Les Femmes de la Révolution/17

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(tome 39p. 161-173).
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XVII

CHARLOTTE CORDAY


Le dimanche 7 juillet 1793, on avait battu la générale et réuni sur l’immense tapis vert de la prairie de Caen les volontaires qui partaient pour Paris, pour la guerre de Marat. Il en vint trente. Les belles dames qui se trouvaient là avec les députés, étaient surprises et mal édifiées de ce petit nombre. Une demoiselle, entre autres, paraissait profondément triste c’était Mlle Marie-Charlotte Corday d’Armont, jeune et belle personne, républicaine, de famille noble et pauvre, qui vivait à Caen avec sa tante. Pétion, qui l’avait vue quelquefois, supposa qu’elle avait la sans doute quelque amant dont le départ l’attristait. Il l’en plaisanta lourdement, disant « Vous auriez bien du chagrin, n’est-il pas vrai, s’ils ne partaient pas ? »

Le Girondin blase après tant d’événements ne devinait pas le sentiment neuf et vierge, la flamme ardente qui possédait ce jeune cœur. Il ne savait pas que ses discours et ceux de ses amis, qui, dans la bouche d’hommes finis, n’étaient que des discours, dans le cœur de Mlle Corday étaient la destinée, la vie, la mort. Sur cette prairie de Caen, qui peut recevoir cent mille hommes et qui n’en avait que trente, elle avait vu une chose que personne ne voyait : la Patrie abandonnée.

Les hommes faisant si peu, elle entra en cette pensée qu’il fallait la main d’une femme.

Mlle Corday se trouvait être d’une bien grande noblesse ; la très proche parente des héroïnes de Corneille, de Chimène, de Pauline et de la sœur d’Horace. Elle était l’arrière-petite-nièce de l’auteur de Cinna. Le sublime en elle était la nature.

Dans sa dernière lettre de mort, elle fait assez entendre tout ce qui fut dans son esprit : elle dit tout d’un mot, qu’elle répète sans cesse « La paix, la paix. »

Sublime et raisonneuse, comme son oncle, à la normande, elle fit ce raisonnement : La loi est la paix même. Qui a tué la loi au 2 juin ? Marat surtout. Le meurtrier de la loi tué, la paix va refleurir. La mort d’un seul sera la vie de tous.

Telle fut toute sa pensée. Pour sa vie, à elle-même, qu’elle donnait, elle n’y songea point.

Pensée étroite, autant que haute. Elle vit tout en un homme ; dans le fil d’une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destinées, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.

Qu’on ne croie pas voir en Mlle Corday une virago farouche qui ne comptait pour rien le sang. Tout au contraire, ce fut pour l’épargner qu’elle se décida à frapper ce coup. Elle crut sauver tout un monde en exterminant l’exterminateur. Elle avait un cœur de femme, tendre et doux. L’acte qu’elle s’imposa fut un acte de pitié.

Dans l’unique portrait qui reste d’elle et qu’on a fait au moment de sa mort, on sent son extrême douceur. Rien qui soit moins en rapport avec le sanglant souvenir que rappelle son nom. C’est la figure d’une jeune demoiselle normande, figure vierge, s’il en fut, l’éclat doux du pommier en fleur. Elle paraît beaucoup plus jeune que son âge de vingt-cinq-ans. On croit entendre sa voix un peu enfantine, les mots mêmes qu’elle écrivit à son père, dans l’orthographe qui représente la prononciation traînante de Normandie « Pardonnais-moi, mon papa… »

Dans ce tragique portrait, elle paraît infiniment sensée, raisonnable, sérieuse, comme sont les femmes de son pays. Prend-elle légèrement son sort ? point du tout, il n’y a rien là du faux héroïsme. Il faut songer qu’elle était à une demi-heure de la terrible épreuve. N’a-t-elle pas un peu de l’enfant boudeur ? Je le croirais ; en regardant bien, l’on surprend, sur sa lèvre, un léger mouvement, à peine une petite moue. Quoi ! si peu d’irritation contre la mort !… contre l’ennemi barbare qui va trancher cette charmante vie, tant d’amours et de romans possibles. On est renversé, de la voir si douce le cœur échappe, les yeux s’obscurcissent ; il faut regarder ailleurs.

Le peintre a créé pour les hommes un désespoir, un regret éternel. Nul qui puisse la voir sans dire en son cœur « Oh que je sois né si tard !… Oh combien je l’aurais aimée ! »

Elle a les cheveux cendrés du plus doux reflet : bonnet blanc et robe blanche. Était-ce en signe de son innocence et comme justification visible ? je ne sais. Il y a dans ses yeux du doute et de la tristesse. Triste de son sort, je ne le crois pas ; mais de son acte, peut-être… Le plus ferme qui frappe un tel coup, quelle que soit sa foi, voit souvent, au dernier moment, s’élever d’étranges doutes.

En regardant bien dans ses yeux tristes et doux, on sent encore une chose, qui peut-être explique toute sa destinée : Elle avait toujours été seule.

Oui, c’est là l’unique chose qu’on trouve peu rassurante en elle. Dans cet être charmant et bon, il y eut cette sinistre puissance, le démon de la solitude.

D’abord, elle n’eut pas de mère. La sienne mourut de bonne heure elle ne connut point les caresses maternelles ; elle n’eut point dans ses premières années ce doux lait de femme que rien ne supplée.

Elle n’eut pas de père, à vrai dire. Le sien, pauvre noble de campagne, tête utopique et romanesque, qui écrivait contre les abus dont la noblesse vivait, s’occupait beaucoup de ses livres, peu de ses enfants.

On peut dire même qu’elle n’eut pas de frère. Du moins, les deux qu’elle avait étaient, en 92, si parfaitement éloignes des opinions de leur sœur, qu’ils allèrent rejoindre l’armée de Condé.

Admise à treize ans au couvent de l’Abbaye aux Dames de Caen, où l’on recevait les filles de la pauvre noblesse, n’y fut-elle pas seule encore ? On peut le croire, quand un sait combien, dans ces asiles religieux qui sembleraient devoir être les sanctuaires de l’égalité chrétienne, les riches méprisent les pauvres. Nul lieu, plus que l’Abbaye aux Dames, ne semble propre à conserver les traditions de l’orgueil. Fondée par Mathilde, la femme de Guillaume-le-Conquérant, elle domine la ville, et, dans l’effort de ses voûtes romanes, haussées et surexhaussées, elle porte encore écrite l’insolence féodale.

L’âme de la jeune Charlotte chercha son premier asile dans la dévotion, dans les douces amitiés de cloître. Elle aima surtout deux demoiselles, nobles et pauvres comme elle. Elle entrevit aussi le monde. Une société fort mondaine des jeunes gens de la noblesse était admise au parloir du couvent et dans les salons de l’abbesse. Leur futilité dut contribuer à fortifier le cœur viril de la jeune fille dans l’éloignement du monde et le goût de la solitude.

Ses vrais amis étaient ses livres. La philosophie du siècle envahissait les couvents. Lectures fortuites et peu choisies, Raynal pêle-mêle avec Rousseau. « Sa tête, dit un journaliste, était une furie de lectures de toutes sortes. »

Elle était de celles qui peuvent traverser impunément les livres et les opinions sans que leur pureté en soit altérée. Elle garda, dans la science du bien et du mal, un don singulier de virginité morale et comme d’enfance. Cela apparaissait surtout dans les intonations d’une voix presque enfantine, d’un timbre argentin, où l’on sentait parfaitement que la personne était entière, que rien encore n’avait fléchi. On pouvait oublier peut-être les traits de Mlle Corday, mais sa voix jamais. Une personne qui l’entendit une fois à Caen, dans une occasion sans importance, dix ans après avait encore dans l’oreille cette voix unique, et l’eût pu noter.

Cette prolongation d’enfance fut une singularité de Jeanne d’Arc, qui resta une petite fille et ne fut jamais une femme.

Ce qui plus qu’aucune chose rendait Mlle Corday très frappante, impossible à oublier, c’est que cette voix enfantine était unie à une beauté sérieuse, virile par l’expression, quoique délicate par les traits. Ce contraste avait l’effet double et de séduire et d’imposer. On regardait, on approchait mais, dans cette fleur du temps, quelque chose intimidait qui n’était nullement du temps, mais de l’immortalité. Elle y allait et la voulait. Elle vivait déjà entre les héros dans l’Élysée de Plutarque, parmi ceux qui donnèrent leur vie pour vivre éternellement.

Les Girondins n’eurent sur elle aucune influence. La plupart, nous l’avons vu, avaient cessé d’être eux-mêmes. Elle vit deux fois Barbaroux[1], comme député de Provence, pour avoir de lui une lettre et solliciter l’affaire d’une de ses amies de famille provençale.

Elle avait vu aussi Fauchet, l’évêque du Calvados ; elle l’aimait peu, l’estimait peu, comme prêtre, et comme prêtre immoral. Il est inutile de dire que Mlle Corday n’était en rapport avec aucun prêtre, et ne se confessait jamais.

À la suppression des couvents, trouvant son père remarié, elle s’était réfugiée à Caen chez une vieille tante, Mme de Breteville. Et c’est là qu’elle prit sa résolution.

La prit-elle sans hésitation ? non ; elle fut retenue un moment par la pensée de sa tante, de cette bonne vieille dame qui la recueillait, et qu’en récompense elle allait cruellement compromettre… Sa tante, un jour, surprit dans ses yeux une larme : « Je pleure, dit-elle, sur la France, sur mes parents et sur vous. Tant que Marat vit, qui est sûr de vivre ? »

Elle distribua ses livres, sauf un volume de Plutarque qu’elle emporta avec elle. Elle rencontra dans la cour l’enfant d’un ouvrier qui logeait dans la maison ; elle lui donna son carton de dessin, l’embrassa, et laissa tomber une larme encore sur sa joue… Deux larmes ! assez pour la nature.

Charlotte Corday ne crut devoir quitter la vie sans d’abord aller saluer son père encore une fois. Elle le vit à Argentan, et reçut sa bénédiction. De là elle alla à Paris dans une voiture publique, en compagnie de quelques Montagnards, grands admirateurs de Marat, qui commencèrent tout d’abord par être amoureux d’elle et lui demander sa main. Elle faisait semblant de dormir, souriait, et jouait avec un enfant.

Elle arriva à Paris le jeudi 11, vers midi, et alla descendre dans la rue des Vieux-Augustins, n° 17, à l’hôtel de la Providence. Elle se coucha à cinq heures du soir, et, fatiguée, dormit jusqu’au lendemain du sommeil de la jeunesse et d’une conscience paisible. Son sacrifice était fait, son acte accompli en pensée ; elle n’avait ni trouble ni doute.

Elle était si fixe dans son projet, qu’elle ne sentait pas le besoin de précipiter l’exécution. Elle s’occupa tranquillement de remplir préalablement un devoir d’amitié, qui avait été le prétexte de son voyage à Paris. Elle avait obtenu à Caen une lettre de Barbaroux pour son collègue Duperret, voulant, disait-elle, par son entremise, retirer du ministère de l’intérieur des pièces utiles à son amie, Mlle de Forbin, émigrée.

Le matin elle ne trouva pas Duperret, qui était à la Convention. Elle rentra chez elle, et passa le jour à lire tranquillement les Vies de Plutarque, la bible des forts. Le soir, elle retourna chez le député, le trouva à table, avec sa famille, ses filles inquiètes. Il lui promit obligeamment de la conduire le lendemain. Elle s’émut en voyant cette famille qu’elle allait compromettre, et dit à Duperret d’une voix presque suppliante : « Croyez-moi, partez pour Caen ; fuyez avant demain soir. » La nuit même, et peut-être pendant que Charlotte parlait, Duperret était déjà proscrit ou du moins bien près de l’être. Il ne lui tint pas moins parole, la mena le lendemain matin chez le ministre, qui ne recevait point, et lui fit enfin comprendre que, suspects tous deux, ils ne pouvaient guère servir la demoiselle émigrée.

Elle ne rentra chez elle que pour éconduire Duperret, qui l’accompagnait, sortit sur-le-champ, et se fit indiquer le Palais-Royal. Dans ce jardin plein de soleil, égayé d’une foule riante, et parmi les jeux des enfants, elle chercha, trouva un coutelier, et acheta quarante sous un couteau, frais émoulu, à manche d’ébène, qu’elle cacha sous son fichu.

La voilà en possession de son arme ; comment s’en servira-t-elle ? Elle eût voulu donner une grande solennité à l’exécution du jugement qu’elle avait porté sur Marat. Sa première idée, celle qu’elle conçut à Caen, qu’elle couva, qu’elle apporta à Paris, eût été d’une mise en scène saisissante et dramatique. Elle voulait le frapper au Champ de Mars, par-devant le peuple, par-devant le ciel, à la solennité du 14 juillet, punir, au jour anniversaire de la défaite de la royauté, ce roi de l’anarchie. Elle eût accompli à la lettre, en vraie nièce de Corneille, les fameux vers de Cinna :

Demain, au Capitole, il fait un sacrifice…
Qu’il en soit la victime, et faisons en ces lieux
Justice au monde entier, à la face des dieux.

La fête étant ajournée, elle adoptait une autre idée, celle de punir Marat au lieu même de son crime, au lieu où, brisant la représentation nationale, il avait dicté le vote de la Convention, désigné ceux-ci pour la vie, ceux-là pour la mort. Elle l’aurait frappé au sommet de la Montagne. Mais Marat était malade ; il n’allait plus à l’Assemblée.

Il fallait donc aller chez lui, le chercher à son foyer, y pénétrer à travers la surveillance inquiète de ceux qui l’entouraient ; il fallait, chose pénible, entrer en rapport avec lui, le tromper. C’est la seule chose qui lui ait coûté, qui lui ait laissé un scrupule et un remords.

Le premier billet qu’elle écrivit à Marat resta sans réponse. Elle en écrivit alors un second, où se marque une sorte d’impatience, le progrès de la passion.

Elle va jusqu’à dire « qu’elle lui révélera des secrets ; qu’elle est persécutée, qu’elle est malheureuse… », ne craignant point d’abuser de la pitié pour tromper celui qu’elle condamnait à mort comme impitoyable, comme ennemi de l’humanité.

Elle n’eut pas besoin, du reste, de commettre cette faute ; elle ne remit point le billet.

Le soir du 13 juillet, à sept heures, elle sortit de chez elle, prit une voiture publique à la place des Victoires, et, traversant le Pont-Neuf, descendit à la porte de Marat, rue des Cordeliers, n° 20 (aujourd’hui rue de l’École-de-Médecine, n° 18). C’est la grande et triste maison avant celle de la tourelle qui fait le coin de la rue.

Marat demeurait à l’étage le plus sombre de cette sombre maison, au premier étage, commode pour le mouvement du journaliste et du tribun populaire, dont la maison est publique autant que la rue, pour l’affluence des porteurs, afficheurs, le va-et-vient des épreuves, un monde d’allants et venants. L’intérieur, l’ameublement présentaient un bizarre contraste, fidèle image des dissonances qui caractérisaient Marat et sa destinée. Les pièces fort obscures qui étaient sur la cour, garnies de vieux meubles, de tables sales où l’on pliait les journaux, donnaient l’idée d’un triste logement d’ouvrier. Si vous pénétriez plus loin, vous trouviez avec surprise un petit salon sur la rue, meublé en damas bleu et blanc, couleurs délicates et galantes, avec de beaux rideaux de soie et des vases de porcelaine, ordinairement garnis de fleurs. C’était visiblement le logis d’une femme, d’une femme bonne, attentive et tendre, qui, soigneuse, paraît pour l’homme, voué à ce mortel travail le lieu du repos. C’était là le mystère de la vie de Marat, qui fut plus tard dévoilé par sa sœur : il n’était pas chez lui, il n’avait pas de chez lui en ce monde. « Marat ne faisait point ses frais (c’est sa sœur Albertine qui parle) ; une femme divine, touchée de sa situation, lorsqu’il fuyait de cave en cave, avait pris et caché chez elle l’Ami du peuple, lui avait voué sa fortune, immolé son repos. »

On trouva dans les papiers de Marat une promesse de mariage à Catherine Évrard. Déjà il l’avait épousée devant le soleil, devant la nature.

Cette créature infortunée et vieillie avant l’âge se consumait d’inquiétude. Elle sentait la mort autour de Marat, elle veillait aux portes, elle arrêtait au seuil tout visage suspect.

Celui de Mlle Corday était loin de l’être ; sa mise décente de demoiselle de province prévenait pour elle. Dans ce temps où toute chose était extrême, où la tenue des femmes était ou négligée ou cynique, la jeune fille semblait bien de bonne vieille roche normande, n’abusant point de sa beauté, contenant par un ruban vert sa chevelure superbe sous le bonnet connu des femmes du Calvados, coiffure modeste, moins triomphale que celle des dames de Caux. Contre l’usage du temps, malgré une chaleur de juillet, son sein était sévèrement recouvert d’un fichu de soie qui se renouait solidement derrière la taille. Elle avait une robe blanche, nul autre luxe que celui qui recommande la femme, les dentelles du bonnet flottantes autour de ses joues. Du reste, aucune pâleur, des joues roses, une voix assurée, nul signe d’émotion.

Elle franchit d’un pas ferme la première barrière, ne s’arrêtant pas à la consigne de la portière, qui la rappelait en vain. Elle subit l’inspection peu bienveillante de Catherine, qui, au bruit, avait entr’ouvert la porte et voulait l’empêcher d’entrer. Ce débat fut entendu de Marat, et les sons de cette voix vibrante, argentine, arrivèrent à lui. Il n’avait nulle horreur des femmes et, quoique au bain, il ordonna impérieusement qu’on la fît entrer.

La pièce était petite, obscure. Marat au bain, recouvert d’un drap sale et d’une planche sur laquelle il écrivait, ne laissait passer que la tête, les épaules et le bras droit. Ses cheveux gras, entourés d’un mouchoir ou d’une serviette, sa peau jaune et ses membres grêles, sa grande bouche batracienne, ne rappelaient pas beaucoup que cet être fut un homme. Du reste, la jeune fille, on peut bien le croire, n’y regarda pas. Elle avait promis des nouvelles de la Normandie ; il les demanda, les noms surtout des députés réfugiés à Caen ; elle les nomma, et il écrivait à mesure. Puis, ayant fini « C’est bon ! dans huit jours ils iront à la guillotine. »

Charlotte, ayant dans ces mots trouvé un surcroît de force, une raison pour frapper, tira de son sein le couteau, et le plongea tout entier jusqu’au manche au cœur de Marat. Le coup tombant ainsi d’en haut, et frappé avec une assurance extraordinaire, passa près de la clavicule, traversa tout le poumon, ouvrit le tronc des carotides et tout un fleuve de sang.

« À moi ! ma chère amie ! » C’est tout ce qu’il put dire ; et il expira.

  1. Les historiens romanesques ne tiennent jamais quitte leur héroïne sans essayer de prouver qu’elle a dû être amoureuse. Celle-ci probablement, disent-ils, l’aura été de Barbaroux. D’autres, sur un mot d’une vieille servante, ont imaginé un certain Franquelin, jeune homme sensible et bien tourné, qui aurait eu l’insigne honneur d’être aimé de Mlle Corday et de lui coûter des larmes. C’est peu connaître la nature humaine. De tels actes supposent l’austère virginité du cœur. Si la prêtresse de Tauride savait enfoncer le couteau, c’est que nul amour humain n’avait amolli son cœur. — Le plus absurde de tous, c’est Wimpfen, qui la fait d’abord royaliste ! amoureuse du royaliste Belzunce ! La haine de Wimpfen pour les Girondins, qui repoussèrent ses propositions d’appeler l’Anglais, semble lui faire perdre l’esprit. Il va jusqu’à supposer que le pauvre homme Potion, à moitié mort, qui n’avait plus qu’une idée, ses enfants, voulait… (devinez !…) brûler Caen, pour imputer ensuite ce crime à la Montagne ! Tout le reste est de cette force.