Le Roman du prince Othon/Livre deuxième/Chapitre VII

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CHAPITRE VII

LE PRINCE DISSOUT LE CONSEIL


C’était ainsi que l’avait écrit Gotthold. La mise en liberté de Sir John, le rapport inquiet de Greisengesang, et, par-dessus tout, la scène entre Séraphine et le prince, avaient décidé les conspirateurs à prendre une mesure à la fois timide et hardie.

Il y avait eu un intervalle d’agitation, pendant lequel des messagers en livrée s’étaient élancés de tous côtés chargés de lettres ; et à dix heures et demie du matin, à peu près une heure plus tôt que de coutume, le conseil de Grunewald se trouvait réuni autour de la table.

Ce n’était pas une grande assemblée. À l’instance de Gondremark, elle avait subi une élimination fort stricte, et maintenant se composait exclusivement de suppôts.

Trois secrétaires siégeaient à une table inférieure. Séraphine présidait ; à sa droite était le baron, à sa gauche Greisengesang. Plus bas se tenaient Grafinski, le trésorier, le comte d’Eisenthal, deux non-combattants, et aussi (à la grande surprise de tous) Gotthold. Othon l’avait nommé conseiller privé, à la seule fin qu’il pût profiter du salaire ; et, comme on ne l’avait jamais vu présent à aucune réunion, personne n’avait songé à le rayer de la liste. Sa présence en pareille occasion n’en était que de plus mauvais augure. Gondremark lui jeta un regard menaçant, et le non-combattant à sa droite ayant remarqué ce regard, s’écarta un peu de lui, avec affectation, comme d’un homme qui évidemment n’était pas en faveur.

— Le temps presse, Altesse, dit le baron. Nous est-il permis d’ouvrir la séance ?

— À l’instant même ! répondit Séraphine.

— Votre Altesse me pardonnera, dit Gotthold, mais elle ignore peut-être que le prince Othon est de retour.

— Le prince n’assistera pas au conseil, répliqua Séraphine avec une rougeur passagère. Les dépêches, monsieur le Chancelier ! Il y en a une pour le Gérolstein.

Un secrétaire apporta un papier. — Voici, Madame. Dois-je lire ?

— Nous en connaissons tous les termes, répondit Gondremark. Votre Altesse les approuve ?

— Sans hésitation, dit Séraphine.

— Donc elle peut passer pour lue, conclut le baron. Votre Altesse veut-elle signer ?

La princesse signa. Gondremark, Eisenthal et l’un des non-combattants firent de même, et le document fut passé, de l’autre côté de la table, au bibliothécaire. Ce dernier se mit posément à le lire.

— Nous n’avons pas de temps à perdre, monsieur le Docteur, lui cria brutalement le baron. S’il ne vous convient pas de signer sous l’autorité de votre souverain, passez cela à votre voisin. Ou bien, même, vous êtes libre de quitter la table, ajouta-t-il, laissant percer sa mauvaise humeur.

— Je n’accepte pas votre invitation, monsieur de Gondremark ; et mon souverain, comme je continue à le voir avec regret, est encore absent du Conseil, répliqua le docteur avec calme. Et il se remit à sa lecture, pendant que le reste de l’assemblée échangeait des regards inquiets. Madame et Messieurs, dit-il enfin, ce que je tiens ici à la main est tout simplement une déclaration de guerre.

— Tout simplement dit Séraphine, avec un éclair de défi.

— Le souverain de ce pays, continua Gotthold, est dans ce palais même, et j’insiste pour qu’il soit appelé. Il est inutile de fournir mes raisons pour cela… vous avez tous honte de cette trahison projetée.

Le Conseil s’agita comme une mer houleuse ; divers clameurs s’élevèrent.

— Vous insultez la princesse ! tonna Gondremark.

— Je maintiens ma protestation, répondit Gotthold.

Au plus fort de toute cette confusion, la porte s’ouvrit à deux battants, un huissier annonça : « Messieurs, le Prince ! » et Othon, avec son meilleur maintien, entra dans la salle. Ce fut comme de l’huile sur les vagues : à l’instant chacun se remit en place, et Greisengesang, pour se donner une contenance, s’absorba dans l’arrangement de ses papiers. Mais, dans leur extrême désir de dissimuler, tous, jusqu’au dernier, oublièrent de se lever.

— Messieurs !… dit le prince.

En un clin d’œil ils furent tous sur pied, et cette leçon acheva de démoraliser les plus faibles de la confraternité.

Le prince s’avança lentement vers l’extrémité inférieure de la table. Là il s’arrêta de nouveau, et fixant son regard sur Greisengesang : — Comment se fait-il, monsieur le Chancelier, demanda-t-il, que l’on ne m’ait point averti de ce changement d’heure ?

— Votre Altesse, répliqua le Chancelier, Son Altesse la Princesse… Et il en resta là.

— J’avais compris, dit Séraphine, prenant sur elle de répondre, que vous n’aviez pas l’intention d’être présent.

Leurs yeux se rencontrèrent pour une seconde, et Séraphine baissa les siens ; mais cette honte cachée ne fit qu’attiser sa colère.

— Maintenant, Messieurs, dit Othon, prenant sa place, asseyez-vous, je vous prie ! J’ai été absent, il doit y avoir des arriérés ; mais, avant de procéder aux affaires, monsieur Grafinski, vous donnerez l’ordre qu’on m’envoie quatre mille écus immédiatement. Prenez note de cet ordre, s’il vous plaît, ajouta-t-il, voyant que le trésorier demeurait tout ébahi.

— Quatre mille écus, demanda Séraphine, et pour quoi faire, je vous prie ?

— Madame, répliqua Othon en souriant, c’est pour affaire à moi.

Sous la table, Gondremark poussa Grafinski du genou.

— Si Votre Altesse, commença alors le pantin, voulait bien nous indiquer la destination…

— Vous n’êtes pas ici, Monsieur, pour interroger votre prince, dit Othon.

Grafinski en appela du regard à son capitaine, et Gondremark vint à son secours, d’un ton suave et mesuré.

— Votre Altesse, dit-il, peut avec raison paraître surprise, et monsieur Grafinski, bien qu’il soit, j’en suis convaincu, innocent de toute intention d’offenser Votre Altesse, aurait peut-être mieux fait de commencer par une explication. Les ressources de l’État sont en ce moment entièrement absorbées, ou plutôt (ainsi que nous espérons le prouver) sagement placées. D’ici à un mois je ne doute pas que nous ne puissions faire honneur à quelque ordre que ce soit que Votre Altesse voudra nous imposer. Mais, à l’heure présente, je crains fort que, même en si petite matière, il lui faille se préparer à un désappointement. Notre zèle n’en est pas moindre, quelque insuffisants que soient nos pouvoirs.

— Monsieur Grafinski, demanda Othon, combien avons-nous au Trésor ?

— Votre Altesse, protesta le trésorier, nous avons un besoin immédiat de tout ce qui s’y trouve.

— Je crois, vraiment, que vous refusez de me répondre, Monsieur ! dit le prince, avec un éclair. Puis, se retournant vers la table voisine : — Monsieur le Secrétaire, ajouta-t-il, apportez, s’il vous plaît, le registre de la trésorerie.

Monsieur Grafinski devint fort pâle. Le chancelier, attendant son tour, était probablement occupé à ses prières. Pareil à un gros chat, Gondremark observait. Gotthold, de son côté, examinait son cousin avec étonnement : Othon faisait certainement preuve d’énergie, mais que pouvait signifier à ce grave moment toute cette question d’argent, et pourquoi gaspillait-il ainsi ses forces sur une affaire toute personnelle ?

— Je vois, dit Othon, posant le doigt sur le registre, que nous avons en caisse vingt mille écus.

— C’est exact, Votre Altesse, répliqua le baron, mais nos engagements, qui ne sont pas heureusement tous à liquider, montent à une somme beaucoup plus forte. Et, au point où nous en sommes, il serait absolument impossible de disposer d’un seul florin. En théorie, la caisse est vide. Nous avons encore à payer une lourde note pour matériel de guerre.

— Pour matériel de guerre ? s’écria Othon, jouant admirablement la surprise. Mais, si ma mémoire ne me trompe pas, nous avons soldé ces comptes en janvier.

— Il y a eu de nouvelles commandes, expliqua le baron. On a complété un nouveau parc d’artillerie, cinq cents équipements d’armes, sept cents mules de train… Les détails se trouvent dans un mémoire spécial. Monsieur le secrétaire Holtz, le mémoire, s’il vous plaît.

— On dirait vraiment, Messieurs, que nous sommes sur le point d’entrer en guerre, dit Othon.

— Ce qui est vrai, fit Séraphine.

— En guerre !… s’écria le prince. Et, avec qui donc, Messieurs ? La paix dans Grunewald a duré des siècles ; de quelle agression, de quelle insulte avons-nous à nous plaindre ?

— Votre Altesse, dit Gotthold, voici l’ultimatum. On en était à l’article de la signature même quand Votre Altesse est si opportunément arrivée.

Othon étala le document devant lui. Et tout en lisant il tambourinait des doigts sur la table. — Se proposait-on, demanda-t-il, d’expédier cette dépêche sans s’informer si tel était mon bon plaisir ?

Un des non-combattants, désireux de rentrer en grâce, s’offrit à répondre : — Monsieur le docteur d’Hohenstockwitz, hasarda-t-il, venait justement de prononcer son dissentiment.

— Qu’on me donne le reste de cette correspondance ! dit le prince. Les papiers lui furent passés, et il les lut patiemment d’un bout à l’autre. Pendant ce temps, les conseillers demeurèrent assez sottement à regarder droit devant eux, sur la table. Les secrétaires, au fond de la salle, s’entre-regardaient d’un air charmé : une scène au conseil était pour eux un spectacle rare et plein d’agrément.

— Messieurs, dit Othon, quand il eut achevé, j’ai lu tout ceci avec douleur. Cette prétention sur Obermünsterol est palpablement injuste : il n’y a pas là-dedans nuance, pas ombre de justice. En toute cette histoire il n’y a pas matière suffisante pour une discussion d’après-dîner… et vous vous proposez de la forcer en casus belli ?

— Il est vrai, Votre Altesse, dit Gondremark, trop sage pour défendre l’indéfendable, la prétention sur Obermünsterol n’est qu’un prétexte.

— C’est bien, dit le prince, monsieur le Chancelier, prenez votre plume. Le Conseil,… reprit-il en dictant ; puis, en parenthèse, et s’adressant plus directement à sa femme : — Je ne fais aucune allusion à mon intervention, dit-il ; je ne dis rien de l’étrange procédé au moyen duquel cette affaire a été conduite sans ma connaissance, en contrebande pour ainsi dire : il me suffit d’être arrivé à temps. Le Conseil, recommença-t-il, le Conseil, ayant de nouveau envisagé les faits, et éclairé par la communication contenue dans la dernière dépêche de Gérolstein, a le plaisir d’annoncer qu’il se trouve parfaitement d’accord, tant sur la question de fait que sur celle de sentiment, avec la cour grand-ducale de Gérolstein… y êtes-vous ? C’est donc sur ces données, Monsieur, que vous allez rédiger la dépêche.

— Si Votre Altesse veut bien me permettre, dit le baron ; Votre Altesse ne connaît que si imparfaitement l’histoire intérieure de cette correspondance, que toute intervention de sa part ne saurait être que nuisible. Une dépêche telle que celle que Votre Altesse se propose de faire écrire, enrayerait entièrement la politique de Grunewald.

— La politique de Grunewald ? s’écria le prince. Il serait vraiment à supposer que vous n’avez aucun sens du ridicule !… Que voulez-vous pêcher dans cette tasse à café ?

— Avec respect, Votre Altesse, répliqua le baron, je ferai observer que même une tasse à café peut contenir du poison… L’objectif de cette guerre n’est pas simplement un agrandissement territorial ; encore moins est-ce une guerre pour la gloire, car, ainsi que Votre Altesse l’indique, la principauté de Grunewald est trop infime pour être ambitieuse. Mais le corps de l’État est sérieusement malade. Le républicanisme, le socialisme, nombre d’idées révolutionnaires ont pris racine dans le pays. Cercles par cercles, une organisation réellement formidable s’est étendue autour du trône de Votre Altesse.

— J’en ai entendu parler, monsieur de Gondremark, fit le prince, mais j’ai lieu de penser que vos informations ont plus d’autorité.

— Cette expression de confiance de la part de mon prince m’honore, répliqua Gondremark sans perdre contenance. C’est donc simplement en vue de ces désordres, que notre politique extérieure présente a été dirigée. Il fallait quelque chose pour distraire l’attention publique, pour employer les désœuvrés, pour rendre populaire le gouvernement de Votre Altesse, et pour le mettre à même de réduire les impôts, d’un seul coup et d’une façon considérable. L’expédition projetée (car on ne saurait sans hyperbole appeler cela une guerre) a semblé aux yeux du Conseil réunir les caractères divers dont il est besoin. Une amélioration sensible s’est montrée dans les sentiments populaires rien qu’à la nouvelle de nos préparatifs, et je ne doute aucunement qu’après nos succès l’effet produit dépassera nos espérances les plus hardies.

— Vous êtes fort adroit, monsieur de Gondremark, dit Othon. Vous me remplissez d’admiration. Je n’avais pas jusqu’ici rendu justice à toutes vos qualités.

Séraphine, saisie de joie, et supposant Othon vaincu, leva les yeux. Mais Gondremark attendait toujours, armé de toutes pièces : il savait combien est opiniâtre la révolte d’un caractère faible.

— Et le plan d’armée territoriale auquel on m’a persuadé de donner mon assentiment, poursuivit le prince, visait-il secrètement au même but, aussi ?

— J’ai toujours lieu de croire que l’effet en a été salutaire, répondit le baron ; la discipline et la garde à monter sont d’excellents sédatifs. Mais j’avouerai à Votre Altesse que j’ignorais encore à la date de ce décret toute l’étendue du mouvement révolutionnaire. Aucun de nous, je pense, ne s’est imaginé que cette armée territoriale fît partie du programme républicain.

— En était-il ainsi, vraiment ? demanda Othon. C’est étrange ! Et sur quelles données imaginaires ?

— Les raisons étaient, à la vérité, imaginaires. On opinait, chez les meneurs du parti, qu’une armée territoriale, tirée du peuple et retournant au peuple, se montrerait, en cas de soulèvement populaire, assez tiède ou même positivement infidèle envers le trône.

— Parfaitement, dit le prince. Je commence à comprendre.

— Son Altesse commence à comprendre, répéta Gondremark avec la plus douce politesse. Oserai-je la prier de compléter sa phrase ?

— Je commence à comprendre l’histoire de la révolution, répondit froidement le prince. Et maintenant, ajouta-t-il, qu’en concluez-vous ?

— Je conclus, Votre Altesse, par une simple réflexion, dit le baron qui reçut la botte sans broncher. La guerre est populaire : que la rumeur en soit contredite demain, et beaucoup de classes en ressentiront un désappointement considérable. Étant donnée la tension présente des esprits, la plus petite émotion pourrait suffire à précipiter les événements : là est le danger. La révolution est imminente ; nous sommes assis, autour de cette table de conseil, sous l’épée de Damoclès.

— Alors réunissons nos têtes, dit le prince, et trouvons quelque moyen honorable d’obtenir la sécurité !

Jusqu’ici, depuis que la première note d’opposition était sortie des lèvres du bibliothécaire, c’est à peine si Séraphine avait prononcé vingt mots. Le visage un peu échauffé, les yeux baissés, battant nerveusement de temps à autre du pied sur le parquet, elle s’était tue, et avait héroïquement contenu sa colère. Mais à ce point de l’escarmouche elle perdit le contrôle de sa patience.

— Trouver quelque moyen ! s’écria-t-elle. Eh ! les moyens étaient déjà tout trouvés et préparés, avant même que vous en sussiez le besoin ! Allons, signez cette dépêche, et finissons-en !

— Madame, répondit Othon en saluant, j’ai dit quelque moyen honorable. Cette guerre, à mes yeux et d’après le rapport même de M. de Gondremark, est un expédient inadmissible. Si nous avons mal gouverné ce pays de Grunewald, faut-il que les gens de Gérolstein saignent et payent pour nos méfaits ? Jamais, Madame, tant que j’aurai vie. Mais, néanmoins, j’attache tant d’importance à tout ce que j’ai entendu aujourd’hui pour la première fois (et pourquoi aujourd’hui seulement je ne m’arrêterai pas à le demander), que j’ai hâte de trouver quelque plan qu’il me soit possible de suivre avec honneur pour moi-même.

— Et si vous n’en trouvez pas ? demanda-t-elle.

— Si je n’en trouve pas, répondit-il, j’irai au-devant du coup. À la première manifestation ouverte de mécontentement je convoque les États, et quand il leur plaira de me le demander, j’abdiquerai.

Séraphine eut un sourire de colère.

— Voilà bien l’homme pour lequel nous avons tout ce temps travaillé ! s’écria-t-elle. Nous lui annonçons un changement… Il trouvera un moyen, répond-il. Et ce moyen c’est… l’abdication ! Ah ! Monsieur, n’avez-vous pas honte de venir ici à la onzième heure parmi ceux qui ont supporté les fatigues du combat ? N’êtes-vous pas émerveillé de vous-même ? Moi, Monsieur, je me suis trouvée ici à ma place, luttant seule pour maintenir votre dignité ; j’ai tenu conseil avec les plus sages que j’aie pu trouver, pendant que vous mangiez, que vous chassiez… J’ai dressé mes plans avec prévoyance ; ils étaient mûrs pour l’action. Alors — elle étouffa, — alors, vous revenez, pour une matinée, vous revenez pour tout ruiner ! Demain vous serez de nouveau affairé de vos plaisirs, et vous nous permettrez de nouveau de penser et de travailler pour vous… Puis vous reviendrez encore une fois, et encore une fois ce sera pour mettre le désarroi dans ce que vous n’avez pas eu la patience ou la science nécessaire pour concevoir vous-même. Oh ! c’est insupportable ! Ayez quelque modestie, Monsieur ! Ne présumez pas trop de ce rang qu’il vous est impossible de maintenir dignement. À votre place, moi, je ne lancerais pas mes ordres avec tant d’assurance… Il ne tient guère à vos propres mérites qu’on les exécute. Qu’êtes-vous ? Qu’avez-vous à faire en ce grave conseil ? Allez, s’écria-t-elle, allez, avec vos égaux !… Le peuple même de la rue se rit d’un pareil prince !

À cette étonnante sortie, tout le Conseil demeura stupéfié.

— Madame, dit le baron, à qui l’inquiétude fit perdre sa prudence habituelle, maîtrisez-vous !…

— Adressez-vous à moi ! s’écria le prince. Je ne souffrirai pas ces chuchotements.

Séraphine fondit en larmes.

— Monsieur, cria le baron en se levant, la princesse…

— Baron de Gondremark, dit le prince, encore un mot, et je vous fais arrêter !

— Votre Altesse, vous êtes le maître, répliqua Gondremark en saluant.

— Tâchez de vous en souvenir plus constamment ! dit Othon. Monsieur le Chancelier, apportez tous ces papiers dans mon cabinet ! Messieurs, le Conseil est dissous.

Là-dessus Othon salua et sortit, suivi de Greisengesang et des secrétaires, au moment même où les dames d’honneur de la princesse, appelées en toute hâte, entraient par une autre porte pour la reconduire chez elle.