Les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz/Jour 3 commentaire

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Traduction par Auriger.
Chacornac Frères (Les Écrits rosicruciens) (p. 64-67).

COMMENTAIRE

Ce Troisième Jour est illustré par l’épreuve des poids et le texte de tout l’ensemble doit retenir l’attention du lecteur. Qu’il tire, au passage, quelques interprétations utiles dans les couleurs du vêtement de la vierge velours rouge, rubans blancs, couronne verte de lauriers. Ces lauriers qui reviendront si souvent dans la suite du récit méritent que l’on en souligne le sens hermétique. Ce laurier n’est autre que Daphné, fille de la Terre et du fleuve Poené, qui fut métamorphosée en laurier pour être soustraite aux brûlantes poursuites d’Apollon. L’esprit divin du laurier dont les feuilles excitent le délire prophétique, est intimement lié au culte d’Apollon, d’ailleurs le Palais où notre héros est hébergé n’est-il point appelé en maints endroits « La Maison Solaire » ?

Lorsque la balance d’or est en place, on dispose une petite fable dans son voisinage. Celle-ci porte sept poids pour peser les mérites des candidats. Le nombre de ces poids peut s’entendre de maintes façons. S’il rappelle le nombre des jours consacrés aux Noces Chymiques ainsi que les sept étages de la Tour où s’accomplit l’Œuvre de résurrection du Roi et de la Reine, on peut aussi attribuer à chacun des poids un des sept péchés capitaux pour mesurer la vertu de chaque aspirant. Il serait puéril d’évoquer ici les sept couleurs du spectre solaire, les sept notes de la gamme, les sept planètes auxquelles les sept jours de la semaine (septimania) empruntent leur nom. Ce nombre, que Pythagore appellait vierge, est l’expression du temps critique correspondant aux périodes de développement. Le symbolisme des sept jours de la Genèse, du Sepher Ietzirah, est extrêmement remarquable. Dieu, étant parfait par essence du seul fait qu’il est Dieu, ne peut accomplir que des choses parfaites, pleines de rythmes et d’harmonie, pour ceux qui en jouissent. N’y a-t-il point une perfection, manifestée dans le rapport entre le rayon du cercle et le coté de l’hexagone qu’on lui inscrit ? Le centre du cercle est le point de parfait équilibre où Il existe en puissance. Il se manifesta six fois à intervalles égaux, du centre à la circonférence et ce furent les six jours de la Création. Voyant que l’Œuvre était parfaite, Il se replia sur lui-même et au septième jour, jour du repos, la Puissance créatrice a rejoint le centre du cercle sur lequel s’était exercée son action. Cette disgression nous éloigne du sujet et sans espoir de ménager une transition habile, j’insiste encore sur le sens occulte du mot שבץ (Scheba) qui dans la langue hébraïque signifie sept et en même temps, « faire serment ». Il est aisé d’en dégager le double sens, car d’une part, l’adepte sera admis après serment aux cérémonies qui suivent mais en hébreu נשח ou shabbath signifie aussi « le repos de Dieu ».

Notre héros est soumis le huitième de ses neuf camarades à l’épreuve de la balance d’or, et il résiste à tous les poids. L’arcane huitième des Tarots représente la Justice tenant en mains sa balance d’or. Elle symbolise l’équilibre et l’harmonie. Les serviteurs deviennent visibles pour ceux qui sont sortis victorieux de l’épreuve, alors qu’ils ne le sont toujours pas aux prisonniers. Ceci semble impliquer que leurs yeux se sont ouverts, du fait de l’Initiation, à la perception des créatures du plan supra terrestre ? Je le crois, et ces serviteurs, que nous les appelions Anges gardiens ou Génies Tutélaires, n’en existent pas moins bien que nous ne les puissions percevoir. C’est à eux que nos artistes doivent l’inspiration et le génie car dans le fond, nous ne sommes que de misérables petits transformateurs entre les mains de sublimes électriciens qui se servent de nous pour matérialiser l’influx céleste et conduire la ronde de ce que nous nommons Progrès, suivant un rythme éternel.

Ce soir-là, chaque invité reçut de la part de Sponsus une Toison d’or ornée d’un Lion volant ; suivant le sens alchimique, ce passage nous convie à rendre volatil ce qui est fixe, et ici se cache un des secrets majeurs du début de l’Œuvre.

Passons sur le procès des prisonniers qui avaient écrit des fourberies et trompé leur prochain. Nous n’en devons retenir que la Science hermétique n’a point besoin de Livres pour être enseignée et que la Connaissance vient toujours à celui qui la désire comme le fer vient à l’aimant. Quelques pages plus loin, Sa Majesté leur promet un catalogue des hérétiques et un Index Expurgatorium. Il faut en effet que les Puissants mettent les faibles en garde contre la littérature spéciale qui puise ses moyens dans la compilation de mauvais auteurs, la fourberie et l’exploitation de la crédulité, en un mot, contre les cacochymistes. Le passage où sont détaillés les poids des 126 prisonniers représentant neuf fois deux séries mérite que l’étudiant réfléchisse. Leur dénombrement donne la suite des nombres : 7-21-35-35-21-7-1, soit 7×1, 7×3, 7×5. Que celui qui veut comprendre cherche, et réfléchisse à ce que nous avons dit plus loin.

Les différentes peines appliquées aux imposteurs n’ont à nos yeux qu’une importance très secondaire, mais il n’en est pas de même des épisodes suivants, notamment de la scène entre le Lion et la Licorne, celle du globe terrestre du vieil Atlas, des sept propositions énigmatiques, et le nom de la vierge, qui guide les convives. La Licorne symbole de pureté ne pouvait, selon la tradition du Moyen Age, ne se soumettre qu’à une Vierge et sa corne était noire, blanche, et rouge, trois couleurs traditionnelles de l’Œuvre. Le Lion qu’elle honore en s’agenouillant est la matière vierge et l’épée nue qu’il brise en deux fragments évoque le glaive de Mars ou d’Arès. Ces fragments tombent dans la fontaine et une colombe blanche calme le Lion en lui apportant un rameau d’olivier. Tout le grand Œuvre est inclus dans cette courte allégorie. Ceux qui déjà en ont pénétré les arcanes, me comprennent. Il m’est défendu de parler pour les autres, mais je ne doute point que par le travail ils n’arrivent à la Connaissance, je ne puis qu’éclairer la route et non les prendre par la main. Pour satisfaire toutefois, la curiosité des inquisiteurs de Science, je dirai que le globe du Vieil Atlas et les anneaux d’or marquant la patrie des élus n’était rien moins qu’une admirable carte minéralogique. Voici pourquoi l’Auteur écrit « Que le Lecteur tâche cependant de trouver pourquoi toutes les villes ne possèdent pas un philosophe ! » On ne peut, évidemment, trouver partout la matière première.

Les Énigmes proposées au repas du soir sont remarquables par leur parallélisme. S’il est vain d’en chercher la solution, soulignons cependant dans la première l’aigle sollicité par l’affection de deux vierges ; dans la seconde l’homme dont deux amis recherchent la préférence ; dans la troisième, une jeune fille dont deux galants se disputent les faveurs. La quatrième présente un homme contraint de partager son existence entre une jeune fille et une vieille femme ; l’autre nous montre une jeune dame dont le mari et l’amant font assaut de politesses. Las questions posées dans la suite ne sont là que pour embrouiller les précédentes. Nous retrouvons partout deux principes antagonistes poursuivant le même objet, et ceci nous semble assez éloquent par soi-même.

L’énigme du nom de la Vierge présente une particularité c’est que la clef qu’en donne la vierge en disant que la septième lettre possède autant qu’il y a de seigneurs présents ne peut rien nous dire car rien dans les textes précédents nous autorise à inférer le nombre exact des élus ! Cependant je ne dirai pas trop en disant que les huit lettres qui composent son nom doivent être : « harmonie ». Rappellons ici ce que Michel Maïer enseigne dans l’Arcana Arcaniss 1-3. Si l’on met la Vénus des Philosophes avec Mars dans un lit ou un vase propre à cet effet, et qu’on les lie d’une chaîne invisible c’est-à-dire aérienne il en naîtra une fille très belle appelée Harmonie parce qu’elle sera composée harmoniquement c’est-à-dire parfaite en poids et mesures philosophiques. Voici un excellent exercice pour les apprentis Cabbalistes ! La cérémonie de la remise en place des poids n’offre rien de particulier hors la couleur des vêtements des Vierges qui président la Cérémonie. De même pour le rêve du héros qui réussit à ouvrir la porte contre laquelle il s’acharnait. Sans doute est-ce celle de la Connaissance comme il semble être dit dans le récit du Quatrième Jour. Ici s’arrête le commentaire du Troisième.