Les Quatre livres/Meng Tzeu/L05

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Traduction par Séraphin Couvreur.
Imprimerie de la mission catholique (p. 508-556).
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MENG TZEU.


LIVRE V. WAN TCHANG


CHAPITRE I


1. Wan Tchang dit : « Chouenn, allant cultiver ses champs, criait, pleurait, implorait la compassion du Ciel. Pourquoi ces cris et ces pleurs ? » « Pour exprimer une plainte et un désir, répondit Meng tzeu. » « Un fils qui se voit aimé de ses parents, reprit Wan Tchang, est heureux de leur affection, et ne les oublie jamais. Un fils qui n’est pas aimé de ses parents, supporte de leur part les plus mauvais traitements sans se plaindre. Est ce que Chouenn se plaignait ? »

Meng tzeu répondit : « Tchang Si dit à Koung ming Kao : « Vous m’avez expliqué comment Chouenn allait cultiver lui-même la terre ; mais je ne comprends pas pourquoi il pleurait, et poussait des cris vers le Ciel miséricordieux et vers ses parents. », Koung ming Kao répondit : « Vous ne pouvez pas le comprendre (la parfaite piété filiale dépasse l’intelligence des hommes ordinaires) : » Koung ming Kao pensait qu’un bon fils ne pouvait pas se consoler si facilement (de n’avoir pas l’affection de ses parents ; que Chouenn s’accusait lui-même, et se disait) : « Je travaille de toutes mes forces à cultiver la terre ; en cela je ne fais que remplir mon devoir de fils. Mais quel défaut mes parents trouvent ils en moi pour ne pas m’aimer ? »

« Chouenn travaillait au milieu des champs. L’empereur Iao mit à son service ses enfants, neuf fils et deux filles, tous ses officiers, ses bœufs, ses brebis, ses magasins, ses greniers ; rien ne manquait. Les lettrés de l’empire se donnèrent à lui en grand nombre. L’empereur voulait d’abord gouverner avec lui l’empire, puis le lui céder entièrement. Parce que Chouenn ne parvenait pas à faire naître dans le cœur de ses parents des sentiments conformes aux siens, il se trouvait comme un homme sans ressource qui ne sait à qui avoir recours.

« Plaire aux lettrés de l’empire, est une chose qui flatte le cœur ; cela ne suffit pas pour dissiper la peine de Chouen. La beauté est une chose qui excite les désirs des hommes. Chouenn épousa les deux filles de l’empereur ; cela ne suffit pas pour dissiper sa peine. L’opulence est une chose que les hommes désirent. Chouenn posséda l’empire ; cela ne suffit pas pour dissiper sa. peine. La grandeur est une chose que les hommes désirent. Chouenn eut la dignité impériale ; cela ne suffit pas pour dissiper sa peine. La faveur des hommes, la beauté, les richesses, les honneurs ne suffirent pas pour dissiper sa peine. Obtenir que ses parents prissent des sentiments conformes aux siens, était la seule chose qui pût dissiper sa peine.

« Un enfant donne toute son affection à ses parents. Lorsqu’il commence à sentir les attraits de la beauté, il aime les jeunes filles. Lorsqu’il a une femme et des enfants, il aime sa femme et ses enfants. Lorsqu’il remplit une charge, il aime son prince ; s’il n’obtient pas les bonnes grâces du prince, un feu intérieur le dévore. Un bon fils aime ses parents de tout son cœur jusqu’à la mort. Je vois dans le grand Chouenn l’exemple d’un homme qui aima ainsi ses parents jusqu’à l’âge de cinquante ans. »

2. Wan Tchang interrogeant Meng tzeu, dit : « On lit dans le Cheu King : « Que doit faire celui qui veut se marier ? Il doit avertir ses parents. » Chouenn aurait dû suivre ce précepte mieux que personne. Pourquoi a-t-il contracté mariage sans avertir ses parents ? » « S’il les avait avertis, répondit Meng tzeu, (il n’aurait pas obtenu leur consentement), il n’aurait pu se marier. Que l’homme et la femme habitent ensemble, c’est l’une des cinq grandes lois de l’humanité. S’il avait averti ses parents, il aurait violé une grande loi, et encouru l’indignation de ses parents (qui se seraient plaints de n’avoir pas de descendants). Voilà pourquoi il ne les a pas avertis. »

« Vous m’avez expliqué, dit Wan Tchang, pourquoi Chouenn a contracté mariage sans avertir ses parents. Mais pourquoi l’empereur a-t-il donné ses filles en mariage à Chouenn sans avertir les parents de son futur gendre ? » Meng tzeu répondit : « L’empereur, lui aussi, savait que, s’il les avertissait, il ne pourrait pas lui donner ses filles en mariage. »

Wan Tchang dit : « Chouenn (déjà associé à l’empire) fut chargé par ses parents d’arranger un grenier. (Quand il y fut monté) et que l’échelle eut été retirée, Kou seou mit le feu au grenier. (Chouenn se protégea contre le feu au moyen de deux claies, et descendit sain et sauf). Ils lui ordonnèrent de nettoyer un puits. (Après y être descendu), il en sortit (par une ouverture latérale secrète. Son père Kou seou et son frère cadet Siang, croyant qu’il était encore dans le puits, y jetèrent de la terre), pour le faire périr. Ensuite, Siang (pensant qu’il était mort, se glorifia de soit crime et) dit : « Le projet de faire périr sous un amas de terre le prince de la nouvelle capitale est mon œuvre, et j’en ai tout le mérite. (Tout ce que l’empereur lui a donné sera à mes parents et à moi). Les bœufs et les brebis, les magasins et les greniers seront à mes parents. Le bouclier et la lance, la guitare et l’arc orné de sculptures seront à moi. Mes deux belles sœurs (filles de Iao) seront chargées d’arranger ma couche. »

« Aussitôt Siang entra dans la maison de Chouenn. Il le trouva assis sur son lit et jouant de la guitare. (Usant de dissimulation) il lui dit : « Mon esprit était tout occupé de vous. » Et il rougit de honte. Chouenn (heureux de voir son frère) lui dit : « Dirigez vous même pour moi tous ces officiers. » Je ne sais si Chouenn ignorait que Siang eût voulu lui donner la mort. Comment l’aurait il ignoré, répondit Meng tzeu ? Mais Chouenn partageait les tristesses et les joies de Siang. »

« Mais alors, dit Wan Tchang, la joie de Chouenn n’était elle pas feinte ? » « Non, répondit Meng tzeu. Autrefois, quelqu’un ayant donné des poissons vivants à Tzeu tch’an, grand préfet de Tcheng, Tzeu tch’an confia au gardien de son vivier le soin de les nourrir. Le gardien du vivier les fit cuire. Puis, rendant compte à son maître de l’exécution de ses ordres, il lui dit : « Quand je les ai lâchés dans l’eau, ils paraissaient engourdis ; bientôt, ils se remuèrent, et reprenant des forces, ils s’en allèrent. » Tzeu tch’an répondit : « Ils ont trouvé leur élément ; ils ont trouvé leur élément. » Le gardien du vivier étant sorti, dit : « Qui dira que Tzeu tch’an est perspicace ? J’ai fait cuire et j’ai mangé ses poissons. Il dit : « Ils ont trouvé leur élément ; ils ont trouvé leur élément. » Ainsi, on peut tromper le sage et lui faire croire une chose vraisemblable ; mais on ne lui ferait pas croire une chose contraire à la raison. Siang avait abordé Chouenn avec l’apparence d’un frère qui aime son frère. Chouenn n’eut aucune défiance, et se réjouit de le voir. Où est la dissimulation ? »

3. Wan Tchang, interrogeant Meng tzeu, dit : « Siang chaque jour faisait sa principale affaire d’attenter à la vie de Chouenn. Pourquoi Chouenn, devenu empereur, s’est il contenté de le bannir ? » « Il lui donna un fief, répondit Meng tzeu. On a dit qu’il l’avait banni. »

« Chouenn, dit Wan Tchang, relégua le ministre des travaux publics dans le Iou tcheou ; il relégua Houan teou au pied du mont Tch’oung ; il mit à mort le prince de San miao à San wei ; il envoya K’ouenn en exil au pied du mont Iu. Il châtia ces quatre coupables, et tout l’empire l’approuva ; car il avait puni des hommes qui n’avaient pas d’humanité ? Mais Siang était le plus inhumain des hommes ; Chouenn lui donna en fief la terre de Iou pi. Quel crime les habitants de Iou pi avaient-ils commis (pour mériter d’être livrés à un scélérat) ? Un homme vraiment humain agit il ainsi ? Aux autres coupables il a infligé des châtiments ; à son frère il a donné un fief. »

« Un homme vraiment humain, répondit Meng tzeu ne garde pas de colère et ne conserve pas de ressentiment contre son frère ; il n’a pour lui que de l’affection et de la tendresse. Parce qu’il l’aime, il désire qu’il soit élevé en dignité ; parce qu’il le chérit, il désire qu’il soit riche. Chouenn donna Iou pi à son frère pour lui procurer des honneurs et des richesses. Il était empereur ; s’il avait laissé son frère dans la vie privée, aurait-on pu dire qu’il l’aimait et le chérissait ? »

(Wan Tchang dit) : « Permettez moi de vous demander dans quel sens on a dit que Chouenn avait exilé son frère. » Meng tzeu répondit : « Chouenn ne permit pas à Siang de gouverner lui-même ; mais il chargea un officier de gouverner à la place de Siang, et de remettre à celui-ci, le produit des tributs et des taxes du fief. C’est pour cela qu’on a dit qu’il avait exilé son frère. Comment aurait-il pu permettre à Siang d’opprimer les habitants de Iou pi ? Cependant Chouenn désirait le voir fréquemment ; et Siang allait le voir continuellement. (On lit dans une ancienne histoire) : « Chouenn recevait le prince de Iou pi, sans attendre l’époque du tribut, et sans qu’il y eût aucune affaire publique à traiter. » Ce témoignage confirme ce que j’ai dit. »

4. Hien k’iou Moung interrogeant Meng tzeu, dit : « On dit communément qu’un lettré d’une vertu éminente ne peut être traité comme un sujet par son prince, ni comme un fils par son père (ou bien, ne peut traiter son prince comme son sujet, ni son père comme son fils). Pendant que Chouenn se tenait le visage tourné vers le midi (en qualité d’empereur), Iao à la tête des princes, se tenait le visage tourné vers le nord, et le saluait (comme l’aurait fait un vassal). Kou seou, son père, le saluait aussi (comme l’aurait fait un simple sujet), le visage tourné vers le nord. Chouenn, en voyant Kou seou (le saluer ainsi), paraissait embarrassé. Confucius disait : « A cette époque, l’empire était en danger, il menaçait ruine. » Je ne sais si cela est vrai. »

« Non, répondit Meng tzeu. Ces paroles n’ont pas été dites par un sage, mais par les villageois de la partie orientale de Ts’i. Lorsque Iao fut devenu vieux, Chouenn partagea avec lui le gouvernement (sans être empereur). Dans la Règle de Iao il est dit : « Vingt huit ans (après que Chouenn eût été associé à l’empire), le Bien méritant (l’empereur Iao) mourut. Les habitants du domaine impérial gardèrent le deuil durant trois ans, comme à la mort d’un père ou d’une mère. Dans tout l’empire, tous les instruments de musique cessèrent de se faire entendre. » Lorsqu’un homme meurt, son âme raisonnable monte, et son âme sensitive descend. Pour dire mourir, les anciens disaient monter et descendre. Confucius dit : « Le ciel n’a pas deux soleils ; le peuple n’a pas deux souverains. » Si Chouenn avait été déjà empereur, et qu’à la tête de tous les princes de l’empire, il eût dirigé le deuil durant trois ans après la mort de Iao, il y aurait eu deux empereurs. »

Hien k’iou Moung dit : « Chouenn n’a pas traité Iao comme un prince son sujet ; vous m’avez donné vos instructions sur ce point. Il est dit dans le Cheu King : « Sous le ciel il n’est pas d’endroit qui n’appartienne à l’empereur ; sur la terre il n’est personne qui ne soit le sujet de l’empereur. » Permettez moi de vous demander comment Kou seou a pu n’être pas le sujet de son fils, lorsque Chouenn fut devenu empereur. »

« Ces vers, répondit Meng tzeu, n’ont pas cette signification. Un officier accablé de fatigue au service de l’empereur, et ne pouvant donner ses soins à ses parents, dit : « Toutes ces affaires sont les affaires de l’empereur (et tous les habitants de l’empire sont les sujets de l’empereur). Moi seul je travaille, comme si j’avais seul assez d’habileté. (Pourquoi les autres ne travaillent-ils pas aussi comme moi) ? » Celui qui cite les vers, ne doit pas s’attacher à un mot, au détriment d’une phrase, ni s’attacher à une phrase, au détriment du sens général. Qu’il cherche le sens véritable par la réflexion, et il le trouvera. Ainsi dans l’ode de la Voie lactée il est dit : « De tous les hommes à la noire chevelure que les Tcheou avaient laissés, il ne reste plus un seul survivant. » Si l’on ne prend que cette phrase, et si l’on interprète à la rigueur le dernier mot, (Il faudra dire que sous Siuen wang) il ne restait plus aux Tcheou un seul sujet.

« Ce qu’un bon fils peut faire de plus grand pour ses parents, c’est de leur faire honneur. Ce qu’il peut faire de plus honorable pour eux, c’est de subvenir à leurs besoins avec les revenus de l’empire. (Grâce à Chouenn, Kou seou) est devenu le père de l’empereur ; un fils ne pouvait faire plus d’honneur à son père. Chouenn pourvut à l’entretien de Kou seou avec les revenus de l’empire ; c’est la plus noble manière de nourrir ses parents. On lit dans le Cheu King : Il conserva toujours en son cœur des pensées filiales ; par là il est devenu le modèle (des âges à venir). Ces vers expriment ce qu’a fait Chouenn. Les Annales disent : Chouenn servait Kou seou avec respect ; il allait le voir, toujours attentif et plein de crainte. Kou seou lui-même cédait à ses avis avec confiance. (D’ordinaire, le père règle la conduite de son fils. Ici ce fut le fils qui détermina le père à se corriger). Dans ce sens il est vrai de dire qu’un homme d’une vertu éminente ne peut être traité comme un fils par son père. »

5. Wan Tchang dit : « N’est il pas vrai que Iao a donné l’empire à Chouenn ? » « Non, répondit Meng tzeu ; l’empereur ne peut donner l’empire à personne. » « Mais Chouenn a eu l’empire, reprit Wang Tchang ; qui le lui a donné ? » « Le Ciel, dit Meng tzeu. » Wan Tchang dit : Le Ciel, pour lui donner l’empire, lui a-t-il fait connaître « sa volonté par des avis réitérés ? » « Non, répondit Meng tzeu ; le Ciel ne parle pas. Il a fait connaître sa volonté à Chouenn en l’aidant à régler parfaitement sa conduite et son administration. »

Wan Tchang dit : « Comment le Ciel a-t-il manifesté sa volonté à Chouenn en l’aidant à régler parfaitement sa conduite et son administration ? » Meng tzeu répondit : « L’empereur peut proposer quelqu’un au Ciel (pour la dignité impé-riale) ; mais il n’a pas le pouvoir d’obliger le Ciel à lui donner l’empire. Un prince peut présenter quelqu’un à l’empereur (pour la dignité de prince) ; mais il n’a pas le pouvoir d’obliger l’empereur à la lui donner. Un grand préfet peut présenter quelqu’un au prince (pour la dignité de grand préfet) ; mais il n’a pas le pouvoir d’obliger le prince à la lui donner. Iao proposa Chouenn au Ciel, et le Ciel l’agréa ; il le présenta au peuple, et le peuple l’agréa. C’est pourquoi j’ai dit que le Ciel ne parle pas, qu’il a fait connaître sa volonté à Chouenn en l’aidant à régler parfaitement sa conduite et son administration. »

Wan Tchang dit : « Permettez-moi de vous demander de quelle manière Iao proposa Chouenn au Ciel et le présenta au peuple, et comment le Ciel et le peuple ont manifesté qu’ils l’acceptaient. » Meng tzeu répondit : « Iao ordonna à Chouenn de présider aux sacrifices, et tous les esprits agréèrent ses offrandes ; le Ciel manifesta ainsi qu’il l’acceptait. Iao lui ordonna d’administrer les affaires publiques ; les affaires furent bien réglées, et le peuple eut confiance en lui ; c’est ainsi que le peuple manifesta son acceptation. Le Ciel donna l’empire à Chouenn ; les hommes aussi le lui donnèrent. Comme je l’ai dit, l’empereur ne peut donner l’empire à personne.

« Chouenn aida Iao à gouverner durant vingt huit ans ; c’est ce qu’un homme n’aurait pu faire ; ce fut l’œuvre du Ciel. Après la mort de Iao, quand les trois ans de deuil furent accomplis, Chouenn s’éloigna du fils de Iao (pour lui laisser le pouvoir souverain) et se retira au sud de la rivière méridionale. Les princes de l’empire, qui étaient obligés de se rendre à la cour et de saluer l’empereur, allèrent trouver Chouenn, et non le fils de Iao. Les plaideurs s’adressèrent à Chouenn, et non au fils de Iao. Ceux qui exécutaient des chants, célébrèrent les louanges de Chouenn, et non celles du fils de Iao. C’est pourquoi j’ai dit que ce fut l’œuvre du Ciel. Chouenn alla ensuite à la capitale, et occupa le trône impérial. S’il était resté dans le palais de Iao, et qu’il eût fait violence au fils de Iao, il aurait eu l’empire par usurpation, et non par la faveur du Ciel. Il est dit dans la Grande Déclaration : « Le Ciel voit comme mon peuple voit ; le Ciel entend comme mon peuple entend. » Ces paroles confirment ce que j’ai dit. »

6. Wan Tchang interrogeant Yang tzeu, dit : « On dit communément que Iu étant moins vertueux (que ses prédécesseurs), quand ce fut à lui de transmettre l’empire, il le donna, non pas au plus digne, mais à son fils. Est ce vrai ? » « Non, répondit Meng tzeu. L’empire est donné au plus digne, quand le Ciel le donne au plus digne, et au fils de l’empereur précédent, quand le Ciel le donne au fils de l’empereur précédent. Autrefois Chouenn proposa Iu au Ciel pour la dignité impériale. Dix sept ans après, Chouenn mourut. Quand les trois années de deuil furent révolues, Iu s’éloigna du fils de Chouenn (pour lui laisser l’empire), et se retira dans la terre de Iang tch’eng. Tout le peuple le suivit, comme après la mort de Iao il avait suivi Chouenn, et non le fils de Iao.

« Iu proposa I au Ciel pour la dignité impériale. Sept ans après, Iu mourut. Les trois années de deuil écoulées, I s’éloigna du fils de Iu (nommé K’i, pour lui laisser l’empire, et se retira) au nord du mont Ki. Les princes qui devaient aller saluer l’empereur, et tous ceux qui avaient des procès, au lieu de s’adresser à I, s’adressèrent à K’i ; ils disaient : « C’est le fils de notre souverain. Ceux qui exécutaient ensemble des chants, au lieu de chanter les louanges de I, chantaient les louanges de K’i ; ils disaient : « C’est le fils de notre souverain. »

« Tan tchou (fils de Iao) n’était pas semblable à son père ; le fils de Chouenn (Chang kiun) ne ressemblait pas non plus à son père. Chouenn avait aidé Iao, et Iu avait aidé Chouenn dans le gouvernement, durant une longue suite d’années ; ils avaient fait du bien au peuple pendant longtemps. K’i était vertueux et capable ; il pouvait recevoir avec respect l’héritage de Iu et marcher sur ses traces. I avait aidé Iu durant peu d’années ; il n’avait pas rendu service au peuple depuis longtemps. Que Chouenn et Iu aient servi leur pays beaucoup plus longtemps que I, que les fils des empereurs (Iao, Chouenn et Iu) n’aient pas été également capables ; c’est le Ciel qui a fait tout cela ; les hommes ne l’auraient pu faire. Ce qui se fait sans qu’aucun homme y mette la main, est l’œuvre du Ciel. Ce qui arrive sans que personne l’attire, est ordonné par le Ciel.

« Pour qu’un simple particulier obtienne l’empire, il faut que sa vertu égale celle de Chouenn et de Iu, de plus, il faut que l’empereur le propose au Ciel. C’est pour cette raison (c’est parce qu’il n’a pas été présenté au Ciel par l’empereur) que Confucius n’a pas obtenu l’empire. Pour qu’un prince, après avoir reçu l’empire en héritage, soit rejeté par le Ciel, il faut qu’il soit aussi méchant que Kie et Tcheou. C’est pour cette raison (c’est parce que les fils des empereurs précédents étaient capables de régner) que I, I in et Tcheou koung n’ont pas obtenu l’empire.

« I in aida si bien T’ang que T’ang étendit son pouvoir sur tout l’empire. Après la mort de T’ang, (son fils aîné) T’ai ting (mourut lui-même) avant d’être nommé empereur. Wai ping (deuxième fils de T’ang) régna deux ans (ou, selon Tch’eng tzeu, n’avait que deux ans et ne fut pas reconnu empereur). Tchoung jenn (troisième fils de T’ang) régna quatre ans (ou, d’après Tchen tzeu, n’avait que quatre ans et ne fut pas empereur) : T’ai kia (fils de T’ai ting, ayant été créé empereur) bouleversa les statuts et les lois de T’ang. I in le plaça pour trois ans à T’oung (auprès du tombeau de T’ang). T’ai kia se repentit de ses fautes, s’accusa lui-même et se corrigea. A T’oung, il entretint en son cœur des sentiments d’humanité, changea de conduite et pratiqua la justice pendant trois ans, avec une parfaite docilité aux enseignements de I in. Ensuite il retourna à Pouo, sa capitale.

« Tcheou koung n’a pas eu la dignité impériale pour la même raison que I ne l’avait pas eue sous les Hia, ni I in sous les In. Confucius dit : « Iao et Chouenn ont donné l’empire aux plus dignes ; les Hia, les In et les Tcheou l’ont transmis à leurs fils. La raison de leur conduite a été la même (à savoir, la volonté du Ciel). »

7. Wan Tchang interrogeant Meng tzeu, dit : « On dit que I in gagna les bonnes grâces de T’an par son talent de cuisinier. Est ce vrai ? » « Non, répondit Meng tzeu, ce n’est pas vrai. I in cultivait la terre dans la plaine de Chenn, et faisait ses délices des principes de Iao et de Chouenn. Si, contrairement aux principes de justice suivis par Iao et Chouenn ou contrairement à leur doctrine, on lui avait offert l’empire ou mille attelages de quatre chevaux, il n’aurait pas voulu regarder un tel présent. Il n’aurait rien donné ni rien reçu, pas même un brin de paille, si c’eût été contraire aux principes de justice suivis par Iao et Chouenn ou contraire à leur doctrine.

« T’ang envoya des messagers avec des présents pour l’inviter (à la cour et lui proposer une charge). I in, avec l’air d’un homme content de son sort, répondit : « Que ferais je des présents de T’ang ? Le mieux pour moi n’est il pas de rester au milieu des champs et des canaux, et d’y faire mes délices des principes de Iao et de Chouenn ? »

« T’ang envoya trois fois des messagers pour l’inviter. Enfin il changea de résolution et dit : « Au lieu de rester au milieu des sillons et des canaux, et, d’y faire mes délices de la doctrine de Iao et de Chonenn, n’est-il pas mieux de faire de ce prince un souverain qui gouverne selon les principes de Iao et de Chouenn ? N’est-il pas mieux de faire de ce peuple un peuple semblable à celui de Iao et de Chouenn ? N’est-il pas préférable pour moi de voir, de mon vivant et de mes propres yeux, cette transformation (que d’en parler et de l’espérer seulement) ? Le Ciel, en créant le genre humain, a voulu que ceux qui parviendraient les premiers à la connaissance des principes de la sagesse, les enseignassent à ceux qui devraient les connaître plus tard ; et que ceux qui les comprendraient les premiers les fissent comprendre à ceux qui devraient les comprendre plus tard. Je suis de ceux qui les ont compris les premiers ; je vais les enseigner aux autres. Si je n’enseigne les autres, qui les enseignera ?

« I in pensait que si dans l’empire, même parmi les simples particuliers, il en était qui ne jouissent pas des bienfaits dont les sujets de Iao et de Chouenn avaient joui, lui-même serait aussi coupable que s’il les avait poussés et jetés dans les fossés. C’est ainsi qu’il prenait sur lui et portait le fardeau de l’empire. Il alla donc trouver T’ang, et l’engagea à attaquer Hia (l’empereur Kie), et à délivrer le peuple de ce tyran.

« Je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un ait réformé les autres en se déformant lui-même ; encore moins, qu’il ait réformé l’empire en se déshonorant lui-même. Les sages n’ont pas tenu tous la même conduite. Les uns vivaient loin de la cour, les autres près ; les uns ont quitté leurs charges, les autres les ont gardées. Mais tous se sont appliqués également à se préserver de toute tache. J’ai entendu dire que I in avait gagné les bonnes grâces de T’ang par son attachement aux principes de Iao et de Chouenn ; mais non par son habileté dans l’art culinaire. Dans les Instructions de I in il est dit : « Le Ciel, voulant châtier Kie, a commencé l’attaque dans le palais de Mou ; moi I in, j’ai commencé à aider T’ang à Pouo. »

8. Wan Tchang interrogeant Meng tzeu, dit : « On rapporte que Confucius reçut l’hospitalité, dans la principauté de Wei, chez un chirurgien royal qui traitait les furoncles, et dans la principauté de Ts’i, chez l’eunuque Tsi Houan. Est ce vrai ? » « Non ; répondit Meng tzeu. Des amateurs de contes ont inventé celui-là.

« Dans la principauté de Wei il logea chez le grand préfet Ien Tch’eou iou, La femme de Mi tzeu et celle de Tzeu lou étaient sœurs. Mi tzeu dit à Tzeu lou : « Si Confucius logeait chez moi, il pourrait obtenir la dignité de ministre de Wei. » Tzeu lou avertit Confucius. Confucius répondit : « C’est le Ciel (qui donne ou refuse les charges). » Confucius acceptait et quittait les charges selon qu’il convenait. Qu’il eût une charge ou qu’il n’en eût pas, il disait toujours : « C’est la volonté du Ciel. » Mais qu’il reçût l’hospitalité chez un chirurgien qui soignait les furoncles, ou chez l’eunuque Tsi Houan, cela n’était ni convenable ni voulu par le Ciel.

« Lorsque Confucius, peu satisfait dans les principautés de Lou et de Wei, (se retira dans celle de Soung), il se trouva exposé aux embûches de Houan, ministre de la guerre qui voulut l’arrêter et le mettre à mort. Déguisé en villageois, il traversa la principauté de Soung. Bien qu’il fût alors dans l’embarras, il logea chez le commandant de place Tcheng tzeu, qui était au service de Tcheou, prince de Tch’enn.

« J’ai entendu dire qu’on pouvait apprécier les ministres qui demeurent à la cour par la qualité des hôtes qu’ils reçoivent, et les ministres qui sont en pays étrangers, par la qualité des hôtes qui les reçoivent. Si Confucius avait reçu l’hospitalité chez un chirurgien qui traitait les furoncles ou chez l’eunuque Tsi Houan, aurait il été Confucius ? »

9. Wan Tchang interrogeant Meng tzeu, dit : « On rapporte que Pe li Hi se vendit lui-même pour cinq peaux de brebis à un éleveur de bestiaux de Ts’in, nourrit les bœufs de son maître, et gagna ainsi les bonnes grâces de Mou, prince de Ts’in. Est ce vrai ? » « Non, répondit Meng tzeu, ce n’est pas vrai. Un amateur de fables aura inventé celle là. Pe li Hi était de la principauté de Iu. Les officiers du prince de Tsin offrirent des pierres précieuses venues de Tch’ouei ki et des attelages de quatre chevaux venus de Kiue, pour que le prince de Iu leur permît de traverser ses États, afin d’aller attaquer la principauté de Kouo. Koung Tcheu k’i fit des représentations au prince de Iu ; Pe li Hi n’en fit pas.

« Sachant qu’elles seraient inutiles, il quitta son pays et alla à Ts’in ; il avait alors soixante dix ans. A cet âge, s’il avait ignoré qu’il eut été honteux de rechercher les bonnes grâces de Mou, prince de Ts’in, en nourrissant des bœufs, pourrait-on dire qu’il fût sage ? Voyant que ses représentations seraient inutiles, il n’en fit pas ; peut-on dire qu’il n’a pas été sage ? Sachant que le prince de Iu courait à sa perte, il le quitta d’avance ; on ne peut pas dire qu’il ait manqué de prudence.

« Alors une charge lui fut offerte dans la principauté de Ts’in. Voyant qu’avec le prince Mou il pourrait faire de grandes choses, il se mit à son service ; peut-on dire qu’il n’a pas été sage ? Devenu ministre de ce prince, il rendit son règne glorieux dans tout l’empire et à jamais mémorable. S’il n’avait pas été vertueux et capable, aurait-il pu le faire ? Pour ce qui est de se vendre afin d’aider ensuite son prince à bien gouverner, un villageois qui se respecte ne le ferait pas. Dira-t-on qu’un sage l’a fait ? »


CHAPITRE II.


1. Meng tzeu dit : « Pe i ne permettait ni à ses yeux de voir ni à ses oreilles d’entendre rien de mal. Il n’aurait pas servi un prince qu’il n’aurait pas cru estimable, ni gouverné des hommes qu’il n’aurait pas jugés dignes de ses soins. En temps de paix intérieure, il acceptait une charge ; en temps de trouble, il la quittait. Il n’aurait pu supporter le séjour d’une cour, où le gouvernement aurait été arbitraire, ni d’un pays dont les habitants auraient été vicieux. S’il s’était trouvé avec des villageois, il se serait cru souillé, comme si, en robe de cour et en chapeau de cérémonie, il s’était assis dans un amas de fange ou de charbon. Sous le règne de Tcheou, il alla demeurer, au nord sur le rivage de la mer, en attendant que l’empire fût exempt de souillure. Le récit des actions de Pe i rend sages (et désintéressés) les hommes insensés (et cupides) ; il inspire des résolutions courageuses aux cours les plus timides.

« I in disait : « Le prince que je sers, quel qu’il soit, n’est il pas mon prince ? Les sujets que je gouverne, quels qu’ils soient, ne sont ils pas mes sujets ? » En temps de paix intérieure, il acceptait les charges ; en temps de trouble, il les acceptait aussi. Le Ciel, en créant le genre humain, disait-il, a voulu que ceux qui connaîtraient les premiers les préceptes de la sagesse, les enseignassent aux autres, et que ceux qui les comprendraient les premiers, les fissent comprendre aux autres. Je suis l’un de ceux qui ont compris les premiers les vrais principes ; je veux les faire comprendre aux autres. Il pensait que, si dans l’empire, même parmi les simples particuliers, quelques uns ne jouissaient pas de tous les bienfaits dont le peuple jouissait sous Iao et Chouenn, lui-même serait aussi coupable que s’il les avait poussés et jetés dans les fossés. Il prenait sur lui tout le fardeau de l’empire.

« Houei de Liou hia ne rougissait pas de servir un prince vicieux ; il ne refusait pas un bas emploi. Lorsqu’il était en charge, il déployait toute sa sagesse, toujours conformément à ses excellents principes. Laissé dans la vie privée, il ne se plaignait de personne. Dans les circonstances difficiles, dans le dénûment, il n’éprouvait pas de tristesse. Au milieu des villageois, il était content et ne pouvait se résoudre à les quitter. Il se disait : « Vous et moi, nous sommes deux hommes distincts. Quand vous seriez à mon côté, les bras découverts et même sans aucun vêtement, votre présence peut elle me souiller ? » Le récit des actions de Houei de Liou hia élargit les cœurs étroits, et porte les avares à pratiquer la libéralité.

« Confucius, quittant la principauté de Ts’i, saisit un peu de riz lavé (sans attendre qu’il fût cuit), et se hâta de partir. En quittant la principauté de Lou, il dit : « Je pars le plus tard possible. » Il convenait de ne pas se presser de quitter sa patrie. Quand il convenait de partir vite, il partait vite ; quand il convenait de demeurer longtemps, il demeurait longtemps ; quand il convenait de rester dans la vie privée, il restait dans la vie privée ; quand il convenait d’exercer une charge, il exerçait une charge. Tel était Confucius. »

Meng tzeu dit : « Pe i s’est signalé entre tous les sages par son horreur des moindres souillures, I in par sa facilité à accepter les charges, Houei de Liou hia par son caractère accommodant, Confucius par le soin de se régler d’après les circonstances.

« On peut dire que Confucius était semblable à une symphonie exécutée par les huit sortes d’instruments réunis. Quand on exécute une symphonie, les instruments de métal (les cloches) annoncent le commencement, et les instruments de pierre annoncent la fin. Les instruments de métal, annonçant l’ouverture de la symphonie, font commencer les accords particuliers de tous les instruments réunis, et les instruments de pierre, annonçant la fin, font cesser les accords de tous les instruments. Donner le signal au commencement, c’est le propre de la prudence ; donner le signal à la fin, c’est le propre de la parfaite sagesse.

« La prudence peut être comparée à la dextérité, et la sagesse à la force. Supposons que vous tiriez sur un objet à cent pas de distance. Si vous atteignez le but, c’est l’effet de votre force ; si vous frappez dans le milieu, ce n’est pas l’effet de votre force (mais de votre adresse). »

2. Pe koung I, interrogeant Meng tzeu, dit : « Quel a été l’ordre établi parmi les dignités et les domaines féodaux au commencement de la dynastie des Tcheou ? » Meng tzeu répondit : « Il est impossible de connaître les particularités de cet arrangement. Il déplut aux princes, parce qu’il mettait obstacle à leurs usurpations, et ils ont détruit tous les cahiers. Cependant j’en connais les principales dispositions. « (Dans l’empire), on distinguait les dignités d’empereur, de koung, de heou, de pe, et celle de tzeu et de nan, qui était considérée comme une seule. Il y avait donc en tout cinq classes de dignités. (Dans chaque principauté ou domaine particulier, soit de l’empereur soit d’un autre prince), on distinguait les dignités de prince, de ministre d’État, de grand préfet, d’officier de première, de deuxième, de troisième classe : en tout, six degrés ou grades.

« D’après les règlements, l’empereur possédait un domaine carré (ou égal à un carré) ayant mille stades de chaque côté. Les koung et les heou possédaient chacun un domaine carré (ou équivalent à un carré) ayant cent stades de chaque côté ; les pe, un domaine carré (ou équivalent à un carré) ayant soixante dix stades de chaque côté ; les tzeu et les nan, un domaine carré ayant cinquante stades de chaque côté. Il y avait ainsi quatre classes de domaines. Un noble dont le domaine n’avait pas au moins cinquante stades en tous sens, n’avait pas accès auprès de l’empereur. Il se mettait sous la dépendance d’un tchou heou ; et son domaine s’appelait fou ioung, (c’est-à-dire mérites adjoints, parce que son nom, son prénom et le compte rendu de son administration étaient présentés à l’empereur par le tchou heou son suzerain).

« Dans le domaine propre de l’empereur, les ministres d’État avaient chacun un territoire égal à celui d’un heou ; les grands préfets, un territoire égal à celui d’un pe ; les officiers de première classe, un territoire égal à celui d’un tzeu ou d’un nan. Dans une grande principauté, dont le territoire avait cent stades en tous sens, les revenus du prince étaient dix fois plus considérables que ceux des ministres d’État. Ceux-ci recevaient quatre fois plus que les grands préfets ; les grands préfets, deux fois plus que les officiers de première classe ; les officiers de première classe, deux fois plus que les officiers de deuxième classe ; les officiers de deuxième classe, deux fois plus que les officiers de troisième classe. Les officiers de troisième classe recevaient autant que les hommes du peuple engagés dans les emplois publics. Les revenus de ces derniers étaient équivalents au produit des terres qu’ils auraient cultivées (s’ils n’avaient pas été occupés dans les emplois publics).

« Dans une principauté de second ordre, dont le territoire avait soixante dix stades en tous sens, le prince recevait dix fois plus que les ministres d’État ; les ministres d’État, trois fois plus que les grands préfets ; les grands préfets, deux fois plus que les officiers de première classe ; les officiers de première classe, deux fois plus que les officiers de deuxième classe ; les officiers de deuxième classe, deux fois plus que les officiers de troisième classe. Les officiers de troisième classe recevaient autant que les hommes du peuple engagés dans les emplois publics. Le traitement de ces derniers était équivalent au produit. des terres qu’ils auraient cultivées (s’ils n’avaient pas été dans les emplois publics).

« Dans une petite principauté, dont le territoire avait cinquante stades en tous sens, le prince recevait dix fois plus que les ministres d’État ; les ministres d’État, deux fois plus que les grands préfets ; les grands préfets, deux fois plus que les officiers de première classe ; les officiers de première classe, deux fois plus que les officiers de deuxième classe ; les officiers de deuxième classe, deux fois plus que les officiers de troisième classe. Le officiers de troisième classe recevaient autant que les hommes du peuple engagés dans les emplois publics. Le traitement de ces hommes du peuple était équivalent au produit des terres qu’ils auraient cultivées (s’ils n’avaient pas été occupés dans les emplois publics).

« Pour ce qui est des laboureurs, chaque père de famille avait cent arpents. Quand ces cent arpents étaient fumés, un laboureur très habile pouvait nourrir neuf personnes ; un autre un peu moins habile, huit personnes ; un laboureur médiocre, sept personnes ; un autre plus médiocre, six personnes ; le moins habile, cinq personnes. Le salaire des hommes du peuple engagés dans les emplois publics était réglé d’après les revenus de ces différentes classes de laboureurs. »

3. Wan Tchang interrogeant Meng tzeu, dit : « Je vous prie de m’exposer vos principes sur l’amitié. » Meng tzeu répondit : « A l’égard de ceux dont vous recherchez ou cultivez l’amitié, évitez de vous prévaloir de votre âge, de vos honneurs ou de la condition élevée de vos parents. Car être ami de quelqu’un, c’est aimer sa vertu ; et l’on ne doit se prévaloir de rien (pour se mettre au dessus de lui).

« Meng Hien tzeu, qui (était grand préfet dans la principauté de Lou et) entretenait cent chariots de guerre, eut cinq amis : Io tcheng K’iou, Mou Tchoung, et trois autres dont j’ai oublié les noms. Hien tzeu a pu jouir de leur amitié, parce que ces cinq hommes ne faisaient pas attention au rang de sa famille. Autrement, Hien tzeu n’aurait pu lier amitié avec eux.

« Non seulement le chef d’une famille qui entretenait cent chariots de guerre, a tenu cette conduite ; mais le chef d’une petite principauté a donné le même exemple. Houei, prince de Pi, disait : « Je traite Tzeu seu comme mon maître, Ien Pan comme mon ami, Wang Chouenn et Tchang Si comme mes serviteurs. »

« Non seulement un petit prince a donné cet exemple ; mais un grand prince a fait de même. P’ing, prince de Tsin, allait visiter Hai T’ang. T’ang lui disait d’entrer, il entrait ; T’ang lui disait de s’asseoir, il s’asseyait ; T’ang lui disait de manger, il mangeait. Même lorsque T’ang ne lui offrait qu’une nourriture grossière et du bouillon aux herbes, le prince mangeait toujours jusqu’à se rassasier. Car (docile aux volontés de T’ang), il ne se serait pas permis de ne pas manger assez pour se rassasier. Cependant, il s’en tint toujours là, et ne fit pas davantage (pour Hai T’ang). Il ne lui fit jamais part des dignités que le Ciel a établies, ne lui confia aucune des charges que le Ciel a instituées, ne lui donna aucun des traitements que le Ciel a fixés. Son respect a été le respect d’un officier pour un sage, mais non le respect d’un grand souverain ou d’un prince.

« Lorsque Chouenn alla à la cour, voir l’empereur Iao, l’empereur logea son gendre Chouenn dans le second palais. Lui-même allait s’asseoir à la table de Chouenn. Il était reçu chez Chouenn, et il le recevait à son tour. Ainsi, bien qu’il fût empereur, il se lia d’amitié avec un simple particulier. Le respect qu’on témoigne à un homme d’une condition plus élevée que soi, s’appelle honneur rendu à la dignité ou à la grandeur ; le respect qu’on témoigne à un homme d’une condition moins élevée que soi, s’appelle honneur rendu à la sagesse. L’honneur rendu à la dignité ou à la grandeur, et l’honneur rendu à la sagesse sont tous deux également conformes à la raison et à la justice. »

4. Wan Tchang, interrogeant Meng tzeu, dit : « Permettez moi de vous demander par quel sentiment les hommes se font entre eux des présents d’amitié. » « Par un sentiment de respect, répondit Meng tzeu. » « Pourquoi le refus absolu des présents, dit Wan Tchang, est il considéré comme un manque de respect ? » Meng tzeu répondit : « Un homme d’un rang élevé vous offre des présents. Si, avant de les recevoir, vous dites : « A-t-il acquis ces choses justement ? » cela sera considéré comme un manque de respect. Aussi ne doit on pas refuser les présents. »

« Mais, dit Wan Tchang, je n’exprimerai pas la vraie cause de mon refus ; mais seulement en mon cœur je dirai : « Il a obtenu ces choses du peuple par des voies injustes ; » et je donnerai une autre raison de mon refus. Cela ne conviendra-t-il pas ? » Meng tzeu répondit : « Lorsqu’on offrait des présents à Confucius pour une raison légitime et d’une manière polie, il les acceptait. »

Wan Tchang dit : « Un homme arrête et dépouille les voyageurs dans la campagne. Il offre des présents pour une raison légitime et d’une manière polie. Est il permis de recevoir les objets qu’il a volés ? » « Cela n’est pas permis, répondit Meng tzeu. Dans les Instructions (données par Ou wang à son frère) Wang chou, il est dit : « Il n’est personne qui ne déteste ces brigands qui tuent les hommes et tournent leurs cadavres en tous sens pour les dépouiller ; insensés qui ne savent pas même craindre le dernier supplice. » On doit les punir de mort, sans leur donner d’avis (et sans leur laisser le temps de se corriger). Telle est la loi que les In ont reçue des Hia, et les Tcheou des In. Elle ne peut être mise en question ; elle est encore parfaitement connue à présent. Comment pourriez vous accepter des objets volés ? »

Wan Tchang dit : « Maintenant les princes dépouillent le peuple, comme font les voleurs de grands chemins. Si un prince offre des présents avec beaucoup de politesse, un homme sage les acceptera. Permettez moi de vous demander quelle raison peut expliquer cette conduite. » « S’il surgissait un grand empereur, dit Meng tzeu, prendrait-il à la fois et punirait-il de mort, croyez vous, tous les princes d’à présent ; ou bien, les avertirait il d’abord, et punirait-il ensuite seulement ceux qui ne changeraient pas de conduite ? Appeler brigands tous ceux qui prennent le bien d’autrui, c’est étendre la signification de ce mot jusqu’à ses dernières limites. Lorsque Confucius exerçait une charge dans la principauté de Lou, les habitants du pays, après une chasse, se disputaient entre eux (les animaux tués, afin de les offrir aux esprits). Confucius toléra (ou prit part à) ces disputes (se promettant de les supprimer peu à peu). S’il peut être permis de se disputer les produits d’une chasse, à plus forte raison. peut on recevoir les présents des princes. »

« Ainsi donc, dit Wan Tchang, lorsque Confucius exerçait une charge, ce n’était pas pour faire fleurir la vertu ? » « C’était pour ce motif, répondit Meng tzeu. » « Si c’était pour faire fleurir la vertu, reprit Wan Tchang, pourquoi n’empêchait il pas les disputes après la chasse ? » Meng tzeu répondit : « Confucius commença par déterminer dans un livre la qualité des offrandes, de sorte qu’on pût se procurer les choses indiquées dans ce livre, sans avoir besoin d’aller les chercher dans tout le pays (ni d’offrir les animaux tués à la chasse). » Wan Tchang dit : « (Puisque Confucius ne parvenait pas à corriger les abus), pourquoi n’a-t-il pas quitté (la principauté de Lou) ? » « Il faisait des essais, répondit Meng tzeu. Quand les essais étaient suffisants pour montrer que sa doctrine pouvait être mise en pratique ; si elle ne l’était pas, il s’en allait. Aussi n’est il jamais resté trois années entières dans une même principauté.

« Confucius accepta et remplit des charges, tantôt parce qu’il voyait la possibilité de faire fleurir la vertu, tantôt parce qu’il était accueilli convenablement, tantôt parce qu’il était entretenu honorablement aux frais de l’État. Sous le gouvernement de Ki Houan tzeu (dans la principauté de Lou), il exerça une charge, parce qu’il vit la possibilité de faire fleurir la vertu. Il accepta une charge sous Ling, prince de Wei, parce qu’il reçut un accueil convenable ; et sous Hiao, prince de Wei, parce qu’il était entretenu aux frais de l’État. »

5. Meng tzeu dit : « (Généralement parlant) le sage n’exerce pas une charge, parce qu’il est pauvre ; il le fait cependant quelquefois ; de même que (géné-ralement) on ne se marie pas pour avoir une aide, mais seulement quelquefois. Celui qui veut exercer une charge à cause de sa pauvreté, doit refuser celles qui sont honorables et bien rétribuées, et en prendre une qui soit humble et peu lucrative. Dans ce cas, quelle charge convient il de choisir ? (Une charge comme) celle de portier de la ville et de veilleur de nuit. »

« Confucius (a exercé des emplois peu élevés, il) a été intendant des greniers publics. Alors il disait : « Je fais en sorte que les comptes mensuels et le compte annuel soient exacts ; mes soins se bornent là. » Il a été chargé de surveiller les pâturages. Alors il disait : « J’ai soin que les bœufs et les moutons soient gras et vigoureux, et qu’ils profitent ; je n’ai pas d’autre souci. » Dans une condition humble, parler de choses élevées, c’est une faute. Rester à la cour d’un prince, si la voie de la vertu n’y est pas suivie, c’est une honte. »

6. Wan Tchang dit : « Pourquoi un lettré (qui est demeuré dans la vie privée) n’accepte-t-il pas d’un prince une subvention régulière ? » « Il n’oserait l’accepter, répondit Meng tzeu : Un prince, dépossédé de ses États, accepte d’un autre prince une subvention régulière ; cela convient. Un lettré sans charge ne l’accepte pas ; cela ne conviendrait pas. » « Si le prince lui envoie du grain, dit Wan Tchang, l’accepte-t-il ? » « Il l’accepte, répondit Meng tzeu. » « A quel titre l’accepte-t-il, continua Wan Tchang ? » « Un prince, répondit Meng tzeu, donne toujours des secours à ses sujets. »

Wan Tchang reprit : « Pourquoi un lettré accepte-t-il d’un prince un secours, et refuse-t-il une subvention régulière ? » « Il n’oserait accepter une subvention régulière, dit Meng tzeu. » Wan Tchang dit : « Permettez moi de vous demander pourquoi il ne l’ose pas. Les portiers des villes et les veilleurs de nuit, répondit Meng tzeu, remplissent un office permanent, et doivent être nourris par le prince. Mais ce serait manquer de respect au prince que de recevoir de lui une subvention régulière, sans être employé continuellement à son service. » Wan Tchang dit : « Un lettré accepte les présents du prince ; je ne sais s’il pourra continuer à les accepter. » Meng tzeu répondit : « Mou, prince de Lou, envoyait souvent saluer Tzeu seu ; souvent aussi il lui envoyait de la viande cuite. Tzeu seu n’en était pas satisfait. Enfin, faisant signe de la main aux envoyés, il sortit avec eux. Arrivé devant la porte principale de la maison, il se tourna vers le nord, se mit à genoux, salua deux fois en inclinant la tête jusqu’à terme, et n’accepta pas le présent. Il dit : « Désormais je sais que le prince me nourrit comme il nourrirait un chien ou un cheval. » Dès lors les serviteurs du prince ne lui portèrent plus rien. Peut on dire qu’un prince aime véritablement un sage, s’il ne sait pas l’élever aux charges, ni pourvoir convenablement à son entretien ? »

Wan Tchang dit : « Je me permettrai de vous demander ce que doit faire un prince pour qu’on puisse dire qu’il pourvoit convenablement à l’entretien d’un sage. » Meng tzeu répondit : « (La première fois, les envoyés) doivent dire qu’ils offrent le présent par ordre du prince ; le sage saluera à genoux, en inclinant deux fois la tête jusqu’à terre, et il acceptera le présent. Ensuite les gardiens des greniers continueront à lui fournir des grains, et les officiers de la cuisine, des viandes ; mais non sur un ordre renouvelé chaque fois par le prince. Tzeu seu pensait que l’obliger à répéter souvent, pour un peu de viande cuite, des salutations pénibles et humiliantes, ce n’était pas la vraie manière de pourvoir à l’entretien d’un sage.

« Iao ordonna à ses neuf fils de servir Chouenn, et lui donna ses deux filles en mariage. Les officiers, les bœufs, les brebis, les greniers, tout fut destiné à pourvoir Chouenn au milieu de ses champs. Ensuite Iao l’éleva à la dignité impériale. De là vient l’expression : honorer la vertu et le talent en souverain ou en prince. »

7. Wan Tchang dit : « Je me permettrai de vous demander pourquoi un lettré (qui n’a pas encore exercé de charge) ne va pas faire visite aux princes. » Meng tzeu répondit : « Si ce lettré demeure à la capitale, c’est un sujet qui vit auprès du marché ; s’il demeure à la campagne, c’est un sujet qui vit au milieu des herbes ; dans les deux cas, c’est un simple particulier. Un simple particulier qui n’a pas offert au prince le présent ordinaire des nouveaux officiers et n’est pas en charge, ne doit pas se permettre de visiter le prince. »

Wan Tchang dit : « Un simple particulier qui est appelé par son prince pour un service, va s’acquitter de ce service. Si le prince l’appelle, parce qu’il désire le voir, pourquoi ne va-t-il pas voir le prince ? » Meng tzeu répondit : « C’est son devoir d’aller s’acquitter du service demandé ; mais il ne doit pas aller voir le prince. D’ailleurs, pourquoi le prince désire-t-il le voir ? » « Parce qu’il a beaucoup de science, répondit Wan Tchang, ou parce qu’il a une grande vertu et de grands talents. » (Si le prince désire le voir) à cause de sa grande science, (il doit aller le trouver). L’empereur lui-même n’appelle pas son maître ; à plus forte raison un prince (ne doit il pas se permettre d’appeler un savant). (Si le prince désire le voir) à cause de sa vertu et de ses talents ; (qu’il se rende auprès de lui). Je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un, désirant voir un sage, se soit permis de l’appeler.

« Dans une des nombreuses visites que Mou, prince de Lou, fit à Tzeu seu, il lui dit : « Anciennement, lorsqu’un prince qui avait mille chariots de guerre, voulait se lier d’amitié avec un lettré, que faisait il ? » Tzeu seu mécontent répondit : « Les anciens disaient : Servez l’homme sage ; comment auraient ils pu dire : Ayez des relations d’amitié avec lui ? » Tzeu seu, dans son mécontentement, ne se disait-il pas : « Si l’on considère la condition de chacun de nous deux, vous êtes prince, et je suis sujet ; comment oserais je contracter amitié avec un prince ? Si l’on considère la vertu, vous devez me servir ; comment pouvez vous prétendre à mon amitié ? » Un prince qui a mille chariots de guerre, recherche l’amitié d’un lettré, et ne peut l’obtenir ; à plus forte raison ne peut il pas l’appeler.

« King, prince de Ts’i, voulant aller à la chasse, fit appeler l’inspecteur de son parc par un envoyé portant un étendard. L’inspecteur refusa d’aller à la cour. Le prince fut sur le point de le mettre à mort. (Confucius dit) : « Un lettré bien résolu à suivre ses principes, garde sa résolution, même au péril d’être précipité dans un fossé ; un homme courageux ne se dément jamais, même au péril de sa tête. » Qu’est ce que Confucius trouvait de louable (dans la conduite de cet inspecteur) ? Il louait son refus d’aller à la cour, parce qu’il n’avait pas été appelé comme il aurait dû l’être. »

Wan Tchang dit : « Je me permettrai de vous demander quel signe un prince doit employer quand il appelle l’inspecteur de son parc. » Meng tzeu répondit : « Il se sert d’un bonnet de peau. Il appelle un simple particulier avec un étendard de soie unie, un officier avec un étendard orné de dragons, un grand préfet avec un étendard orné de plumes. Si un prince appelle l’inspecteur de son parc avec le signe qui sert à appeler les grands préfets, l’inspecteur mourra, s’il le faut ; il ne se permettra pas d’aller à la cour. Si un prince appelle un simple particulier de la même manière qu’il appelle ses officiers, un simple particulier se permettra-t-il d’aller voir le prince ? A plus forte raison un homme distingué par sa vertu et ses talents (n’ira-t-il pas voir le prince), s’il est appelé comme le serait un homme sans vertu ni talent.

« Désirer voir un homme distingué par sa vertu et ses talents, et ne pas prendre la voie convenable, c’est désirer qu’il entre, et lui fermer la porte. La voie, ce sont les convenances ; la porte, c’est l’urbanité. Le sage seul sait passer par cette voie, entrer et sortir par cette porte. On lit dans le Cheu King  : « La route de la capitale est unie comme une meule, et droite comme une flèche. Les officiers la parcourent ; le peuple la regarde. » (Ainsi en est il de la voie des convenances). »

Wan Tchang dit : « Lorsque Confucius était appelé par le prince, il partait aussitôt, sans attendre sa voiture. Agissait-il mal ? » « Confucius avait une charge, répondit Meng tzeu ; il devait en remplir les fonctions. Le prince l’appelait à cause de sa charge. »

8. Meng tzeu dit à Wan Tchang : « (Le disciple de la sagesse doit profiter du secours d’autrui). Devenu l’homme le plus vertueux de son village, qu’il se lie d’amitié avec tous les hommes vertueux de son village. Devenu l’homme le plus vertueux de son royaume, qu’il se lie d’amitié avec tous les hommes vertueux de son royaume. Devenu l’homme le plus vertueux de l’empire, qu’il se lie d’amitié avec tous les hommes vertueux de l’empire.

« Après s’être lié d’amitié avec tous les hommes vertueux de l’empire, qu’il croie n’avoir pas assez fait ; mais que, levant plus haut ses regards, il considère les anciens sages. Qu’il récite leurs poésies (spécialement le Cheu King) et lise leurs livres (spécialement le Chou King). Mais, s’il ne sait pas quels hommes c’étaient, sa tâche est-elle accomplie ? (Après avoir lu leurs poésies, leurs livres), qu’il étudie donc aussi leur histoire. Ainsi il s’élèvera jusqu’à lier amitié avec les anciens sages.

9. Siuen, prince de Ts’i, interrogea Meng tzeu sur les devoirs des ministres d’État. « Prince, de quels ministres parlez vous, demanda Meng tzeu ? » « Y a-t-il plusieurs sortes de ministres, dit le prince ? « « Oui, répondit Meng tzeu. On distingue les ministres qui sont nobles et parents du prince en ligne masculine, et ceux qui ne portent pas le même nom de famille que lui. » « Parlez moi, je vous prie, dit le roi, des ministres qui sont nobles et parents du prince. » « Si le prince commet de grandes fautes, dit Meng tzeu, ils l’avertissent. Si, après des représentations plusieurs fois réitérées, ils ne sont pas écoutés, ils mettent en sa place un autre de leurs parents. » Le roi se troubla et son visage changea de couleur.

« Prince, dit Meng tzeu, ne vous étonnez pas de ma franchise. Vous avez interrogé votre serviteur ; je ne me serais pas permis de ne pas dire la vérité. » Le visage du prince se rasséréna. Il pria Meng tzeu de lui parler des ministres qui ne portent pas le même nom de famille que le prince. « Si le prince commet des fautes, dit Meng tzeu, ils l’avertissent. Si, après des représentations réitérées, ils ne sont pas écoutés, ils se retirent. »