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Le mystère des Mille-Îles/Partie III, Chapitre 7

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Éditions Édouard Garand (p. 36-37).

— VII —


— À quelque temps de là, pour je ne sais plus quelle question d’affaire, la veuve d’un ami de John m’envoya son fils.

« Je lui exprimai ma surprise qu’il n’allât pas s’entendre avec mon administrateur. Mais il m’exposa que l’affaire en question relevait moins de la finance que de l’amitié, puisqu’il s’agissait d’un des innombrables secours accordés par mon si généreux mari. C’est pourquoi, la mère de mon visiteur, ne pouvant venir elle-même de la Floride où elle demeurait, avais chargé son fils de venir me voir.

« Ce jeune homme, — Gaston Peltini, — était charmant et il me plut, je dois l’avouer. Beau, intelligent, cultivé, il avait des manières, une conversation et une délicatesse comme on en voit fort peu souvent dans notre grossière société américaine.

« Il me parla de mon mari, de notre château, des pays que j’avais visités et qu’il connaissait, de littérature et d’art. Bref, il me fit passer une soirée des plus agréables, ce qui ne m’était arrivé depuis longtemps. Ainsi ne me suis-je pas fait prier quand il me demanda la permission de revenir chez moi.

« Il revint et prit tout de suite l’habitude de veiller tous les soirs avec moi : quinze jours plus tard, nous prenions même notre dîner ensemble, tous les jours.

« Nous étions inséparables. Sans oublier mon cher John ni mes projets d’avenir, je sentais la douceur de l’amitié de Gaston. La vie reprenait une certaine saveur pour moi.

« Un soir, au moment de me quitter, Gaston me déclara, très simplement, qu’il m’aimait et que son rêve serait de m’avoir pour épouse.

« Surprise, je lui promis une réponse pour le lendemain.

« Je passai la nuit à réfléchir. D’abord révoltée à l’idée de donner un successeur à John, j’en vins peu à peu à me faire ce raisonnement : Je n’aimais pas Gaston, j’en étais sûre. J’éprouvais beaucoup d’amitié pour lui, mais pas une parcelle d’amour. D’un autre côté, l’expérience m’avait appris que deux ennemis chercheraient toujours, non seulement à empoisonner mon existence, mais aussi à faire avorter mes projets. Ils n’étaient pas reparus, depuis le congé définitif que j’avais signifié à Edward et je traitais mes affaires avec Jarvis par l’entremise de ma secrétaire. Mais cela ne pouvait durer et je sentais bien qu’ils me préparaient d’autres coups. Mariée, j’aurais un défenseur contre leurs attaques et je pourrais mettre mes projets à exécution, sans crainte. Le mariage aurait donc, en définitive, pour résultat de me permettre de réaliser les rêves du défunt. Par ailleurs, je garderais à la mémoire de celui-ci mon amour tout entier, n’accordant que de l’affection à Gaston.

« Le lendemain, j’annonçais ma décision à ce dernier, qui en éprouva une joie bruyante.

« Malgré la hâte de Gaston, j’avais fixé un délai de trois mois à la cérémonie.