Le Lalita-Vistara, ou Développement des jeux/Chapitre XXI

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Traduction par Philippe-Édouard Foucaux.
Texte établi par Musée Guimet, Paris (Annales du Musée Guimet, tome 6p. 257-286).

CHAPITRE XXI

Ainsi, Religieux, telles furent les arrangements qui, pour rendre hommage au Bôdhisattva, furent faits avec soin à Bôdhimanda par les Bôdhisattvas. Le Bôdhisattva lui-même fit voir à Bôdhimanda tout ce qu’il y a d’arrangements d’ornements dans tous les champs des Bhagavats passés, futurs et présents, aux dix points de l’espace.

Ensuite, Religieux, pendant que le Bôdhisattva était assis à Bôdhimanda, il lui vint à la pensée : Ici, certainement, dans la région du désir, le démon Mâra est le seigneur et maître qui exerce l’empire ; il ne serait pas convenable que, sans être aperçu par lui, je me revêtisse de la qualité parfaite et accomplie de l’Intelligence. Je dois donc faire une provocation à Mâra Pâpiyâu ; lui vaincu, tous les dieux Kâmâvatcharâs et les autres sont soumis. Et ensuite les assemblées du démon Mâra qui ont coupé toutes les racines de vertu antérieure, les fils des dieux Mârakâyikas, après avoir vu mes jeux de lion, tourneront leurs pensées vers l’Intelligence parfaite et accomplie.

Alors, Religieux, le Bôdhisattva ayant ainsi réfléchi, lança, en ce moment, du milieu de ses sourcils, de la touffe Ouriià, un rayon nommé Sarva-mâramandala-vidhvansana-kâri (qui fait la destruction de tous les domaines du démon). Par ce rayon, dans la réunion tout entière des trois mille grands milliers de mondes, toutes les demeures de Mâra furent obscurcies et fortement ébranlées. Et toute cette réunion des trois mille grands milliers de mondes fut remplie d’une grande clarté. Et Màra Pàpiyân, entendit (sortir) de cette lumière le discours que voici :


1. Que l’être extrêmement pur qui, pendant de nombreux Kalpas a traversé des existences ; que le fils de Çouddhôdana, qui, après avoir abandonné la royauté, est parti apportant le secours et désireux de l’Amrĭta, fasse un effort aujourd’hui qu’il est arrivé près de l’arbre de l’Intelligence.

2. Après avoir passé lui-même qu’il fasse aussi passer les autres ! Qu’il délivre les autres, lui-même étant délivré. Ayant obtenu l’apaisement qu’il apaise aussi les autres ; entré dans un Nirvana complet, il fera entrer les autres dans le Nirvana.

3. Il rendra vides, sans reste, les trois voies mauvaises ; il rendra pleine la ville des dieux et des hommes. L’Amrĭta et le bonheur suprême de la sagesse et de la contemplation, il les donnera lui qui vient en aide, après avoir obtenu l’Amrĭta.

4. Il rendra vide ta ville, allié de celui qui est noir (Krkiiiia). Rendu sans force par un être sans force, privé de ton aimée, partisan sans partisans, tu ne sauras (ô Mâra), où aller ni quoi faire, quand il versera lui-même la pluie de la loi, l’être existant par lui-même.


Ainsi Religieux, Mâra-Pâpiyân excité par ces Gâthas provocantes, fit un rêve ayant trente-deux aspects. Quels trente-deux aspects ? Les voici :

Il vit sa demeure enveloppée de ténèbres. Il vit sa demeure enveloppée de poussière et remplie de sable et de gravier. Il se vit, inquiet et talonné par la crainte, courant aux dix points de l’espace. Il se vit avec son diadème tombé et son pendant d’oreille détachés. Il se vit ayant les lèvres, la gorge et le palais desséchés. Il se vit ayant le corps tourmenté. Il vit ses jardins dépouillés de leurs feuilles, de leurs fleurs et de leurs fruits II vit les étangs, dont les eaux s’étaient retirées, complètement desséchés. Il vit les cygnes, les cigognes, les paons, les Kalabiiîgkas, les Kounâlas, les Djîvandjîvas et les autres troupes d’oiseaux qui avaient les ailes coupées. Il vit les tambours, les conques, les tambourins, les timbales, les luths, les guitares, les téorbes, les cymbales et tous les autres instruments de musique mis en pièces et dispersés sur la terre. Il se vit, lui, Mâra, abandonné des gens qu’il aimait et de sa suite, avec un visage sombre, retiré à l’écart et tout soucieux. Il vit la première de ses femmes parée d’une guirlande, tombée de sa couche à terre se frappant rudement la tête avec les mains. Et les fils du démon, ceux qui étaient les plus vaillants, les plus forts, les plus brillants, les plus sages, il les vit qui s’inclinaient devant le Bôdhisattva arrivé à Bôdhimanda le lieu par excellence. Il vit ses propres filles qui criaient en pleurant : Mon père ! Ah ! mon père ! Il vit son corps couvert d’un vêtement souillé. Il se vit, avec la tête couverte de poussière, pâle, sans force et dépouillé de sa splendeur. Il vit les palais, les galeries, les œils-de-bœuf, les arcades, couverts de poussière et qui s’écroulaient. Et les chefs de l’année : commandants des Yakchas, Râkchasas, Koumbhàndas et Gandharbas, il les vit qui, tous, avaient la tête dans leurs mains et s’enfuyaient en pleurant et en criant. Et ceux qui sont les chefs des dieux Kâmâvatcharas, tels que Dhritaràchtra, A’iroîithaka. Viroûpàkcha, Vâiçravana, Çakra, Souyâma, Santouchita, Sounirmita, Vaçavartin et les autres, le démon Pâpiyân les vit tous le visage tourné vers le Bôdhisattva et prêts à le servir. Au milieu du combat, son épée ne sort pas du fourreau. Il se vit poussant des cris de désespoir, il se vit abandonné de sa suite. Il vit les coupes de bénédiction qui étaient pleines renversées à sa porte. Il vit le brahmane Nàrada poussant des cris de malédiction. Il vit le portier Ànandita poussant des cris de douleur. Il vit l’étendue des cieux enveloppée de ténèbres. Il vit la déesse de la Fortune (Çri) qui habite le séjour du désir (Kâma) tout éploré. Il vit que son empire suprême n’existait plus. Il vit que son parti n’était plus un parti. Les treillis avec leurs pierres précieuses et leurs perles, il les vit mis en morceaux, coupés, entièrement coupés, tombés à terre. Il vit la demeure de Mâra, tout entière fortement ébranlée. Il vit les arbres coupés, les murs de clôture tombés et il vit toute l’armée de Mâra renversée la tête en bas.

C’est ainsi Religieux, que le démon Pàpiyàn vit un songe de trente-deux espèces. S’étant éveillé tremblant, épouvanté et ayant rassemblé tous les gens des appartements intérieurs avec son armée, sa suite, les chefs de l’armée et les gardes des portes, après avoir vu qu’ils étaient réunis, il Ieur adressa ces Gâthâs :


5. Le démon (Namoutchi) accablé de tristesse, après avoir vu ces choses en rêve, appelle ses fils, ainsi que les gens de sa suite et le démon chef de l’armée, nommé Siñhahanou. Il s’adresse à eux tous, l’allié de Kr ĭchna (le noir).

6. Aujourd’hui on l’a appris par des Gâthâs qui faisaient entendre un chant dans les airs, qu’un être avant le corps bien orné de signes excellents, né parmi les Çâkyas, après avoir, pendant six ans, pratiqué, des austérités difficiles à accomplir et terribles, est arrivé près de l’arbre de l’Intelligence. Faites donc un effort !

7. Il a été bien réveillé lui-même, le Bôdhisattva et il pourra réveiller plusieurs centaines de millions d’êtres. Il rendra vide ma demeure sans qu’il y reste rien quand il obtiendra l’Amrïta et touchera (entrera dans) la nature froide (le calme).

8. Eh bien ! marchons accompagnés d’une grande armée ; nous frapperons le Çramana qui est seul au pied du roi des arbres. Rassemblez promptement l’armée de quatre corps de troupes ; si vous désirez faire ce qui m’est agréable, agissez promptement.

9. Dans le monde rempli de Pratyéka Bouddhas et d’Arhats entrant dans le Nirvana, que ma force ne soit pas affaiblie ! Il sera, de plus, lui seul, le Djina, loi de la Loi, et la race des Djinas, qui dépasse le calcul, ne pourrait certainement pas être interrompue ! Alors, Religieux, un fils du démon, nommé Sârthavàha, adressa cette Gâthâs an démon Pàpiyân :

10. Pourquoi, père, as-tu le visage triste et décoloré ? Pourquoi ton cœur palpite-t-il ? Pourquoi chacun de tes membres tremble-t-il ? Qu’as-tu entendu ? Qu’as-tu vu ? parle vite. Après avoir réfléchi nous saurons ce qu’il convient de faire.

11. Le démon ayant mis de cité l’orgueil, dit : écoute-moi, cher fils. J’ai vu en songe des choses terribles, effrayantes à l’excès. Si je vous disais tout ici sans rien omettre, vous tomberiez à la renverse à terre !

Sârthavàha dit :

12. Si le temps du combat est arrivé, il n’y a pas de mal à vaincre, mais c’est d’y être vaincu qui est un mal. Si tu as vu de pareils signes en rêve, mieux vaut la patience pour ne pas être méprisé dans la bataille !

Mâra dit :

13. Pour l’homme qui a une pensée énergique, le succès viendra dans le combat. En s’appuyant sur le courage, si nous faisons de belles actions, la victoire sera à nous. Quelle est donc la force de celui-ci, qui m’ayant vu avec mon armée, ne s’est pas levé pour saluer mes pieds avec sa tête ?

Sârthavàha dit :

14. Qu’une armée soit grande, mais pas forte, si elle rencontre un seul héros puissant il sera vainqueur dans le combat. Quand même les trois mille mondes seraient remplis de vers luisants, le soleil seul les éclipserait et les plongerait dans l’obscurité.

Et encore :

15. Celui qui ayant de l’orgueil et de la folie et point de raisonnement, agit à contresens, celui-là ne peut être guéri.

Ainsi, Religieux, le démon Pâpîyân n’ayant pas fait ce qu’avait dit Sârthavâha, fit préparer sa grande armée de quatre corps de troupes, très forte et vaillante dans le combat, formidable, faisant dresser les cheveux, comme les dieux et les hommes n’en avaient pas vu auparavant ni entendu parler ; douée de la faculté de changer diversement de visage et de se transformer de cent millions de manières ; ayant les mains, les pieds et le corps enveloppés dans les replis de cent mille serpents ; tenant des épées, des arcs, des flèches, des piques, des masses, des haches, des fusées, des pilons, des bâtons, des chaînes, des massues, des disques, des foudres ; ayant le corps protégé par d’excellentes cuirasses ; ayant des têtes, des pieds, des mains contournés ; des têtes, des yeux et des visages flamboyants ; des ventres, des pieds et des mains difformes ; des visages étincelants d’une splendeur terrible ; des visages et des dents difformes ; des dents canines énormes et effroyables ; des langues épaisses et pendantes ; des langues rugueuses comme des nattes ; des yeux rouges et étincelants comme ceux du serpent noir rempli de venin. Quelques-uns vomissaient du venin de serpent, et quelques-uns, après avoir pris, avec leurs mains, du venin de serpent, le mangeaient. Quelques-uns, comme des Garoudas, ayant retiré de la mer de la chair humaine, du sang, des mains, des pieds, des têtes, des foies, des entrailles, des ossements, etc., les mangeaient. Quelques-uns avaient des corps flamboyants, livides, noirs, bleuâtres, rouges et jaunes ; quelques-uns avaient les yeux déformés, creux comme des puits, enflammés, arrachés, ou regardant de travers ; quelques-uns avaient les yeux contournés, étincelants et difformes ; quelques-uns, portant des montagnes enflammées, s’approchaient fièrement, montés sur d’autres montagnes enflammées. Quelques-uns, après avoir arraché un arbre avec ses racines, accouraient vers le Bôdhisattva. Quelques-uns avaient des oreilles de bouc, des oreilles de porc, des oreilles d’éléphant, des oreilles pendantes, des oreilles de sanglier. Quelques-uns n’avaient pas d’oreilles. Quelques-uns, ayant le ventre comme des montagnes, avec des corps débiles, formés d’un amas d’ossements, avaient le nez cassé ; d’autres avaient le ventre comme une cruche, les pieds pareils à des crânes, la peau, la chair et le sang desséchés, les oreilles, le nez, les mains et les pieds, les yeux et la tête coupés. Quelques-uns, dans leur désir de boire du sang, se coupaient la tête l’un à l’autre ; quelques-uns, avec des voix rauques, entrecoupées, altérées, effrayantes, faisaient entendre des grognements tels que : houm, houm ! pitchout ! houlou, houlou ! Quelques-uns disaient : empoignez, empoignez ! frappez, frappez ! liez ! saisissez ! coupez ! brisez ! broyez ! arrachez ! anéantissez le Çramana Gâutama avec l’arbre ! C’est ainsi qu’ils parlaient. Quelques-uns avaient des visages de loup, de chacal, de porc, d’âne, de bœuf, d’éléphant, de cheval, de chameau, de buffle, d’onagre, de lièvre, de yak, de rhinocéros, de Çarabha, visages difformes et inspirant la terreur. Quelques-uns avaient îles corps semblables à ceux d’un lion, d’un tigre, d’un ours, d’un singe, d’un léopard, d’un chat, d’un bouc, d’un bélier, d’un serpent, d’un ichneumon, d’un poisson, d’un Makara, d’un Çiçoumàra, d’une tortue, d’une corneille, d’un vautour, d’un hibou, d’un garouda, etc. Quelques-uns avaient des formes étranges, quelques-uns avaient une tête, deux têtes, et jusqu’à cent mille têtes ; quelques-uns n’avaient pas de tête. Quelques-uns avaient, depuis un bras jusqu’à cent mille bras. Quelques-uns n’avaient pas de bras. Quelques-uns avaient, depuis un pied jusqu’à cent mille pieds ; quelques-uns n’avaient pas de pieds. Quelques-uns. des ouvertures de l’oreille, de la bouche, du nez, des yeux et du nombril distillaient des venins de serpent. Quelques-uns, brandissant des épées, des arcs, des flèches, des lances, des hachettes, des haches, des disques, des massues de fer, des javelots, des foudres, des fusées, des javelines et toutes sortes d’armes, s’en allaient, en dansant, menacer le Bôdhisattva. Quelques-uns, ayant coupé des doigts d’homme, en avaient fait une guirlande qu’ils portaient. Quelques-uns portaient, comme une guirlande, des os et des crânes dont ils avaient fait une guirlande. Quelques-uns avaient le corps enduit de venin de serpent. Quelques-uns, avec des chaudrons sur la tête, étaient montés sur des éléphants, des chevaux, des chameaux, des ânes, des taureaux et des buffles. Quelques-uns avaient la fête en bas et les pieds en haut. Quelques-uns avaient des poils comme des aiguilles. Quelques-uns ayant des poils de bœuf, d’âne, de sanglier, d’ichneumon, de bouc, de bélier, de Çarabha, de chat, de singe, de loup, de chacal, vomissant des venins de serpent, avalant des boules de fer, exhalant des flammes, répandant une pluie de cuivre et de fer bridant, jetant une pluie d’éclairs, lançant la foudre, répandant une pluie de sable de fer brûlant, faisant naître des nuages noirs, produisant une nuit noire, faisant du bruit, couraient vers le Bôdhisattva. Quelques-uns, faisant tournoyer des chaînes, faisant écrouler de grandes montagnes, agitant les grandes mers, escaladant de grandes montagnes, sautant, courant vers le Mêrou, le roi des monts, jetant leurs membres de côté et d’autre, agitant leur corps, poussant un grand éclat de rire, se perçant la poitrine, se frappant la poitrine, secouant leurs chevelures, ayant des têtes enflammées, des cheveux hérissés, courant à la hâte de tous côtés, ayant des yeux de loup, effrayaient le Bôdhisattva.

De vieilles femmes éplorées s’étant approchées du Bôdhisattva lui parlaient ainsi : Ah ! mon fils, ah ! mon fils, lève-toi ! vite sauve-toi ! Des formes de Râkchasîs, des formes de Piçatchîs, des Prêtas borgnes, boiteux, affaiblis, tourmentés par la faim, les bras levés, le visage déformé, criant et montrant de la frayeur, produisant l’épouvante, accouraient devant le Bôdhisattva. C’est par une telle armée de démons rassemblée de tous côtés, s’étendant à la distance des quatre-vingts Yôdjanas, que tout était rempli. Et comme c’était l’armée de Mâra seulement, de côté et en l’air tout était complètement rempli par les armées des démons Pâpiyâns qui occupaient en entier les trois mille mondes, par centaines de millions.

Et là il est dit :


16. Des formes de Yakchas, de Koumbhândas, de Mahôragas, des formes de Prêtas et de Piçâtchas ; tout ce qu’il y a dans le monde de formes désagréables et des plus effroyables, toutes sont là, produites par des êtres artificieux.

17. De nombreux Yakchas à une tête, à deux têtes, à trois têtes et jusqu’à mille têtes ; à un bras, à deux bras, à trois bras et jusqu’à mille bras.

18. Et beaucoup d’autres à un pied, à deux pieds, à trois pieds et jusqu’à mille pieds : au visage bleuâtre au corps jaune ; au visage jaune et au corps bleuâtre.

19. Ayant des visages d’une espèce et des corps d’une autre. Ainsi s’est approchée toute l’armée de démons. Elle fait souffler le vent et tomber la pluie ; des éclairs se succèdent par centaines de mille.

20. Un dieu fait gronder l’orage, les arbres sont renversés, mais pas une feuille de l’arbre de l’Intelligence ne remue. Le dieu de la pluie verse la pluie, les ruisseaux se répandent sur la terre couverte d’eau.

21. Au milieu de ces épouvantements nombreux vient la nuit pendant laquelle les arbres insensibles tombent. À la vue de toutes ces formes effrayantes à l’excès, ces formes difformes, choquantes,

22. L’esprit de celui qui porte les signes des qualités et de la bénédiction n’est pas agité, pareil au Mêrou. Pareils à la magie, pareils à des songes, pareils à des nuées, c’est ainsi qu’il regarde les substances.

23. Considérant que telle est la règle pour les substances, il se tient bien et inédite, affermi dans la loi. Il lui vient à l’esprit : parce que je dis : je, et parce que je dis : mien (c’est que) l’existence et le corps sont attachés à un être.

24. Il peut trembler, l’ignorant qui est en puissance (d’un corps), aussi le trouble entre-t-il en moi après avoir regardé. Mais le fils des Çâkyas en reconnaissant que sa propre existence n’est pas une existence (durable) et que la substance est produite par suite de causes connues,

25. Bien doué d’un esprit pareil au ciel, il n’est pas troublé à la vue du trompeur avec son armée.

Ainsi, Religieux, au milieu de ces milliers de fils du démon Pâpîyân, ceux qui étaient favorables au Bôdhisattva, précédés du démon Sârthavàha se tenaient du côté droit. Ceux qui étaient du parti du démon Pâpîyân se tenaient du côté gauche du démon Pâpîyân. Alors le démon Pâpîyân parla ainsi à ses fils :

Avec quelle sorte d’armée soumettrons-nous le Bôdhisattva ? Alors, au côté droit, le fils du démon nommé Sârthavàha adressa cette Gâthâ à son père :

26. Celui qui veut réveiller le roi des serpents endormi, celui qui veut réveiller le roi des éléphants endormi, celui qui veut réveiller le roi des animaux endormi, tel est celui qui veut réveiller le roi des hommes bien affermi.

Du côté gauche, le fils du démon nommé Dourmati parla ainsi :

27. À ma vue, les cœurs se fendent dans les mondes, même ceux des arbres qui ont une grande sève ; quelle est donc la force de celui-ci frappé par ma vue comme s’il l’était par la mort, pour vivre dans le monde ? A droite, celui qui a nom Madhouranirghôcha dit :

28. Tu dis : la sève qui est ici-bas dans les arbres, en la regardant, je la divise ; quelle est (en pareil cas) la condition des hommes ? Quand même tu briserais le mont Mérou, rien qu’en le regardant, tes yeux ne s’ouvriraient même pas, en présence de celui-ci !

Et, de plus :

29. Parmi les hommes il n’y en a pas un qui désire traverser la mer à l’aide de ses bras ou boire ses eaux ; et cela fût-il possible, je le déclare, il y aurait une difficulté aussi grande pour celui qui voudrait regarder en face le visage de celui-ci !

À gauche, celui qui a nom Çatabâhou dit :

30. J’ai à mon corps cent bras, et, d’une seule fois, je lance cent flèches. Je fendrai le corps du Çramaṇa, ô mon père. Sois tranquille, marche sans retard ! À droite, Soubouddhi dit :

31. Si tu as cent bras, quelle différence y a-t-il entre ces bras et des poils, quand par chacun de ces bras étant lancées autant de flèches, rien n’y fait contre lui ? Pourquoi cela ?

32. C’est que, dans le corps du Mouni doué de mansuétude, ni poison, ni flèche, ni feu ne pénètre ; les traits lancés se changent en fleurs pour celui qui a compris l’idée d’une mansuétude dépassant le monde.

Et de plus :

33. Dans le ciel, sur la terre et dans l’eau, ceux qui, pleins de force, portant l’épée et la hache, Gouhyakas ou hommes, s’étant approchés de ce maître des hommes qui a la force de la patience, eux forts entre les forts, sont tous sans force.

À gauche, Ougratêdjas dit :

34. Entré en lui, je brûlerai son beau corps après y avoir pénétré, comme le feu de la forêt brûle un arbre desséché avec le tronc et les parties les plus menues.

À droite, Sonnêtra dit :

35. Quand même tu pourrais brûler le Mérou et la terre en y pénétrant, celui-ci ne pourrait être brûlé, lui à l’intelligence de diamant, par tes pareils égaux (en nombre) aux sables de la Gangâ.

Et, de plus :

36 Toutes les montagnes s’écrouleraient, le grand océan serait anéanti, le soleil et la lune tomberaient sur la terre, et la terre arriverait à la dissolution,

37. Que celui qui s’est mis à l’œuvre à cause du monde et s’est engagé par une promesse, ne se lèverait pas d’auprès du grand arbre, sans avoir obtenu l’Intelligence suprême !

À gauche, Dîrghabâhourgarvita dit :

38. La demeure de Tchandra et Soûrya et des étoiles, je puis la broyer avec la main même en restant dans ta maison.

39. Je puis, en me jouant, retirer l’eau des quatre océans ; après avoir saisi le Çramana ô père, je le jeterai de l’autre côté de l’océan !

40. Que cette armée se tienne prête, ô père, et ne sois pas tourmenté parle chagrin. Après l’avoir mis en pièces avec l’arbre de l’Intelligence, je les jetterai avec la main aux dix points de l’espace.

Dit côté droit, Prâsâdapratilabdha dit :

41. La terre avec les dieux, les Asouras et les Gandharbas, avec les mers et les montagnes, tu pourrais la réduire en poudre avec tes mains, enflé d’orgueil,

42. Que des milliers d’êtres pareils à toi, égaux (en nombre) aux sables de la Gangâ, ne pourraient remuer un poil de ce Bôdhisattva ! Du côté gauche, Bayangkara dit :

43. Cette grande peur, ô père, d’où te vient-elle, à toi qui es placé au milieu d’une armée ? Lui, n’a pas d’armée, et où sont ses compagnons ? Pourquoi as-tu peur de lui ici ?

À droite, Ekâgramati dit :

44. Il n’y a pas dans le monde de troupe de lunes et de soleils, ni de Tchakravartins, ni de lions ; il n’y a pas ici une troupe de Bôdhisattvas, (mais) seul il est capable de vaincre Namoutchi.

À gauche, Avatâraprêkchi dit :

45. Il n’y a là ni lances, ni piques, ni massues, ni épécs, ni éléphants, ni chevaux, ni chars, ni fantassin. Ce vaillant Çramana assis tout seul, je le tuerai ; ne crains rien, père.

À droite, Pounyâlangkrïta dit :

46. Comme celui de Nârayana, son corps ne peut être brisé ni divisé ; armé des forces de la patience, ayant l’épée solide de l’héroïsme, porte dans le triple véhicule de la délivrance complète, ayant l’arc de la science, ô père, par la force des mérites, il vaincra l’armée du démon.

À gauche, Anivartti dit :

47. Le feu de la forêt ne se détourne pas de l’herbe qui brille ; la flèche lancée par un habile (archer) ne se retourne pas, la foudre tombée du ciel ne se détourne pas ; il n’y a pas de repos pour moi tant que je n’aurai pas vaincu le fils des Çâkyas.

À droite, Dharm dit : akâma

48. En rencontrant de l’herbe humide le feu recule ; après avoir frappé le sommet d’une montagne, la flèche recule ; en rencontrant la terre, la foudre s’enfonce en bas ; avant d’avoir obtenu l’Amrĭta paisible il ne reculera pas !

49. Pour quelle raison ? (C’est que), ô mon père, on pourrait tracer des figures dans l’air, faire que tous les êtres quels qu’ils soient s’unissent dans une seule pensée ; on pourrait attacher avec un lien la lune, le soleil et le vent, qu’on ne pourrait éloigner le Bôdhisattva de Bôdhimanda,

À gauche, Anoupaçânta dit :

50. Par le grand poison de ma vue, je puis brûlerie Mêrou et réduire en cendre l’eau des grands océans. L’Intelligence et le Çramana, vois comment, en les regardant aujourd’hui, je les réduirai l’un et l’autre en cendres ! À droite, Siddhârtha dit :

51. Si le meilleur des trois mille (mondes) rempli de poison, était tout entier enflammé, par un seul regard de celui qui est une mine de qualités, le poison perdrait complètement sa qualité de poison. Ici, dans les trois mondes, un poison terrible, ou encore l’amour, la haine ainsi que la folie, ne sont pas plus dans son corps et son esprit qu’il n’y a dans le ciel de marais ou de poussière.

52. Son corps, ses préceptes, son cœur sont parfaitement purs ; il a un esprit de miséricorde pour tous les êtres ; ni les armes ni le poison ne le blessent ; c’est pourquoi retirons-nous tous, père !

À gauche, celui qui a nom Ratilôla dit :

53. Pour moi, avec mille instruments qui résonnent, avec cent mille Apsaras bien parées, excitant ses désirs, je le conduirai dans la meilleure des villes et le mettrai en ton pouvoir vaincu par le désir !

À droite, Dharmarati dit :

54. Celui dont le plaisir ici-bas est de se plaire dans la loi, qui se plait à la contemplation, qui se plait à la recherche de l’Amrĭta, qui se plaît dans la mansuétude, qui produit la délivrance des êtres, celui-là ne fait pas sa joie de la joie de la passion !

À gauche, celui qui a nom Vâtadjava, dit :

55. Par ma vitesse, je pourrais saisir la lune, le soleil et le vent qui souffle dans le ciel. Aujourd’hui même, père, après avoir saisi le Çramaṇa, je le mets en miettes, comme le vent disperse une poignée de paille. À droite, le fils du démon nommé Atchalamati parla ainsi :

56. Quand même une rapidité aussi formidable que ta vitesse serait le pai-tage des dieux et des hommes, tous réunis ils seraient incapables de faire du mal à cet homme incomparable.

À gauche, Brahmamati dit :

57. Eût-il lieu un rassemblement formidable de pareils personnages, elle ne causerait aucune destruction, ton arrogance ! Mais lui, tout seul, que peut-il te faire ? C’est par le nombre que réussit toute entreprise.

À droite, Siùhamati dit :

58. On n’a jamais vu sur la terre de rassemblement de lions ; il n’y a pas non plus une troupes d’êtres à la vue empoisonnée. D’êtres glorieux, vainqueur par la vérité, les premiers des hommes, il n’y a pas de troupe.

À gauche, Sarvatchandâla dit :

59. Elles n’ont donc pas été entendues par toi, les paroles enflammées qu’ont prononcées tes fils à toi ? Doués de courage, d’impétuosité et de force, allons vite tuer le Çramana !

À droite, Sinhanâdi dit :

60. Dans les détours de la forêt bien des chacals font entendre leurs cris, quand le lion n’est pas là ; mais en entendant la voix terrible du lion, ils fuient épouvantés aux dix points de l’espace.

61. De même ces ignorants fils de Màra, tant qu’ils n’entendent pas la voix du plus excellent des hommes, crient enflés d’orgueil ; dès que le lion des hommes parle, ils ne sont plus !

Du côté gauche, Douçtchîntitatchinti dit :

62. Ce que j’ai dans la pensée s’accomplit vite ; comment celui-ci ne voit-il pas (ces légions) ? C’est un insensé qui ne connaît rien. Pourquoi, après s’être levé, ne s’enfuit-il pas promptement ?

Du côté droit, Soutchintitârtha dit :

63. Il n'est pas insensé ou sans courage, c'est vous qui êtes insensés et sans aucune modération. Vous ne savez pas quel est son héroïsme. Par la force de sa sagesse, vous êtes tous vaincus !

64. Des fils du démon le nombre fût-il égal aux sables de la Gangâ, avec un héroïsme pareil (au sien), vous êtes incapables de remuer un seul de ses poils, à plus forte raison pour celui qui penserait : Je le tuerai !

65. N'ayez donc pas ici la pensée de lui nuire. Ayez l'esprit calme et rempli de respect ; retirez-vous sans combattre ; il sera roi ici dans la réunion des trois mondes. Comme il est dit précédemment tous les iils du démon, formant un millier bien complet, ceux du côté blanc et ceux du côté noir adressèrent ainsi, chacun à son tour, des Gâthâs au démon Pâpîyan.

Ensuite un chef de l'armée de Pâpîyan, nommé Bhadrasèna, parla au démon Pâpîyan en lui adressant ces Gâthâs :

66. Tous ceux qui ont marché à ta suite, Çakra, les gardiens du monde, les troupes de Kinnaras, les maîtres des Asouras, les maîtres des Garoudas, tous, les mains jointes s'inclinent devant celui-ci.

67. À plus forte raison, ceux qui n'ont pas marché à ta suite, les fils des dieux Brahmâbhasvaras et les Çouddhâvâsakâyikas, tous aussi s'inclinent devant lui.

68. Et ici, ceux de tes fils qui sont sages, intelligents et forts, s'unissent de cœur au Bôdhisattva et s'inclinent.

69. Et cette armée de démons, de Yakchas, etc., qui remplit quatre-vingts Yôdjanas, il la voit tout entière avec un esprit parfaitement tranquille, car il est sans péché.

70. Et après vu combien cette armée est redoutable, terrible, monstrueuse, épouvantable, il n'est ni étonné ni ébranlé. C'est à lui certainement que sera la victoire aujourd'hui !

71. Partout où s'arrête cette armée les hiboux et les chacals font entendre leurs cris ; quand la corneille et l'âne font entendre leur voix, il convient de se retirer promptement.

72. Regarde Bôdhimanṇḍa : Les Patakountas, les cygnes, les Kôkilas et les paons tournent trois fois autour de lui en présentant le côté droit. Certainement c'est pour lui qu'est la victoire aujourd'hui.

73. Là où s'arrête cette armée, pleuvent l'encre et la poussière ; à Mahimanda (au contraire), c'est une pluie de fleurs. Fais ce que je dis, retire-toi !

74. Là où s'arrête cette armée, le sol est inégal, raboteux et rempli d'épines ; Mahimanda est de l'or, sans tache. Pour les sages ce qui convient c'est de se retirer.

75. Ce que tu as vu en songe précédemment, tu l'auras devant les yeux, si tu ne t'en vas pas. Il réduira l'armée en cendre, comme des contrées sont réduites en cendre par des Rĭchis.

76. Dans sa marche de roi, le meilleur des Rïchis fut irrité par Brahmadatta, et dans a forêt de Dandaka embrasée, pendant beaucoup d’années, il ne poussa pas d’herbe.

77. Quels qu’ils soient dans le monde entier, des Rïchis qui ont une belle conduite, qui accomplissent leurs vœux et sont voués aux austérités, celui-ci est le supérieur, car il est vraiment inoffensif pour tous les êtres.

78. Ne l’as-tu donc pas entendu dire autrefois : Celui sur le corps duquel sont de beaux signes éclatants, s’il sort de la famille, il sera un Bouddha vainqueur de la corruption naturelle.

79. C’est en vue de l’honorer que les fils des Djinas ont fait apparaître une pareille pompe. Cette offrande, la première entre toutes, le premier des êtres l’accepte aujourd’hui.

80. Parce que l’Ournâ parfaitement pure rayonne dans des dizaines de millions de champs, nous serons éclipsés, hélas ! Certainement il sera le destructeur de l’armée du démon.

81. Puisque sa tête ne peut être vue que par les dieux même qui demeurent au sommet du monde, certainement il obtiendra l’omniscience sans être instruit par les autres.

82. Puisque le Mérou, les Tchakravâlas, le soleil, la lune, Indra, Brahmâ et les arbres, ainsi que les plus hautes montagnes, s’inclinent tous devant Mahimanda,

83. Sans nul doute, celui qui a la force des mérites, la force de la sagesse, la force de la science, la force de la patience et la force de l’héroïsme, rendra sans force les partisans du démon.

84. Comme un éléphant broie un pot de terre, un lion un chakal, le soleil un ver luisant, Sougata mettra de même cette armée en pièces.

Après avoir entendu ce discours, un autre fils du démon, l’œil tout enflammé de colère, dit :

85. Toi seul tu prononces de celui-ci des éloges fort exagérés ; mais, à lui seul, qu’est-il capable de faire ? Est-ce que tu ne vois pas cette grande armée ?

Alors, du côté droit, un fils du démon nommé Mârapramardaka dit :

86. Dans le monde il n’y a pas besoin que le soleil ait un compagnon, pas plus que la lune, un lion ou un Tchakravartin. Pour le Bôdhisattva bien assis et bien affermi dans l’Intelligence, il n’y a pas besoin de compagnon.

Cependant le Bôdhisattva, afin d’affaiblir la force du démon, secouait sa tête pareille au lotus à cent feuilles épanoui. En le voyant, le démon s’enfuit. « Mon armée tient tête au Bôdhisattva, » disait-il tout en fuyant, et, étant revenu avec sa suite, il lançait sur le Bôdhisattva divers projectiles et des montagnes pareilles au Mêrou, lesquels, lancés sur le Bôdhisattva, se changeaient en dais de fleurs et en chars célestes. Ils lançaient les poisons de leurs yeux, les poisons de serpents, les poisons de leur haleine et des flammes de feu. Et le cercle de feu s’arrêtait, comme un cercle de lumière pour le Bôdhisattva.

En ce moment, le Bôdhisattva se frappa le front avec la main droite ; et le démon le vit. — « Le Bôdhisattva a une épée à la main, » se dit-il, et il s’enfuit du côté du midi. Puis, pensant : « Il n’y a personne, » il revint encore, et lança sur le Bôdhisattva toutes sortes d’armes redoutables : Epées, arcs et flèches, lances, javelots, haches, cailloux, fusées, pilons, foudres à une pointe, massues, disques, marteaux, arbres (déracinés), pierres, chaînes et boules de fer, qui ne sont pas plus tôt lancés qu’ils demeurent changés en guirlandes de fleurs et en dais de fleurs. Devenues des fleurs fraîches, elles sont répandues sur la terre ou suspendues en guirlandes, et font l’ornement de l’arbre de l’Intelligence. A la vue de la magnificence de ces arrangements qui s’accomplissent pour le Bôdhisattva, le démon Pàpîyân, dévoré de colère et d’envie, dit au Bôdhisattva : Lève-toi, lève-toi, ô fils de roi ; jouis de la royauté, puisque ton mérite est tel que, par lui, tu as obtenu la délivrance ?

Alors le Bôdhisattva, d’une voix ferme, profonde, solennelle, douce et agréable, répondit en ces termes au démon Pâpiyân : Pàpîyân, c’est par un seul sacrifice sans contrainte que tu es arrivé à l’empire du désir ; mais moi, j’ai fait des centaines de millions de sacrifices sans contrainte, dans lesquels, après les avoir coupés, ont été donnés à ceux qui les désiraient ardemment : mes mains, mes pieds, mes yeux et ma tête ; à ceux qui les demandaient, ont été distribués : maisons, richesses, grains, lits, vêtements, jardins et parcs, par moi qui désirais ardemment la délivrance des êtres.

Alors le démon Pàpîyân adressa cette Gâthâ au Bôdhisattva :


87. Dans une existence antérieure a été fait par moi un sacrifice sans contrainte et irréprochable ; tu en es ici même le témoin ; mais comme il n’y a ici aucun témoin (qui te soutienne) avec une parole quelconque, tu es vaincu !


Le Bôdhisattva dit : Cette mère des êtres, la terre, est mon témoin.

Puis, le Bôdhisattva ayant enveloppé le démon et la suite du démon d’une pensée procédant de la douceur et de la compassion, comme un lion, sans crainte, sans frayeur, sans terreur, sans faiblesse, sans abattement, sans trouble, sans agitation, sans que la crainte fasse dresser ses cheveux, avec sa main droite qui a, dans la paume, les figures d’une conque, d’un étendard, d’un poisson, d’une coupe, d’un Svastika, d’un crochet de fer et d’un disque, qui a l’intervalle des doigts réuni par une membrane, bien ornée de beaux ongles de la couleur du cuivre rouge, qui est douce, polie, avec la forme gracieuse de la jeunesse ; qui, pendant d’innombrables Kalpas a rassemblé une multitude de racines de vertu, ayant frotté tout son corps, frappa la terre avec mesure, et, en ce moment, prononça cette Gâthâ :

88. Cette terre, résidence de toutes les créatures, est impartiale et égale pour tout ce qui est mobile ou immobile ; elle est garante qu’il n’y a, de ma part, aucun mensonge. Prends-la ici pour mon témoin.

Aussitôt que cette grande terre fut touchée par le Bôdhisattva, elle trembla de six manières : trembla, trembla fortement de tous côtés ; résonna, résonna fortement, résonna fortement de tous côtés. Comme, par exemple, sonne et résonne, un vase d’airain du pays de Magadha frappé avec un bâton, de même, cette grande terre, aussitôt qu’elle eût été frappée par la main du Bôdhisattva, résonna et résonna de nouveau.

Alors, à ce point des trois mille grands milliers de monde, la grande déesse de la terre, nommé Sthâvarâ, entourée d’une suite de cent fois dix millions de déesses de la terre, ayant ébranlé toute la grande terre, puis, non loin du Bôdhisattva, ayant montré la moitié de son corps paré de tous ses ornements, le corps incliné, les mains jointes, parla ainsi au Bôdhisattva : Il en est bien, grand homme, il en est bien comme il a été déclaré par toi ! Nous voici apparues pour l’attester. De plus, Bhagavat, toi-même es devenu le témoin suprême du monde qui comprend aussi les dieux.

La grande déesse de la terre, ayant, par ces paroles, complètement déjoué les divers artifices du démon, après avoir honoré et loué le Bôdhisattva et montré de plusieurs manières sa propre puissance, disparut en ce lieu même avec sa suite.

89. Après avoir entendu cette voix de la terre, le trompeur et son armée épouvantés et le cœur brisé se mirent à fuir. Tous, comme les chacals dans les bois, après avoir entendu le rugissement du lion, comme les corneilles à la chute d’une motte de terre, furent soudain dispersés.

Cependant le démon Pâpîyân était triste, soucieux, abattu, avec l’air de l’orgueil humilié ; mais, dominé par l’orgueil, il ne s’en alla pas, ne se retourna pas, ne s’enfuit pas. S’arrêtant, en regardant en arrière l’armée qui suivait, il fit ce discours : Vous tous rassemblés, arrêtez-vous quelque temps, jusqu’à ce que nous sachions si toutefois celui-ci peut être ébranlé. Il ne faut pas, en vérité, que la destruction d’une pareille perle des êtres ait lieu inconsidérément !

Alors le démon Pàpîyân dit à ses filles : Vous, jeunes filles, allez, et vous étant rendues à Bôdhimanda, faites sur le Bôdhisattva l’enquête que voici : Est-il susceptible de passion ou exempt de passion ? Est-il fou ou sage ? Est-il aveugle ou bien connait-il les points de l’espace ? A-t-il des partisans ? Est-il faible ou fort ?

Après avoir entendu ces paroles, les Apsaras s’approchèrent de l’endroit où était Bôdhimanda, et s’étant arrêtées en face du Bôdhisattva, lui firent voir la magie des femmes, qui est de trente-deux espèces. Quelles trente-deux espèces ? Ainsi : Quelques-unes d’entre elles se voilaient la moitié du visage ; quelques-unes montraient leurs seins fermes et arrondis ; quelques-unes, par des demi-sourires, montraient la rangée de leurs dents ; quelques-unes, étendant leurs bras en bâillant, montraient leur aisselle ; quelques-unes montraient leurs lèvres, rouges comme le fruit du Bimba ; quelques-unes examinaient le Bôdhisattva avec leurs yeux à demi fermés, et après l’avoir regardé, vite, vite, les refermaient ; quelques-unes montraient leurs seins à demi couverts ; quelques-unes montraient le contour de leur taille dont la ceinture laissait le vêtement relâché ; quelques-unes, dont la ceinture était à sa place, montraient le contour de leur taille revêtu d’un vêtement transparent ; quelques-unes faisaient résonner les anneaux de leurs jambes ; quelques-unes montraient un bouquet au milieu de leurs seins ; quelques-unes montraient la moitié de leurs cuisses nues ; quelques-unes montraient, posés sur leur épaule et sur leur tête, des Patragouptas, des perroquets et des geais ; quelques-unes jetaient sur le Bôdhisattva des regards de côté ; quelques-unes, quoique ayant de bons vêtements, en faisaient de mauvais vêtements ; quelques-unes agitaient les ceintures de leur taille ; quelques-unes, comme affolées, allaient de côté et d’autre en jouant ; quelques-unes étaient honteuses ; quelques-unes remuaient la cuisse comme un arbre Kadali agité par le vent ; quelques-unes soupiraient profondément ; quelques-unes, après avoir frappé leur ceinture garnie de clochettes faite d’un tissu fin, se promenaient ; quelques-unes jetaient à terre leurs vêtements et leurs ornements ; quelques-unes montraient toutes leurs brillantes parures de femmes Gouhyakas ; quelques-unes montraient leurs bras enduits d’onguents parfumés ; quelques-unes montraient leurs pendants d’oreille parfumés ; quelques-unes, dont le corps était voilé, se voilaient aussi le visage, puis tout à coup les montraient (découverts) ; quelques-unes, qui se rappelaient l’une à l’autre leurs rires, leurs plaisirs et leurs jeux, s’arrêtaient, comme honteuses ; quelques-unes présentaient des formes de jeune filles ; quelques-unes des formes de jeunes femmes qui n’ont pas été mères ; quelques-unes des formes de femmes d’un âge mûr ; quelques-unes, remplies de désir, appelaient le Bôdhisattva ; quelques-unes couvraient le Bôdhisattva de fleurs fraîches, et, debout devant lui, cherchaient à deviner sa pensée et examinaient son visage. « Regarde-t-il avec des sens émus ou bien jette-t-il au loin les yeux ? Est —il agité, oui ou non ? » En parlant ainsi, elles regardaient le visage pur et sans tache du Bôdhisattva, pareil au disque de la lune délivrée de Râhou, pareil au soleil qui se lève, pareil au pilier d’or du sacrifice, pareil au lotus à cent feuilles épanoui, pareil au feu du sacrifice aspergé de beurre clarifié, inébranlable comme le Mêrou, éminent comme les (monts) Tchakravâlas, aux sens parfaitement gardés, à l’esprit bien dompté, comme un éléphant.

Ensuite ces filles du démon, afin d’exciter davantage les désirs du Bôdhisattva, lui adressèrent ces Gâthâs :

90. Le printemps étant venu, la plus belle des saisons, où les arbres sont en fleur, ami, réjouissons-nous. Ton corps est un beau corps très gracieux, bien orné des signes excellents d’un Tchakravartin.

91. Nous sommes nées, bien nées, bien faites pour donner du plaisir aux dieux et aux hommes, c’est pour cela que nous existons. Lève-toi promptement, jouis de la belle jeunesse ; difficile à atteindre est l’Intelligence suprême ; détournes-en ta pensée.

92. Tu les vois, ces femmes des dieux bien parées, venues à cause de toi, ornées et ajustées. Quel homme, après avoir vu pareille beauté, ne cède pas à la passion, entraîné par la passion, fût-il desséché comme un bois vermoulu.

93. Leurs chevelures soyeuses sont imprégnées des parfums les plus suaves ; avec leurs diadèmes et leurs pendants d’oreille leurs visages sont comme des fleurs épanouies, leurs fronts sont beaux, leurs visages bien fardés, leurs yeux sont beaux et grands comme le (pétale du) lotus épanoui.

94. Elles ont le visage pareil à la pleine lune, les lèvres pareilles au fruit mûr du Bimba ; elles ont de belles dents, blanches comme les coquilles, le jasmin et la neige. Regarde-les ; elles sont aimables et ne rêvent que le plaisir.

95. Regarde, Seigneur, leurs seins fermes, élevés et arrondis ; ces trois plis charmants à leur taille, leurs hanches larges aux gracieux contours ; elles sont vraiment très aimables !

96. Leur cuisse est pareille à la trompe de l’éléphant : leur bras est, sans interstices, couvert de bracelets, leur taille est ornée d’une belle ceinture ; regarde-les, Seigneur, elles sont tes esclaves.

97. Elles ont l’allure du cygne et marchent très lentement ; elles parlent avec grâce le langage de l’amour qui va au cœur ; avec une beauté pareille et très bien parées, elles sont très savantes dans les voluptés divines.

98. Très habiles à chanter, à jouer des instruments et à danser, elles son ; nées en vue du plaisir, elles qui sont bien douées de beauté. Si tu les dédaignes, elles qui sont agitées par l’amour, tu t’abuses grandement, en vérité, dans ce monde !

99. Comme après avoir vu un trésor, un homme qui s’enfuirait, méconnaissant le bonheur de la richesse, l’insensé ! toi aussi, ne connaissant pas le désir, tu ne joues pas avec ces jeunes filles amoureuses venues d’elles-mêmes !

Alors, religieux, le Bôdhisattva, sans cligner l’œil, le visage souriant, sans avoir les sens agités, les membres impressionnés et détournés (de la pureté), sans passion, sans souillure, sans folie, inébranlable comme le roi des monts, sans abattement, sans faiblesse, sans inquiétude, avec une intelligence parfaite, ferme et indépendante, par la porte de la science, par l’abandon sans limite des corruptions naturelles, avec une voix douce, agréable, surpassant les accents de Brahmâ, pareille au chant du Kalalûngka, belle, allant ou cœur, répondit à ces tilles du démon par ces Gâthâs :

100. Ah les désirs rassemblent bien des douleurs et sont des racines de douleur qui détruisent la contemplation, la puissance surnaturelle et les austérités de ceux qui n’ont pas la science. Par les qualités du désir qu’on a des femmes point de rassasiement, ont dit les sages. Moi, je produirai par la science le rassasiement des ignorants.

101. Pour qui nourrit les désirs, la soif augmente sans cesse, comme pour un homme qui a lui de l’eau salée. Celui qui s’y engage n’est utile ni à lui-même ni aux autres. (Mais) moi je suis très désireux d’être utile à moi-même et aux autres.

102. Votre corps est égal et pareil à l’écume, à la bulle d’eau ; comme coloré par la magie ; paraissant et disparaissant à volonté. Comme le plaisir, dans un songe, n’est ni permanent ni durable, il y a toujours de l’égarement dans la pensée des ignorants qui ne sont pas sages.

103. Les jeux sont égaux et pareils à des bulles d’eau retenues par de la peau, comme une pustule ronde et gonflée de sang condensé ; le ventre est un réceptacle impur et désagréable d’urine et d’excréments, produit de la corruption naturelle des œuvres, machine de douleur.

104. Les insensés à l’esprit troublé, mais non les sages, s’imaginant faussement que le corps est beau, roulant bien longtemps dans le monde de la transmigration qui est la racine de la douleur, éprouvent parmi les êtres infernaux des sensations produisant beaucoup de douleurs.

105. De la ceinture s’échappe un courant de mauvaise odeur et désagréable ; les cuisses, les jambes et les pieds se tiennent ensemble comme une machine ; ce que je discerne de vrai en vous, c’est la magie ; vous provenez d’une cause et d’un effet faux.

106. Après avoir vu que les qualités du désir sont sans qualité, dénuées de qualités, détournées de la voie de la science vénérable et fausses ; qu’elles sont comme une feuille vénéneuse et le feu, comme de grands serpents furieux, les ignorants sont donc affolés quand ils les prennent pour le bonheur.

107. L’homme esclave du désir qui l’est aussi des femmes, sorti de la voie de la bonne conduite, sorti de la voie de la contemplation, privé de sens, demeure bien loin de la science ; agité par la passion, api-ès avoir abandonné la joie de la loi, il n’est pas réjoui par les désirs.

108. Je ne demeure point avec la passion, ni avec les péchés : je ne demeure pas toujours avec ce qui, par nature, est agréable, ni en compagnie de ce qui est plaisant ou déplaisant ; mon esprit est complètement affranchi, comme le vent dans le ciel.

109. Ce monde-ci serait tout entier rempli de vos pareilles, je pourrais demeurer réuni à elles pendant un Kalpa, qu’il n’y aurait en moi ni mal, ni passion, ni folie : les Djinas ont l’esprit égal et pareil à l’éther.

110. Quoique les dieux et les Apsaras, qui n’ont ni sang ni os, soient purs et beaux, tous, cependant, demeurent dans une très grande crainte, privés qu’ils sont d’une nature durable, et pas éternels.

Alors les filles de Mâra, bien exercées aux magies des femmes, prises d’un excès de passion, de colère et d’orgueil, après avoir montré un grand empressement et avoir paré leur corps avec soin, cherchaient, en employant la magie des femmes, à exciter les désirs du Bôdhisattva.

Et là il est dit :

111. Les plus séduisantes parmi les femmes, apportant le désir et la satisfaction du désir, envoyées par le démon, sont venues à la hâte, déployant leurs charmes. Comme les tiges tiexibles de jeunes arbres agités par le vent avec leurs feuilles, elles dansent et cherchent à séduire le fils du roi qui est allé auprès de l’arbre (de l’Intelligence).

112. Voici le temps Venu de la plus belle, de la plus charmante des saisons, la saison du printemps qui fait la joie des femmes et des hommes, qui détruit l’obscurité et la poussière ; où l’on entend le chant des Kôkilas des cygnes et des paons ; où tout est rempli de troupes d’oiseaux. Le temps est venu de goûter la joie des qualités du désir.

113. Celui qui, pendant mille Kalpas, s’est plu dans la bonne conduite, accomplissant des vœux et des austérités, inébranlable, pareil au roi des monts, au corps semblable au soleil levant ; à la voix du nuage (orageux), à la parole agréable, à la voix de lion, celui-là, qui vient en aide aux créatures, a prononcé un discours plein de sens.

114. Les désirs, les querelles, les inimitiés, les emportements, produisant la crainte des combats, sont entretenus par les ignorants et toujours évités par les sages ; le temps est venu où l’Amrïta est obtenu par les Sougatas.

115. Aujourd’hui, il sera, après avoir vaincu le démon, un Arhat doué des dix forces. Les femmes, en montrant leur magie, ont dit : Ecoute, toi qui as un visage de lotus ; tu seras roi, le plus grand des seigneurs, maître puissant de la terre.

116. Quand la foule des plus belles femmes fait résonner mille instruments, que fais-tu de l'accoutrement d’un Mouni ? Laisse-le : jouis du plaisir !

Le Bôdhisattva dit :

117. Oui, Je serai roi, honoré dans les trois mondes, dans le ciel et sur la terre. Maître puissant, doué des dix forces, marchant avec la roue de la loi, salué partout et toujours par des millions de fils de ceux qui sont ou ne sont pas mes disciples, je me réjouirai avec la joie de la loi ; mon esprit n’est pas réjoui par les objets des sens.

Celles-ci dirent :

118. Pendant que ta jeunesse n’est pas écoulée et que tu es dans la première partie de la vie ; pendant que ni la maladie ni la vieillesse ne t’atteint : que tu possèdes beauté et jeunesse et que nous sommes tes amies, goûte les joies du désir avec un visage riant.

Le Bôdhisattva dit :

119. Puisque, aujourd’hui, a été obtenue la meilleure des quiétudes qui est impérissable ; puisque les douleurs de l’inquiétude ont été laissées dans la ville des dieux et des Asouras : puisque la vieillesse, la maladie, la mort, qui sont les ennemis, ne m’inquiètent pas, je produirai donc la route excellente qui conduit à la cité exemple de crainte.

Celles-ci dirent :

120. Dans la demeure des dieux, entouré d’Apsaras, comme le maître des Tridaças, dans la condition d’un Yâma, d’un Souyâma, d’un Santouchita, loué par les meilleurs des immortels, et dans la ville de Mâra, soumis au pouvoir des femmes, goûte les joies du désir en jouant avec nous et en donnant une grande somme de plaisir !

Le Bôdhisattva dit :

121. Les désirs sont inconstants comme la goutte de rosée sur la pointe de l’herbe, pareils aux nuages d’automne ; comme la colère d’une fille des Nâgas, ils produisent une grande crainte. Çakra, et le roi des Souyâmas et les Touchitas sont lombes au pouvoir de Namoutchi. Qui donc se plait en cet état qui n’est pas souhaité par les gens honorables et qui est rempli de douleur ?

Celles-ci dirent :

122. Vois ces arbres fleuris, les plus beaux entre tous, avec leurs Jeunes rameaux sur lesquels chantent les Kôkilas et les Djivandjivakas et bourdonnent les abeilles ; sur la terre où a poussé un beau (gazon) vert, moelleux, gras et épais, dans le bois fréquenté par la multitude des Kinnaras, livre-toi au plaisir avec les belles jeunes filles !

Le Bôdhisattva dit :

123. C’est par le pouvoir du temps que sont fleuris ces jeunes rameaux ; qu’affamées et altérées les abeilles se sont approchées des fleurs. Quand le soleil aura desséché les choses nées sur le sol delà terre, l’Amrïta, goûté par les précédents Djinas, le sera certainement ici par moi.

Les filles du démon dirent :

124. Regarde-les donc, toi qui as un visage de lune, elles qui ont un visage pareil au lotus nouveau ; leurs voix sont douces et vont au cœur, leur dents sont blanches comme la neige et l’argent ; leurs pareilles, difficiles à trouver, (même) dans le séjour des dieux où pourraient-elles être obtenues par toi dans le séjour des hommes, elles qui sont sans cesse les objets du désir des premiers des dieux ?

Le Bôdhisattva dit :

125. Je vois le corps malpropre et impur, rempli d’une famille de vers, combustible qui se consume, fragile et enveloppé de douleur ; j’obtiendrai la dignité impérissable et révérée par les gens sages, qui produit le bonheur suprême du monde mobile et immobile.

Celles-ci dirent :

126. Après avoir montré les soixante-quatre magies du désir, elles font résonner leurs ceintures et les anneaux de leurs jambes ; les vêtements en désordre, enivrées et le visage riant, quelle faute a donc été commise envers toi (par elles) que tu les dédaignes ?

Le Bôdhisattva dit :

127. Dans toutes les créatures est le péché ; il le sait, celui qui a secoué la passion. Les désirs sont pareils à des épées, à des dards, à des piques ; semblables à un rasoir enduit de miel ; pareils à la tête du serpent, à un sillon de feu ; ils sont bien connus de moi comme tels. J’abandonne la société d’une foule Je femmes dont la qualité est d’entrainer !

128. Celles-ci, avec plusieurs centaines de mille de manœuvres féminines, ne purent séduire le roi des Sougatas qui a la démarche d’un jeune éléphant. Honteuses, et, à l’endroit même, tombées aux pieds du Mouni, devenues respectueuses, joyeuses et douces, elles louèrent celui qui vient en aide (au monde).

129. Toi qui es semblable au calice sans tache du lotus, qui as le visage pareil à la lune d’automne, qui égales en éclat la flamme de l’offrande de beurre clarifié, qui es pareil à une montagne d’or, que tes desseins et ta prière s’accomplissent, toi qui as traversé des centaines d’existences ; délivre-toi toi-même ainsi que ce monde enveloppé de misères !

130. Celles-ci, après avoir loué de bien des manières celui qui est semblable au Karnikâra et au Tchampaka, et avoir tourné trois fois en présentant le côté droit autour de celui qui est inébranlable comme une montagne, s’en étant retournées et ayant salué avec la tête les pieds de leur père, lui dirent ces paroles : Il n’existe, ô père, ni crainte ni colère chez le précepteur des immortels et des hommes.

131. Il regarde avec un visage riant, avec un œil pareil au pétale du lotus ; il ne regarde les créatures ni avec amour ni avec le sourcil froncé. Le Mêrou serait ébranlé, la mer serait desséchée, le soleil et la lune tomberaient, et celui qui voit les péchés des trois mondes ne tomberait pas au pouvoir des femmes !

Cependant le démon Pâpîyân ayant entendu ce discours, fut accablé du plus grand chagrin et, le cœur triste, abattu, plein de fiel, parla ainsi à ses filles : Eh quoi ! Il n’est pas possible de l’éloigner de Bôdhimanda ? Il n’est donc pas fou, mais sage, s’il ne regarde pas la perfection de votre beauté.

Alors les filles du démon adressèrent ces Gâthâs à leur père :

132. Il parle un langage doux et gracieux et n’a point de passion ; il voit ce qu’il y a de plus caché et n’a point de fiel ; il considère la voie honorable et n’a point de folie ; il estime à leur valeur tous les corps, lui qui a une pensée très profonde.

133. Sans aucun doute, les péchés des femmes lui sont connus comme très nombreux ; son esprit complètement délivré des désirs n’est point ému par la passion. Celui-là n’existe pas dans le ciel ni ici-bas sur la terre, dieu ou homme, qui pourrait connaître sa pensée et sa conduite.

134. La magie des femmes qui lui a été montrée ici, opère ; ce qui, accompagné de passion, aurait dû lui amollir le cœur, après l’avoir vu, sa pensée n’a pas chancelé même un instant, domine le roi des monts, il demeure inébranlable.

135. Rempli de l’éclat de cent vertus, plein de l’éclat des austérités, il a pratiqué les bonnes œuvres et les austérités pendant plusieurs Kalpas. Brahmâ, les dieux et les êtres les plus purs qui ont l’éclat des bonnes œuvres, tombés à ses pieds, le saluent avec la tête.

136. Sans nul doute, après avoir vaincu le démon et son armée, il obtiendra l’Intelligence suprême qu’ont désirée les précédents Djinas. Ô père, il ne désire pas un combat et une querelle avec nous. Pour des êtres forts, ce combat serait une entreprise bien difficile.

137. Vois, ô père, dans le ciel, avec leurs diadèmes de pierres précieuses, des centaines de mille de Bôdhisattvas accomplis se tenant debout avec respect. Mines de choses précieuses, les membres bien parés de guirlandes de fleurs, ils sont vus ici, ayant les dix forces, dans le but de rendre hommage.

138. Ceux qui sont doués de conscience et ceux qui ne sont pas doués de conscience, les arbres, les rois des montagnes, les rois des Garoudas, des Souras et des Yakchas, sont tous prosternés en face de celui qui est une montagne de qualités. Le mieux serait de lui tourner le dos, aujourd’hui, ô père !

Et encore :

139. Celui qui ne se tournerait pas de l’autre côté, il ne le renverserait pas ; celui qui ne se séparerait pas de sa racine, il ne l’arracherait pas. Il n’irriterait pas celui-là, mais l’apaiserait plutôt ; il ne lui ferait rien par quoi serait affligé son esprit. Cependant, religieux, au même instant les huit divinités de l’arbre d’Intelligence : Çrî, Vriddhi, Tapa, Çrêyasî, Vidous, Odjobalâ, Satyavàdinî, et Samanginî ayant honoré le Bodhisattva, de seize manières, louèrent et exaltèrent le Bodhisattva en le glorifiant :

140. Tu brilles, être pur, comme la lune dans la quinzaine claire ; tit resplendis, être à l’intelligence pure, comme le soleil qui se lève.

141. Tu resplendis, être pur, comme le lotus au milieu des eaux ; tu fais entendre ta voix, être pur, comme le lion qui se promène eu roi dans la forêt.

142. Tu brilles, premier des êtres, comme le roi des montagnes au milieu de l’océan ; tu t’élèves, être pur, comme le mont Tchakravàda.

143. Tu es difficile à sonder, être pur, comme la mer remplie de choses précieuses. Ton intelligence est étendue, guide du monde, comme le ciel sans limite.

144. Tu as une intelligence ferme, être pur, comme le sol de la terre qui fait vivre tous les êtres ; tu es doué d’une intelligence sans trouble, premier des êtres, comme le lac Anavotapta qui est toujours calme.

145. Tu as une pensée sans demeure fixe, premier des êtres, comme le vent qui, dans le monde entier, n’est jamais fixé. Tu es difficile à approcher, premier des êtres, comme le roi de la splendeur, ayant abandonné toute pensée d’orgueil.

146. Tu es fort, premier des êtres, comme Nârâyana qui est difficile à vaincre. Tu es ferme dans l’observance des pratiques, guide du monde, qui ne te lèves pas de Bôdhimanda.

147. Tu ne retournes pas en arrière, premier des êtres, comme la foudre lancée par la main d’Indra. Tu as obtenu ce qu’il est beau d’obtenir, premier des êtres ; tu seras en possession des dix forces, avant peu.

Ainsi, Religieux, les divinités de l’arbre de l’Intelligence exaltaient le Bôdhisattva en le glorifiant de seize manières. Et là, Religieux, les fils des dieux Çouddhâvâsnkâyikas, rendent faible le démon Pâpîyàn, de seize manières. Quelles seize (manières) ? Ainsi :

148. Vaincu par le Bôdhisattva, Pâpiyân, tu es rêveur comme un vieux héron. Tu es sans force, Pâpivân, comme un vieil éléphant enfoncé dans un marais.

149. Tu es seul, Pâpiyân, comme après être vaincu, celui qui se vantait d’être un héros. Tues sans second, Pâpiyân, comme le malade abandonné dans la forêt.

150. Tu es sans force, Pâpiyân, comme un jeune taureau accablé par un fardeau. Tu es renversé, Pâpiyân, comme un arbre secoué par le vent.

151. Tu es dans la mauvaise route, Pâpiyân, comme un voyageur égaré ; tu es le misérable des misérables, Pâpiyân, comme un homme pauvre et envieux.

152. Tu es parleur, Ppiyân, comme une corneille insolente ; tu es vaincu par l’orgueil, Pâpivân, comme un ingrat indiscipliné.

153. Tn seras mis en fuite aujourd’hui, Pâpiyân, comme un chacal par la voix du lion. Tu seras secoué, Pâpiyân, comme un oiseau ballotté par le vent.

154. Tu ne connais pas le temps convenable, Pâpiyân, comme le religieux mendiant dont les mérites sont épuisés. Tu seras abandonné aujourd’hui, Pâpîyàn, comme un pot brisé tout plein de poussière !

155. Tu seras saisi aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un serpent, à l’aide d’un charme : tu es privé de toutes tes forces, Pâpiyân. comme un homme qui a les mains et les pieds coupés.

En ce moment, Religieux, les fils des dieux qui rendaient hommage à l’Intelligence, déconcertèrent le démon Pâpiyân de seize manières. Quelles seize (manières) ?

Ainsi :

156. Aujourd’hui, Pâpiyân, tu seras vaincu par le Bôdhisattva, comme l’armée ennemie par un héros ; Tu seras saisi aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un faible lutteur par un puissant lutteur.

157. Tu seras éclipsé aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un ver luisant parle disque du soleil. Tu seras mis en pièces aujourd’hui, Pâpivân, par le Bôdhisattva, comme une poignée d’herbe par un grand vent.

158. Tu seras terrifié aujourd’hui Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un chacal par un lion, Tu seras renversé aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un grand arbre Sala coupé par la racine.

159. Tu seras détruit aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme une ville ennemie par un grand roi. Tu seras entièrement desséché aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme l’eau dans le pas d’une vache par une grande chaleur.

160. Tu seras poursuivi aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un homme criminel condamné à mort, qui s’est échappé. Tu seras, par le Bôdhisattva, forcé de tournoyer aujourd’hui, comme un essaim d’abeilles par la chaleur du feu.

161. Tu seras contristé, aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un roi de la loi dépouillé de son royaume. Tu seras rendu rêveur, aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme un vieux héron auquel on a coupé les ailes.

162. Tu seras privé de tout, aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme celui qui a épuisé ses provisions de route, dans la forêt déserte. Tu seras forcé de gémir aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme celui qui a sa barque brisée, sur le grand Océan.

163. Tu seras consumé aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva, comme le sont, dans l’embrasement d’un Kalpa, les herbes et les arbres. Tu seras mis en pièces aujourd’hui, Pâpiyân, par le Bôdhisattva. comme l’est par un grand coup de foudre le sommet de la montagne.

Ainsi, Religieux, les (lieux qui rendaient hommage à l’Intelligence, détournaient le démon de seize manières. Mais le démon Pâpiyân ne fut pas détourné.

Et là, il est dit :

164. Après avoir entendu cette exhortation sensée des troupes de divinités, le démon ne se détourna pas. Exterminez (dit-il), frappez, mettez en pièces celui-ci ; ne lui accordez pas la vie ! Après être passé lui-même, il fera passer les autres hors de mon domaine ! Je le dis : il n’y a d’autre salut pour le Çramana que de se lever et de s’éloigner.

Le Bôdhisattva dit :

165. Le roi des monts, le Mêrou, s’écarterait de sa base, le monde entier n’existerait plus ; toute la foule des étoiles tomberait ainsi que la lune, du ciel à terre avec les planètes ; tous les êtres seraient amenés à une seule pensée, le grand Océan serait desséché, qu’un être tel que moi, arrivé au pied du roi des arbres, n’en serait pas écarté !

Le démon dit :

166. Je suis le seigneur du désir, ici dans le monde entier ; les dieux, la foule des Dânavas, les hommes et les bêtes, assujettis par moi, marchent tous par ma volonté. Lève-toi, toi qui es dans mon domaine, fais entendre ta voix !

Le Bôdhisattva :

167. Si tu es le seigneur du désir, tu n’es pas le seigneur du monde visible. Regarde-moi, c’est bien moi qui suis le soigneur de la loi. Si tu es le seigneur du désir, ne t’engage pas dans la mauvaise voie. J’obtiendrai l’Intelligence malgré toi, à ta vue.

Le démon dit :

168. Tout seul, Çramana, que fais-tu dans la forêt ? Le but que tu désires n’est pas facile à atteindre, en vérité. Par Bhrïgou, Angiras et autres, à l’aide de l’effort persévérant de la pénitence, cette dignité suprême n’a pas été obtenue. Toi, un homme, comment (l’obtiendrais-tu) ?

Le Bôdhisattva dit :

169. Non précédée par la science, elle était défectueuse, la pénitence pratiquée par des Rïchis qui avaient la pensée dominée par la colère et désiraient le pays des dieux ; avec l’idée arrêtée qu’en eux était le stable et l’instable, avec l’idée arrêtée que la délivrance était dans la région où ils allaient.

170. Ceux-ci, vraiment dénués de sens, disent que l’homme entre dans la région qui enveloppe tout ; les uns disent qu’il est éternel. Celui qui a un corps est sans corps, celui qui est sans qualités a des qualités do même que celui qui est actif est inactif, voilà ce que les autres disent.

171. Après avoir obtenu aujourd’hui l’Intelligence exempte de passion, ici même assis sur ce siège, après t’avoir vaincu, toi, abattu avec ta force et ton armée, j’enseignerai l’origine et la production du monde, l’apaisement de la douleur par le Nirvana ainsi que la nature froide.

172. Le démon, irrité, furieux, inquiet, prononce encore ce discours méprisant : Saisissez ce beau descendant de Gautama qui est assis là tout seul dans la forêt ; et, après l’avoir saisi en ma présence, allez promptement, gardez-le en votre pouvoir. Vite, après être allés dans ma demeure, mettez-lui à la fois des liens de bois et de fer, gardiens des portes, et je le verrai accablé de douleur poussant toutes sortes de gémissements, esclave des dieux.

Le Bôdhisattva dit :

173. On pourrait tracer toutes sortes de tableaux dans l’éther, y dessiner çà et là des figures ; le vent, qui va rapidement d’un lieu à un autre lieu, pourrait être lié avec des chaînes par un homme qui réussirait dans ses efforts ; h’ soleil et la lune pourraient être obscurcis, puis dégagés de l’obscurité et précipités du ciel sur la terre, que je ne pourrais, par tes pareils assez nombreux pour dépasser le calcul, être écarté de cet arbre.

Un Yakcha dit :

174. Elle s’est levée puissante, l’armée du démon avec les cris hâ ! hâ ! et les bruits des conques, des tambours et des timbales. Ah ! mon fils ! cher enfant, n’cs-tu pas confondu à la vue de cette armée formidable de Namoutchi ?

175. Toi qui as la couleur de l’or des fleuves du Djambou et du calice du Tchampaka ; qui es dans la fleur de la jeunesse, loué par les dieux et les hommes et digne d’hommages, aujourd’hui tu courras à ta perte dans ce grand combat, tu tomberas au pouvoir du démon, comme Indra (au pouvoir) d’un Asoura.

176. Avec une voix (pareille à celle) de Brahmâ et au chant du Kalabingka, Sougata dit à ces troupes de Yakchas et de Rakchas . Il veut effrayer l’éther, l’ignorant qui voudrait m’éloigner de l’arbre par excellence,

177. Et celui qui, après avoir broyé les trois mille grands mondes, pourrait compter (les grains de) leur poussière ; celui qui pourrait faire passer l’eau de l’océan par (l’ouverture d’)un pore ; qui, en un moment, pourrait éparpiller la plus grande des montagnes, celui-là même, pendant que je suis assis auprès de cet arbre, ne pourrait me nuire !

178. Le démon, l’esprit irrité, tandis qu’il est ainsi subjugué, ayant pris dans sa main une épée tranchante, (dit :) Lève-toi promptement, Çramana, va au gré de mon désir, sinon, comme la tige verte d’un roseau, je te coupe aujourd’hui !

Le Bôdhisattva dit :

179. Quand même cette terre tout entière avec les trois mille mondes serait remplie de démons ; quand même il y aurait, dans la main de tous, une épée grande comme le Mêrou le plus grand des monts, ils ne seraient pis capables de remuer un seul de mes poils, à plus forte raison de me blesser. Qu’on uk’ fasse opposition, je me souviendrai, à cause de cela, que je suis ferme.

180. Ils lancent des sommets de montagne qui ont la couleur du feu qui flamboie ; ils lancent des arbres avec leurs racines, du cuivre et du fer, chameaux ou (démons) à tête de bœuf et d’éléphant aux yeux qui font peur ; serpents et reptiles redoutables aux regards empoisonnés.

181. Des nuages s’élèvent en grondant aux quatre coins de l’espace, faisant pleuvoir les carreaux de la foudre et des boules de fer. Lances, épées, javelots, haches acérées avec des flèches empoisonnées percent le sol de la terre et broyent les arbres.

182. Quelques-uns, avec des centaines de bras, lancent des centaines de flèches, et vomisscut des serpents et des flammes. Après avoir retiré de la mer des Makaras et d’autres habitants des eaux, quelques-uns changés en Garoudas, lancent des serpents.

183. Quelques-uns, furieux, lancent des globes de fer pareils au mont Mérou, ainsi que des sommets de la couleur du feu qui flamboie ; en couvrant le sol de la terre, ils la bouleversent et troublent complètement l’amas des eaux souterraines.

184. Quelques-uns tombent devant, d’autres derrière ; ils tombent à gauche et à droite (en disant :) « Ah ! mon fils ! » Ils ont les pieds et les mains à l’envers et la tête flambante ; de leurs yeux sort comme un éclair étincelant.

185. Après avoir vu l’armée du démon, affreusement transformée, l’être pur la considère comme un produit de l’illusion. Il n’y a là ni démon, ni armée, ni monde, ni soi. Pareille à l’image de la lune dans l’eau erre la réunion des trois mondes.

186. Pas d’œil, pas d’homme et de femme ni de soi-même ; l’oreille, le nez ainsi que la langue de même que les corps, sont vides à l’intérieur, vides à l’extérieur, ces substances sont nées en s’appuyant l’une sur l’autre, sans créateur et sans un être qui (en) ait le sentiment.

187. Il a dit une parole vraie celui qui dit toujours la vérité, par ce discours véridique : ici, ces substances sont vides. Tout ce qu’il y a de Yakchas soumis et se conformant à la discipline ont ru à ceux qui avaient des armes à la main, des guirlandes de fleurs.

188. Lui, avec la paume de la main droite ornée de membranes excellentes, de beaux ongles de la couleur du cuivre rouge avec une roue à mille rais, pareils en éclat à l’or des fleuves du Djambou, (lui qui est) affermi par le mérite et les bonnes œuvres, il se touche de la tête aux pieds, avec dignité.

189. Après avoir étendu son bras pareil à un éclair dans le ciel, il a dit : Cette terre est mon témoin. Plusieurs centaines de mille de sacrifices ont été faits autrefois par moi, et, en vérité, quand J’ai eu la pensée de ne pas donnera celui qui demandait, ce n’est pas sans raison que j’ai agi (en conséquence).

190. L’eau, le feu, le vent sont mes témoins ; Brahmâ-Pradjâpati, le soleil et la lune avec les étoiles, les Bouddhas qui demeurent aux dix points de l’espace sont mes témoins ainsi que ma bonne conduite, mes austérités et les membres (les degrés) vénérables de l’Intelligence.

191. L’aumône est témoin, ainsi que la bonne conduite, ainsi que la patience ; l’héroïsme est témoin ainsi que la contemplation ainsi que la sagesse ; les quatre immensités sont témoins, de même que la science ; toute pratique successive vers l’Intelligence est ici mon témoin.

192. De tout ce qu’il y a d’êtres aux dix points de l’espace, les mérites, la force, la bonne conduite ainsi que la science, le sacrifice non interrompu qu’ils ont fait, (tout cela) énuméré dans ses parties, n’atteint pas (en nombre) la centième partie (du nombre) de mes poils,

193. Il (le Bodhisattva) frappe doucement la terre avec la main, et cette terre résonne ; comme un vase d’airain. Le démon, après avoir entendu le son, est renversé à terre et entend : Frappez, saisissez l’allié des noirs !

194. Le corps couvert de sueur, privé de sa splendeur, le visage décoloré, le démon s’est vu lui-même atteint par la vieillesse ; il se frappe la poitrine en criant ; talonné par la crainte, il est sans protecteur. Le démon a l’esprit troublé, le vertige s’empare de sa pensée.

195. Chevaux, éléphants, chariots et chars sont renversés à terre ; Râkchasas, Koumbhâṇdas et Piçâtchas s’enfuient épouvantés ; effarés, ils ne retrouvent plus leur route ; privés d’asile et de protection, ils s’en vont commodes oiseaux qui ont vu la forêt subitement embrasée.

196. Pères, mères, fils, sieurs et frères se demandent alors : Qu’avez-vous vu ? où êtes-vous allés ? Ils se débattent entre eux à cause de celui-ci : Nous voici tombés dans le malheur, sans moyen de conserver la vie !

197. Cette grande et puissante armée inébranlable du démon, est tout en désordre, dispersée sans ralliement. Sept Jours ont passé, et l’on se dit l’un à l’autre en se revoyant tu es vivant, ami, j’en suis heureux !

198. Alors la déesse de l’arbre (de l’Intelligence) touchée de pitié, ayant pris un vase d’eau, en asperge l’allié des noirs, (en disant) : Vite, lève-toi sans tarder. Il en est sûrement ainsi pour ceux qui n’ont pas écouté les paroles du précepteur spirituel ! Le Démon dit :

199. La douleur, l’effroi, l’infortune, le chagrin et la ruine, la parole de malédiction, l’humiliation et le mépris, voilà ce que j’ai obtenu aujourd’hui pour avoir offensé un être pur et n’avoir pas écouté la parole douce et sage de mes fils. La Déesse dit :

200. L’effroi, la douleur, la ruine et la misère, la parole de malédiction, les mauvais traitements, la prison et des maux multipliés, l’ignorant les recueille à coup sûr quand il offense ceux qui ne l’ont pas offensé.

201. Les dieux, les Asouras, les maîtres des Garouda : et des Kinnaras, Brahmâ ainsi que Çakra, Les Paranirmitas avec les Akanichthas disent la victoire de celui-ci : Victoire (à toi) héros du monde ! Une armée telle que celle du démon a été mise en déroute.

202. Ils offrent des guirlandes de perles, des étendards, des bannières ; ils font pleuvoir des Heurs et de la poudre d’Agourou, de Tagara et de sandal. Ils font résonner les instruments de musique en prononçant ce discours : après avoir enveloppé ton arbre, ô héros, les troupes d’ennemis ont été vaincue ?.

203. Ici même, sur le meilleur des sièges, tu obtiendras aujourd’hui l’Intelligence sans mélange de passion, qui possède les dix forces et la connaissance distincte, et aussi tout le domaine d’un Bouddha, ô héros, après avoir, par la douceur, complètement vaincu les partisans du démon astucieux.

204. Ici, dans le combat engagé, où a été consommée la défaite du démon, l’énergie et la force d’un être revêtu de l’Intelligence complète ont été vues par ceux qui sont au nombre de trente-six Kûtis et vingt-quatre Nayoutas, eux dont l’esprit est dirigé vers l’Intelligence suprême d’un Bouddha.


Chapitre nommé : Défaite du démon, le vingt et unième.