Les Chroniques de Sire Jean Froissart/Livre III/Chapitre LXXII

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CHAPITRE LXXII.

Comment les oncles du roi d’Angleterre étoient tous d’une alliance entre le roi et son conseil, et de la murmuration du peuple contre le duc d’Irlande et de la réponse des Londriens au duc de Glocestre.


Vous savez, si comme il est ici dessus contenu en l’histoire, que les oncles du roi d’Angleterre, le duc de Yorch et le duc de Glocester, et le comte de Sallebery, le comte d’Arondel, le comte de Northonbrelande, le comte de Northinghem et l’archevêque de Cantorbie étoient tous d’une alliance à l’encontre du roi et de son conseil ; car sus eux ils se contentèrent trop mal ; et disoient en requoi ; « Ce duc d’Irlande fait en Angleterre et du roi ce qu’il veut ; et n’est le roi conseillé fors de méchans gens et de basse venue ens ou regard des princes. Et tant que il ait le conseil que il tient de-lez lui, les choses ne puevent bien aller, car un royaume ne peut être bien gouverné, ni un seigneur bien conseillé de méchans gens. On voit, quand un povre homme monte en état, et son seigneur l’avoue, il se corrompt et détruit, aussi le peuple et son pays ; et est ainsi d’un povre homme à faire qui ne sait que c’est d’honneur, qui désire à tout engloutir et tout avoir, comme d’un loutre qui entre en un étang et détruit tout le poisson que il y trouve. À quoi est ce bon que ce duc d’Irlande est si bien du roi ? Nous connoissons bien son extraction et sa venue, et que le royaume d’Angleterre sera du tout gouverné par lui, et on laira les oncles du roi et ceux de son sang. Ce ne fait pas à souffrir ni à soutenir. » — « Nous savons bien que le comte d’Asquesufforch est, disoient les autres ; il fut fils au comte Aubery d’Asquesufforch, qui oncques n’eut grâce ni renommée en ce pays d’honneur, de sens, de conseil ni de gentillesse. » — « Et messire Jean Chandos, dit lors un chevalier, lui montra une fois moult bien à l’hôtel du prince de Galles, en l’hôtel de Saint-André à Bordeaux. » — « Et que lui montra-t-il ? » répondit un autre qui vouloit savoir le fond. « Je le vous dirai, dit le chevalier, car je y étois présent. On servoit du vin en une chambre où le prince étoit, et avecques lui grand’foison de seigneurs d’Angleterre. Quand le prince eut bu, pourtant que messire Jean Chandos étoit connétable d’Acquitaine, tantôt après le prince on lui porta la coupe ; il la prit et but, et ne fit nul semblant de dire au comte d’Asquesufforch, le père de celui-ci, de boire ni d’aller devant. Après ce que messire Jean Chandos eut bu, un de ses écuyers apporta le vin au comte d’Asquesufforch ; et le comte qui s’étoit indigné grandement de ce que Chandos avoit bu devant lui, ne vouloit boire ; mais dit à l’écuyer qui tenoit la coupe, par manière de moquerie : « Va, et si dis à ton maître Chandos que il boive. » — « Pourquoi, dit l’écuyer, irois-je ? Il a bu ; buvez puisque on le vous offre ; et si vous ne buvez, par Saint George ! je le vous jetterai au visage. »

« Le comte, quand il ouït celle parole, douta que l’écuyer ne fît sa têtée, car il étoit bien outrageux de cela faire. Si prit la coupe et la mit à sa bouche et but ; à tout le moins en fit-il contenance. Messire Jean Chandos qui n’étoit pas loin avoit bien vu toute l’ordonnance, car il véoit et oyoit trop clair. Et aussi à son retour et là mêmement, entrementres que le prince parloit à son chancelier, il lui conta le fait. Messire Jean Chandos se souffrit tant que le prince fût retrait. Adonc s’en vint-il au comte d’Asquesufforch et dit ainsi : « Messire Aubery, vous êtes-vous indigné si je ai bu devant vous qui suis connétable de ce pays ? Je puis bien et dois boire et passer devant vous, puisque mon très redouté seigneur le roi d’Angleterre et monseigneur le prince le veulent. Il est bien vérité que vous fûtes à la bataille de Poitiers, mais tous ceux qui sont ci n’en savent pas si bien la manière comme je fais ; si le dirai ; parquoi ils le retiendront. Quand monseigneur le prince eut fait son voyage en Languedoc à Carcassonne et il s’en fut, par Fougans et par Massères, retourné à Bordeaux, ce fut en celle ville que il vous vint en agré que vous vous partîtes et retournâtes en Angleterre. Que vous dit le roi ? Je n’y fus pas et si le sais bien : il vous demanda si vous aviez jà fait votre voyage ; et après, que vous aviez fait de son fils. Vous répondîtes que vous l’aviez laissé en bonne santé à Bordeaux. Donc dit le roi : « Et comment êtes-vous si osé d’être retourné sans lui ? Je vous avois enjoint et commandé, à tous ceux qui en sa compagnie étoient allés, que nul ne retournât, sur quant que il se pouvoit forfaire, sans lui, et vous êtes retourné. Or vous commande, dit le roi, que dedans quatre jours vous ayez vidé mon royaume, et que vous en r’alliez devers lui ; et si vous y êtes trouvé au cinquième jour, je vous touldrai la vie et votre héritage. » Vous doutâtes la parole du roi, ce fut raison, et vous partîtes d’Angleterre ; et eûtes l’aventure et la fortune assez bonne ; car vraiment vous fûtes en la compagnie de monseigneur le prince avant que la bataille se fît, et eûtes le jour de la bataille de Poitiers quatre lances de charge, et je en os soixante. Or regardez donc si je puis boire ni dois devant vous qui suis connétable d’Acquitaine. »

« Le comte d’Asquesufforch fut tout honteux, et voulsist bien être ailleurs que là. Mais ces paroles lui convint souffrir et ouïr que messire Jean Chandos lui dit, présens tous ceux qui les vouldrent entendre. »

À ce propos dit le chevalier qui parloit à l’autre : « On se peut émerveiller maintenant comment le duc d’Irlande, qui fut fils à ce comte d’Asquesufforch, ne s’avise et qu’il ne se mire en telles remembrances que on lui peut recorder de son père, et qu’il entreprend le gouvernement de tout le royaume d’Angleterre par-dessus les oncles du roi. » — « Et pourquoi ne feroit, répondirent les autres, quand le roi le veut ? »

Ainsi murmuroit-on en Angleterre en plusieurs lieux sus le duc d’Irlande ; et ce qui plus entama et affaiblit l’honneur et le sens de lui, ce fut que il avoit à femme la fille du seigneur de Coucy, laquelle avoit été fille de la fille de la roine d’Angleterre, madame Ysabelle, ainsi que vous savez, qui étoit belle dame et bonne, et de plus haute et noble extraction que il ne fut[1]. Mais il amena une des damoiselles de la roine Anne d’Angleterre, une Allemande, et fit tant envers Urbain sixième, qui se tenoit à Rome et qui se tenoit pape, que il se démaria de la fille au seigneur de Coucy sans nul titre de raison, fors par présomption et nonchalance, et épousa celle damoiselle de la roine[2] ; et tout consentit le roi Richard ; car il étoit si aveugle de ce duc d’Irlande que si il dît : « Sire, ceci est blanc ; » et il fût noir, le roi ne dit point du contraire.

La mère de ce duc d’Irlande fut grandement courroucée sus son fils ; et prit la dame au seigneur de Coucy, et la mit en sa compagnie. Au voir dire, ce duc fit mal ; et aussi il lui en prit mal, et fut une des principales choses pourquoi on le enhaït le plus de commencement en Angleterre. Ce duc d’Irlande se confioit tellement en la grâce et en l’amour du roi que il ne cuidoit pas que nul lui pût nuire ; et étoit une commune renommée parmi Angleterre que on feroit une taille, et que chacun feu paieroit un noble, et si porteroit le fort le foible. Les oncles du roi savoient bien que ce seroit trop fort à faire ; et avoient fait semer paroles parmi Angleterre que le peuple seroit trop grévé et qu’il y avoit, ou devoit avoir, grand finance au trésor du roi, et que on demandât à avoir compte à ceux qui gouverné l’avoient ; à tels comme à l’archevêque d’Yorch, au duc d’Irlande, à messire Symon Burlé, à messire Michel de la Pole, à messire Nichole Brambre, à messire Robert Tresilian, à messire Pierre le Goulouffre, à messire Jean Sallebury, à messire Jean Beauchamp et au maître des étapes de laine ; et que, si ceux-ci vouloient droit et raison faire, on trouveroit or et argent assez plus qu’il n’en besogne à présent pour étoffer les besognes d’Angleterre.

Vous savez, c’est un commun usage, que nul ne paye volontiers, ni sache argent hors de bourse, tant comme il le peut amender. Celle renommée s’épaudit tellement parmi Angleterre, espécialement à Londres, qui est la souveraine cité et clef de tout le royaume d’Angleterre, que tout le pays se rébella, et que on vouloit savoir comment le gouvernement du dit royaume alloit ; et trop grand temps étoit que on n’en avoit point rendu compte. Et se trairent tout premièrement les Londriens devers messire Thomas de Widescoq[3] duc de Glocestre. Quoique il fût mains-né de messire Aymon son frère le duc d’Yorch, si le tenoient toutes gens à vaillant homme, sage, discret et arrêté en toutes ses besognes. Et quand ils furent venus devant lui, ils lui dirent : « Monseigneur, la bonne ville de Londres se recommande à vous ; et vous prient toutes gens en général que vous veuillez emprendre le gouvernement du royaume et savoir par ceux qui ont gouverné le roi, comment il a été gouverné jusques à ores ; autrement le menu peuple s’en plaint trop fort ; car on demande tailles sur tailles et aides sus aides ; et si a été le royaume plus grévé et plus taillé de telles choses non accoutumées depuis le couronnement du roi que il n’avoit été cinquante ans devant ; et si ne sait on que tout est devenu ou que tout devient. Si vous plaise à y regarder et à y pourvoir ou les choses iront mal, car le menu peuple s’en deult très fort. »

Donc répondit le duc de Glocestre et dit : « Beaux seigneurs, je vous oy bien parler, mais moi tout seul ne le puis faire ; si vois bien que vous avez cause, et aussi ont toutes gens, de vous plaindre. Et quoique je fusse fils au roi d’Angleterre et oncle du roi, si j’en parlois si n’en feroit-on rien pour moi, car mon nepveu le roi à présent a conseil de-lez lui que il croit plus que soi-même ; et ce conseil le mainne ainsi qu’il veut. Et si vous voulez venir à ce où vous tendez à venir, il vous conviendroit avoir d’accord toutes les plus notables cités et bonnes villes d’Angleterre, et aussi aucuns prélats et nobles du royaume, et venir en la présence du roi. Nous serions là volontiers mon frère et moi. Et direz au roi : « Très redouté sire, vous avez été jeune couronné, et avecques tout ce, jeunement conseillé jusques à maintenant, et n’avez pas bien entendu aux besognes de votre royaume, par le povre et jeune conseil que vous avez eu de-lez vous ; et pour celle cause les choses s’y sont si très mal portées, si comme vous avez vu et sçu, que si Dieu proprement n’y eût ouvré, le royaume d’Angleterre eût été perdu et détruit et exillé de lui même sans recouvrer. Pourquoi, très redouté sire, en la présence de vos oncles, nous vous supplions humblement, ainsi que subgiets doivent faire et prier à leur seigneur, que vous obviez à ces besognes, par quoi le noble royaume d’Angleterre et la noble couronne qui vous vient de si noble roi que du plus vaillant roi qui y fut oncques depuis que Angleterre fut premièrement située et habitée, soit soutenue en prospérité et en honneur, et le menu peuple qui se plaint, tenu et gardé en droit. Lesquelles choses vous avez jurées et jurâtes, et il appert par votre scel, au jour de votre couronnement. Et veuillez mettre des trois états de votre royaume ensemble, prélats, barons et sages hommes des cités et bonnes villes ; et ces trois états regarderont justement à votre gouvernement du temps passé, si il a été bien gouverné, ordonné et demené, ainsi que il appartient à si haute personne comme vous êtes. Ceux qui l’ont gouverné y auront profit et honneur, et demeureront, tant comme ils voudront bien faire et que il vous plaira, en leur office. Et si ceux qui seront députés pour entendre aux comptes et aux besognes de votre royaume y voient le contraire, ils y pourverront ; et en feront ceux partir courtoisement sans blâme, pour l’honneur de votre personne ; et y ordonneront et mettront autres hommes notables, par l’avis et regard premièrement de vous et de nos seigneurs vos oncles et des prélats et barons notables de votre royaume. Et quand vous aurez faite celle supplication et remontrance au roi, ce dit le duc de Glocestre aux Londriens qui étoient en sa présence, il vous répondra quelque chose. Si il dit : « Nous en aurons conseil, » si prenez ce conseil bref et pointez bien la chose avant pour lui donner cremeur, et à ses marmousets aussi. Dites lui hardiment que le pays ne les veut ni peut plus souffrir, et est merveille comment on en a encore tant souffert. Nous serons de-lez lui, mon frère et moi et l’archevêque de Cantorbie, le comte de Sallebery, le comte d’Arondel et le comte de Northonbrelande, car sans nous n’en parlez point. Nous sommes les plus grands d’Angleterre, si vous aiderons à soutenir votre parole ; et dirons au roi, en nous dissimulant, que vous requérez raison. Quand il nous orra parler il ne nous dédira point, si il n’a tort ; et sur ce il en sera ordonné. Véez là le conseil et le remède que je vous donne. »

Donc répondirent les Londriens au duc de Glocestre et lui dirent : « Monseigneur, vous nous conseillez loyaument et bien. Mais ce seroit fort que le roi et tant de seigneurs que vous nous nommez, vous et votre frère, nous tinssions ensemble. » — « Non est, ce dit le duc ; véez ci le jour Saint-George qui sera dedans dix jours ; le roi sera à Windesore ; et vous savez, où que il voist le duc d’Irlande et messire Simon Burlé sont. Et encore en aura des autres. Mon frère et moi, et le comte de Sallebery y serons. Soyez là et vous pourvoyez selon ce. » — « Monseigneur, répondirent-ils, volontiers. » Ainsi se partirent les Londriens tout contens du duc de Glocestre.

Or vint le jour Saint-George que le roi d’Angleterre festoye grandement, et aussi ont fait ses prédécesseurs. Si furent à Windsore, et la roine aussi, et là ot grand’fête. À lendemain du jour Saint-George vinrent les Londriens à bien soixante chevaux, et ceux d’Yorch à bien autant, et grand’foison des notables villes d’Angleterre ; et tous se logèrent à Windesore. Le roi se vouloit partir et aller au parc à deux lieues de là. Et encore, quand il sçut que ces gens, les communautés d’Angleterre, vouloient parler à lui, il s’en efforçoit plus de y aller, car trop fort il ressoignoit conseil, ni jamais il n’en vouloit nul avoir ni ouïr ; mais ses oncles et le comte de Sallebery lui dirent : « Monseigneur, vous ne pouvez partir. Ces gens de plusieurs villes d’Angleterre sont ci venus. Il appartient que vous les oyez et que vous sachiez que ils demandent, et puis vous leur répondrez ou aurez conseil de répondre. » Envis il demeura.

Or vinrent ces gens en sa présence, en la salle basse, hors du neuf ouvrage où l’hôtel fut jà anciennement. Premier là étoit le roi et ses oncles, l’archevêque de Cantorbie, l’évêque de Wincestre et l’évêque d’Ély, chancelier, le comte de Sallebery, le comte de Northonbrelande et plusieurs autres. Là firent ces bonnes villes requête et prière au roi ; et parla un pour eux tous, un bourgeois de Londres, qui s’appeloit sire Simon de Susbery, sage homme et bien enlangagé ; et se fonda et forma en sa parole que il remontra bien sagement et vivement du tout, sus le conseil et information que le duc de Glocestre leur avoit dit et donné. Vous avez ouïe la substance ici un petit en sus. Si n’en ai que faire de plus parler, autrement ce seroit chose redite.

Quand le roi eut tout ouï, si répondit et dit : « Entre vous, gens de notre royaume, vos requêtes sont grandes et longues ; si ne les peut-on pas sitôt expédier ; ni nous ne serons en grand temps ensemble, ni notre conseil aussi, lequel n’est pas tout ici, il s’en faut assez. Si vous disons et répondons que vous en retournez chacun de vous en son lieu et vous y tenez tous aises. Point ne revenez si vous n’êtes mandés jusques à la Saint-Michel que le parlement sera à Wesmoustier ; et là venez et apportez vos requêtes, nous les remontrerons à notre conseil. Ce que bon sera nous l’accepterons, et ce qui à refuser sera nous le condamnerons. Mais ne pensez point que nous nous doions rieuller par notre peuple. Tout ce ne sera jà fait, car en notre gouvernement, ni en ceux qui nous gouvernent, nous ne véons que tout droit et justice. » — « Justice ! répondirent-ils plus de sept tous d’une voix ; très redouté sire, sauve soit votre grâce ; mais justice est en votre royaume trop foible ; et vous ne savez pas tout, ni pouvez savoir, car point n’en enquérez ni demandez ; et ceux qui vous conseillent s’en cessent de la vous dire, pour le grand profit que ils y prennent. Ce n’est pas justice, sire roi, de couper têtes, ni poings, ni pieds, ni pendre ; cela est punition. Mais est justice de tenir et de garder son peuple en droit et de lui donner voie et ordonnance que il puisse vivre en paix, parquoi il n’ait nulle cause de lui émouvoir. Et nous vous disons que vous nous assignez trop long jour que de retourner à la Saint-Michel. Jamais on ne nous peut avoir plus aise que maintenant. Si disons, d’un général conseil et accord, que nous voulons avoir compte, et bien briévement, sus ceux qui ont gouverné votre royaume depuis le jour de votre couronnement ; et voulons savoir que le vôtre est devenu, et les grandes levées qui ont été faites depuis neuf ans parmi le royaume d’Angleterre où elles sont contournées. Si ceux qui ont été gardes et trésoriers en rendent bon compte, ou aucques près, nous en serons tous réjouis, et les vous tairons et en votre gouvernement ; et s’ils n’en montrent bien leur acquit, on en ordonnera par les députés de votre royaume qui à ce seront établis, nos seigneurs vos oncles et autres. »

À ces mots regarda le roi sus ses oncles, et se tut pour voir et savoir que ses oncles diroient. Lors parla le duc de Glocestre, messire Thomas, et dit : « Monseigneur, en la prière et requête de ces bonnes gens et de la communauté de votre royaume, je n’y vois que droit et raison : et vous, beau-frère d’Yorch ? » Il répondit : « M’ayst Dieu, il est vrai. » Et aussi firent tous les barons et les prélats qui là étoient auxquels il en demanda à ouïr leur entente, et chacun à son tour. « Et bien appartient, dit encore le duc, que vous sachiez que le vôtre devient ni est devenu. »

Le roi véoit bien que tous étoient contre lui et que ses marmousets n’osoient parler, car il en y avoit de trop grands sus eux. » Or bien, dit le roi, et je te vueil, et que on s’en délivre. Car véez ci le temps d’été et les chasses qui viennent où il nous faut entendre. Et comment, dit le roi à ceux de Londres et aux autres, voulez-vous que ces besognes se concludent ? Faites le bref, je vous en prie. » — « Très redouté sire, répondirent-ils, nous voulons et prions à nos seigneurs vos oncles principalement que ils y soient. » — « Nous y serons volontiers, répondirent-ils, pour toutes parties, tant pour monseigneur que pour le royaume où nous avons part. » En après dirent les Londriens : « Nous voulons et prions à révérends pères l’archevêque de Cantorbie et l’archevêque d’Ély et l’évêque de Wincestre que ils y soient. » — « Nous y serons volontiers, » répondirent-ils. « En après nous prions aux seigneurs qui ci sont présens, monseigneur de Sallebery et monseigneur de Northonbrelande, messire Régnault de Gobehan, messire Guy de Bryan, messire Jean de Felleton et messire Mathieu Gournay, que ils y soient ; et nous y ordonnerons des cités et des bonnes villes d’Angleterre, de chacune deux ou quatre hommes notables et discrets, qui y entendront pour tout le demeurant de la communauté d’Angleterre. »

Toutes ces paroles furent acceptées et assignées à être aux octaves de Saint-George a Wesmoustier, et tous les officiers du roi et les trésoriers fussent là, pour rendre compte devant ces seigneurs nommés. Le roi tint tout à bon et à ferme ; et fut contraint, doucement et non par force, mais par prière, de ses oncles et des seigneurs et des bonnes villes d’Angleterre, qu’il vint à Londres ou là près, à Cenes[4] ou à la Rédéride ; car bien appartenoit que il sceuist comment les besognes de son pays se portoient et s’étoient portées du temps passé, et aussi comment du surplus il se déduiroit et porteroit. Tout ce accorda-t-il légèrement. Ainsi amiablement s’espardi l’assemblée de Saint-George de Windesore ; et s’en retournèrent les greigneurs à Londres ; et furent escripts et mandés tous officiers et trésoriers parmi le royaume d’Angleterre que ils vinssent pourvus de leurs comptes, sus la peine à être déshonorés de corps et d’avoir.

  1. Anne de Bohême, fille de l’empereur Charles IV, deuxième femme de Richard II.
  2. Voici comment Walsingham raconte ce fait :

    Accidit his diebus ut Robertus de Veer, elatus de honoribus quos rex impendebat eidem, jugiter suam repudiaret uxorem juvenculam, nobilem atque pulchram, genitam de illustri Eduardi regis filia Isabella, et aliam duceret, quæ cum regina Anna venerat de Boemia, ut fertur, cujusdam cellarii filiam, ignobilem prorsus atque fœdam ; ob quam causant magna surrexit occasio scandalorum (cujus nomen erat in vulgari idiomate Lancecrona). Favebat sibi in his omnibus ipse rex, nolens ipsum in aliquo contristare, vel potius, prout dicitur, non valens suis votis aliqualiter obviare, quia maleficiis cujusdam fratris, qui cum dicto Roberto fuit, rex impeditus, nequaquam quod bonum est et honestum ceruere vel sectari valebat.

  3. Woodstock.
  4. Sheen, aujourd’hui Richmond.