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Le Mandarin/21

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Michel Lévy frères, libraires éditeurs (p. 245-248).


XXI

REVIENDRAI-JE ?


Le jour du départ de Pé-Kang était venu.

Dans quelques heures le mandarin devait quitter Paris. Il attendait ses amis qui lui avaient promis de partager son repas d’adieu.

Tous furent exact au rendez-vous, et l’on dîna gaiement.

Martial s’étant, au début de la conversation, déclaré le champion des paradoxes, et Lefranc, le défenseur des vérités, il s’ensuivit une foule de discussions originales et intéressantes.

Avec le café, les domestiques apportèrent un grand carton.

— Qu’est-ce que cela ? s’écria Durand.

— Une surprise, bravo ! dirent les autres convives.

Chacun se précipita sur le carton… Il contenait des photographies… c’était le portrait du mandarin.

Malgré l’insistance de Martial et de quelques peintres en renom, Pé-Kang avait constamment refusé de poser pour une tête de mandarin ; mais, au moment de son départ, il désirait laisser un souvenir à ses amis.

— C’est parfait ! dit le peintre avec enthousiasme. J’affirme, à première vue, que cela sort de chez le sculpteur David ; il n’y a que lui pour composer une photographie dans un style semblable.

— En effet, dit le mandarin, et j’avoue que j’emporte une grande admiration pour cet artiste ; j’ai vu, dans ses albums, des choses merveilleuses.

— Autrefois, dit Martial, j’avais pour les photographes une sainte horreur, mais depuis que j’ai constaté les résultats obtenus par David, je prédis à la photographie un magnifique avenir !

— Démolira-t-elle la peinture ? demanda Lefranc.

— Non, mais elle supprime d’emblée les gâcheurs.

Les amis du jeune Chinois furent très-sensibles à cette attention et l’en remercièrent chaleureusement.

Bientôt, quoiqu’on l’eût retardé de mille manières, le moment de se séparer arriva.

— Merci à vous tous, balbutia Pé-Kang, merci !

Et il n’en pouvait dire davantage, et personne ne songeait à lui demander autre chose.

Martial, dont la verve s’était brusquement éteinte, prit tout à coup les mains de Pé-Kang, l’embrassa, et s’enfuit a toutes jambes. Puis les adieux se succédèrent, et enfin Didier resta seul avec le jeune Chinois, qu’il devait accompagner jusqu’à l’embarcadère.

En lui serrant une dernière fois la main, le philosophe demanda à Pé-Kang s’il reviendrait un jour.

— Reviendrai-je ? murmura le mandarin.


FIN