Les Dieux antiques/Asclépios ou Esculape

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J. Rothschild, éditeur (p. 150-152).

Esculape et le Centaure Chiron.
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ASCLÉPIOS OU ESCULAPE, DIEU GREC OU LATIN.


Asclépios ou Esculape, dans Homère, apparaît en tant que fils ou descendant de Païéon (le guérisseur) ; mais, dans l’histoire communément reçue, c’était le fils d’Apollon et de la nymphe Coronis, une fille de Phlégyas, qui habitait les bords du lac Bœbéis. Esculape n’est pas une divinité d’origine latine parallèle : ce nom, une simple forme d’Asclépios, a été, avec le caractère et l’histoire mythique du dieu, importé tout entier de la mythologie grecque.

Une fable grecque a trait à la naissance du personnage. Avant que l’enfant vînt au jour, Apollon quitta son amante, la suppliant de lui demeurer fidèle ; mais lorsqu’il fut parti, un bel étranger nommé Ischys arriva d’Arcadie et obtint l’amour de la jeune femme. La nouvelle en fut apportée à Apollon, dont la sœur, Artémis, frappa Coronis de sa lance infaillible. Mais Phoïbos sauva le petit enfant Asclépios, et le confia aux soins du centaure Chiron, qui le fit savant dans l’art de guérir et dans le secret des vertus possédées par les herbes. La suite de ce conte est : qu’Asclépios plus tard gagna une renommée aussi vaste que le monde et l’amour de tous, en tant que guérisseur de douleurs et de maux. Mais le pouvoir qu’avait le sage de ressusciter les morts éveilla la fureur d’Hadès, qui se plaignit à Zeus que son royaume serait bientôt dépeuplé, si Asclépios continuait à rendre les êtres au monde supérieur. Zeus frappa Asclépios de sa foudre, et cela provoqua la colère d’Apollon au point de lui faire tuer le géant Cyclope. Zeus, pour cette offense, bannit le jeune dieu dans la terre strygienne ; mais sur la prière de Léto ou Latone, sa mère, ce châtiment fut changé en un an de service dans la maison d’ Admète, qui régnait à Phères. Plusieurs racontent différemment l’histoire d’Asclépios, et, suivant leurs versions, Coronis elle-même, peu après la naissance de son enfant, l’exposa sur le flanc d’une colline, répétant ainsi le conte de Pâris, de Télèphe, d’Œdipe et d’autres héros. L’enfant fut nourri par une chèvre, comme Kuros (notre Cyrus latin) le fut par un chien, et Romulus par un loup. Un berger le trouva, que guidait vers le lieu la clarté d’une lumière entourant l’enfant. Asclépios fut de là appelé Aglaer, « celui qui brille », nom simplement soleil.

Quant à Coronis, je vois en elle un être qui, par sa vie et sa mort, ressemble de près à Procris. Comme cette dernière, la jeune femme est charmée par un étranger qui vient, vêtu d’une beauté pareille à Phoïbos, de la terre arcadienne ou « brillante », de même aussi qu’Apollon de Délos ; et toujours comme Procris, elle périt de la lance d’Artémis. Le châtiment d’Apollon : voyez là une autre forme de l’idée qui représente Héraclès et Poséidon peinant au service d’êtres plus faibles qu’eux-mêmes. La notion de ce pouvoir de guérir attribué à Asclépios se trouve en germe dans beaucoup de légendes. On regardait naturellement le soleil comme « celui qui restaure toute vie végétale » après le long sommeil de l’hiver, et, comme tel, il est doué d’un pouvoir s’étendant à la guérison des souffrances humaines, et finalement à la vie elle-même réparatrice de la mort.

Asclépios ou Esculape.
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