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Les Pères de l’Église/Tome 3/Livre I/Chapitre X

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Texte établi par M. de GenoudeSapia (Tome troisièmep. 38-40).


CHAPITRE X.


Unité de la foi catholique.


Répandus dans tout l’univers, les membres de l’Église, quelques divers que soient les lieux qu’ils habitent, professent tous une seule et même foi, celle qui a été transmise par les apôtres à leurs disciples. Cette foi a pour base la croyance en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qu’ils renferment ; en un seul Jésus-Christ, fils de Dieu et fait chair pour notre salut ; en un Saint-Esprit qui a annoncé, par les prophètes ses organes, les volontés célestes et l’avénement du Dieu né d’une vierge, de ce Dieu qui a souffert, qui est ressuscité d’entre les morts, qui est monté aux cieux avec sa chair, Jésus-Christ notre Seigneur ; ce Dieu qui redescendra un jour du haut des cieux, dans la gloire du Père, pour juger l’univers, pour ressusciter toute chair humaine ; afin qu’en Jésus-Christ, notre Seigneur, notre Dieu, notre Sauveur, notre Roi, par la volonté du Père invisible, tout genou fléchisse à son nom, dans les cieux, sur la terre et dans les enfers ; que toute langue lui rende témoignage, et que son jugement divin s’étende à toute chose ; il condamnera au feu éternel les puissances du mal, les anges rebelles, les apostats, les impies, les hommes injustes, iniques et blasphémateurs. L’Église croit encore qu’aux justes, aux fidèles observateurs de ses lois, à ceux qui persévèrent dans la charité, pendant leur vie tout entière, ou qui ayant péché auront fait pénitence, il sera donné une autre vie incorruptible, une gloire qui ne périra jamais.

Tous les membres de cette Église, quoique disséminés sur la terre, sont unis par une même foi, comme si réellement ils vivaient tous ensemble, et n’ayant qu’une seule âme, un seul cœur, s’attachant à conserver le dépôt de ces mêmes doctrines ; et pour les prêcher, pour les enseigner, pour en continuer la tradition, elle le fait en quelque sorte comme par une seule bouche ; car la diversité des langages n’altère en rien la force et l’unité de ces traditions : les Églises de la Germanie ont la même croyance que les autres Églises ; les Églises de l’Ibérie, de la Gaule celtique, de l’Égypte, de la Libye ; celles qui sont aux extrémités, comme celles qui sont au centre du monde, n’ont qu’une même foi. De même que le soleil, œuvre de Dieu, verse sans cesse sur le monde une lumière toujours la même, ainsi les enseignements de la vérité illuminent des mêmes rayons tous les hommes qui veulent la connaître. Ne croyez pas que le fidèle moins instruit ait une autre doctrine que le pontife éloquent ; tous sont subordonnés au même maître, et l’homme qui sait le moins bien parler en sait toujours assez pour transmettre la tradition sans l’altérer ; la foi étant, comme nous l’avons dit, une et invariable, celui qui peut longuement s’étendre à son sujet n’y ajoute point ; celui qui ne sait pas la développer ne l’amoindrit point.

Le plus ou moins de génie ou de science ne change point les dogmes, et ne peut faire qu’à la place d’un Dieu créateur et conservateur, il y ait un autre Dieu, un autre Christ, un autre Fils unique, comme si celui qui existe ne suffisait pas pour nous protéger. Les dogmes de l’Église n’exigent point d’oiseuses investigations sur ce qui est parabolique, et ne demandent qu’une application soutenue pour parvenir à l’intelligence des vérités que Dieu nous a enseignées, à la connaissance de ce qui concerne la chute des anges rebelles, et la patience de Dieu à l’égard des hommes ; et savoir pourquoi il y a des choses qui n’ont qu’une durée passagère, tandis que les autres ont une durée éternelle, la raison de l’existence des êtres célestes et des êtres terrestres, tous si divers, et cependant l’œuvre du même Dieu ; pour apprendre comment Dieu, tout invisible qu’il est, s’est révélé cependant sous plusieurs formes aux prophètes ; pourquoi plusieurs lois ont été données par lui aux hommes ; quel est le caractère particulier des deux testaments ; pourquoi il a renfermé tous les hommes dans l’incrédulité, pour faire miséricorde à tous, la raison de l’incarnation et de la passion du Fils de Dieu ; pourquoi son avénement sur la terre a eu lieu plutôt à la fin des temps qu’au commencement ; pourquoi expliquera-t-il plus tard les paroles de l’Écriture sur la fin même du monde et sur l’avenir ; pourquoi des gentils, de l’état de mort spirituelle où ils vivaient, ont mérité de devenir cohéritiers et de participer à la vie des saints ; pourquoi les corps mortels pourront-ils devenir immortels, et ce qui est corruptible devenir incorruptible ; comment celui qui n’était pas son peuple est devenu son peuple, celle qui était son ennemie devenue son amie ; la Vierge devenue plus féconde que ses sœurs qui avaient des époux. Mystères qui transportaient l’apôtre lorsqu’il s’écriait : « Ô profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! ô profondeur de ses jugements ! ô profondeur de ses voies ! » Voilà, je le répète, en quoi doit consister la science du Chrétien : vouloir remonter au-delà du Créateur, pour parler de l’enthymèse de l’Æon déchue, qui fut sa mère, n’est-ce point là blasphémer ? Et, pour parler encore de leur Plerum supérieur, des trente Æons, et d’un nombre infini d’autres Æons, vraiment on se pâmerait d’admiration en écoutant ces professeurs de sagesse, et l’on serait tenté de déserter, pour eux, la vérité une et simple de l’Église ; une et simple et pour tous la même, comme nous l’avons dit, dans l’univers entier.