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Le Père De Smet/Chapitre 04

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H. Dessain (p. 74-99).


CHAPITRE IV

LE COLLÈGE DE SAINT-LOUIS.
SÉJOUR EN EUROPE


1830-1837


Sur la rive droite du Mississipi, cinq lieues au-dessous de son confluent avec le Missouri, au centre d’une immense plaine qui s’étend des Grands-Lacs au Golfe Mexicain et des Alleghanys jusqu’au pied des Montagnes-Rocheuses, s’élève, bâtie sur le roc, la cité de Saint-Louis, « la Reine de l’Ouest », comme l’appelèrent longtemps les Américains.

Peu de villes réunissent les mêmes conditions de richesse. Un réseau navigable de 10 000 lieues, formé par les affluents du Mississipi, fait de Saint-Louis le centre de tout le bassin. Le Missouri, l’Arkansas, l’Illinois, l’Ohio, le Wisconsin traversent des contrées où abondent le blé, le charbon, les métaux, les bois de toute essence. Ils arrosent des terres dont nul pays au monde ne surpasse la fertilité.

Fondée en 1763 par les colons français de Louisiane Saint-Louis ne fut d’abord que le poste avancé des trappeurs qui, de là, s’enfonçaient dans le désert pour faire des échanges avec les indiens, chasser le castor et le bison, puis y revenaient, après chaque campagne, confier leurs pelleteries aux entrepôts qui alimentaient, en partie, le commerce des deux mondes.

En 1803, elle fut, avec la Louisiane, cédée aux États-Unis par le Premier Consul. Bientôt commença le défrichement des plaines alluviales qui forment aujourd’hui l’État de Missouri. Par des concessions de territoire et des immunités habilement ménagées, le gouvernement favorisa l’immigration. Dès lors, la population s’accrut rapidement.

Lorsque les Jésuites arrivèrent au Missouri, Saint-Louis commençait à prendre l’essor qui devait en faire une des principales villes du nouveau monde.[1] Admise au rang de cité dès 1822, elle devenait, cinq ans plus tard, le siège d’un évêché distinct de celui de la Nouvelle-Orléans. [2]

La population, catholique à l’origine, était fort entamée par le protestantisme. Méthodistes, quakers, anabaptistes, presbytériens, avaient leurs ministres, leurs prêches, leurs écoles. Il importait d’ouvrir au plus tôt un collège [3] et d’éclairer, par la prédication, ceux que la bonne foi retenait chez les dissidents.

Avant de rentrer en France, Mgr Dubourg avait offert aux Jésuites un vaste terrain, situé au bord de la ville. Le premier acte de Mgr Rosati, devenu évêque de Saint-Louis, fut de renouveler les instances de son prédécesseur.

En venant au Missouri, les Pères avaient eu principalement en vue l’évangélisation des Indiens ; mais le ministère auprès des Blancs n’offrait-il pas, pour le moment, des fruits plus abondants et plus durables ? Le P. Van Quickenborne soumit la proposition au P. Dzierozynski. Celui-ci accepta, et confia au supérieur de Florissant la fondation du nouveau collège.

Il s’agissait de trouver des ressources. Le P. Van Quickenborne ouvrit à Saint-Louis une souscription qui, en quelques jours, atteignit 3 000 piastres. C’était la moitié de la somme nécessaire ; pour le reste, on compta sur la Providence.

Dès l’automne de 1828, les travaux commencèrent, sous la direction du P. Supérieur et du P. Verhaegen. P. De Smet, pour faire diversion à sa besogne de professeur, quittait parfois l’école de Florissant, et allait à Saint-Louis aider les ouvriers. De ses propres mains, il taillait les pierres, portait les briques, et en dirigeait les assises.

En moins d’un an, l’édifice fut achevé. Le P. Verhaegen fut nommé recteur. Le P. de Theux et le P. Elet partagèrent avec lui la direction du collège. L’ouverture des cours eut lieu le 2  novembre  1829. Quarante élèves, internes et externes, étaient présents. Ce nombre devait rapidement s’accroître. Trois mois plus tard, le P. De Smet écrivait : « On compte déjà à Saint-Louis plus de cent élèves, la plupart protestants. Plusieurs s’y sont rendus d’une distance de plus de quatre cent lieues ».[4]

Bientôt, il fallut augmenter le nombre des maîtres. En 1830, l’école de Florissant était fermée et le P. De Smet envoyé à Saint-Louis. Nommé professeur d’anglais et procureur, il dut ajouter à ces fonctions celles de préfet du collège.

« Notre établissement continue à prospérer, écrivait-il à sa sœur. Nous avons plus de 150 élèves, dont la moitié protestants. Vous pouvez juger de ma position au milieu de cette bande d’espiègles, qui vous déchirent les oreilles pendant les récréations, et vous mènent un train sans pareil à chaque occasion qu’ils en ont. Malgré tout, nous avons lieu d’être contents, puisque la plupart se comportent bien et font de rapides progrès ».[5]

Visiblement, il regrette ses petits sauvages de Florissant. Mais sa bonté, son joyeux entrain, lui ont bientôt gagné l’affection de ses nouveaux élèves. Beaucoup lui garderont un fidèle souvenir, et l’aideront plus tard à soutenir ses missions.

En 1831, le P. Roothaan, général de la Compagnie, jugeant l’avenir assuré, détache la mission du Missouri de celle du Maryland, dont elle relevait jusqu’alors. Le P. de Theux est nommé supérieur. Le P. Van Quickenborne, heureux de déposer l’autorité, va consacrer ses dernières années à l’évangélisation des tribus indiennes.

En même temps, le P. Général envoie de Georgetown à Saint-Louis trois nouveaux Belges, parmi lesquels le P. Jacques Van de Velde, le futur évêque de Natchez.[6]

Chaque année voit s’accroître le nombre des élèves. Il faut, pour les recevoir, construire un nouveau bâtiment.

Le 28 décembre 1832, l’État de Missouri accorde au collège le titre d’université. On y peut enseigner, outre les lettres et les sciences, le droit, la médecine et la théologie.[7] L’établissement devient dès lors un des premiers centres intellectuels des États-Unis.

Dans la prédication, même succès que dans l’enseignement. Ne possédant pas encore d’église, les Pères prêchent, chaque dimanche, à la cathédrale, tantôt en français, tantôt en anglais.

Les protestants ne tardent pas à dénoncer « l’invasion papiste dans la vallée du Mississipi ». Joignant alors l’apostolat de la plume à celui de la parole, les Jésuites acceptent la direction d’un journal. Le Berger de la Vallée, fondé par Mgr Rosati. Ce journal venge les catholiques des attaques des protestants, et détermine chez ceux-ci de nombreuses conversions[8].

Toutefois, les obstacles ne manquent pas. À l’opposition des presbytériens fanatiques s’ajoutent les plus fâcheux contretemps. C’est un épouvantable cyclone qui s’abat sur la vallée du Mississipi, et menace d’ensevelir sous les ruines élèves et professeurs ; c’est l’apparition du choléra, qui fait, à Saint-Louis, plus de deux cents victimes, et oblige les Pères à suspendre les cours pendant trois mois ; c’est l’épuisement qui met à la fois trois professeurs dans la nécessité d’abandonner leur classe à des confrères déjà surchargés. Mais, écrit le P. Recteur, « malgré les difficultés que nous rencontrons à chaque pas, nous marchons toujours erecto capite ».[9]

Il était plus facile de braver la fatigue ou la contradiction que de surmonter les embarras naissant de l’indigence.[10]

En sa qualité de procureur, le P. De Smet souffrait plus que personne du manque de ressources. « Chose qui vous étonnera, dit-il à sa sœur, je suis le procurator, c’est-à-dire l’économe du collège, moi qui, en Flandre, ne pouvais tenir un liard dans ma poche. Il me faut tout acheter. Ce n’est pas chose facile, l’argent étant si rare ici, surtout au collège, que je ne puis regarder dans ma caisse sans en voir le fond aussi uni que le creux de ma main. Avec cela, de tous côtés, on vient m’assaillir pour avoir ceci, pour avoir cela. Ne pouvant donner ce qu’on me demande, j’ai à m’entendre dire bien souvent que je suis économe dans toute la force du terme ».[11]

Les Pères de Saint-Louis n’étaient pas seuls à souffrir de la pauvreté. Le P. de Theux trouvait difficilement l’argent nécessaire à l’entretien de ses novices. Le P. Kenny, après avoir passé quelque temps dans la mission en qualité de visiteur, avouait que les résidences de Florissant et de Saint-Charles étaient « misérablement pauvres ».[12]

Les catholiques du Missouri, pour la plupart Canadiens ou Irlandais d’origine, s’étaient imposé, pour l’érection du collège, des sacrifices qu’ils ne pouvaient renouveler. On résolut de faire appel à la Belgique. Il s’agissait de recueillir des aumônes, de recruter des missionnaires, et même, s’il était possible, d’obtenir la réunion du Missouri à la province belge de la Compagnie de Jésus.

Le P. De Smet fut désigné pour retourner en Europe. Les privations endurées à Florissant, le travail sans trêve fourni à Saint-Louis, avaient peu à peu ébranlé sa robuste santé. Un séjour au pays natal lui était aussi nécessaire qu’il devait être profitable à la mission.

Parti de Saint-Louis à la fin de septembre 1833, le P. De Smet s’arrêta quelque temps à Georgetown. Le deuxième concile de Baltimore allait s’ouvrir, et traiter la question des missions indiennes. Avant de s’embarquer, il voulait connaître le résultat des délibérations.

Le concile émit le vœu que ces missions fussent officiellement confiées à la Compagnie de Jésus. Dans l’espoir de reprendre bientôt son ministère chez les sauvages, P. De Smet s’empresse d’aller plaider leur cause auprès de ses compatriotes.

Il débarque au Havre pendant l’hiver de 1834. Sa première visite est pour le P. Van Lil, provincial de Belgique, résidant alors à Gand.

De là, il écrit à son frère Charles : « Après une si longue absence, il me tarde de vous voir et de vous embrasser. Depuis trois ans, je n’ai pas eu de nouvelles de la famille. Veuillez donc me donner quelques renseignements sur ce qui s’est passé, me dire comme chacun se porte, où est mon cher frère François, ainsi que mes chères sœurs Rosalie et Jeannette, si mes sœurs Rollier et Thérèse sont en bonne santé, etc. ».[13]

Quelques jours plus tard, il est à Termonde. Il revoit, après quatorze ans, la maison paternelle, et les lieux témoins de ses prouesses d’enfant. Au foyer familial, la place de son père reste vide. Mais, à côté de ce deuil, que de motifs de joie ! Frères et sœurs sont unis de l’affection la plus tendre. L’aînée, Rosalie, a épousé Charles Van Mossevelde, mais toujours les plus jeunes continuent à l’appeler leur mère. Charles et François occupent dans la magistrature des postes honorables. Les autres membres de la famille sont également heureux. Dieu a béni les unions ; dans les berceaux, de gracieuses figures sourient à « l’oncle Pierre ».

Le missionnaire savoure la joie de se retrouver au milieu des siens. Mais il a, par delà l’Océan, une autre famille, qui attend de sa charité le moyen de vivre et de se multiplier. Après quelques jours de repos, il commence ses courses à travers la Belgique.

Il se rend d’abord chez les parents des missionnaires. Il leur porte des nouvelles des chers absents, leur parle de leurs travaux et de leurs succès, leur fait apprécier l’honneur de compter un fds ou un frère parmi les apôtres du nouveau monde.

Puis ce sont les bienfaiteurs, à qui il rend compte des progrès réalisés au Missouri.

Entre tous, M. Pierre De Nef, de Turnhout, avait droit à la reconnaissance des missionnaires. Un mot sur cet homme de bien.

Né, en 1774, d’une modeste famille de cultivateurs, il fit de brillantes études, puis embrassa la carrière du commerce. Ses affaires réussirent au delà de ses espérances ; il voulut en faire bénéficier les œuvres religieuses. Voyant le clergé décimé par la Révolution, il ouvrit dans sa propre maison une école, qui devait être une pépinière de prêtres et de missionnaires. L’enseignement était gratuit. M. De Nef faisait lui-même une partie des classes.

Le succès fut tel qu’il fallut bientôt chercher de plus vastes locaux.[14] En 1830, l’établissement comptait 180 élèves ; on y suivait le cours complet des humanités. Nommé commissaire de l’arrondissement de Turnhout, membre du Congrès national, puis député à la Chambre des Représentants, M. De Nef dut renoncer à enseigner lui-même. Il confia les classes à des prêtres du diocèse de Malines, mais se réserva la haute surveillance de son institut.

Revêtu des charges les plus honorables, cet intrépide travailleur n’en continuait pas moins la direction d’une fabrique de toiles et un important commerce de vins. S’il menait de front des occupations si diverses, c’est que l’industrie lui apportait l’argent nécessaire pour entretenir son collège, vêtir et nourrir les étudiants pauvres, et surtout doter les missions avec une générosité vraiment royale.

Pour le bien de nos missions, écrivait-il au P. de Theux, j’ai fait une sorte d’association avec mes honorables amis MM. De Boey, Le Paige et Proost d’Anvers. Elle consiste en ceci : nous achetons des actions sur divers pays, avec l’intention que la perte entière, s’il y en a, soit à notre compte, et qu’une bonne partie du bénéfice, s’il y en a, soit destiné à nos chères missions d’Amérique ».[15]

C’est ainsi qu’en quatre ans, de 1832 à 1835, indépendamment des frais de voyage des missionnaires qu’il supportait seul, il put envoyer au Missouri et au Maryland la somme de 156 000 francs.

Non content de fournir des fonds, l’insigne bienfaiteur préparait des hommes. Plus de 500 prêtres reçurent leur première formation dans l’établissement qu’il dirigeait. Beaucoup parmi eux se destinaient aux missions, et devinrent, aux États-Unis, de vaillants ouvriers.

Les supérieurs de la Compagnie avaient confié à celui qu’on appelait « le Père De Nef » le choix des sujets à envoyer en Amérique. Outre ses élèves, il accepta souvent des séminaristes et des prêtres, soit belges, soit hollandais. Il se chargeait même de fournir aux missions des frères coadjuteurs. [16]

M. De Nef fut heureux d’apprendre, de la bouche même d’un missionnaire, quel usage on faisait de ses largesses. Il remit au P. De Smet une aumône considérable, et promit de lui donner des compagnons lorsqu’il retournerait au Missouri.

Après ces visites, commandées par la charité ou la bienséance, commence la pénible besogne de quêteur.

À Malines, l’archevêque fait bon accueil au missionnaire. « J’ai obtenu, écrit celui-ci, beaucoup de choses pour les missions, entre autres un calice en argent doré et deux beaux tableaux. Plusieurs personnes s’occuperont de recueillir des livres et des ornements d’autel ».[17]

À Louvain, il revoit l’abbé De Ram, son ami de collège, qui va devenir, à trente ans, recteur de l’université catholique.

De Liège, il écrit simplement : « Ici, mes affaires ont très bien réussi ».[18] L’évêque, Mgr Van Bommel, n’avait pas oublié les services rendus jadis au diocèse par le supérieur du Missouri, et témoignait beaucoup de faveur à la mission. De son côté, Mme de Theux savait intéresser nombre de personnes à l’œuvre que dirigeait son fils. Le P. De Smet se rend ensuite à Namur. « Il m’a fallu voir, dit-il, plus de cinquante familles. Tout a assez bien réussi. J’irai d’ici à Mons, de Mons à Tournai, puis à Bruxelles ».[19]

De Nivelles, il écrit à son frère : « Je croyais, en quittant Termonde, qu’en quinze jours je pourrais facilement parcourir toute la Belgique et terminer mes affaires. Voilà près de six semaines que je suis en route, et je n’ai encore fait que le quart de ma besogne. J’espère cependant pouvoir passer quelques jours chez vous pour me délasser de mes courses, car, je l’avoue, je me sens plus fatigué à présent qu’à mon retour d’Amérique ».[20]

Parfois une heureuse fortune vient le dédommager de ces ennuis :

« Je comptais, écrit-il à son frère, me rendre chez vous avant Pâques, mais un coup de la Providence m’en a empêché. Une affaire de peu d’importance m’appelait à Enghien. Une heure me suffisait. Par hasard, je fais la rencontre d’un prêtre. La conversation tombe sur les livres. Il m’indique une maison où je pourrai sans doute en obtenir. Nous y allons, et on me donne toute la bibliothèque : Baronius, en 22 volumes in-folio, les Bollandistes, en 40 volumes, tous les Conciles, le grand Dictionnaire de Moreri, l’Histoire de l’Église, un grand nombre de Saints Pères, ainsi que plusieurs autres bons ouvrages ».[21]

Ces livres, entassés dans une diligence, sont, le soir même, dirigés sur Bruxelles. Dans quelques mois, ils enrichiront la bibliothèque de Saint-Louis.

En quittant Bruxelles, le P. De Smet visite successivement Erps-Querbs, Aerschot, Montaigu, Diest, Sandhoven, Anvers. Outre les dons en nature, il recueille, dans cette dernière ville, plus de 3 000 francs. D’Anvers, il passe en France par Lille et Arras. Un Brugeois, qui fait route avec lui, l’invite à poursuivre jusqu’à Paris, et lui offre de payer les frais du voyage. À l’attrait de la grande ville, il préfère la joie de se retrouver bientôt au milieu des siens. Toutefois il ne résiste pas au désir de voir Amiens, et de visiter le collège de Saint-Acheul, abandonné par les Jésuites après les ordonnances de 1828.

Là encore, il trouve l’occasion d’une bonne affaire. « J’ai fait, dit-il, l’achat de tout le cabinet de physique, y compris la collection de minéraux, pour la somme de 3 500 francs. Il en a coûté plus de 15 000 ».[22]. Enfin il rentre en Belgique par Courtrai. Le voyage et la chaleur l’ont épuisé ; il souffre de la fièvre. Sur le conseil du P. Provincial, il écrit au P. de Theux pour obtenir une prolongation de séjour en famille.

Son repos n’est pas inactif. Il échange plusieurs lettres avec le P. Van Lil, en vue de préparer la réunion du Missouri à la province belge. C’est, dit-il, de l’avis de tous ses confrères, le meilleur moyen d’assurer l’avenir de la mission.

Ce désir ne sera qu’en partie réalisé. La province belge, qui ne compte encore que 150 religieux, se suffit difficilement à elle-même. La mission continuera à relever directement du général ; mais elle sera dès lors plus largement secondée par les jésuites belges. Ceux-ci lui feront parvenir des ressources, et dirigeront vers le Missouri les jeunes gens qui manifesteront le désir des missions lointaines.

Cependant l’été touchait à sa fin. La santé du P. De Smet commençait à peine à se rétablir. Le P. Van Lil insistait pour qu’il restât en Belgique ; mais le missionnaire avait hâte de rejoindre ses compagnons d’apostolat : le départ fut décidé.

Les jeunes gens promis par M. De Nef étaient au nombre de cinq. Parmi eux se trouvaient Pierre Verheyden, de Termonde, et Charles Huet, de Courtrai, le futur compagnon du P. De Smet aux Montagnes-Rocheuses.

À la fin d’octobre, on se rendit à Anvers pour préparer l’embarquement. Les bagages ne comprenaient pas moins de cinquante caisses remplies de vases sacrés, d’ornements d’église, de tableaux, de livres, d’instruments de physique. Le P. De Smet emportait, en outre. des valeurs pour près de 40 000 francs. Il avait utilement employé ses dix mois de séjour en Belgique.

À Termonde, on espérait qu’il reviendrait faire ses adieux. Les lignes suivantes furent une déception :

« Chers frères et sœurs. Contre mon attente, on vient de nous avertir que le moment du départ est arrivé. Vous m’excuserez de ne vous avoir pas prévenus plus tôt. Quand à retourner à Termonde, c’était impossible : le temps me faisait défaut. Vous prierez pour moi pendant mon voyage. Je ne tarderai pas à vous écrire. Mille baisers au petit Charles.[23] Soignez-le bien : il fera l’ornement de la famille. Ayez bon courage ; quant à moi, je n’en manque pas ».[24]

Quelques regrets que lui laissât ce départ précipité, il est permis de penser qu’au fond le P. De Smet se félicitait d’avoir pu ainsi échapper à une douloureuse scène de séparation.

Le 1er novembre, le brick Agenoria quittait le port d’Anvers, emportant les missionnaires. « Nous nous sommes embarqués, écrivaient-ils, sous la protection de la cour céleste, et spécialement sous les auspices de la Mère de Dieu. Sous son aile tutélaire, ni les vagues ni les orages ne nous feront trembler ».[25]

Il leur fallait cette assurance pour braver l’épreuve qui les attendait. Six jours plus tard, retenu à Deal, sur la côte d’Angleterre, le P. De Smet adressait à sa famille la lettre suivante : « Il faut que je fasse un effort pour vous écrire quelques lignes, et vous apprendre l’affreuse situation dans laquelle je suis.

» Vous devez savoir déjà que nous nous sommes embarqués à la Toussaint. Quelques jours après, nous avons quitté Flessingue. La mer du Nord était agitée d’une manière effrayante. Pendant trois jours, nous avons été dans le plus grand danger. Grâce à Dieu, le brick n’a pas péri ; mais le roulis m’a causé des vomissements tels que, pour me sauver la vie, le capitaine, sur la demande de mes compagnons, a dû me déposer à Deal. Je suis au lit, gardé par deux médecins qui ne me quittent ni jour ni nuit… Ces médecins me font espérer que la rupture causée par les vomissements peut se guérir, moyennant beaucoup de soins… Mon autre maladie, pour laquelle le P. Van Lil me conseillait de rester en Belgique, [26] s’est aussi beaucoup aggravée par suite de l’ex citation et de réchauffement.

» Le capitaine a fait escale ici pendant deux jours, pour attendre mon rétablissement ; mais les médecins lui ayant déclaré qu’il devrait attendre encore une quinzaine au moins, il a pris le vent ce matin, et, à mon grand regret, j’ai dû me séparer de mes compagnons. Si je puis, dans deux ou trois semaines, me remettre, j’entreprendrai encore le voyage avec un paquebot de Liverpool. Si les médecins continuent à me le déconseiller, je reviendrai d’ici à un mois parmi vous. C’est un contretemps sans pareil ; mais il faut que je m’y soumette : Dieu a ses desseins en tout… » Ne vous inquiétez pas trop à mon sujet. Dieu ne m’abandonnera pas. Il y a trois jours, je n’avais plus même l’espoir de pouvoir encore fouler la terre. Je ne l’ai pas foulée, il est vrai, car on a dû me porter ; mais l’espoir m’en revient.

» Je voudrais longuement vous écrire ; mais je n’en puis plus. Demain, je ferai un nouvel effort. Adieu ».[27]

Les autres missionnaires continuaient leur voyage sous la conduite de Pierre Verheyden. Des vents contraires devaient les retenir un mois sur les côtes de Terre-Neuve. Ils n’arriveraient en rade de New-York que le 23 décembre, cinquante jours après avoir quitté la Belgique.

Dès que son état le lui permit, le P. De Smet se fit transporter à Abedeen, village voisin de Deal, où les frais de séjour devaient être moins considérables. « Grâce à Dieu, écrivait-il, je me porte un peu mieux… J’ai eu le bonheur de tomber dans les mains d’un excellent médecin. Je puis déjà sortir du lit et marcher, quoique difficilement ».[28]

Trois jours après, il est à Londres. Il y rencontre l’abbé Jean Nerinckx, le frère du missionnaire.[29] « Le digne prêtre, dit-il, m’a procuré un bon logement et un bon médecin. Il ne me quitte presque pas… Le médecin me dit que je ne puis songer à retourner en Amérique, qu’il y irait de ma vie. Il m’a mis à un régime sévère, me promettant toutefois que, dans huit ou dix jours, je serai en état de me mettre en route pour la Belgique.

» Mes peines d’esprit égalent les douleurs de mon corps. Depuis qu’on a été obligé de me porter à terre, jusqu’au moment où j’ai rencontré M. Nerinckx, j’ai été dans une désolation et un découragement complets. Ce bon vieillard, par les soins qu’il me prodigue, me donne des consolations que je n’oublierai de ma vie ».[30]

À mesure que les forces lui reviennent, le P. De Smet souffre plus vivement de se voir retenu en Europe : « Si les médecins, nos Pères de Londres, chez qui je loge actuellement, ainsi que M. Nerinckx, ne s’y opposaient, et que ma vie ne fût évidemment en danger, je me dirigerais sur Liverpool, dans l’espoir de pouvoir rejoindre encore mes compagnons. Je n’ai fait que soupirer et penser à eux depuis ma maladie ».[31]

Enfin, le 24 novembre, on lui permet de rentrer en Belgique.

Il ne peut quitter Londres sans rapporter un cadeau à « ses petits amis ». C’est ainsi qu’il appelle ses neveux et nièces.

« Je voudrais, dit-il, pouvoir deviner leurs désirs, car ici on trouve tout. Je me suis déjà procuré pour Sylvie et Elmire[32] quelque chose qui les amusera bien. Je ne dis pas encore quoi, parce que je veux leur faire une surprise ; mais c’est quelque chose de beau, et dont elles seront contentes. J’ai vu bien des choses qui plairaient au petit Charles, mais c’est trop grand pour être transporté. Demain, si je puis sortir, j’espère être plus heureux. J’ai presque envie de lui apporter une bonne lanterne magique ».[33]

C’est ainsi que le malade oublie sa souffrance pour s’occuper du bonheur des autres. Son âme candide le porte avec prédilection vers les petits enfants. Il leur a donné, à Florissant, les prémices de son sacerdoce ; jusqu’à la fin, il aimera à se reposer auprès d’eux des fatigues de son apostolat.

De retour en Belgique, le P. De Smet fut condamné à une convalescence de plusieurs mois. Les médecins ne lui laissant aucun espoir de pouvoir retourner en Amérique, il craignit d’être à charge de la Compagnie de Jésus. Déjà, pendant son séjour à Londres, il avait conçu le projet de s’attacher au diocèse de Gand, en qualité de prêtre séculier. Bientôt il commença des démarches dans ce sens auprès de ses supérieurs.

Ne devait-il pas solliciter plutôt son admission parmi ses confrères de Belgique, et ainsi rester fidèle à ses engagements de religieux ?

Sans doute, on lui eût volontiers accordé cette faveur. Mais le P. De Smet était né missionnaire. La formation qu’il avait reçue au Missouri le préparait mal à exercer en Europe le ministère de l’enseignement ou celui de la prédication. Déprimé par la maladie, voyant, à trente-quatre ans, sa carrière se briser, il ne sut pas résister au découragement.

Le 8 mai 1835, il obtenait la permission de quitter son ordre.[34]

Bientôt il renonça même au projet de se faire admettre dans le clergé de Gand. Sa santé ne lui permettait pas d’accepter une fonction régulière. Seulement, pour tromper l’inaction, il s’offrit à rendre quelques services à l’orphelinat et au carmel de Termonde.

Les religieuses qui dirigeaient l’orphelinat furent heureuses de lui confier leur comptabilité. Habitué à l’économat, l’abbé De Smet remplit cette charge pendant près de deux ans avec un dévouement, une exactitude, dont témoignent encore aujourd’hui les registres de l’établissement.

Il devait rendre aux filles de sainte Thérèse des services plus importants. Devenu, avec l’agrément de l’évêque de Gand, directeur des Carmélites, il fut chargé de leur donner quelques conférences et d’entendre leurs confessions.

Depuis longtemps, ces religieuses, d’accord avec leur provincial, songeaient à rétablir l’ancien carmel d’Alost, fermé au temps de Joseph  II. La prieure s’en ouvrit à l’abbé De Smet. Celui-ci approuva le projet, et promit de s’employer à le faire réussir.

Bientôt il se rendit à Alost et, aidé d’un jésuite, le P. Pierre De Vos, se mit à la recherche d’une maison. L’ancien couvent des Annonciades, bien que mutilé par de nombreuses transformations, pouvait encore, à la rigueur, abriter une communauté. L’achat fut décidé.

Les Carmélites, averties que les clarisses désiraient s’établir dans la même ville, voulaient immédiatement entrer en jouissance de l’immeuble. Mais la partie principale était occupée par un instituteur, qui ne pouvait se retirer avant d’avoir trouvé, pour son école, un autre local. L’abbé De Smet obtint qu’en attendant, une personne charitable mît à la disposition des religieuses un appartement comprenant une cuisine et deux petites chambres, dont l’une servirait de chapelle, l’autre de dortoir. C’était plus que modeste, mais cela rappelait assez les fondations de sainte Thérèse.

Le 1er août 1836, arrivèrent de Termonde trois carmélites pour prendre possession du couvent. « Elles étaient, dit le récit de la fondation, accompagnées du R. P. De Smet, le principal instrument dont Dieu s’était servi pour négocier cette affaire ».[35]

Dans les premiers temps, la pauvreté fut extrême. Pas de meubles, parfois pas de pain. Le zélé directeur, aidé des Pères Jésuites, sut intéresser les Alostois à la petite communauté. « Ce sont, disait-il, des anges que vous avez reçus parmi vous ». Dès lors, les religieuses commencèrent à jouir de la généreuse bienveillance qui ne s’est pas démentie depuis plus de soixante ans.[36]

Cependant l’abbé De Smet garde pour le Missouri le meilleur de son cœur. Il travaille avec M. De Nef à organiser en Belgique une association en faveur des missions indiennes. Le 23 septembre 1835, il accompagne à Anvers sept missionnaires qui se rendent en Amérique. Pour favoriser les vocations, il se met en rapport avec les directeurs des séminaires hollandais de Bois-le-Duc et de Bréda. Il aide le P. Van Lil à préparer, pour 1836, un nouveau départ.

Ses anciens confrères, sachant quelles circonstances l’ont amené à se séparer d’eux, continuent à le regarder comme un des leurs. C’est lui qui sert d’intermédiaire entre les missionnaires et leurs bienfaiteurs.[37] S’agit-il d’expéditions à faire, c’est à l’abbé De Smet que les Pères de Saint-Louis adressent ce qui est destiné aux Jésuites de Belgique.[38] Le P. Verhaegen, succédant au P. de Theux comme supérieur de la mission, continue même à compter sur lui pour favoriser la réunion tant désirée du Missouri à la province belge.[39] Les missionnaires désiraient vivement son retour.[40] Bientôt, lui-même se sentit pressé d’aller les rejoindre.[41]

Peu à peu, la santé lui revenait. La direction spirituelle d’une communauté, les services même qu’il rendait à la mission, ne pouvaient longtemps suffire à son activité. De plus, il se reprochait comme une faiblesse, presque comme une faute, de s’être séparé de son ordre. «Je ne pouvais, écrira-t-il bientôt, trouver le repos et la tranquillité intérieure qu’en remplissant mon devoir ».[42] Son devoir, n’était-ce pas d’aller au Missouri, solliciter sa réadmission dans la Compagnie de Jésus, et reprendre ses travaux ?

Peu s’en fallut qu’il ne se joignît aux missionnaires qui quittèrent la Belgique à l’automne de 1836. La faiblesse l’obligeant à remettre son voyage, il se disposa à partir l’année suivante.

Cette fois encore, craignant de ne pouvoir résister aux larmes de ses proches, il cacha son dessein.

Il quitta Termonde au mois de septembre 1837.

Avant de s’embarquer au Havre, il s’arrêta quelque temps à Paris, avec les quatre missionnaires qu’il devait accompagner. C’est là que la maladie vint, encore une fois, mettre à l’épreuve sa résolution.

À peine arrivé, une fièvre ardente le saisit. Pendant huit jours, son état ne fit que s’aggraver.

« La veille de notre départ pour le Havre, écrit un de ses compagnons, Arnold Damen, il était si mal que deux des plus célèbres médecins de la capitale lui déclarèrent que, s’il s’embarquait, il serait mort dans trois jours. Terrible décision pour nous, qui nous voyions réduits à faire seuls un voyage de plus de 2 000 lieues, et pour ce bon Père, qui brûlait du désir de retourner en Amérique. Les médecins furent une seconde fois consultés par le P. Provincial. Leur réponse fut négative. Ils permirent seulement que le P. De Smet nous accompagnât jusqu’au Havre, Il fit le voyage, regrettant toujours de ne pouvoir regagner sa mission, mais décidé à retourner en Belgique.

» Alors la pensée nous vint de faire violence au ciel et d’implorer l’assistance de sainte Philomène. Le P. De Smet et le P. Gleizal, prêtre français qui nous accompagnait, dirent à cette intention trois messes ; les autres allèrent à la sainte table. En outre, les Pères promirent neuf messes, et nous promîmes de faire également une neuvaine, si la sainte obtenait au malade la grâce de faire la traversée.

» Le jour du départ arrivé, nous étions sans espoir. Le Père vint nous conduire au navire ; il nous fit ses adieux, puis regagna la ville, tandis que nous sortions du bassin. Déjà nous atteignions la haute mer, lorsque tout à coup nous aperçûmes une petite barque qui se dirigeait vers nous. C’était le P. De Smet qui venait nous rejoindre. Le transport de joie que cette vue nous causa fit bientôt place à la crainte et à l’anxiété. Seul, le Père était tranquille. Sa confiance ne devait pas être trompée. Ce qu’il éprouva du mal de mer ne fut rien, en comparaison de ce qu’il avait souffert précédemment ».[43]

Au moment de quitter l’Europe, le P. De Smet annonçait ainsi son départ à sa famille : « Je dois vous écrire à la hâte, car il ne me reste que peu de temps… Après y avoir mûrement réfléchi, j’ai décidé de faire un second voyage au Missouri. J’espère y recevoir souvent de vos nouvelles ; je vous promets que vous ne manquerez pas des miennes… Embrassez mille fois pour moi le petit Charles ; je l’emporte dans mon cœur. Adieu pour deux ou trois années ».[44]

Partis du Havre le 26 septembre, les missionnaires débarquèrent à New-York le 26 du mois suivant. Trois semaines plus tard, ils arrivaient à Saint-Louis. L’accueil qu’on leur fit les dédommagea de leurs longues fatigues. À la joie qu’on manifesta de le revoir, le P. De Smet put juger des regrets qu’avait causés son absence.

Trois jours après, les nouveaux venus se rendirent au noviciat de Saint-Stanislas, près de Florissant. Le P. Verhaegen, supérieur de la mission, était en même temps maître des novices. Ce fut lui qui, le 29 novembre, admit de nouveau le P. De Smet dans la Compagnie. Heureux d’une faveur qu’il était venu chercher au prix de tant d’épreuves, celui-ci voulut consoler sa famille, en expliquant sa conduite :

« J’ose espérer, écrivait-il, que tout le chagrin et le mécontentement que mon départ subit aurait pu vous causer sont entièrement oubliés, et que vous ne me reprocherez jamais le secret que j’ai tenu à votre égard. Je n’aurais pas eu le courage de vous dire adieu. La résolution que m’a fait prendre mon devoir envers Dieu était toujours ébranlée quand je me trouvais auprès de vous. À la vue de vos enfants, de Charles, de Sylvie, d’Elmire et de la petite Rosalie, mon cœur se déchirait et se révoltait, en pensant que j’allais me séparer de ces êtres chéris. Dieu l’a ainsi voulu : nous devons nous soumettre. Il saura bien nous dédommager des sacrifices que nous nous imposons par amour pour lui.

» J’attends avec grande impatience de vos nouvelles. Je suis sûr que vous ne me les refuserez pas. Je ne puis douter de l’amitié dont vous m’avez donné tant de preuves, et que, j’espère, vous me garderez pour la vie » [45]

  1. En 1820, Saint-Louis comptait à peine 5 000 habitants ; en 1850, elle en comptait plus de 80 000 ; aujourd’hui, elle approche de 700 000.
  2. Vaincu par la fatigue et les difficultés d’administration, Mgr Dubourg était rentré en France en 1826. Il devait mourir en 1833 archevêque de Besançon. Un prélat belge, Mgr De Nekere, lui succéda sur le siège de la Nouvelle-Orléans. Mgr Rosati qui, depuis 1823, résidait à Saint-Louis comme coadjuteur, devint, en 1827, évêque titulaire de cette ville. Né en 1790 à Sora, dans le royaume de Naples, membre de la Congrégation de Saint-Lazare, Joseph Rosati s’était de bonne heure consacré aux missions d’Amérique. Il fut le véritable créateur du diocèse de Saint-Louis, qu’il administra pendant seize ans. Toujours il honora de son amitié les Pères de la Compagnie de Jésus.
  3. Un premier établissement d’éducation, confié par Mgr Dubourg à quelques prêtres séculiers, n’avait pas prospéré.
  4. Lettre à sa sœur Rosalie. — ler février 1830.
  5. Saint-Louis, 9 mai 1832.
  6. Arrivé en Amérique en 1817, avec l’abbé Nerinckx, le P. Van de Velde se fera bientôt connaître comme orateur et humaniste distingué.
  7. Les cours de droit et de médecine seront donnés par des professeurs étrangers à la Compagnie.
  8. Avec une légitime fierté, le P. Verhaegen rend compte de ces succès à un bienfaiteur de la mission : « Nous, Belges, qui ne connaissions pas l’anglais, nous écrivons dans cette langue, et nous avons réussi à faire goûter notre journal aux protestants, qui le lisent avec avidité. Ils y trouvent la vérité, qu’ils se vantent de chercher uniquement, et finiront par s’y rendre. Ce journal est répandu partout et fait beaucoup de bien. Ainsi, nous ne travaillons pas seulement à former le cœur de nos élèves, destinés à faire revivre la piété au sein de leurs familles ; de notre établissement, nous prêchons, pour ainsi dire, à toutes les parties de l’Ouest ». (Lettre à M. De Nef. — 26 mai 1833).
  9. Lettre à M. De Nef. — 26 mai 1833.
  10. Faisant allusion au titre d’université, récemment accordé à son collège, le P. Verhaegen écrivait : « En nous accordant cette distinction, que ne partage encore avec nous aucun autre établissement du Missouri, la législature a donné un témoignage public et non équivoque de l’importance de notre institution, et de la bonne opinion qu’elle en a conçue. Mais, après tout, ce n’est qu’un titre, qui ne nous fournit point de fonds. Bien plus, il nous met dans la nécessité de nous rendre dignes, aux yeux du public, de la haute considération dont nous jouissons… Comme l’éducation des externes est gratuite, le revenu de 80 pensionnaires, qui doivent payer toutes les dépenses de la maison, est trop modique pour nous permettre d’étendre nos travaux, et de réaliser tout le bien que nous pourrions faire dans notre position ». (Lettre citée).
  11. 9 mai 1832.
  12. Lettre à M. De Nef. — Georgetown, 7 nov. 1832.
  13. Gand, Oost-Eecloo, 6 janvier 1834.
  14. L’école, transférée rue d’Hérenthals, devait devenir l’important collège que dirigent aujourd’hui les Pères de la Compagnie de Jésus.
  15. Turnhout, 23 août 1832. À un de ses amis, qui lui faisait parvenir pour ses œuvres une généreuse offrande, il répondait : « Je me réjouis dans le Seigneur du bon usage que vous faites de votre fortune… Quant à moi, je me persuade que je manquerais à mes devoirs essentiels si, dans la position où je me trouve, je ne faisais tous mes efforts pour propager notre sainte religion. Malheureux serais-je, si je n’obéissais pas à la voix de Dieu ; si, au lieu de m’en faire un honneur, je refusais de lui servir d’instrument !… Je craindrais qu’en y manquant, je n’eusse à me reprocher éternellement cette lâche négligence ». (Ả M. le chevalier de Donnea de Grand Aaz. — 27 mars 1830).
  16. Jamais il n’était plus heureux que lorsqu’il pouvait annoncer l’arrivée de nouvelles recrues. « Conformément aux instructions que m’ont données vos prédécesseurs, écrivait-il au P. de Theux, j’ai admis quelques jeunes gens pour être définitivement reçus dans la Compagnie de Jésus en Amérique. Je connais leurs belles qualités. J’ai été témoin de leur générosité à abandonner leurs amis, leurs parents, leurs aises, leur patrie, pour affronter des privations de toute espèce, dans le seul but de gagner à Dieu un plus grand nombre d’âmes. Je vous les envoie avec joie, plein de confiance que nos pauvres Américains et Indiens trouveront un jour auprès d’eux les meilleures consolations, et que nous ne perdons actuellement leur présence que pour les retrouver au ciel, entourés d’âmes bienheureuses sauvées par leurs travaux ». (Lettre du 16 oct.  1833).
  17. À François De Smet. — Louvain, 27 fév. 1834.
  18. Liège, 9 mars 1834.
  19. Namur, 14 mars.
  20. 24 mars.
  21. À François De Smet. — Bruxelles, 31 mars 1834. Vraisemblablement, ces livres provenaient de l’ancien couvent des Augustins d’Enghien.
  22. Amiens, 22 mai
  23. Charles De Smet, alors âgé de quatre ans, fils de François De Smet et neveu du missionnaire.
  24. Anvers, 30 oct. 1834.
  25. À M.De Nef. — En rade de Flessingue, 3 nov. 1834.
  26. Il s’agit d’une sorte d’eczéma, dont le P. De Smet souffrait depuis de longues années, et qui ne devait jamais le quitter complètement.
  27. Deal, 9 nov. 1834.
    Les lignes suivantes, écrites par Pierre Verheyden, achèvent de mettre en relief la vertu du religieux : « Je proposai au P. De Smet de rester avec lui pour le soigner ; mais il me remercia, disant que sa douleur serait au comble si, à cause de lui, notre entreprise venait à échouer. Il nous demanda à plusieurs reprises si cette épreuve n’altérait en rien notre courage, et si nous persévérions toujours dans notre sainte vocation. Nous lui exposâmes notre ardent désir de travailler, pour la plus grande gloire de Dieu, sur cette terre qu’il avait si souvent arrosée de ses sueurs et qu’il désirait tant revoir. Sa douleur en parut soulagée. J’écrivis alors au R. P. Provincial de Belgique pour lui faire part de l’événement qui nous affligeait. Le P. De Smet trouva dans ma lettre deux expressions qui blessaient son humilité et voulut me les faire changer. J’avoue cependant que je ne fus pas docile à ses représentations ». (Extrait d’une lettre de P. Verheyden à sa famille. — New-York, 22 déc. 1834).
  28. À Charles De Smet. — Abedeen, 11 nov. 1834.
  29. L’abbé Jean Nerinckx avait, en 1815, succédé à Fabbé Carron comme directeur des œuvres catholiques de Somerstown.
  30. À François De Smet. — Londres, 14 nov. 1834.
  31. À Charles De Smet. — Londres, 23 nov. 1834.
  32. Filles de Charles De Smet.
  33. À Charles De Smet. — Londres, 24 nov. 1834.
  34. Les archives de la Compagnie ne donnent pas d’autre motif de sa sortie que le mauvais état de sa santé : Petrus De Smet, scolasticus sacerdos, dimissus 8 maii 1835, Gandavi, ob valetudinem.Postea reassumptus.
  35. Archives du carmel d’Alost
  36. Cf. De Potter et Broeckaert, Geschiedenis der stad Aalst, t. III, p. 376.
  37. Le 7 janvier 1836, le P. de Theux écrit à M. De Nef : « Vous verrez, par la lettre du P. Verheyden à M. De Smet, que je prie celui-ci de vous communiquer toutes les nouvelles que je pourrais vous donner ».
  38. « On a dernièrement expédié une caisse remplie de pétrifications, de minéraux, de stalactites, de cristaux, de fossiles, de coquillages, etc., qu’on a adressée à M. l’abbé De Smet. J’espère que nos Pères auront reçu leur part… S’ils peuvent nous envoyer de même les curiosités belges, suisses, etc., on les recevra avec reconnaissance ». (Lettre du P. Hélias d’Huddeghem à sa famille. — Saint-Louis, 3 déc. 1835).
  39. « J’ose espérer que vous ferez tout ce qui sera en votre pouvoir pour la réussite de l’affaire que j’ai confiée au bon P. De Smet. Elle importe sous tant de rapports au bonheur de ceux qui travaillent ici dans la vigne du Seigneur » ! (Lettre du P. Verhaegen à M. De Nef. — Saint-Louis, 10 juillet  1837).
  40. « Ex litteris recenter Roma acceptis, magno gaudio intelleximus apud vos novam pro nobis parari expeditionem. Illius ducem futurum P. De Smet enixe speramus ». (Lettre du P. Verhaegen à M. De Nef. — Saint-Louis, 17  sept.  1836).
  41. « Pendant les deux années qu’il a dirigé notre communauté, il nous a souvent demandé des prières pour que Dieu lui rendît la santé et lui permît de retourner auprès des sauvages ». (Lettre de la R. M. Marie-Gonzague, prieure du carmel de Termonde, au P. Deynoodt. — 3  avril 1878).
  42. À François De Smet. — New-York, 26  déc.  1837.
  43. Relation de voyage adressée à M. De Nef. — Florissant, 28 déc. 1837.
  44. À François De Smet. — Le Havre, 25 sept. 1837.
  45. Saint-Stanislas, 26 déc. 1837.