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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap49

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Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 330-337).


CHAPITRE XLIX


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Légendes du tîrtha Vadarapâcana, de Çroutavati et d’Aroundhatî.


2762. Vaiçampâyana dit : Alors Râma alla à l’excellent tîrtha Vadarapâcana, fréquenté par les ascètes et par les Siddhas (saints), où une jeune fille aux vœux fermes,

2763. Appelée Çroutavati, fille du Bharadvâja, d’une beauté incomparable, n’ayant pas son égale sur la terre, ô puissant, vouée à l’étude des sciences sacrées dès son enfance,

2764. Livrée à de nombreuses austérités, pratiqua un ascétisme terrible. Cette belle, s’étant arrêtée à cette pensée, « Que le roi des dieux soit mon époux »,

2765. Passa, ô continuateur de la race de Kourou, cent années à pratiquer diverses austérités douloureuses, difficiles à exécuter pour les femmes.

2766. maître des hommes, l’adorable Pâkaçâsana, (Indra, punisseur de Pâka), fut satisfait des austérités auxquelles elle se livrait et de sa dévotion suprême (à son égard).

2767. Le roi, maître suprême du Tridaça, ayant pris la forme du magnanime viprarshi Vaçishtha, alla à son ermitage.

2768. En voyant Vaçishtha, dont l’ascétisme était rigoureux, et qui était le plus grand de ceux qui se livrent aux austérités, elle lui rendit ses hommages, selon les usages et les préceptes sacrés enseignés par les mounis.

2769. La belle, dont les paroles étaient agréables et qui connaissait (les règles de) l’ascétisme, dit : « Adorable maître, tigre des mounis, que me commandes- tu ?

2770. Ô homme aux vœux excellents, je te donnerai tout ce que je pourrai, mais je ne te donnerai pas la main, par dévotion envers Çakra.

2771. Ô ascète, il est nécessaire que Çakra, roi des trois mondes, soit satisfait par mes vœux, mes austérités et mon ascétisme. »

2772. Ayant entendu ces paroles, ô Bharatide, l’adorable dieu, qui connaissait ses austérités, la regarda en souriant et lui dit doucement :

2773, 2774. « Certes, tu pratiques un ascétisme rigoureux. Je te connais, ô femme aux beaux vœux, et je sais pourquoi ton esprit a entrepris (de telles austérités), ô bénie.

Tout se passera selon tes désirs, ô femme à la belle bouche. Tout s’obtient par l’ascétisme. II en sera ce qui doit être.

2775. Ô femme à la belle bouche, les séjours divins des immortels doivent être obtenus par l’ascétisme ; l’ascétisme est la source d’un grand bonheur.

2776. Après avoir pratiqué un ascétisme rigoureux, les hommes, en abandonnant leur corps, deviennent des dieux, 6 bénie. Écoute ces seules paroles que je vais t’adresser :

2777, 2778. heureuse femme, aux vœux purs, fais cuire ces cinq jujubes. « Ayant ainsi parlé, l’adorable meurtrier de Bala, après avoir salué cette belle et murmuré en ce lieu une prière à voix basse, gagna de là l’excellent tîrtha (situé) à proximité de l’ermitage.

2779. On l’appelle Indratîrtha (tîrtha d’Indra), ô homme qui donne des honneurs (aux autres hommes). Il est célèbre dans les trois mondes. Pour le faire connaître, Pâkaçâsana,

2780, 2781. Roi des dieux, rendit les jujubes réfractaires à la cuisson. Alors, ô grand roi, la femme pure, aux grands vœux, ne songeant qu’à (accomplir les désirs du mouni), mit les jujubes sur le feu. Ensuite (des ordres secrets d’Indra), cette (femme) perdait ses peines et s’en tourmentait, (mais) se taisait, ô roi.

2782. Ô le plus grand des hommes, un temps très long se passa pendant qu’elle les faisait cuire. Cependant, elles n’étaient pas cuites, et le jour approchait de sa fin.

2783. Son amas de combustible était consumé. Voyant le feu manquer de bois, elle brûla son propre corps.

2784. Cette (femme) sans péché, agréable à voir, ayant commencé par mettre ses pieds dans le feu, les laissa brûler de plus en plus, les approchant (progressivement du foyer incandescent).

2785. L’irréprochable, désireuse d’être agréable au maharshi, accomplissait cette œuvre difficile, en ne songeant nullement à ses deux pieds qui se consumaient.

2786. Elle n’éprouvait ni découragement, ni crispation du visage. En brûlant son corps dans le feu, elle frissonnait (comme si elle eût été) au milieu de l’eau, (de peur de ne pas remplir la tâche qui lui avait été donnée).

2787. Et cette pensée était continuellement présente à son esprit : « Il faut avant tout que les jujubes soient cuites. » Ainsi (pensait) cette femme, ô Bharatide.

2788. Cette belle, se remémorant les paroles du maharshi, faisait cuire les jujubes ; mais elles n’étaient pas encore cuites, ô Bharatide.

2789. Cependant l’adorable feu lui-même lui consuma les deux pieds, sans que son esprit en conçût la moindre douleur.

2790. Et le maître des trois mondes, satisfait de voir l’œuvre qu’elle accomplissait, se montra à la jeune fille sous sa forme naturelle.

2791. Le plus grand des dieux dit à cette femme aux vœux très fermes : « Ô belle, je suis content de ta dévotion, de tes austérités et de ton ascétisme.

2792. C’est pourquoi tes désirs seront accomplis. Quand tu auras abandonné ton corps, ô bienheureuse, tu demeureras avec moi dans le troisième ciel.

2793-2795. Et, ô femme aux beaux sourcils, cet excellent tîrtha sera appelé Vadarapâcana (qui cuit les jujubes). Il purifiera de toutes les souillures et sera loué dans les trois mondes par les brahmarshis. femme pure, heureuse et sans péché, sept rishis se dirigèrent vers l’Himalaya près d’Aroundhatî qui s’était retirée dans cet excellent tîrtha. Alors ces hommes fortunés, aux vœux parfaits, y étant venus,

2796. Allèrent chercher des fruits et des racines pour leur nourriture. Pendant qu’ils demeuraient dans les bois de l’Himalaya, y cherchant des aliments,

2797. Il y eut une sécheresse de douze années, et ces ascètes habitèrent en ce lieu, où ils avaient construit un ermitage.

2798. Aroundhatî pratiquait aussi, (au lieu où ils l’avaient laissée), un ascétisme ininterrompu. Ayant vu Aroundhatî continuellement adonnée aux austérités,

2799, 2800. Varada (Çiva, qui comble les vœux) aux trois yeux vint (vers elle). Le très glorieux dieu Mahâdeva, très satisfait, s’étant approché d’elle après avoir pris la forme d’un brahmane, lui dit : « Ô belle, je désire une aumône. » Alors cette femme charmante à voir, répondit au brahmane :

2801. « Ô prêtre, mon amas de grain est épuisé ; mange des jujubes. » Mahàdeva lui répondit : « Fais cuire celles-ci, ô femme aux beaux vœux. »

2802. Après qu’il lui eut ainsi parlé, désireuse d’être agréable au brahmane, elle les fit cuire. La glorieuse, ayant mis les jujubes sur un feu allumé,

2803. Écouta des récits divins, charmants, salutaires (que lui faisait le brahmane). Cependant cette terrible sécheresse de douze ans prit fin.

2804. Ce temps se passa très durement pour elle, qui ne mangeait pas et (se contentait) d’entendre), en faisant cuire (les jujubes), des récits aussi beaux que le jour.

2805. Alors ces mounis ramassèrent des fruits dans la montagne et revinrent. Puis l’adorable (Mahàdeva), satisfait (de sa persévérance), dit à Aroundhatî :

2806. « Ô femme qui connais les devoirs, approche-toi de ces rishis comme jadis. Je suis content de ton ascétisme et de tes austérités, ô femme qui connais les devoirs. »

2807. Alors l’adorable Hara (Çiva), satisfait, se montra sous sa propre forme, leur raconta la grande action qu’elle avait accomplie, (et leur dit) :

2808. « Je ne considère pas l’ascétisme que vous avez pratiqué sur le plateau de l’Himalaya comme égal à celui de cette (femme).

2809. Car cette ascète s’est soumise à une pénitence très dure, en restant douze années sans manger (occupée) à faire cuire (ses jujubes). »

2810. Puis l’adorable dit encore à Aroundhatî elle-même : « bénie, choisis le souhait que ton cœur préfère. »

2811. Elle, dont les yeux étaient larges et rouges, dit dans l’assemblée des sept rishis : « Si l’adorable (Mahâdeva) est content de moi, que ce (lieu) soit un tîrtha merveilleux,

2812. Aimé des Siddhas, des dieux et des rishis, appelé Vadarapàcana (cuisson des jujubes), et que celui qui, étant pur, y aura habité trois nuits, ô (Çiva), maître des dieux des dieux,

2813. Obtienne, par le jeûne, le fruit de douze années (de pénitence). » Le dieu répondit à cette ascète : « Qu’il en soit ainsi ».

2814, 2815. Puis, glorifié par les sept rishis, il s’éleva vers la voûte céleste. Les rishis furent étonnés en le voyant, (et en s’apercevant que malgré) la faim et la soif qu’elle avait souffert, Aroundhatî n’était ni affaiblie ni décolorée. C’est ainsi qu’une perfection extrême fut atteinte par la pure Aroundhatî.

2816. Comme par toi, ô bienheureuse (Çroutavatî), aux vœux parfaits (formés) à mon intention. Certes tu as apporté une différence dans (l’exécution de) tes vœux heureux.

2817. Et (comme je suis) très satisfait de ton ascétisme je t’accorde ceci : « Ô bénie, j’accomplis pour toi un souhait différent. »

2818, 2819. Le souhait formé par Aroundhati a été accompli par le magnanime (Çiva). Et moi, ô bénie, par l’effet de son pouvoir et de ton énergie j’accorderai un don plus excellent encore : « Celui qui, selon les règles, ayant bien appliqué son esprit (à la méditation), habitera pendant une nuit dans ce tîrtha

2820. Et s’y baignera, obtiendra, après avoir abandonné son corps, les mondes (supérieurs), dont l’obtention est très difficile. » L’adorable dieu qui a mille yeux ayant ainsi parlé

2821. À Çroutavatî, alors purifiée, retourna au Tridiva. Quand le porteur de la foudre fut parti, il tomba en ce lieu, ô roi, une pluie

2822. (De fleurs) parfumées, salutaires, divines, et les très retentissantes trompettes des dieux y résonnèrent, ô le plus grand des Bharatides.

2823, 2824. Il s’éleva un vent propice, au parfum pur, ô maître des hommes. La belle abandonna son corps et devint l’épouse de ce (dieu). Ayant obtenu cet (époux divin) par un ascétisme terrible, elle fut heureuse avec lui, ô inébranlable.

2825. Janamejaya dit : Ô adorable, quelle fut la mère de cette (Çroutavatî), et où la brillante passa-t-elle sa jeunesse ? Je désire l’apprendre, ô prêtre, car ma curiosité est extrême .

2826. Vaiçampâyana dit : La liqueur séminale du magnanime viprarshi Bharadvâja fut éjaculée à la vue de l’Apsaras Ghritâcî, aux grands yeux, qui passait.

2827. Mais lui, le meilleur des diseurs de prières, reçut ce liquide dans sa main. Il fut déposé dans un cornet de feuilles. C’est là que (Çroutavatî) prît naissance.

2828. L’ascète fît, pour elle, le cérémonial de la nativité et tout ce qui s’en suit. Le grand mouni Bharadvâja lui donna le nom de

2829. Çroutavatî dans l’assemblée des dieux et des rishis. Et l’ayant déposée dans son ermitage, cet homme attaché à ses devoirs alla dans les bois de l’Himalaya.

2830. Alors (Balarâma), le meilleur de ceux de Vrihsni, doué de beaucoup de grandeur d’âme, ayant son esprit bien appliqué (à la méditation), se baigna là, aussi, et après avoir fait de riches dons aux brahmanes, alla au tîrtha de Çakra.