Les Renaissances/Lemerre, 1870/Ce qui reste des morts

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Alphonse Lemerre, éditeur (p. 30-31).

III


Ce qui reste des morts après les sépultures
Ne vaut pas qu’on le cherche au secret des tombeaux
Où leur chair se meurtrit et s’effondre en lambeaux
Sous le flagellement des lentes pourritures.

Leur image, vivante en de rares cerveaux,
Y subit, par l’oubli, l’affront des morts futures,
Et s’efface, parmi l’ombre des deuils nouveaux,
Aux mémoires en deuil de leurs progénitures.


Ce qui reste des morts, hélas ! ce n’est rien d’eux,
S’ils gisent tout entiers en leurs débris hideux,
Ou s’ils n’ont que nos vains souvenirs pour revivre.

Et si leur âme, éparse entre les floraisons,
S’exhale tout entière aux cimes des gazons,
Ce qui reste des morts, c’est l’effroi de les suivre.