Les Deux Amiraux/Chapitre XXIV

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Traduction par A. J. B. Defauconpret.
Furne, Gosselin (Œuvres, tome 20p. 326-340).



CHAPITRE XXIV.


Ne pleure pourtant pas. — La lutte n’est pas finie, ô vainqueur de Philippes ! Plus d’un champ de bataille a produit pour nous des palmes. – Encore un effort : il faut qu’un combat sérieux scelle notre destin.
Mistress Hemans



Les matelots du Plantagenet, qui, en voyant un homme suspendu au bout du boute-hors d’une bonnette, avaient oublié la discipline au point de monter dans le gréement sur les dromes et sur les canons, pour attendre ce qui allait en résulter, ne virent pas plutôt l’étranger descendu en sûreté sur la dunette, qu’ils agitèrent en l’air leurs chapeaux et leurs bonnets, et l’accueillirent, comme d’une seule voix, par des acclamations. Les officiers sourirent de cet élan d’enthousiasme, et l’infraction à la coutume fut oubliée ; la discipline rigide, même d’un bâtiment de guerre, cédant quelquefois à l’impulsion soudaine d’un sentiment naturel.

Dès que le Druide s’était approché du vaisseau amiral, on avait vu le capitaine Blewet placé dans les haubans de sa misaine au vent, dirigeant lui-même la manœuvre soit d’un geste, soit de vive voix. Dès qu’il vit Wycherly sur la dunette du Plantagenet, et son corps souple et alerte dégagé de la bouline qui lui avait servi de siège, le capitaine fit un grand mouvement de bras pour indiquer son intention de s’éloigner du vaisseau. La barre fut mise tout au vent, et tandis que le vaisseau filait en tête, en plongeant dans le creux des lames, l’avant de la frégate tomba sous le vent, laissant un espace de cent pieds et plus entre les deux bâtiments presque en un instant. Les mêmes causes continuant à opérer, le Plantagenet s’éloigna encore davantage en avant, tandis que la frégate revint bientôt au vent, à une encâblure de distance sous le vent, et par le travers de l’espace qui séparait l’amiral de son matelot d’arrière. Là, le capitaine Blewet parut se disposer à attendre des ordres ultérieurs.

Sir Gervais Oakes n’était pas habitué à laisser apercevoir la surprise que pouvaient lui occasionner les petits incidents qui arrivaient dans le service. Il rendit d’un air froid le salut de Wycherly, et sans lui faire une question, sans qu’un muscle jouât sur sa physionomie, il ne songea plus qu’à suivre des yeux tous les mouvements de la frégate. Voyant que tout allait bien à bord du Druide, il ordonna à Wycherly de le suivre, et descendit le premier, le laissant marcher après lui aussi vite que le permirent les questions nombreuses auxquelles il eut à répondre en descendant. Atwood, qui observait avec intérêt tout ce qui se passait, remarqua que, de tous ceux qui étaient présents à cette scène, le capitaine Greenly était le seul qui parût indifférent à la nature du message dont l’étranger pouvait être chargé, quoiqu’il fût peut-être le seul à qui son rang pût donner le droit de faire une question sur ce sujet.

— Vous êtes arrivé sur notre bord d’une manière nouvelle et extraordinaire, sir Wycherly, dit le vice-amiral d’un ton un peu sévère, dès qu’il fut seul avec le jeune lieutenant dans sa chambre.

— C’est un plan dont le capitaine Blewet est l’auteur, sir Gervais ; et réellement c’était le seul qui parût pouvoir réussir, car il aurait été difficile à une embarcation de résister à une mer si houleuse. J’espère que sa réussite, et la nature du message dont je suis chargé, pourront servir d’excuse à cette infraction au cérémonial d’usage.

— Je crois que c’est la première fois depuis le temps du Conquérant, que lé vaisseau d’un vice-amiral anglais a été abordé si cavalièrement ; mais, comme vous le dites, les circonstances peuvent justifier cette innovation. — Quel est votre message ?

— Je présume que cette lettre vous l’expliquera, sir Gervais. J’ai peu de chose à y ajouter, si ce n’est pour vous faire rapport que le mât de misaine du Druide a été craqué pendant que nous forcions de voiles pour vous rejoindre, et que nous n’avons pas perdu un instant depuis que l’amiral Bluewater nous a ordonné de partir.

— Vous étiez donc à bord du César ? dit le vice-amiral, dont le ton s’adoucit considérablement quand il vit le zèle que montrait pour le service un jeune homme qui aurait eu des raisons très-plausibles pour rester à terre ; — et vous en êtes parti avec cette lettre ?

— Oui, sir Gervais, par ordre de l’amiral Bluewater.

— Et êtes-vous arrivé à bord du Druide à l’aide d’un boute-hors, ou avez-vous réservé cette nouvelle mode pour le commandant en chef ?

— J’ai quitté le César sur un canot, sir Gervais ; et quoique nous fussions plus près de la côte, où le vent n’a jamais autant de force, et qu’il ne fût pas alors aussi violent qu’il le devint ensuite, nous avons été sur le point de couler à fond.

— Si vous êtes un vrai Virginien, vous ne vous seriez pas noyé, Wychecombe, répondit le vice-amiral reprenant sa bonne humeur ; car, vous autres Américains, vous nagez comme du liège. – Excusez-moi, pendant que je vais lire la dépêche de Bluewater.

Sir Gervais avait reçu Wycherly dans la grande chambre, debout devant la table qui était solidement amarrée au centre. Il aurait peut-être été embarrassé de dire pourquoi il fit signe au jeune homme de prendre un siège avant d’entrer dans ce qu’il appelait son salon, joli petit appartement qui séparait ses deux autres chambres, qui était meublé avec une élégance qu’on aurait pu admirer dans une demeure plus permanente, et où il avait coutume de se retirer quand il voulait réfléchir. Son motif pour y entrer en ce moment était peut-être une crainte secrète des sentiments politiques du contre-amiral ; car, quand il s’y trouva seul, il laissa passer une bonne minute sans ouvrir la lettre qu’il tenait en main. Rougissant de la faiblesse qui le faisait hésiter, il en rompit enfin le cachet et lut ce ce suit :


« Mon cher Oakes, — depuis que nous nous sommes quittés, de grands doutes se sont élevés dans mon esprit sur ce que mon devoir exige de moi dans cette grande crise. Un bras, un cœur, une voix même, peut décider du destin de l’Angleterre. Dans une telle circonstance, chacun doit écouter la voix de sa conscience, et tâcher de prévoir les suites de ses propres actions. Des agents confidentiels sont dans l’ouest de l’Angleterre, et j’en ai vu un. D’après ce qu’il m’a dit, je vois que ce destin dépend de moi plus que je n’aurais pu me le figurer, et encore davantage des mouvements de M. de Vervillin. Ne vous pressez pas trop, prenez du temps pour réfléchir, et accordez-m’en aussi car je me sens comme un misérable dont le sort va être décidé. Qu’aucun motif ne vous fasse risquer un engagement, dans la croyance que cette division est assez près pour vous soutenir. Attendez du moins que je vous écrive d’une manière plus positive, ou que nous puissions nous voir. Il me semble également difficile de frapper un coup contre mon prince légitime ou d’abandonner mon ami. Pour l’amour du ciel, agissez avec prudence et comptez que vous me verrez d’ici à vingt-quatre heures. Je ferai route à l’est dans l’espoir de vous rencontrer ; car je suis convaincu que de Vervillin n’a rien à faire à l’ouest. Il est possible que je vous envoie quelque message verbal par le porteur, car mes pensées sont paresseuses et mon esprit ne les accueille qu’avec répugnance.

« Tout à vous,

« Richard Bluewater. »


Sir Servais Oakes lut cette lettre deux fois avec beaucoup d’attention ; il la froissa ensuite dans sa main avec la même force que s’il eût voulu étouffer un reptile venimeux. Ne se contentant pas de cette manifestation de mécontentement, il la déchira ensuite en si petits morceaux qu’il aurait été impossible de les rapprocher de manière à pouvoir connaître le contenu de cette lettre, et ouvrant une fenêtre, il en jeta tous les fragments dans la mer. Quand il crut avoir ainsi détruit tout indice de la faiblesse de son ami, il commença à se promener dans son salon à sa manière ordinaire. Wycherly entendit ses pas, et fut surpris du délai qu’il mettait à reparaître. Mais son devoir l’obligeait à rester, et il passa une demi-heure en silence avant que sir Gervais ouvrît la porte et rentrât dans la grande chambre. Le vice-amiral avait banni de sa physionomie tout signe d’agitation et de détresse, mais l’officier put y remarquer un air d’inquiétude.

— Le contre-amiral vous a-t-il chargé de quelque autre message, sir Wycherly ? demanda l’amiral. Il me donne à entendre dans sa lettre que vous y ajouterez quelques explications verbales.

— Je suis honteux d’avoir à vous avouer, sir Gervais, que je ne puis rien vous dire qui soit intelligible. Il est très-vrai que le contre-amiral m’a dit quelques phrases que je devais vous répéter ; mais j’avais sans doute en ce moment l’esprit extraordinairement bouché, car, en cherchant à me rappeler, dès que je l’eus quitté, tout ce qu’il m’avait dit, je n’ai pu y trouver ni sens ni liaison.

— C’est peut-être sa faute plus que la vôtre, Wycherly ; Bluewater a de fréquents accès de distraction ; et il aurait tort de se plaindre de ceux qui ne le comprennent pas, car il ne se comprend pas toujours lui-même.

Sir Gervais prononça ces mots avec un air de gaieté, car il était ravi d’apprendre que son ami ne s’était pas compromis en parlant à son messager. Mais Wycherly n’était pas disposé à s’excuser aux dépens du contre-amiral ; car il se sentait assuré que Bluewater lui avait exprimé ses véritables sentiments, quelque défectueuse que pût avoir été sa manière de le faire.

— Je ne crois pas que nous puissions accuser de rien, en cette occasion les distractions de l’amiral Bluewater, répondit-il avec une généreuse franchise. Il paraissait sentir profondément ce qu’il disait ; la force du sentiment qui l’entraînait peut avoir jeté de l’obscurité dans ses discours, mais ce ne peut être ni distraction ni indifférence.

— Je comprendrai mieux l’affaire, sir Wycherly, si vous me répétez ce qu’il vous a dit.

L’officier réfléchit quelques instants, et chercha à se rappeler ce qui s’était passé entre le contre-amiral et lui.

— Il m’a plusieurs fois recommandé de vous engager à ne pas attaquer les Français avant que sa division vous eût rejoint et fût prête à vous seconder. Mais était-ce par suite de quelque information secrète qu’il avait reçue, ou d’un désir tout naturel de prendre part au combat, c’est ce que je n’oserais affirmer.

— Chacune de ces deux causes peut avoir eu son influence. A-t-il fait quelque allusion à des informations secrètes qu’il aurait reçues ?

— En vérité, sir Gervais, s’écria Wycherly, qui était presque au désespoir de se trouver dans une situation si gauche, et qui commençait à croire que ses chagrins personnels lui avaient fait oublier quelque partie importante de son message, je n’ai jamais eu tant de raison d’être honteux de ma stupidité que dans le moment actuel. Les événements qui se sont passés à terre tout récemment m’avaient peut être rendu incapable de m’acquitter du devoir dont j’ai été chargé.

— Cela est tout naturel, mon jeune ami ; mais, comme je les connais, vous pouvez compter sur mon indulgence.

— Ah ! sir Gervais, vous n’en connaissez pas la moitié !… Mais je m’oublie amiral, et je vous en demande pardon.

— Je n’ai pas envie de connaître vos secrets, sir Wycherly ; ainsi laissons ce sujet à l’écart. Mais vous pouvez me dire si l’amiral Bluewater montrait l’ardeur et la gaieté qui caractérisent un marin anglais quand il a devant lui la perspective d’une grande bataille.

— Non, sir Gervais ; il avait au contraire l’air mélancolique, et j’ai même cru, une ou deux fois, voir une larme dans ses yeux.

— Pauvre Dick ! pensa le vice-amiral, il n’aurait jamais pu songer à m’abandonner sans éprouver une grande angoisse d’esprit. — Vous a-t-il dit quelque chose ajouta-t-il tout haut, relativement la flotte de M. de Vervillin ?

— Oui, certainement, amiral, il m’en a parlé beaucoup ; mais je ne pourrais résumer exactement ce qu’il m’a dit. Il paraissait croire que le comte de Vervillin n’avait pas dessein de frapper un coup contre quelqu’une de nos colonies, et à cette idée il semblait rattacher celle qu’il en était moins nécessaire de l’attaquer. Mais je ne puis me tromper sur le désir qu’il a que vous évitiez tout engagement avec l’amiral français jusqu’à ce qu’il vous ait rejoint.

— Oui, et vous avez vu avec quel instinct j’ai exécuté ses désirs, dit sir Gervais avec un sourire amer. Cependant, si la seconde division de la flotte eût été avec nous ce matin, la journée eût été glorieuse pour l’Angleterre.

— Et ne l’a-t-elle pas été, sir Gervais ? Nous avons tout vu bord du Druide, et il n’y avait pas un de nous qui ne se félicitât d’être Anglais.

— Quoi même le Virginien ? dit le vice-amiral charmé d’un compliment qui ne sentait pas la flatterie et souriant en le regardant d’un air amical. Je craignais que les sarcasmes que vous avez entendus dans le Devonshire ne vous eussent porté à vous regarder comme faisant partie d’une nation différente de la nôtre.

— Même le Virginien, amiral. Vous avez été dans les colonies, et vous devez savoir que nous ne méritons pas tout ce qu’on dit de nous de ce côté de l’Atlantique. Le roi n’a pas de sujets plus fidèles que les Américains.

— Je le sais parfaitement, mon jeune ami, et c’est ce que j’ai dit au roi de ma propre bouche. Mais n’y pensez plus. Si votre vieil oncle vous a quelquefois montré en sa personne le portrait d’un vrai John Bull, il vous a laissé un titre honorable et un beau domaine. Je veillerai à ce que Greenly vous case quelque part, et vous consentirez, j’espère, à prendre vos repas avec moi. J’espère vous voir un jour à Bowldero. À présent nous monterons sur le pont, et si votre esprit vous rappelle plus distinctement quelque chose de ce que vous a dit Bluewater, ne manquez pas de m’en informer.

Wycherly le salua et se retira. Sir Gervais s’assit un instant et écrivit quelques lignes à Greenly, pour le prier de chercher une chambre commode pour le jeune lieutenant. Il monta ensuite sur la dunette. Quoiqu’il s’efforçât d’écarter les doutes pénibles qui le tourmentaient, et de paraître aussi content que doit l’être un officier qui vient de cueillir de nouveaux lauriers, il trouva difficile de cacher complétement le choc que la lettre de Bluewater lui avait fait éprouver. Certain comme il croyait l’être de porter un coup décisif à l’ennemi si les cinq vaisseaux de la seconde division venaient le renforcer, il aurait volontiers renoncé au triomphe que ce nouveau succès serait pour lui pour être sûr que son ami ne porterait pas les choses jusqu’à se mettre en rébellion ouverte contre le gouvernement établi. Il lui était difficile de croire qu’un homme tel que Bluewater pût réellement méditer d’emmener avec lui les bâtiments qu’il commandait. Cependant il connaissait l’ascendant du contre-amiral sur ses capitaines, et il y avait des moments où la possibilité qu’il prît ce parti se présentait à son esprit très-péniblement. — Et quand un homme peut se persuader toutes les absurdités du jus divinum, pensait sir Gervais, il n’a pas besoin de faire une grande violence au sens commun pour en admettre toutes les conséquences. — Le souvenir du caractère droit et intègre de Bluewater venait ensuite le rassurer et lui-donner des espérances plus encourageantes. Se sentant vaciller ainsi entre l’espoir et la crainte, il résolut d’écarter pour le moment cette affaire de son esprit, en donnant toute son attention à la partie de l’escadre qu’il avait avec lui. À l’instant où il venait de prendre cette sage détermination, Greenly et Wycherly parurent sur la dunette.

— Je suis charmé de vous voir un air d’appétit, Greenly, dit le vice-amiral d’un ton enjoué. — Galleygo vient de me faire un rapport important : mon déjeuner est prêt. Comme je sais que votre chambre n’a pas encore été mise en ordre depuis le combat, j’espère que vous me ferez le plaisir d’en prendre votre part. Sir Wycherly, mon brave jeune Virginien que voici, prendra la troisième chaise, et la compagnie sera complète.

L’invitation ayant été acceptée, il passa devant eux, comme pour leur montrer le chemin ; mais, en descendant l’échelle de poupe, il s’arrêta tout à coup.

— Wychecombe, dit-il, ne m’avez-vous pas dit que le mât de misaine du Druide a été craqué ?

— Oui, sir Gervais, et dangereusement, je crois ; le capitaine Blewet a fait force de voiles toute la nuit.

— Oui ; ce Tom Blewet est réellement effrayant pour les mâts et les vergues. Je n’étais jamais sûr de les trouver tous à leur place en me levant le matin, quand il était votre lieutenant, Greenly. Combien de bâtons de foc et de vergues de perroquet nous a-t-il coûté pendant notre croisière à la hauteur du cap de Bonne-Espérance ? de par Saint-George, une douzaine tout au moins !

— Pas tout à fait autant, amiral. Il est pourtant vrai qu’il m’a coûté deux bâtons de foc et trois vergues de perroquet. Le capitaine Blewet a un bâtiment fin voilier, et veut que tout le monde le sache.

— Et il verra que je sais qu’il a été cause que son mât de misaine a été craqué. — Bunting, faites signal au Druide de mettre en panne près de la prise, et quand il y aura répondu, faites-lui celui de veiller sur elle et d’attendre des ordres ultérieurs. Je l’enverrai à Plymouth pour y prendre un nouveau mât de misaine et y escorter la prise. — À propos, quelqu’un sait-il le nom de ce bâtiment ? – Eh, Greenly ?

— Je ne saurais vous le dire, sir Gervais ; mais quelques-uns de nos officiers pensent que ce vaisseau était le second en avant de l’amiral français, lors de notre escarmouche à la hauteur du cap Finistère. Cependant je ne suis pas de cette opinion, car le vaisseau en question n’avait pas pour figure, comme celui-ci, une femme qui ressemble un peu, je crois à une Minerve ? — Les Français n’ont-ils pas une Minerve ?

— Pas à présent, Greenly ; car si la prise est la Minerve, elle est à nous maintenant, dit sir Gervais en riant lui-même de cette plaisanterie, ce qui, comme de raison fut imité par ses deux compagnons. — Mais la Minerve a toujours été une frégate. La déesse de la sagesse n’a jamais été assez sotte pour se ranger en ligne de bataille quand elle pouvait s’en dispenser.

— Nous avons pris la figure de la prise pour une Vénus, quand le Druide a passé devant elle, dit Wycherly.

— Il y a une manière de le savoir, et il faut l’essayer. — Bunting, quand vous aurez fini avec le Druide, faites signal à la prise de nous donner son nom télégraphiquement. — Je suppose que vous savez comment faire le numéro d’une prise, quand elle n’en a aucun ?

— J’avoue que je l’ignore, amiral, répondit Bunting, dont la physionomie annonçait qu’il se trouvait dans l’embarras. N’ayant pas de numéro sur nos livres de signaux, on ne saurait comment lui faire savoir que c’est à elle que le signal s’adresse.

— Comment vous y prendriez-vous, jeune homme ? demanda à Wycherly le vice-amiral, qui, pendant tout ce temps, était appuyé sur le garde-corps de l’échelle de poupe. — Voyons si vous avez été bien enseigné, Monsieur.

— Je crois qu’on peut le faire de différentes manières, sir Gervais, répondit Wycherly sans avoir l’air de triompher de sa promptitude supérieure à trouver un expédient ; mais la plus simple que je connaisse serait de hisser le pavillon français en-dessous du pavillon anglais ; c’est le moyen de dire à qui le signal est adressé.

— Faites cela, Bunting, dit sir Gervais, faisant un signe de tête en descendant l’échelle, et je vous garantis que Daly répondra. Mais que pourra-t-il faire avec des pavillons français, c’est ce que je ne saurais dire ; je doute aussi qu’il ait eu l’esprit d’emporter à bord de la prise un de nos livres de signaux, auquel cas il ne saura comment expliquer les nôtres. — Essayez pourtant, Bunting : un Irlandais a toujours quelque chose à dire, ne fût-ce qu’une absurdité.

Après avoir donné cet ordre, sir Gervais descendit dans sa chambre, et une demi-heure après ils étaient tous trois à table aussi tranquillement que s’il ne fût arrivé rien d’extraordinaire dans cette matinée.

— Le pire de ces petites escarmouches qui ne mènent à rien, dit le vice-amiral en commençant à servir ses hôtes, c’est qu’elles laissent dans votre chambre, Greenly, une aussi forte odeur de poudre que si toute une flotte avait été détruite. J’espère que l’odeur que nous avons ici ne vous ôtera pas l’appétit, Messieurs ?

— Vous ne rendez pas justice au succès de cette journée, sir Gervais, en l’appelant une petite escarmouche, répondit le capitaine, qui tombait sur les mets délicats servis par Galleygo, comme s’il n’eût pas mangé depuis vingt-quatre heures. Dans tous les cas, elle a proprement balayé les ponts de deux vaisseaux du roi Louis, et en a fait tomber un autre dans nos mains, et, dans un certain sens, dans nos poches.

— Cela est vrai, Greenly, très-vrai mais que n’eût-ce pas été si…

La manière subite dont le commandant en chef cessa de parler fit croire à ses compagnons qu’il lui était arrivé quelque accident en buvant ou en mangeant, et ils le regardèrent avec empressement, comme pour lui offrir des secours. Il était pâle, mais il souriait, et ne paraissait pas souffrir au physique.

— Ce n’est rien, Messieurs, dit sir Gervais ; n’y pensons plus.

— J’espère que vous n’avez pas été blessé, amiral ? dit le capitaine. J’ai vu des gens ne s’apercevoir d’une blessure que lorsqu’une faiblesse soudaine la leur faisait découvrir.

— Je crois que, pour cette fois, les Français m’ont laissé passer gratis, Greenly. — Oui, je crois que Magrath n’aura à boucher dans ma coque aucun trou fait par un boulet. — Sir Wycherly, ces œufs viennent de votre domaine. Il s’y trouve de bonnes choses, et Galleygo y a tout mis à contribution. Goûtez-les, Greenly, comme venant du domaine de notre, ami.

— Sir Wycherly est heureux d’avoir un domaine. Peu d’officiers de son rang peuvent se vanter du même avantage, quoique cela puisse arriver de temps en temps à un vieil officier.

— Cela est assez vrai, Greenly. L’armée accapare presque toutes les fortunes ; car les gens riches aiment les bons cantonnements et les bals de comté. J’étais un fils cadet quand on me fit entrer dans la marine ; mais je devins ensuite baronnet, et baronnet ayant une assez belle fortune, quand je n’étais encore que midshipman. Je n’avais que seize ans quand le pauvre Jocelin mourut, et à dix-sept on me fit officier.

— Oui, et nous ne vous en aimons que mieux, sir Gervais, pour ne pas nous avoir abandonnés quand la fortune vint à vous. Lord Morganic était capitaine quand il hérita de son titre, ce qui fait que nous lui en savons moins de gré.

— Lord Morganic reste au service pour nous apprendre à tenir les mâts de hune en étais, et à peindre les figures de nos bâtiments, dit sir Gervais d’un ton un peu sec, et pourtant il a bien manœuvré son vaisseau ce matin, et il a tiré de ce mauvais temps un bien meilleur parti que je ne croyais qu’il fût en état de le faire.

— J’apprends qu’il est-probable que nous aurons bientôt un autre duc dans la marine, sir Gervais ; c’est un poisson qui ne tombe pas souvent dans nos filets.

Sir Gervais attachait beaucoup moins d’importance au rang que Bluewater ; cependant il leva les yeux sur le capitaine, comme pour lui demander de qui il voulait parler.

— On m’assure, continua Greenly, que lord Montrésor, frère aîné d’un midshipman, lord Geoffrey, qui sert à bord du César, est fort mal, et je crois que ce jeune homme a trop d’ardeur et de courage pour quitter le service, maintenant qu’il est presque en état d’être lieutenant.

— Oui, Bluewater dit que c’est un jeune homme qui promet beaucoup, et qui donne de grandes espérances, dit le vice-amiral d’un air pensif et distrait. Dieu veuille qu’il n’oublie pas cela entre autres choses ! Je crois que ni l’amiral Bluewater, ni le capitaine Stowel n’ont égard au rang de ceux qui servent sous leurs ordres, et qu’ils exigent que tous fassent indistinctement leur service. — Mais voici Bunting qui vient vous faire un rapport.

Sir Gervais sortit de son accès de distraction, et, tournant la tête vers la porte, il vit son officier chargé des signaux.

Le Druide a répondu, sir Gervais, dit Bunting, et il est déjà tellement venu au plus près, que je pense qu’il pourrait bien traverser notre ligne, peut-être en avant du Carnatique.

— Et la prise, Bunting ? lui avez-vous fait un signal, comme je vous en avais chargé ?

— Oui, sir Gervais, et elle a si bien répondu que je ne doute pas que M. Daly n’ait pris le livre des signaux avec lui. Il a répondu au signal télégraphique comme à l’autre.

— Eh bien, que dit-il ? — Savez-vous le nom de la prise ?

— C’est là la difficulté, sir Gervais. Notre question a été comprise ; mais Daly montre à bord de la prise quelque chose que l’aide-timonnier jure être un paddy[1].

— Un paddy ! Quoi ! s’est-il fait suspendre au bras d’une vergue, ou au bout d’un boute-hors de bonnette ? — Eh ! Wychecombe ? Daly est Irlandais, et il n’a qu’à se montrer pour faire voir un paddy.

— C’est une espèce de mannequin d’une sorte ou d’une autre, sir Gervais, mais ce n’est pas M. Daly ; je crois plutôt qu’il n’a pas les pavillons nécessaires pour nous répondre, et qu’il a équipé une effigie de femme pour nous apprendre le nom de la prise ; car elle a une femme pour figure, comme vous le savez.

— Du diable ! Eh bien, cela fera une ère dans la science des signaux. — Galleygo, regardez par la fenêtre de la chambre, et dites-moi si vous voyez la prise. — Eh bien ! Monsieur, la voyez-vous ?

— Oui, sir Gervais, et je la vois à une place où aucun bâtiment français qui fait voile de conserve avec des vaisseaux anglais, n’a le droit d’être. Si elle est à une brasse au vent de notre ligne, elle en est à cinquante ; déraisonnablement hors de sa place, Votre Honneur.

— Ceci vient de ce que nous avons abattu les forêts de ses mâts, monsieur Galleygo ; et ce qui lui en reste l’a aidée à se placer où elle est. Quoi qu’il en soit, ce doit être un vaisseau qui tient bien le vent — eh ! Greenly ? Elle était, ainsi que l’autre bâtiment, considérablement au vent de leur ligne, sans quoi nous n’aurions pu la mettre entre deux feux, comme nous l’avons fait. — Ces Français construisent de temps en temps un bâtiment qui tient bien le vent, nous devons en convenir.

— Oui, Votre Honneur, dit Galleygo qui ne laissait jamais tomber la conversation quand il avait été invité à y prendre part ; et quand ils les font sortir du chantier, c’est ordinairement pour nous charger d’y placer un équipage. Construire un vaisseau est une chose, mais avoir un bon équipage en est une autre.

— Assez de vos réflexions philosophiques, drôle. Regardez bien, et assurez-vous si l’on voit quelque chose d’extraordinaire suspendu à ses agrès. Si vous ne montrez plus d’intelligence, j’enverrai un de mes Bowlderos pour vous aider.

Ces Bowlderos étaient quelques hommes nés sur le domaine de sir Gervais Oakes, et élevés comme domestiques dans sa maison ou dans celle de son père. Quoiqu’ils fussent depuis longtemps habitués à le suivre sur mer, comme ils n’avaient pas l’ambition de vouloir remplir d’autres devoirs que ceux de leur service ordinaire, le maître-d’hôtel les méprisait souverainement. On n’aurait donc pu le menacer d’une punition plus sévère que de lui donner un de ces hommes pour l’aider à s’acquitter d’un devoir quelconque de la profession de marin. Cette menace produisit l’effet désiré, et Galleygo ne perdit pas un instant pour examiner les agrès de la prise avec l’œil d’un critique.

— Je n’appelle extraordinaire rien de ce que je vois dans les agrès d’un bâtiment français, Votre Honneur, dit Galleygo dès qu’il eut fini son inspection ; les ouvriers de leurs chantiers ont des idées à eux sur tout cela. Mais il y a quelque chose qui pend au bras sous le vent de la vergue de misaine, qui ressemble à une bonnette préparée pour être hissée et établie, mais qui s’est arrêtée en route en voyant qu’il n’y a plus de mâture au-dessus pour la recevoir.

— C’est cela, dit Bunting ; M. Daly a pendu sa femme au bras de sa vergue de misaine, comme un pirate.

— Femme ! s’écria Galleygo ; appelez-vous cela une femme, monsieur Bunting ? Je l’appelle, moi, un paquet de pavillons de signaux prêts à être hissés et déployés, s’il y avait une mâture pour les recevoir.

— Ce n’est pas autre chose qu’une femme irlandaise, monsieur Galleygo ; et vous en serez convaincu si vous vous servez de cette longue-vue.

— Donnez-la-moi ! s’écria le vice-amiral. Êtes-vous curieux, messieurs, de voir le signal de M. Daly ? Ouvrez la fenêtre au vent, Galleygo, et retirez-en les livres et le pupitre, afin que rien ne nous gêne pour y regarder.

Cet ordre fut exécuté sur-le-champ, et sir Gervais s’assit près de la fenêtre pour examiner l’effigie étrange qui était certainement suspendue au bras sous le vent de la vergue de misaine, objet qui mettait en défaut toute l’expérience qu’on pouvait avoir acquise sur mer.

— Du diable si je puis deviner ce qu’il veut dire ! dit sir Gervais en se levant après un long examen. Prenez cette chaise, Greenly, et voyez si vous serez plus heureux. Il est bien sûr que cela ressemble à une espèce de femme.

— Oui, amiral, dit Bunting du ton d’un homme qui sentait qu’il y allait de sa réputation. Je suis certain que M. Daly nous a montré cette effigie pour nous apprendre le nom de la prise, et cela faute du livre des signaux télégraphiques pour indiquer les lettres. J’ai voulu m’assurer du fait avant de prendre la liberté de venir vous faire mon rapport.

— Eh bien, Greenly, qu’en dites-vous ? La figure du vaisseau pourrait mieux nous instruire, mais elle paraît diablement avariée.

— Un boulet lui a fait perdre un bras et tout son buste, répondit Greenly après avoir tourné la longue-vue sur l’objet indiqué ; et je puis dire aussi à M. Daly qu’une partie des liures de son beaupré est également partie. Il faut prendre garde à ce vaisseau, sir Gervais ; car il n’aura pas de mât de misaine demain matin, si ce vent continue. Un autre boulet est venu frapper le côté de sa hune de misaine, et a enlevé la moitié du tour de la hune.

— Ne vous mettez pas en peine des boulets, Greenly, ce pauvre diable de bâtiment ne pouvait avoir en même temps nos six vaisseaux sur les bras, et ne pas recevoir quelques boulets. Dites-nous quelque chose de la femme.

— Eh bien, sir Gervais, je ne doute pas que Daly ne l’ait hissée en guise de symbole. Oui, il n’y a nul doute que ce bâtiment ne soit la Minerve après tout, car la femme a sur la tête une espèce de casque.

— Ce ne peut être la Minerve ! s’écria le vice-amiral d’un ton positif. Je suis sûr que la Minerve est une frégate. Bunting, passez-moi le petit livre à couverture rouge que vous avez sous la main : c’est la liste de la marine de France. M’y voici. La Minerve, frégate de 32, capitaine Mondon ; construit en 1735, vieux, et mauvais voilier. Voilà qui met de côté la Minerve, car cette liste est la dernière que nous a envoyée l’amirauté.

— En ce cas, il faut que ce soit la Pallas, répliqua Greenly car Pallas porte aussi un casque, et je suis certain non-seulement que la femme porte sur sa tête quelque chose pour en figurer un, mais qu’elle a sur le corps un sarreau de Guernesey pour représenter une armure. Pallas et Minerve en portaient une toutes deux, si je m’en souviens bien.

— C’est arriver plus près du but, Greenly, dit le vice-amiral très-innocemment, Voyons si la Pallas est un bâtiment à deux ponts. Par Saint George ! ce nom ne se trouve pas sur la liste. Il est singulier qu’ils aient une de ces déesses et qu’ils n’aient pas l’autre.

— Ils n’ont jamais rien qui soit au complet, dit Galleygo par forme de commentaire sur l’érudition classique du vice-amiral et du capitaine ; et toute ma surprise est qu’ils aient avec eux une seule déesse, vu qu’ils ont si peu de respect pour la religion en général.

Wycherly s’impatientait, mais le respect pour ses officiers supérieurs lui fit garder le silence. Quant à Bunting, il n’entendait rien à la mythologie ; son père avait été commis d’administration dans la marine ; il avait lui-même reçu toute son éducation à bord d’un bâtiment, et c’était il y a plus d’un siècle.

— Peut-être serait-il bon de nous y prendre autrement, sir Gervais, dit le capitaine, et de parcourir la liste jusqu’à ce que nous trouvions le nom d’un vaisseau à deux ponts qui doive avoir une femme pour figure. Ce moyen simplifiera beaucoup l’affaire. J’ai vu résoudre des problèmes difficiles par des moyens aussi simples.

Le vice-amiral approuva cette idée, et il la mit à exécution à l’instant. Comme il arrivait à l’Hécate, bâtiment de soixante-quatre, une exclamation de Greenly attira son attention, et il lui en demanda la cause.

— Regardez vous-même, sir Gervais. À moins que mes yeux ne soient plus bons à rien, Daly hisse une ancre à jet bord à bord de sa femme.

— Quoi ! une ancre à jet ! — C’est donc l’Espérance ? Chacun sait que l’Espérance porte une ancre. — Eh, Wychecombe ? Sur ma parole, Daly fait preuve d’esprit. — Cherchez Hope sur cette liste, Bunting ; les noms anglais sont imprimés les premiers à la fin du livre.

Le Hope ou l’Espérance, lut l’officier aux signaux ; frégate de trente-six, capiting Di Courtrai.

— Encore un bâtiment à un pont ! Cette affaire ne vaut pas mieux que le maudit nullus. Mais aucun Français qui ait jamais été sur mer ne me battra en érudition. – Locker, aller prier le docteur Magrath de monter ici, s’il n’est pas occupé des blessés. Il sait plus de latin qu’aucun de ceux qui se trouvent sur ce bord.

— Oui, Votre Honneur ; mais ceci est du français, vous savez, et non du latin. Je suppose que ce bâtiment, après tout, aura quelque nom qu’aucune personne ayant tant soit peu de vergogne ne voudrait prononcer, et que nous serons obligés de le changer.

— Il a caponné son ancre, la chose est sûre. Si l’effigie n’est pas l’Espérance, il faut que ce soit la Foi ou la Charité.

— Non, non, Votre Honneur ; les Français n’ont ni foi, ni charité, ni entrailles, comme le sait fort bien tout pauvre diable qui a fait naufrage sur leurs côtes, comme cela m’est arrivé une fois, quand j’étais jeune. Je les regarde comme n’étant que des païens, et c’est peut-être le nom de ce bâtiment. J’ai vu cent fois des païens équipés comme cette femme de M. Daly.

— Quoi ! avec une ancre du poids de trois cents livres !

— Je ne dis pas cela, Votre Honneur, mais avec quelque chose à la main. D’ailleurs cette femme ne tient pas une véritable ancre ce n’est qu’une ancre à jet, caponnée en manière d’ancre.

— Voici Magrath, et il nous tirera peut-être d’embarras.

Le vice-amiral expliqua toute l’affaire au chirurgien, et lui avoua franchement que l’érudition de tous ceux qu’il voyait assemblés dans sa chambre était en défaut, et qu’ils étaient obligés de recourir à l’aide de la chambre des officiers. Magrath l’écouta avec plaisir, et sourit de l’embarras dans lequel se trouvaient ses officiers supérieurs, par qui il se faisait un triomphe d’être consulté.

— Eh bien ! sir Gervais, dit-il, vous pouviez faire pire que de convoquer un conseil de guerre pour cette affaire ; mais s’il ne vous faut que le nom de ce vaisseau, je puis vous l’apprendre sans avoir besoin d’aucun signe, symbole ou hiéroglyphe. En coupant la route de ce vaisseau, il y a une couple d’heures, je l’ai lu inscrit sur sa poupe en lettres d’or. Il se nomme la Victoire, nom qui ne convient guère à un bâtiment capturé. Mais vous vous souviendrez, Messieurs, que c’est une Victoire française.

— Ce doit être une méprise, Magrath, car Daly vient de nous montrer une ancre, et la Victoire n’a pas une ancre pour emblème.

— Cela est difficile à dire, vice-amiral, car ta victoire de l’un est la défaite de l’autre. Quant à ce que vous montre M. Daly, c’est une déesse irlandaise, et il faut avoir égard au pays.

Sir Gervais sourit, invita la compagnie à faire honneur aux restes du déjeuner, et envoya ordre sur le pont qu’on hissât le pavillon d’attention.

Lorsque dans un temps postérieur, quelqu’un demandait à Daly une explication de cette affaire, il soutenait que le casque et l’armure appartenaient nécessairement à la Victoire, tout en avouant qu’il avait d’abord oublié l’ancre. – Mais du moment que je l’eus hissée, ajoutait-il, tout le monde sut le nom du vaisseau à bord du Plantagenet, aussi bien que s’il eût été écrit en grosses lettres.


  1. Sobriquet désignant un Irlandais.