Le nouveau Palæothérium du Muséum d’histoire naturelle

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LE NOUVEAU PALÆOTHERIUM
DU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE.

Les collections de paléontologie du Muséum viennent de s’enrichir d’une nouvelle pièce d’un très-haut intérêt scientifique ; c’est un squelette entier de Palæotherium magnum, incrusté dans un grand bloc de gypse et de marne, et qui est maintenant exposé dans la salle d’entrée des galeries d’anatomie.

La Nature - 1874 - S1 - p101 - Palæotherium magnum.png
Palæotherium magnum des carrières de Vitry-sur-Seine. (D’après une photographie faite à la lumière électrique dans les galeries de la carrière, par MM. Molteni et Serrin.)

Le Palæotherium magnum, dont le nom veut dire animal ancien, a été décrit en premier lieu par notre grand naturaliste Cuvier dans ses célèbres Recherches sur les ossements fossiles. C’est un mammifère entièrement éteint, sans aucun représentant actuel. Son espèce a été jadis extrêmement abondante ; les zoologistes modernes la rattachent à l’ordre des jumentés, c’est-à-dire au groupe d’animaux qui comprend entre autres, dans la nature vivante, les rhinocéros, les tapirs et les chevaux. Elle fait partie de la faune des vertébrés, que l’on trouve communément enfouis dans les dépôts gypseux. Toutes les collections paléontologiques, même les plus humbles, étaient abondamment pourvues depuis longtemps de débris ou de parties plus ou moins complètes de ce fossile, mais on n’avait pas eu encore la bonne fortune d’en découvrir un squelette entier.

Le principal résultat de l’examen de la nouvelle pièce que nous signalons a eu pour effet de démontrer que l’on s’était fait jusqu’ici une idée très-inexacte de ce qu’était cet animal en lui attribuant les proportions et la conformation du tapir, ainsi que l’avait supposé Cuvier lui-même.

Loin d’être lourd et presque massif, comme on le pensait, le Palæotherium magnum vient de se révéler comme un animal très-gracile, d’un port fort élégant, dont l’encolure est encore plus allongée que celle du cheval, et qui semble assez exactement modelé extérieurement sur le même type que le Lama.

Sans vouloir aborder l’étude détaillée de sa structure ostéologique, nous dirons seulement que le Palæothérium magnum avait la taille un peu moindre que celle d’un cheval moyen. On compte trois doigts à chaque pied ; la tête, à peu près conforme à celle du tapir, avait probablement aussi un rudiment de trompe ; le fémur porte un troisième trochanter ; le système dentaire est composé à chaque mâchoire de six incisives, quatre canines et quatorze molaires, ces dernières ayant de l’analogie avec les mêmes dents chez les rhinocéros.

Le Palæotherium magnum, comme tous ses congénères, dont on connaît aujourd’hui une dizaine d’espèces environ, était herbivore et vivait sans doute par grands troupeaux. Son existence remonte à cet âge de notre monde que l’on a appelé la période éocène, et c’est dans la partie moyenne de cette période, qui comprend les dépôts de gypse ou leurs équivalents géologiques, que l’on en découvre les restes, ainsi que ceux de toutes les autres espèces du même genre.

Cependant il avait fait son apparition même avant la formation gypseuse et l’on a observé sa présence jusque dans les lits du calcaire grossier qui sont inférieurs à cette même formation et par conséquent plus anciens qu’elle.

Ce sont les carrières à plâtre de Montmartre, Pantin, la Villette, près Paris, qui ont eu longtemps en premier lieu le privilège de fournir aux paléontologistes des débris nombreux de cette espèce fossile. Le Palæotherium, qui fait le sujet de cette notice, provient d’une platrière située à Vitry-sur-Seine. Il était encore il y a peu de jours, comme on le voit, aujourd’hui, à découvert d’un côté, et de l’autre incrusté dans sa sépulture de pierre, à environ quatre mètres de hauteur, au plafond d’une galerie souterraine. Quelques rares curieux avaient pu seuls le visiter, lorsque M. Fuchs, ingénieur civil, propriétaire de la carrière où se trouvait cette magnifique pièce, proposa de la donner au Muséum.

Le don, offert généreusement, fut immédiatement accepté, et M. le professeur Gervais, avec un zèle scientifique dont on doit lui être reconnaissant, s’occupa lui-même de diriger les travaux assez considérables et d’une grande difficulté qu’il a fallu exécuter pour l’amener intact à Paris.