Le Pyrrhonisme de l’histoire/Édition Garnier/34

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Le Pyrrhonisme de l’histoireGarniertome 27 (p. 289-290).
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CHAPITRE XXXIV.
bévue sur henri iv[1].

Un autre historien moderne[2] de Henri IV accuse du meurtre de ce héros le duc de Lerme. C’est, dit-il, l’opinion la mieux établie. Il est évident que c’est l’opinion la plus mal établie. Jamais on n’en a parlé en Espagne, et il n’y eut en France que le continuateur du président de Thou[3] qui donna quelque crédit à ces soupçons vagues et ridicules. Si le duc de Lerme, premier ministre, employa Ravaillac, il le paya bien mal. Ce malheureux était presque sans argent quand il fut saisi. Si le duc de Lerme l’avait séduit ou fait séduire sous la promesse d’une récompense proportionnée à son attentat, assurément Ravaillac l’aurait nommé, lui et ses émissaires, quand ce n’eût été que pour se venger. Il nomma bien le jésuite d’Aubigny, auquel il n’avait fait que montrer un couteau. Pourquoi aurait-il épargné le duc de Lerme ? C’est une obstination bien étrange que celle de ne pas croire Ravaillac dans son interrogatoire et dans les tortures. Faut-il insulter une grande maison espagnole sans la moindre apparence de preuves ?

Et voilà justement comme on écrit l’histoire[4].

La nation espagnole n’a guère recours à ces crimes honteux, et les grands d’Espagne ont eu dans tous les temps une fierté généreuse qui ne leur a pas permis de s’avilir jusque-là.

Si Philippe II mit à prix la tête du prince d’Orange, il eut du moins le prétexte de punir un sujet rebelle, comme le parlement de Paris mit à cinquante mille écus la tête de l’amiral Coligny et, depuis, celle du cardinal Mazarin. Ces proscriptions publiques tenaient de l’horreur des guerres civiles ; mais comment le duc de Lerme se serait-il adressé secrètement à un misérable tel que Ravaillac ?

  1. Voyez tome XVII, page 201.
  2. De Bury ; voyez tome XXV, page 477, l’opuscule intitulé le Président de Thou justifié.
  3. Rigault.
  4. Vers de Voltaire, dans Charlot, acte I, scène VII.