Les Entretiens d’Épictète/III/18

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Traduction par Victor Courdaveaux.
Didier (p. 281-282).


CHAPITRE XVIII




Il ne faut pas se troubler des nouvelles.

Lorsqu’on t’annonce une nouvelle de nature à te troubler, aie présent à l’esprit que jamais nouvelle ne porte sur ce qui dépend de notre libre arbitre. Peut-on t’annoncer, en effet, que ton jugement a été bon, ou ton désir mauvais? Non; mais on t’annonce qu’un tel est mort. Or, qu’est-ce que cela te fait? qu’un tel a mal parlé de toi. Qu’est-ce que cela te fait? que ton père prépare telle et telle chose. Contre quoi? Contre ton libre arbitre? Eh! comment le pourrait-il? Contre ton corps? Contre ta bourse? Tu es sauvé; ce n’est pas contre toi. Qu’un juge t’a déclaré impie. Les juges n’ont-ils pas déclaré la même chose de Socrate? Peux-tu quelque chose sur cette déclaration? Non. Pourquoi t’en inquiéter alors?

Il est un devoir que ton père doit remplir sous peine de perdre, avec son caractère de père, son affection et sa bonté pour ses enfants. Ne demande pas qu’il perde autre chose, s’il ne remplit pas ce devoir. Car jamais on n’est puni que par où l’on a péché. A ton tour, ton devoir est de te défendre contre lui tranquillement, respectueusement, avec calme; autrement, tu perdras ton caractère de fils, ton respect des convenances, ta noblesse de cœur. Celui qui juge est-il donc hors de tout péril? Non; le danger est égal pour lui. Pourquoi donc redouter ce qu’il prononcera? Qu’y a-t-il entre toi et le mal d’un autre? Ton mal à toi, c’est de mal te défendre. C’est de cela seul que tu dois te garder. Quant à ta condamnation ou à ton acquittement, comme ils sont l’œuvre d’un autre, c’est pour un autre aussi qu’y est le mal.

— « Un tel te menace. » — Moi! non. — « Il te blâme. » — C’est à lui de voir comment il accomplit cet acte qui est de lui. — « Il va te condamner injustement.» — L’infortuné qu’il est!