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Le Volcan d’or/Partie II/Chapitre 14

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Bibliothèque d’éducation et de récréation (p. 431-442).


XIV

OÙ L’ON SE FAIT SAUTER.


La deuxième attaque avait donc été repoussée comme la première, et avec un succès plus grand. Pas un seul des Canadiens ne manquait à rappel, alors que la troupe assaillante avait perdu le quart de son effectif.

Toutefois, si la situation s’était améliorée, il s’en fallait qu’elle fût devenue brillante. Les forces en présence demeuraient fort inégales, et, d’ailleurs, on ne pourrait considérer la victoire comme acquise qu’après avoir purgé la région du dernier des bandits qui l’infestaient. Jusque-là, le soin de la défense absorberait toute l’attention de la caravane et il serait impossible de se livrer en sécurité à aucun travail de prospection ou d’exploitation.

Ce résultat serait-il obtenu en temps voulu ? Faudrait-il, au contraire, s’épuiser en de stériles combats et n’obtenir la victoire qu’au moment où la proximité de l’hiver la rendrait inutile ? Dans trois semaines, on serait dans la nécessité de partir, si l’on voulait échapper à la mauvaise saison, à ses tourmentes, ses neiges, ses blizzards, si l’on voulait, après avoir vaincu l’attaque des hommes, éviter celle de la nature plus implacable et plus farouche encore.

Et pourtant, sous prétexte de gagner du temps, Ben Raddle devait-il, tant que les Texiens seraient là, donner suite à son projet de provoquer l’éruption, en précipitant les eaux du rio dans le cratère ? Hunter, maître du sommet du volcan, ne recueillerait-il pas seul alors le fruit de tant de peines et de tant d’efforts ?

Ben Raddle ne cessa d’agiter ces questions pendant toute la journée du 22 juillet qu’aucun incident ne vint troubler.

Ce calme insolite ne laissait pas de l’étonner. Hunter entendait-il maintenant faire traîner les choses en longueur ? Dans ce cas, les assiégés, pressés par l’approche de l’hiver, seraient dans la nécessité d’aller chercher leurs adversaires en rase campagne et de solutionner à tout prix une querelle qui ne pouvait s’éterniser.

Le lendemain, de très bonne heure, le Scout et Ben Raddle, après avoir franchi le canal, vinrent observer la plaine. Elle était déserte. Aucune troupe en marche du côté de la forêt. Hunter se serait-il donc résolu à un départ définitif ?

« Il est fâcheux, dit alors Bill Stell, que l’ascension du Golden Mount soit impossible du côté du campement. Nous les aurions aperçus en nous portant sur l’autre bord du plateau.

— En effet, Bill, c’est fort regrettable, répondit Ben Raddle.

— Il n’y a pas de danger, je pense, reprit le Scout, à ce que nous nous écartions de quelques centaines de pas du mont ?

— Aucun, Bill, puisqu’il n’y a personne en vue. Ce que nos hommes ont fait hier, nous pouvons le faire nous-mêmes. Et, d’ailleurs, quand bien même nous serions aperçus, nous aurions toujours le temps de revenir au canal et de refermer la barricade.

— Allons donc, monsieur Raddle. Nous verrons du moins le sommet du volcan. Peut-être les vapeurs sont-elles plus épaisses, et peut-être le cratère commence-t-il à rejeter des laves.

Tous deux s’éloignèrent d’un quart de lieue dans le Sud. Aucun changement ne s’était produit à l’orifice du cratère, d’où s’échappaient en tourbillons des vapeurs zébrées de flammes que le vent rabattait vers la mer.

« Ce ne sera pas encore pour aujourd’hui, remarqua le Scout.

— Ni pour demain, approuva l’ingénieur. Au reste, je ne m’en plains pas. J’en suis à désirer maintenant que l’éruption n’ait pas lieu avant le départ de Hunter… s’il doit partir !

— Il ne partira pas, dit Bill Stell, en montrant une fumée qui s’élevait au pied du dernier contrefort du Golden Mount.

— Oui… dit Ben Raddle, ils sont toujours là… comme chez eux !.. Et, puisque nous ne tentons pas de les faire déguerpir, ils en concluront à bon droit que nous ne sommes pas en force. »

Tous deux, après avoir parcouru la plaine du regard, revinrent vers le canal, et rentrèrent au campement.

On était au 23 juillet, et Ben Raddle voyait avec douleur les jours s’écouler sans amener aucun résultat.

Dans trois semaines, ainsi que le faisait observer le Scout, il serait déjà bien tard pour reprendre le chemin du Klondike, où la caravane n’arriverait pas avant le 15 septembre. Or, à cette date, les mineurs qui vont passer la mauvaise saison à Vancouver ont quitté Dawson City, et les derniers paquebots descendent le cours du Yukon.

Souvent Summy Skim s’entretenait avec Bill Stell à ce sujet, et c’est précisément ce dont ils parlèrent pendant l’après-midi, tandis que Ben Raddle se promenait sur le bord du canal.

Celui-ci, après avoir examiné le barrage, releva les branchages qui dissimulaient l’orifice de la galerie, et se glissa jusqu’à la paroi qui la séparait de la cheminée du volcan.

Une fois de plus, il s’assura de la position des trous percés à six endroits de cette paroi, et dans lesquels il avait introduit lui-même les cartouches de mine. Il constata que six autres cartouches étaient bien placées dans le barrage et vérifia le bon état de la mèche. Une allumette !.. et l’eau se précipiterait en irrésistible torrent.

Sans la présence des Texiens, c’est aujourd’hui même qu’il eût tenté la chance. Pourquoi aurait-il attendu davantage, puisque le temps pressait, puisqu’il ne semblait pas que l’éruption dût se produire d’elle-même ?

Il lui aurait suffi de mettre le feu à ces mines, dont la mèche durerait quelques minutes, et, après une demi-journée, après deux heures, une heure, moins peut-être, les vapeurs accumulées se frayeraient violemment une issue dans les airs.

Ben Raddle restait pensif devant cette paroi, maudissant son impuissance et l’impossibilité de provoquer sur-le-champ le dénouement de son plan audacieux.

Tout en réfléchissant, il écoutait les bruits de la cheminée centrale. Les ronflements lui parurent plus intenses. Il croyait même entendre un bruit de roches entrechoquées, comme si les vapeurs eussent soulevé des blocs, pour les laisser ensuite retomber. Ces symptômes étaient-ils ceux d’une éruption prochaine ?

En ce moment des cris retentirent au dehors. La voix du Scout pénétra par l’orifice de la galerie. Il appelait :

« Monsieur Raddle !.. monsieur Raddle !

— Qu’y a-t-il ? demanda l’ingénieur.

— Venez !.. venez ! répondit Bill Stell.

Ben Raddle pensa que la bande tentait un troisième assaut, et se hâta de revenir au barrage. Il y trouva Summy Skim et Jane Edgerton en compagnie de Bill Stell.

— Les Texiens nous attaqueraient-ils de nouveau ? interrogea-t-il.

— Oui ! les gueux, s’écria le Scout, mais ni en face, ni par derrière. Par en haut !

Et sa main se tendit du côté du Golden Mount.

« Voyez, monsieur Ben, ajouta-t-il.

En effet, n’ayant pu forcer le passage ni par le Sud, ni par le Nord, Hunter et les siens avaient renoncé à une attaque directe pour adopter un autre plan dont le résultat serait tout au moins d’obliger la caravane à abandonner son campement.

Montés de nouveau au sommet du volcan, ils avaient contourné le piton terminal et s’étaient portés sur le côté du plateau qui dominait les tentes canadiennes. Là, à coups de pic et de levier, ils avaient soulevé les énormes pierres, les quartiers de rochers qui s’y trouvaient entassés par centaines. Bientôt, ces blocs pesants furent poussés jusqu’au bord et commencèrent à tomber en avalanche, brisant, renversant les arbres, saccageant tout sur leur passage. Quelques-uns de ces terribles projectiles roulèrent même dans le canal, en faisant jaillir l’eau hors des berges. Ben Raddle et ses compagnons s’étaient rangés contre le flanc du mont, afin d’éviter cette grêle meurtrière.

Dans le petit bois, la place n’était plus tenable. Déjà le campement disparaissait sous l’amoncellement des blocs précipités du haut de la montagne, et son personnel avait cherché refuge sur la rive du rio, trop éloignée pour recevoir les éclats de l’avalanche.

Du matériel, il ne restait guère que des débris. Deux des chariots avaient été brisés, les tentes abattues et déchirées, les ustensiles détruits. Trois mules assommées gisaient sur le sol. Les autres, épouvantées, affolées, avaient franchi d’un bond le canal et se dispersaient à travers la plaine. C’était une véritable catastrophe.

Du matériel, il ne restait guère que des débris. (Page 435.)

De là-haut venaient des hurlements farouches, cris de joie de la bande qui s’excitait à cette abominable extermination. Et les roches de tomber toujours, se heurtant parfois au cours de leur chute, et se brisant en fragments qui s’éparpillaient comme de la mitraille.

— Mais ils vont donc nous jeter toute la montagne sur la tête ! s’écria Summy Skim.

— Que faire ? demanda le Scout.

— Ce qu’il faut faire, je ne sais, répliqua Summy Skim, mais je sais bien ce qu’il fallait faire ! Envoyer une balle à Hunter avant de parlementer avec lui !

Jane Edgerton, très énervée, haussa les épaules.

— Ce sont des mots, dit-elle, et pendant ce temps notre matériel est réduit en miettes. Il n’en restera bientôt plus rien si nous ne sauvons pas au moins ses débris. Traînons nos chariots jusqu’au rio où ils seront hors d’atteinte.

— Soit, approuva le Scout. Mais après !..

— Après ? répéta Jane Edgerton, après, nous irons au campement de ces bandits et nous les y attendrons. Nous les tirerons à bonne portée pendant qu’ils descendront, et leurs chariots viendront remplacer ceux que nous avons perdus !

Summy Skim eut un regard d’admiration pour sa vibrante compagne. Son projet était hardi, mais il pouvait réussir. Hunter et ses compagnons seraient à coup sûr en mauvaise posture, lorsqu’ils se déhaleraient le long du talus du Golden Mount sous le feu d’une vingtaine de carabines.

Évidemment, ils ne quitteraient la place qu’au moment où la pierre viendrait à leur manquer. On aurait donc le temps de longer la base de la montagne, sans être aperçu, et de se porter sur l’autre versant. Si quelques hommes de la bande s’y trouvaient, on en aurait facilement raison, et l’on attendrait la descente de Hunter et de ses compagnons, que l’on tirerait à l’affût comme des chamois ou des daims.

— Merveilleux ! s’écria Summy Skim. Appelons nos hommes, et passons le barrage. Dans une demi-heure nous serons rendus, tandis qu’il faut à ces coquins au moins deux heures pour descendre.

Bien que Ben Raddle ne se fût pas mêlé à la discussion, il avait parfaitement entendu Jane Edgerton exposer son plan, le seul, en vérité, qui parût réalisable et pratique.

Au moment où Summy Skim se mettait en mouvement, son cousin l’arrêta du geste.

— Il y a mieux à faire, dit-il.

— Quoi donc ? demanda Summy Skim.

— Répondre à la bande de Hunter comme il sied. Nous avons toute prête une arme terrible.

— Une arme ? répéta le Scout.

— Le volcan. Provoquons l’éruption, et détruisons-les tous jusqu’au dernier.

Après un court silence, l’ingénieur reprit :

— Allez retrouver nos hommes, en suivant la base de la montagne et le bord de la mer. Pendant ce temps, j’allumerai les mines, puis je vous rejoindrai rapidement.

— Je reste avec toi, Ben !.. dit Summy Skim en serrant la main de l’ingénieur.

— C’est inutile, déclara celui-ci d’un ton ferme. Je ne cours pas le moindre danger. La mèche est prête, tu le sais, et je n’aurai qu’à y mettre le feu. »

Il n’y avait pas à insister. Summy Skim, Jane Edgerton et le Scout s’éloignèrent donc afin de se réunir au gros de la caravane massé sur la rive du Rio Rubber. Aussitôt, Ben Raddle disparut par l’orifice que masquaient les branchages. En rampant, il atteignit le milieu de la galerie, puis, ayant allumé la mèche qui se réunissait, d’une part, aux cartouches de la paroi, et, de l’autre, à celles du barrage, il revint en toute hâte, et courut à son tour dans la direction de la mer.

Un quart d’heure plus tard, les mines éclataient avec un bruit sourd. Il sembla que le mont tremblait sur sa base. Le barrage fracassé se dispersa en mille débris, et l’eau du canal se précipita avec violence dans la galerie béante. À son autre extrémité, la paroi était-elle éventrée par l’explosion ? Les épaisses vapeurs fuligineuses qui fusèrent au dehors auraient répondu à cette question avant qu’on ait eu le temps de la poser. Oui, la paroi était renversée, puisque, par la blessure faite, le volcan soufflait son haleine empestée.

Un bruit assourdissant s’échappa en même temps de la galerie. Bouillonnements, hurlements, sifflements de l’eau luttant contre les premières laves et se vaporisant à leur contact.

Le feu et l’eau. Lequel des deux éléments serait victorieux dans cette bataille titanesque ? Le feu, en s’éteignant, cimenterait-il un obstacle que l’eau ne pourrait franchir ? L’eau, venue en torrent de l’inépuisable Mackensie, ne serait-elle au contraire vaincue par le feu qu’après l’avoir atteint au cœur ?

C’était le dernier problème qui restât à résoudre, et la solution allait en être donnée à l’instant.

Une demi-heure, une heure se passèrent. L’eau coulait toujours à pleins bords, s’engouffrait dans la galerie et, refoulant les vapeurs, se perdait tumultueusement dans la montagne.

Bien armée, au complet, la troupe des Canadiens s’était réfugiée au delà du Rio Rubber sur le rivage de l’Océan. Immobiles et silencieux, tous surveillaient anxieusement le phénomène.

Tout à coup, le sol fut secoué d’un frisson, et un grondement terrible vint des entrailles de la terre. Puis il se passa une étrange chose. La plaine entière parut onduler à perte de vue dans le Sud, et une poussière opaque s’éleva dont fut obscurci le disque éclatant du soleil.

Les Canadiens furent saisis de terreur. Tous, jusqu’au plus brave, connurent la peur en concevant quelle invincible force leurs faibles mains avaient déchaînée.

Mais déjà la colère du volcan semblait s’apaiser. Le nuage de poussière retombait et laissait de nouveau apercevoir le soleil.

On se rassura. Des soupirs dilatèrent les poitrines oppressées, les cœurs ralentirent leurs battements éperdus. On échangea même des sourires incertains, et l’on osa regarder autour de soi.

Rien n’était changé dans la nature. Le Rio Rubber allait toujours se perdre dans l’océan Arctique, dont les vagues continuaient à se briser sur le même rivage. Le Golden Mount, géant frappé au talon d’une blessure insignifiante et mortelle, dressait toujours son front empanaché de fumées et de flammes, indifférent au torrent d’eau que le canal déversait toujours dans ses vastes flancs.

Un nouveau quart d’heure s’écoula, et soudain, sans que rien l’eût fait pressentir, une explosion terrible retentit.

Un morceau de montagne s’écroula et tomba dans la mer, qui fut soulevée en une lame prodigieuse. Accompagnées de pierres, de morceaux de laves durcies, de scories, de cendres, des flammes et des fumées tourbillonnant à grand fracas jaillirent hors du cratère et s’élancèrent à plus de cinq cents mètres dans les airs.

À partir de ce moment, les détonations succédèrent aux détonations. Le volcan, secoué d’une rage toute fraîche, crachait vers le ciel des milliers de projectiles incandescents. Les uns retombaient dans la gueule béante qui les avait vomis. Les autres, suivant le chemin frayé par le premier effort de l’énergie plutonique, allaient s’engloutir en sifflant dans les flots de l’océan Arctique.

« Mais… Dieu me pardonne !.. balbutia Summy Skim dès que l’excès de son émotion lui permit d’articuler, c’est dans la mer qu’elles vont, nos pépites !

Cette réflexion, si Ben Raddle et Bill Stell ne l’avaient pas faite avant lui, c’est qu’ils n’étaient pas capables de prononcer une parole. La surprise, le désespoir plutôt les accablait.

Avoir entrepris ce voyage, être entré en lutte avec la nature, tant d’efforts, tant de peines, pour en arriver là !

Ben Raddle ne s’était pas trompé. En introduisant les eaux dans la cheminée volcanique, il avait, ainsi qu’il le pensait, provoqué l’éruption. Mais, cette éruption, il n’avait pas le pouvoir de la diriger, et la campagne finissait par un désastre.

Le monstre qu’il avait lâché échappait désormais à sa volonté. Rien n’aurait pu calmer l’éruption qui faisait rage. Le sol tremblait comme prêt à s’entr’ouvrir. Le mugissement des flammes, le sifflement des vapeurs faisaient vibrer l’espace. Le cône terminal avait disparu derrière un rideau de fumées brûlantes et de gaz irrespirables. Quelques-uns des blocs projetés dans les airs éclataient comme des bombes et s’éparpillaient en poudre d’or…

« Nos pépites qui éclatent !.. gémissait Summy Skim.

Tous regardaient épouvantés cet effrayant spectacle.

Ils ne songeaient guère aux Texiens en ce moment, mais seulement à ces richesses du plus prodigieux gisement du monde qui se perdaient inutiles dans les eaux de la mer Glaciale.

TOUS REGARDAIENT ÉPOUVANTÉS CET EFFRAYANT SPECTACLE. (Page 440.)

La caravane, il est vrai, n’avait plus rien à redouter de Hunter et de sa bande. Surpris par la soudaineté du phénomène, ils n’avaient sans doute pas eu le temps de se garer. Peut-être le plateau s’était-il effondré sous leurs pieds… Peut-être avaient-ils été engloutis dans le cratère ?.. Peut-être, projetés dans l’espace, brûlés, mutilés, gisaient-ils maintenant dans les profondeurs de l’océan Polaire ?

Ben Raddle fut le premier à retrouver le sang-froid.

— Venez !.. venez ! » s’écria-t-il.

À sa suite, on remonta la rive droite du Rubber qui fut passé à gué au delà du canal, et l’on s’élança dans la plaine en suivant la base du Golden Mount. Vingt minutes plus tard, on parvenait au campement des Texiens.

Les cinq ou six hommes qui y étaient restés de garde s’enfuirent vers la forêt, en se voyant assaillis à leur tour, tandis que les chevaux, épouvantés par le fracas de l’éruption et par la détonation des armes à feu, achevaient de se disperser à travers la prairie.

Les Canadiens prirent possession du campement déserté par ses défenseurs, puis leurs regards se portèrent sur les flancs abrupts de la montagne.

L’éruption qui grondait là-haut avait, en effet, accompli son œuvre destructrice. De la troupe des pirates, il ne restait que de rares survivants, qui, en proie à un affolement bien naturel, dévalaient les pentes du Golden Mount et se laissaient glisser au risque de se rompre bras et jambes.

Parmi eux, on aperçut Hunter, grièvement blessé et se traînant à peine, à une centaine de mètres au-dessus de la plaine. Les linges qui enveloppaient sa tête cachaient sans doute les traces de sa chute de l’avant-veille dont le contre-coup l’avait plongé dans un si profond évanouissement.

En voyant leur camp envahi, les malheureux, décimés, sans armes, éperdus, eurent un geste de désespoir, et, biaisant vers le Nord, s’efforcèrent d’atteindre le rivage de la mer afin de le suivre jusqu’à la forêt.

Deux d’entre eux, au moins, ne devaient pas l’atteindre.

Au moment où Hunter, soutenu par deux de ses compagnons, faisait les premiers pas dans cette nouvelle direction, un bloc énorme s’éleva du cratère mugissant. Alors que les autres projectiles du volcan allaient uniformément se perdre dans le Nord, ce bloc seul, dévié par des causes inconnues, décrivit, dans le Sud, une vaste et puissante parabole, et, avec une précision mathématique, s’abattit sur le groupe des trois Texiens fugitifs.

L’un d’eux, assez heureux pour éviter le choc, se sauva en criant. Un autre demeura sur place, littéralement broyé contre le sol.

Quant à Hunter, frappé à la tête, il tournoya sur lui-même, et, rebondissant de roche en roche, vint s’écraser au bas de la montagne.

Pendant ce temps, précédant sa victime, le bloc avait continué à rouler sur la pente. Puis sa vitesse décrut, et, comme un serviteur docile, il s’arrêta doucement aux pieds mêmes de Ben Raddle.

Celui-ci se pencha. Sous les éraflures causées par les chocs, une substance jaune brillait d’un éclat métallique. Et l’ingénieur, le cœur étreint par une grave émotion, reconnut que le bloc justicier était tout entier fait d’or pur.