Les Maladies de la volonté/Conclusion

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Félix Alcan (p. 151-181).


CONCLUSION


I

Après avoir examiné les divers types morbides, voyons si l’on peut découvrir une loi qui résume la pathologie de la volonté et jette quelque jour sur l’état normal.

À titre de fait, la volition seule existe, c’est-à-dire un choix suivi d’actes. Pour qu’elle se produise, certaines conditions sont nécessaires. Un manque d’impulsion ou d’arrêt, une exagération de l’activité automatique, d’une tendance, d’un désir, une idée fixe, l’empêchent d’être pendant un instant, une heure, un jour, une période de la vie. L’ensemble de ces conditions, nécessaires et suffisantes, peut être appelé volonté. Par rapport aux volitions, elle est une cause, bien qu’elle soit elle-même une somme d’effets, une résultante variant avec ses éléments : la pathologie nous l’a démontré.

Ces éléments que j’indique brièvement sont :

1o Les tendances à l’action (ou à l’arrêt) qui résultent des circonstances, du milieu, des conseils, de l’éducation ; en un mot, tous ceux qui sont l’effet de causes extérieures.

2o Le caractère, élément principal, effet de causes intérieures et qui n’est pas une entité, mais la résultante de cette myriade d’états et de tendances infiniment petits de tous les éléments anatomiques qui constituent un certain organisme : en termes plus courts, le caractère est pour nous l’expression psychologique d’un certain corps organisé, tirant de lui sa couleur propre, son ton particulier et sa permanence relative. C’est là l’assise dernière sur laquelle repose la possibilité du vouloir et qui le fait énergique, mou, intermittent, banal, extraordinaire.

Maintenant, si nous considérons la volonté non plus dans ses éléments constituants, mais dans les moments qu’elle parcourt pour se constituer, nous voyons que la volition est le dernier terme d’une évolution progressive dont le réflexe simple est le premier échelon : elle est la forme la plus haute de l’activité, — entendue toujours au sens précis de pouvoir de produire des actes, de pouvoir de réaction.

Elle a pour base un legs de générations sans nombre, enregistré dans l’organisme : c’est l’activité automatique primitive, à coordination simple, presque invariable, inconsciente, bien qu’elle ait dû, dans le lointain des siècles, être accompagnée d’un rudiment de conscience qui s’en est retirée, à mesure que la coordination, devenant plus parfaite, s’est organisée dans l’espèce.

Sur cette base s’appuie l’activité consciente et individuelle des appétits, désirs, sentiments, passions, à coordination plus complexe et beaucoup moins stable.

Plus haut, l’activité idéo-motrice, qui, dans ses manifestations extrêmes, atteint une coordination à la fois très ferme et très complexe, c’est la volition complète.

On peut donc dire qu’elle a pour condition fondamentale une coordination hiérarchique, c’est-à-dire qu’il ne suffit pas que des réflexes soient coordonnés avec des réflexes, des désirs avec des désirs, des tendances rationnelles avec des tendances rationnelles ; mais qu’une coordination entre ces différents groupes est nécessaire, — une coordination avec subordination, telle que tout converge vers un point unique : le but à atteindre. Que le lecteur se rappelle les cas morbides précédemment étudiés, en particulier les impulsions irrésistibles qui, à elles seules, représentent la pathologie de la volonté presque entière, il reconnaîtra que toutes se réduisent à cette formule : absence de coordination hiérarchique, action indépendante, irrégulière, isolée, anarchique.

Si donc nous considérons la volonté soit dans ses éléments constituants, soit dans les phases successives de sa genèse (et les deux aspects sont inséparables), nous voyons que la volition, son résultat dernier, n’est pas un événement survenant on ne sait d’où, mais qu’elle plonge ses racines au plus profond de l’individu et, au-delà de l’individu, dans l’espèce et les espèces. Elle ne vient pas d’en haut, mais d’en bas ; elle est une sublimation des éléments inférieurs. Je comparerais la volition, une fois affirmée, à ce que l’on appelle en architecture une clef de voûte. À cette pierre, la voûte doit plus que sa solidité, — son existence ; mais cette pierre ne tire sa puissance que des autres qui la soutiennent et l’enserrent, comme à son tour elle les presse et les affermit.

Ces préliminaires bien abrégés étaient indispensables pour comprendre la loi qui régit la dissolution de la volonté ; car, si les considérations qui précèdent sont justes, comme la dissolution suit toujours l’ordre inverse de l’évolution, il s’ensuit que les manifestations volontaires les plus complexes doivent disparaître avant les plus simples, les plus simples avant l’automatisme. Pour donner à l’énoncé de la loi sa forme exacte, en traitant la volition non comme un événement singulier, mais comme la manifestation la plus haute de l’activité, nous dirons : La dissolution suit une marche régressive du plus volontaire et du plus complexe au moins volontaire et au plus simple, c’est-à-dire à l’automatisme.

Il s’agit maintenant de montrer que cette loi est vérifiée par les faits. Nous n’avons qu’à choisir.

En 1868, Hughlings Jackson, étudiant certains désordres du système nerveux, fit remarquer, le premier, je crois, « que les mouvements et facultés les plus volontaires et les plus spéciaux sont atteints tout d’abord et plus que les autres[1]. » Ce « principe de dissolution » ou « de réduction à un état plus automatique » fut posé par lui comme le corrélatif des doctrines de Herbert Spencer sur l’évolution du système nerveux. Il prend un cas des plus simples, l’hémiplégie commune par lésion du corps strié. Un caillot sanguin a fait pour nous une expérience. Nous voyons que le patient, dont la face, la langue, le bras et la jambe sont paralysés, a perdu les mouvements les plus volontaires d’une partie de son corps, sans perdre les mouvements les plus automatiques. « L’étude des cas d’hémiplégie nous montre en effet que les parties externes qui souffrent le plus sont celles qui, psychologiquement parlant, sont le plus sous le commandement de la volonté, et qui, physiologiquement parlant, impliquent le plus grand nombre de mouvements différents, produits avec le plus grand nombre d’intervalles différents, » au lieu d’être simultanés comme les mouvements automatiques. Si la lésion est plus grave et si elle atteint non seulement les parties les plus volontaires du corps (face, bras, jambe), mais celles qui sont moins volontaires (perte de certains mouvements des yeux et de la tête et d’un côté de la poitrine), on trouve que les parties les plus volontaires sont beaucoup plus paralysées que les autres.

Ferrier fait remarquer[2] de même que la destruction générale de la région motrice, dans l’écorce du cerveau, comme celle du corps strié, produit « les mêmes troubles relatifs des différents mouvements, ceux-là étant le plus affectés et paralysés qui sont le plus sous l’influence de la volonté, du moins après que le premier choc est passé. La paralysie faciale réside surtout dans la région faciale inférieure, portant sur les mouvements les plus indépendants, le frontal et les muscles orbiculaires n’étant que légèrement atteints. Les mouvements de la jambe sont moins affectés que ceux du bras, ceux du bras moins que ceux de la main. »

Le même auteur établissant une distinction entre les différentes sortes de mouvements et leurs centres respectifs, « ceux qui impliquent la conscience et que nous appelons volontaires au sens strict du mot » (les centres corticaux supérieurs) et ceux « qui sont décrits comme automatiques, instinctifs, responsifs, y compris les adaptations motrices de l’équilibre et de la coordination motrice, l’expression instinctive des émotions, et qui sont organisés d’une manière plus ou moins complète dans les centres sous-jacents à l’écorce, » constate que ces derniers ont une indépendance relative qui est au maximum chez les vertébrés inférieurs (grenouille, pigeon), au minimum chez le singe et l’homme. « J’osai prédire, ajoute-t-il, que, chez les animaux dont les facultés motrices ne semblaient pas beaucoup souffrir d’une lésion destructive des centres nerveux, ces mouvements-là devaient être paralysés qui impliquent la conscience (mouvements volontaires) et n’étaient pas automatiquement organisés. (C’est ce qu’ont amplement confirmé les recherches de Goltz. Il a montré que, bien que la patte du chien ne soit pas définitivement paralysée en tant qu’organe de locomotion, par une lésion de l’écorce, elle l’est, en tant que servant de main et employée comme telle[3]. Cette dernière expérience est pour nous du plus grand intérêt : elle nous montre que, dans un même organe, adapté à la fois à la locomotion et à la préhension, l’une persiste, bien que altérée, quand l’autre, la plus délicate, a disparu.

L’instabilité de l’action volontaire, complexe, supérieure (c’est tout un) par rapport à l’action automatique, simple, inférieure, se montre encore sous une forme progressive dans la paralysie générale des aliénés. « Les premières imperfections de la motilité, dit Foville, celles qui se traduisent par un défaut à peine commençant dans l’harmonie des contractions musculaires, sont d’autant plus appréciables qu’elles intéressent des mouvements plus délicats, qui exigent une précision et une perfection plus grandes dans leur accomplissement. Il n’est donc pas étonnant qu’elles se traduisent d’abord dans les opérations musculaires si délicates qui concourent à la phonation. » On sait que l’embarras de la parole est un des premiers symptômes de cette maladie. Si faible, au début, qu’une oreille exercée est seule capable de le saisir, le trouble de la prononciation augmente progressivement et aboutit à un bredouillement inintelligible :

« Les muscles qui contribuent à l’articulation ont perdu toute leur harmonie d’action ; ils ne peuvent plus se contracter qu’avec effort ; la parole est devenue méconnaissable.

« Dans les membres, les lésions de la motilité n’affectent d’abord que les mouvements qui comportent le plus de minutie et de précision. Le malade peut faire de grandes marches et se servir de ses bras, pour des travaux qui n’exigent que des mouvements d’ensemble ; mais il ne peut plus exécuter de petites opérations délicates des doigts, sans trembler un peu, et sans s’y reprendre à plusieurs fois : on s’en aperçoit surtout si on lui dit de ramasser une épingle à terre, de remonter sa montre, etc. Les artisans habitués, par leur métier, à des travaux de précision, sont hors d’état de s’occuper, bien avant ceux qui n’ont que des tâches grossières à remplir. — Lorsqu’il s’agit d’écrire, la plume est tenue avec une indécision qui se traduit par une irrégularité plus ou moins prononcée des caractères tracés. Plus la maladie avance dans sa marche, plus l’écriture devient tremblante et défigurée ; de sorte que, en comparant une série de lettres écrites à des époques différentes, on peut suivre les progrès successifs de l’affection, jusqu’à ce que le malade soit devenu incapable d’écrire.

« Plus tard, l’indécision des membres supérieurs existe même dans les mouvements d’ensemble : le tremblement, l’affaiblissement empêchent le malade de porter directement ses aliments à sa bouche, de tirer son mouchoir, de le remettre dans sa poche, etc.

« Dans les membres inférieurs, la progression est analogue : au début, les aliénés paralytiques marchent avec vigueur, allant droit devant eux ; mais, s’il s’agit d’aller à droite ou à gauche et surtout de pivoter sur eux-mêmes pour revenir sur leur pas, l’hésitation et le défaut de précision se laissent apercevoir. Puis, même en marchant devant eux, ils avancent d’un pas pesant, mal coordonné. Plus tard enfin, ils ont peine à faire quelques pas[4]. »

Rappelons encore les troubles de la motilité qui succèdent à l’abus de l’alcool. Le tremblement est un des phénomènes les plus précoces. « Les mains sont les premières parties affectées, puis les bras, les jambes, la langue et les lèvres. À mesure qu’il s’accroît, le tremblement se complique en général d’un autre désordre plus grave, l’affaiblissement musculaire. Il affecte d’abord les membres supérieurs ; c’est là un caractère presque constant. Les doigts deviennent inhabiles, maladroits ; la main serre mal les objets et les laisse échapper. Puis cette faiblesse gagne l’avant-bras et le bras ; le malade ne peut alors se servir de ses membres supérieurs que d’une manière très incomplète ; il en arrive à ne plus pouvoir manger seul. Plus tard, ces phénomènes s’étendent aux membres inférieurs ; la station devient difficile ; la marche est incertaine, titubante ; puis tout cela va croissant. Les muscles du dos se prennent à leur tour… et le malheureux paralytique est condamné à garder le lit[5]. »

Nous pourrions rapporter encore ce qui se passe dans les convulsions, la chorée, etc. Cette marche, qui n’a pour le médecin qu’un intérêt clinique, a pour nous un intérêt psychologique. Ces faits, d’expérience journalière, suffiront, je l’espère, à produire la conviction, à montrer que la loi de dissolution suit bien une marche du complexe au simple, du volontaire à l’automatique, que le dernier terme de l’évolution est le premier de la dissolution. Nous n’avons étudié jusqu’ici, il est vrai, qu’une désorganisation des mouvements ; mais ceux qui traitent la psychologie en science naturelle n’y trouveront rien à redire. Comme la volition n’est pas pour nous une entité impérative, régnant dans un monde à part et distincte de ses actes, mais bien l’expression dernière d’une coordination hiérarchique, et comme chaque mouvement ou groupe de mouvements est représenté dans les centres nerveux, il est clair que, avec chaque groupe paralysé, un élément de la coordination disparaît. Si la dissolution est progressive, la coordination sans cesse appauvrie de quelque élément ira toujours en se resserrant ; et, comme l’expérience montre que la disparition des mouvements est en raison directe de leur complexité et de leur délicatesse, notre thèse est vérifiée.

Nous pouvons d’ailleurs poursuivre cette vérification de notre loi, en rappelant ce qui se passe dans les maladies du langage, et ici nous pénétrons dans le mécanisme intime de l’esprit. Je ne reviendrai pas sur un sujet que j’ai longuement traité[6]. J’ai essayé de montrer que beaucoup de cas d’aphasie résultent d’une amnésie motrice, c’est-à-dire d’un oubli des éléments moteurs, de ces mouvements qui constituent le langage articulé. Je rappellerai que Trousseau avait déjà remarqué que « l’aphasie est toujours réductible à une perte de la mémoire soit des signes vocaux, soit des moyens par lesquels les mots sont articulés ; que W. Ogle distingue aussi deux mémoires verbales : une première, reconnue de tout le monde, grâce à laquelle nous avons conscience du mot, et en outre une seconde, grâce à laquelle nous l’exprimons. » Cet oubli des mouvements, bien qu’il soit avant tout une maladie de la mémoire, nous révèle aussi un affaiblissement du pouvoir moteur, un désordre de la coordination volontaire. Le malade veut s’exprimer ; sa volition n’aboutit pas ou se traduit incomplètement, c’est-à-dire que la somme des tendances coordonnées qui, au moment actuel, constituent l’individu en tant qu’il veut s’exprimer, est partiellement entravée dans son passage à l’acte ; et l’expérience nous apprend que cette impuissance d’expression atteint d’abord les mots, c’est-à-dire le langage rationnel ; ensuite les phrases exclamatives, les interjections, ce que Max Müller désigne sous le nom de langage émotionnel ; enfin, dans des cas très rares, les gestes. La dissolution va donc encore ici du plus complexe au moins complexe et au simple, du volontaire au demi-volontaire et à l’automatique, qui est presque toujours respecté.

Il est permis d’entrer encore plus avant dans la vie purement psychique ; mais ici tout devient vague et flottant. Comme nous ne pouvons plus rattacher chaque volition à un groupe de mouvements des organes vocaux, locomoteurs ou préhensiles, nous tâtonnons. Cependant il est impossible de ne pas remarquer que la forme la plus haute de la volition, l’attention volontaire, est, entre toutes, la plus rare et la plus instable. Si, au lieu de considérer l’attention volontaire[7] à la façon du psychologue intérieur qui s’étudie lui-même et s’en tient là, nous la considérons dans la masse des êtres humains sains et adultes, pour déterminer par à peu près quelle place elle tient dans leur vie mentale, nous verrons combien peu de fois elle se produit et pour quelle courte durée. Si l’on pouvait, dans l’humanité prise en bloc, pendant une période de temps donnée, comparer la somme des actes produits par l’attention volontaire et la somme des actes produits sans elle, le rapport serait presque de zéro à l’infini. En raison même de sa supériorité de nature et de son extrême complexité, c’est un état, une coordination[8] qui peut rarement naître et qui à peine née est toujours en voie de dissolution.

Pour nous en tenir aux faits positifs, n’est-il pas bien connu que l’impossibilité d’une attention soutenue est l’un des premiers symptômes de tout affaiblissement de l’esprit, soit temporaire, comme dans la fièvre, soit permanent, comme dans la folie ? La forme de coordination la plus haute est donc bien la plus instable, même dans l’ordre purement psychologique.

Cette loi de dissolution, qu’est-elle d’ailleurs, sinon un cas de cette grande loi biologique déjà signalée à propos de la mémoire : les fonctions nées les dernières sont les premières à dégénérer. Dans l’individu, la coordination automatique précède la coordination née des désirs et des passions, qui précède elle-même la coordination volontaire, dont les formes les plus simples précèdent les plus complexes. Dans le développement des espèces (si l’on admet la théorie de l’évolution), pendant des siècles, les formes inférieures de l’activité existèrent seules ; puis, avec la complexité croissante des coordinations, un temps vint où la volonté fut. Le retour au règne des impulsions, de quelques brillantes qualités d’esprit qu’il s’accompagne, est donc en lui-même une régression. À cet égard, le passage suivant de Herbert Spencer nous servira de résumé et de conclusion sur ce point : « Chez les personnes affectées de troubles nerveux chroniques, dont le sang détérioré et tarissant ne suffit plus à entretenir l’activité nécessaire des transformations moléculaires… l’irascibilité est pour tout le monde un objet de remarque : et l’irascibilité implique une inactivité relative des éléments supérieurs. Elle se produit, quand une décharge soudaine transmise, par une souffrance ou une contrariété, aux plexus qui ajustent la conduite à des actions pénibles ou désagréables, n’est pas accompagnée par une décharge qui parvienne à ces plexus où l’action est adaptée à un grand nombre de circonstances, au lieu de l’être à une seule. Que l’insuffisante production de l’afflux nerveux rende compte de la perte de l’équilibre dans les émotions, c’est un corollaire de ce qui a été déjà dit. Les plexus qui coordonnent les activités défensives et destructives, et dans lesquels ont leur siège les sentiments simultanés d’antagonisme et de colère, sont un héritage de toutes les races d’êtres antérieurs et sont par conséquent bien organisés, — si bien organisés que l’enfant sur les bras de sa mère nous les montre déjà en action. Mais les plexus qui, en liant et en coordonnant une grande variété de plexus inférieurs, adaptent la conduite à une grande variété d’exigences extérieures, n’ont été développés que depuis peu ; si bien que, outre qu’ils sont étendus et complexes, ils sont formés de canaux beaucoup moins perméables. Par conséquent, quand le système nerveux n’est pas à l’état de plénitude, ces appareils venus les derniers, et les plus élevés de tous, sont les premiers dont l’activité fasse défaut. Au lieu d’entrer en action instantanément, leurs effets, s’ils sont appréciables, arrivent trop tard pour lutter contre ceux des appareils subordonnés[9]. »


II

Après avoir suivi pas à pas la dissolution de la volonté, le résultat fondamental qui nous a paru en ressortir, c’est qu’elle est en coordination variable en complexité et en degrés ; que cette coordination est la condition d’existence de toute volition, et que, selon qu’elle est totalement ou partiellement détruite, la volition est anéantie ou mutilée. C’est sur ce résultat que nous voudrions maintenant insister, en nous bornant à de brèves indications sur quelques points, notre but n’étant pas d’écrire une monographie de la volonté.

I. Examinons d’abord les conditions matérielles de cette coordination. La volonté, qui, chez quelques privilégiés, atteint une puissance si extraordinaire et fait de si grandes choses, a une origine très humble. Elle se trouve dans cette propriété biologique inhérente à toute matière vivante et qu’on nomme l’irritabilité, c’est-à-dire la réaction contre les forces extérieures. L’irritabilité — forme physiologique de loi d’inertie — est en quelque sorte un état d’indifférenciation primordiale d’où sortiront, par une différenciation ultérieure, la sensibilité proprement dite et la motilité, ces deux grandes bases de la vie psychique.

Rappelons que la motilité (qui seule nous intéresse ici) se manifeste, même dans le règne végétal, sous des formes diverses : par les mouvements de certaines spores, de la sensitive, de la dionée et beaucoup d’autres plantes auxquels Darwin a consacré un ouvrage très connu. — La masse protoplasmatique, d’apparence homogène, qui compose à elle seule certains êtres rudimentaires, est douée de motilité. L’amibe, le globule blanc du sang, à l’aide des expansions qu’ils émettent, cheminent peu à peu. Ces faits, qu’on trouvera décrits avec abondance dans les ouvrages spéciaux, nous montrent que la motilité apparaît bien avant les muscles et le système nerveux, si rudimentaires qu’ils soient.

Nous n’avons pas à suivre l’évolution de ces deux appareils de perfectionnement à travers la série animale. Notons seulement que les travaux sur la localisation des centres moteurs, si importants pour le mécanisme de la volonté, ont conduit quelques savants à étudier l’état de ces centres chez les nouveau-nés. « Cette recherche, faite avec grand soin par Soltmann, en 1875, a fourni les résultats suivants : Chez les lapins et les chiens, il n’existe, aussitôt après la naissance, aucun point de l’écorce cérébrale dont l’irritation électrique soit capable de déterminer des mouvements. C’est seulement au dixième jour que se développent les centres des membres antérieurs. Au treizième jour apparaissent les centres des membres postérieurs. Au seizième, ces centres sont déjà bien distincts entre eux et de ceux de la face. Une conclusion à tirer de ces résultats, c’est que l’absence de direction motrice volontaire coïncide avec l’absence des organes appropriés et que, à mesure que l’animal devient plus maître de ses mouvements, les centres cérébraux dans lesquels se fait l’élaboration volontaire acquièrent une indépendance plus manifeste[10]. »

Flechsig et Parrot ont étudié le développement de l’encéphale chez le fœtus et l’enfant. Il résulte des recherches de ce dernier[11] que, si l’on suit le développement de la substance blanche d’un hémisphère tout entier, on la voit s’élever successivement du pédoncule à la couche optique, puis à la capsule interne, au centre hémisphérique et finalement atteindre le manteau cérébral. Les parties dont le développement est le plus lent ont aussi la destination fonctionnelle la plus haute.

La période de formation terminée, le mécanisme de l’action volontaire paraît constitué comme il suit : l’incitation part des régions dites motrices de la couche corticale (région pariéto-frontale), suit le faisceau pyramidal, nommé volontaire par quelques auteurs. Ce faisceau, qui consiste dans le groupement de toutes les fibres partant des circonvolutions motrices, descend à travers le centre ovale, forme une petite partie de la capsule interne, qui, on le sait, pénètre dans le corps strié « comme un coin dans un morceau de bois ». Ce faisceau suit le pédoncule cérébral et le bulbe, où il subit une décussation plus ou moins complète, et passe du côté opposé de la moelle épinière, constituant ainsi une grande commissure entre les circonvolutions motrices et la substance grise de la moelle, d’où sortent les nerfs moteurs[12]. Cette grossière esquisse donne quelque idée de la complexité des éléments requis pour l’action volontaire et de la solidarité intime qui les relie.

Il y a, malheureusement, des divergences d’interprétation sur la nature réelle des centres cérébraux d’où part l’incitation. Pour Ferrier et beaucoup d’autres, ce sont des centres moteurs, au sens strict, c’est-à-dire qu’en eux et par eux le mouvement commence. Schiff, Hitzig et Nothnagel, Gharlton Bastian, Munk ont donné d’autres interprétations qui ne sont ni également probables ni également claires. Elles se réduisent pourtant, en gros, à considérer ces centres comme étant plutôt de « nature sensitive », le rôle moteur proprement dit restant dévolu au corps strié. « Les fibres nerveuses qui descendent de l’écorce corticale au corps strié, chez les animaux supérieurs et chez l’homme, seraient par leur nature strictement comparables aux fibres unissant la cellule « sensitive » et la cellule « motrice » dans un mécanisme ordinaire d’action réflexe[13]. » En d’autres termes, il existerait dans l’écorce cérébrale « des régions circonscrites dont l’excitation expérimentale produit dans le côté opposé du corps des mouvements déterminés, localisés. Ces points semblent bien plutôt devoir être considérés comme des centres d’association volontaire que comme des centres moteurs proprement dits. Ils seraient le siège d’incitations aux mouvements volontaires et non les points de départ véritables du mouvement. On pourrait plutôt les assimiler aux organes sensibles périphériques qu’aux appareils moteurs des cornes antérieures de la moelle… Ces centres seraient donc psycho-moteurs, parce qu’ils commandent par leur action toute psychique à de véritables appareils moteurs… Nous pensons que les différents points indiqués comme centres moteurs des membres, de la face, etc., correspondent aux appareils qui reçoivent et transforment en incitation volontaire les sensations d’origine périphérique. Ce serait des centres volitifs et non de véritables centres moteurs[14]. »

Malgré cette question pendante, dont la solution intéresse la psychologie au moins autant que la physiologie, malgré les dissentiments de détail que nous avons négligés, notamment les incertitudes sur le rôle du cervelet, on peut dire avec Charlton Bastian que, si depuis le temps de Hume nous n’avons pas encore appris, dans le sens complet du terme, les moyens par lesquels les mouvements de notre corps suivent les commandements de notre volonté, nous avons du moins appris quelque chose sur les parties principalement intéressées et par conséquent sur la route que suivent les excitations volontaires.

II. En examinant la question par son côté psychologique, la coordination volontaire revêt tant de formes et est susceptible de tant de degrés, qu’il faut se borner à en noter les principales étapes. Il serait naturel de commencer par le plus bas ; mais je crois utile, pour des raisons de clarté, de suivre l’ordre inverse.

La coordination la plus parfaite est celle des plus hautes volontés, des grands actifs, quel que soit l’ordre de leur activité : César, ou Michel-Ange, ou saint Vincent de Paul. Elle se résume en quelques mots : unité, stabilité, puissance. L’unité extérieure de leur vie est dans l’unité de leur but, toujours poursuivi, créant au gré des circonstances des coordinations et adaptations nouvelles. Mais cette unité extérieure n’est elle-même que l’expression d’une unité intérieure, celle de leur caractère. C’est parce qu’ils restent les mêmes que leur but reste le même. Leur fond est une passion puissante, inextinguible, qui met les idées à son service. Cette passion, c’est eux, c’est l’expression psychique de leur constitution telle que la nature l’a faite. Aussi comme tout ce qui sort de cette coordination reste dans l’ombre, inefficace, stérile, oublié, semblable à une végétation parasite ! Ils offrent le type d’une vie toujours d’accord avec elle-même, parce que chez eux tout conspire, converge et consent. Même dans la vie ordinaire, ces caractères se rencontrent, sans faire parler d’eux, parce que l’élévation du but, les circonstances et surtout la puissance de la passion leur ont manqué ; ils n’en ont gardé que la stabilité. — Sous une autre forme, les grands stoïciens historiques, Épictète, Thraséas (je ne parle pas de leur Sage, qui n’est qu’un idéal abstrait), ont réalisé ce type supérieur de volonté sous sa forme négative, — l’arrêt, — conformément à la maxime de l’École : Supporte et abstiens-toi.

Au-dessous de cette coordination parfaite, il y a les vies traversées d’intermittence, dont le centre de gravité, ordinairement stable, oscille pourtant de temps en temps. Un groupe de tendances fait une sécession temporaire à action limitée, exprimant, tant qu’elles existent et agissent, un côté du caractère. Ni pour eux ni pour les autres, ces individus n’ont l’unité des grandes volontés, et plus ces infractions à la coordination parfaite sont fréquentes et de nature complexe, plus la puissance volontaire diminue. Dans la réalité, tous ces degrés se rencontrent.

En descendant toujours, nous arrivons à ces vies en partie double, dans lesquelles deux tendances contraires ou simplement différentes l’emportent tour à tour. Il y a dans l’individu deux centres de gravité alternatifs, deux points de convergence pour des coordinations successivement prépondérantes, mais partielles. À tout prendre, c’est là peut-être le type le plus commun, si l’on regarde autour de soi et si l’on consulte les poètes et les moralistes de tous les temps, répétant à l’envi qu’il y a deux hommes en nous. Le nombre de ces coordinations successives peut être encore plus grand ; mais il serait oiseux de poursuivre cette analyse.

Encore un pas, et nous entrons dans la pathologie. Rappelons les impulsions brusques, irrésistibles, qui tiennent à chaque instant la volonté en échec ; c’est une tendance hypertrophiée qui rompt sans cesse l’équilibre, à qui son intensité ne permet plus de se coordonner avec les autres : elle sort des rangs, elle ordonne au lieu de se subordonner. Puis quand ces impulsions ne sont plus un accident mais une habitude, un côté du caractère mais le caractère, il n’y a plus que des coordinations intermittentes ; c’est la volonté qui devient l’exception.

Plus bas encore, elle devient un simple accident. Dans la succession indéfinie des impulsions qui varient d’une minute à l’autre, une volition précaire trouve à peine de loin en loin ses conditions d’existence. Il n’y a plus que des caprices. Le caractère hystérique nous a fourni le type de cette incoordination parfaite. Nous voici donc à l’autre bout.

Au-dessous, il n’y a plus de maladies de la volonté, mais un arrêt de développement qui l’empêche de jamais naître. Tel est l’état des idiots et des faibles d’esprit. Nous en dirons ici quelques mots, pour compléter notre étude pathologique.

« Dans l’idiotie profonde, dit Griesinger, les efforts et les déterminations sont toujours instinctifs ; ils sont provoqués surtout par le besoin de nourriture ; le plus souvent, ils ont le caractère d’actions réflexes dont l’individu a à peine conscience. Certaines idées simples peuvent encore provoquer des efforts et des mouvements, par exemple, de jouer avec de petits morceaux de papier… Sans parler de ceux qui sont plongés dans l’idiotie la plus profonde, on en est à se demander : Y a-t-il en eux quelque chose qui représente la volonté ? Qu’est-ce qui peut vouloir en eux ?

« Chez beaucoup d’idiots de cette dernière classe, la seule chose qui paraisse mettre un peu leur esprit en mouvement, c’est le désir de manger. Les idiots les plus profonds ne manifestent ce besoin que par de l’agitation et des grognements. Ceux chez qui la dégénérescence est moins profonde remuent un peu les lèvres et les mains, ou bien pleurent : c’est ainsi qu’ils expriment qu’ils veulent manger…

« Dans l’idiotie légère, le fond du caractère est l’inconstance et l’obtusion du sentiment et la faiblesse de la volonté. L’humeur de ces individus dépend de leur entourage et des traitements dont ils sont l’objet : dociles et obéissants quand on en prend soin, méchants et malicieux quand on les maltraite[15]. »

Avant d’en finir avec ce sujet, nous ferons encore remarquer que si la volonté est une coordination, c’est-à-dire une somme de rapports, on peut prédire à priori qu’elle se produira beaucoup plus rarement que les formes plus simples d’activité, parce qu’un état complexe a beaucoup moins de chances de se produire et de durer qu’un état simple. Ainsi vont les choses en réalité. Si l’on compte dans chaque vie humaine ce qui doit être inscrit au compte de l’automatisme, de l’habitude, des passions et surtout de l’imitation, on verra que le nombre des actes purement volontaires, au sens strict du mot, est bien petit. Pour la plupart des hommes, l’imitation suffit ; ils se contentent de ce qui a été de la volonté chez d’autres, et, comme ils pensent avec les idées de tout le monde, ils agissent avec la volonté de tout le monde. Prise entre les habitudes qui la rendent inutile et les maladies qui la mutilent ou la détruisent, la volonté est, ainsi que nous l’avons dit plus haut, un accident heureux.

Est-il enfin nécessaire de faire remarquer combien cette coordination à complexité croissante des tendances, qui forme les étages de la volonté, est semblable à la coordination à complexité croissante des perceptions et des images, qui constitue les divers degrés de l’intelligence, l’une ayant pour base et condition fondamentale le caractère, l’autre pour base et condition fondamentale les « formes de la pensée » ; toutes deux étant une adaptation plus ou moins complète de l’être à son milieu, dans l’ordre de l’action ou dans l’ordre de la connaissance ?


Nous sommes maintenant préparés à la conclusion générale de ce travail, indiquée déjà plusieurs fois en passant. Elle éclairera, je l’espère, d’un jour rétrospectif, le chemin parcouru. La voici :

La volition est un état de conscience final qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d’un groupe d’états, conscients, subconscients ou inconscients (purement physiologiques), qui tous réunis se traduisent par une action ou un arrêt. La coordination a pour facteur principal le caractère qui n’est que l’expression psychique d’un organisme individuel. C’est le caractère qui donne à la coordination son unité, — non l’unité abstraite d’un point mathématique, mais l’unité concrète d’un consensus. L’acte par lequel cette coordination se fait et s’affirme est le choix, fondé sur une affinité de nature.

La volition que les psychologues intérieurs ont si souvent observée, analysée, commentée, n’est donc pour nous qu’un simple état de conscience. Elle n’est qu’un effet de ce travail psychophysiologique, tant de fois décrit, dont une partie seulement entre dans la conscience sous la forme d’une délibération. De plus, elle n’est la cause de rien. Les actes et mouvements qui la suivent résultent directement des tendances, sentiments, images et idées qui ont abouti à se coordonner sous la forme d’un choix. C’est de ce groupe que vient toute l’efficacité. En d’autres termes, — et pour ne laisser aucune équivoque, — le travail psychophysiologique de la délibération aboutit d’une part à un état de conscience, la volition, d’autre part à un ensemble de mouvements ou d’arrêts. Le « je veux » constate une situation, mais ne la constitue pas. Je le comparerais au verdict d’un jury qui peut être le résultat d’une instruction criminelle très longue, de débats très passionnés, qui sera suivi de conséquences graves s’étendant sur un long avenir, mais qui est un effet sans être une cause, n’étant en droit qu’une simple constatation.

Si l’on s’obstine à faire de la volonté une faculté, une entité, tout devient obscurité, embarras, contradiction. On est pris au piège d’une question mal posée. Si l’on accepte au contraire les faits comme ils sont, on se débarrasse au moins des difficultés factices. On n’a pas à se demander, après Hume et tant d’autres, comment un « je veux » peut faire mouvoir mes membres. C’est un mystère qu’il n’y a pas lieu d’éclaircir, puisqu’il n’existe pas, puisque la volition n’est cause à aucun degré. C’est dans la tendance naturelle des sentiments et des images à se traduire en mouvements que le secret des actes produits doit être cherché. Nous n’avons ici qu’un cas extrêmement compliqué de la loi des réflexes, dans lequel entre la période dite d’excitation et la période motrice apparaît un fait psychique capital — la volition — montrant que la première période finit et que la seconde commence.

Qu’on remarque aussi comment cette maladie bizarre qu’on nomme l’aboulie s’explique maintenant sans difficulté, et avec elle les formes analogues étudiées plus haut, et même cette simple faiblesse de la volonté à peine morbide, si fréquente pourtant chez les gens qui disent vouloir et n’agissent pas. C’est que l’organisme individuel, source d’où tout sort, avait deux effets à produire et n’en produit qu’un : l’état de conscience, le choix, l’affirmation ; mais les tendances motrices sont trop faibles pour se traduire en actes. Il y a coordination suffisante et impulsion insuffisante. Dans les actes irrésistibles au contraire, c’est l’impulsion qui s’exagère et la coordination qui s’affaiblit ou disparaît.

Nous devons ainsi à la pathologie deux résultats principaux : — l’un que le « je veux » est en lui-même dénué de toute efficacité pour faire agir ; — l’autre que la volonté chez l’homme raisonnable est une coordination extrêmement complexe et instable, fragile par sa supériorité même, parce qu’elle est « la force de l’ordre le plus élevé que la nature ait encore produite, la dernière efflorescence consommée de toutes ses œuvres merveilleuses[16] ».

FIN
  1. Clinical and physiological Researches on the nervous System, London, in-8o, 1875.
  2. Ferrier, De la localisation des maladies cérébrales, trad. fr., p. 142.
  3. Ferrier, p. 36, 37. Dans l’expérience de Goltz, si la lésion est faite au cerveau gauche, dans tout mouvement où le chien a coutume de se servir de la patte antérieure en guise de main, il néglige l’usage de la patte droite. C’est ainsi qu’il tiendra un os uniquement avec la patte antérieure gauche ; c’est cette patte seulement qu’il emploiera pour fouiller le sol ou atteindre sa blessure. Si l’on a dressé l’animal à donner la patte au commandement, après la mutilation, il ne donnera plus que la patte gauche, tandis qu’il tiendra sa patte droite comme rivée au sol. (Goltz, ap. Dict. encycl. des sciences médicales, art. Nerveux, p. 588.)
  4. Foville, Dictionnaire de médecine, etc., art. Paralysie générale, p. 97-99.
  5. Fournier, ibid., art. Alcoolisme, p. 636, 637.
  6. Voir Les Maladies de la Mémoire, p. 119 et suivantes.
  7. Il ne s’agit pas, bien entendu, de l’attention involontaire, qui est naturelle, spontanée ; nous nous sommes d’ailleurs précédemment expliqué sur ce point (voy. p. 101 et suiv.).
  8. De même que des groupes de mouvements simples doivent être organisés et coordonnés pour permettre cette coordination supérieure d’où naissent les mouvements délicats et complexes, de même des groupes d’états de conscience simples doivent être organisés, associés et coordonnés pour permettre cette coordination supérieure, qui est l’attention.
  9. Herbert Spencer, Principes de psychologie, tome I, p. 262.
  10. Dictionnaire encycl. des sciences médicales, François Franck, art. Nerveux, p. 585.
  11. Archives de physiologie, 1879, p. 505-520.
  12. Huguenin, Anatomie des centres nerveux, trad. Keller. — Brissaud, De la contracture permanente des hémiplégiques, 1880, p. 9 et suiv.
  13. Charlton Bastian, Le cerveau organe de la pensée, tome II, p. 198.
  14. François Franck, loc. cit., p. 577, 578.
  15. Griesinger, Traité des maladies mentales, trad. franç., p. 433, 434. Pour une étude complète de la question consulter l’ouvrage récent du P. Sollier : Psychologie de l’idiot et de l’imbécile. On verra que chez eux, la volonté ne peut se constituer, parce que ses conditions d’existence manquent. L’atrophie des facultés intellectuelles et affectives rend impossible l’apparition de l’activité volontaire : ce qui prouve encore une fois, qu’elle n’est pas une « faculté » primordiale, mais un état acquis, complexe, résultant d’une évolution. Ces faibles d’esprit ne peuvent dépasser la période des réflexes affectifs et intellectuels : le monde de la volonté est une terre promise où ils n’entreront jamais.
  16. Maudsley, Physiologie de l’esprit, trad. Herzen, p. 429.