Le Salut par les Juifs/Chapitre 29

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Joseph Victorion et Cie (p. 125-128).

XXIX


Parmi tous les préjugés ou congénitales opinions dont la multitude s’accommode, il n’existe rien de plus fortement rivé dans l’âme chrétienne que le lieu commun surbanal qui consiste à expliquer la fameuse cupidité juive et l’instinct de mercantilisme universel du peuple errant par un rigoureux décret qui le châtierait ainsi d’avoir trafiqué de son Dieu.

Incontestablement, à partir de la vendition du Christ où cet instinct se déchaîna, les Juifs ont été fixés dans leur infidélité, juste au point mathématique où se consommait ignoblement leur vocation de dépositaires des prophéties ; — de même que tous les hommes, d’après la Théologie, sont irrémédiablement amarrés à la circonstance précise du péché dont ils sont impénitents, quand la mort vient les y surprendre.

Je n’ai jamais dit autre chose et je crois même avoir assez entr’ouvert sur les lieux obscurs cette porte blême de l’Irrévocable.

Mais le « Ver » de leur damnation les rongeait à l’intérieur, depuis très-longtemps, lorsqu’il apparut. Car l’essence, des choses ne dévie pas, les plus atroces pervers n’ont pas le pouvoir de supplanter leur propre nature et il serait contraire aux arrangements indéclinables de Dieu que les Juifs n’eussent pas toujours été, substantiellement, ce qu’on les voit être aujourd’hui, et cela dès l’origine, — jusque dans les flancs d’Abraham qui les a tous engendrés.

L’immensité de ce Nom, béni au-dessus de tous les noms, et la sainteté colossale du Patriarche n’y peuvent rien.

Que dis-je ? Ne donnent-elles pas justement, pour l’effroi de la pensée, quelque mesure appréciable de la chute en avalanche de ses innombrables enfants qui ne cessent de dégringoler au travers de l’histoire humaine, en rebondissant contre toutes les parois sonores ?

En ce tabernacle sublime qui se nomme pour l’éternité le « Sein d’Abraham » dut exister, tout d’abord, à l’état d’indicible germe, l’horrible ivraie de malédiction et de dégoût que cultive exclusivement, avec tant de soin, la postérité cadavéreuse de l’ « Appelé » de Jéhovah.

En d’autres termes, celui qui fut désigné l’ « Ami de Dieu pour toujours » et qui n’eut jamais « son semblable en gloire », dut porter au dedans de lui, — sous les espèces de la lumière, — toute la chiennerie des usures et des brocantages dont sa descendance lointaine, réprouvée du genre humain, devrait subsister dans les temps futurs.

L’admirable négociation de l’amnistie de Sodome, au XVIIIe chapitre de la Genèse, en est un exemple confondant.

Qu’il me soit donc permis, pour délivrer enfin tout à fait mon âme, d’en citer ici une paraphrase un peu plus qu’extraordinaire…

L’auteur dont j’ai promis de respecter l’anonyme et qui est, je crois, — en même temps qu’un pestiféré, — le dernier fervent de la haute exégèse des anciens jours, apparaît ici tel qu’un intraitable spéculatif d’Absolu, ne consentant pas à se déplacer un seul instant de ce point : qu’Abraham est absolument le Père du Fils de Dieu par Marie et que c’est au nom de la Vierge Mère qu’il lui faut parler…

Il est bien entendu que cette page est offerte comme ces caractères en relief qui servent à l’éducation littéraire des jeunes aveugles.

Les lecteurs au tâtonnement lucide y trouveront à coup sûr une preuve singulière de la juiverie du Patriarche qui marchande pied à pied, — comme un Youtre d’Alger ou de Varsovie marchanderait un haillon pourri, — le très-juste assouvissement de son Seigneur en colère.

Miséricordieuse, adorable juiverie des commencements, lorsque le nom même des Juifs n’était pas encore et que les chevreaux des pasteurs pouvaient exulter sur des collines pleines de parfums et d’encensoirs, que n’avait pas profanées l’abomination du Peuple de Dieu !