Les Dieux antiques/Io avec Prométhée

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J. Rothschild, éditeur (p. 142-146).

La génisse Io.
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IO AVEC PROMÉTHÉE, DÉITÉS GRECQUES ET LATINES.
(Grec : Io, Prometheus.)


Io passe pour la fille d’Inachos, roi du territoire d’Argos ; on dit qu’elle fut aimée de Jupiter, qui la changea en génisse pour la protéger contre la jalousie d’Héré. Io, cependant, tomba au pouvoir d’Héré : cette déesse obtint de Zeus qu’il céderait à toute demande faite par elle ; or elle donna Io à garder à Argos Panoptès, « celui qui voit tout », l’Argus latin. Personne n’avait pu surprendre Argos, dont les yeux ne se fermaient jamais, avant que Hermès, le messager de Zeus, s’approchât avec une douce musique endormante et le tuât, prêt à céder enfin au sommeil. Héré, pour venger ce meurtre, envoya un taon, qui piqua la génisse Io et pourchassa son agonie de terre en terre par Thèbes et la Thrace ; la malheureuse atteignit les hauteurs du Caucase, où le titan Prométhée pendait enchaîné à un roc, un vautour lui rongeant le foie. Qu’était-ce que ce Prométhée ? L’être puissant qui aida Zeus dans sa guerre contre Cronos et qui enseigna aux hommes à bâtir des maisons et à obéir à la loi, puis leur rapporta du ciel le feu. Cet acte éveilla le courroux de Zeus, qui, oublieux de toute reconnaissance, fit enchaîner Prométhée aux rocs, bornés par les glaces, du Caucase. Le grand supplicié apprit à Io qu’elle avait à peine commencé d’errer ; qu’elle devait aller du lieu de leur rencontre à la terre des Amazones (fig. 112) par delà le détroit qui, d’après Fig. 112. — Reine des Amazones.
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elle, s’appellerait le Bospore (Bosporos) ; en Asie enfin, et de là dans la terre d’Éthiopie, où elle deviendrait mère d’Épaphos, dont naîtrait, par la suite, Héraclès ; et que par Héraclès, lui, Prométhée, serait enfin ravi à son terrible châtiment : prédictions qui s’accomplirent, d’après les légendes accréditées généralement.

Les Grecs regardaient ce conte comme dénotant un lien entre la Grèce et l’Égypte : Io identifiée à Isis, et Épaphos au bœuf-dieu Apis. Mais cette notion n’est, dans le cas présent et dans celui du Sphinx, qu’imagination d’un Fig. 113. — Amazone à l’Arc.
Fig. 114. — Statue d’Amazone au repos.
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âge postérieur. Détails : Hermès, en tant que tueur d’Argos, s’appela Argéiphontès, juste comme Hipponoüs s’appela Bellérophon ou Bellérophontès, parce qu’il extermina Belléros. Quant aux Amazones (fig. 113), c’était une tribu de femmes guerrières qu’on supposait vivre sur les rivages du Thermodon, ne souffrant qu’aucun homme y habitât. Leur nom vint, selon une croyance répandue, de la coutume de se couper le sein droit afin d’acquérir une liberté plus grande de manier l’arc (fig. 114). Cette explication n’est pas correcte : pareille histoire se fit jour simplement parce que la signification du mot avait été oubliée comme dans le cas de Lycaon, d’Arctos, d’Œdipe, et dans bien d’autres.

Revenons à Prométhée, ainsi qu’à l’errante Io. Le nom de Prométhée se retrouve dans quelques autres traditions ; c’est (nous l’avons dit déjà) le Pramantha des Hindous, qui servait encore à désigner le morceau de bois, pareil au manche de la baratte, qu’on tournait vivement pour allumer des fragments de bois sec. Très-différemment, enfin, Hérodote nous conte l’histoire d’Io : il dit qu’un vaisseau marchand venant à Argos, elle alla à bord choisir des objets et les acheter ; que le capitaine du vaisseau l’emmena, contre son gré ou point, et que cette offense poussa les Grecs par représailles à enlever Medée de Colchis. Cette version n’a aucune ressemblance avec la première : le seul point d’analogie qui existe entre elles, c’est qu’on mena Io en Asie. Le narrateur grec parla cependant de la même Io, car il l’appelle fille d’Inachos. Voici comment il faut entendre la leçon postérieure. Quand les incidents merveilleux des vieilles légendes vinrent à paraître incroyables, Hérodote et d’autres écrivains s’imaginèrent pouvoir tout arranger en écartant ce qu’il y avait de merveilleux dans chaque histoire et en continuant à la tenir pour la même. C’est ainsi que, selon lui, Io ne fut pas changée en génisse et ne parla jamais à Prométhée. L’historien Thucydide fait de la même façon un récit très-plausible de la guerre de Troie, en laissant de côté tout ce qu’il est dit d’Hector, d’Hélène, d’Achille et des autres personnages de l’époque. Cette méthode n’est ni plus ni moins digne de foi que le serait un nouveau conte, qui affirmerait que « la Belle au bois dormant » n’a pas dormi cent ans, parce qu’il est difficile que l’on dorme cent ans ; et que quant au pouvoir de la fée de Mataquin, qui versa cet enchantement, il n’y faut certainement pas croire, le royaume de Mataquin n’existant ni dans les traités d’histoire, ni dans les atlas de géographie. — « Toutefois, continuerait le conte moderne, il est plus que probable (et rien là qui ne rentre dans l’ordre de faits pouvant se passer encore journellement sous nos yeux) que le jeune prince a réveillé la charmante princesse attardée dans un château qu’entoure un bois domanial ; c’est même le sujet du récit offert à l’attention du lecteur, etc. »

Acceptons avec leur merveilleux les fables anciennes, ou rejetons-les tout entières.

Pandore et Athéné.
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