Le Roman du prince Othon/Livre deuxième/Chapitre X

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher


CHAPITRE X

GOTTHOLD RÉVISE SON OPINION : CHUTE COMPLÈTE


La comtesse quitta donc le pauvre Othon sur une caresse et un soufflet administrés simultanément. Les bonnes paroles qu’elle avait prononcées au sujet de la princesse et la conclusion tout vertueuse de l’entrevue eussent sans doute dû le charmer. Néanmoins, tout en chargeant le sac d’argent sur son épaule pour aller rejoindre son palefrenier, il se sentait en proie à plus d’une impression pénible. S’être engagé dans la mauvaise voie et être remis dans la droite, c’est là un double échec pour la vanité d’un homme. La découverte de sa propre faiblesse et de son infidélité possible l’avait ébranlé jusqu’au cœur, et l’assurance de la vertu parfaite de sa femme, reçue au même instant et des lèvres mêmes d’une femme peu disposée à la juger avec indulgence, ajoutait à l’amertume de la surprise.

Il fit à peu près la moitié du chemin entre le Mercure volant et la fontaine, avant de voir clair dans ses propres pensées : il fut alors étonné d’y trouver du ressentiment. Il s’arrêta, saisi d’une sorte de colère, et de la main frappa un buisson d’où s’éleva, pour disparaître en un clin d’œil, toute une nuée de moineaux réveillés en sursaut par le coup. Il les regarda avec hébétement et, quand ils furent partis, se mit à contempler les étoiles. « Je suis en colère. De quel droit ? d’aucun ? » pensa-t-il. Mais la colère n’en persistait pas moins. Il maudit Madame de Roseu, pour s’en repentir au même instant. Lourd était le poids de l’argent sur son épaule.

Quand il fut arrivé à la fontaine, poussé par la mauvaise humeur et l’esprit de fanfaronnade, il commit un acte impardonnable : il remit le sac d’argent au palefrenier déshonnête. « Gardez cela pour moi, lui dit-il, jusqu’à ce que je vous le redemande demain. C’est une forte somme. Vous voyez, par là, que je ne vous ai pas condamné. » Là-dessus il partit, la tête haute, gonflé de l’idée qu’il venait de faire là quelque chose de fort généreux. C’était un effort désespéré pour rentrer, à la pointe de la baïonnette pour ainsi dire, dans sa propre estime, et l’effort, comme tous ceux de ce genre, fut parfaitement stérile. Il eut cette nuit, on l’aurait juré, le diable pour camarade de lit ; il ne fit que sauter et se retourner jusqu’à l’aube, pour tomber alors inopportunément dans un sommeil de plomb d’où il ne se réveilla qu’à dix heures. Manquer après tout son rendez-vous avec le vieux Killian, c’eût été un dénouement par trop tragique : il fit toute la hâte possible, retrouva (par merveille) le palefrenier fidèle à sa charge, et entra, quelques minutes seulement avant midi, dans la chambre d’hôtes à l’Étoile du Matin.

Killian s’y trouvait déjà, sec et raide dans ses habits du dimanche : un notaire de Brandenau montait la garde auprès de ses papiers étalés. Le palefrenier et l’hôtelier furent appelés pour servir de témoins. La déférence marquée de ce gros personnage surprit visiblement le vieux fermier ; mais ce ne fut que lorsque Othon eut pris la plume et signé son nom, que la vérité éclata dans son esprit. Alors il fut hors de lui.

— Son Altesse, cria-t-il, Son Altesse !… Et il continua à s’exclamer de la sorte jusqu’à ce que son intelligence eût enfin réussi à saisir la situation. Il se retourna alors vers les témoins. — Messieurs, leur dit-il, vous vivez dans un pays hautement favorisé de Dieu ; car de tous les généreux gentilshommes, je l’affirme sur ma conscience, celui-ci est le roi. Je suis vieux, et j’ai vu bien des choses, bonnes et mauvaises… j’ai vu l’année de la grande famine… mais un plus excellent gentilhomme, non, jamais !

— Ça, nous le savons, dit l’hôtelier. Ah ! oui, nous savons ça en Grunewald ! Nous ne demanderions qu’à voir Son Altesse plus souvent !

— Le meilleur prince… commença le palefrenier. Mais il s’arrêta tout à coup, étouffant un sanglot ; sur quoi chacun se retourna, étonné, pour observer cette émotion ; Othon tout le premier, frappé de remords à la vue d’une reconnaissance pareille.

Puis ce fut le tour du notaire de tourner son compliment. — Je ne sais, dit-il, ce que la Providence peut tenir en réserve, mais ce jour-ci sera sans doute compté comme un des plus beaux dans les annales de votre règne. Les acclamations des armées ne sauraient être plus éloquentes que l’émotion visible sur ces visages d’honnêtes gens. Et le notaire de Brandenau salua, sautilla, se recula et huma une prise, avec tout l’air d’un homme qui a trouvé une belle occasion et ne l’a pas laissé échapper.

— Eh bien, mon jeune gentilhomme, dit Killian, en vous demandant de pardonner ma simplicité si je vous appelle gentilhomme, vous avez, je n’en doute pas, accompli plus d’une bonne chose en votre vie, mais jamais une meilleure que celle-ci, voyez-vous… ni une qui sera plus bénie de la Providence. Et, quels que soient votre bonheur et vos triomphes dans cette haute position où vous avez été appelé, ils ne souffriront pas, Monseigneur, de la bénédiction d’un vieillard.

La scène tournait à l’ovation, et quand le prince put s’échapper il se sentait possédé d’une unique idée, qui était de n’aller que là où il serait sûr de trouver le plus de louanges. Sa conduite à la table du Conseil lui revint en tête comme un assez beau chapitre, et cela lui remit Gotthold en mémoire. Il irait donc trouver Gotthold.

Gotthold était, comme d’habitude, dans la bibliothèque, et, quand Othon fit son entrée, il jeta sa plume sur la table, d’un air un peu irrité. — Ah ! dit-il, te voilà donc !

— Eh bien, répondit Othon, nous avons fait une révolution, ce me semble.

— C’est ce que je crains, riposta le docteur.

— Comment dis-tu ? C’est ce que tu crains ? fit Othon. Bah ! la crainte, c’est l’enfant brûlé. J’ai appris à connaître ma force et la faiblesse des autres, et j’ai l’intention maintenant de gouverner moi-même.

Gotthold ne répondit rien, mais il baissa les yeux, et se frotta le menton.

— Tu désapprouves ? s’écria Othon. Quelle girouette tu fais !

— Au contraire, répliqua le docteur. Mes observations ont confirmé ma crainte. Cela ne va pas, Othon. Cela ne va pas du tout.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda le prince qui reçut le coup avec douleur.

— Rien ne va, répondit Gotthold. Tu n’es pas fait pour la vie d’action. Tu manques de fond. Tu n’as pas l’habitude, le contrôle de soi, la patience nécessaire. En cela ta femme vaut mieux… beaucoup mieux, et quoiqu’elle soit en de mauvaises mains elle fait preuve d’une aptitude bien différente. C’est une femme d’affaires ; toi, mon garçon, tu n’es… enfin tu es toi-même. Je t’en prie, retourne à tes plaisirs ! Magister aimable et souriant, je t’accorde vacances pour la vie.

Oui, poursuivit-il, forcément il arrive un jour, pour nous tous, où il faut cesser de croire à notre profession de foi philosophique. J’en étais venu, impartialement, à n’avoir confiance en personne. Et si, dans l’atlas des sciences, il était deux cartes dont je me méfiais plus particulièrement que des autres, c’était celles de la politique et de la morale. Au fin fond de mon cœur j’avais un faible pour tes vices : ils étaient négatifs et flattaient ma philosophie. Je les regardais presque comme autant de vertus. Eh bien, Othon, j’avais tort. J’abjure mon scepticisme philosophique : je m’aperçois que tes fautes sont impardonnables. Tu es incapable de faire un prince, incapable de faire un mari. Et je te donne ma parole que je préférerais de beaucoup voir un homme faire le mal d’une façon capable, que de s’embrouiller en tâchant de bien agir.

Othon, extrêmement maussade, gardait le silence.

Au bout d’un certain temps le docteur reprit : — Je commencerai par le moins important, ta conduite envers ta femme. Tu es allé, à ce que j’apprends, chercher une explication avec elle. Cela pouvait être bien ou mal, je n’en sais rien. Mais une chose est certaine, c’est que tu l’as courroucée. Au Conseil, elle t’insulte… Et qu’est-ce que tu fais ? tu l’insultes à ton tour ; toi, un homme, contre une femme ; toi, le prince contre ta princesse… et en public ! Ensuite, par-dessus le marché, tu te proposes (l’histoire en court comme le vent) de lui retirer le droit de signature. Crois-tu qu’elle te pardonne jamais cela ? Elle, femme, jeune, ambitieuse, ayant conscience de talents bien supérieurs aux tiens ?… Jamais de la vie, Othon ! Puis, en fin de compte, à un moment critique comme celui-là, tu vas t’enfoncer dans l’encognure d’une fenêtre avec cette reluqueuse de Rosen ! Je n’imagine pas pour un instant qu’il y ait là grand mal, mais ce que je maintiens c’est que c’était, à plaisir, manquer de respect à ta femme. Car, voyons, cette dame est impossible.

— Gotthold, dit Othon, je ne veux pas entendre dire du mal de la comtesse !

— Ce n’est, certes, pas du bien que tu en entendras ; et si tu veux que ta femme garde la fleur de l’innocence, purge-moi ta cour de tout ce demi-monde !

— Voilà bien l’injustice ordinaire des proverbes… Le préjugé du sexe ! Pour toi, c’est une demi-mondaine : que dirais-tu alors du Gondremark ? Si elle était homme…

— Ce serait exactement la même chose, répliqua rudement Gotthold. Quand je rencontre un homme, parvenu à l’âge de sagesse, qui parle à double entente, qui se vante de ses vices… je crache de l’autre côté ! Vous, l’ami, me dis-je, vous n’êtes pas même galant homme. Eh bien, elle, ce n’est pas même une véritable femme du monde.

— C’est la meilleure amie que je possède, fit Othon. Et il me plaît qu’on la respecte.

— Si c’est là vraiment ta meilleure amie, tant pis pour toi ! répondit le docteur. Les choses n’en resteront pas là.

— Ah ! s’écria Othon, que voilà bien la charité des vertueux ! Tout est mauvais dans le fruit taché ! Mais je puis vous assurer, Monsieur, que vous prodiguez l’injustice à madame de Rosen.

— Ah ! vous pouvez m’assurer cela, Monsieur ? dit le docteur finement. Vous avez essayé ? Vous avez tenté de passer les frontières ?

Le sang monta au visage d’Othon.

— Ah ! poursuivit Gotthold, regarde ta femme, et rougis. Voilà une femme à épouser… pour se l’aliéner !… Un œillet, Othon ! L’âme vit dans ses yeux.

— Je m’aperçois que tu as changé de note au sujet de Séraphine, dit Othon.

— Changé de note ! s’écria le docteur enthousiasmé. Bah ! Quand donc ai-je parlé autrement ? Ma foi, j’avoue que je l’ai admirée, au Conseil. Quand elle était assise là, frappant du pied, je l’admirais comme j’admirerais un ouragan. Si j’étais de ceux qui osent s’aventurer dans le mariage, c’eût été là un prix capable de me tenter. Elle attire, comme le Mexique attirait Cortez… L’entreprise est ardue, les naturels sont hostiles, cruels aussi, je crois… mais la capitale est pavée d’or, la brise y souffle du paradis. Oui… je saurais désirer pareille conquête. Mais courtiser une Rosen ? Jamais !… Les sens ? Je les renie. Qu’est-ce ? Un prurit. La curiosité ? alors passe-moi mon manuel d’anatomie.

— Mais, à qui dis-tu tout cela ? Toi, entre tous les hommes, tu dois bien savoir comme j’aime ma femme.

— Oh ! l’amour ! fit Gotthold. C’est un grand mot, l’amour. On le trouve dans les dictionnaires. Si tu l’avais aimée, elle t’aurait payé de la même monnaie. Qu’est-ce qu’elle demande ? Un peu d’ardeur !

— Il est difficile d’aimer pour deux, répondit le prince.

— Difficile ? Eh ! voilà la pierre de touche ! Oh ! je connais mes poètes, s’écria le docteur. Nous ne sommes que feu et poussière, trop arides pour supporter les brûlures de la vie… l’amour, comme l’ombre d’un haut rocher, devait prêter sa fraîcheur, son repos, non seulement à l’amant mais à l’amante et aux enfants qui sont leur récompense. Les amis eux-mêmes devraient pouvoir chercher le repos aux alentours de ce paisible bonheur. L’amour qui ne sait pas se bâtir un foyer n’est pas l’amour. La rancune, les querelles, les récriminations, voilà ce que tu appelles l’amour, toi ! Tu peux la contrecarrer ouvertement, l’insulter à sa face, et puis appeler cela de l’amour !… De l’amour, grand Dieu !

— Gotthold, tu es injuste, dit le prince. Je combattais alors pour mon pays.

— Oui, et c’est là le pire, répondit le docteur. Tu n’as pas même pu voir que tu avais tort, qu’avancé comme on était, toute retraite signifiait forcément la ruine.

— Mais, enfin, tu me supportais ! s’écria Othon.

— C’est vrai, j’étais aussi fou que toi, répliqua Gotthold. Mais maintenant mes yeux sont dessillés. Si tu continues sur le chemin où tu t’es engagé, si tu renvoies en disgrâce cette canaille de Gondremark, si tu laisses publier le scandale qui divise ta Maison, il arrivera à Grunewald une chose abominable… une révolution, mon cher,… une révolution.

— Pour un rouge, c’est étrangement parler.

— Républicain rouge, mais non pas révolutionnaire, répliqua le docteur. C’est une vilaine chose, sais-tu, qu’un Grunewaldien ivre. Un seul homme peut maintenant sauver le pays de ce danger, et cet homme est ce tartufe de Gondremark, avec qui je te conjure de faire ta paix. Ce ne sera pas toi, ce ne sera jamais toi qui ne sais rien faire, que d’escompter ta position sociale… toi qui perdis un temps précieux à mendier de l’argent ! Mais, au nom du ciel, pourquoi faire ? Pourquoi de l’argent ! Quel mystère idiot se cachait là-dessous ?

— Ce n’était pour rien de bien méchant, dit Othon avec humeur. C’était pour acheter une ferme.

— Acheter une ferme ! cria Gotthold. Acheter une ferme !

— Eh bien, oui. Et puis après ? Et, quant à cela, je l’ai achetée, cette ferme.

Gotthold bondit sur son siège. — Et comment cela ? s’écria-t-il.

— Comment ? répéta Othon, un peu saisi.

— Eh oui, comment ! répliqua le docteur. Comment en as-lu trouvé l’argent ?

La figure du prince s’assombrit. — Cela, dit-il, c’est mon affaire.

— Tu vois bien que tu as honte, riposta Gotthold. Ainsi tu achètes une ferme au moment où ton pays est en danger !… Sans doute afin d’être prêt pour ton abdication. Et j’opine que tu as volé les fonds. Il n’y a pas trois moyens d’obtenir de l’argent, il n’y en a que deux ; le gagner ou le voler. Et maintenant, après avoir combiné Charles-Quint avec Cartouche, tu viens me trouver pour que je fortifie ta vanité. Mais je veux avoir le cœur net de cette affaire : jusqu’à ce que je sache à fond ce qu’il en est, je garde ma main derrière mon dos. On peut être le prince le plus piteux du monde, mais il faut rester gentilhomme sans tache.

Le prince s’était levé, pâle comme un linge.

— Gotthold, dit-il, vous me poussez à bout. Prenez garde, Monsieur,… prenez garde !

— Me menacerais-tu, par hasard, ami Othon ? Ce serait là une jolie conclusion.

— Quand m’avez-vous jamais vu employer mon pouvoir au profit d’une animosité privée ? s’écria Othon. Adressées à un simple particulier, vos paroles seraient une insulte impardonnable, mais sur moi il vous est facile de lancer vos traits en toute sécurité. Je devrais même, vraiment, m’arrêter à vous faire compliment de votre rude franchise. Je vous dois plus que le pardon, je vous dois mon admiration, pour le courage que vous déployez en bravant ce… ce formidable monarque, comme un Nathan devant David. Mais, Monsieur, vous venez de déraciner, sans merci aucune, une vieille affection. Vous me laissez bien dénué, en vérité… Mon dernier lien est brisé. J’en atteste le ciel, pourtant, j’ai essayé de bien faire. Et voilà ma récompense : je me trouve seul ! Je ne suis pas un galant homme, dites-vous ? Mais c’est vous pourtant qui avez pu, en tout ceci, trouver de quoi ricaner ! Et, bien qu’il me soit clair comme le jour maintenant où vos sympathies ont été se loger, moi je vous en épargnerai la raillerie.

Gotthold bondit. — Othon, êtes-vous fou ? s’écria-t-il. Parce que je vous demande d’où proviennent certaines sommes, et parce que vous refusez…

— Monsieur de Hohenstockwitz, dit Othon, j’ai cessé de désirer votre aide en mes affaires. J’en ai entendu assez et vous avez suffisamment foulé ma vanité aux pieds. Que je ne sache pas gouverner, que je ne sache pas aimer, c’est fort possible, vous me le répétez avec toutes les apparences de la sincérité. Mais Dieu m’a accordé une vertu : je sais pardonner. Je vous pardonne. Même en ce moment, et troublé par la colère, je sais comprendre ma faute, et, partant, votre excuse. Et si j’exprime le désir qu’à l’avenir vous m’épargniez votre conversation, Monsieur, ce n’est pas par aucun ressentiment, non certes, mais c’est que, par le ciel ! aucun homme au monde ne saurait supporter pareil traitement ! Ayez la satisfaction, Monsieur, d’avoir arraché des larmes à votre souverain… d’avoir vu cet homme, à qui vous avez si souvent reproché son bonheur, réduit au dernier point de la solitude et de la douleur. Pas un mot de plus ! Moi, votre prince, Monsieur, je revendique le dernier mot, et ce dernier mot sera : le pardon.

Sur ce, Othon sortit de l’appartement. Le docteur Gotthold se trouva seul, et en lutte avec les sentiments les plus opposés : le chagrin, le remords et l’amusement. Marchant de long en large devant sa table, il se demanda, les mains levées au ciel, lequel des deux était le plus à blâmer en cette malheureuse rupture.

Au bout d’un instant il alla chercher dans un bahut une bouteille de vin du Rhin et un gobelet du plus beau rubis de Bohême. Le premier verre le consola un peu et lui réchauffa le cœur. Après le second il commença à envisager les ennuis présents comme de la cime d’une montagne ensoleillée. Un peu plus tard, plein de cette satisfaction factice et regardant la vie au travers de ce milieu doré, il dut admettre, avec un sourire et un soupir à demi satisfait, qu’il avait peut-être été un peu rude dans sa manière d’agir avec son cousin. — Il a dit vrai, après tout, ajouta le bibliothécaire repentant, il a dit vrai… À ma façon d’ermite, j’adore la princesse.

Et, alors, rougissant plus profondément, et presque en cachette bien qu’il fût seul dans cette grande galerie, il but son dernier verre à Séraphine, jusqu’à la dernière goutte.