Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume III/Chapitre II/II

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1893.
Annales du Musée Guimet, Tome 24.


INTRODUCTION
CHAPITRE II
Formation de la collection avestéenne d’après la tradition parsie
II.
Deuxième collection sous Ardashir Bâbagân, le fondateur de la dynastie sassanide (211-226, 226-241). — Caractère de la restauration sassanide : rétablissement de l’ordre politique et de l’ordre moral. — Rôle du grand prêtre Tansar, théoricien de la révolution. — Histoire de Tansar. — Lettre de Tansar au roi de Tabaristan, Jasnasf. — L’Avesta est en partie une restitution de Tansar.


II

Deux siècles s’écoulent. Le vernis de civilisation grecque s’efface. L’alphabet grec disparaît des médailles et fait place au caractère pehlvi : le pyrée devient le symbole national et le Mazdéisme monte sur le trône avec

t. Tacite, Annales, XV, 1, 2.

2. Josèphe, Antiquités, XX, 4, 2. — Cf. plus bas, chapitre iv, section V.

3. Cette hypothèse, présentée pour la première fois dans notre traduction anglaise du Vendidad, 1880 (p. xxxiv-xxxv), semble avoir été généralement reçue (Gutschmid, Persia, dans Y Encyclopaedia Britannica, XVIII, 603 ; West, Dînkart > 413, note).

4. kulâ ma min vazand u-dshûftkdrih-i Alaksandar . . . dar Irân-shatro pargandaklhâ madam nipishtak, od (1. û) ma hûzvân apaspdrishnîk pun dastôbar katrûnl yakôyêmûndl (document B, § 24). Ardashîr. De race royale 1 par sa grand’mère, il était, par son grand-père Sàsàn, de race sacerdotale : Sàsàn était l’intendant d’un temple de la déesse Anâhita à Istakhar : Ardashîr s'en souvint et c’est là qu’il envoya plus tard les tètes de ses ennemis vaincus. « Il était, dit Agathias, initié à la doctrine des Mages et en célébrait lui-même les mystères ; et avec lui la race des Mages, assez méprisée jusqu’alors, devint toute-puissante, et dans les affaires publiques et dans les affaires privées : ils ne sont pas seulement les conseillers toujours écoutés, c’est en leur main qu’est déposée la justice 2. » C’est de lui que datent la théorie et la formule du trône appuyé sur l’autel. « Sachez, ô mon fils, dit-il dans son testament à son fils Shàhpûhr — le Sapor des Grecs — que la religion et la royauté sont deux sœurs qui ne peuvent exister l’une sans l'autre, car la religion est la base de la royauté et la royauté la protectrice de la religion 3. » Le titre royal sur les monnaies n’est plus Philhellène, mais Mazdayasn, « adorateur de Mazda ». Ardashîr est le zoroastrien par excellence, le souverain suivant le cœur des Mages, et la tradition reconnaissante n’a cessé de le proclamer le restaurateur de la religion.

Il fut aidé et éclairé dans son œuvre par un homme dont la tradition moderne n’a point gardé le souvenir et qui méritait pourtant d’échapper à l’oubli : car ce grand prêtre Tansar, que le roi charge de recueillir et de compléter l’Avesta et dont il estampille l’œuvre du caractère officiel, fut le théoricien du règne et le véritable organisateur du Néo-Mazdéisme. Les quelques mots que le Dînkart lui consacre permettent de soupçonner son rôle : mais il est possible de faire davantage et de rétablir son histoire, qui serait faite depuis longtemps sans les équivoques de l’écriture arabe et de l’écriture pehlvie, qui ont empêché de reconnaître dans le Tansar 4 du Dînkart le Bicher de Maçoudi.

« Nous ne parlerons pas ici, dit Maçoudi dans ses Mines d'or, des rap-

1. Sa grand’mère appartenait aux Bàzrangis, petite dynastie locale (Noeldekê, Tabari, 4).

2. Agathias, II. Cf. S. de Sacy, Mémoires sur diverses antiquités de la Perse, 43.

3. Maçoudi, II, 162.

4. Lu à tort par Haug et West Tôsar, ce qui empêchait de reconnaître la fausse vocalisation de xxx à lire xxy. ports qu’Ardécliir eut au commencement de son règne, avec un pieux personnage de sang royal nommé Bicher et qui appartenait à la secte des Platoniciens 1. » Dans un autre ouvrage, heureusement 2, il revient sur ce Bicher, que la fantaisie des copistes transforme encore en Benemcher et en Dôsar 3, et qui, dit-il, était le herbed d’Ardéchir et fut son dâ'i, son apôtre. C’était un des Mulûk ut-tavàif, dont les Étals étaient à l’extrémité de la Perse ; épris des doctrines platoniciennes, il laissa le royaume à son fils et embrassa la vie religieuse ; puis il prêcha la venue d’Ardéchir, exhorta les hommes à se soumettre à lui et envoya pour cet effet des missionnaires dans les provinces. Il est auteur de plusieurs traités sur l’administration tant de la religion que de l’empire, parmi lesquels une lettre au roi de Tabaristan 4, une autre au roi de l’Inde. Maçoudi donne un fragment de la première de ces lettres, qui contient une formule tirée de l’Avesta 5.

Or, un heureux hasard nous a conservé cette lettre qui fut traduite du pehlvi en arabe par Ibn al-Muqaffa' 6, le grand traducteur des vieux livres guèbres sous les premiers Abbassides (mort en 762). Cette traduction arabe, dont est pris sans doute le fragment cité par Maçoudi, tomba vers l’an 1210 aux mains d’un certain Muhammad bin ul-Hasan, qui la traduisit en persan et en fit l’introduction d’une histoire du Taharistan 7. Grâce à lui, nous atteignons ainsi, à travers un double intermédiaire, le monument le plus

1. Maçoudi, II, 161.

2. Dans le Kitàb et-tanbîh, analysé par S. de Sacy (Maçoudi, IX, 329). M. deGoeje prépare une édition de ce texte précieux.

3. : le mhn est de trop. La lecture Dôsar dérive d’une autre source, d’une fausse lecture du pehlvi, lu Tôsar. La lecture Tansar est mise hors de doute par la lettre au roi de Tabaristan et par l’étymologie donnée du nom (p. xxvii, n. 1).

4. L’analyse de M. de Sacy a le Maghistân : c’est une correction : le texte a

Comme ce nom désigne le roi Jasnasfshâh, on serait tenté de corriger en shah Jasnasf : l’équation n’offre point de difficulté.

5. Voir vol. I, Yasna LXII, 6, note 23.

6. Ibn al Muqaffa' lui-même reproduit un certain Bahrâm, fils du Khorzâd, fils de Mînôcihr, Mobed de Khorasan.

7. Le British Muséum en a un exemplaire (Add. 7633, décrit dans l’admirable Catalogue de M. Rieu, p. 202). L ’Easl India Office Libranj a un second exemplaire (n° 1134). Les citations que j’en donne sont tirées d’une édition préparée par mon élève et ami, M. Ahmed-Bey Agaeff, et qui doit paraître bientôt dans le Journal asiatique. ancien de la Perse après les inscriptions achéménides et l’Avestta, et Tansar est de tous les écrivains de la période sassanide le seul qui nous soit connu directement par son œuvre. Cette lettre contient sur la personne de Tansar, ou comme l’écrit le texte Tannasar 1, quelques détails qui complètent ceux de Maçoudi. Il avait été le conseiller intime du roi de Tabarislan, le père de son correspondant Jasnasfshàli 2, probablement après sa propre abdication et quand il eut embrassé la vie religieuse. Il quitta ensuite le service du prince pour commencer sa propagande en faveur d’Ardashîr. Le prince mourut et son llls Jasnasfshâh lui succéda. Ayant reçu d’Ardashîr une sommation de reconnaître sa souveraineté, il envoya à Tansar, devenu Herbed des Herbeds x .s*) d’Ardashîr, une lettre de récriminations, où il reprochait à Tansar son infidélité à sa famille et exposait les griefs des peuples contre l’usurpateur. La réponse de Tansar a sans doute subi plus d’une transformation entre les mains de ses deux traducteurs : le second y a fait des coupures 3 ; le premier, pour l’adapter au goût de son public, y a inséré, quand l’occasion s’y prêtait, des citations du Coran et des extraits de Ka/iln et Dimna qu’il avait également traduit du pehlvi en arabe. Déduction faite de ces additions qui se détachent d’elles-mêmes 4, la lettre de Tansar est dans le fond d’une authenticité indiscutable et abonde en détails précis auxquels un faussaire de l’époque abbasside n’aurait jamais pu songer 5. Elle met surtout en relief les forces morales qui firent le succès de la révolution sassanide.

Ardashir dirige une double réaction : une réaction contre l’anarchie

1. Ainsi surnommé, dit Bahràm, parce qu'il avait tout le corps chevelu comme la tête d’un cheval ^j jl t/'Uicl 4-^ JT ur' / Uj 1 2 j y yv* jl J <u £b A) ; si l’explication est exacte, il faudrait corriger le pehlvi tnsr en tnnsr, c’est-à-dire en tan-vars, *tanu-varesô. — Le Pahr (?) de Tabari (p. 9), nommé Grand Mobed par Ardashir, cache peut-être une corruption de Tansar.

2. Nom tout à fait zoroastrien : Jasnas f-{skâh) est la transcription arabe de Gushnasp, nom du feu royal (vol. I, 155 ; fréquent dans l’onomastique sassanide .

3 Le passage cité par Maçoudi est réduit à quelques mots.

4. On peut hésiter davantage pour les citations de la Bible et des Évangiles.

5. Voir, outre les textes cités plus bas, les Corrections et Additions, pages l et 31 du vol. I. politique qui marque la période arsacide, et une réaction contre l’anarchie morale et sociale qu’entraîne l’anarchie politique.

Les Arsacides, pour être Rois des Rois, n’en étaient pas moins de simples chefs féodaux. Leur pouvoir n’a jamais été un pouvoir centralisé, comme le fut celui des Achéménides, comme le sera celui des Sassanides. Dans toutes les provinces sont installées des dynasties locales qui ne sont rattachées à l’Arsacide que par des liens très lâches et qui le reconnaissent tout au plus comme chef de guerre 1. Les historiens romains et grecs qui ne s’occupent d’eux qu’aux moments où ils sont en guerre contre Rome, c’est-à-dire aux moments où l’unité s’établit un instant par cela même, nous donnent parfois l’illusion d’une royauté iranienne : ce n’est qu’une illusion d’étranger. En particulier, dans le dernier siècle de la période arsacide, toute apparence de Roi des Rois disparaît. Le Parthe,le Pahlav comme on l’appelle, n’est que le plus puissant des Rois provinciaux, des Mulûk tavâif. On contait que quand Alexandre se sentit mourir, craignant la revanche de la Perse sur la Grèce, il consulta son vizir Aristote et, sur son conseil perfide, divisa la Perse entre quatre-vingt-dix princes, afin de la paralyser 2. C’est pour rétablir l'unité de l’Iran, pour rétablir la royauté de Dàrà (le dernier Darius), qu’Ardashîr se lève. Il supprime les Rois provinciaux qui ne veulent pas le reconnaître pour Roi des Rois et envoie leurs têtes au temple d’Anàhita. Une assemblée des Mages décide que ceux-là seuls garderont le titre de Shah, qui viendront déposer leur couronne aux pieds du Shàhinshâh et la recevoir à nouveau de ses mains 3. Quand Tannasar écrit sa lettre, il y a déjà quatorze ans 4 qu’Ardashîr a commencé son œuvre : une partie est accomplie ; il en reste une autre : il lui reste à tirer

1 . « Les Arsacides ne demandèrent pas obéissance aux Rois des provinces et ne les molestèrent en aucune façon ; seulement, quand un ennemi menaçait le royaume des Arsacides, ils réclamaient des Rois des provinces une armée que ceux-ci envoyaient de bonne grâce »> (Tabari, tr. Zoteriberg, II, 5).

2. Erân-shatro pun 90 kartak (ou kûtàh) khutdi kalkûnt (Grand Bund. ; cf. vol. I, 81, note 4).

3. Lettre de Tansar : cf. llamza d’Ispahan, l. I. — On trouvera la liste des principautés auxquelles il laissa un Shah dans Ibn Khordadbeh, éd. de Goeje, p. 17.

4. Le point de départ est sans doute l’année où Ardashir succède à son père, comme roi de la province de Perse, et qui semble être 211 ou 212. Quatorze ans plus tard, Ardavân avait probablement disparu : il succomba en 224 ou 226. vengeance du meurtre de Dàrà sur les compatriotes d’Alexandre (xxxxxxxxxx) et de les soumettre de nouveau au tribut qu’ils payaient aux anciens rois de Perse pour l’Égypte et la Syrie 1.

Mais l’ordre politique n’est qu’une partie de l’ordre moral : le Shâhinshâh aspire à rétablir l’ordre qui existait du temps des anciens (xxxxxx) ; car l’ordre actuel, quoique conforme à l’état présent du monde, n’est pas conforme aux principes de la religion. Il va, en effet, deux sortes d’ordres, l’ordre ancien et l’ordre nouveau, le premier fondé sur la justice, le second sur la violence. Mais le peuple est à présent tellement habitué à la violence qu’il a perdu toute notion de la justice et de ses bienfaits. Aussi quand quelqu’un parmi les modernes veut rétablir la justice, on lui crie que le temps est trop mauvais ; et quand le Shâhinshâh veut restreindre les injustices du temps ancien, on lui dit : N’y touche pas, ce sont les lois et les coutumes qui viennent des anciens.

Celte distinction de l’ordre ancien et de l’ordre nouveau, de Xamalin et de Yâkhirin, nous la connaissons par l’Avesta ; c’est celle du Paoiryô tkaêshô 2 et de l’aparô tkaêshô 2, la loi des premiers fidèles et celle du présent. Les avvalinân de Tansar sont les Pêshinîkdn, les Pôiryôthêshdn de la haute littérature pehlvie, ceux qui suivent et veulent remettre en honneur la bonne loi d’autrefois 3. On voit, par les aveux mêmes de Tansar, qu’Ardashîr ne prétendait pas rétablir telle quelle « la loi d’autrefois » ou ce que l’on considérait comme étant cette loi ; qu’il s’arrogeait le droit de prendre des libertés avec elle, et que s’il prétendait corriger le fait présent au nom de l’idéal passé, il ne prenait de cet idéal que ce qui convenait à ses vues propres. Or cet idéal passé, où était-il fixé et comment Ardashîr le mit-il en lumière ? Sur quelle autorité se fit sa restauration religieuse et sociale ? Sur ce point Tansar ne s’explique pas clairement, et peut-être aurait-il été embarrassé de le faire : car on voit par ses paroles mêmes que son correspondant contestait la légitimité de l’œuvre religieuse

1. Les historiens (l’Occident sont d’accord avec Tansar : c’est comme héritier de Darius et de Cyrus qu’Artaxerxès (Ardashîr) réclame à Alexandre Sévère toutes les provinces au delà de l’Euphrate jusqu’à la Méditerranée (Hérodien).

2. Gâh III, 7 : cf. la note correspondant aux Corrections et Additions.

3. Le Dînkart donne à Tansar même le titre de Pôryôtkêsh : voir p. xxxi. d’Ardashîr, et il essaie d’élouffer l’objection sons le fait même qui en fait la force, à savoir la perte des documents anciens que la restauration prétend remettre en honneur.

« Tu sais qu’Alexandre avait brûlé nos livres de lois religieuses, écrits sur douze mille peaux de bœufs : la masse des légendes, des traditions, des lois et des ordonnances {qiçaç u-ahâdith u-sharâï u-ahkâm) furent complètement oubliées… Il est donc péremptoirement nécessaire qu’un homme sage et vertueux rétablisse la religion. Or, as-tu jamais vu un homme ou entendu parler d’un homme plus digne que le Shâhinshâh de se mettre à la tête de cette entreprise ? »

Cette revendication hardie et contradictoire de la légitimité de l’œuvre, fondée sur la valeur personnelle de l’homme et sur l’incapacité des autres à la juger, dans l’absence des documents anciens, devait avoir une force singulière, quand elle s’appuyait sur les armées d’un Roi victorieux et les besoins de tout un peuple avide d’ordre et de loi. Pour des critiques de sang-froid, elle équivaut à un aveu que l’Avesta ne peut pas prétendre au titre d’authentique. Sans doute, Tansar ne dit pas que tous les documents anciens, « documents écrits dans les manuscrits ou inscrits sur les murs et la pierre », fussent perdus et détruits : il dit seulement qu’ils étaient oubliés, et par suite les documents produits par Ardashîr pouvaient fort bien être des documents retrouvés et authentiques. Mais l’intention nettement annoncée de corriger les abus même de la loi ancienne emporte nécessairement le droit de corriger ces documents, de laisser de côté ceux qui gênent et peut-être d’en créer de nouveaux.

On voit par la lettre même de Tansar que les scrupules religieux d’Ardashîr ne reculaient pas au besoin devant de véritables sacrilèges. Un des grands griefs qu’on élevait contre lui, c’était d’avoir éteint les feux sacrés des Mulûk-tavâif : « Personne jusqu’à lui, disait Jasnasf, n’avait osé commettre un tel sacrilège. » « Ce fait n’est pas si grave que tu crois, répond intrépidement Tansar. Après Dàrâ, les Rois provinciaux établirent, chacun pour lui, un feu sacré : c’était une mauvaise innovation et contraire à l’u_ sage des anciens rois 1. » Atar lui-même, quand il était anarchique et

1. Jjtyt. j.j i^ : >y C^J. I » » ^^3 t’-^ ^ Ij’j j’•^. rebelle, ne trouvait pas grâce devant le Shâhinsliàh. L’unité du feu royal est l’exemple d’un de ces dogmes sortis des nécessités de la seule politique.

Sur le point même qui nous intéresse spécialement, la rédaction de l’Avesta et la part que Tansar y prit, les deux textes du Dînkart fournissent quelques indications précises et qui rentrent bien dans l’ordre d’idées que suggère la lettre du prêtre. « Artaklishalr, Roi des Rois, (ils de Pàpak, dit le premier de ces textes, lit réunir dans la capitale, sous la haute autorité de Tansar, tout l’enseignement dispersé. Tansar vint. Ardashîr admit lui seul, enleva toute autorité à tous les autres et dit : « Désormais, nous considérerons comme contraire à la Religion Mazdéenne toute exposition dont la connaissance et les données ne découlent pas de lui 1. » Cet enseignement dispersé (zak-î âmôk-î pargandak) désigne évidemment l’ensemble des textes anciens ou réputés tels qu’enseignaient les écoles zoroaslriennes du temps, et c’est la collection formée par Tansar qui reçoit l’estampille officielle, aux dépens peut-être d’autres collections analogues. Mais cette collection n’était pas toute formée de textes anciens et une partie semble avoir été l’œuvre de Tansar même : « Quand Artaklishalr, Roi des Rois, fils de Pàpak, dit l’autre texte, vint restaurer l’empire d’Iran, il réunit en un seul lieu toutes les écritures dispersées ; et le Herbed des Herbeds, le saint Tansar, le Pôryôlkêsh (l’homme de la doctrine des anciens) 2, vint et incorpora une révélation de l’Avesta ; et, en donnant cette révélation au complet, il donna une image exacte de la splendeur originale du Trésor de Shapîgân. » Ici l’on distingue clairement deux œuvres : Ardashîr fait réunir

1. Voici le texte : Olri-î Artokhshatr malkâân malkâ-î Pdpakân pun rdsto dns tôbarihi Tansar zak-ic âmôk-î pargandak hamak ol baba boyahûnast, Tansar madam mat, zak-i êvak frâz patiraft û-apârîk min dastôbar shadkûnân û-danâ-ic farmàn yahbîint aîgh : frâz ol lanà kulà nikêzishn zakdi yahvunêt min din mazdayasl, md kûn-ic dkdsî/i û-ddnishn ajash frôt luit. La traduction des paroles même d’Ardashir est conjecturale.

2. jastak old-î Artaklishalr malkâàn-malkd Pdpakân matan ol lakhvdr ârdstdrîhi Jrân-khùtâih, ham nipik min pargandagîh ol êvak jîvdk ydityûnt, u Pôryôlkêsh ahlav Tansar-% Hêrpaldn Hêrpat yahvûnt madam malan, Ivatd padldkih min A postal lakhvdr anddkhtan. Min zak padldkih bûndagtnîtak farmûtdn, hamgûnak kart angôshildk m a brâh min bun rôshan pun ganji shapîgân pasijakîhâ frâkhvînU fannûtan dkdsih (Haug, Zand-Palilavi Glossary, xxxiii ; variantes du ms. K dans West, Dînkart, xxxi). tous les textes existants, et Tansar, rétablissant par conjecture 1 l’ensemble de l’Avesta, coordonne ces textes, les complète, en fait un ensemble qui est supposé reproduire exactement l’Avesta de Vîshtâsp, la loi ancienne, le livre perdu du Trésor de Shapîgân 2.

L’Avesta est donc, pour l’historien du Dînkart, un composé de textes antérieurs à Tansar et de textes émanant de Tansar, le tout étant une restauration, au sens technique du mot, de la loi ancienne ou de ce qui au temps d’Ardashîr passait pour être la loi ancienne.

Ardashîr et Tansar ne se contentèrent pas de réunir les textes anciens et de les coordonner en système : ils organisèrent aussi sans doute la liturgie : c’est du moins ce qui semble ressortir du passage où Maçoudi résume l’histoire de l’Avesta. « L’Avesta, dit-il, apporté par Zoroastre, devint le code des rois perses, jusqu’à l’époque où Alexandre, après avoir tué Dara, jeta au feu une partie de l’ouvrage. Plus tard, lorsque succédant aux chefs des satrapies, Ardéchir, fils de Babek, monta sur le trône, l’usage s’introduisit de lire un des chapitres, qu’ils nomment isnad : encore aujourd’hui, les Guèbres se bornent à réciter ce chapitre 3. » Dans ce chapitre récité dans l’office, il est difficile de ne point reconnaître le Yasna, et comme le Yasna est composé de morceaux empruntés à des sources très différentes, on peut conclure que Tansar ne se borna pas à réunir des textes, mais sut aussi les combiner pour un objet liturgique.