuer, et cela, tu l’as pardonné !

43. Ferme, durable, solide, inébranlable a été ton héroïsme ainsi que ta science, tes diverses qualités, tes mortifications, dans ton désir de l’Intelligence. Le démon est devenu sans force et soumis par la force de ton héroïsme. Lion des hommes, le moment est venu pour toi de sortir de la famille.

44. Lorsque autrefois, ici-bas, tu étais le meilleur des chevaux d’une belle couleur d’or, pris de pitié, tu allas rapidement, à travers le ciel, au pays des Ràkchasas, et ayant pris alors ces hommes tombés dans la misère, tu les établis dans le bonheur. Telles sont tes principales actions. Nombreuses sont les transformations de ton héroïsme.

45. Par la retenue, le calme et la discipline a été détruite la corruption naturelle, contemplateur par excellence ! Après avoir dompté l’esprit prompt à changer et agité par les objets des sens, tu as fait ici les affaires du monde par les qualités qui te sont propres, en te plaisant dans la contemplation. Telles sont, ici-bas, le meilleur des êtres les transformations venant de ta contemplation !

46. Quand tu étais, autrefois, un Rîchi établi dans le plaisir de la contemplation, les hommes privés de rois, t’ayant pris, te donnèrent la consécration royale. Les créatures douées des dix vertus ont été établies par toi dans les voies de Brahmâ ; et ceux qui sont disparus d’entre les hommes sont tous allés dans la demeure de Brahmà.

47. Dans la connaissance des points de l’espace et de leurs intermédiaires, tu connais le mieux la règle. Dans la connaissance de la conduite des autres et le langage des créatures, dans la connaissance des sens, dans ce qui concerne la règle, la discipline et les diverses pensées, tu as dépassé la limite (ordinaire). C’est pour toi le temps, fils de roi, de sortir (de la famille).

48. Autrefois, ayant vu les créatures remplies de vues mauvaises, enveloppées par la vieillesse la mort, les misères nombreuses du toutes sortes, tu leur as fait comprendre l’existence, et, en les ramenant toi-même dans la droite voie, ô destructeur des ténèbres, tu as, ici-bas, fait grandement les affaires du monde.

49. C’est ainsi que des Gâthâs variées et remplies de qualités brillantes se faisaient entendre, et par (l’effet de) la majesté des Djinas, exhortaient le héros. « En voyant ici-bas les créatures chargées de douleurs, ne reste pas indifférent ; c’est pour toi qui possèdes la meilleure des intelligences le moment de sortir (de la famille) !

50. Parées de vêtements brillants, de colliers de perles et de guirlandes parfumées de toute espèce, avec des pensées affectueuses et tendres, les femmes sont là joyeuses ; et par la puissance des Djinas, de pareilles Gâthâs sortent des accords des instruments, et exhortent le meilleur des êtres.

51. De ce, en vue de quoi, afin de venir en aide aux créatures, tu as, durant do nombreux Kalpas, abandonné ce qui était difficile à abandonner, bien pratiqué la vertu, la patience, l’héroïsme ; (en vue de quoi) tu as médité dans la contemplation et la science transcendante, le temps est venu pour toi maintenant ; songe promptement à sortir de la famille, ne tarde pas, ô Guide !

52. Autrefois un précieux trésor, de l’or, de l’argent, des ornements, ont été abandonnés (par toi).. telles et telles créatures, tu as fait des offrandes de plusieurs sortes ; tu as donné ton épouse, ton fils, ta fille, ton corps, ton royaume, ta vie. À cause de l’Intelligence suprême, ces choses difficiles à abandonner ont été abandonnées sans mesure par toi.

53. Tu as été roi, renommé par l’éclat de tes bonnes œuvres qui ne sont pas petites ; que tu aies été Nimindhara, Nimi, Kricliiiibandliou, Brahmadatta, Kêeari, Sahasiadjna, Dharmatchinti, Artchimat ou Dritliadjana, ô toi qui as bien médité sur le but, tu as abandonné aux êtres affligés des choses difficiles à abandonner.

54. Que tu aies été Soutasôma, Diptavirya, ou Pounyaraçmi, tu as fait des abandons, tu as été plein de force et reconnaissant ; et Rïchi des rois, au corps pareil à celui de Tchandra, ô héros qui fais grandir la vérité, qui parles bien et te livres aux recherches, tu as été Soumati et Sourata.

55 Tu as été Tchandraprabha, Vicêchagâmin, Rènou, maître des points de l’espace. (Çàntaga), héros du don. roi Kâçi, au diadème de perles, enseignant le calme. Par ces rois et d’autres, des choses dil’liciles à abaudo.ner ont été abandonnées. De même que la pluie de dons (a été) versée par toi, verse la pluie de la Loi !

56. Tu as vu autrefois que la collection des êtres était égale en nombre aux sables de la Gangà. Tu as fait aux Bouddhas des offrandes sans nombre et inimaginables, en recherchant l’Intelligence suprême pour accomplir la délivrance des êtres. Voici le temps venu, ô héros ; sors de la meilleure des villes.

57. Tu as premièrement offert des fleurs de Sala à Amôghadarçi ; tu as regardé Yàirôtchana quelques instants avec luie pensée bienveillante ; un myroholan a été donné par toi à Doundoubhisvara ; après avoir vu Tehandana, tu as pris un flambeau d’herbe que tu as porté dans sa maison.

58. Après avoir vu Rênou entrer dans la ville, tu as jeté une poignée de poudre d’or : « Adoi-atiou, adoration ! » voilà les mots que tu as dits, après avoir vu Samantadarei. À Dhai’mêçvara qui enseignait la loi, tu as donné l’approbation, en disant : « bien ! » tu as jeté avec joie, sur Mahartchiskandhi une guirlande d’or.

59. Tu as donné des franges à Dharmadhvadia, à Nirôdha une poignée de fèves ; des fleurs d’Ae">ka à Djnânakêtou, à Sàrathi un breuvage ; à Ratnaç-ikhin tu as donné une lampe, à Padmayôni des herbes médecinales ; à Sarvâbhibhou un collier de perles ; à Sàgara tu as donné des lotus (jaunes).

60. Tu as donné des tentures à Padmagarbha ; à Sinha des tentes pour la pluie ; tu as donné à Sàlêndrarâdja du beurre clarifié ; du lait à Pouchpita ; à YaeVlatta des fleurs de Kourounda ; à Saltvadarçi des mets apprêtés ; tu as prosterné son corps devant Djnànamérou ; à Nàgadatta tu as donné un vêtement de religieux.

61. (Tu as donné) à Abhjoutchagàmi le meilleur sandal ; à Tikchou une poignée de sel ; à Mah.ivyoûha tu as donné des lotus jaunes ; à Raemiràdja des pierres précieuses, à Çàkya-Mouni une poignée d’or, à Indrakêtou des louanges, à Soûryânana des pendants d’oreille, <à Soumati un diadème d’or.

62. À Nâgâbhibhou tu as présenté une pierre précieuse ; à Pouchpa une tente de toile blanche, à Bhùichadjyaràdja un parasol précieux, à Sinhakètou un siége, à Goinàgradhai « i un réseau précieux, toutes sortes de concerts à Ivàcj’apa. C’était toujours en donnant les fleurs aux plus suaves parfums que tu as ofi » ert des fleurs à Artciiikètou.

63. Tu as donné à.kch"bhyaràdja une maison à étages, une guirlande à L’ikapûudjita. À Tâgaracikhi tu as abandonné la royauté, toutes sortes de parfums à Donrdjaya. Tu t’es abandonné toi-même à Mahâpradipa ; ta as donné des parures à Padmôttara, des fleurs variées à Dhai-makêtou, à Dipakâra des lotus bleus.

64. Par ces choses et d’autres, les meilleurs des êtres ont été honorés autrefois par toi qui faisais bien d’autres choses encore variées et de tout genre. Rappelle-toi ces Bouddhas du passé et ces maîtres que tu as honorés. L’être sans protecteur et rempli de douleur, ne le néglige pas, sors de la ville excellente !

65. Aussitôt que tu as vu Dipangkara, tu as obtenu la plus grande patience, et les cinq sciences supérieures et impérissables ont été obtenues par toi, dans l’ordre régulier. Et ensuite, de nombreux Bouddhas ont été honorés, plus que la pensée ne peut embrasser, pendant la durée de Kalpas innombrables, dans toutes les parties du monde.

66. Ces Kalpas innombrables ont été épuisés par toi, et ces Bouddhas sffiit allés dans le Nirvana. Tous les corps qui furent à toi et leurs noms, où sont-ils allés ? Toute substance finit par périr, il n’y a rien de durable dans ce qui est composé. Passagers sont le désir, la royauté, les jouissances. Sors de la ville excellente.

67. La vieillesse, la souffrance, la maladie et la mort viennent, terribles et accompagnées d’une grande crainte, comme le feu à l’éclat terrible et redoutable, à la fin d’un Kalpa. Toute substance finit par périr ; il n’y a rien de durable dans ce qui est composé. Vois les êtres tombés dans une grande misère ; sors, ô toi qui as des qualités.

68. Tandis que la troupe des femmes, avec des luths, des flûtes et les sons des instruments divers récréaient le Seigneur des hommes étendu à l’aise sur sa couche, les accords des instruments faisaient alors entendre ceci :

69. La réunion des trois mondes est brûlée par les douleurs de la vieillesse et de la maladie ; ce monde sans protecteur est consumé par le feu de la mort ; la créature ne court pas à la délivrance ; toujours affolée, elle s’agite comme une abeille entrée dans un vase.

70. Instable est la réunion des trois mondes, pareille au nuage d’automne : pareille aux scènes d’un drame sont la naissance et la mort de la créature. Gomme le torrent de la montagne passe la vie courte et rapide de la créature, comme l’éclair dans le ciel !

71. Sur la terre et dans le séjour des dieux, les créatures sont dans la voie des trois conditions mauvaises et au pouvoir de l’existence (émigrante) du désir et de l’ignorance. Les ignorants roulent dans cinq voies, comme tourne la roue du potier.

72. Par des formes agréables et belles, par des sons mélodieux, par des odeurs et des goûts agréables, par de doux contacts, ce monde est toujours enveloppé dans les filets du temps, comme un singe lié dans les filets du chasseur.

73. Accompagnées de craintes, accompagnées de combats, toujours produisant des inimitiés, les qualités du désir amènent les douleurs et les misères ; pareilles au tranchant de l’épée, semblable à une feuille vénéneuse, elles sont abandonnées par les gens respectables comme un vase impur.

74. Produisant le trouble de la mémoire, produisant les ténèbres de l’esprit, produisant des causes de crainte ; toujours racines de douleurs ; faisant croître la liane du désir de la vie, les qualités du désir sont accompagnées de craintes, accompagnées de combats, toujours.

75. Comme des fosses de feu qui flamboient et font peur, voilà comment ces désirs sont considérés par les gens respectables ; pareils à un grand marais, pareils à la lame d’une épée et comme le tranchant d’un rasoir enduit de miel.

76. Comme la tête d’un serpent, comme des vases impurs, voilà comment ces désirs sont connus des sages ; comme pareils à un pal, pareils à la chair d’un oiseau ; comme pour les chiens des carcasses, ils sont accompagnés d’inimitiés.

77. Les qualités du désir sont pareilles à la lune dans l’eau ; comme une image réfléchie, comme l’écho de la montagne ; elles sont regardées par les gens respectables comme (pareilles à) des apparences, comme la représentation d’un drame, comme un songe.

78. Ces qualités du désir ne durent qu’un moment ; elles sont pareilles à l’illusion, au mirage ; fausses et pareilles à la bulle d’eau et à l’écume ; elles sont connues des sages comme produites par les erreurs de l’imagination.

79. Au premier temps de la vie, quand il a sa plus belle forme, celui qui se conduit comme un enfant, est aimé, désiré, recherché. Quand la vieillesse et la maladie ont détruit la splendeur de son corps, on l’abandonne, comme les gazelles abandonnent une rivière desséchée.

80. Au temps où, en possession des trésors et des biens les plus précieux, il est fort de ses grandes richesses, celui qui se conduit comme un enfant est aimé, désiré, recherché. S’il est privé de sa fortune et tombé dans la misère, les hommes l’abandonnent comme un désert vide.

81. Comme l’arbre qui a des fleurs, el l’arbre qui a des fruits, celui qui se plait à donner aux hommes fait ainsi leur joie : s’il n’a plus de fortune, si, accablé de vieillesse, il mendie, il est alors désagréable comme un vautour.

82. Maître puissant par la fortune et doué de la plus belle forme, on aime à le rencoiitier, lui qui flatte les sens. S’il est accablé par la vieillesse et la maladie, si ses biens sont perdus, il est alors désagréable comme le seigneur de la mort.

83. Accablé par la vieillesse, sa jeunesse étant passée, il est comme un arbre frappé par la foudre ; il est redouté comme une maison qui tombe de vétusté. Comment échapper à la vieillesse ? Dis-le promptement, ô Mouni !

84. La vieillesse dessèche la foule des hommes et des femmes, comme la liane Màlou un bois épais de Sâlas. La vieillesse ravit le courage, l’énergie et la vigueur, comme si l’homme était plongé dans un marais.

85. La vieillesse change la beauté en laideur ; la vieillesse ravit l’éclat ; la vieillesse ravit toujours le bien-être ; la vieillesse amène le dédain, produit la mort ; la vieillesse ravit le lustre, ravit la force et la puissance. 86. Ce monde est assailli par plusieurs centaines de maladies et de souffrances, comme des gazelles par le feu. Après avoir considéré le monde tombé au pouvoir de la vieillesse et de la maladie, comment échapper à la vieillesse ? Promptement enseigne le donc !

87. Et comme, l’hiver, le vent froid ravit l’éclat du gazon, des branches d’arbres et des plantes médicinales des bois, de même ravit l’éclat la vieillesse (sujette) aux maladies nombreuses ; la force de la beauté des organes et des sens est détruite. 88. Elle (la vieillesse) amène la fin et la ruine des grandes richesses en argent et en grains ; la vieillesse et la maladie produisent toujours la souffrance ; elles blessent et (ont haïr ce qui est agréable ; elles brûlent comme le soleil dans le ciel.

89. Elles amènent toujours le temps de la mort, de la transmigration, du changement d’existence : la séparation d’avec les biens et les gens qu’on aime ; et il n’y a plus de retour, plus de réunion avec eux, comme la feuille et le fruit (tombés) de l’arbre, comme le courant d’un fleuve.

90. La mort rend impuissants les puissants ; la mort emporte comme un fleuve emporte un pin ; sans compagnon, l’homme s’en va sans second, suivi du fruit de ses propres œuvres et impuissant.

91. La mort saisit les êtres par centaines, comme un Makara dans la mer saisit une foule d’êtres ; comme un Garouda saisit un serpent et le roi des animaux, un éléphant ; comme le feu saisit la multitude des êtres, des herbes et des plantes.

92. Le vœu que tu as fait de délivrer le monde de pareils maux qui l’affligent par centaines, rappelle-le-toi, ainsi que la promesse de l’accomplir. C’est pour toi le temps de sortir de la maison.

93. Pendant que la troupe joyeuse des femmes récréent le grand Mouni, avec les instruments de musique, alors aussi, des Gâthâs variées se dégagent du son des instruments par la puissance des Sougatas.

94. Tout ce qui est composé passe vite et dure peu comme les éclairs dans le ciel. Voici ton temps venu ; c’est le moment de sortir de la maison, ô Souvrata !

95. Ce qui est composé n’est ni durable, ni stable, pareil à un vase de terre, fragile par nature ; pareil à un bien emprunté à un autre, pareil à une ville de sable, et ne durant pas longtemps.

96. Les composés sont d’une nature qui se dissout, comme un enduit, au temps des nuages pluvieux, est entraîné, comme le bord sablonneux d’un fleuve ; dépendants (qu’ils sont) d’une cause, et faibles par leur propre nature.

97. Les composés, comme la flamme d’une lampe, sont exposés, par nature, à des obstacles qui surgissent tout à coup ; ils ne durent pas, pareils au vent ; comme un flocon d’écume, ils sont sans essence et faibles.

98. Les composés sont inertes et vides ; semblables, si on les examine, à la tige de la plante Kadalî ; semblables à l’illusion, troublant l’esprit comme la main vide qui trompe un enfant.

99. De causes premières et secondes procède tout ce qui est devenu un composé. C’est de causes s’appuyant l’une sur l’autre que vient tout ce monde ; la foule ignorante ne le comprend pas.

100. Comme l’herbe Valvadja, en s’appuyant sur l’herbe Moundja, est changée en corde par la force du travail et la machine qui tient la jarre tourne avec la roue ; chaque chose séparément n’est pas le mouvement.

101. De même a lieu l’achèvement de tout membre de l’univers en s’appuyant sur l’union de l’un avec l’autre. L’achèvement est ainsi en chacun d’eux, et la fin de ce qui précède et de ce qui suit n’est pas saisie.

102. De même que, quand il va une graine, il y a un bourgeon, quoique cette graine ne soit pas le bourgeon lui-même. De sorte que, l’une n’étant pas, l’autre n’est pas non plus. Ainsi, sans être durable, la substance n’a pas d’interruption.

103. Les composés proviennent de l’ignorance ; et ces composés ne sont pas en réalité. Composés et ignorance de même sont vides, par nature ils sont inertes.

104. C’est (par le moyen du sceau) que l’empreinte est vue, et le passage du sceau n’est pas perceptible. Et quoiqu’ils ne soient pas durables, les composés n’ont pas d’interruption.

105. L’œil s’étant fixé sur la forme, la connaissance complète de l’œil est produite, il n’y a pas passage de la forme à l’œil.

106. Les substances sans individualité ne sont pas agréables, et, par cette raison, au contraire, celles qui ont une individualité sont regardées comme agréables. Ce qui est à l’envers est considéré comme n’étant pas bon, et de là est produite la connaissance parfaite de l’œil.

107. La connaissance parfaite est produite par l’empêchement ; le sage voit clairement la production et la destruction. Le Yogi voit, pareil à l’illusion, le vide (l’éther) qui n’est allé (nulle part) et n’est venu de nulle part.

108. Ainsi le bois qu’on frotte, celui avec lequel on frotte, et l’effort des mains, voilà trois choses réunies à cause desquelles nait le feu ; quand il est né et a fait son œuvre, il est bien vite entravé (arrêté).

109. Cependant un savant cherche (en réfléchissant) : d’où est-il venu, et où va-t-il ? Et pour celui qui cherche à tous les points de l’espace et à leurs intermédiaires, ni sa venue, ni son départ n’est compris.

110. Les objets des sens et les qualités sensibles ont pour cause le désir, l’ignorance et les œuvres ; et quoi qu’on dise de ces choses réunies, c’est l’être, le vrai sens n’est pas obtenu.

111. En s’appuyant sur le gosier, les lèvres et le palais, la langue produit le son des lettres ; si elle ne va ni vers le gosier, ni vers le palais, aucune lettre ne se produit séparément.

112. Mais en s’appuyant sur tous les organes sort la parole par la puissance de l’intelligence de l’esprit. L’esprit et la parole, n’ayant pas de corps visible, ne s’aperçoivent ni intérieurement ni extérieurement.

113. Le sage voit bien la naissance et la disparition de la parole, de la voix, du son, de la modulation et que toute parole ne dure qu’un instant, pareille à l’écho.

114. Comme en s’appuyant sur la corde, le bois et le mouvement de la main, parées trois choses réunies un son est produit et sort de la Vinà (luth) et autres instruments mélodieux.

115. Alors un savant cherche en réfléchissant : D’où est-il venu, et où va-t-il ? Et examinant tous les points de l’espace et leurs intermédiaires, il ne voit ni la venue ni le départ du son.

116. Ainsi de causes premières et secondes procède tout ce qui est devenu un composé. Le Yogi, par la vue de ce qui est vrai (de ce qui existe) voit que tout composé est vide et inerte.

117. Les Skandhas (attributs de la conception), les Âyatanas (sièges des qualités sensibles) et les Dhâtous (parties constituantes du corps) sont vides à l’intérieur, sont vides à l’extérieur. Tous, pris séparément, n’ont pas de demeure. La loi a pour caractère d’avoir la nature de l’éther.

118. Ce caractère de la loi, tel qu’il est, a été compris par toi-même en voyant le Bouddha, Dipangkara ; comme il l’a été par toi-même, de même fais-le comprendre aux dieux et aux hommes.

119. Par des désirs et des haines opposés et considérés comme n’existant pas, le monde est brûlé. Du nuage de la miséricorde, fais tomber la fraîche ondée dont les eaux sont calmantes, ô guide !

120. Après avoir véritablement obtenu l’Intelligence, je rassemblerai les êtres animés par (ce qui est) la véritable richesse. (Voilà ce que tu as dit.) C’est à cause de cela, ô sage, que des dons ont été faits par toi pendant plusieurs dizaines de millions de Kalpas.

121. Te rappelant cette conduite d’autrefois, au sujet de la vénérable richesse, ne néglige pas les misérables, les pauvres, les affligés ; par la vénérable richesse, rassemble-les, ô cocher des êtres.

122. La vertu a toujours été bien gardée par toi. À cause des tourments des êtres terrestres qui sont dans les voies mauvaises (tu as dit) : Je montrerai la porte suprême de l’immortalité du Svarga à plusieurs dizaines de millions d’êtres. 123. Te rappelant ta conduite d’autrefois et ayant fermé la porte des êtres terrestres engagés dans les trois voies mauvaises, ouvre la porte de l’immortalité du Svarga ; accomplis la pensée de celui qui est vertueux.

124. La patience a toujours été bien gardée par toi. Afin d’apaiser la colère et la fureur de ceux qui ont un corps, après avoir fait traverser aux êtres l’océan de l’existence, tu les établiras dans le bien-être et le calme exempt de fièvre.

125. Te rappelant ta conduite d’autrefois, ceux qui sont troublés par l’inimitié, l’envie de nuire et d’injurier, ne les néglige pas plus que ceux qui font de mauvaises actions. Dans la terre de la patience, établis ce monde,

126. (Rappelle-toi) dans quel but tu as cultivé l’héroïsme ; et, après avoir bien préparé le vaisseau de la loi ; après avoir fait traverser au monde l’océan de l’existence, tu les établiras dans le bien-être et le calme exempt de fièvre.

127. Rappelle-toi ta conduite d’autrefois. Ce monde est troublé par quatre courants ; promptement, toi qui te distingues par la force de l’héroïsme, fais passer sur la rive les êtres sans guide.

128. (Souviens-toi) pour quelle raison la pensée sur la destruction de la corruption naturelle a été méditée par toi, ô héros, en disant : Ceux qui ont les sens égarés, les sens rabaissés, qui ont des pensées de singe, je les établirai dans la droite voie.

129. Rappelle-toi ta conduite d’autrefois. Ce monde est rempli de confusion par les filets de la corruption naturelle. Ne néglige pas les créatures tourmentées par cette corruption, et établis-les dans une méditation qui n’a qu’un seul objet.

130. Par toi, autrefois, la sagesse a été bien méditée. (Tu as dit) : Pour le monde enveloppé par les ténèbres de l’ignorance et du trouble, je donnerai l’œil qui fait voir plusieurs centaines de lois et voit la vérité.

131. Rappelle-toi ta conduite d’autrefois. Au monde enveloppé des ténèbres de l’ignorance et du trouble, je donnerai le beau rayon de la meilleure science, l’œil de la loi, sans tache et sans passion.

132. Une pareille suite de Gâthâs se fait entendre sortant des instruments et des concerts des femmes. Après l’avoir entendue, (le Bodhisattva.) ayant abandonné complètement l’orgueil, s’applique à la plus haute, à la plus excellente Intelligence.


Ainsi donc, Religieux, le Bodhisattva, lorsqu’il était au milieu de l’appartement des femmes, n’était pas privé d’entendre la loi, n’était pas privé de méditer la loi dans son esprit. Pourquoi cela ? C’est que Religieux, le Bodhisattva était, depuis longtemps, respectueux pour les lois et les prédicateurs de la loi, sollicitait la loi par une application extrême ; désirait la loi ; se réjouissait des joies delà loi ; n’était pas rassasié de la recherche delà loi, et élucidait la loi comme il l’avait entendue ; maître sans supérieur des grands dons de la loi ; instituteur désintéressé de la loi ; point avare des dons de la loi ; éloigné du vol des instituteurs ; en possession de la loi et de ce qui s’y rattache ; héros pour l’obtention de la loi ; ayant la loi pour demeure ; protégé par la loi ; réfugié dans la loi ; défenseur de la loi ; ayant acquis le trésor de la loi ; issu de la patience ; ayant pratiqué la sagesse transcendante ; entré dans la voie de la science des moyens.

Alors, Religieux, le Bodhisattva, en déployant une grande science des moyens, entouré du respect de tous les gens de l’appartement des femmes, ayant montré la voie honorable des Bôdhisattvas antérieurs qui ont complètement dépassé le domaine du monde tout en suivant la lin conforme aux actions du monde ; ayant depuis longtemps bien reconnu l’vice du désir ; ayant, par le pouvoir de mûrir complètement les êtres, démontré (ce qu’est) la satisfaction du désir ; ayant, par la force de l’accumulation des bonnes œuvres, qui est la croissance illimitée de la racine de la vertu, montré un empire complet sur le monde ; ayant démontré (ce qu’est) le plaisir de la satisfaction la plus agréable du désir quand elle va au delà de celle des dieux et des hommes, produite par l’essence diverse et variée de la forme, du son, de l’odeur, du goût et du toucher. Par la condition de ne pas être enfermé dans les domaines propres à toutes les satisfactions du désir, ayant démontré la soumission de son désir ; par la force d’une prière d’autrefois, devenu le compagnon (des êtres) ; ayant mûri complètement les êtres rassemblés par la racine de la vertu, au moyen d’un séjour commun (avec eux). Avec une pensée non souillée par les taches de la corruption naturelle de tous les mondes, pendant qu’il était au milieu de l’appartement des femmes, il épiait le moment de faire mûrir complètement la substance élémentaire des êtres, comme elle y serait invitée.

En ce moment le Bodhisattva se rappela de la manière la plus complète, sa prière d’autrefois ;.il se représenta face à face les lois du Bouddha. Il s’empara de la force de la prière, montra la plus grande miséricorde pour les êtres et pensa à la délivrance complète des êtres.

Pour toute prospérité vient le changement et la tin, voilà ce qu’il vit en chaque chose. Il aperçut les misères nombreuses et les frayeurs multipliées du monde de la transmigration. Il coupa les chaînes du péché et du démon, s’affranchit lui-même du lien de la transmigration et s’adonna entièrement à la pensée du Nirvana.

Alors, Religieux, le Bodhisattva, du temps antérieur jusqu’à la fin, ayant bien reconnu le vice de la transmigration ; n’ayant, par l’effet d’une extrême application, pas de goût pour ce qui est composé (samskrita) ; n’ayant pas de goût pour les prises de possession (upâdàna) et les jouissance (parigraha) ; ayant le désir de la loi d’un Bouddha ; tourne directement vers le Nirvana et tournant le dos à la transmigration ; charmé d’agir dans le domaine d’un Tathâgata ; non mêlé à la sphère d’activité de Mâra ; voyant le vice de l’existence qui brûle ; ayant le désir de soi-tir du Tràidhàtuka (réunion des trois mondes) ; habile à se dégager du vice de la transmigration ; désirant l’état de religieux errant ; ayant le dessein de sortir de la famille ; cherchant la solitude ; ayant du penchant pour la solitude, penché vers la solitude ; tourné vers la lisière de la forêt et la forêt ; désirant le calme de la solitude complète ; appliqué à ce qui est utile à soi et aux autres ; héros sans supérieur de l’application ; désirant le bien du monde ; voulant être utile ; désirant le bonheur ; désirant assurer le profit ; miséricordieux pour le monde ; désirant être utile, demeurant dans la bienveillance ; ayant une grande miséricorde ; habile à (produire) les sujets de réunion ; ayant toujours l’esprit exempt d’agitation ; habile à mûrir complètement les êtres et à les discipliner ; pour tous les êtres, comme pour un fils unique, ayant des pensées affectueuses ; ayant un renoncement complet sans regarder aux objets ; heureux de partager ses dons ; donnant abondamment ; ayant la main étendue ; héros du don ; ayant fait le sacrifice ; ayant bien augmenté ses mérites ; ayant bien pris la parure des mérites ; délivré de tache et d’envie ; ayant l’esprit bien dompté ; maître sans supérieur des grands dons ; et après avoir donné ne désirant rien en retour ; héros du don ; s’élevant contre le désir, la passion, la convoitise, la haine, la folie, l’orgueil, la fierté, l’ignorance, l’envie et le reste, afin de s’opposer à la troupe des corruptions naturelles qui sont les ennemis ; non ébranlé par le flot continu qui produit la pensée de l’omniscience ; bien armé de rannure di-’la pensée du grand renoncement ; plein de compassion pour le monde ; désirant être utile ; solidement armé ; attaché à la délivrance de tous les êtres ; ayant le courage de la force de la grande miséricorde ; ne retournant pas en arrière ; ayant un esprit égal pour tous les êtres ; ayant l’arme du renoncement ; satisfaisant tous les êtres selon leur désir ; devenu le grand vase de l’Intelligence ; pénétrant incessamment la loi : ayant sa prière pour (obtenir) l’Intelligence arrivée à maturité (complète) ; n’ayant pas son étendard abaissé ; ayant bien fait le don qui purifie complètement les trois cercles ; solidement armé du foudre de la meilleure science ; adversaire de la corruption naturelle (qui sera) bien arrêtée ; doué delà pratique des qualités de la vertu ; ayant le corps, la parole et la pensée bien gardés voyant le danger du moindre blâme ; ayant une conduite parfaitement pure ; ayant un esprit sans tache, exempt de tache, pur de toute tache ; n’ayant pas l’esprit troublé par tout ce qui est : mauvais discours, parole engagée dans la mauvaise route, blâme, raillerie, dédain, censure, coups, menaces, meurtre, chaînes et entraves de la corruption naturelle ; n’ayant pas l’esprit agité ; bien doué de l’héroïsme de la patience ; intact, non frappé ; n’ayant pas l’esprit abattu ; pour être utile à tous les êtres, ayant l’initiative d’un héroïsme brûlant ; ferme dans les observances ; ne se détournant pas de la production de toutes les lois de la vertu ; ayant le souvenir ; ayant la science complète ; bien recueilli ; n’ayant pas l’esprit dissipé ; méditant avec l’esprit fixé sur un seul point ; habile à l’analyse de la loi ; ayant obtenu la clarté ; délivré du trouble et de l’aveuglement ; ayant un esprit qui s’est bien représenté ce qui est instable, ce qui est la douleur ; ce qui n’est pas soi ; ce qui n’est pas beau. Présence de la mémoire, renoncement complet, fondements de la puissance surnaturelle, force des sens, degrés de l’Intelligence, voie, vérités sublimes, toutes les conditions des parties de l’Intelligence, il les repasse dans son esprit bien orné ; il a l’intelligence bien purifiée par la vue surnaturelle (qui résulte) de l’apaisement ; il voit la vérité de la production des causes connexes ; par la connaissance de la vérité, il n’est pas dépendant d’un autre ; il a joué avec les trois portes de la délivrance complète ; il a pénétré la règle de toutes les lois : illusion, mirage, songe, lune (réfléchie) dans l’eau, écho, réflexion de la lumière, ressemblance.

Ainsi donc, Religieux, le Bôdhisattva est tel que, par sa nature propre, il demeure dans la loi ; tel qu’il demeure dans la grandeur des qualités ; tel, qu’il demeure occupé du bien des créatures. Dans une large mesure, exhorté par les Gâthâs qui sortaient des chants et du son des instruments de musique, par la bénédiction des Bouddhas des dix points do l’espace, en ce moment, il se représenta face à face les quatre portes de la loi des Bôdhisattvas antérieurs arrivés à leur dernière existence, portes qui ont mûri complètement l’appartement intérieur. Lesquelles au nombre de quatre ?

Le don, les paroles agréables, l’acquisition des biens, la conformité des biens. Cette porte de la lui qui a nom : Pureté complète de l’usage de l’emploi des quatre bases de réunion, il se la représenta face à face. La porte de la loi qui a nom :

Le Domaine non sujet au changement, afin de produire la force de la prière d’une pensée de l’omniscience non sujette à disparaître, avec l’intention de soutenir la famille des trois joyaux. (Le Bouddha, la loi, l’assemblée des fidèles), (cette porte de la loi) il se la représenta face à face.

La porte de la loi, qui a nom :

L’entrée dans la grande compassion de la pensée (intention) de ne pas abandonner tous les êtres, il se la représenta face à face.

La porte de la loi nommée : Le grand arrangement qui traduit la distinction de la force de la science sûre du sens et de la division des mots des lois des parties de l’Intelligence, il se la représenta lace à face.

S’étant représenté face à face ces quatre portes de la loi, le Bôdhisattva, on vue de la maturation complète de tout l’appartement intérieur, en ce moment, produisit clairement l’idée d’une puissance surnaturelle telle, que, par une telle idée produite de la puissance surnaturelle, des sons de ces concerts, par la puissance du Bôdhisattva, sortirent des centaines de mille de portes de la lui semblables.

Ainsi par exemple :


133. Par un désir développé, par l’attention, l’extrême attention, par la compassion pour les êtres qui respirent est produite la pensée dirigée vers l’Intelligence excellente et suprême. Telles sont les paroles qui se dégagent du son des instruments.

134. Foi, bienveillance, respect, déférence, absence d’orgueil, soumission au précepteur spirituel ; information de l’état de la santé ; recherche, reconnaissance, méditation, voilà les mots qui se dégagent.

135. Les mots : don, pouvoir sur soi-même, discipline, bonne conduite, patience et aussi héroïsme ; les mots : production de la méditation el contemplation. Les mots : science supérieure, (emploi des) moyens, tels sont les mots qui se dégagent :

136. Le mot charité, le mot compassion ; les mots : contentement, indifférence, science claire ; les quatre bases d’union par une intention ferme ; et les mots : maturation complète des ê’.res, tels sont les mots qui se dégagent.

137. Les mots : spécification de la présence de la mémoire, renoncement complet, de même que : degrés de la puissance surnaturelle : spécification des cinq sens et des cinq forces ; les mots : parties de l’Intelligence, se dégagent du son des instruments de musique.

138. Et les mots : spécification de la force de la route qui a huit parties ; et aussi : séjour de l’apaisement et vue surnaturelle. Les mots : instable et aussi l’étreinte de la douleur est en dehors de soi-même ; les mots : souffrance du démérite, se dégagent du son des instruments.

139. Les mots : absence de passion, le mot solitude ; les mois : connaissance de la destruction ; les mots : absence de naissance ; le mot empêchement et absence de demeure ; le mot Nirvâna, se dégagent du son des instruments.

140. Tels sont les mois qui se dégagent du sou des instruments par la puissance de celui qui est un Bnliiisatlva accompli. Après avoir entendu cela, les femmes charmantes étant instruites, prient le plus élevé et le premier des êtres de songer à l’intelligence suprême.


Ainsi donc, religieux, par le Bôdhisattva qui était allé au milieu de l’appartement intérieur, ces quatre-vingt-quatre mille femmes furent complètement miiries, et, pour l’Intelligence parfaite et accomplie sans supérieure, plusieurs centaines de mille de dieux qui s’étaient réunis là (furent aussi mûris).

Ainsi, au temps de la sortie du Bôdhisattva de la maison (paternelle), un fils des dieux Touchitakâyikas, Hrîdèva, qui ne se détourne pas de l’intelligence parfaite et accomplie, pendant la nuit tranquille entouré et précédé de trente-deux mille fils des dieux, s’étant rendu au palais où était le Bôdhisattva, lui parla ainsi en ces Gâthâs :

141. La disparition (des êtres) a été montrée, 6 très glorieux ! La naissance aussi a été bien montrée, ô lion des hommes ! pour bien instruire l’appartement des femmes, tu t’es conformé aux usages du monde.

142. Il y en a eu de mûris en très grand nombre dans le monde des hommes, après avoir obtenu la loi. C’est aujourd’hui le temps et l’heure ; songe bien au projet do sortir de la famille.

143. Car celui qui est lié ne peut délivrer et l’homme aveugle ne peut montrer la route ; mais celui qui est délivré délivre, celui qui a ses yeux montre la route aux aveugles.

144. Ces êtres qui sont esclaves du désir, attachés à leur maison, à leurs richesses, à leurs fils, à leurs femmes, que ceux-là, instruits par toi, produisent le désir pour la sortie de la famille.

145. Après que tu as abandonné la souveraineté, les jeux du désir, les quatre continents elles sept joyaux, quand il aura appris que tu sors de la famille, que ce monde des hommes et des dieux te désire !

146. Et plus tu te plais aux joies de la contemplation, moins tu es satisfait des désirs (produits) par les substances (matérielles). Réveille donc les centaines de dieux et d’hommes depuis longtemps endormis !

147. Cette jeunesse est bientôt passée comme le torrent de la montagne dont la rapidité est grande et forte. Une fois la jeunesse de ta personne passée, la pensée de sortir de la famille n’a plus rien de beau.

148. C’est pourquoi, toi qui as une belle forme, pendant que tu es dans la fleur de la jeunesse, accomplis ta promesse après être sorti de la famille ; fais les affaires des troupes des dieux.

149. On ne se rassasie pas par les qualités du désir, comme on ne se désaltère pas avec l’eau salée de la mer. Ce qui te rassasie, c’est la vénérable sagesse au-dessus du monde et sans passion.

150. Toi qui, ici, es le bien-aimé qui réjouit le cœur du roi Çouddhôdana et (des habitants) du royaume ; qui as un visage pareil au lotus à cent feuilles, songe bien au projet de sortir de la famille.

151. Ceux qui sont tourmentés par les souffrances de la corruption naturelle et par des liens étroits et inextricables ; ceux-là qui sont liés, établis-les promptement dans le chemin de la délivrance, calme et sans passion, ô héros !

152. Toi qui es habile dans l’art de la médecine, établis promptement les êtres depuis longtemps souffrants et atteints de maladie, dans le bien-être du Nirvana, par l’emploi des lois de la médecine.

153. Ils sont extrêmement aveugles et sans yeux ; liés par le réseau d’une vue remplie de trouble ; toi qui as la lampe de la sagesse, purifie promptement l’œil des dieux et des hommes.

154. Nombreux, ils regardent avec confiance, les dieux, les Asouras, les Nâgas, les Yakchas et les Gandharbas. (Ils pensent :) Nous verrons celui qui a obtenu l’Intelligence ; la loi sans supérieure, nous l’entendrons !

155. Le roi des serpents verra sa demeure illuminée par ta splendeur ; il fera une offrande sans fin. Remplis ses vœux et son espoir !

156. Les quatre gardiens du monde avec leur armée t’attendent. (Ils pensent :) Nous donnerons quatre vases à celui qui a l’Intelligence pour étendard et dont l’esprit est accompli.

157. Brahmâ, qui agit avec calme, attend ; il a des paroles douces, il est devenu miséricordieux. (Il se dit :) J’implorerai le plus grand des hommes pour qu’il tourne la roue sans supérieure (de la loi).

158. Et la divinité qui, en ce lieu de Bôdhimanda, fait mûrir l’Intelligence, chante des louanges (en disant :) Il apparaîtra et je verrai l’Intelligence de celui qui aura revêtu l’Intelligence suprême !

159. Et parmi les êtres, les Bôdhisattvas qui font voir des cérémonies dans l’appartement des femmes, (disent :) Sois celui qui marche en avant ; ne sois pas le dernier de ces (Bôdhisattvas) !

160. Rappelle-toi la douce voix et les douces paroles de Dipangkara ; fais entendre les accents de la voix véridique d’un Djina, laquelle est une prédiction vraie !

Chapitre nommé : Exhortation, le treizième.