Les Deux Amiraux/Chapitre XV

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Traduction par A. J. B. Defauconpret.
Furne, Gosselin (Œuvres, tome 20p. 198-212).



CHAPITRE XV.


Venez, vous qui poussez encore le fardeau de la vie sur la rampe escarpée du rocher du monde ; mais arrivés au sommet de la montagne, où vous espérez trouver le repos de vos fatigues, la pierre énorme retombe au fond de la vallée et vous entraîne avec elle.
Thompson



L’événement soudain, et jusqu’à un certain point inattendu, rapporté à la fin du chapitre précédent, produisit un grand changement dans la situation des choses à Wychecombe-Hall. La première chose était de s’assurer si le baronnet était bien véritablement mort, fait dont sir Gervais Oakes particulièrement ne voulait pas se laisser convaincre. Il arrivait souvent, disait-il, qu’on perdît connaissance ; il fallait à l’apoplexie trois coups pour tuer ; le malade pouvait reprendre l’usage de ses sens et redevenir en état de donner la signature qui manquait encore pour assurer l’exécution des intentions qu’il avait clairement exprimées.

— Vous n’aurez jamais en ce monde la signature de feu sir Wycherly Wychecombe sur aucun acte que ce soit, testamentaire ou testimonial, légal ou illégal, dit Magrath avec beaucoup de sang-froid, en réunissant les divers médicaments et instruments qu’il avait apportés avec lui. Il est à présent hors de la juridiction du lord grand chancelier, comme du collège des médecins et des chirurgiens ; vous ferez donc sagement de le considérer comme décédé, et de l’envisager sous le jour dans lequel le corps humain se trouve placé par la cessation de toutes les fonctions animales.

Ces mots décidèrent l’affaire ; les ordres nécessaires furent donnés, tout le monde quitta la chambre, et il n’y resta que ceux dont la présence était nécessaire. Il serait loin d’être vrai de dire que personne ne regretta sir Wycherly Wychecombe. Mistress Dutton et Mildred déplorèrent sa mort subite et y donnèrent des larmes sincères, sans penser aux conséquences qu’elle avait eues pour elles.

La fille ne songea pas même un instant combien elle avait été près d’avoir six mille livres en sa possession, et combien il était cruel que la coupe contenant ce qui aurait été pour elle une fortune, eût été brisée à l’instant où elle touchait presque à ses lèvres. La vérité nous force pourtant à avouer que la mère se rappela une fois cette fâcheuse circonstance avec une sensation qui ressemblait beaucoup au regret. Un souvenir semblable eut son influence dans les manifestations de chagrin de plusieurs autres, surtout des domestiques, qui étaient pourtant trop étourdis par tout ce qui venait de se passer, pour afficher une affliction bien profonde. Sir Gervais et Atwood étaient extrêmement piqués en voyant que toutes les peines qu’ils avaient prises n’avaient abouti à rien. En un mot on ne se livra que modérément aux sentiments ordinaires en pareil cas, mais on observa strictement tout le décorum convenable.

Sir Reginald Wychecombe remarqua ces circonstances avec attention et prit ses mesures en conséquence. Saisissant un moment favorable pour se concerter avec les deux amiraux, sa décision fut bientôt prise, et une heure après la mort de son parent, tous ceux qui avaient été présents aux derniers moments de la vie de sir Wycherly étaient réunis dans une chambre de la maison qu’on avait coutume d’appeler la bibliothèque, quoiqu’il s’y trouvât fort peu de livres et qu’on les lût très-rarement. Avant cette réunion, il y avait eu entre sir Reginald et les deux amiraux une consultation à laquelle Atwood avait été admis ex officio. Tout avait donc été arrangé d’avance, et l’on ne perdit pas de temps inutilement quand toute la compagnie fut arrivée. Le baronnet entra en matière sans préambule et s’exprima de la manière la plus claire.

— Messieurs, dit-il, et vous aussi, braves gens qui étiez au service de feu sir Wycherly Wychecombe, vous connaissez tous le malheureux état dans lequel se trouve cette maison. Par suite de la mort récente de celui qui en était le maître, elle reste sans chef, et le défunt étant décédé sans avoir jamais été marié, ne laisse par conséquent aucun enfant pour prendre sa place comme son héritier naturel et légal. Dans un sens, je pourrais être regardé comme son plus proche parent, quoique, par une disposition de la loi commune, je n’aie aucun droit à sa succession. Néanmoins, vous savez tous que son intention était de me nommer son exécuteur testamentaire, et je pense qu’il convient qu’on fasse sur-le-champ toutes les recherches nécessaires pour s’assurer si le défunt a laissé un testament, qui nous ferait connaître comment il a disposé de ses biens, et qui a le droit de donner ici des ordres, dans ce moment solennel et important. Il me semble, sir Gervais Oakes, que les circonstances sont assez particulières pour exiger de promptes mesures.

— Je suis entièrement d’accord avec vous, sir Reginald. Mais avant d’aller plus loin, je crois qu’il serait à propos d’avoir avec nous, autant qu’il est possible, tous ceux qui peuvent avoir intérêt au résultat de cette affaire. Or je ne vois pas parmi nous M. Thomas Wychecombe, neveu réputé du défunt.

Le fait était vrai, et le domestique de Tom, qui avait reçu de son maître l’ordre de se rendre à cette réunion avec les autres domestiques, pour épier ce qui se passerait, lui fut envoyé sur-le-champ avec une invitation de venir assister à l’assemblée. Deux ou trois minutes s’étaient à peine écoutées quand le domestique reparut.

— Messieurs, dit-il, sir Thomas Wychecombe vous présente ses compliments, et il désire savoir quel est le motif de votre demande. Il est dans sa chambre, livré à l’affliction bien naturelle que lui cause la perte qu’il vient de faire, et il préférerait en ce moment rester seul avec son chagrin, si cela vous est agréable.

C’était prendre un ton bien haut dès le commencement ; et comme le domestique, qui avait reçu ses instructions, débita son message d’une voix aussi ferme que distincte, il produisit une impression manifeste sur les domestiques de la maison. Sir Reginald rougit de colère, sir Gervais se mordit les lèvres de dépit, Bluewater jouait avec le pommeau de son épée, d’un air indifférent à tout ce qui se passait, tandis qu’Atwood et les chirurgiens levaient les épaules et souriaient. Le premier de ces individus savait fort bien que Tom n’avait pas le moindre droit au titre qu’il s’était tellement pressé de prendre ; et il espérait que le ton mélangé de faiblesse et d’impudence de son message, était une preuve qu’il sentait l’invalidité de ses droits. Déterminé à ne pas se laisser arrêter dans ses projets, il chargea le domestique d’un nouveau message pour son maître qui, en le recevant, changerait sans doute d’intention. — Informez votre maître, lui dit-il, que je suis en possession de faits qui, suivant moi, justifient la marche que je suis, et que si — M. Thomas Wychecombe — ne paraît pas pour veiller à ses intérêts, j’agirai en son absence comme je crois devoir le faire. — Ces mots, fidèlement rapportés, firent arriver Tom à l’instant même. Il était pâle de crainte, plutôt que de chagrin ; car les méchants ont toujours l’esprit agité d’inquiétudes, quand ils font le premier pas dans la carrière du mal. Il salua pourtant la compagnie d’un air qui annonçait qu’il voulait prendre les manières d’un homme poli et bien élevé.

— Si je parais avoir négligé de m’acquitter de mes devoirs envers vous, Messieurs, que je dois maintenant considérer comme mes hôtes, vous me le pardonnerez, j’espère, en considération des sentiments que j’éprouve en ce moment. Sir Wycherly était le frère aîné de mon père, et il m’était aussi cher que proche parent. Par suite de cette mort fâcheuse, sir Reginald, je me trouve d’une manière aussi soudaine qu’inattendue élevé au rang de chef de notre honorable famille, et je sais combien je suis peu digne d’occuper cette place distinguée, et combien vous la rempliriez mieux ; mais la loi a placé une barrière insurmontable entre les deux branches de notre famille ; quant au droit d’hériter de l’une dans l’autre, ce qui n’empêchera pas que je ne sois toujours prêt à reconnaître ma parenté, qui est aussi honorable pour une branche que pour l’autre.

Sir Reginald eut besoin de faire un grand effort sur lui-même pour rendre à Tom le salut par lequel celui-ci jugea à propos de terminer son discours. — Je vous remercie, Monsieur, répondit-il avec une politesse froide, et jamais je ne désavouerai aucune parenté qui puisse être justement et légalement établie. Mais j’ai été appelé, près du lit de mort de sir Wycherly par sa volonté expresse ; presque les dernières paroles qu’il a prononcées avaient pour but de me nommer son exécuteur testamentaire ; en de pareilles circonstances, je crois de mon devoir de chercher à m’instruire des droits auxquels son décès donne ouverture, afin de savoir qui est son héritier, et qui doit donner des ordres ici.

— Vous n’attachez sans doute aucune validité, sir Reginald, au prétendu testament qui a été si singulièrement préparé en présence de mon cher oncle, une heure avant sa mort ? Quand même cet acte extraordinaire eût été dûment signé et scellé, je ne puis croire que la cour de Doctors’Commons l’eût déclaré légal ; mais n’étant ni l’un ni l’autre, ce n’est qu’un chiffon de papier sans aucune valeur. Quant aux immeubles, Monsieur, quoiqu’un délai de cinq minutes m’ait occasionné une perte si considérable, je suis disposé à admettre que vous avez raison. À l’égard des biens mobiliers, c’est une question qui pourrait être portée devant une cour d’équité, les intentions du défunt ayant été clairement exprimées en présence de nombreux témoins ; mais je n’oserais assurer quel serait le résultat de cette demande.

— Non, non Monsieur, s’écria Tom, la joie du triomphe colorant ses joues, en dépit de tous ses efforts pour paraître calme ; aucune cour de justice en Angleterre ne voudrait changer le cours naturel dé la transmission des biens mobiliers par succession. Cependant je suis le dernier homme du monde à vouloir refuser d’acquitter quelques-uns des legs énoncés dans ce soi-disant testament, notamment ceux à M. Rotherham et à ses fidèles domestiques. — Tom sentait qu’il était prudent de se faire des partisans dans un moment si critique et cette déclaration produisit réellement un grand effet, comme, on put le voir sur la physionomie de quelques-uns de ceux qui l’entendirent. — Et j’en dirai autant de celui qui concerne mis Mildred Dutton, Tous ces legs seront acquittés précisément comme si mon cher oncle eût encore été en jouissance de ses facultés intellectuelles, et en état de faire des legs valides. Car ce mélange de raison et d’équité avec des idées extraordinaires et injustes, n’est nullement rare chez les hommes d’un âge très-avancé dans leurs derniers moments. Quoi qu’il en soit, sir Reginald, je vous prie d’agir comme votre jugement vous l’inspirera, dans les circonstances particulières de ce qu’on peut appeler un cas très-extraordinaire.

— Je crois donc, Monsieur, qu’il est de notre devoir de nous assurer si le défunt n’a pas laissé quelque testament. Si nous n’en trouvons point, il sera assez temps alors d’examiner qui doit être héritier d’après la loi commune. Voici les clefs de son secrétaire. M. Furlong, intendant de ses biens immeubles, qui vient d’arriver, et que vous voyez en cette chambre, vient de me les remettre à l’instant, en me disant que le défunt y plaçait tous ses papiers importants. Je vais donc procéder à l’ouvrir.

— Faites-le, sir Reginald. Personne ne peut désirer plus que moi de connaître le bon plaisir de mon cher oncle. Ceux à qui il m’a semblé vouloir donner, ne perdront rien, faute de sa signature.

Cette déclaration adroite éleva Tom considérablement dans l’opinion de la moitié de ceux qui étaient dans la salle ce qui lui assurait autant d’amis dans le cas où quelque événement lui rendrait cet appui nécessaire. Pendant ce temps, sir Reginald ouvrait le secrétaire, où il trouva tous les papiers du défunt : — les titres de propriété rangés par ordre de dates, — les baux de ses terres, — les registres et les comptes de recettes et de dépenses, qui paraissaient tenus avec beaucoup de régularité, — les mémoires quittances, enfilés à la suite les uns des autres, — trois petits sacs remplis de guinées, et prouvant que l’argent comptant ne manquait pas. En un mot, tout démontrait que le défunt avait laissé ses affaires dans le meilleur ordre. On ouvrit tous les tiroirs, on fouilla partout, et l’on ne trouva ni testament, ni brouillon ou projet d’un pareil acte. Le désappointement se lisait visiblement sur la physionomie de sir Reginald, des deux amiraux et de M. Atwood, car ils s’étaient figuré, sans trop savoir pourquoi, que la production d’un testament déjouerait, d’une manière ou d’une autre, les espérances du prétendu sir Thomas. Tom lui-même n’était pourtant pas sans inquiétudes, car le changement survenu depuis quelque temps, dans les dispositions de son oncle à son égard, le portait à craindre qu’on ne trouvât quelque testament d’une date postérieure à celui qu’il avait en poche. Cependant un air de triomphe prit peu à peu la place de la crainte sur l’expression de sa physionomie, à mesure que la recherche avançait ; et quand M. Furlong, homme parfaitement honnête, eut déclaré que, d’après la connaissance qu’il avait du caractère du défunt, il ne croyait pas qu’il eût fait un testament, il ne put se contenir davantage.

— Pas si vite, maître Furlong, pas si vite ! dit-il en tirant de sa poche un papier en forme de lettre cachetée ; voici une pièce à laquelle vous consentirez peut-être à donner le nom de testament. – Vous remarquerez, Messieurs, que ce papier est légitimement entre mes mains, car il porte mon adresse, elle est de son écriture, et son sceau y est apposé. — Voyez, Furlong ; reconnaissez-vous la main de mon oncle sur cette adresse, et ce cachet est-il le sien ?

— Je reconnais l’écriture et le cachet, dit l’intendant en soupirant. À cet égard, M. Thomas a raison.

— M. Thomas, drôle ! et pourquoi non sir Thomas ? Les baronnets n’ont-ils pas droit à un titre en Angleterre ? Mais n’importe ; il a temps pour tout. — Sir Gervais Oakes, comme vous êtes parfaitement désintéressé, voulez-vous me faire le plaisir de rompre le sceau et de voir ce qui est contenu dans l’enveloppe ?

Le vice-amiral ne perdit pas un instant à le satisfaire, car il prenait un vif intérêt au résultat que cette affaire allait avoir. Le lecteur se doute déjà que la pièce que Tom venait de remettre à sir Gervais était le testament préparé par son père. On a déjà vu que sir Wycherly l’avait signé après en avoir rempli les blancs du nom de Thomas Wychecombe entre les mains duquel il l’avait remis ; et celui-ci, après l’avoir lu cinq ou six fois pour bien graver dans sa mémoire ce qu’il contenait, avait engagé le testateur, le même jour, à mettre cet acte sous enveloppe cachetée à son adresse. Le vice-amiral lut ce testament depuis le premier mot jusqu’au dernier, avant de le remettre entre les mains de sir Reginald. Celui-ci s’attendait à trouver dans ce testament l’œuvre, d’un faussaire ; mais la lecture des premières lignes le fit changer d’opinion, et il vit que cet acte n’avait pu être rédigé que par un homme connaissant parfaitement les formes et le style du barreau. L’écriture avait un caractère particulier, et il reconnut celle du baron Wychecombe. Le lecteur sait déjà que par ce testament le feu baronnet avait institué son neveu Thomas Wychecombe légataire universel de tous ses biens meubles et immeubles, et son exécuteur testamentaire.

— Ce testament me paraît avoir été rédigé par un jurisconsulte très-habile, feu le baron Wychecombe, dit sir Reginald.

— Vous ne vous trompez pas, répondit Tom sans se déconcerter ; il le fit pour obliger mon oncle ; mais il laissa en blanc les noms du légataire, voulant lui laisser toute liberté de choisir qui bon lui semblerait. Vous voyez que c’est sir Wycherly lui-même qui a rempli les blancs, ce qui ne laisse aucun doute sur ses intentions.

— Je vois que vous avez droit à tous les biens meubles et immeubles du défunt ; mais quant à vos prétentions à son titre, elles seront certainement contestées et rejetées.

— Et pourquoi rejetées ? s’écria le jeune lieutenant, se mettant en avant pour la première fois, et ses yeux brûlant d’une curiosité qu’il ne pouvait réprimer. – M. Thomas, sir Thomas, devrais-je dire, n’est-il pas le fils aîné de l’aîné des frères de feu sir Wycherly, et par conséquent héritier du titre comme du domaine du baronnet ?

— Certainement non. Je puis le garantir d’après des preuves que j’ai soigneusement examinées, et qui constatent que M. le baron Wychecombe n’a jamais été marié, et par conséquent n’a pu laisser après lui aucun héritier légal.

— Cela est-il possible ? Comme nous avons tous été trompés en Amérique !

— Que voulez-vous dire, jeune homme ? Avez-vous quelque prétention légale à faire valoir ici ?

— Je suis Wycherly, fils unique de Wycherly, qui était fils aîné de Grégoire Wychecombe, frère puîné du feu baronnet. Si ce que vous nous dites se trouve vrai, je suis du moins le plus proche héritier du titre.

— C’est une… — Le mot — fausseté — que Tom allait prononcer s’arrêta dans son gosier, car les yeux calmes mais sévères du jeune marin rencontrèrent les siens et l’avertirent d’être prudent. — C’est une erreur, dit-il ; mon oncle Grégoire était garçon quand il périt dans un naufrage et par conséquent il ne peut avoir laissé des enfants légitimes.

— Je dois dire, jeune homme, dit sir Reginald d’un ton grave au jeune marin, que c’est du moins ce que j’ai toujours entendu dire. J’avais un intérêt trop puissant à connaître l’histoire de cette famille, pour en négliger les annales.

— Je sais, Monsieur, que c’est l’opinion qu’on a eue ici depuis plus d’un demi-siècle, mais elle est fondée sur une erreur. Voici les faits : Mon aïeul, jeune homme impétueux, mais ayant un excellent cœur, était second lieutenant à bord d’un bâtiment de la marine royale. Étant à terre, pour cause de service, dans une des îles des Indes occidentales, il eut une querelle avec son premier lieutenant, et il le frappa. La peine de cette faute était la mort. L’officier insulté avait eu antérieurement une autre querelle avec mon aïeul qui, après avoir reçu son feu, avait refusé d’y répondre, en avouant qu’il avait tort. Le premier lieutenant n’ayant pas oublié cette circonstance, et désirant lui sauver la vie, lui conseilla de se cacher et de ne pas retourner à bord. Ce conseil fut suivi ; le bâtiment mit à la voile sans Grégoire Wychecombe, et périt corps et biens dans une tempête. Mon aïeul passa de là en Virginie, et il y resta un an, gardant le plus profond secret sur cette histoire, de crainte que, si elle venait à s’ébruiter, on ne le traduisît devant un conseil de guerre. L’amiral se chargea ensuite du soin de sa fortune ; il épousa une femme riche, et elle fut la seule confidente de son aventure. Il ne supposait pas qu’il pût jamais recueillir la succession de l’aîné de ses frères, et il n’avait aucun motif d’intérêt pour en parler à personne. Il écrivit pourtant une fois à sir Wycherly mais il ne lui envoya pas sa lettre, pensant qu’elle lui ferait plus de peine que de plaisir. Cette lettre est entre mes mains, et elle est de son écriture. J’ai aussi son brevet de lieutenant de vaisseau, et toutes les autres preuves d’identité qui peuvent être nécessaires. Elles sont si complètes, qu’aucune cour de la chrétienté ne pourrait refuser de les admettre, car jamais il n’avait voulu changer de nom. Il n’y a que deux ans qu’il est mort, et avant de mourir il me remit toutes les pièces nécessaires pour établir mes droits, si l’occasion de les faire valoir se présentait jamais. Il avait survécu à mon père ; mais aucun de nous ne jugeait nécessaire de les faire connaître, puisque nous pensions tous que les fils du baron Wychecombe étaient légitimes. Tout ce que je puis dire, c’est que je suis petit-fils et héritier de Grégoire Wychecombe, frère puîné de feu sir Wycherly Wychecombe. Ce fait me donne-t-il ici quelques droits ? c’est ce que vous, sir Reginald, vous pouvez dire mieux que moi.

— Il vous rend, comme appelé à recueillir la substitution, héritier de ce domaine, de cette maison, et d’une bonne partie des objets qui s’y trouvent, ainsi que du titre de baronnet. Vous n’avez qu’à faire la preuve légale de ce que vous venez d’avancer, pour annuler toutes les dispositions de ce testament, excepté celle qui a rapport aux biens meubles.

— Bravo ! s’écria sir Gervais, se frottant les mains de joie ; bravo, Dick ! Si nous étions à bord du Plantagenet, de par le ciel, j’appellerais tout le monde en haut, et nous aurions trois hourah ! Ainsi donc, mon brave jeune marin, vous voilà sir Wycherly Wychecombe, après tout !

— Oui, c’est toujours ainsi que nous nous y prenons à bord d’un bâtiment, dit Galleygo au groupe de domestiques, quand il arrive quelque chose qui vaut la peine qu’on fasse du bruit. Quelquefois nous faisons un signal à l’amiral Bleu et à tous les capitaines de tout préparer pour trois hourah ! et alors nous nous mettons tous à crier comme si nous avions la poitrine pleine de hourah ! et que nous voulussions nous en débarrasser. Si le vice-amiral voulait en passer l’ordre en ce moment, vous vous feriez une idée de cette coutume, et vous entendriez un bruit qui retentirait encore à vos oreilles dans un an. Il n’arrive pas tous les jours qu’un homme du métier hérite d’un domaine.

— Serait-ce là un mode convenable de décider une question de droit, sir Gervais ? demanda Tom avec plus de justice et de raison qu’il n’en mettait ordinairement de son côté ; et cela, tandis que le corps de mon pauvre oncle est encore dans cette maison ?

— Je reconnais la justice de ce reproche, Monsieur, et je ne dirai plus rien dans cette affaire ; — du moins rien d’aussi indiscret que ce que je disais tout à l’heure. — Sir Reginald, vous avez maintenant cette affaire en main, et je la recommande à votre attention très-sérieuse.

— Ne craignez rien, sir Gervais ; justice sera rendue en cette occasion, s’il y de la justice en Angleterre. — Votre histoire a un air de vraisemblance, jeune homme vous la racontez naturellement, et je vois entre vous et notre famille quelques traits de ressemblance qu’on n’aperçoit certainement pas dans la physionomie de M. Thomas Wychecombe. Si l’affaire ne dépendait que de la légitimité de votre partie adverse, elle serait bientôt décidée, car j’ai une déclaration de sa propre mère qui le reconnaît illégitime, et j’ai aussi des preuves de certaines circonstances qui pourraient même faire annuler le testament du baron Wychecombe. Mais quant celui de sir Wycherly, il me paraît inattaquable, et il ne faut rien de moins que la preuve légale de l’existence d’un appelé à recueillir la substitution pour le faire déclarer nul. Vous dites que vous avez des preuves. Où sont-elles ? Il est très-important de savoir qui a droit à la possession de cette maison.

— Les voici, Monsieur, répondit Wycherly, ôtant une ceinture qu’il portait sous son uniforme, et retirant des papiers des poches qui y étaient pratiquées. – Quelques-unes de ces pièces sont des originaux, comme le certificat de naissance de mon aïeul, son brevet de lieutenant de vaisseau, etc. ; les autres sont ce que les hommes de loi appellent des copies authentiques, et l’on m’a assuré qu’il n’y en a pas une qui ne puisse être admise comme preuve par toute cour de justice d’Angleterre devant laquelle cette affaire pourrait être portée.

Sir Reginald prit les papiers, et se mit à les lire l’un après l’autre avec beaucoup d’attention. Les preuves d’identité de l’aïeul étaient complètes, et aussi claires que possible. Il avait été reconnu par un ancien compagnon d’études, un des gouverneurs de la colonie, et c’était d’après l’avis de cet ami qu’il avait pris tant de peines pour mettre son identité hors de doute. Il y avait ses deux actes de mariage, le premier avec Jeanne Beverly, et le second avec Rébecca Randolph et les actes de naissance des deux fils qu’il avait eus, un de chaque mariage. L’identité du jeune officier comme fils unique de Wycherly, fils aîné de Grégoire, était prouvée d’une manière aussi évidente. En un mot, les preuves étaient celles qu’un avocat habile et expérimenté aurait pu préparer pour un cas qui n’admettait aucun doute, mais qui pouvait être l’objet d’une contestation. Sir Reginald passa près d’une demi-heure à examiner ces papiers, et pendant ce temps tous les yeux étaient fixés sur lui, et épiaient chaque expression de sa physionomie. Enfin il termina sa tâche, et se tourna vers Wycherly.

— Celui qui a préparé ces pièces, dit-il, y a mis beaucoup de soin et de méthode, et il savait parfaitement tout ce qu’on pourrait exiger en pareil cas. Mais pourquoi les avez-vous si longtemps tenues secrètes ? Pourquoi avez-vous souffert que sir Wycherly mourût dans l’ignorance de votre parenté et de vos droits ?

— J’ignorais moi-même que j’en eusse le moindre, étant convaincu que non-seulement M. Thomas Wychecombe, mais même ses deux frères, étaient héritiers du baronnet avant moi. C’était aussi l’opinion de mon aïeul lui-même lorsqu’il fit préparer toutes ces pièces. Il me les donna pour que je pusse réclamer les liaisons de parenté avec ma famille, quand je serais en Angleterre ; et me recommanda de les porter toujours sur moi jusqu’au moment où je voudrais m’en servir.

— Cela explique pourquoi vous n’avez rien dit de vos droits. Mais pourquoi n’avez-vous pas fait connaître votre parenté ?

— Pourquoi, Monsieur ? parce que je voyais que l’Amérique et les Américains étaient méprisés en Angleterre, et qu’on y parlait des colons comme d’une race d’êtres inférieurs, dégénérés quant à la taille, à l’intelligence et au courage, et ne ressemblant plus en rien aux habitants de la mère-patrie. J’étais trop fier pour avouer une parenté qui ne paraissait pas désirée. Quand je fus blessé, et que je m’attendais à mourir, on me mit à terre ici, d’après ma propre demande, et j’avais l’intention de me faire connaître à ma famille ; mais y ayant éprouvé les soins compatissants de deux anges, — et en ce moment le jeune lieutenant jeta un regard sur Mildred et sa mère, — je sentis moins le besoin de parents. Je respectais sir Wycherly ; mais il était trop évident qu’il regardait les Américains comme fort au-dessous de lui, pour qu’il me restât le moindre désir de lui apprendre que j’étais petit-fils de son frère.

— Je crains que ce reproche ne nous soit adressé que trop justement, sir Gervais, dit sir Reginald d’un air pensif. Nous paraissons croire qu’il y a dans l’air de l’Angleterre proprement dite quelque chose qui nous élève au-dessus du niveau des autres. Si une prétention quelconque arrive ici de l’autre côté de l’eau, nous la regardons comme étrange et inadmissible. Puisque les princes mêmes ne sont pas exempts de ce destin, il faut bien que des individus placés dans un rang plus humble s’y soumettent.

— Je comprends le sentiment qui a fait agir ce brave jeune homme, et je pense qu’il est honorable pour lui. Amiral Bluewater, vous et moi nous avons eu souvent occasion de réprimer cet esprit d’orgueil de nos jeunes officiers et vous conviendrez avec moi que notre jeune lieutenant a agi très-naturellement en se conduisant comme il l’a fait.

— Je suis parfaitement d’accord avec vous sur ce point, sir Gervais ; et en homme qui a beaucoup vu les colonies et qui commence à ne plus être jeune, je hasarderai de prédire que les suites de ce sentiment injuste retomberont tôt ou tard sur l’Angleterre, en forme de juste châtiment.

— Je ne vais pas aussi loin que cela, Dick, non, je ne vais pas aussi loin. Mais c’est un sentiment qui n’est ni juste ni sage, et nous qui connaissons les deux hémisphères, nous devons en déclarer l’absurdité. Nous avons déjà parmi nous quelques braves qui viennent de cette partie du monde, et j’espère vivre assez longtemps pour en voir davantage.

Qu’on se souvienne que le vice-amiral Oakes parlait ainsi avant que les Hallowell, les Coffin et les Brenton de notre temps se fussent enrôlés dans un service qui, depuis cette époque, est devenu étranger à celui de leur pays natal ; mais c’était une sorte de prophétie de leur apparition, et de celle de beaucoup d’autres noms distingués dans les listes de la marine britannique. Wycherly sourit avec fierté, mais ne fit aucune réponse. Pendant tout ce temps sir Reginald était à réfléchir sur tout ce qui venait de se passer.

— Messieurs, dit-il alors, il paraît que, contre notre attente, il existe un héritier du titre de baronnet du défunt, aussi bien que du domaine de Wychecombe-Hall, et tous nos regrets que le défunt n’ait pas assez vécu pour signer le testament qui venait d’être écrit à sa requête, sont inutiles et sans objet. – Sir Wycherly Wychecombe, je vous félicite d’être ainsi appelé à recueillir les honneurs et les biens de votre famille et comme en faisant partie, il peut m’être permis de féliciter tous ceux qui ont droit d’en porter le nom, de le voir si dignement représenté. Comme membre de la famille, je vous reconnais avec plaisir comme en étant maintenant le chef.

Le jeune lieutenant répondit à ce compliment en saluant le baronnet, et reçut aussi les félicitations de presque tous les témoins de cette scène. Tom Wychecombe fit pourtant exception, et, au lieu de montrer aucune disposition à se soumettre à cette privation soudaine de ses droits prétendus, il réfléchissait aux mesures à prendre pour les soutenir. Voyant sur la physionomie des principaux domestiques qu’il les avait gagnés par la promesse qu’il leur avait faite de leur payer les legs contenus dans le testament non signé, il se croyait bien assuré de leur appui. Il savait aussi que la possession était un point important, et il cherchait un moyen de s’assurer cet avantage. Jusqu’alors les deux prétendants étaient de niveau à cet égard, car, quoiqu’un testament signé et en bonne forme parût donner à Tom des droits supérieurs, nulle autorité partant d’une source illégale ne serait reconnue en justice, et feu sir Wycherly n’avait pas eu le droit de disposer de Wychecombe-Hall, tant qu’il existait un héritier appelé à recueillir sa substitution. D’une autre part, Tom et Wycherly ne se trouvaient dans la maison du défunt que comme hôtes, et par conséquent ni l’un ni l’autre n’en avait une possession qui pût exiger l’intervention de la loi pour l’en expulser. Tom avait fait au Temple un commencement d’étude de la jurisprudence, et surtout des lois sur les biens immeubles, et il en avait assez appris pour savoir qu’il existait quelques cérémonies à accomplir pour prendre possession d’une maison ou d’un domaine, comme sous le système féodal ; mais il en ignorait les formes précises, et il ne savait pas trop si elles pourraient lui profiter dans les circonstances particulières du cas. Au total, il résolut pourtant de faire valoir les avantages qu’il possédait déjà, et de les appuyer du peu de raisonnement que les faits admettaient.

— Sir Reginald Wychecombe, dit-il d’un ton grave, et avec toute l’indifférence qu’il put affecter, vous avez paru bien facilement ajouter foi à cette histoire américaine, ce qui m’a surpris dans un homme qui a une si haute réputation de prudence et de sagacité. Cette soudaine résurrection d’un mort peut plaire aux oreilles des amateurs du merveilleux, mais elle ne séduirait pas si aisément un jury de douze hommes sensés, ayant prêté serment de prononcer leur verdict en leur âme et conscience. Au surplus, en admettant pour un instant la vérité de tout ce qui vient de nous être dit, vous ne pouvez nier que feu sir Wycherly n’eût le droit de faire un testament, n’eût-il eu à léguer que ses vieux souliers ; et ayant ce droit, il avait nécessairement celui de nommer un exécuteur testamentaire. Or, Monsieur, je suis cet exécuteur, et, en cette qualité, je demande qu’on me laisse exercer mes fonctions dans cette maison, comme en étant du moins le maître temporaire.

— Pas si vite, jeune homme, pas si vite. Un testament doit être rendu exécutoire et l’exécuteur reconnu, avant que le premier soit valide et que le second puisse exercer ses fonctions. D’une autre part, feu sir Wycherly n’a pu donner d’autorité à personne sur ce qui ne lui appartenait pas. Du moment qu’il a cessé de respirer, le petit-fils de son frère Grégoire est devenu propriétaire à vie de ce domaine et de cette maison qui en fait partie, et je lui conseille d’user de ses droits, et de se fier à leur validité pour se justifier aux yeux de la loi s’il en était besoin. En de pareilles affaires, celui qui a raison ne risque rien et celui qui a tort doit s’attendre aux conséquences de son imprudence. — Monsieur Furlong, vos fonctions comme intendant de ce domaine ont cessé avec la vie de celui qui en était encore propriétaire il n’y a que quelques heures. Si vous avez en main des clefs ou papiers appartenant au défunt, je vous conseille de les remettre à ce jeune officier, qui est incontestablement et légitimement sir Wycherly Wychecombe.

Furlong était un homme circonspect, plein d’honneur, connaissant les affaires ; et malgré le désir secret qu’il avait de voir Tom trompé dans ses espérances, il tenait à s’acquitter de son devoir. Il prit donc sir Reginald à part, lui fit différentes questions sur la nature des preuves qui lui avaient été soumises, et étant enfin convaincu de la légitimité des droits du jeune lieutenant, il déclara qu’il était prêt à faire ce qui lui était demandé.

— J’étais certainement dépositaire des clefs de ce secrétaire et des tiroirs qui contiennent les papiers du défunt ; je vous les ai remises, sir Reginald, pour faire la recherche d’un testament ; vous me les avez rendues ensuite, elles sont encore en ma possession, et je suis prêt à les remettre à qui de droit. — Les voici, sir Wycherly. Mais je vous engage à retirer du secrétaire les trois sacs de guinées qui s’y trouvent, et dont votre grand-oncle avait droit de disposer comme bon lui semblait. Tous les autres objets qui sont dans le secrétaire vous appartiennent, ainsi que la vaisselle d’argent, les voitures, chevaux, et presque tout le mobilier de la maison, le tout étant déclaré devoir tenir nature d’immeubles par l’acte de substitution.

— Je vous remercie, monsieur Furlong, et le premier usage que je ferai de ces clefs sera pour suivre votre avis. Je vous les remettrai ensuite, en vous priant de continuer à remplir les fonctions dont mon grand-oncle vous avait chargé.

À ces mots, le nouveau baronnet ouvrit le secrétaire, et mit par terre les trois sacs de guinées, en attendant qu’on leur trouvât une place plus convenable, puis remit les clefs à M. Furlong.

— Tout ce que je puis faire légalement pour vous aider à vous mettre en possession de vos droits, sir Wycherly, je le ferai avec grand plaisir, dit l’intendant, quoique je ne voie pas comment je puis transmettre plus que je ne tiens. – Qui facit per alium, facit per se, est une bonne maxime de jurisprudence, sir Reginald ; mais il faut que le commettant ait le pouvoir d’agir, avant que le mandataire puisse exercer aucune autorité. Il me paraît que cette affaire est un cas dans lequel chacune des deux parties soutient ses droits à ses risques et périls. La possession des fermes est en sûreté pour le présent, puisqu’elle se trouve entre les mains des fermiers ; mais quant à la maison et au parc, il paraît que personne n’en est encore en possession légale. C’est un cas dans lequel on peut user immédiatement de son titre.

— La loi le dit ainsi, monsieur Furlong ; et je conseille à sir Wycherly de prendre possession sur-le-champ de la clef de la porte d’entrée de cette maison, comme en étant le maître.

Dès qu’il eut entendu l’avis de sir Reginald, Wycherly sortit de la bibliothèque, suivi de tous ceux qui y étaient avec lui, traversa le vestibule, ferma la porte d’entrée de la maison, et en mit la clef dans sa poche. Il fit cet acte de prise de possession avec une fermeté qui parut produire un grand effet sur l’esprit de ceux des domestiques que les promesses de Tom avaient gagnés. En ce moment M. Furlong dit quelques mots à l’oreille de sir Reginald.

— Sir Wycherly, dit celui-ci en souriant, à présent que vous êtes en possession tranquille de cette maison, je ne vois pas qu’il soit nécessaire de nous retenir tous en prison pour établir vos droits. M. Furlong me dit que David le portier, est un fidèle serviteur, et s’il veut en recevoir la clef, comme étant à votre service, vous pouvez la lui confier sans danger.

David ayant bien volontiers accepté cette proposition, la clef de la porte fut remise entre ses mains, et l’on pensa généralement que le nouveau sir Wycherly avait pris possession de la maison. Tom n’osa pas entamer la question de sa légitimité en présence de sir Reginald, qui semblait avoir trouvé un fil pour arriver à la connaissance de la vérité. Il s’abstint donc pour le moment de parler du contrat de mariage qu’il avait forgé. Saluant toute la compagnie avec un sourire moqueur, il sortit en homme qui vient de recevoir une insulte qu’il méprise, et se retira dans son appartement. Sa retraite laissa le jeune lieutenant maître du champ de bataille ; mais comme les circonstances ne permettaient pas les démonstrations de triomphe, la compagnie se sépara sans bruit, les uns pour réfléchir à l’avenir, les autres pour causer du passé, tous pour songer avec étonnement au présent.