Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume II/Vendidad/Fargard 12

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1892.
Annales du Musée Guimet, Tome 22.


VENDIDAD
Fargard 12
12.
Temps que le deuil dure selon le degré de parenté avec le mort.


FARGARD 12

Ce Fargard manque dans les anciens manuscrits à traduction peblvie : on ne le trouve que dans le Yendidad Sade’. D’autre part, l’analyse du Vendidad dans le Dinkart ignore également ce chapitre, et comme cette analyse est faite sur la vieille traduction pehlvie-, il semble naturel de conclure ou bien que ce chapitre n’appartenait pas primitivement au Vendidad et qu’il a été ajouté après la rédaction du Dinkart, puisque l’auteur du Dînkart ne le trouvait pas dans le Vendidad pehlvi qu’il a suivi ; ou que pour une raison quelconque qui nous échappe on n’en tît pas de traduction pehlvie : dans l’un ou l’autre cas l’authenticité du chapitre serait ébranlée. Mais l’analyse du Dînkart est loin d’être complète et l’omission de ce chapitre ne prouve pas plus que celle du F^argard X ou du Fargard XXI, dont le Dînkart ne dit rien non plus. D’autre part, les Vendidad pehlvis, tout en omettant le Fargard XII, donnent le numéro XIll à celui qui suit, ce qui donne lieu de croire que leur omission est un pur accident et que le manuscrit d’où les nôtres dérivent avait perdu les feuillets correspondants. Le texte zend lui-même, tel que le donne le Vendidad Sade, semble nous garder une trace directe de cette vieille trarluction pehlvie : ce sont trois mots étrangers au texte, dont la présence au § 7 ne s’explique bien que par l’hypothèse d’une citation faite par le Commentaire pehlvi et qui, comme souvent, sera passée de là dans le Vendidad Sade. 1. AVesteugaard, Zend Avesia, préface, p. 5.

2. West, l’nldavi lexts, IV, p. 160, noie H.

T. n. 24 Les prescriptions des chapitres précédents étaient d’un caractère général et ne dépendaient pas de la nature des rapports du fidèle avec le défunt : celles de ce chapitre sont spéciales aux parents du défunt et déterminent la longueur relative de l’upaman, qui varie selon le degré de parenté. Le sens précis du mot n’est point établi d’une façon certaine : upaman signifie proprement « rester, attendre » ’. En quoi consiste l’a/tentc dans le cas présent ? Le second paragraphe, s’il fait corps avec le premier, laisserait croire qu’il s’agit d’un abandon temporaire do la maison par les parents du mort : aujourd’hui encore, en Perse, le fils abandonne la maison où son père est mort ; il craindrait « le mauvais pas » , le badqadim ; la maison d’un homme doit mourir avec lui* : il l’abandonne et va bàlii’ plus loin : c’est pour cela que les villes en Perse meurent et se déplacent si vite. Mais c’est là une superstition trop contraire à l’esprit utilitaire du Zoroaslrisme et l’on a vu que le Vendidad condamne expressément la coutume des gens de Ilérat d’abandonner un mois durant la maison où un homme vient de mourir (I, 9, et note 20). Nous supposons donc que le mot upaman désigne simplement une période de deuiP marquée par l’abstention des occupations ordinaires. Dans l’usage actuel il n’y a point, que je sache, de deuil en règle, à part celui des trois premiers jours : il y a seulement célébration d’Afrîngân en souvenir du défunt le 10’ jour après la xio{dahuni]^ le 30° jour [sirô :^ et au bout de l’an [sdh’ùz]. La période de deuil est double pour les parents morts sans confession, ce qui laisse penser que cette période était marquée par des prières particulières, surtout sans doute par la récitation du Patet au profit du défunt. Klleesl d’autant plus longue que la parenté était plus étroite. Le maximum est pour le père de famille ou la mère de famille, qu’il ne faut pas confondre avec le père et la mère : il s’agit du chef de la famille, qui, dans 3. Farg. V, 42, 129 ; 53, 154 ; VI. 27, 50 ; Vlll, 38, 124. 4. CiiAHDlN, Voijayi’s, lit, p. 7, 33 (éd. d’Amsterdam, 1711). C.f. t’m.Aii, l’ersien, Jliis Lnnd und .seine licwolinn-, I, 52.

5. Il suit de là que le § 2, relatif à la purification de la maison, et qui est répété uniformément à ctiaque degré de parenté, n’a jjoint rapport à la durée de l’upaïuan : la date de la purification est uniforme, vient toujours après le Sag-did ( ? voir p. lG !)j et ne varie pas avec te degré de parenté. ZE.ND-AVESTA : VENDIDAD. — FARGARD 12 187

le système patriarcal, est l’ancêtre commun, s’il est en vie, et au cas contraire l’aîné de ses enfants. Voici la durée relative de la période : Pour le chef de la famille (§ 7) : six mois (ou un an). Parenté ( Pour père ou mère (§ 1) : 30 jours (ou 60). à un degré . . • | Pour fils ou fille (§ 3) : idem. ( Pour frère ou sœur (§ 5) : idem.

( Pour grand-père ou errand’mère (S 9) : 25 jours (ou 50). à deux degrés. . ] ^ „^ ^ ^„ , f -j

( Pour petit-fils ou petite-fiUe (§ li) : idem. à trois degrés*. . Pour oncle ou tante (§13) : 20 jours (ou 40). à quatre degrés. Pour cousin ou cousine (§ 1 5) : 15 jours (ou 30). à cinq degrés" . Pourpelit-cousinou petite-cousine (§17) :10jours(ou20). à six degrés . . Pour arrière-pelit-consin ou arrière-pelife-cousine (§ 19) : o jours (ou 10).

La période d’upaman n’est pas marquée pour mari et femme. 1. Si le père meurt ou si la mère meurt, combien de temps resteront (en deuil) le fils pour le père, la fille pour la mère ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur’ ? Ahura Mazda répondit : Trente jours pour un juste, soixante jours pour un pécheur.

2(5). Créateur du monde des corps, saint ! Comment purifierai-jc la maison ? Comment sera-t-elle pure de nouveau ?


6. Ea remontaul à TancfUre commun.

1. Lilt. « combien pour les dahma, combien pour les lanu-perelha ? ■>. D’après la tradition moderne, le dahma est celui qui, avant de mourir, a récité le Patct, la formule de confession, ou au moins l’Asheio vohù, qui, récité au moment suprême, est d’un prix inQni (Vt. XXI) ; le tanu-pcrelba est celui qui est mort sans confession et sans prière. Celte interprétation est en parfait accord avec les textes qui nous montrent le coupable sauvé ou perdu dans l’autre monde, selon qu’ils ont ou non fait acte de pénitence (Farg. III, note .38 ; IX. note .)5). La traduction persane rend exactement dalima par ^’aj ’— shapirrin, équivalent fi’équenl de d<ihmân) et lanii peretha par JIJjO"-m.

Ahura Mazda répondit :

Lavant trois fois voire corps, lavant trois fois vos vêtements, chantant trois fois les Gàthas, offrez le sacrifice à mon feu, liez les faisceaux de Baresman, offrez les libations aux bonnes eaux- : alors la maison sera pure ; à leur gré pourront y entrer les eaux, à leur gré les plantes, à leur gré les Amesha Spentas, ô Spitaraa Zarathushtra. 3 (9). Si le fils meurt ou si la fille meurt, combien de temps resteront (en deuil) le père pour le fils, la mère pour la fille ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur ? Ahura Mazda répondit : Trente jours pour un juste, soixante jours pour un pécheur.

4 (13). Créateur du monde des corps, saint 1 Comment purifierai-je la maison ? Comment sera-t-elle pure de nouveau ? Ahura Mazda répondit :

Lavant trois fois votre corps, lavant trois fois vos vêtements, chantant trois fois les Gâthas, offrez le sacrifice à mon feu, liez les faisceaux de Baresman, ofl’rez les libations aux bonnes eaux : alors la maison sera pure ; à leur gré pourront y entrer les eaux^ à leur gré les plantes, à leur gré les Amesha Spentas, ô Spitama Zarathushtra.

5 (f ?). Si un frère meurt ou si une sœur meurt, combien de temps resteront le frère pour le frère, la sœur pour la sœur ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur ? Ahura Mazda répondit :

Trente jours pour un juste, trente jours pour un pécheur. 6 (21). Créateur du monde des corps, saint ! Comment purifierai-je la maison ?...

7 (25). Si le maître de la maison meurt ou si la maîtresse de la maison meurt’, combien de temps restera-t-on ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur •’

2. C’est-à-dire : offrez trois fois le sacrifice : il s’agit sans doute du sacrifice offert chacun des trois jours qui suivent la mort d’un fidèle. Voir pages 152 sij. 3. La famille, étant organisée sur le régime patriarcal, vit dans une même maison sous l’autorité de son chef. ZEND-AVESTA : VENDIDAIJ. — FAKGAHI) 12 189 Ahura Mazda répondit :

Six mois pour un juste, un an pour un pécheur 8 (28). Créateur du monde des corps, saint ! Comment purifierai-je la maison ?...

9(31). Si le grand-père meurt ou si la grand’mère meurt, combien de temps resteront le petit-fils pour le grand-père, la petite-fille pour la grand’mère ’ ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur ?


Ahura Mazda répondit :

Vingt-cinq jours pour un juste, cinquante jours pour un pécheur. 10 (34). Créateur du monde des corps, saint ! Comment purifierai-je la maison ?...

i 1 (37). Si le pelit-fîls meurt ou si la petite-fille meurt, combien de temps resteront le grand-père pour le petit-fils, la grand’mère pour la petitefille ?

Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur ?

Ahura Mazda répondit :

Vingt-cinq jours pour un juste, cinquante jours pour un pécheur. 12 (40). Créateur du monde des corps, saint ! Comment purifiorai-jela maison ?...

13 (43). Si un oucle meurt, ou si une tante raeuri, combien de temps restera-t-on ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur ?

.Ahura Mazda répondit :

Vingt jours pour un juste, quarante jours pour un pécheur. 4. Suivent trois mots qui oui tout l’air d’une citation ancienne passée du peiilv perdu dans le texte zend : liaininô livalô pudiicm (cf. Vd. XY, 11). 5. nyàt ;ô (nyàliè)... uapù (napi), dans les inscriptions sassanides : nijàl ;, napi. 6. hràlùirjô : le mol désigne sans doute indifféremment l’oncle et le neveu ; car, dans l’énumération, il n’a pas plus de contre-partie (jue lùirja « cousin « (§ 15). Le sens littéral serait « parent par frère ». Le correspondant phonétique en sanscril, bhràlrivya, signifie « cousin ».

14 (45). Créateur du monde des corps, sainl ! Comment purifierai-je la maison ?... 15 (^8). Si un cousin meurt ou si une cousine meurt, combien de lemps reslera-t-on ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur ?

Ahura Mazda répondit :

Quinze jours pour un juste, quinze jours pour un pécheur. 16 (50). Créateur du monde des corps, saint 1 Comment purifîerai-je la maison ?... 17 (53). Si un petit-cousin* meurt, ou si une petite-cousine meurt, combien de temps restera-t-on ? Combien de temps pour un juste, combien de lemps pour un pécheur ?

Ahura Mazda répondit :

Dix jours pour un juste, vingt jours pour un pécheur. •18 (S5). Créateur du monde des corps, saint ! Comment purifierai-je la maison ?... 19 (58). Si un arrière-petit-cousin^ meurt, si une arrière-petile-cousine meurt, combien de temps restera-l-on ? Combien de temps pour un juste, combien de temps pour un pécheur ?

Ahura Mazda répondit :

Cinq jours pour un juste, dix jours pour un pécheur. 20(60). Créateur du monde des corps, saint ! Comment purifierai-je le maison ?... 21 (f’3). Si c’est un homme, de quelque sang qu’il soit, qui n’appartient pas à la vraie foi, à la vraie loi ’", combien des créatures du Bon Esprit souille-t-il par contact direct, combien par conlact indirect ? 7. luirya ; le sens littéral est peut-être « le quatrième » ; d’un cousin à l’autre il y a en effet quatre degrés en remontant à l’ancêtre commun. 8. Littéralement « un fils de cousin ». 9. Littéralement « un fils de fils de cousin >>. 10. Si c’est un infidèle, un iiérétiquc, fïH-il parent. — .inyô-varcna .injô-tliaéslia.

ZEND-AVESTA : VE.NDIDAD. — FARGARD 12 191 22 (65) ". Ahura Mazda répondit :

Autant qu’une grenouille toute desséchée et morle de plus d’une année. C’est pendant qu’il est vivant, ô Spitama Zarathushtra, qu’un handit, un méchant bipède, par exemple un impie Ashemaogha, souille les créalures du Bon Esprit par contact direct, les souille par contact indirect. 23 (70 ;. Vivant, il frappe l’eau ; vivant, il éteint le feu : vivant, il détourne et emmène le bétail ; vivant, il frappe le fidèle dun coup qui enlève les sens, qui sépare l’âme du corps : mort, il ne le fait plus. 24 [’i}. Vivant, ô Spitama Zarathushtra, un bandit, un méchant bipède, par exemple un impie Ashemaogha, enlève aux fidèles la jouissance des aliments, des vêtements, du bois, du feutre, des vases ; mort, il ne le fait plus.

« d’une autre foi, d’une autre loi », c’est-à-dire d’une toi et d’une loi l’ausse.s : cf. Yd. XV, 2.

11. §§ 22-24= Farg. V, 36-38. Voir là le commentaire.