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Les Pères de l’Église/Tome 2/Notice sur Hermias

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Texte établi par M. de GenoudeSapia (Tome secondp. 473-474).

NOTICE SUR HERMIAS.


Cet auteur n’a rien de commun avec Hermias de Sozomène, disciple d’Aristote, ni avec Hermias d’Alexandrie, disciple de Proclus, un des commentateurs de Platon. L’Hermias dont nous parlons appartient au second siècle de l’Église, et mérite d’être rangé parmi les apologistes de cette époque. L’histoire ne nous a conservé aucune particularité de sa vie. On ignore même quelle était sa patrie. Tout ce que nous savons, c’est qu’il était philosophe, et chrétien fort zélé. L’ouvrage qui nous reste de lui prouve qu’il joignait à la science la plus étendue l’esprit le plus fin et le plus satirique. C’est une réfutation très-plaisante des philosophes païens. Ses piquantes railleries contre les prétendus sages de l’antiquité sont une preuve évidente, selon la remarque de Bergier, qu’il n’avait pas emprunté sa doctrine aux philosophes orientaux, égyptiens, pythagoriens, platoniciens et autres, ainsi qu’on a osé le dire des premiers Pères de l’Église, bien qu’ils combattent chacun à leur manière toute la philosophie païenne.

Dom Cellier regarde cette réfutation qu’en fait Hermias comme un véritable chef-d’œuvre. L’abbé Houtteville la compare, pour le sel et l’enjoûment, aux dialogues de Lucien. Un écrivain moderne n’en parle qu’avec une sorte d’enthousiasme. « Je ne crois pas, dit-il, qu’il soit possible de trouver dans aucune langue un écrit qui réunisse à la fois autant de clarté et de précision, autant de vivacité et de finesse, autant de sel et de grâce, autant de lumière et de variété. » L’auteur fait passer en revue tous les philosophes du paganisme. Une épithète, un mot suffit pour caractériser l’homme et le système. Chacun d’eux expose son opinion sur la Divinité, sur l’âme humaine, sur les principes des choses. C’est un véritable drame. Ils sont tous mis en action et se succèdent sur la scène de manière que le second détruit toujours ce qu’avance le premier. La plaisanterie est partout d’un goût exquis. Ce qu’on ne peut trop admirer dans l’auteur, c’est cette heureuse flexibilité d’esprit qui sait trouver autant de tours nouveaux qu’il reproduit de personnages.

L’ironie de la fin sur les pythagoriciens est surtout remarquable. On regrette de n’avoir pas ce petit ouvrage en entier. Le grec présente des lacunes et des altérations. Nous l’avons suivi d’aussi près qu’il nous a été possible. L’abbé Nonnotte, l’abbé Guillon, et M. Péricaud de Lyon, nous ont laissé de très-bonnes traductions de cet écrit d’Hérmias. Nous avons profité de leur travail, comme ils ont su mettre à profit celui de leurs devanciers. Mais nous nous sommes astreints à la plus grande précision. C’est l’enjoûment même de l’auteur que nous avons voulu conserver, sans recourir aux équivalents ingénieux qui ne sont propres qu’à notre langue.