Le Panthéon, peintures murales/IV

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Lévy frères (p. 46-58).


IV

Ces dieux, les plus parfaits que l’homme ait inventés encore, ont laissé pour toujours les formes hybrides, les membres parasites et les têtes d’animaux. Ils se soumettent aux lois de l’art et de la raison, et représentent les plus purs types du beau : ce seront toujours les vrais dieux pour les poëtes, les sculpteurs et les peintres.

Mais voici que déjà le ciel vient rendre visite à la terre. A ces époques primitives, ils ne peuvent rester longtemps séparés. La terre, jeune encore, a besoin de ce commerce familier, et le ciel n’est pas assez spiritualisé pour rester seul dans ses hauteurs. Bacchus s’humanise, et par son expédition dans l’Inde semble tracer la route aux conquêtes d’Alexandre : le dieu Bacchus père de la joie, de l’expansion et de l’enthousiasme, l’éternel jeune homme aux cheveux d’or et aux yeux noirs comme ceux des grâces. Il s’avance sur un char traîné par des tigres apprivoisés, couronné de pampres, vermeil, souriant, entouré d’un cortège de divinités familières qui le popularisent. – Le bon Silène sur son âne, les Satyres, les œgipans et les Faunes, les Bacchantes, les Ménades et les Mimallones suivent agitant leurs thyrses, faisant ronfler leurs tambours, et claquer leurs crotales ; car c’est par des bienfaits et des moyens de douceur que s’est accomplie la pacifique conquête de Bacchus.

En avant du cortège, marchent le Titan Prométhée, qui vola le feu au ciel pour le donner à la terre, et emporta l’étincelle sacrée dans une tige de férule ; Hercule, le dompteur de monstres, l’accomplisseur de tâches impossibles, l’infatigable athlète des douze travaux ; Thésée son émule, ayant au front la couronne dont Thétis le ceignit lorsqu’il prouva qu’il était vraiment fils de Neptune en allant chercher au fond des mers la bague lancée par Minos ; Persée armé du casque de Pluton, du bouclier de Minerve et des talonnières de Mercure.

Ce groupe représente les héros et demi-dieux, c’est-à-dire fils d’un dieu et d’une mortelle. Leur mission est de purger la terre des formes monstrueuses, d’achever la besogne du déluge et de la rendre habitable pour des générations moins brutales et moins sauvages ; Prométhée invente les arts, et révèle l’usage du feu ; Hercule tue le lion de Némée, le sanglier d’Erymanthe, la biche aux pieds d’airain, perce à coups de flèches les oiseaux stymphalides, bêtes hideuses échappées à la noyade diluvienne ; Thésée purge l’Attique de brigands, et fait déchirer, par des arbres courbés de force, son parent Sinnis, voleur incorrigible ; il essaie même d’arracher l’humanité à la mort en descendant aux enfers pour enlever Proserpine. Persée décapite les Gorgones à la chevelure hérissée de serpents, et dont le regard change en pierre, délivre Andromède, enlève les pommes du jardin des Hespérides.

La place est nettoyée, Triptolème, l’élève de Cérès, qui lui fait subir toutes les épreuves de Grain d’orge dans la ballade anglaise, s’avance sur son char traîné par deux dragons, pour aller enseigner l’agriculture aux mortels. Sa main, ouverte comme celle d’un semeur, répand le blé devant lui. Castor et Pollux, vainqueurs des pirates de l’Archipel, s’embarquent sur Argo, la nef qui parle, en compagnie de Solon [sic], pour aller à la recherche de la toison d’or, c’est-à-dire du but mystérieux de l’humanité, le bonheur et la perfection.

A mesure que l’on avance, l’on voit l’élément humain tendre à prédominer. Les dieux ne sont plus que des demi-dieux, et même les frères Tyndarides, sont obligés de se cotiser pour échapper au sort commun ; ils meurent et naissent alternativement, et ne peuvent vivre à la fois, n’ayant qu’une seule immortalité pour eux deux. Le fond sur lequel se déroule cette partie de la composition est mélangé de montagnes, de forêts, de fleuves et de mers, selon l’action des groupes qui s’en détachent, et par sa variété rompt la monotonie de cette longue file de figures s’avançant sur un plan horizontal.

Ce groupe de transition nous mène aux héros de la guerre de Troie, dont les uns suivent Orphée, Linus et Musée, les poëtes mystiques et religieux, tandis que les autres s’arrêtent près de Homère, qui ouvre les temps historiques, ou s’embarquent comme Ulysse et comme Enée, dont les circumnavigations seront les sujets de l’Odyssée et de l’Enéide, et symbolisent le génie expansif et civilisateur.

Là s’arrête la panathénée divine et héroïque : le mythe et la légende finissent, la raison et l’histoire commencent ; les sept Sages de la Grèce, reconnaissables à leurs attributs, Solon à la tête de mort qu’il tient, Chilon à son miroir, Cléobule à ses balances, Périandre à sa plante de pouliot, Bias à son réseau et à sa cage, Pittacus à son doigt posé sur la bouche, Thalès au mulet qui le suit, ouvrent la seconde panathénée : l’histoire née avec Hérodote, l’art dramatique avec Thespis, qui du haut de son chariot traîné par des boucs, chante et mime l’hymne de Bacchus. Voici Eschyle, le titan tragique, le poëte du Prométhée enchaîné et de l’Orestie, celui dont Aristophane disait qu’il édifiait ses mots comme des tours, et lançait impétueusement des périodes parées d’aigrettes flottantes, Eschyle, le Shakespeare grec ; Anacréon, Sapho, Pindare suivent Corinne, Phidias, Ictinus, Polyclète, Myron, les uns portant la lyre et les emblèmes qui les distinguent, les autres les modèles de leurs travaux, comme les fondateurs d’églises ou de monastères que l’art du moyen âge représente portant des chapelles et des abbayes en miniatures entre les mains. Polygnote, Zeuxis, Socrate, Anaxagore, Platon se groupe avec Sophocle, Aristophane, Miltiade, Léonidas, Périclès, Phocion, Thémistocle, Démosthènes [sic' ]. Toute cette noble compagnie s’avance à travers de petit bois de lauriers-roses épanouis dans l’azur du ciel attique, ou cause sous de beaux portiques de marbre blanc.

Arrivée à la statue d’Alexandre la marche reprend : Aristote, Xénophon, Epicure, Zénon, Diogène, les philosophes et les savants, se succèdent, mais les poëtes et les artistes ont disparu, et les jolis bois de lauriers-roses ont fait place à des terrains montueux, hérissés de broussailles et rayés de sentiers qui s’embrouillent. Au fond s’étend la mer avec son bleu dur. Nous approchons d’Alexandrie, dont la bibliothèque est tracée au-dessous. Archimède, Longin, Aristarque s’égarent sur ces sentiers et cèdent le pas aux Romains de la vieille roche qui s’avancent en bon ordre. On voit apparaître à leur tour Numa, conseillé par son Egérie ; Scévola, la main brûlée ; Horatius Coclès, Fabricius, Coriolan, Valérie, Véturie, Cincinnatus, Caton l’ancien, les Fabius, les Scipions, Paul-Emile, Lélius et les poètes Térence, Plaute, Ennius ; ils suivent majestueusement une procession augurale et religieuse qui défile, vestales en tête, et vont au Capitole rendre grâce aux dieux d’un nouveau triomphe de la république. Cela se passe au-dessus des tableaux de Brutus condamnant ses fils et de Carthage prise. Au second plan, l’on voit s’élever les monuments de la Rome antique et s’arrondir les arcades des aqueducs construits par le peuple.

Au tournant de l’angle et à la suite d’un triomphe décerné à César avec tout l’appareil d’usage, quadrige de chevaux blancs, victoires aux ailes d’or, butin porté sur des brancards, se trouvent les grands hommes des guerres civiles de cette époque : Marius, Sylla, Pompée, Lucullus, Lucrèce, Salluste, les Gracques, accompagnés de leur mère et de leurs sœurs ; Brutus marche près de César, et tient son épée nue, comme pour indiquer par cet attribut prophétique le meurtre qu’il projette. Le triomphe est magnifique et contraste par sa pompe avec la simplicité de la cérémonie religieuse qui précède ; il y a des esclaves nombreux qui portent les vases d’or, les cratères d’argent et de métal de Corinthe, les tapis persiques, la pourpre, les masses d’ambre, d’encens et de nard ; il a pour fond des temples, des monuments magnifiques aux frises peuplées de statues et indiquant la splendeur de la civilisation la plus avancée. Cet entassement de luxe montre les progrès de la corruption romaine et fait pressentir les prodigalités impériales. Les hommes illustres du siècle d’Auguste, Tite-Live, Vitruve, Mécènes, Agrippa, Drusus, Catulle, Tibulle, Properce, Virgile, Ovide, etc., marchent devant et amènent jusqu’au fond de la croix, à la place occupé par le Sermon sur la montagne.

La frise contient à cet endroit l’entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem. Il a pour monture l’ânesse traditionnelle suivie de son ânon. Les apôtres, les premiers martyrs l’entourent, ayant à la main des palmes et des branches d’olivier. Cette scène se passe dans un bois de palmiers ; des enfants, grimpés dans les rameaux, les détachent et les jettent sur les pas du Sauveur.

Le triomphe de la doctrine couronne ainsi son exposition. La ville reçoit dans son sein le discoureur de la montagne.

Tout ce que l’on peut tirer de la poésie, de l’art et de la philosophie, l’humanité l’a obtenu : il lui manque encore la beauté morale que le Christ va lui donner.

Au tableau des Catacombes, où les Chrétiens prient dans l’ombre, tandis qu’une pompe guerrière passe sur leurs têtes, se superpose comme un troisième lit géologique, une orgie impériale où l’on voit Néron qui joue de la lyre au milieu d’un monde de femmes échevelées, de courtisanes nues, d’enfants asiatiques couronnés de roses, de bateleurs et d’histrions se contournant en postures folles, d’esclaves versant le falerne dans des coupes d’onyx et portant des mets sur des plats d’or. La saturnale de Néron est engagée dans les détours de la voie Appienne, bordée de débris de colonnes, de ruines qui s’écroulent ; le fond est rougi par l’incendie de Rome, les massacres et les supplices. Un peu en arrière de la bacchanale se tiennent Sénèque et sa femme Pauline, Juvénal l’hyperbolique, Pétrone l’arbitre des élégances, Perse, Lucain, Tacite, Suétone, Plutarque, Pline et les lettrés chrétiens, qui, déjà se mêlent à eux, les Polycarpe, les Irénée ne pouvant renoncer, malgré la ferveur de leur foi nouvelle, aux séductions de l’éloquence profane, chrétiens par l’idée, païen par la forme.

Un groupe composé des empereurs Trajan, Adrien, Titus, Sévère, Marc-Aurèle, accompagné d’Epictète, semble plein de tristesse à la vue de cette décadence de la grandeur romaine. D’autres, tels que Théodose, Valentinien, suivent le labarum de Constantin. Leur théorie se grossit en route de Tertullien, d’Origène, de Lactance, de Grégoire de Nazianze, de Basile, d’Ambroise, etc. ; auprès de Julien l’apostat, l’esprit ingénieux qui voulut faire une restauration archaïque et philosophique du paganisme, on remarque Symmaque, Libarius, Celse, Arius, Jamblique. C’est là la dernière protestation de polythéisme, le suprême soupir du monde antique.

La frise circule maintenant sur la prise de Rome par Attila. C’est là que le peintre a placé l’invasion des races du Nord ; elles s’avancent guidées par les dieux groupés dans un chariot de forme barbare que traîne la vache Œdumia. Aux mamelles de cette vache se penchent en rampant le géant Imer et le dragon que Surtur le Noir conduit. – Parmi le groupe divin, on distingue Odin appuyé sur son frène, et Frippa qui tient une branche d’aulne ; Thor, armé de son marteau d’or ; Niord, Balber, Tyr, Brayé, Iduna, l’aveugle Holder, Vidar qui marche dans l’air, Vali l’archer, Freya qui pleure des larmes d’or, Valla étincelante de bracelet, de colliers et de riches parures, et Forsete le conciliateur, qui le premier se convertit au christianisme, exemple rare d’un dieu en reconnaissant un autre de religion différente. Sur le bord de la route, Loke, à moitié englouti dans une caverne, fait d’incroyables efforts pour en sortir, aidé par sa louve ; Fenris et l’essaim ailé des Walkyries verse aux dieux et aux guerriers l’hydromel écumant dans des cormes d’aurochs ou des crânes d’ennemis tués.

Le paysage qu’éclaire une vague aurore boréale frissonne sous des nuages de neige rougis par des taches de sang et des reflets de villages incendiés ; quelques rares sapins chargés de givre se dressent çà et là. Le misérable pont fait de poutres et de planches tremble sous le poids du chariot divin ; les cavaliers traversent le fleuve sur la glace et remontent péniblement sur l’autre rive ; quelques-uns même restent à demi enfoncés dans les glaçons qui se rompent. Ces divers accidents, ingénieusement amenés, rompent à propos la monotonie de cette composition forcément horizontale, en varient les plans et permettent, par des changements de niveau, de faire pyramider les groupes.

Le chœur des migrations germaniques coule comme un torrent : l’ordre processionnel est rompu. Des multitudes aux accoutrements étranges, aux physionomies farouches, se précipitent à pied, à cheval, entassés sur des chariots de guerre traînés par de grands bœufs, pêle-mêle avec leur butin, leurs femmes, leurs enfants, brandissant des armes inconnues, et poussant de leurs vagues irrésistibles, comme une marée montante humaine, ceux qui croient les conduire. Dans cette mêlée nous retrouvons les dieux de notre vieille Gaule, Teutatès, Nilhom l’hercule, Radegast qui porte l’aigle ; de sorte que cette seconde antiquité recommence comme la première par une mythologie. La civilisation du Midi et celle du Nord ont chacune un Olympe à un de leurs bouts.

Les Alaric, les Genséric et les rois lombards se soumettent au christianisme, qui leur est enseigné par les Augustin, les Pélage, les Manès, mêlés aux papes Léon et Grégoire. Bélisaire aveugle tend son casque sur le bord du chemin, tandis que passent, appuyés l’un sur l’autre, le jurisconsulte Tribonien et l’eunuque Narsès, vainqueur de Totila. Saint Benoît et ses moines marchent vers le mont Cassin, portant les manuscrits qu’ils nous ont conservés en les copiant dans la solitude laborieuse du cloître.

Ici la procession chrétienne s’efface derrière la colonne engagée et abandonne le premier plan pour quelques siècles : la civilisation est entre les mains mahométanes. L’Islam prévaut. Le Coran oppose ses suras [sic] aux versets de l’Evangile ; le croissant lutte contre la croix et paraît l’emporter.

A cet endroit la frise domine les panneaux consacrés à la cour d’Haroun-al-Raschid. Elle nous montre les Arabes dans leurs costumes efféminés et féroces, l’œil ébloui de merveilles et l’oreille tendue comme le sultan Schariar aux contes des Milles et une Nuits, que leur murmure dans la brise chargée de parfums, une Scheherazade fantastique, la fée du Ginnistan, la péri des incantations orientales ; les califes Almanzor, Almamoun, Abulféda, historien et géographe lui-même, semblent, comme Haroun-al-Raschid, guider et protéger le chœur scientifique et poétique des Averroès, des Saadi et autres Arabes illustres. Ils ont pour fond un délicieux jardin plein de roses et de fontaines d’albâtre, autour duquel s’élèvent des colonnettes de marbres soutenant des arcs évidés en cœur. Les tours vermeilles de l’Alhambra et les murailles crénelées de la mosquée de Cordoue ferment la perspective.

La caravane sarrasine est conduite par Mahomet, monté sur Alborack, la jument merveilleuse qui avait pour pieds des mains de femme. Selon les usages musulmans, qui proscrivent la reproduction de la face humaine, une flamme voile la face du prophète. L’ange Gabriel le précède, Monkir et Nékir marchent à ses côtés, et le pigeon révélateur qui venait lui raconter les choses du ciel volète autour de son oreille.

Abulféda, Saladin, Abdérame, Abumazor, disparaissent devant Charles Martel, le vainqueur des Sarrasins de France, et Pélage, le vainqueur des Sarrasins d’Espagne. – Ces vicissitudes nous ont fait atteindre la grande statue de Charlemagne, qui fait face, comme nous l’avons dit, à celle d’Alexandre. Après Charlemagne, la frise suit les bords d’un fleuve ; les barques où sont assis les chefs occupent le devant ; les soldats y poussent leurs chevaux et les passent à la nage.

La procession chrétienne, reléguée un instant au second plan, revient au premier, conduite par Pierre l’Hermite, qui la pousse aux croisades. On voit là le ban et l’arrière-ban de l’Europe, princes, hauts-barons, chevaliers, hommes d’armes, troubadours, pèlerins connus et inconnus, Richard Cœur-de-Lion, Godefroy, saint Louis, Baudoin, Renaud, Tancrède, tous les personnages de la Jérusalem délivrée. Le peintre n’a pas craint de mêler le Tasse aux troubadours, malgré l’anachronisme, ne voulant pas séparer le poëte de son poëme, l’historien de ses héros.

Ensuite viennent Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin, l’ange de l’Ecole, sa Somme sous le bras, saint Bruno dans son suaire blanc, saint Bernard, le premier abbé de Clairvaux et le dernier des saints pères. Abeilard [sic], tenant dans ses mains le modèle de l’abbaye du Paraclet, Héloïse, cette Sapho chrétienne, Mathilde, comtesse de Toscane, et quelques autres figures qui nous amènent au-dessus des poëtes d’Italie, sur un horizon formé par la silhouette des belles villes d’Italie, reconnaissables à leurs monuments caractéristiques.

Le défilé des corporations de métier du moyen âge a déjà commencé : quelques guelfes et quelques Gibelins qui s’égorgent au premier plan avec l’acharnement des guerres de parti ne troublent pas l’ordonnance générale par leur obstacle accidentel. La marche continue. Les humbles artisans, aïeux inconnus des grands maîtres qui leurs succèderont, et que nous voyons déjà paraître, suivent leurs bannières respectives, et portent des châsses de saints, des cassolettes, des ciboires, des tapisseries, des dyptiques [sic] et des tryptiques [sic], merveilles où l’art s’allie au travail manuel. Déjà chaque métier est gros d’un art. L’orfèvrerie contient la sculpture, les tapisseries le dessin, l’enluminure la peinture.

Léon X et les Médicis marchent devant eux. Après viennent Brunelleschi, Donatello, Ghiberti, l’auteur dans portes du baptistère, que le grand Florentin jugeait dignes de servir de porte au paradis ; Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, ces génies encyclopédiques ; Bramante, Palladio, Titien, Corrège, Machiavel, Pic de la Mirandole, qui savait tout et quelque chose de plus, et avec eux l’illustre école des savants de Bologne. Au-dessus du tableau de Christophe Colomb, s’étagent Vasco de Gama, Améric Vespuce, et les politiques Ximénès, Jules II, Wolsey, Charles-Quint, Philippe II, Jean Hus, Jérôme de Prague, Savonarole. Toute cette foule illustre s’avance sans guide, et confusément, poussée par cette force que l’on appelle la Renaissance, nom énergique et significatif de l’époque climatérique du genre humain.

Les héros des guerres de religion précèdent les hommes illustres du siècle de Louis XIV, Molière, Corneille, Racine, La Fontaine, qui nous amènent par les philosophes Descartes Gassendi, Leibnitz, Bayle, Spinosa, Newton, à Locke et aux encyclopédistes contemporains de Voltaire, dont on voit le tableau au-dessous. Enfin, les savants Linnée, Lavoisier, Euler, nous conduisent jusqu’aux hommes de notre révolution, Mirabeau, Malesherbes, Robespierre avec son bouquet de fleur, etc., et à ceux de l’empire, trop connus pour être désignés ici avec détail. Il nous suffira de citer Goëthe, Schiller, Byron, Beethoven, Laplace, Cuvier, Monge, Berthollet, Bichat, et quelques noms illustres ; la frise se termine par les philosophes et les utopistes modernes : Kant, Fichte, Hegel, Saint-Simon, Fourier.

Au second, un petit groupe placé dans le demi-jour nous a paru contenir le portrait de l’auteur et ceux de quelques amis artistes, poëtes ou philosophes, qu’à cause de leur talent et de leur doctrine, il a jugé dignes d’être admis dans ce grand temple du panthéisme. Au delà les couleurs se confondent et s’assombrissent ; on ne peut plus rien distinguer, la procession se perd sous la voûte obscure. C’est l’inconnu, c’est demain.

L’immense panathénée va de l’ombre du passé à l’ombre de l’avenir ; elle commence et finit comme toute chose humaine, par un mystère. Elle a été lente dans la haute antiquité, libre en Grèce, égarée à Alexandrie, majestueuse, pompeuse et dévergondée dans les trois âges de Rome, barbare et accidentée jusqu’aux temps modernes, Où elle devient régulière et rapide.

Aux éléphants ont succédés les chevaux, aux galères les vaisseaux à vapeur, aux chariots et aux chars les locomotives. Le mouvement se poursuit avec un parallélisme parfait.

Il ne nous reste plus qu’à parler du sujet placé dans l’imposte, et que nous avons renvoyé à la fin de notre description comme résumant l’idée générale de ce gigantesque travail. Il est emprunté à la célèbre chanson de Béranger :


Peuples, formez une saint alliance,
Et donnez-vous la main.

Toutes les nations du monde ingénieusement personnifiées y célèbrent l’agape de la fraternité universelle. Ce n’est plus au fond des catacombes que les hommes s’embrassent et s’appellent frères. C’est à la pure lumière du soleil, qui s’en réjouit, que les peuples sans distinction de race, de couleur ou de caste communient dans l’intelligence et l’amour.