Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume III/Chapitre II/IV

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1893.
Annales du Musée Guimet, Tome 24.


INTRODUCTION
CHAPITRE II
Formation de la collection avestéenne d’après la tradition parsie
IV.
L’orthodoxie définitivement constituée par Adarbâd Mahraspand sous Shâhpûhr II.


IV

Avec Shâhpùhr 1 er, l’Avesta est clos : du moins, nulle part on ne nous dit qu’il y ait depuis aucune addition nouvelle à la masse. Maison conçoit que le livre nouveau n’avail pas l’autorité nécessaire pour arrêter et fixer l’esprit sectaire. Un des soins d’Ardashîr avait été de mettre le bras séculier au service de la doctrine etcelle innovation lerribledel’inquisition était une des choses qui révoltaient ses contemporains, bien qu’elle fournisse à Tansar une occasion de plus d’admirer la clémence de son roi : « Car au temps des anciens, dit-il, on mettait à mort, sans instruction ni délai, ceux qui se détournaient de la religion, tandis que le Shâhinshàh a ordonné qu’on les mette en prison pendant un an et que les gens versés dans la religion leur prodiguent durant ce temps leurs conseils et leurs arguments, afin de dissiper leurs doutes ; ce n’est que s’ils persévèrent dans leur obstination et leur orgueil 1 qu’on les met à mort 2. »

Mais l’inquisition n’était pas assez puissante pour faire triompher un système particulier que ne justifiait point suffisamment une foi générale en sa légitimité. Les vieilles et libres croyances, encore mal endiguées par une orthodoxie unitaire, continuaient à se ramifier en hérésies indépendantes : une d’entre elles, la plus puissante qui soit sortie du Zoroastrisme, celle de Manès, s’empara même un instant de l’esprit de Shàhpûhr. Manès fut misàmort sous le règne suivant (Bâlirâm I er, 273-276), sans que le progrès des sectes fût entravé. Le triomphe de l’orthodoxie fut enfin assuré pour trois siècles sous Shâhpùhr II (309-379), par un saint qui est considéré comme le sauveur de la religion, Adarbàd, fils de Mahraspand. Adarbâd,

1. Le crime de tarômaiti (Nîrangistiîn, 41).

2. Cf. Vd. XVIII, 10 ; Mtnôkhard, XV, 25. mettant en action un vers des Gâthas 1, confondit les incrédules et les hérétiques en se soumettant à l’épreuve du Var, c’est-à-dire en se faisant verser du métal fondu sur le cœur, sans en souffrir. « Maintenant que la vraie religion s’est montrée à nos yeux d’une façon visible, dit Shâhpûhr. je ne souffrirai plus de fausse religion » (ag-dinih). C’est avec lui en effet que commencent les persécutions contre les chrétiens 2. C’était le moment environ où les Pères de Nicée organisaient aussi une orthodoxie d’État.

Ce n’est point sans doute à cette démonstration expérimentale que se borna l’œuvre d’Adarbàd. Peut-être est-ce à lui qu’on doit la répartition définitive des textes avestéens entre les vingt et un Nasks 3. Mais que sa mission se soit bornée à faire triompher l’œuvre de ses prédécesseurs, ou que lui-même l’ait complétée et lui ait donné sa forme définitive 4, une chose certaine, c’est qu’après lui l’Avesla n’a plus changé ; c’est qu’au iv e siècle il est clos définitivement et qu’il est devenu sous une forme arrêtée et officielle le livre sacré de l’État. Aujourd’hui encore le Palet parsi met Adarbâd au nombre des fondateurs de la religion :

« Je me tiens ferme dans la religion que le seigneur Ormazd et les Amshaspands ont enseignée au Férouer adoré de Zartusht, le Spitamide ;

« que Zartusht a enseignée à Vîshlâsp ;

1. « Esprit du Bien, Ahura Mazda, par Ion feu lu décides entre les adversaires, selon la supériorité de piété et de sainteté ; et maint de ceux qui le voient embrassent la loi » (Yasna XLVII, 6). Zoroastre, le premier, s’était soumis à cette épreuve (Uinkart, VII). — Cf. les passages cités vol. I, Yasna XXXI, notes 15-16.

2. A partirdel’an 330. La promulgation de l’Avesta appartient donc aux premières années de Shâhpûhr II.

3. Hypothèse douteuse, reposant sur l’expression nôsl ; ôshmûrlan, qui peut signifier aussi bien « lire les Nasks ». Le texte complet est : « Après qu’Atarpàt eut échappé, dans la parole et dans l’épreuve, dans la lutte avec tous les hérétiques et qu’il eut compté (ou lu) les Nasks aux égarés, [le RoiJ dit : Maintenant que nous avons vu la religion sur terre, nous ne souffrirons plus de fausse religion » (akhar min bôkhtan-i Alûro-pât pun gavishn-i (lire û ?) pasdlcht Ivalâ hamâk olâshân jût sarîtakân û-nôsk-ôshmûrtan-c-i jùt-rajislakân danâ-c gùft aîgh : kûn amatmàn din pun gitî barà khazîtùnt, aîs/i-ic ag-dinih bava là shadkûnând). Il y a eu d’abord controverse, puis épreuve : Adarbâd sort victorieusement de l’une et de l’autre.

4. Une tradition moderne lui attribue la formation du Khorda Avista (vol. Il, xxxiv). « que Yishtâsp a enseignée à Frashôshtar, à Jâmâsp et à Isfand Iyâr ;

« que ceux-ci ont enseignée aux fidèles de ce monde ;

« qui, par une tradition continue, est arrivée jusqu’à l’ordonnateur de la sainteté, Adarbâd, fils de Mahraspand, qui se soumit pour elle à l’épreuve et en sortit vainqueur 1 [1] . . . . . »






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  1. 1. Patet Irani, § 2 XX XXXX XXXXX XXX XX XX XXXXX XXX XXXX XXXX XXXX XXX XXX XX XXX