Les Héroïdes/Épître XVIII

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Traduction par auteurs multiples.
Texte établi par Désiré NisardFirmin-Didot (p. 85-90).

LÉANDRE À HÉRO

Ton amant d’Abydos t’envoie le salut qu’il aimerait mieux te porter, fille de Sestos, si le courroux des mers s’apaisait[1]. Si les dieux protègent et secondent mon amour, tes yeux regretteront d’avoir à lire cet écrit[2] ; mais les dieux ne me sont pas favorables. Pourquoi, en effet, retardent-ils l’accomplissement de mes vœux, et ne permettent-ils point que je prenne à travers les îlots ma course accoutumée[3] ? Le ciel, tu le vois, est plus noir que la poix ; et la mer, bouleversée par les vents, est à peine praticable pour les vaisseaux rapides. Un seul nautonier, homme audacieux, a quitté le port ; c’est lui qui te remet ma lettre. Je me serais aussi embarqué, si, au moment où il tranchait les liens de la proue, tout Abydos n’eût été en observation. Je ne pouvais, comme auparavant, échapper aux auteurs de mes jours ; l’amour que je voulais tenir caché ne fût pas resté secret. Aussitôt, écrivant ces lignes : "Pars, heureuse lettre, m’écriai-je, elle te tendra bientôt sa belle main ; peut-être aussi te touchera-t-elle du bout de ses lèvres, lorsque sa dent, aussi blanche que la neige, en voudra rompre les liens." Tels sont les mots que je prononce d’un faible son de voix ; le reste, ma main le confia à ces feuilles. Ah ! combien je préférerais, qu’au lieu d’écrire, elle pût nager, et qu’elle aidât, comme auparavant, à me porter sur les ondes ! Elle est sans doute plutôt faite pour battre les flots paisibles ; elle est cependant aussi l’interprète fidèle de mes sentiments.

Voilà sept nuits, espace plus long pour moi qu’une année, que bouillonnent et mugissent les eaux de la mer agitée. Si, pendant toutes ces nuits, j’ai vu le sommeil calmer mes sens, que les ondes furieuses le soient longtemps encore. Assis sur un rocher, je regarde tristement le rivage où tu es ; et, mon corps ne pouvait s’y transporter, je m’y élance en esprit ; mes yeux, fixés vers ce point, aperçoivent ou croient apercevoir les fanaux qui veillent sur le sommet de la tour[4]. Trois fois je déposai mon vêtement sur la plage aride ; trois fois je tentai de faire, nu, ce périlleux trajet ; la mer opposa son courroux à ma téméraire jeunesse, et lança contre mon visage, pendant que je nageais, des flots qui l’inondèrent.

Mais toi, le plus redoutable des vents impétueux, pourquoi as-tu ainsi résolu de me combattre ? C’est contre moi, si tu ne le sais pas, et non contre les mers, que s’exerce ta fureur. Que ferais-tu si l’amour ne t’était pas connu ? Malgré ta froidure, tu ne peux pas nier, cruel, qu’une Athénienne t’ait jadis embrasé de ses feux ? Si, au moment d’enlever celle qui fait ton bonheur, on eût voulu fermer devant loi la barrière des airs, comment l’eusses-tu souffert ? Épargne-moi, je t’en conjure ; modère et ralentis l’impétuosité de ton souffle ; qu’à ce prix le petit-fils d’Hippotas[5] ne te commande rien qui t’attriste ! Vaine demande ! Mes prières n’obtiennent même de lui que des murmures, et les eaux, toujours battues, ne sont nulle part apaisées. Oh ! que Dédale ne peut-il me donner maintenant ses ailes audacieuses, quoique le rivage d’Icare soit près de ces lieux ! Je braverai tous les périls, pourvu seulement que je puisse élever dans les airs ce corps qui fut souvent balancé, suspendu sur les flots. Mais, tandis que les vents, que la mer, que tout s’oppose à mes désirs, mon esprit se retrace les premiers temps de nos furtives amours.

Lorsque commençait la nuit (ce souvenir m’est bien doux ), ton amant quittait le foyer paternel. Bientôt, déposant mes vêtements, et toute crainte avec eux, j’agitais lentement mes bras dans l’humide élément. La lune semblait prêter à ma marche sa tremblante clarté, et se faire la compagne officieuse de mes voyages. Levant mes yeux vers elle ; " Favorise-moi, lui disais-je, déesse aux blanches lueurs, et rappelle-toi les rochers de Latmos[6]. Tu n’as pas, grâce à Endymion, un cœur insensible. Tourne, je t’en conjure, tes regards vers un amant discret. Déesse, tu descendis du ciel pour visiter un mortel ; si le langage de la vérité m’est permis, celle que je poursuis est elle-même une déesse. Sans parler de ses vertus, dignes d’une âme céleste, tant de grâces n’appartiennent véritablement qu’aux déesses. Nulle, hormis Vénus et toi, ne la surpasse en beauté ; n’en crois pas mes discours, et contemple-la toi-même. Autant les purs rayons dont brille ton disque argenté font céder à tes feux tous les astres ensemble, autant par sa beauté elle efface les plus belles. Si tu en doutes, tu n’as, déesse du Cynthe[7], que d’aveugles clartés."

Après ces paroles ou d’autres qui en différaient peu, je me glissais, pendant la nuit, sur les eaux qui s’ouvraient devant moi. L’onde rayonnait de l’image réfléchie de la lune, et l’éclat de la nuit silencieuse la faisait ressembler au jour. Nul autre son, nul autre bruit ne frappait mes oreilles, que celui de l’eau séparée par mon corps. Les seuls Alcyons, fidèles au souvenir de Céyx tant aimé, me semblaient murmurer je ne sais quelle douce plainte[8]. Déjà la fatigue a gagné mes bras et mes épaules ; un vigoureux effort m’élève à la surface de l’eau. Dès que j’eus aperçu de loin le fanal : "Là où brillent ces feux sont aussi les miens, m’écriai-je, et ce rivage possède la lumière de ma vie." Soudain mes bras fatigués recouvrent leurs forces, et l’onde me paraît plus molle qu’auparavant je ne sens point les glaces du froid abîme, grâce à l’amour qui embrase man ardente poitrine. Plus j’avance, plus le rivage est proche, moins est grand l’espace qui m’en sépare encore, et plus je me hâte de le franchir. Mais, quand je puis enfin être aperçu de toi, ta présence ajoute aussitôt à mon courage et me fait trouver de l’énergie. Alors aussi je m’efforce en nageant de plaire à ma maîtresse, et, je montre à tes yeux la vigueur de mes bras. Ta nourrice peut à peine t’empêcher de descendre vers la mer ; car je l’ai vu, tu ne m’en imposais pas. Elle ne peut faire cependant, quoiqu’elle retienne tes pas, que le premier flot ne vienne mouiller ton pied. Tu me reçois dans tes bras ; nous échangeons de voluptueux baisers, baisers, j’en atteste les dieux, dignes qu’on aille les chercher par delà les mers. Tu couvres mes épaules du manteau que tu as détaché des tiennes, et tu sèches ma chevelure que l’eau de la mer a trempée.

Le reste est un mystère que connaissent avec nous la nuit, la tour, et le flambeau qui me guide dans ma route à travers les ondes. Il n’est pas plus possible de compter les joies de cette nuit, que les algues de la mer Hellespontique. Plus était borné le temps accordé à nos secrets ébats, plus nous avons pris soin qu’il ne fût pas perdu. Déjà l’épouse de Tithon allait chasser la nuit devant elle ; déjà s’était levé Lucifer, avant-coureur de l’Aurore. Nous précipitons à l’envi et nous entassons des baisers hâtifs, et nous nous plaignons de la courte durée des nuits. Après ces délais, au triste avertissement de ta nourrice, je quitte la tour, me dirigeant vers le froid rivage. Je m’éloigne en pleurant, et je regagne la mer de la Vierge[9], les regards attachés sur ma maîtresse, aussi longtemps qu’ils peuvent l’apercevoir.

La vérité mérite quelque confiance : si, lorsque je vais vers toi, je suis un nageur, il me semble, quand je reviens, que je suis un naufragé. Si tu m’en crois encore, la route, à mon départ, me paraît facile ; elle oppose à mon retour comme une montagne d’eau stagnante. C’est à regret, qui pourra le croire ? que je revois ma patrie. Oui, c’est à regret que je vis maintenant dans ma ville. Hélas ! pourquoi, puisque nos cœurs nous unissent, les ondes nous séparent-elles ? nous n’avons tous deux qu’une âme, pourquoi n’avons-nous pas qu’une patrie ? Ou que ta Sestos m’adopte ou toi mon Abydos. Ton pays me plaît autant qu’à toi le mien. Pourquoi suis-je en proie à l’agitation, toutes les fois que la mer est agitée ? Pourquoi le vent, cet obstacle si léger, peut-il en devenir un pour moi ?

Déjà les dauphins, à la forme arrondie, n’ignorent plus nos amours, et je crois n’être pas inconnu aux hôtes de la mer. Déjà le sentier que je me creuse dans les ondes accoutumées offre une trace aussi battue que l’ornière foulée par des roues sans nombre. Je me plaignais autrefois de n’avoir pas d’autre chemin à suivre ; et je me plains aujourd’hui que les vents m’enlèvent jusqu’à cette ressource. Le choc furieux des flots blanchit la mer de la fille d’Athamas[10], et les vaisseaux sont à peine en sûreté dans le port où ils séjournent. Cette mer quand elle prit son nom de la Vierge qui y fut engloutie, offrait sans doute un pareil spectacle. La catastrophe d’Hellé a valu à ces ondes une triste célébrité : c’est assez ; qu’elles m’épargnent ; elles doivent déjà leur nom à un crime.

Je porte envie à Phryxus qui se vit, à l’abri des dangers, porté sur une mer périlleuse par le bélier à la Toison d’or. Je ne réclame point cependant le secours d’un animal ou d’un vaisseau, pourvu qu’on m’accorde des eaux que je puisse sillonner. Tout art m’est superflu ; qu’on me laisse seulement la faculté de nager, je serai passager, navire et pilote à la fois. Je ne me guide pas sur Hélicé ou sur l’Arcture, constellation qui sert aux Tyriens[11] ; mon amour se soucie peu des astres que peuvent voir tous les yeux. Qu’un autre considère Andromède et sa Couronne resplendissante, et l’Ourse de Parrhasie, qui brille dans un pôle glacé[12]. Les beautés qu’aimèrent Persée, Jupiter, Bacchus[13], je ne les veux point pour guides dans ma route incertaine. Il est un autre flambeau, bien plus sûr pour moi, que ces astres ; mon amour, en se guidant à sa clarté, ne saurait rester dans les ténèbres. Je puis, en y fixant mes yeux, aller à Colchos, aux extrémités du royaume de Pont, et jusqu’aux lieux où parvint le vaisseau thessalien ; je pourrais même surpasser à la nage le jeune Palémon, et celui dont une plante merveilleuse fit soudain un dieu[14].

Souvent, à force de se mouvoir, mes bras viennent à languir ; fatigués, ils se traînent à peine dans l’immensité des eaux. Si je leur dis : "Le prix de votre peine est beau ; bientôt je vous livrerai, pour appui, le cou de ma maîtresse, ils retrouvent aussitôt des forces, et tendent vers la récompense qui leur est promise, comme un prompt coursier de l’Élide qui a franchi la barrière. Fidèle à l’amour qui brûle en moi, c’est toi que je poursuis, jeune fille digne du ciel ; oui, digne du ciel : mais reste encore sur la terre ou dis quel chemin peut me conduire jusqu’au séjour des dieux.

Tu es près d’ici, et un malheureux amant jouit rarement de ta présence ; le trouble des flots se communique à son âme.À quoi me sert de n’être pas séparé de toi par une mer étendue ? Un si court trajet en est-il moins un obstacle pour moi ? Je ne sais si je n’aimerais pas mieux, relégué loin du monde entier, savoir à une immense distance et ma maîtresse et mon espoir avec elle. Plus tu es proche maintenant, plus est proche aussi la flamme qui me brûle ; je n’ai pas toujours la réalité, l’espérance me reste toujours. Je touche presque de la main ce que j’aime, tant j’en suis voisin ! mais c’est ce mot presque qui fait souvent couler mes larmes. N’est-ce pas vouloir saisir des fruits qui vous échappent sans cesse, et poursuivre de ses lèvres l’espoir d’une onde fugitive ? Je ne te posséderai donc jamais, que les eaux n’y consentent ; et toute tempête viendra me ravir mon bonheur ? Rien n’étant moins constant que le vent et les flots, mon espoir devra donc toujours dépendre et des flots et des vents ? Cependant l’orage dure encore. Que sera-ce, lorsque les Pléiades et le Bouvier et la Chèvre d’Olénus, conjurés contre moi, auront bouleversé les mers[15] ? Ou je ne sais pas de quoi est capable un amour téméraire ou il me précipitera en aveugle dans les ondes.

Et ne crois pas que je m’engage ainsi pour un temps encore éloigné ; je ne tarderai pas à te donner un gage de ma promesse. Que la mer garde son courroux quelques nuits encore, et je tenterai d’en traverser les eaux menaçantes. Alors, ou je vivrai après le succès de mon heureuse audace ou la mort terminera les inquiétudes de mon amour. Puissé-je du moins être poussé près des lieux où tu vis ! Puissent mes membres naufragés aborder à ce port ! Car tu pleureras, tu daigneras toucher mon corps, et dire : "C’est moi qui ai causé sa mort." Ce présage de mon trépas t’attriste sans doute, et cet endroit de ma lettre à blessé ton cœur.

Je finis, épargne-toi la plainte ; mais, pour que la mer mette un terme à son courroux, unis, de grâce, unis tes vœux aux miens. Il me suffit d’un peu de calme, pour me transporter près de toi ; lorsque j’aurai touché ton rivage, que la tempête continue. Là est le port qu’il faut à mon navire ; nulle anse ne convient mieux à ma poupe. Que Borée m’y emprisonne, il me sera doux d’y séjourner. Alors je deviendrai nageur paresseux, alors je deviendrai prudent. Je n’adresserai aucune plainte aux flots qui y restent sourds ; je n’accuserai pas la mer d’être impraticable pour qui la veut traverser à la nage. Que les vents et l’amour avec eux me retiennent dans tes bras, et que j’y trouve un double obstacle à mon départ.

Quand le permettra la tempête, je ferai usage des rames de mon corps ; seulement, tiens le fanal toujours en vue. Qu’à ma place, jusque-là, cette lettre passe avec toi la nuit : ce que je désire, c’est de n’être pas un moment sans la suivre.


  1. Léandre demeurait à Abydos, ville d’Asie, sur la côte orientale de l’Hellespont, en face de Sestos, située en Europe, et patrie d’Héro.
  2. Il supposait qu’Héro devait préférer sa présence à une lettre.
  3. Nous citons ici les principaux passages d’une lettre de Lord Byron, laquelle semble avoir été écrite pour servir de note à cette épître : "Quand il eut visité la Morée et toute l’Achaïe, dit un de ses biographes, il s’embarqua pour Constantinople sur la frégate the Salsete, capitaine Bathurst. Pendant que le navire était à l’ancre dans les Dardanelles, il s’éleva parmi les officiers une discussion sur la possibilité de traverser l’Hellespont à la nage, et de vérifier ainsi les récits d’Ovide et de Musée, au sujet de Léandre, Lord Byron et le lieutenant Ekenhead convinrent d’en faire l’expérience, et l’exécutèrent le 5 mai 1810. Il raconte lui-même son exploit, dont un accès de fièvre fut la suite, ce qui lui fournit le sujet d’une pièce de vers assez piquante. Depuis cette aventure, un Anglais nommé Turner renouvela la même tentative sans réussir, et se permit quelques remarques sur le récit du poète. Celui-ci, offensé de ses doutes, se hâta de les réfuter dans une lettre adressée de Ravenne à son ami le libraire Murray, le 21 février 1824. -À la page 44, vol. 1, des Voyages de Turner, il est dit que Lord Byron, en publiant combien il était facile de traverser le détroit d’Abydos à la nage, semble avoir oublié que Léandre fit le double trajet avec et contre le courant, tandis que le noble lord n’en fit que la partie la plus aisée, en nageant de l’Europe à l’Asie. — Je ne pouvais certainement avoir oublié ce qui est su de tout écolier, que Léandre traversait la mer le soir et revenait le matin. Mon but était de vérifier si l’Hellespont pouvait être traversé à la nage, et c’est à quoi nous réussîmes, M. Ekenhead et moi, l’un en une heure et dix minutes, l’autre en cinq minutes de moins. Le courant ne nous favorisait pas ; au contraire, la grande difficulté consistait à nager malgré le courant, qui, loin de nous porter vers le rivage d’Asie, nous poussait vers l’Archipel. Nous n’avions aucune idée de la différence du courant dont parle M. Turner ; je dis nous, c’est-à-dire, ni M. Ekenhead ni moi, ni personne à bord de la frégate, depuis le capitaine jusqu’au dernier matelot. Voici la première fois que j’en entends parler, ou j’aurais pris l’autre direction. Notre seul motif, pour partir du rivage d’Europe fut la considération que le petit cap au-dessus de Sestos était un point de départ plus marqué, et que la frégate, qui était à l’ancre, formait un meilleur point de vue. M. Turner dit : "Tout ce qu’on jette à la mer, de cette partie du rivage d’Europe, doit constamment aborder au rivage d’Asie." - Cela est si peu exact, que le courant entraîne plutôt dans l’archipel, quoiqu’il puisse arriver parfois qu’un vent violent du rivage d’Asie produise un effet contraire. M.Turner tenta le trajet du côté de l’Asie, et ne réussit pas, y renonçant au bout de vingt-cinq minutes, épuisé complètement, et sans avoir avancé plus de cent toises. Cela est très possible ; il aurait pu lui en arriver autant s’il était parti du rivage opposé. J’ai positivement remarqué, et M. Hobhouse en a fait autant, que la résistance des flots nous força de faire un trajet de trois à quatre milles, tandis que le détroit n’en a qu’un d’étendue. Je puis assurer M. Turner que son succès m’eût fait grand plaisir, parce qu’il m’eût fourni une preuve de plus : il n’est pas très bien à lui de prétendre que, parce qu’il a lui-même échoué, Léandre n’a pu mieux faire que lui. On peut citer quatre exemples de la possibilité du trajet ; M. Ekenhead et moi nous avions été précédés par un jeune Napolitain et un Juif. Quant à la différence du courant, je n’en reconnus aucune. Il n’est favorable d’aucun côté ; mais il peut être surmonté si le nageur plonge dans la mer plus haut que le point opposé du rivage où il tend. La résistance est forte ; mais, en calculant bien, on peut arriver à terre. Ma propre expérience, et celle des autres, me fait prononcer que le passage de Léandre est très praticable : tout jeune homme bien portant et passable nageur peut le pratiquer des deux rivages. J’ai mis autrefois trois heures à traverser le Tage, trajet bien plus hasardeux, puisqu’il exige deux heures de plus que l’Hellespont… Je traversai l’Hellespont en une heure et dix minutes seulement. J’ai aujourd’hui dix ans de plus, et vingt si je compte d’après ma constitution. Cependant il y a deux ans que je fus capable de nager pendant quatre heures et vingt minutes, et je suis persuadé que j’aurais pu continuer deux heures encore, quoique j’eusse une paire de pantalons, accoutrement qui n’aide nullement comme, on sait. Mes deux compagnons restèrent aussi quatre heures dans l’eau… Après de tels essais sur les lieux et ailleurs, qui pourrait me faire douter de l’exploit de Léandre ? Si trois individus ont fait plus que de passer l’Hellespont, pourquoi aurait-il pu faire moins ?… Qu’un jeune Grec des temps héroïques, amoureux et robustes ait réussi dans cette entreprise, il n’y a rien là d’étonnant et de douteux ; qu’il l’ait fait ou non, c’est une autre question parce qu’il pouvait avoir un petit bateau pour s’en éviter la peine… " ( Essai sur Lord Byron, par M. A. P.)
  4. Léandre était guidé, dans ce trajet à travers l’Hellespont par un fanal que son amante allumait sur le haut d’une tour.
  5. Il y eut deux personnages de ce nom. Celui de cette épître est le même que visita Ulysse (Odyss., liv. X.) dans ses voyages, et qui commandait aux vents.
  6. On se rappelle le sommeil d’Endymion dans une grotte du mont Latmos.
  7. Le Cynthe, où naquirent Diane et son frère, était une montagne de l’île de Délos.
  8. Voyez, dans les Métamorphoses (liv. XI) cette fable, une des plus belles parties de cet ouvrage.
  9. Cette mer est l’Hellespont, qu’on devait appeler aussi mer de la Vierge, comme paraissent le prouver ces vers et le 139 de cette épître. — Phryxus, fuyant, sur le bélier à la toison d’or, les persécutions de Démodice, femme de son oncle, roi d’lolcos, était accompagne d’Hellé sa sœur qui, effrayée du bruit des vagues, tomba dans la mer à l’endroit qui porte son nom. Voyez les vers 139 - 145 de cette épître.
  10. Hellé avait pour père Athamas, fils d’Éole.
  11. On appelait la Grande Ourse Helice, d’un nom grec helix, qui indique sa révolution en un jour et une nuit autour du pôle arctique. La Petite-Ourse, sur laquelle se réglaient les Tyriens dans leur navigation, se nommait Cynosure(kunos oura) queue de chien.
  12. Andromède fille de Céphée, roi d’Ethiopie, fut métamorphosée en constellation par Minerve. — La Couronne, autre signe céleste, composée de sept étoiles, était, au rapport de la Fable, celle qu’Ariane reçut de Vénus, à son mariage avec Bacchus. — Callistho, fille de Lycaon, roi d’Arcadie, où était située la ville de Parrhasia, fut changée en ourse avec son fils et enlevée au ciel. On la confond souvent avec la Grande Ourse.
  13. Andromède, Ariane, Callistho, changées en constellations.
  14. Palémon, appelé aussi Mélicerte, et fils d’Athamas et d’Ino, se précipita dans la mer pour éviter le courroux de son père, et fut changé en dieu marin. — Glaucus, fils d’Anthédon, trouva une plante qui causait une vive agitation aux poissons qui la touchaient ; il toucha cette plante, et fut transformé en dieu marin.
  15. Ou comptait sept Pléiades, nommées aussi par les Latins, Vergiliae ; Arctophylax était la constellation du Bouvier. — La chèvre d’Amalthée avait, dit la Fable, allaité Jupiter à Olénus, ville d’Achaïe. Elle fut ensuite enlevée au ciel, en récompense de ce service.