Le Petit neveu de l’Arretin/Les regrets

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N. Laurenceau
Chez don B… aux trois Pucelles (p. 94-101).

Les regrets.


Cantate.


Faussaire de la foi jurée à ma tendresse,
Il me fuit, le cruel et loin de sa maîtresse,
Il va d’un seul ingrat, poursuivant d’autres cœurs,
Enroturer son vit qu’honoraient mes faveurs.
Il ne se souvient plus de mes bontés passées,
Le tems les a bientôt de son ame effacées,
Et de la même main qui patinait mon con,
Il va branler Agathe, et chatouiller Marton.

Cruel penser qui m’irrite et m’enflamme !
Je vois sous son doigt libertin,
Con qui frémit, et fille qui se pâme :
Je vois tous les tableaux tracés par l’Arretin.

Reviens, parjure amant, mon ange, mon idole,
Viens, accours, ou mon con regale

Le premier vit sur son chemin ;
Au-devant de tes coups il vole,
Agité des doux mouvemens
De Systole et de Diastole.
Viens à mes vifs trémoussemens
Mêler de tes transports la brûlante énergie :
Mais il est sourd à ma voix,
Et dans une sale orgie,
Il investit de mes droits
Des garces de tabagies
Qu’on loue à six francs par mois.

Que maudit soit le jour où j’eus le goût fantasque,
Le sot goût d’essayer de ton vit maigre et flasque,
Où je lui prodiguai, ravalant mes appas,
Les honneurs de mon con qu’il ne méritait pas.
Au caprice d’un vit, s’il fallait me soumettre,
Mes beautés pouvaient se promettre
L’hommage solide et brillant
Des priapes fameux dans le monde galant,
Ou par leur industrie, ou par leur diamètre ;

Les fruits de la vigueur, ou la fleur du talent ;
Les baisers de Médor, ou les coups de Roland.

Six abbés, trois dragons, un moine ;
Et des fouteurs par bataillons,
Venaient m’offrir pour patrimoine
Le revenu de leurs couillons.

J’aurais pu, de nouveaux Hercules ;
Ressusciter les travaux éclatans,
Ou choisir à mon gré les légers opuscules
Des petits Adonis, ces idoles du tems,
Courus de nos Vénus, si fêtés, si fêtans,
Dont les vits sont sans force, et les doigts pleins d’adresse,
Qui peuvent tout, quoiqu’impuissans,
Et savent enivrer une heureuse maîtresse
De plaisirs toujours renaissans.

Cette image obscène,
Porte dans mes sens
Des feux dévorans ;
Je crois être en scène.

Je cède aux efforts
D’un aimable page ;
Je vois ses transports
Et je les partage.

J’excite son ardeur et l’anime au combat,
Il s’enflamme, il me presse, il m’émeut, il m’enchante ;
Déjà mon cœur palpite et bat
Sous sa main tendre et caressante ;
Mon sein bondit d’amour, et par de vifs élans
Semble aller au-devant de ses baisers brûlans.
En des lieux plus secrets sa main est parvenue,
Elle parcourt mes charmes nus
Et des boccages de Vénus
Écarte la mousse touffue.
Ô douceur ! ivresse inconnue !
Je sens au fond de mon conin
Un doit furet qui s’insinue.
Ah ! ne poursuis pas ton chemin,
Doigt charmant, ouvrier divin,
Libertine dans l’avenue.

Dieux ! quel nouvel enchantement,
Une langue vive s’agite

Sur mon clitoris palpitant ;
Elle m’embrâse, elle irrite
L’essaim fongueux des désirs.
Sous l’ivresse des plaisirs
Je succombe, je me pâme ;
Avec mon foutre brûlant,
Je sens s’écouler mon ame
Sur les lèvres de mon amant.

Ô prestige ! ô regret, tout ce ravissement
N’est qu’un songe imposteur, et qui trop tôt s’achève ;
Mais heureuse la beauté
Qui, des faveurs que je rêve,
Aura la réalité.

Charmant plaisir de contrebande,
Vous tenez, et la ville, et la cour sous vos loix :
C’est pour vous que tout bas soupire un con bourgeois,
Que tout haut un con ducal bande.
Je vois le sexe en rut lever son cotillon,

La pudeur rompre sa consigne,
La vertu baisser pavillon
Devant ces louvoyeurs dont l’adroit aiguillon
Ne va jamais en droite ligne ;
Qui, par mainte escarmouche, aiguisent le desir,
Acteurs jouant leur rôle au bord de la coulisse,
Qui prolongent le sacrifice,
Et paraphrasent le plaisir.

Mais pour ces vits grossiers à vulgaire encolure
Qui n’ont en marchant qu’une allure,
Qui ne chantent jamais que sur le même ton,
Ne touchent que la même corde,
Dont les discours sont sans exorde,
Les airs sans variation,
Et qui, mis vis-a-vis d’un con,
Ne savent lui parler que par monosyllabe,
Ton cœur doit être turc, et toute femme arabe.

Va chercher au Palais-royal
Ces sirennes à fesses molles,
Prêtresses de l’amour vénal,

Dont les yeux agaçans et les douces paroles,
Promettent des plaisirs, et donnent des véroles.

Dans leurs fades embrassemens
Cueille des fruits amers, et des plaisirs cuisans,
Des baisers épicés, des voluptés poivrées,
Et du mal qu’un génois maudit
Nous apporta jadis sur le bout de son vit,
Que ton front porte les livrées.

Cours sous ces arcades livrées
À tous les tripots criminels
Sacrifier sur les autels
De mainte sale gourgandine ;
Que ton priape en feu, plongé dans sa piscine,
Y puise des poisons mortels,
Et rapporte avec lui le quine
Des chances qu’on gagne aux bordels.

Que la vérole et son cortége,
La chaude-pisse et ses suppôts,
Dans ton corps, criblé jusqu’aux os,
Tiennent leur salle de manége.

Qu’ils y fassent germer les produits du virus,
Ces rebelles poulains, ces ténébreux fongus ;
Ces chancres bavant la sanie,
Et les cancers de la vessie,
Et les fistules de l’anus.

Sur ton vit gangréné puissent vingt chancres naître,
Se montrer sur le gland, se cacher dans l’urêtre !
Puisse le noir venin, tantôt en phimosis,
Rétrécir du colon la fétide goutière ;
Tantôt en exostose enfler tes os pourris,
T’assaillir pardevant, t’attaquer par derrière ;
D’un côté, corroder l’anus et le rectum,
De l’autre, déchirer le verumontanum,
Et remplir de nodus, de squires et d’ulcères
Le tissu spongieux des conduits urinaires.