Les Frères Karamazov (trad. Henri Mongault)/IV/06

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Traduction par Henri Mongault.
NRF (1p. 208-215).

VI

Le déchirement dans l’izba

Aliocha avait rarement éprouvé un chagrin aussi sérieux : il était intervenu mal à propos dans une affaire de sentiment !

« Que puis-je connaître à ces choses ? Ma honte n’est d’ailleurs qu’une punition méritée ; le malheur, c’est que je vais être certainement la cause de nouvelles calamités… Et dire que le starets m’a envoyé pour réconcilier et unir ! Est-ce ainsi qu’on unit ? » Il se rappela alors comment il avait « uni les mains », et la honte le reprit. « Bien que j’aie agi de bonne foi, il faudra être plus intelligent à l’avenir », conclut-il, sans même sourire de sa conclusion.

La commission de Catherine Ivanovna le conduisait à la rue du Lac, et son frère habitait précisément dans une ruelle voisine. Aliocha décida de passer d’abord chez lui, à tout hasard, tout en pressentant qu’il ne le trouverait pas à la maison. Il soupçonnait Dmitri de vouloir peut-être se cacher de lui maintenant, mais il fallait le découvrir à tout prix. Le temps passait ; l’idée du starets mourant ne l’avait pas quitté une minute depuis son départ du monastère.

Dans le récit de Catherine Ivanovna figurait une circonstance qui l’intéressait fort : quand la jeune fille avait parlé du petit écolier, fils du capitaine, qui courait en sanglotant à côté de son père, l’idée était venue soudain à Aliocha que ce devait être le même qui l’avait mordu au doigt, lorsqu’il lui demandait en quoi il l’avait offensé ; il en était maintenant presque sûr, sans savoir encore pourquoi. Ces préoccupations étrangères détournèrent son attention ; il résolut de ne plus « penser » au « mal » qu’il venait de faire, de ne pas se tourmenter par le repentir, mais d’agir ; tant pis pour ce qui pourrait arriver là-bas ! Cette idée lui rendit tout son courage. En entrant dans la ruelle où demeurait Dmitri, il eut faim et tira de sa poche le petit pain qu’il avait pris chez son père. Il le mangea en marchant ; cela le réconforta.

Dmitri n’était pas chez lui. Les maîtres de la maisonnette — un vieux menuisier, sa femme et son fils — regardèrent Aliocha d’un air soupçonneux. « Voilà déjà trois jours qu’il ne passe pas la nuit ici, il est peut-être parti quelque part », répondit le vieux à ses questions. Aliocha comprit qu’il se conformait aux instructions reçues. Lorsqu’il demanda si Dmitri n’était pas chez Grouchegnka, ou de nouveau caché chez Foma (Aliocha parlait ainsi ouvertement à dessein), tous le regardèrent d’un air craintif. « Ils l’aiment donc, ils tiennent son parti, pensa-t-il, tant mieux ! »

Enfin il découvrit dans la rue du Lac la masure de la mère Kalmykov, délabrée et affaissée, avec trois fenêtres sur la rue, une cour sale, au milieu de laquelle se tenait une vache. On entrait par la cour dans le vestibule ; à gauche habitait la vieille propriétaire avec sa fille, également âgée, toutes deux sourdes, à ce qu’il semblait. À la question plusieurs fois répétée : où demeurait le capitaine ? l’une d’elles, comprenant enfin qu’on demandait les locataires, lui désigna du doigt, à travers le vestibule, la porte qui menait à la plus belle pièce de l’izba. L’appartement du capitaine ne consistait en effet qu’en cette pièce. Aliocha avait mis la main sur la poignée afin d’ouvrir la porte, quand il fut frappé par le silence complet qui régnait à l’intérieur. Il savait pourtant, d’après le récit de Catherine Ivanovna, que le capitaine avait de la famille. « Ils dorment tous, sans doute, ou bien ils m’ont entendu venir et ils attendent que j’ouvre — mieux vaut frapper d’abord. » Il frappa. On entendit une réponse, mais au bout de dix secondes seulement.

« Qui est-ce ? » cria une grosse voix irritée.

Aliocha ouvrit, franchit le seuil. Il se trouvait dans une salle assez spacieuse, mais fort encombrée de gens et de hardes. À gauche, il y avait un grand poêle russe. Du poêle à la fenêtre de gauche, une corde tendue à travers toute la chambre supportait divers chiffons. De chaque côté se trouvait un lit avec des couvertures tricotées. Sur l’un d’eux, celui de gauche, quatre oreillers étagés, plus petits l’un que l’autre ; sur le lit de droite, on n’en voyait qu’un, fort petit. Plus loin, il y avait un espace restreint, séparé par un rideau ou un drap, fixé à une corde tendue en travers de l’angle ; derrière apparaissait un lit improvisé sur un banc et une chaise placée auprès. Une table rustique, carrée, était installée vers la fenêtre du milieu. Les trois fenêtres, aux carreaux couverts de moisissures verdâtres, étaient ternes et hermétiquement fermées, de sorte qu’on étouffait dans la pièce à demi obscure. Sur la table, une poêle avec un reste d’œufs sur le plat, une tranche de pain entamée, un demi-litre d’eau-de-vie, presque vide de son contenu. Près du lit de gauche se tenait sur une chaise une femme, vêtue d’une robe d’indienne et qui avait l’air d’une dame. Elle était fort maigre, fort jaune ; ses joues creuses attestaient au premier coup d’œil son état maladif ; mais ce qui frappa surtout Aliocha, ce fut le regard de ses grands yeux bruns, interrogateur et arrogant tout ensemble. À côté de la fenêtre de gauche, se tenait debout une jeune fille au visage ingrat, aux cheveux roux clairsemés, vêtue d’une manière pauvre quoique très propre ; elle n’accorda au nouveau venu qu’une œillade dédaigneuse. À droite, également près du lit, était assise une personne du sexe féminin, une pauvre créature jeune encore, d’une vingtaine d’années, mais bossue et impotente, les pieds desséchés, comme on l’expliqua ensuite à Aliocha ; on voyait ses béquilles dans un coin, entre le lit et le mur ; les magnifiques yeux de la pauvre fille se posèrent sur Aliocha avec douceur. Attablé et achevant l’omelette, on remarquait un personnage de quarante-cinq ans, de petite taille, de faible constitution, maigre, roux et dont la barbe clairsemée ressemblait fort à un torchon de tille défait (cette comparaison et surtout le mot de « torchon » surgirent au premier coup d’œil dans l’esprit d’Aliocha). C’était lui, évidemment, qui avait répondu de l’intérieur, car il n’y avait pas d’autre homme dans la chambre. Quand Aliocha entra, le personnage se leva brusquement, s’essuya avec une serviette trouée, et s’empressa à sa rencontre.

« Un moine qui quête pour son monastère, il a trouvé à qui s’adresser ! » proféra la jeune fille qui se tenait dans l’angle de gauche.

L’individu qui était accouru au-devant d’Aliocha pirouetta sur ses talons et lui répondit d’un ton saccadé :

« Non, Varvara[1] Nicolaïevna, ce n’est pas cela, vous n’avez pas deviné ! Permettez-moi de vous demander, fit-il en se tournant vers Aliocha, ce qui vous a engagé à visiter… cette retraite ? »

Aliocha le considéra avec attention : ce personnage, qu’il voyait pour la première fois, avait quelque chose de pointu, d’irrité. Il était légèrement éméché. Son visage reflétait une impudence caractérisée, et en même temps — chose étrange — une couardise visible. On devinait un homme longtemps assujetti, mais avide de faire des siennes ; ou mieux encore, un homme qui brûlerait d’envie de vous frapper, tout en craignant vos coups. Dans ses propos, dans l’intonation de sa voix plutôt perçante, on distinguait une sorte d’humour bizarre, tantôt méchant, tantôt timide, intermittent et de ton inégal. Il avait parlé de la « retraite » en tremblant, les yeux écarquillés, et en se tenant si près d’Aliocha que celui-ci fit machinalement un pas en arrière. Le personnage portait un paletot de nankin, sombre, en fort mauvais état, rapiécé, taché. Son pantalon à carreaux très clair, comme on n’en porte plus depuis longtemps, d’une étoffe fort mince, fripé en bas, remontait au point de lui donner l’air d’un garçon qui a grandi.

« Je suis… Alexéi Karamazov… répondit Aliocha.

— Je le sais bien, repartit l’autre, donnant à entendre qu’il connaissait l’identité de son visiteur. Et moi, je suis le capitaine en second Sniéguiriov ; mais il importe de savoir ce qui vous amène…

— Je suis venu comme ça. Au fait, je voudrais vous dire un mot, en mon nom… si vous le permettez…

— En ce cas, voici une chaise, veuillez vous asseoir, comme on disait dans les vieilles comédies. »

D’un geste prompt le capitaine saisit une chaise libre (une simple chaise en bois) qu’il plaça presque au milieu de la chambre ; il en prit une autre pour lui et s’assit en face d’Aliocha, de nouveau si près que leurs genoux se touchaient presque.

« Nicolas Ilitch Sniéguiriov, ex-capitaine en second de l’infanterie russe, avili par ses vices, mais pourtant capitaine[2]… Toutefois, je me demande en quoi ai-je pu exciter votre curiosité, car je vis dans des conditions qui ne permettent guère de recevoir des visites.

— Je suis venu pour cette affaire…

— Pour quelle affaire ? interrompit le capitaine d’un ton impatient.

— À propos de votre rencontre avec mon frère Dmitri, répliqua Aliocha, gêné.

— De quelle rencontre ? Ne serait-ce pas au sujet du torchon de tille ? Et il s’avança tellement cette fois que ses genoux heurtèrent ceux d’Aliocha. Ses lèvres serrées formaient une ligne mince.

— Quel torchon de tille ? murmura Aliocha.

— C’est pour se plaindre de moi, papa, qu’il est venu ! retentit une voix derrière le rideau, une voix déjà connue d’Aliocha, celle du garçon de tantôt. Je lui ai mordu le doigt aujourd’hui ! »

Le rideau s’écarta et Aliocha aperçut son récent ennemi, dans le coin sous les icônes, sur un lit formé d’un banc et d’une chaise. L’enfant gisait, recouvert de son petit pardessus et d’une vieille couverture ouatée. À en juger par ses yeux brûlants, il devait avoir la fièvre. Intrépide, il regardait Aliocha avec l’air de dire : « Ici, tu ne peux rien me faire. »

« Comment, quel doigt a-t-il mordu ? sursauta le capitaine. C’est le vôtre ?

— Oui, le mien. Tantôt, il se battait à coups de pierres dans la rue avec ses camarades ; ils étaient six contre lui. Je me suis approché, il m’en a jeté une, puis une autre à la tête. Et comme je lui demandais ce que je lui avais fait, il s’est élancé et m’a mordu cruellement au doigt, j’ignore pourquoi.

— Je vais le fouetter ! s’exclama le capitaine qui bondit de sa chaise.

— Mais je ne me plains pas, je vous raconte seulement ce qui s’est passé… Je ne veux pas que vous le fouettiez ! D’ailleurs, je crois qu’il est malade…

— Et vous pensiez que j’allais le faire ? Que j’allais empoigner Ilioucha[3] et le fouetter devant vous ? Il vous faut ça tout de suite ? proféra le capitaine, se tournant vers Aliocha avec un geste menaçant, comme s’il voulait se jeter sur lui. Je plains votre doigt, monsieur, mais ne voulez-vous pas qu’avant de fouetter Ilioucha je me tranche les quatre doigts sous vos yeux, avec ce couteau, pour votre juste satisfaction ? Je pense que quatre doigts vous suffiront, vous ne réclamerez pas le cinquième, pour apaiser votre soif de vengeance ?… »

Il s’arrêta soudain, comme suffoqué. Chaque trait de son visage remuait et se contractait, son regard était des plus provocants. Il était égaré.

« Maintenant, j’ai tout compris, dit Aliocha, d’un ton doux et triste, sans se lever. Ainsi, vous avez un bon fils, il aime son père et s’est jeté sur moi comme étant le frère de votre offenseur… Je comprends, à présent, répéta-t-il, songeur. Mais mon frère, Dmitri, regrette son acte, je le sais, et s’il peut venir chez vous, ou, encore mieux, vous rencontrer à la même place, il vous demandera pardon devant tout le monde… si vous le désirez.

— C’est-à-dire qu’après m’avoir tiré la barbe, il me fait des excuses… Il croit ainsi me donner pleine et entière satisfaction, n’est-ce pas ?

— Oh non ! Au contraire, il fera tout ce qui vous plaira et comme il vous plaira !

— De sorte que si je priais son Altesse Sérénissime de s’agenouiller devant moi, dans ce même cabaret, le cabaret À la Capitale, comme on l’appelle, ou sur la place, il le ferait ?

— Oui, il le ferait.

— Vous me touchez jusqu’aux larmes. La générosité de votre frère me confond. Permettez-moi de vous présenter ma famille, mes deux filles et mon fils, ma portée. Si je meurs, qui les aimera ? Et tant que je vis, qui m’aimera avec tous mes défauts, sinon eux ? Le Seigneur a bien fait les choses pour chaque homme de mon espèce, car même un homme de ma sorte doit être aimé par un être quelconque…

— Ah ! c’est parfaitement vrai ! s’exclama Aliocha.

— Trêve de pitreries, vous nous bafouez devant le premier imbécile venu ! s’écria soudain la jeune fille qui se tenait vers la fenêtre, en s’adressant à son père, la mine méprisante.

— Attendez un peu, Varvara Nicolaïevna, permettez-moi de continuer mon idée, lui cria son père d’un ton impérieux tout en la regardant avec approbation. Tel est son caractère, dit-il, se retournant vers Aliocha.

Et dans la nature entière Il ne voulait rien bénir.[4]

C’est-à-dire il faudrait mettre au féminin : elle ne voulait rien bénir. Et maintenant, permettez-moi de vous présenter à mon épouse, Irène Petrovna, une dame impotente de quarante-trois ans ; elle marche, mais fort peu. Elle est de basse condition ; Irène Petrovna, faites-vous belle que je vous présente Alexéi Fiodorovitch — il le prit par le bras, et avec une force dont on ne l’eût pas cru capable, il le souleva. — On vous présente à une dame, il faut vous lever. Ce n’est pas ce Karamazov, maman, qui… hum ! etc., mais son frère, reluisant de vertus pacifiques. Permettez, Irène Petrovna, permettez, maman, de vous baiser d’abord la main. »

Il baisa la main de sa femme avec respect, avec tendresse même. La jeune fille, vers la fenêtre, tournait le dos à cette scène avec indignation ; le visage arrogant et interrogateur de la mère exprima soudain une grande affabilité.

« Bonjour, asseyez-vous, monsieur Tchernomazov, proféra-t-elle.

— Karamazov, maman, Karamazov… Nous sommes de basse condition, souffla-t-il de nouveau.

— Eh, Karamazov ou autrement, peu importe, moi je dis toujours Tchernomazov… Asseyez-vous, pourquoi vous a-t-il soulevé ? Une dame sans pieds, qu’il dit, j’en ai, des pieds, mais ils sont enflés comme des seaux, et moi je suis desséchée. Autrefois, j’étais d’une grosseur énorme et maintenant on dirait que j’ai avalé une aiguille…

— Nous sommes de basse condition, de bien basse, répéta le capitaine.

— Papa, ah, papa ! prononça soudain la bossue, demeurée jusqu’alors silencieuse, et qui se couvrit brusquement les yeux de son mouchoir.

— Bouffon ! lança la jeune fille vers la fenêtre.

— Voyez ce qui se passe chez nous, reprit la mère, en désignant ses filles, c’est comme si des nuages passaient, ils passent et notre musique reprend. Auparavant, quand nous étions militaires, il nous venait beaucoup d’hôtes comme vous. Je ne fais pas de comparaison, monsieur, il faut aimer tout le monde. La femme du diacre vient parfois et dit : « Alexandre Alexandrovitch est un brave homme, mais Anastasie Pétrovna est un suppôt de Satan. — Eh bien ! que je lui réponds, ça dépend qui on aime, tandis que toi, tu n’es qu’un petit tas, mais infect. — Toi, qu’elle me dit, il faut te serrer la vis. — Ah ! noiraude, à qui viens-tu faire la leçon ? — Moi, dit-elle, je laisse entrer l’air pur, et toi le mauvais air. — Demande, que je lui réponds, à messieurs les officiers si l’air est mauvais chez moi. » J’avais cela sur le cœur quand tantôt, assise comme je suis maintenant, j’ai vu entrer ce général, qui était venu ici pour Pâques. « Eh bien ! lui dis-je, Votre Excellence, une dame noble peut-elle laisser entrer l’air du dehors ? — Oui, répond-il, vous devriez ouvrir la porte ou le vasistas, car l’air n’est pas pur chez vous. » Et tous sont pareils ! Pourquoi en veulent-ils à mon air ? Les morts sentent encore plus mauvais. Je ne corromps pas l’air chez vous, je me ferai faire des souliers et je m’en irai. Mes enfants, n’en veuillez pas à votre mère ! Nicolas Ilitch, mon ami, ai-je cessé de te plaire ? Je n’ai plus qu’Ilioucha pour m’aimer, quand il revient de l’école. Hier, il m’a apporté une pomme. Pardonnez à votre mère, mes bons amis, pardonnez à une pauvre délaissée ! En quoi mon air vous dégoûte-t-il ? »

La pauvre démente éclata en sanglots, ses larmes ruisselaient. Le capitaine se précipita vers elle.

« Maman, chère maman, assez ; tu n’es pas délaissée ; tous t’aiment et t’adorent. »

Il recommença à lui baiser les mains et se mit à lui caresser le visage, à essuyer ses larmes avec une serviette. Il avait lui-même les yeux humides ; c’est du moins ce qu’il sembla à Aliocha, vers qui il se tourna soudain pour lui dire d’un ton courroucé en désignant la pauvre démente :

« Eh bien, vous avez vu et entendu ?

— Je vois et j’entends, murmura Aliocha.

— Papa, papa, comment peux-tu ?… Laisse-le, papa ! cria le garçon dressé sur son lit, avec un regard ardent.

— Assez fait le pitre, comme ça ! Laissez donc vos stupides manigances, qui ne mènent jamais à rien ! cria de son coin Varvara Nicolaïevna, exaspérée ; elle tapa même du pied.

— Vous avez tout à fait raison, cette fois, de vous mettre en colère, Varvara Nicolaïevna, et je vais vous donner satisfaction. Couvrez-vous, Alexéi Fiodorovitch, je prends ma casquette, et sortons. J’ai à vous parler sérieusement, mais pas ici. Cette jeune personne assise, c’est ma fille Nina Nicolaïevna, j’ai oublié de vous la présenter. Un ange incarné… descendu chez les mortels… si tant est que vous puissiez comprendre cela.

— Le voilà tout secoué, comme s’il avait des convulsions, continua Varvara Nicoldievna indignée.

— Celle qui vient de taper du pied et de me traiter de pitre, c’est aussi un ange incarné, elle m’a donné le nom qui convient. Allons, Alexéi Fiodorovitch, il faut en finir… »

Et, prenant Aliocha par le bras, il le conduisit dehors.

  1. Barbe.
  2. Sont ici huit lignes intraduisibles en français. Pour dépeindre son humble condition, le capitaine se livre à une plaisanterie fondée sur une particularité de la langue russe (adjonction d’un s à la fin des mots, formule révérencieuse employée par les gens de peu).
  3. Diminutif caressant d’Ilia (Élie).
  4. Lermontov, Le Démon.