Les Patriotes de 1837-1838/02

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Librairie Beauchemin, Limitée (Laurent-Olivier Davidp. 11-12).

PREMIÈRE PARTIE


L’ASSEMBLÉE DE SAINT-OURS


La première assemblée eut lieu à Saint-Ours, le 7 mai 1837, sous la présidence de M. Séraphin Cherrier, de Saint-Denis. Wolfred Nelson fut le principal orateur de la circonstance ; il parla énergiquement en faveur des propositions suivantes, qui furent adoptées par l’assemblée avec enthousiasme :

« Que la mesure de lord John Russell qui prive la Chambre de tout contrôle sur le revenu, est une violation flagrante de tous les droits accordés au Bas-Canada par la capitulation et les traités ;

« Que le gouvernement qui peut avoir recours à des moyens si violents, détruire le droit par la force et la violence, est un gouvernement méprisable, indigne de tout respect et même de soumission ;

« Que le peuple du Bas-Canada ne peut plus compter que sur son énergie, et que ses alliés naturels sont les citoyens de la république voisine ;

« Que le parlement anglais n’a pas le droit de faire des lois pour l’administration intérieure de cette province, et que toute législation ainsi faite doit être considérée comme nulle et tyrannique ;

« Que le peuple du Bas-Canada s’abstiendra autant que possible de consommer des articles importés, mais fera usage de produits fabriqués dans le pays, afin de priver le gouvernement des revenus qu’il espère obtenir en collectant les droits imposés sur les marchandises étrangères ;

« Que pour parvenir plus efficacement à la régénération de cette province, le Bas-Canada doit comme l’Irlande se rallier autour d’un seul homme ;

« Que cet homme a été marqué par Dieu, comme O’Connell, pour être le chef politique, le régénérateur d’une nation ; qu’il a été doué pour cela d’une force d’esprit et d’une éloquence incomparables, d’une haine de l’oppression et d’un amour pour sa patrie que rien, ni promesses, ni menaces, ne pourront jamais ébranler.

Voilà, en substance, quelles furent les propositions adoptées à l’assemblée de Saint-Ours. Elles devinrent le programme politique du temps, le canevas de toutes les propositions qui furent adoptées dans les autres assemblées, le thème fécond qui inspira les orateurs du temps.

Effrayé de ces démonstrations, lord Gosford lança, le 15 de juin, une proclamation exhortant le peuple à s’abstenir de ces réunions séditieuses, et ordonnant aux magistrats et officiers de milice de les empêcher.

Cette proclamation ne fit qu’augmenter l’effervescence populaire ; elle fut dénoncée comme un attentat de plus aux droits des habitants du Canada. À bas la proclamation ! fut le cri général, et les assemblées se multiplièrent sur tous les points du pays.



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