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Le Lalita-Vistara, ou Développement des jeux/Chapitre XIV

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Traduction par Philippe-Édouard Foucaux.
Texte établi par Musée Guimet, Paris (Annales du Musée Guimet, tome 6p. 166-174).

CHAPITRE XIV

Ainsi donc, Religieux, pendant que le Bôdhisattva était exhorté par le fils d'un dieu, voici ce qu'il fit voir en songe au roi Çouddhôdana. Le roi Çouddhôdana endormi vit en rêvant le Bôdhisattva qui, pendant la nuit tranquille, sortait de la maison entouré d'une troupe de dieux ; et il le vit qui, après en être sorti, se faisait religieux errant, revêtu d'un vêtement rougeâtre. S'étant éveillé, vite, vite, il interrogea un eunuque : Mon jeune prince est-il dans l'appartement des femmes ?

Celui-ci répondit : Il y est, sire.

Ensuite, quand le roi Gouddhôdana fut dans l'appartement des femmes, la flèche du chagrin lui outra dans le cœur. « Il sortira de la maison, certainement, le jeune prince, puisque ces signes précurseurs sont aperçus ? » Et il pensa encore : Non, jamais, la terre du jardin de plaisance ne doit être visitée par le jeune prince ! Bien réjoui au milieu de la troupe des femmes, il se plaira ici même et ne sortira pas de la famille.

Alors le roi Çouddhôdana fit bâtir, pour que le Bôdhisattva en eut la jouissance, trois palais appropriés aux saisons de l'été, des pluies et de l'hiver, celui de l'été était seulement frais, celui de la saison pluvieuse avait les avantages communs (aux deux autres), celui de l'hiver était de nature chaude. Sur les escaliers de chacun de ces palais étaient montés et établis cinq cents hommes. Et le bruit de ces hommes ainsi montés et établis, était entendu à un demi Yôdjana. Le jeune prince ne sortira pas de la maison sans être aperçu, se disait-on.

Il a été prédit par ceux qui connaissent les signes : « C’est par la Porte de bénédiction que le jeune homme sortira de la famille. »

Alors le roi fit faire de grands battants pour la Porte de bénédiction. Il fallait cinq cents hommes pour ouvrir ou fermer chaque battant, et le bruit s’en allait jusqu’à un demi Yôdjana. C’est là que le jeune prince goûtait les qualités incomparables du désir ; avec les concerts de voix et d’instruments et les danses, les jeunes femmes se tenaient sans cesse auprès de lui.

Cependant, Religieux, le Bôdhisattva dit à son cocher : Vite, cocher, attèle le char ; j’irai à la terre du jardin de plaisance.

Alors le cocher étant allé trouver le roi Çouddhôdana, parla ainsi : Sire, le jeune prince sortira pour aller à la terre du jardin de plaisance.

Alors il vint à la pensée du roi Çouddhôdana : le jeune prince n’est jamais sorti avec moi pour aller voir la belle terre du jardin de plaisance, je pourrais bien le faire sortir moi-même pour aller à la terre du jardin de plaisance ; de cette manière le jeune homme, entouré d’une troupe de femmes, aura du plaisir et ne sortira pas de la maison.

Et le roi Çouddhôdana, dans sa tendresse et sa grande estime pour le Bôdhisattva, fit publier à son de cloche dans la ville : Dans sept jours, le jeune prince sortira pour aller voir la belle terre du jardin do plaisance. Là toutes les choses désagréables doivent être éloignées par vous ! Que le jeune homme ne voie rien de déplaisant, et que toutes les choses qui plaisent au cœur y soient apportées.

Ensuite, le septième jour, toute la ville fut décorée, et la terre du jardin de plaisance ornée d’étoffés aux couleurs variées, de tentures suspendues, de parasols, d’étendards et de bannières. Et la route par laquelle s’avançait le Bôdhisattva était bien arrosée et imprégnée d’eau de senteur et jonchée de fleurs fraîches, parfumée par des cassolettes où brûlaient divers parfums ; ornée d’urnes pleines, plantée d’arbres Kadalis, tendue de tentures d’étoffes aux couleurs variées, de réseaux à clochettes précieuses, de guirlandes de perles grandes et petites. Et le cortége composé d’une armée de quatre corps de troupes en bon ordre fut mis en mouvement pour embellir (la suite de) l’appartement intérieur du prince. Et lorsque le Bôdhisattva, sortant en grande pompe par la porte orientale de la ville, se dirigea vers la terre du jardin de plaisance, au même instant, par la puissance du Bôdhisattva luimême, fut montré sur cette route un homme vieux, cassé, décréprit, aux veines saillantes sur le corps, aux dents branlantes, au corps couvert de rides, à la chevelure grise, courbé, voûté comme la solive d’un toit, abattu, appuyé sur un bâton, dont la jeunesse s’est éloignée, dont le gosier ne rend que des mots mal articulés, avec le corps penché en avant, s’appuyant sur un bâton, tremblant de tous ses membres et parties des membres. Alors le Bôdhisattva l’apercevant dit à sou cocher ;

1. Qu’est-ce, cocher, que cet homme affaibli, qui a peu de force, à la chair et au sang desséchés, aux muscles collés à la peau ? qui a la tête blanche, les dents branlantes, dont le corps et les membres sont amaigris, qui, appuyé sur un bâton, marche avec peine en trébuchant ?

Le cocher dit :

2. Cet homme, en vérité, Seigneur, est accablé par la vieillesse, il a les organes affaiblis, il est très affligé et privé de force et d’énergie ; dédaigné par les personnes de sa famille, il est sans protecteur ; incapable d’agir, il est relégué dans la forêt, comme un morceau de bois.

Le Bôdhisattva dit :

3. Est-ce là la loi de sa famille ? dis-le ; ou bien est-ce, en vérité, la condition de toute créature humaine ? Dis vite ce qu’il en est ; après avoir appris la vérité, je réfléchirai, en partant de l’origine.

Le cocher dit :

4. Ce n’est, Seigneur, ni la loi de sa famille, ni la loi du royaume. De toute créature la vieillesse emporte la jeunesse. Votre mère, votre père, la foule de vos parents et de vos alliés, finiront par la vieillesse. Il n’y a pas d’autre route pour la créature.

Le Bôdhisattva dit :

5. Quel malheur, cocher, pour la créature ignorante et faible dont l’intelligence enivrée par l’orgueil de la jeunesse, ne voit pas la vieillesse ! Détourne promptement ici le char, je vais rentrer. Que m’importent les jeux et les plaisirs à moi qui suis la demeure (future) de la vieillesse !

Et le Bôdhisattva ayant retourné le meilleur des chars rentra (dans la ville).

Ainsi, Religieux, une autre fois, le Bodhisattva, sortant par la porte du midi pour aller à la terre du jardin de plaisance, avec une grande pompe, aperçut sur la route un homme atteint de maladie, brûlé, vaincu par la fièvre, le corps affaibli, souillé de ses excréments, sans protecteur, sans asile, respirant avec peine. Après l’avoir vu, le Bodhisattva dit avec intention au cocher :

6. Qu’est-ce, cocher, que cet homme au corps rude et livide, dont tous les sens sont affaiblis, qui respire très difficilement, qui a tous ses membres desséchés, l’estomac troublé et atteint par la souffrance, qui reste misérablement souillé de ses excréments ?

Le cocher dit :

7. Cet homme-là, Seigneur, est épuisé au dernier point ; il subit la crainte de la maladie, il est arrivé au seuil de la mort. Dépourvu de santé et de lustre, privé complètement de force, sans protection, sans abri, sans asile, il n’a plus d’amis.

Le Bodhisattva dit :

8. La santé est donc comme le jeu d’un rêve ! et la crainte de la maladie a donc cette forme terrible ! Quel est donc l’homme sage qui, après —avoir vu pareille condition d’existence, pourrait avoir l’idée de la joie et du plaisir ?

Alors, Religieux, le Bodhisattva ayant retourné le meilleur des chars, rentra dans la meilleure des villes.

Ainsi donc, Religieux, le Bodhisattva, une autre fois, se dirigeant par la porte de l’ouest vers la terre du jardin de plaisance, avec une grande pompe, aperçut un homme mort placé sur un palanquin recouvert d’un poêle de toile, entouré de la foule de ses parents, tous pleurant, se lamentant, gémissant, les cheveux épars, couvrant leur tête de poussière, se frappant la poitrine en allant à sa suite.

Après l’avoir vu, le Bodhisattva dit avec intention au cocher :

9. Qu’est-ce, cocher, que cet homme placé sur un palanquin ? Quels sont Ces hommes qui, les cheveux épars, jettent de la poussière sur leur tête, qui restent autour de lui et se frappent la poitrine en prononçant toutes sortes de lamentations ?

Le cocher dit :

10. Cet homme, Seigneur, qui est mort dans Ie Djamboudvîpa, ne verra plus sa mère, son père, ses flls, son épouse. Après avoir abandonné ses biens et sa maison, sa mère, son père, la foule de ses amis et de ses parents ; il est allé dans un autre monde ; il ne verra plus ses parents.

Le Bôdhisattva dit :

11. Malheur à la jeunesse minée par la vieillesse ! Malheur à la santé, que détruisent toutes sortes de maladies ! Malheur à la vie de l’homme, qui ne dure pas longtemps ! Malheur aux attraits du plaisir (qui séduisent le cœur) du sage !

12. S’il n’y avait ni vieillesse, ni, maladie ni mort, avec cette grande douleur qui a pour support les cinq éléments de l’existence (Skandhas) ! ni non plus la vieillesse, la maladie et la mort qui toujours sont liées l’une à l’autre ! C’est bien ; après être retourné en arrière, je songerai à la délivrance !

Et aussitôt, Religieux, le Bôdhisattva ayant détourné le meilleur des chars rentra dans la ville.

Et ainsi, Religieux, une autre fois encore, pendant que, par la porte du nord de la ville, le Bôdhisattva se dirigeait vers la terre du jardin de plaisance, par son pouvoir même, fut, par les fils dieux produite sur la route l’apparition d’un Religieux. Le Bôdhisattva aperçut ce Religieux, calme, dompté, retenu, continent ; ne jetant pas les yeux de côté et d’autre, ne regardant pas plus loin que la longueur d’un joug, possédant la voie honorable, agréable à voir ; ayant la démarche agréable en regardant et en détournant les yeux ; agréable en se ramassant sur lui-même ou en s’étendant, se tenant sur la route et portant la sébile et le vêtement religieux.

Après l’avoir vu, le Bôdhisattva, avec intention, parla ainsi au cocher :

13. Quel est, cocher, cet homme calme à l’esprit très calme, qui s’en va les yeux baissés, regardant seulement à la longueur d’un joug, vêtu de vêtements rougeâtres et d’un maintien si parfaitement calme ? Il porte un vase aux aumônes et n’est ni orgueilleux ni hautain.

Le cocher dit :

14. Seigneur, cet homme est de ceux qu’on nomme Bhikchous (religieux mendiants). Après avoi abandonné les joies du désir, il a une conduite parfaite, disciplinée.

Il s'est fait religieux errant et recherche le calma de soi-même. Sans affection, sans haine, il s'en va demandant l'aumône.

Le Bôdhisattva dit :

15. Cela est bon, bien dit et me lait envie. L'entrée en religion, en effet, a toujours été louée par les sages ; là est ce qui est utile à soi et utile aux autres êtres, une vie heureuse, l'Amrïta plein de douceur et le fruit (des œuvres).

Puis le Bôdhisattva ayant détourné le meilleur des chars rentra dans la meilleure des villes.

Alors, Religieux, le roi Çouddhôdana ayant appris que le Bôdhisattva avait vu de pareils objets d'exhortation fit bâtir une grande quantité de clôtures pour le bien garder. Il fit creuser des fossés et construire des portes solides, exhorta les braves, leur fit revêtir des cuirasses et fit atteler des chars. Afin de bien garder le Bôdhisattva, il fit placer dans les carrefours et aux quatre portes de la ville, quatre grandes divisions d'armées, en disant : Tant qu'il sera gardé jour et nuit, le Bôdhisattva ne sortira pas de la maison !

Dans l'appartement des femmes, il donna des ordres : N'interrompez pas un instant la musique et les chants ; tous les plaisirs et tous les jeux doivent être continués sans cesse. Déployez toutes les séductions des femmes, enchaînez le jeune prince, de sorte que, l'esprit charmé, il ne s'en aille pas en religieux errant.

Et ici, il est dit :

16. À la porte ont été placés des hommes qu'enivrent les combats, ayant à la ceinture des épées ou d'autres armes ; des éléphants, des chevaux, des chars sont là ainsi que des hommes couverts d'armures, montés sur une file d'éléphants. On a fait creuser des fossés, construire de grandes clôtures avec des arcades ; on a fait poser des portes solides dont le bruit s'entend jusqu'à un Krôça.

17. Toutes les troupes des Çâkyas inquiets veillent nuit et jour ; et le grand bruit de cette grande armée est retentissant. La ville troublée a l'esprit agité par la crainte : « Que l'être pur ne sorte pas d'ici ! que le descendant de la famille de Çâkya ne parte pas I Que cette race (de rois) ne soit pas interrompue ! »

18. Et la troupe des jeunes femmes reçoit cet ordre : n'interrompez jamais les chants ; tenez-vous toujours prêtes ; enchaînez son cœur par les jeux et les plaisirs ; tout ce qu'il y a de séductions variées des femmes, déployez-les avec beaucoup d'activité ; faites bonne garde, créez des empêchements pour que l'être pur ne s'en aille pas.

19. Les signes précurseurs du temps de la sortie, excellent cocher, sont ceux-ci : Les oies, les cigognes, les paons, les geais, les perroquets ne feront pas entendre leurs chants ; sur les palais, les œils-de-bœuf, les arcades, sur les plate-formes des terrasses, abattus et le cœur triste ils restent songeurs et la tête basse.

20. Dans les réservoirs et les étangs, les lotus brillants se faneront et sécheront : les arbres auront leurs feuilles séchées, et, privés de fleurs, ne fleuriront plus. Les flûtes, les luths et les guitares garnis de cordes, se briseront tout à coup ; les tambours et tambourins, frappés avec la main, se briseront sans rendre de son.

21. Toute cette ville troublée sera complètement vaincue par le sommeil ; personne n’aura plus le cœur disposé à la danse, ni au chant, ni au plaisir. Le roi lui-même, le cœur profondément affligé. sera livré à de sombres pensées. Ah ! malheur à la race de Çâkya ! puissent ces grandes apparitions surnaturelles i>e pas la consumer !

22. Pendant que Gôpà et le prince étaient dans le même lit, Gûpâ, à l’heure de minuit, vit ceci en songe : toute cette terre était ébranlée avec les montagnes et leurs pics ; les arbres secoués par le vent, brisés et déracinés étaient tombés à terre.

23. Le soleil et la lune, avec les étoiles qui sont leurs ornements, étaient tombés tous les deux du ciel sur la terre. Elle vit ses cheveux coupés par sa main droite et son diadème tombé. Elle vit ses mains coupées, ses pieds coupés et soi-même toute nue. Elle vit ses colliers de perles et ses joyaux brisés.

24. Elle vit les quatre pieds de sa couche brisés et épars sur le sol. Elle vit la poignée bien ornée du parasol du roi brisée, et tous les ornements tombés, dispersés et entraînés par les eaux ; les ornements de son époux, ses vêtements et son diadème dispersés en désordre sur sa couche.

25. Elle vit des météores sortir de la ville plongée dans les ténèbres, et, dans son rêve, les beaux grillages faits de matières précieuses brisés, les guirlandes de perles qui étaient suspendues, tombées, et le grand Océan agité ; et alors elle vit le Mérou, le roi des monts, ébranlé jusque dans ses fondements.

26. Telles furent les choses que la fille des Çâkyas vit en songe ; et s’éveillant après les avoir vues, les yeux inquiets, elle dit à son époux : Dites. Seigneur, qu’arrivera-t-il donc, de ce que de pareilles choses ont été rêvées ? Mon souvenir s’égare : je ne vois plus, et mon cœur est rempli de chagrin !

27. Après avoir entendu ces paroles, celui qui a la voix du Kalabingka et comme le son du tambour, dont les accents sont agréables comme ceux de Brahmâ, parla ainsi à Gôpâ : sois satisfaite, car il n’v a pas là de ta faute. Ce sont les êtres qui, autrefois, ont pratiqué les bonnes œuvres, qui font ces rêves-là. Quel autre, frappé par une suite de douleurs, a fait des rêves pareils ?

28. Puisque tu as vu en songe la terre fortement ébranlée, les montagnes avec leurs pics tombés à terre, les dieux, les Nâgas, les Rakchasas et les troupes des Bhoûtas, tons te rendront les plus grands hommages.

29. Puisque tu as vu les arbres déracinés, tes cheveux coupés par ta main droite, bientôt Gûpâ, après avoir coupé le réseau de la corruption naturelle, tu enlèveras le réseau de la vue qui provient des composés (Sanskritatas).

30. Puisque tu as vu (en rêve) la lune et le soleil tombés, ainsi que les étoiles et les planètes, bientôt Gôpâ, après avoir vaincu les ennemis (nés) de la corruption (naturelle) ta seras louée et honorée dans le monde.

31. Puisque tu as va ton collier de perles dispersé, ton corps brisé et complètement nu, bientôt, Gôpà, après avoir abandonné ton corps de femme, tu ne seras pas longtemps avant d'être un homme.

32. Puisque tu as tu la couche avec les pieds brisés, le manche du parasol orné de choses précieuses brisé, bientôt, Gôpâ, tu me verras, avant dépassé les quatre courants, devenir l'unique parasol, dans les trois mondes.

33. Puisque tu as vu les ornements entraînés par les eaux, et, sur la couche mon diadème et mes vêtements, bientôt, Gôpâ, tu me verras, moi dont le corps est orné de signes, loué par tous les mondes.

34. Puisque tu as vu des centaines de millions de lumières sortant de la ville plongée dans les ténèbres, bientôt, Gôpâ, dans le monde entier aveuglé par l'ignorance et le trouble de l'esprit, je ferai luire la lumière de la sagesse.

35. Puisque tu as vu le collier de perles brisé, ainsi que la précieuse trame d'or, Gôpâ, après avoir coupé le réseau de la corruption naturelle, la science enlèvera le tissu des composés (Sanskrîtâtas)

36. Parce que, Gôpà, tu m'as toujours honoré et entouré du plus grand respect, il n'v a pour toi ni mauvaise voie ni chagrin ; bientôt tu te réjouiras, comblée delà plus grande joie.

37. Autrefois l'aumône a été faite avec plaisir par moi, la bonne conduite pratiquée et la patience toujours observée ; c'est pourquoi ceux qui auront foi en moi seront tous comblés de plaisir et de joie.

38. En des dizaines de millions de Kalpas, dans le monde de la transmigration, la voie accomplie de l'Intelligence a été bien purifiée par moi ; c'est pourquoi, pour tous ceux qui auront foi en moi, les trois voies mauvaises seront coupées.

39. Sois heureuse et n'engendre pas de mélancolie ; sois joyeuse et livre-toi à l'allégresse ; bientôt tu obtiendras la joie et le contentement. Dors, Gôpâ ; les présages sont heureux pour toi !

40. Celui qui porte l'éclat des bonnes œuvres, qui a pour matrice une noble splendeur, voit en songe ces signes précurseurs qui apparaissent au temps de la sortie de la famille des chefs des hommes qui ont accumulé précédemment les bonnes œuvres.

41. Celui-là voit de grandes mains et de grands pieds se jouant dans l'eau avec les quatre grands océans ; cette terre tout entière (devenue) une couche bien ornée et le Mérou, le meilleur des monts, (devenu) un oreiller pour sa tête.

42. Il voit alors en songe, une lumière vive répandue dans le monde, les ténèbres profondes éclairées, et un parasol sortant de terre éclairant les trois mondes. Par le contact de cette lumière, les souffrances du mal sont apaisées.

43. Quatre animaux blancs et noirs lèchent ses pieds ; des oiseaux de quatre couleurs étant venus deviennent d'une seule couleur. En gravissant une montagne d'ordures les plus repoussantes, il marche là sans être souillé.

44. Il voit encore en songe plusieurs centaines de millions d'êtres vivants remplissant l'eau d'un fleuve par laquelle ils sont entraînés. Et lui, devenu vaisseau, après être passé, fait passer les autres et les établit sur le sol excellent où il n’y a ni crainte ni chagrin.

45. Il voit encore beaucoup d’êtres languissants atteints de maladies, privés de l’éclat de la beauté et dont les forces sont affaiblies ; et, devenu médecin, il donne en abondance des plantes médicinales et délivre des millions d’êtres atteints de nombreuses maladies.

46. Assis sur un côté du mont Mêrou qui lui sert de trône, il voit les disciples et les dieux, qui, les mains jointes, s’inclinent. Il voit sa victoire au milieu du combat et les dieux jetant dans le ciel des cris de joie.

47. Telles sont les choses que le Bôdhisattva a vues en songe, à l’accomplissement parfait de ses vœux pieux et méritoires.


Après avoir entendu ces paroles, les dieux et les hommes furent réjouis et pensèrent : Avant peu celui-ci deviendra le dieu des dieux et des hommes.


Chapitre nommé ; Songes, le quatorzième.