Le Roman de Renart/Aventure 37

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Traduction par Paulin Paris.
Texte établi par Paulin ParisJ. Techener (p. 210-213).

TRENTE-SEPTIÈME AVENTURE.

Comment les amis de saint Rooniaus, indignés de la fuite de damp Renart, le poursuivent, et comment le connétable Ysengrin jura de renouveler sa clameur aux prochaines assises.



Vonnoître le nom de ces généreux mâtins ? C’était d’abord Rooniaus, aussitôt relevé du fossé ; c’étoit Espillart le chien du riche vilain Maubert ; puis Harpin, Morant, Bruié, Égrillart, Heurtevilain, Rechigné le chien de Gillain, femme d’Éverart le drapier ; Afaitieus, Gorfaus, Tiran, Roillet, Lovelas, Amirant, Clarmont, Galiniers le chien de Macart de Rives, Cornebues, Herbelot, Friart, Brisegaut, Frisant, Voisié, Léopart, Tison, Courtin, Rigaut, Passeloup, Gringaut, Loyer, Passeoutre, Sillart, Baculart, Estourmi le chien de sir Tybert du Fresne, Pilet, Chapet, Pastour, Estour, L’engignié, le barbet Écorchelande, Malfloré, Violet, Oiselet, Gresillon, Émerillon, Estourneau, Esclariau, Chanut, Morgain, Vigier, Passavant, Bolet, Porchas, Malet, Poignant le chien du boucher Raimbaut, Hospitaus, Tracemenu, Tournenfuie, Follevil et Passemarais, nouvellement arrivés de Pontaudemer.

Parmi les lisses on remarquoit Baude et Foloise, Coquille, Sebille, Briare venue de Sotlaville, Fauve, Bloette, Morete, Boete, Violette, Brachine, Maligneuse, Mauparlière qui étoit à Robert de La Marlete, Genterose, Prime-Noire la lisse au Prouvère, et Pinconette qui menace de plus près Renart ; il ne tiendra pas à elle s’il n’est arrêté à l’entrée du bois. Renart de son côté ne met aucun de ses bons tours en réserve, et l’on ne peut assurément l’en blâmer, le besoin fait vielles trotter. Trois des meilleurs mâtins l’attendoient sous les premiers buissons de la forêt ; ce sont Tranchon, Boémont et Failli : le voilà donc en plus grand danger que jamais ; ils tombent sur lui, le roulent et le déchirent ; le sang jaillit sur les restes de sa riche pelisse ; mais enfin il parvient à leur donner le change et, moitié courant moitié rampant, il arrive à son manoir de Maupertuis.

Pendant qu’il y trouve le repos dont il avoit grand besoin, et qu’il va chercher à panser et cicatriser ses plaies, jurant haine mortelle à Rooniaus qui s’est rendu l’artisan de la trahison du sanctuaire, Ysengrin mène grand deuil de ce que Renart est échappé. Retrouvera-t-il jamais une occasion pareille ? Il convoque autour de lui toutes les bêtes de son parti : « Damp Brun, damp Rooniaus et damp Baucent, vous les amis particuliers du Roi, vous ses conseillers les plus intimes, vous avez vu comment le traître Renart a tenu sa promesse ; pouvoit-il mieux laisser voir qu’il avoit tort, et qu’il n’était pas en état de faire le serment convenu ? Écoutez-moi donc, bêtes grandes et petites, votre honneur est engagé à témoigner devant notre seigneur le Roi, quand il tiendra sa haute cour, que Renart a fait défaut de serment. — Et le Roi, » interrompit damp Brun, « sera bien mauvais s’il n’en fait pas justice, s’il ne le condamne pas à être publiquement pendu. — Pendu ou brûlé, reprend Ysengrin. — Mais pourtant, » dit Grimbert, « on m’accordera bien le droit de dire que Renart en gagnant le large quand vous étiez au pont Guichart, n’a pas fait aussi mal que vous dites : il avoit apparemment deviné quelque aguet appensé, il avoit reconnu que Rooniaus, tout du long étendu, la langue tirée, n’étoit pas mort et conservoit sa respiration. » Ces paroles causèrent dans l’assemblée un véritable scandale et devinrent le signal d’un grand tumulte. Rooniaus agité de crainte et de honte se leva : Damp Grimbert, voulez-vous lever contre moi clameur de trahison ? — Je ne dis pas cela, répond Grimbert, mais je cherche à excuser Renart. Ne soulevons pas ici de querelle, allons en cour, et si Renaît est coupable il vous fera satisfaction. — J’y suis bien résolu, » dit Ysengrin ; « et quoi qu’il arrive, je suivrai ma clameur à la prochaine assemblée de mai ; je demanderai justice à la cour de mes pairs, et j’amenerai des témoins qui prouveront que le traître Renart a refusé le serment qu’on lui demandoit. »

Après ces mots, ils se séparèrent et ne se retrouvèrent plus que devant le Roi, aux prochaines assises, quand fut assemblée de nouveau la Haute Cour.