Les Merveilles de la science/Télégraphie sous-marine et cable atlantique - Supplément

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Furne, Jouvet et Cie (Tome 1 des Supplémentsp. 604-618).
SUPPLÉMENT
à la
TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE
et au
CÂBLE ATLANTIQUE



CHAPITRE PREMIER

progrès de la télégraphie sous-marine. — fabrication moderne des câbles. — la gutta-percha et le caoutchouc. — isolants et armatures des câbles. — divers modèles de câbles. — pose, sondages et atterrissement. — appareils récepteurs des signaux. — l’ancien galvanomètre à miroir. — le nouvel appareil récepteur ou le siphon enregistreur. — les relais de la télégraphie sous-marine.

Lorsque, en 1866, le premier câble transatlantique fut enfin posé au fond de l’océan, après toutes sortes de difficultés et d’efforts, on considéra, non sans raison, comme une merveille du génie humain, la réussite de l’entreprise qui consistait à dérouler au fond de la mer un câble de 800 lieues de longueur, sans aucune interruption. Cette opération, entourée autrefois de tant de difficultés et même de périls, s’exécute maintenant avec la plus grande facilité, et aujourd’hui il n’existe pas moins de 12 câbles télégraphiques reliant les deux mondes.

La télégraphie sous-marine a été l’objet, depuis 1866, de nombreuses études, et a reçu divers perfectionnements, qui ont porté à la fois sur les machines destinées à fabriquer les câbles, sur les engins de pose et sur les appareils de transmission des signaux télégraphiques. Grâce à ces nouveaux progrès, l’échange des dépêches à travers les plus grandes lignes sous-marines, est devenu aussi simple, aussi commode que leur expédition sur les fils aériens.

Pour construire les câbles sous-marins, avec toutes les garanties de sécurité qu’on leur donne aujourd’hui, il faut pouvoir disposer d’un outillage spécial, puissant et coûteux. Longtemps, en France, on a reculé devant la nécessité d’immobiliser de grands capitaux pour cette industrie, et l’Angleterre seule était restée en possession du privilège de fabriquer les instruments et appareils qui constituent le matériel de la télégraphie sous-marine. L’Angleterre était, d’ailleurs, particulièrement intéressée à établir avec ses colonies lointaines des communications rapides, dont nous ne ressentions pas le besoin au même degré.

Mais nos relations commerciales et politiques avec l’Extrême-Orient, s’étant augmentées, par suite des conquêtes du Tonkin et de l’Annam, il a fallu songer à étendre nos lignes de télégraphie sous-marine, et à construire des câbles en nous passant des fabriques anglaises.

À la Seyne, près Toulon, on fabrique aujourd’hui les câbles les plus compliqués, avec cette perfection qui caractérise notre industrie ; et l’État paraît disposé à prendre sous sa direction cette intéressante manufacture.

La machine nécessaire à l’établissement des câbles, est, au fond, très simple. Il faut, toutefois, bien se pénétrer de ce fait, que le plus petit défaut dans la fabrication d’un câble océanien, peut devenir funeste par la suite, lorsque le conducteur, noyé dans les grands fonds, ou sur les roches à fleur d’eau, sera en butte aux attaques des nombreux agents destructeurs qui le menacent.

Dans notre Notice des Merveilles de la science, sur le Télégraphe sous-marin et le câble atlantique, nous avons donné la description de la manière dont on procède pour fabriquer les câbles destinés à être immergés sous les eaux profondes des mers [1]. Les procédés de fabrication que nous avons décrits dans ce chapitre, sont restés les mêmes, ou n’ont subi que des perfectionnements de détails, dans lesquels il serait superflu d’entrer.

Nous n’avons donc pas à recommencer la description, ni à donner de nouveaux dessins de la fabrication des câbles. Nous nous bornerons, pour la clarté de ce qui va suivre, à résumer les opérations successives de cette fabrication.

Un câble, nous le savons, se compose de trois parties principales :

1º L’âme conductrice ;

2º L’enveloppe du fil, destinée à l’isoler électriquement ;

3º L’enveloppe générale, qui protège cette dernière.

L’âme du câble, c’est-à-dire le conducteur électrique, est formée d’un faisceau de fils de cuivre. La conductibilité du cuivre étant liée à la pureté du métal, il faut choisir le cuivre le plus pur. La vitesse de transmission est, en effet, directement proportionnelle à la conductibilité du fil.

L’enveloppe isolante résulte de la superposition de plusieurs couches de gutta-percha, qui enserrent l’âme, et qui l’isolent, tout à la fois électriquement et mécaniquement, du contact de l’eau.

La troisième enveloppe, dont la force doit s’accroître selon sa destination côtière ou d’eau profonde, est ordinairement formée d’un groupage rigide en fils de fer, serrés autour de l’enveloppe isolante, dont ils empêchent la désagrégation. On comprend, sans qu’il soit nécessaire d’insister davantage, que l’épaisseur de cette gaine protectrice, ainsi que le diamètre des fils qui la composent, doivent être d’autant plus considérables que le câble doit subir des frottements, des chocs, des tractions plus grands, surtout près des côtes ou sur les récifs à fleur d’eau.

L’âme du câble, ordinairement formée de 7 fils de cuivre tordus ensemble, se fabrique avec une très grande rapidité, par la rotation d’une table ronde, garnie d’autant de bobines qu’il doit y avoir de fils autour de l’âme. Nous avons donné, dans les Merveilles de la science le dessin de cette table, qui tourne autour d’un axe horizontal. Le toron de cuivre, à mesure qu’il est produit par la rotation de la table, est entraîné, d’un mouvement continu, autour d’un tambour, qu’actionne la même machine à vapeur.

La conductibilité électrique étant proportionnelle au diamètre du conducteur, on donne aux fils qui forment l’âme du câble, un diamètre calculé sur la vitesse de transmission que l’on veut obtenir.

Avant de recevoir la première couche de matière isolante, c’est-à-dire la gutta-percha, les fils sont préalablement enduits d’une première matière isolante, et tout à fait imperméable, le chatterton.

Le chatterton se compose d’une partie de résine, une partie de goudron de Stockholm et trois de gutta-percha. Il adhère fortement au cuivre, ainsi qu’à la substance isolatrice (la gutta-percha) de manière à en former un tout absolument imperméable à l’eau.

À l’origine de la fabrication, le chatterton était inconnu, et l’eau de mer, filtrant peu à peu à travers les pores de la gutta, pouvait atteindre les fils, et les suivre sur une partie de leur longueur. Il en résultait des oxydations désastreuses, et de grandes perturbations dans l’échange des télégrammes.

La gutta-percha se place en plusieurs couches superposées, entre lesquelles on a soin de faire un enduit de chatterton, dont le but est de réunir intimement les diverses couches. Comme ce revêtement des fils s’est fait à chaud, afin de ramollir la gutta-percha et le chatterton, il faut, après l’opération, refroidir le câble, en le traînant dans des augets pleins d’eau fraîche. Après ce refroidissement, on le laisse encore plongé dans l’eau, pendant un temps assez considérable.


La gutta-percha a été longtemps la seule matière employée pour la confection de la gaine isolante des câbles sous-marins, parce qu’elle possède la qualité fondamentale de se conserver indéfiniment sous l’eau. Mais depuis quelques années, le caoutchouc a été substitué, dans certaines usines, à la gutta-percha. Les câbles du système Hooper sont isolés au moyen de caoutchouc, que l’on vulcanise, pour lui communiquer une plus grande résistance mécanique.

La vulcanisation se fait à la température de + 120°. Le caoutchouc étant mis en présence de 6 pour 100 de soufre et 10 pour 100 de sulfure de plomb, on y ajoute environ 25 pour 100 d’oxyde de fer, dont la présence suffit à préserver les fils de cuivre contre la sulfuration qui proviendrait de la vulcanisation du caoutchouc.

Le caoutchouc a l’avantage de donner au câble une rapidité double, dans l’échange des signaux, parce qu’il possède une capacité inductive relativement très faible. Expliquons cette particularité.

On sait, et nous l’avons suffisamment expliqué dans notre Notice des Merveilles de la science, qu’un câble sous-marin est une véritable bouteille de Leyde, dans laquelle le courant intérieur agit, par influence, à travers le corps non conducteur interposé sur les fils métalliques qui forment son armature. À l’extérieur, règne sans cesse un courant électrique, de nom contraire à celui qui parcourt le fil intérieur ; et c’est ce courant extérieur qui, paralysant le courant principal, et diminuant son intensité, retarde le passage de ce dernier. Or, le caoutchouc possède une propriété inductive beaucoup plus faible que la gutta-percha. Dans un câble isolé par le caoutchouc, le courant principal est donc beaucoup moins influencé et moins retardé que dans un câble isolé par la gutta-percha. De là la préférence que l’on tend à donner aujourd’hui au caoutchouc, dans la confection des câbles sous-marins.


Au-dessus de la matière isolante, quelle qu’elle soit, on prend toujours la précaution, avant de confectionner la carcasse métallique, d’enrouler, avec un serrage assez grand, une et même deux couches de chanvre imbibé de tannin. Cette interposition d’une matière élastique, donne plus de souplesse au conducteur.

La soudure des conducteurs entre eux doit se faire avec le plus grand soin ; de telle sorte que, tout en offrant une solidité suffisante, elle ne forme pas de surépaisseur, dont l’interposition correspondrait à une diminution de la quantité de matière isolante en ce point, une fois la pose faite.

Il reste à armer le câble, ainsi préparé, de son enveloppe métallique préservatrice. Cette dernière enveloppe se compose de 9 à 18 fils de fer galvanisé. On l’applique, sans grand serrage, au moyen d’une machine analogue à celle qui a fabriqué l’âme, c’ést-à-dire au moyen d’une table roulante contenant les fils de fer, et qui enroule ceux-ci autour du câble.

Le câble est ensuite guipé avec de l’étoupe enduite de poix minérale ou de bitume, et tout aussitôt, on le plonge dans l’eau froide.

Un câble bien armé doit supporter un effort de traction de 2 000 kilogrammes par mètre.


Telle est la fabrication des câbles sous-marins, du modèle courant, c’est-à-dire de la partie qui doit être immergée au fond de la mer. Mais aux abords des rivages, là où le câble doit porter sur des rochers, des récifs, ou être exposé aux rencontres des ancres des navires ou d’obstacles mécaniques divers, il faut lui donner une force de résistance mécanique bien supérieure.

Les câbles des côtes ont une armature énorme : ils pèsent jusqu’à 11 tonnes par kilomètre. Tel est le câble océanien qui va de Brest à Saint-Pierre de Miquelon (câble français). Chaque toron de conducteur est formé de trois fils, afin de rendre la rigidité moins considérable que s’ils étaient formés de fils massifs.

Les câbles noyés dans les grands fonds de l’Océan, tels que ceux de l’Atlantique, qui reposent à 5 000 mètres de profondeur sous l’eau, et ceux de l’Océan Indien, qui dépassent 3 800 mètres, doivent être légers et très résistants, pour ne pas rompre sous leur propre poids, pendant la pose. L’armature qu’on leur donne, au lieu d’être uniquement en fer, est formée de fils de ce métal, recouverts de chanvre ou de jute filé.

La machine qui sert à dérouler le câble au bord des navires chargés d’en effectuer la pose au fond de la mer, est la même qu’autrefois, et ne diffère pas de celle dont nous avons donné le dessin dans les Merveilles de la science [2].

On commence toujours par effectuer, avant de dérouler le câble, une série de sondages, pour lesquels on emploie l’appareil de sir W. Thomson, manœuvré à la vapeur. La ligne de sonde est en fer, et la sonde elle-même permet de ramener à la surface la valeur d’une poignée de sable du fond.

On relève ainsi, tout à la fois, la profondeur et la nature du sol, en réalisant, comme on le voit, la même opération que pratiquent les ingénieurs des chemins de fer ou des Ponts et chaussées, lorsqu’il faut déterminer le profil en long d’une route ou d’une voie ferrée.

La pose d’un câble océanien s’effectue aujourd’hui, grâce à l’expérience acquise, avec une promptitude et une facilité sans pareilles. Cette opération n’est pas évidemment sans présenter des difficultés ; mais l’habitude que prennent les marins chargés de cette opération, enfin la discipline sévère qui régit les hommes du bord, assurent d’avance et à coup sûr le succès d’une opération, qui, au début de la télégraphie océanienne, offrait toutes les difficultés et même les périls que nous avons rapportés dans notre Notice sur le Câble atlantique des Merveilles de la science.

On est arrivé à poser un câble sous-marin dans des profondeurs moyennes, avec la vitesse énorme de 10 à 12 kilomètres de déroulement du conducteur à l’heure.

L’une des opérations les plus délicates est celle de l’atterrissement des bouts côtiers, qui ne peut plus se faire par le vaisseau lui-même, mais avec le secours d’une multitude de bateaux plats.

On laisse tomber le câble au fond de l’eau, dès que son extrémité est parvenue à la cabane du télégraphe située sur le rivage.

Si des récifs empêchent les bateaux d’approcher, on arrime au câble une quantité convenable de tonneaux, qui le soutiennent à quelques mètres au-dessus du fond, et dont on pourra couper les amarres, en temps opportun.

Quelquefois, on fait entrer dans l’eau une file d’hommes, pour soutenir et porter le câble depuis le navire jusqu’à la plage. Nous avons représenté cette curieuse opération dans les Merveilles de la science, en parlant de la pose du câble indien aux embouchures de l’Euphrate et du Tigre [3].

Dans bien des cas, surtout lorsque la côte forme une falaise, cette opération est difficile, sinon dangereuse.

Avant même d’avoir touché terre, le câble peut être tiré par une locomobile, ou mieux par la machine à vapeur du vaisseau lui-même, au moyen d’une corde et d’une poulie de retour, passant sur une autre poulie de renvoi, amarrée à la côte.


En résumé, la fabrication des câbles électriques sous-marins a subi peu de changements depuis la publication de notre Notice ; et la machine de dévidement servant à poser le câble arrimé à bord d’un navire, est la même que celle que nous avons décrite. Des perfectionnements d’ordre secondaire, et surtout l’habitude qu’ont pris les marins des équipages spéciaux anglais et français auxquels ce travail est confié, assurent le succès d’une opération si intéressante dans son objet, et si merveilleuse dans ses résultats.

Seul, l’instrument de physique chargé de recevoir les signaux, a subi, de nos jours, une transformation complète. Nous avons décrit dans les Merveilles de la science [4] le galvanomètre à miroir, ou galvanomètre de Sir William Thomson, qui servait à recevoir les signaux de l’alphabet télégraphique. Cet appareil est encore conservé par plusieurs Compagnies américaines, par exemple par l’American Telegraph Cable Company. Mais le plus grand nombre des Compagnies l’ont remplacé par le siphon enregistreur du même physicien.

Dans les Merveilles de la science, nous n’avons point donné de figure de galvanomètre à miroir de Thomson. Nous réparons cette omission en mettant sous les yeux du lecteur une vue perspective d’ensemble de cet intéressant appareil.

Le galvanomètre à miroir consiste en une aiguille aimantée, qui est mise en mouvement par le courant électrique, et dont les mouvements à droite ou à gauche composent un alphabet télégraphique : l’alphabet Morse. Pour amplifier et rendre plus sensibles les mouvements, l’extrémité de l’aiguille est pourvue d’un petit miroir, et la lumière d’une lampe venant tomber sur ce miroir, se réfléchit, et va produire au loin, c’est-à-dire à la distance de 2 mètres, sur un tableau, des éclairs et des interruptions de lumière à droite ou à gauche de la ligne médiane correspondant aux signaux du vocabulaire Morse.

T5- d613 - Fig. 492. — Galvanomètre à miroir de Sir William Thomson.png
Fig. 492. — Galvanomètre à miroir de Sir William Thomson (vue prespective d’ensemble).

La figure 492 donne la vue d’ensemble du galvanomètre à miroir tel qu’il existe à la station du câble atlantique de Brest, correspondant avec Saint-Pierre de Miquelon (Amérique).

À l’intérieur de la boîte de laiton, G, est une aiguille aimantée, autour de laquelle vient circuler le courant électrique venant du câble. Ce courant fait dévier l’aiguille de sa position. Si c’est le courant négatif, l’aiguille est déviée à gauche, si c’est le courant positif, elle est déviée à droite. Au-dessus de l’aiguille on a placé un fort aimant, A, qui ramène par son influence l’aiguille dans le plan du méridien magnétique, en d’autres termes rend l’aiguille astatique, c’est-à-dire indifférente à l’action magnétique du globe, de sorte qu’elle n’est influencée que par le courant du câble.

L’aiguille, contenue dans la boîte G, porte à son extrémité, un miroir très léger, qui réfléchit la lumière d’une lampe à pétrole placée à l’intérieur de la boîte. Les rayons lumineux projetés sur ce petit miroir, sont réfléchis et renvoyés au dehors, à travers un trou pratiqué dans la boîte. Grâce à cette ampliation, le moindre mouvement de l’aiguille, qui serait imperceptible à l’œil nu, se trouve accusé par un grand déplacement de l’image projetée sur un écran horizontal, S. Les positions que cette image occupe successivement, à droite ou à gauche de la ligne de repère de l’échelle portant un o, répondent aux traits et aux points de l’alphabet Morse. Le zéro de la division répond à l’immobilité de l’aiguille. À chaque passage du courant du câble, et selon que ce courant est négatif ou positif, le rayon lumineux oscille à gauche ou à droite du zéro.

Pour rendre la lecture plus facile, l’échelle de division est placée dans l’obscurité, et est visible par transparence, grâce à la lampe à pétrole, L, qui se trouve derrière l’écran. Les mouvements de l’aiguille correspondant aux signes du vocabulaire Morse sont ainsi faciles à saisir. Un employé lit ces signaux, et les dicte à un aide, qui les enregistre, au fur et à mesure de leur énonciation.

C, est le commutateur de l’appareil. Quand l’employé du poste a reçu l’avis qu’une dépêche va être transmise, il met son commutateur à la réception, puis il regarde l’échelle et lit les signaux.

P, est la pile qui envoie le courant dans le câble, et qui est formée de 20 éléments de Daniell. T, est la communication avec la terre ; D, une boîte de résistance, pour modifier, au besoin, l’intensité du courant.

La figure 493 représente le transmetteur des signaux du câble atlantique. Pour former ces signaux, à la station du départ, on se sert d’un simple inverseur du courant tel que le représente la figure ci-dessous. Selon que l’employé, avec la manivelle M, met la borne A, ou la borne B, en communication avec la terre, il fait passer dans le fil le courant venant du pôle positif ou du pôle négatif de la pile.

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Fig. 493. — Inverseur de courant pour l’expédition des signaux du câble atlantique.

Si l’on nous demande pourquoi l’on ne fait pas tout simplement usage, pour recevoir les signaux du câble atlantique, du récepteur Morse ou du récepteur Hughes, employés sur les lignes aériennes, nous répondrons que l’on ne peut admettre dans un câble sous-marin que des courants électriques très faibles, ceux que font naître, par exemple, dix éléments seulement de la pile Callaud. Si l’on faisait circuler dans un câble atlantique des courants intenses, tels que ceux qui résulteraient de l’emploi de 50 à 60 éléments Callaud, les matières isolantes, la gutta-percha, le goudron, seraient altérées, et le câble serait mis rapidement hors de service. Mais des courants d’une aussi faible intensité ne sauraient actionner le récepteur des appareils Morse et Hughes. On est ainsi forcé de recourir, pour rendre les signaux sensibles à l’extrémité du câble, de recourir à l’appareil connu en physique sous le nom de galvanomètre, qui se compose d’une simple aiguille aimantée suspendue librement à un fil vertical, et qui est déviée de sa direction naturelle vers le nord par le plus faible courant électrique, que l’on fait circuler autour d’elle, dans un long circuit de fil isolé par de la soie.

Le galvanomètre à miroir de Sir William Thomson, qui est employé pour former les signaux du câble atlantique, et que nous venons de décrire, n’est autre chose, ainsi qu’on l’a vu, qu’une petite aiguille aimantée, que le courant électrique qui parcourt le conducteur, fait dévier de sa direction naturelle, et détourne vers la droite ou vers la gauche, selon que le courant du câble est positif ou négatif.

Ajoutons que si les câbles sous-marins sont d’un faible parcours, on se contente du récepteur Morse pour recueillir les signaux. Tel est le cas du câble de Brest à Londres.


Le galvanomètre à miroir de Sir William Thomson était d’un maniement facile, et donnait d’excellents résultats. Mais, de nos jours, on a renoncé partout aux télégraphes simplement visuels, tels que le télégraphe à cadran et le télégraphe dit anglais, qui ne donnent que des indications fugitives, et ne laissent aucune trace. On accorde, en tout pays, la préférence au télégraphe imprimeur, qui laisse un témoignage écrit de la dépêche.

Les télégraphes Morse, Hughes, Baudot, qui impriment les dépêches, sont seuls en usage dans la télégraphie électrique actuelle. La télégraphie sous-marine a dû se conformer à cet usage, et le galvanomètre de Thomson a disparu de la plupart des stations de télégraphie océanienne.

Pour remplacer le galvanomètre à miroir par un appareil imprimeur, Sir William Thomson a inventé un nouvel instrument, qui est d’une sensibilité et d’une certitude merveilleuses.

Sir William Thomson a donné à ce nouveau récepteur des signaux électriques, le nom de siphon enregistreur (siphon-recorder), parce que l’organe principal de la transmission est une sorte de très petit siphon, laissant couler des gouttelettes d’encre, pour imprimer la dépêche.

La principale difficulté à surmonter, c’était d’obtenir des images parfaites d’un corps très léger, mis en mouvement rapide. Ce résultat a été obtenu, au moyen d’un minuscule tube capillaire en verre, recourbé en forme de siphon, par l’extrémité duquel une solution légère d’encre d’aniline bleue est lancée sur une bande de papier, qui se déroule au-dessous du siphon, d’un mouvement uniforme, comme dans les télégraphes de Morse, Hugues, etc.

Le siphon-recorder que sir William Thomson a construit est d’une grande complication, l’inventeur ayant voulu réunir dans le même appareil et actionner par l’électricité les organes d’impression, ainsi que le déroulement du papier. Une machine d’électricité statique envoie des étincelles dans le réservoir d’encre d’aniline, ce qui fait cracher les gouttelettes d’encre sur le papier mobile, et le déroulement du papier est produit par un effet électro-magnétique du courant du même appareil.

On appelle mouss-mil, ou moulin électrique, l’organe qui produit à la fois les projections de l’encre et le déroulement du papier.

T5- d615 - Fig. 494. — Siphon-recorder de sir William Thomson.png
Fig. 494. — Vue d’ensemble du Siphon-recorder de sir William Thomson.

La fig. 494 représente le siphon-recorder. La bande de papier, P, se déroule, au-dessous du siphon, B, par l’action électro-magnétique du mouss-mil, M, appareil qui développe à la fois de l’électricité sous forme de courant et de l’électricité statique. La première fait agir les organes de déroulement du papier, la seconde projette l’encre sur le papier. On voit, en C, la poulie qui, actionnée par le mouss-mil, tire le papier disposé sur la roue R. On engage l’une des extrémités de la bande de papier sous la plus longue branche du siphon B. Ce papier passe sous le siphon, d’un mouvement régulier.

Quant aux signaux, ils sont produits ainsi qu’il suit. Le fil terminal du câble sous-marin s’enroule autour d’une petite bobine formant un cadre rectangulaire mobile. Le siphon, B, qui doit être mis en mouvement à droite ou à gauche, selon que le courant est positif ou négatif, est attaché au milieu de cette sorte de galvanomètre à cadre mobile, et il est, par conséquent, entrainé dans les mouvements du cadre.

Ce système est placé entre deux gros électro-aimants, E, E, actionnés par une pile locale. Le courant qui parcourt le cadre, ou bobine, provoque ses mouvements. Il le dévie à droite ou à gauche, selon le sens de ce courant. Tant que le cadre ne bouge pas, il se produit une ligne droite par la chute de l’encre et la marche du papier. Mais le déplacement du cadre à gauche entraine le départ vers le haut de la bande de papier, produit une marque sinueuse, un crochet, sur le papier. Tout déplacement vers la droite forme un crochet vers le bas. Ces écarts, plus ou moins accentués, de part et d’autre de la ligne du milieu de la bande, représentent les traits et les points de l’alphabet Morse.

Le siphon B plonge, par sa branche la plus courte, dans un petit réservoir, A, plein d’encre d’aniline, et la branche la plus longue de ce siphon laisse écouler l’encre sur le papier qui se déroule. Un flux d’électricité statique venant du mouss-mil et qui traverse le réservoir d’encre, A, projette cette encre contre le papier. Selon que le siphon se dévie à droite ou à gauche de sa situation primitive, il décrit, de part et d’autre de cette ligne, une série d’ondulations transversales, qui forment, ainsi qu’il vient d’être dit, autant de signaux répondant aux caractères de l’alphabet Morse, et par conséquent, faciles à traduire.

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Fig. 495. — Siphon du recorder.

Le siphon, que nous représentons à part (fig. 495), se fait avec un tube de verre excessivement fin, qu’on recourbe aux points voulus. La suspension de ce siphon au cadre, s’effectue au moyen de deux fils de cocon.

Sur cette figure, on voit, en B, le cadre mobile contenant la bobine de fils parcourus par le courant et suspendue par un fil de soie, a. Le siphon t, t est fixé sur ce cadre. La branche la plus courte du siphon plonge dans le réservoir d’encre, E. Quand le cadre se déplace, par l’influence de l’aimant qui le fait dévier à droite ou à gauche, la branche la plus longue du siphon vient déposer l’encre sur le papier, P.

Le courant de la ligne arrive au cadre mobile B par le fils métallique b. Les fils, a, b, placés l’un au-dessus, l’autre au-dessous, et une fois tendus, servent d’axe de rotation.


Le siphon-recorder est d’un réglage beaucoup plus délicat que celui du galvanomètre Thomson à miroir, si longtemps employé, et que plusieurs Compagnies conservent, d’ailleurs, encore, ainsi qu’il a été dit plus haut. On a supprimé le mouss-mil, ce qui a rendu l’appareil beaucoup plus simple. Au lieu de faire dérouler la bande de papier par le même courant électrique qui anime l’appareil, on fait dérouler le papier par un poids et un ressort d’horlogerie, indépendants de l’appareil principal.

D’autres constructeurs ont encore modifié le siphon-recorder, en remplaçant les électro-aimants qui provoquent le déplacement du cadre mobile, ou bobine, par de simples aimants, d’une force suffisante.

Aujourd’hui, le, siphon-recorder de sir William Thomson, avec les modifications que nous venons d’énumérer, fonctionne sur la ligne sous-marine de Marseille à Alger.

Dans le câble d’Algérie, le papier est tiré par un poids et un mouvement d’horlogerie. Les aimants, d’une grande puissance, sont placés verticalement. Enfin, en 1888, M. Brahsic a appliqué à cet appareil le perforateur Wheatstone, en transmettant au moyen de bandes perforées, ce qui permet d’accroître notablement la vitesse des transmissions.




CHAPITRE II

développement et état actuel du réseau télégraphique sous-marin entre les nations des deux mondes.

Il existe aujourd’hui 17 Compagnies de câbles sous-marins. En outre, quatre gouvernements possèdent, en toute propriété, des câbles : ce sont ceux de la France, de l’Angleterre, de la Russie et de l’Italie.

La France a placé 12 018 milles de câbles dans la Méditerranée, et l’Angleterre en possède autant dans l’Océan Indien. Sur les 17 Compagnies transatlantiques, 8 sont établies à Londres, 4 à New-York et 2 à Copenhague.

Le nombre des dépêches télégraphiques expédiées par les câbles sous-marins, qui était de 0 :


en 
1850
passait à 550 000 en 
1860
à 5 000 000 en 
1870
à 15 000 000 en 
1880
à 26 175 000 en 
1883
et à plus de 26 300 000 en 
1886

Voici l’énumération des grandes lignes sous-marines qui relient les continents.

En 1884, l’Europe était en communication directe avec le continent américain du nord, par huit câbles, dont cinq sont anglo-américains, et partent de Valentia (Irlande) et deux sont français, et partent de Brest, pour aboutir à Trinity-Bay, dans l’île de Terre-Neuve, et à Saint-Pierre-Miquelon, puis gagner, de là, le territoire des États-Unis.

La conception du second câble atlantique français est due à M. Pouyer-Quertier, de Rouen.

Jusque-là les câbles transatlantiques, y compris celui de Brest à New-York, malgré son origine française, appartenaient tous à des Compagnies anglaises. C’est ce qui résultera du court résumé historique qui va suivre.

Les deux premiers câbles transatlantiques ont été posés, ainsi que nous l’avons raconté dans notre Notice des Merveilles de la science, par la Compagnie du télégraphe anglo-américain (Anglo-american Telegraph Company) en 1865 et 1866.

Le capital initial de cette Compagnie était de 42 millions de francs. Ses deux câbles réunissaient l’Irlande à l’île de Terre-Neuve, et représentaient une longueur totale de 3 700 milles marins.

Cette première Compagnie eut pendant deux ans le monopole de la transmission des dépêches transatlantiques. Aussi régla-t-elle son tarif à son gré, et fit-elle payer le mot, d’abord 25 francs, puis 12 francs 50.

Les bénéfices considérables qu’elle réalisait déterminèrent, en 1868, la constitution d’une première concurrence. À l’instigation de M. le baron d’Erlanger, un câble atlantique français fut créé. Ce câble, partant de Brest, touchait à l’île de Saint-Pierre (Terre-Neuve) et atterrissait aux États-Unis, à Duxbury, près de Boston. Il fut posé en juillet 1869.

Malgré la concurrence des câbles anglais, cette nouvelle Compagnie, dont l’exploitation était desservie par un seul câble, réalisait d’assez importants bénéfices. La Compagnie Anglo-Américaine, prévoyant le succès qu’assurait au câble de Brest sa situation particulièrement avantageuse au point de vue des centralisations télégraphiques, lui proposa une alliance, qui fut acceptée, et par laquelle la Compagnie française était assurée de 36 % des recettes totales, à la seule condition que les deux Compagnies adopteraient le même tarif.

Après diverses négociations entre la Compagnie Anglo-Américaine et la Compagnie du câble français de Brest à New-York, la Compagnie française, séduite par l’appât d’un bénéfice considérable et immédiat, consentit à vendre sa ligne à sa rivale.

Mais à peine cette première concurrence était-elle absorbée par la Compagnie Anglo-Américaine, qu’il en surgit une autre.

Ce fut une ligne anglaise, qui fut établie d’Irlande à Tor-Bay (Nouvelle-Écosse) par la Compagnie du Câble direct des États-Unis.

Dès les premiers mois de son exploitation régulière, cette nouvelle Compagnie, qui ne possédait qu’un seul câble d’Europe en Amérique, s’étant emparée d’environ 30 % des dépêches, son acquisition fut aussitôt résolue par la Compagnie Anglo-Américaine. Cette nouvelle absorption fut réalisée par un traité d’alliance qui place la Compagnie du Câble direct sous sa dépendance pendant vingt-cinq ans.

C’est pour affranchir nos communications commerciales avec l’Amérique du Nord de toute dépendance et de toute immixtion étrangères, que M. Pouyer-Quertier fonda une Compagnie française.

Cette Compagnie, qui fut définitivement constituée sous le nom de Compagnie française du télégraphe de Paris à New-York, avait pour objet la création de lignes télégraphiques entre la France et les États-Unis d’Amérique d’une part, et l’Angleterre et l’Amérique d’autre part ; l’établissement, l’entretien, l’exploitation, tant des câbles sous-marins destinés à relier les deux continents, que de toutes les autres lignes terrestres ou sous-marines pouvant, soit desservir les points intermédiaires, soit s’embrancher sur la ligne principale, la compléter ou la prolonger.

Le réseau de la Compagnie française du télégraphe de Paris à New-York comprend deux grandes communications télégraphiques complètes entre l’Europe et l’Amérique du Nord, en passant par l’île française de Saint-Pierre (Terre-Neuve).

La première de ces communications relie la France à New-York.

La seconde, qui a pour objet de doubler la première ligne, réunit l’Angleterre à la Nouvelle-Écosse.

Les lignes sont les suivantes :


1° Câble de Brest à Saint-Pierre, (Terre-Neuve), longueur 
2 395 milles Accolade fine gauche.png
5 498 milles marins ou plus de
11 000 kilomètres
2° Câble de Saint-Pierre ou cap Cod (États-Unis), longueur 
860 »
3° Cap de Land’s-End aux îles Scilly, longueur 
30 »
4° Câble des îles Scilly à Saint-Pierre, longueur 
2 285 »
5° Câble de Saint-Pierre à Tor-Bay, longueur 
270 »
6° Câble de Brest aux îles Scilly, longueur 
108 »
7° Ligne terrestre américaine. 
 

Un steamer, spécialement construit et outillé pour surveiller le réseau, permet de maintenir constamment les câbles en bon état et de réparer sans retard les plus petits accidents.

Le câble a été construit par une maison anglaise, MM. Siemens frères, qui se sont également chargés de la pose et de l’atterrissage.

Le câble français fut posé pendant l’été de 1850.

Depuis 1885, un neuvième câble, dû à l’initiative de MM. Mackay et Bennett, directeurs du journal américain le New-Herald, relie Paris et le Havre à New-York. Le point d’atterrissage, sur la côte française, se trouve au Havre ; il est situé, sur la côte américaine, un peu au nord de Boston, à Canso (Nouvelle-Écosse). À partir de ce point, la ligne se dédouble. Pendant que l’un des fils se dirige sur New-York, l’autre aboutit au cap Ann (Boston). Ce dernier est destiné à desservir le nord des États-Unis et le Canada. L’autre est plus spécialement affecté aux communications avec le sud, et au cas où il viendrait à se rompre, les dépêches n’en parviendraient pas moins à New-York, par une ligne aérienne spéciale, venant du cap Ann.

Le grand avantage de cette combinaison, dit M. W. Huber, est que les fils, soustraits aux influences atmosphériques, peuvent fonctionner par tous les temps, sans que le service soit entravé ou interrompu, comme il arrive quelquefois par les temps d’orage.


« Le câble de Waterville à Canso est composé, dit M. Huber, auteur d’une statistique récente sur le télégraphe électrique, de deux fils montés en duplex, ce qui permet d’expédier, par le même fil, deux dépêches simultanément dans les deux sens, soit quatre dépêches à la fois. De Waterville au Havre, le fil est simple, mais toutes les éventualités ont été prévues et la compagnie a acquis le droit de réquisitionner, en cas d’avaries, un fil de la Submarine Company, allant du Havre à Londres.

L’Amérique du Sud est aussi reliée à l’Europe par une ligne sous-marine, qui passe par Lisbonne, Madère, les îles du Cap-Vert, et aboutit à l’extrémité la plus orientale de l’Amérique, au cap Saint-Roque (Brésil). »


En résumé, malgré la cession à l’Angleterre du premier câble français, Paris se trouve aujourd’hui en communication par un fil spécial avec New-York, par le Havre.

Nous avons dit que l’exécution de ce travail est due à l’initiative de M. Mackay et de M. Bennett, directeur du New-York-Herald, qui seuls ont fourni les capitaux considérables nécessités par une semblable entreprise. Ces deux hardis gentlemen ont mené l’opération avec une rapidité à laquelle nous sommes peu habitués en France, et qui ne laisse pas que de nous causer quelque surprise. À peine le projet était-il conçu, que déjà on se mettait à l’œuvre. Construire le câble, qui mesure 520 milles de longueur, et le poser au fond de l’Océan, fut chose accomplie en moins de temps qu’il n’en aurait fallu à une Société française pour discuter seulement le projet.


D’après un relevé récent, dû au Bureau international des administrations télégraphiques de Berne, il existe aujourd’hui, c’est-à-dire en 1889, 12 câbles transatlantiques, appartenant tous à des Compagnies privées anglo-américaines ou françaises.

La carte qui accompagne la page 613 donne le tableau exact des câbles transatlantiques reliant l’Angleterre et la France avec le nouveau monde.

T5- d617 - Fig. 496. — câbles sous-marins transatlantiques (1889).png
Fig. 496. — Tableau géographique des câbles sous-marins reliant l’Angleterre et la France avec le continent Américain.

Deux câbles sous-marins mettent les Indes en communication télégraphique avec l’Europe. Ces deux câbles passent par la mer Rouge, puis par la Méditerranée. Ils se réunissent en diverses branches, qui vont en Sicile et en Italie, en France, et enfin en Angleterre, en côtoyant le Portugal, d’où elles gagnent la pointe sud-ouest de la Grande-Bretagne, par l’Atlantique.

D’autres lignes sous-marines se ramifient également, à partir du golfe Persique, en plusieurs lignes aériennes, qui gagnent la Russie, l’Allemagne, la Syrie.

L’Australie communique par un câble sous-marin, avec le réseau indien ; de sorte qu’une dépêche partie de Sydney, arrive directement à New-York ou à Boston ; et de là, par le télégraphe qui traverse le continent américain, jusqu’à San-Francisco, sur les bords de l’Océan Pacifique, à 270 degrés de longitude. En distance effective, plus de 30 000 kilomètres sont franchis par les signaux électriques, en moins d’une heure.

Ces derniers renseignements statistiques sont empruntés au travail de M. W. Huber, déjà cité. M. W. Huber les fait suivre de quelques résultats, propres à donner une idée de la rapidité des communications télégraphiques sous-marines.


« Le 1er octobre 1880, dit M. A. Huber, à l’occasion de l’inauguration de l’Exposition de Melbourne, un télégramme expédié à la reine d’Angleterre par le commissaire général, à midi 50 minutes (heure de Melbourne), c’est-à-dire à 3 heures 10 minutes du matin (heure de Londres), arriva dans cette ville à 3 heures 48 minutes du matin. La durée du trajet, pour une distance de plus de 16 000 kilomètres, fut donc de 38 minutes. Le télégramme, formé de 66 mots, mit 2 minutes pour être expédié de Marseille à Londres.

Citons encore ce fait curieux d’une dépêche qui, expédiée de Penang, arrive à Singapore, en passant par l’Europe, la Russie, la Sibérie, la Chine et la Cochinchine. La réponse payée repassa le même jour par Paris, et fit deux fois le trajet de 27 000 kilomètres en moins de 36 heures. Ce détour singulier avait été nécessité par la rupture du câble qui unit directement Singapore à Penang, et dont la longueur n’est que de 600 kilomètres. »


Un relevé statistique du nombre et du trajet des câbles télégraphiques sous-marins actuels a été publié, en 1887, par le Bureau des administrations télégraphiques de Berne, qui a dressé la nomenclature exacte des câbles formant le réseau sous-marin du globe tout entier.

Voici le tableau donné par le Bureau télégraphique de Berne.


NOMS DES COMPAGNIES. POINTS D’ATTERRISSEMENT. DATE
de la pose.
LONGUEUR en
milles nautiques.
Anglo Américan Telegraph C° De Valentia (Irlande) à Hearts Content (Terre-Nve) 1873 1 881,31
Id.               Id. Id. Id. 1874 1 840,01
Id.               Id. Id. Id. 1880 1 886,33
Id.               Id. Du Minou, près Brest, à Saint-Pierre 1869 2 648,47
Direct United States Cable C° De Ballingskellig’s-Bay (Irlande) à Tor-Cay (Nouvelle-Ecosse) 1875 4 223
Cie Française du Télégraphe de Paris à New-York De Brest à Saint-Pierre 1879 2 242,37
Western Union Telegraph C° De Sennen-Cove, près Penzance (Angleterre), à Dover-Bay, près Canzo (Nouvelle-Ecosse) 1881 2 531
Id.               Id. Id. Id. 1882 2 576
Commercial Cable C° De Waterville (Irlande) à New-York 1884 2 350,36
Id.               Id. Id. Id. 1884 2 388,35
Brazilian submarine Telegraph C° De Carcavellos, près Lisbonne, à Pernambuco (Brésil), par Madère et Saint-Vincent 1874 3 669
Id.               Id. Id. Id. 1884 3 657
Câble Mackay-Bennet Du Havre à New-York 1885 4 520

Il ressort de cet intéressant document, qu’il existe actuellement 950 câbles, d’une longueur totale de 113 566 milles nautiques, c’est-à-dire un peu plus de 200 000 kilomètres. 719 câbles, correspondant à 10 169 milles nautiques, appartiennent aux administrations gouvernementales. Le reste, ou 231 câbles de 103 395 milles, est entre les mains des compagnies privées.

Dans ces chiffres, les câbles français n’entrent que pour une longueur de 6 606 milles nautiques, dont 3 197 appartiennent à l’État et 3 049 à la Compagnie française du Télégraphe de Paris à New-York. Ces derniers comprennent le câble transatlantique de Brest à Saint-Pierre, avec embranchements en France, sur la côte des Cornouailles, et en Amérique sur le Cap-Cod (Massachusets), et Louisbourg (Nouvelle-Écosse).

Les lignes de l’État, en exceptant toutefois celles qui sont employées au service extérieur, et dont la longueur totale n’est que de 287 milles, sont presque toutes établies entre la France, la Corse, l’Algérie et la Tunisie. Un câble de 863 milles, relie Ténériffe à Saint-Louis du Sénégal.

Le réseau le plus important est celui de la Eastern Telegraph C° qui relie l’Angleterre avec le Portugal, Gibraltar, Malte, Tripoli, Zante, Corfou, la Turquie, Alexandrie, Port-Saïd, Aden et Bombay, Ses lignes ont une longueur de 18 838 milles nautiques.

Pour que la circonférence entière du globe soit enlacée par un réseau de fils télégraphiques, il reste à relier l’Amérique et l’Asie. Deux lignes sous-marines sont projetées, pour effectuer ce rattachement ; de sorte que l’Océan pacifique sera bientôt traversé, comme l’Atlantique, par les courants électriques. Dès maintenant, les dépêches arrivent à Paris et à Londres, ainsi que dans la plupart des capitales ou des grandes villes européennes, de tous les points les plus éloignés du globe. On peut lire, le soir, dans les journaux de Paris ou dans ceux de Londres, le récit des événements qui se sont produits, pendant le même jour, dans les cinq parties du monde !

Telles sont les merveilles et les bienfaits de la science contemporaine.


fin du supplément à la télégraphie sous-marine et au câble atlantique.
  1. Tome II, pages 234-238.
  2. Tome II, page 261.
  3. Tome II, page 225.
  4. Tome II, pages 253-254.