Les Stations de l’amour/3

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L’Île des Pingouins (p. 28-43).

III

Paris, 8 décembre 18…

Voici maintenant, cher ami, l’aventure qui m’est, arrivée mardi et dont les suites retarderont sans doute la chute inévitable à laquelle toi-même chéri, avec ta haute intelligence et ton ineffable bonté, tu m’as préparée, et dont tu m’absous d’avance, à la condition que je te dirais tout, tout, avec détails et sans réserve. Ce à quoi j’ai souscrit d’autant plus volontiers que tu m’as juré d’en faire autant de ton côté. Et tu m’as donné, mon Léo bien-aimé, la plus grande marque de confiance et d’amour que je puisse désirer en me racontant, pur le menu, tes petites fredaines de voyage.

Tous mes compliments… Oh ! vous allez bien, mon cher mari… Ce n’était pas la peine de me faire si bien « assurer la navigation », comme tu appelles cela, avant notre séparation à Marseille. Mais, chéri, avant que je te dise mes impressions sur ce que tu m’as raconté si sincèrement, écoute ce qui m’est arrivé depuis l’envoi de ma dernière lettre… Non, monsieur, ce n’est pas du tout ce que vous vous imaginez.

Donc, papa et maman étaient allés à l’Opéra-Comique, voir jouer Carmen, que je suis lasse d’entendre. J’ai donc refusé de les accompagner.

Dès qu’ils furent partis, je rentrai dans ma chambre et me fis déshabiller par ma femme de chambre, une jolie brune de vingt-quatre à vingt-cinq ans que j’ai prise à mon service pour remplacer Laure, qui m’a quittée il y a quinze jours pour se marier, je crois te l’avoir écrit. Je suis très satisfaite de celle-ci : elle est adroite, très discrète, s’habille bien, a du goût dans le choix et l’arrangement des chiffons ; bref, je n’ai qu’à me louer d’elle.

De temps en temps sa prunelle lance des éclairs, mais l’expression de son regard est habituellement douce, presque mélancolique. Elle m’accompagne dans mes courses aux magasins et mes promenades.

Ce soir-là, il me sembla qu’elle allait bien lentement pour retirer mes bas et qu’elle promenait ses mains du haut en bas sur mes jambes, tout à coup, elle me dit : « Comme madame a la peau douce et fine !… »

— Vous trouvez, Thérèse ?… Je l’ai comme tout le monde…

Et je me levai pour lui permettre de dégrafer mon corsage et de me passer ma robe de chambre. Elle reprit : « Comme madame a une élégante chute d’épaules !… »

— C’est bien, je n’ai plus besoin de nous, Thérèse, vous pouvez vous retirer ; ne sortez, pas et couchez vous quand vous voudrez.

Puis, sans plus m’occuper d’elle, je m’installai devant mon feu, écrivis quelques lettres sans importance à ma sœur, aux Russel pour répondre à une invitation à dîner, à ma modiste, etc. Je parcourus ensuite les journaux du soir. Bref, il était dix heures quand je me mis au lit. Avant de m’endormir, je voulus relire tes deux dernières lettres, qui me mirent dans un singulier état.

Pourquoi n’étais-tu pas là, mon cher mari ? Je baissai ma lampe en veilleuse et je me disposai à dormir. Mais le sommeil ne vint pas. La lecture que je venais de faire, la pensée des plaisirs que tu avais goûtés, que tu goûtais sans doute à ce moment même dans les bras d’une autre, me causaient une agitation que tu devines et qui éloignait le repos. Enfin, n’y tenant plus, je m’installais commodément sur le dos, ramenai mes pieds sur mes fesses, écartai les genoux, et ma main se porta naturellement vers certain endroit…

Je commençais à soupirer de contentement, les yeux clos, quand tout à coup je poussai un cri en me dressant sur mon séant : Thérèse s’approchait de mon lit, un bougeoir à la main, en chemise, la gorge nue et une simple jupe autour du corps.

— Qu’y a-t-il ?… Que voulez-vous ?… lui fis-je brusquement, très contrariée d’être dérangée.

— Pardon, madame, mais madame ne m’a pas appelée ? Il m’avait semblé…

— Mais non ; vous êtes folle ; allez vous coucher et laissez-moi dormir…

— Je vais reborder le lit de madame qui est tout défait ; madame pourrait prendre froid…

Et sans attendre ma réponse, ayant posé son bougeoir sur la table de nuit, elle passa sa main sous la couverture, puis la glissa si rapidement à l’endroit où j’avais mon doigt tout à l’heure, en arrivant juste au point sensible, que je n’eus pas le temps de me garer de cette brusque attaque. En même temps, elle se jeta sur moi et me couvrit les joues, les yeux, le cou, la bouche de baisers les plus passionnés, me disant d’une voix haletante : « Pardonnez-moi, mais je vous aime, je vous adore… j’en serais devenue folle… j’en serais morte… »

La coquine !… moi aussi j’allais mourir, car son doigt allait toujours, avec une délicatesse… une science !… Je ne résistais plus, j’avais machinalement ouvert les jambes, après avoir dit pour la forme : « Thérèse ! non, laissez-moi… va-t’en… »

Mais ces mots s’achevaient en soupirs. Mes yeux plongeaient dans sa chemise où je voyais palpiter une gorge d’une blancheur éblouissante, que soulevaient des sanglots étouffés… Je jetai vivement mes bras autour de son cou et la serrai sur mon sein à l’étouffer : « Va plus vite, soupirai-je… voilà… ah !… ah !… »

… Quand je revins à moi, Thérèse était à genoux devant mon lit, pleurant à chaudes larmes, tenant une de mes mains et la couvrant de baisers : « Que madame me pardonne, je n’y pouvais plus tenir… depuis huit jours… Madame est si jolie, si charmante… Madame va peut-être me chasser demain… bien sûr… mais que madame me pardonne… »

Tout cela était dit d’une voix douce, entrecoupée de sanglots qui me remuaient. De mon lit, je voyais encore ses seins magnifiques, dont je ne pouvais détacher mes yeux.

— Mais non, Thérèse, fis-je en me mettant aussi à pleurer, je ne vous chasserai pas… Levez-vous… vous voyez bien que je ne vous en veux pas… venez m’embrasser.

Elle ne se le fit pas dire deux fois : rapide comme une flèche, elle se jeta comme une louve sur ma bouche que je lui tendais et où, cette fois, elle enfonça une langue pointue que je suçai à mon tour avec avidité, pendant que sa main recommençait son jeu, sans la moindre résistance de ma part.

Elle la retira pourtant pour me saisir la tête à deux mains, baiser mes yeux encore humides, me sucer le bout des seins, me peloter de mille façons, et je lui rendais ses caresses, autant que ma position me le permettait. Car elle était toujours à côté de mon lit, penchée sur moi, soutenant ma tête qui était presque dehors. Elle avait, sans que je m’en aperçusse, dénoué le cordon de sa jupe qui avait glissé sur le tapis, et je voyais, par le haut de sa chemise, tout son beau corps qui frémissait de désir et de volupté.

— Bien vrai, chère madame, que vous me pardonnez, que vous me laisserez vous aimer, vous caresser ? Oh ! je vous aime… je vous adore… bien plus que si vous étiez un homme…

Et elle caressait ma poitrine, le ventre, revenant à mon bouton qui se dressait, impatient d’une nouvelle jouissance. Je me dégageai cependant, lui disant : « Vous allez prendre froid, ma petite Thérèse… Et je la sentais frissonner… Viens t’étendre près de moi, viens nous réchauffer… »

— Moi, je brûle !… Attendez une minute…

Et elle s’enfuit dans sa chambre où je l’entendis faire ses ablutions bien discrètement. J’en profitai pour aller dans mon cabinet de toilette me passer un peu d’eau fraîche ; j’en avais besoin, car j’avais encore déchargé spontanément pendant nos embrassades. Quand je revins, elle était penchée sur le feu qu’elle tisonnait, et je pus voir à travers une chemise fine qu’elle venait de passer, un croupe d’une opulence rare.

— Allons, viens vite !…

Je la tutoyais à présent… de me mis au lit, où elle me suivit aussitôt. Je la saisis dans mes bras, en lui faisant des langues passionnées. C’est moi qui étais maintenant impatiente : il y avait si longtemps que je jeûnais !…

— Remonte la lampe, Thérèse, et enlève l’abat-jour que je voie comme tu es belle, comme tu es bien faite.

Et mes yeux ne pouvaient se lasser de l’admirer, pendant qu’elle s’était remise à me branler et que je lui en faisais autant. Elle m’inonda la première, en se tordant et en poussant des cris étouffés. Mais elle se ressaisit tout de suite… « Non, avec ma bouche, avec ma langue, me dit-elle… laissez-moi vous faire minette… »

Et sans attendre ma réponse, elle s’installa et promena une langue chaude, ardente, sur mon pauvre clitoris qui depuis longtemps ne s’était trouvé à pareille fête, et qui ne tarda pas à cracher sa béatitude, alors qu’elle se pâmait, car pendant ce temps-là son doigt n’était pas resté inactif.

Elle remonta vers moi et me dit câlinement : Vous aimez cela… c’est bon, n’est-ce pas ?… »

— Oh ! oui… et toi, polissonne ?… Viens, je veux te le faire aussi…

— Oh ! non, pas ça… pas vous, madame…

— Si, si, tu m’as allumée, cochonne, je te veux… Viens… Et je montais sur elle, je la couvris de baisers, je lui suçai le bout des seins à la faire crier, j’enfonçai mes ongles dans ses belles fesses. Elle se tordait sous moi en soupirant : « Que je suis heureuse !… que je vous aime !… que je vous aime !… »

— Moi aussi, je t’aime !… je t’adore !… Tu m’as devinée… Oh ! tu as bien fait de venir…

J’étais comme une furie ; je frottais ma toison contre la sienne à m’écorcher ; j’allais jouir encore… Je me redressai pour la regarder, en lui disant : « Que tu es belle, Thérèse !… Je ne t’avais jamais vue comme cela ; non, tu es trop belle pour une… »

Pour une domestique, dites le mot. Oui, je suis votre domestique, votre esclave… Faites de moi tout ce que vous voudrez., je suis trop heureuse… battez-moi tuez-moi… tuez-moi… je veux mourir ainsi…

Les paroles s’étranglaient dans sa gorge. Elle râlait, les yeux tout blancs : j’eus peur… j’interrompis mes caresses, je la soulevai et la fis asseoir sur le lit. Elle porta la main à sa gorge, en criant : « J’étouffe… j’étrangle… »

Je sautai à bas du lit, effrayée, et lui rapportait un verre d’eau sucré, qu’elle but presque entièrement, puis me prit les mains qu’elle embrassa. « Merci, dit-elle, de sa voix redevenue douce et naturelle. Oh ! pardon, chère madame, chère maîtresse… »

— Non, Thérèse, c’est toi qui sera ma maîtresse, mon amie, mon mari…

— Oui, je remplacerai votre mari… tant que je pourrai, tant que vous le voudrez… Vous l’aimez bien ?…

— Je l’adore… Mais il a fallu nous séparer. Quand il reviendra, tu l’aimeras aussi, tu verras comme il est beau et charmant, car lui aussi t’aimera…

— Oh ! madame !…

— Si, si, il couchera-là entre nous deux : nous le caresserons toutes les deux. Tu verras son beau membre ; il te le mettra… nous jouirons tous les trois ensemble… Mais recouche-toi, ma chatte, tu vas t’enrhumer. Es-tu mieux ?

— Oui, oui, tout à fait bien… venez vite que je vous sente là, près de moi… j’ai cru que j’allais mourir, mais c’était d’émotion, de bonheur…

— Et puis, dis-je en riant, je crois que je t’écrasais un peu.

— Oui, répondit-elle avec un sourire, c’était peut-être aussi cela.

Comme je m’étais étendue près d’elle et que ma main caressait sa fourrure soyeuse et fournie, elle écarta les cuisses, en me disant : « Oui, ça… tout ça… tout est à vous… »

Mais je fis un brusque mouvement de surprise. En mettant le doigt sur le clitoris, j’avais senti non pas un simple bouton, se gonflant plus ou moins, mais un véritable appendice, petite queue charnue qui bandait, et dont je ne m’étais pas aperçue la première fois.

— Oui, me dit-elle en m’embrassant, je l’ai très développé. C’est peut-être pour cela que je vous aime si ardemment !…

— Oh ! fais voir, ma mignonne… montre…

Elle rejeta les couvertures. Je vis alors le singulier objet : un joli clitoris rose, d’un bon pouce de longueur, qui frétillait sous mes yeux étonnés.

— C’est drôle, fis-je, on dirait une petit queue de gamin… laisse moi la sucer…

Je la pris entre mes lèvre, comme si ç’avait été la tienne. Elle ne protesta pas cette fois, et se laissa faire avec complaisance ; je la mordais et la lâchais tour à tour pour donner de grands coups de langue dans la vulve. Thérèse cependant se trémoussait convulsivement et poussait de petits cris : « Oh ! quel bonheur !… quelles délices !… pas si vite… attends… encore !… ah ! je t’aime… ta langue… ta langue… je jouis… je jouis !… »

Elle sursauta, deux ou trois fois, puis resta immobile. Je repris place auprès d’elle et me réchauffai en me frottant lascivement contre ce beau corps que je sentais palpiter dans mes bras.

Je prenais à pleines mains ses seins fermes, dont les pointes se dressaient fièrement et se durcissaient entre mes lèvres : je les suçais, en chatouillant les poils sous les bras : je m’enivrais d’elle ; je lui chatouillais les oreilles du bout de mon nez, puis donnais de petits coups de langue bien délicats sur le tour, caresse délicieuse que tu m’as apprise, et qui se répand dans tout l’être. C’est moi qui lui faisais la cour, c’est moi qui la mignonnais, c’est moi qui l’aimais… ma femme de chambre !… Elle ne me rendait pas mes caresses, mais paraissait jouir délicieusement des miennes ; elle ne témoignait son bonheur que par des soupirs et des exclamations languissantes : « Que c’est bon !… Ah !… que je suis heureuse… mon ange, ma chérie, ma bien-aimée… Oui… suce… ta bouche… ta langue… donne… donne… »

Moi aussi, j’étais ivre de volupté ; j’avais passé l’une de mes jambes sous elle et je frottais ma vulve sur sa hanche. Elle se dégagea brusquement de mon étreinte : « Encore, fit-elle haletante… encore !… À mon tour… je veux encore vous faire minette… »

Et elle se glissait au fond du lit.

— Non, lui dis-je en l’arrêtant : ensemble, ensemble…

— Oui, c’est cela, faisons soixante-neuf…

— Oui, ma chérie… soixante-neuf… Ah ! cochonne, tu sais comment ça s’appelle… viens !…

Déjà elle était couchée sur moi, se soutenant sur les mains pour ne pas m’écraser de son poids, et elle commença à me lécher avec ardeur. Elle avait installé son chat sur ma bouche ; de ma langue, je cherchai le petit nerf que je tirai et me mis à le sucer avec avidité ; presque aussitôt je déchargeai et il me sembla que j’entrais tout entière dans sa bouche, et je la sentis en même temps fondre en moi. Sans rien dire, sans nous déprendre, nous recommençâmes. Quatre fois, sans interruption, nous jouîmes, nous nous pâmâmes en même temps : nous en étions arrivées à nous mordre avec fureur, à nous aspirer le clitoris, pour en extraire toute la substance et l’avaler. Nous ne sentions rien… rien qu’une jouissance ineffable… continue… et pendant laquelle il me sembla que j’allais mourir.

Je ne sais comment nous nous endormîmes dans les bras l’une de l’autre, seins contre seins, les lèvres collées…

Le lendemain matin, quand j’ouvris les yeux, Thérèse était dans ma chambre, habillée, et rangeant sans bruit.

— Déjà levée Thérèse ?… Quelle heure est-il ?…

— Neuf heures, madame.

— Ouvre les rideaux… Je suis brisée… Et toi, Thérèse ?

— Merci, madame, je vais très bien : je me suis levée tard : il était près de huit heures.

— Eh bien ! Thérèse, vous ne venez pas m’embrasser ?

— On eut dit qu’elle n’attendait que ce mot. Elle se précipita dans mes bras et me couvrit de baisers fous : « Chère madame, c’est donc bien vrai ?… Je n’ai pas rêvé… C’est donc bien vrai que cette nuit… »

— Oui, ma petite Thérèse, c’est bien vrai… tu m’as dit que tu m’aimais… Je t’aime aussi… nous nous le sommes prouvé…

Je pris sa tête entre mes mains et l’embrassai follement : « Tiens, regarde dans quel état tu m’as mise !… »

Et rejetant les couvertures, je lui montrai le lit inondé et ma chemise toute mouillée : « Il faudra changer les draps. »

— Bien, madame, mais…

Je crus la deviner.

— Eh bien ! nous en changerons tous les jours, répondis-je en souriant.

Je sautais à bas du lit, mes jambes flageolaient.

— Ce n’est rien, dit Thérèse en m’emmenant au cabinet de toilette, un bon bain réparera tout cela.

… Que te dirai-je encore, cher ami ? La journée se passa dans l’attente de délices nouvelles que la nuit me promettait. J’étais un peu pâle et j’avais les yeux cernés ; au déjeuner, maman me demanda si j’étais souffrante. Je sortis seule l’après-midi, sans but ; il faisait froid. Je remontai à pied les Champs-Élysées. J’avais besoin de mouvement… jamais je ne m’étais sentie si gaie, si heureuse, depuis ton départ. J’avais toujours devant les yeux le corps charmant de Thérèse, ses cuisses satinées, ses reins souples et bien cambrés, sa gorge si développée, ses yeux d’une expression si tendre qui se formaient sous mes baisers, et surtout cette « petit chose » si grande pour une femme, qui [se] dressait entre les lèvres roses…

Je voulais rentrer tout de suite pour la revoir et en jouir encore, puis je m’arrêtais en savourant mes souvenirs. Jamais je n’avais éprouvé pareil bonheur… pardonne-moi ce sacrilège, mon ami, mais, à ce moment-là j’aimais Thérèse autant que toi.

Mais mes scrupules s’apaisèrent quand je pensais qu’au même instant tu étais peut-être dans les bras de quelque bayadère, ou d’une sentimentale Anglaise qui te consolait de mon absence…

Non, je ne croyais pas que l’on pût ressentir de pareilles émotions entre les bras d’une de ses semblables, car ni mes polissonneries de jeune fille avec mes amies de pension, ni même les jouissances de cette fameuse nuit que nous passâmes avec Berthe, toi en tiers, et où tu te conduisis si vaillamment (huit fois monsieur !), ni le mois que notre cher Gérard passa avec nous, et pendant lequel il fut mon mari autant que toi, rien de ce que j’avais fait alors avec une femme n’approchait de ce que cette Thérèse, si douce, si lymphatique en apparence, m’avait fait éprouver. Et c’était bien de l’amour, de l’amour intense, le plus tyrannique et le plus absorbant que j’avais pour elle…

Rassure-toi, cher Léo, les hommes n’existent plus pour moi, et ce ne sera pas de sitôt que je te ferai cocu… car je compte pour rien ma petite escapade avec le compagnon de voyage qui me retint une nuit à Lyon, lorsque je venais de te conduire à Marseille, et mes deux ou trois passades avec l’officier que j’avais rencontré au théâtre, et qui m’amusa quelques jours : le cœur n’y était pour rien, et je ne les reconnaîtrais peut-être pas si je les rencontrais, ni eux non plus, sans doute.

Tu vois, mon mari adoré, combien je suis franche avec toi ; tu m’as tout permis pendant ton absence, en me recommandant seulement trois choses : de ne rien faire qui pût compromettre ma réputation, ma santé, ou l’amour infini que j’ai pour toi. Sois sans crainte, mon Léo, je t’adore, tu es mon Dieu : n’est-ce pas toi qui m’as créée, qui m’as fait connaître le bonheur sous toutes ses faces ? Absent ou présent, tu es toujours dans mon cœur et, malgré tout ce que je viens de t’écrire, je t’aime, je t’aimerai toujours… plus que toutes les Thérèses du monde.

Amuse-toi bien, mon ami, car je sais que tu travailles bien aussi. As-tu un sérail, mon pacha ? Montre à ces étrangères ce qu’un Français peut faire quand il est aussi beau, aussi robuste, aussi charmant que toi : ménage seulement ta santé et tes forces.

Je finirai ma lettre (un volume !) demain, jour du courrier.


Samedi 19

… La dernière nuit, mon chéri, n’a guère ressemblé à la précédente. Écoute plutôt :

J’avais été dîner avec mes parents chez les Brosselard ; je me sentais énervée et toute troublée encore par mon aventure de la veille ; je mangeais distraitement, sans m’apercevoir que je buvais peut-être un peu trop de ce Saint-Georges que tu connais et qui me monte si facilement à la tête. Moi qui, d’ordinaire, ne suis jamais pressée de rentrer le soir, en pareille circonstance, prétextant une migraine, je demandai, une heure après qu’on se fût levé de table, à rentrer à la maison.

Thérèse m’attendait dans ma chambre, mais elle était si profondément endormie sur un fauteuil, qu’elle n’entendit pas la voiture entrer dans la cour, ni le bruit que je fis en ouvrant la porte. Je restai un instant à la contempler ; qu’elle était jolie, en toilette de nuit, enveloppée dans une robe de chambre mauve à moi, bien capitonnée, la tête renversée sur le dossier de la chauffeuse, le cou tendu, bien charnu, la gorge saillante, les lèvres entr’ouvertes. Je ne pus m’empêcher de lui donner un baiser sur la bouche, avec un petit bout de langue que j’agitai tout doucement… Elle se laissa faire un instant, sans se réveiller, et son visage prit une expression d’exquise béatitude. Puis elle ouvrit les yeux et resta un instant ahurie ; revenue à elle, elle fut aussitôt debout : « Vous, madame, déjà ?… Quelle heure est-il donc ?… Je rêvais… »

— Et à quoi, ou à qui, mademoiselle ?…

— Pouvez-vous le demander ?… À vous, à nos folies de la nuit dernière… Y avait-il beaucoup de monde à ce dîner ?… Vous êtes-vous bien amusée ?… On vous a bien fait la cour ?… bien sûr, vous étiez la plus jolie !…

— Oh ! non il y avait là la baronne Paville qui, avec ses trente-sept ou trente-huit ans, est encore vraiment admirable… On dit qu’elle n’aime que les femmes…

— Oui, je sais… elle a cette réputation : prenez garde à vous…

— Folle !… Il y avait aussi sa fille Léa, qui fait son entrée dans le monde : elle est merveilleusement jolie et paraît avoir un caractère charmant…

— Si vous alliez en devenir amoureuse ?…

— Thérèse, vous me faites de la peine…

— Oh ! madame, pardon, je plaisantais…

Elle avait fini de me déshabiller et j’allais me mettre au lit ; prenant un bougeoir, elle me dit tristement bonsoir ; je le lui souhaitai également, et la vis partir les yeux pleins de larmes. À peine avait-elle fait quelques pas, que je partis d’un éclat de rire, en lui disant : « Mais pose donc ce chandelier, petite dinde !… Alors tu crois que je t’ai dis bonsoir sérieusement, et que tu vas me quitter ainsi ?… »

Je lui ouvris les bras dans lesquels elle se précipita.

— Méchante, fis-je en l’entraînant vers un fauteuil où je m’assis ; puis la prenant sur mes genoux et la dorlotant comme un bébé : demandez pardon, vite…

Collant sa bouche sur la mienne, elle murmura : « Pardon, pardon… que vous êtes bonne !… »

— D’abord, lui dis-je en défaisant son peignoir, tu m’ennuies avec tes « vous » et tes « madame ». Quand nous sommes seules, j’entends que tu m’appelles « Cécile » et que tu me tutoies ; tu entends, je le veux !…

— Oui, ma Cécile, je t’aime !

— Enfin !… À la bonne heure !…

Nos bouches s’unirent ; je relevai sa chemise pour palper ses fesses, parcourir ses flancs moelleux de mes mains avides, caresser ses seins rebondis dont je roulai les bouts sous mes doigts.

— Je n’ai pas très chaud, lui dis-je, en la remettant debout, pour m’approcher du feu.

— Mais, vous ne me laissez pas le temps… Venez que je vous réchauffe…

— Encore vous !… Thérèse je vais me fâcher.

— Viens à ton tour sur mes genoux, viens ma chatte…

Et intervertissant les positions, c’est elle qui me fit asseoir, fesses nues, sur ses cuisses nues : « Comme tu as la peau douce… comme tu sens bon, ma bien aimée… »

J’étais tellement énervée que je me dégageai de ses bras, et lui dis : « Montre-le-moi, Thérèse, ton… petit chose… ton clitoris… C’est un vrai petit membre… je ne l’ai pas bien vu, je veux le revoir… »

Aussitôt elle se mit debout, écartant les jambes en se retroussant. Je me mis à genoux devant elle, en m’exclamant : « Oh ! comme tu as du poil !… quel amour de chat !… »

Et je l’embrassai… Je pris son clitoris entre mes doigts ; au repos, il n’était guère plus gros que le mien, mais je le sentais s’allonger sous ma caresse : « Tiens, tu sens… il s’allonge… il remue… oh ! viens… que je le suce… »

Thérèse me saisit les cheveux à poignée, en s’écriant : « Oh ! non assez, assez !… tu vas me faire jouir !… »

— Regarde-le devant la glace… je veux que tu le voies ainsi…

— Mais je le connais bien…

— Ça ne fait rien, c’est toujours beau à voir… Polissonne, tu le connais… je parie que tu t’es souvent chatouillée en te regardant devant une glace… dis, pas vrai ?… Tu t’es branlée ainsi ?… Moi, je l’ai fait souvent quand j’étais jeune fille…

— Comme tu dis cela crûment, fit-elle en souriant.

— Oui, ma Thérèse, c’est comme ça : dans la journée, tu me garderas le respect pour qu’on ne s’aperçoive de rien. Mais quand nous serons seule à seule, comme ce soir, nous dirons des cochonneries., nous en ferons…

— Oh ! Cécile !…

— Je te scandalise, mais ça m’est égal. Pourquoi m’as-tu excitée ?… Pourquoi as-tu réveillé mes sens qui étaient assoupis ?…

— Oh ! fit-elle d’un air de doute.

— Oui, mademoiselle, n’es-tu pas venue me trouver dans mon lit ?…

Elle ne répondit pas, et cacha sa figure entre mes nichons. Oui, je me branlais à l’intention de mon mari… Tu es venue m’achever… Et maintenant que nous nous connaissons, nous ferons des horreurs… nous dirons des cochonneries, nous en ferons de toutes sortes… Aimes-tu dire des cochonneries ?…

— Pas trop…

— Tu aimes mieux en faire !… Eh bien ! moi j’aime tout : faire et dire…

Je m’excitais sans savoir pourquoi : je criais et me démenais par la chambre. Thérèse me regardait, toute surprise.

— Mais, dit-elle, on peut s’amuser sans…

— Ah ! s’amuser ! m’écriai-je en m’animant de plus en plus… alors, ce n’est que pour vous amuser que vous êtes venue me branler ?…

— Cécile, ma chérie, calme-toi…

— C’est pour t’amuser seulement que tu as couché avec moi, que nous nous sommes léchées, sucées, que mes yeux sont entrés dans les tiens… pour t’amuser, garce !…

Je marchais à grands pas autour de la chambre, je riais, d’un rire saccadé… J’étais grise, tout bonnement, des vins que j’avais bus au dîner, et aussi d’émotion sensuelle. Thérèse s’en aperçut, et me dit en me prenant doucement par la taille : « Viens te coucher, ma chérie. »

Je la repoussai assez violemment et me plantai devant elle, en m’écriant : « Je t’aime, vois-tu… je t’aime maintenant, Thérèse, plus que tout au monde, plus que mes parents, plus même (qu’il ne pardonne !) que mon Léo que j’adore pourtant… Avec toi, c’est un autre genre d’amour plus aigu, plus intense, plus violent, qui me tient au cœur… Oh ! que je t’aime !… que je t’aime !… »

Et je tombai aux pieds de Thérèse stupéfaite, en fondant en larmes. Sans rien répondre, elle me laissa pleurer silencieusement, tenant près de ses lèvres mes mains, sur lesquelles je sentis aussi couler ses larmes.

Après cette crise de larmes, je me sentis plus calme. Je me laissai mettre au lit comme un enfant. Thérèse me rejoignit, après m’avoir préparé un tasse de thé.

Dès qu’elle fut couchée près de moi, je la serrai dans mes bras pour la réchauffer ; son poil se mêlait au mien et je lui donnai un long baiser, en disant : « J’ai été méchante, ma petite Thérèse !… je t’ai fait pleurer… tu me pardonnes, chérie ?… »

— Oh ! chère adorée ! vas-tu mieux maintenant, mon ange ?…

— Oui, assez bien ; j’étais un peu grise…

Et nos langues ne cessaient de frétiller.

— Tu bandes, Thérèse !… je sens ton affaire qui se redresse… Oh ! mets-le moi !…

— Non, mon amour, dormons… vous allez vous rendre malade… demain !…

— Ma chérie, je t’en prie… une petite fois…

Nous étions toutes deux, ventre contre ventre ; nous entremêlâmes nos jambes et je sentis son clitoris, à l’entrée de mon vagin, aller et venir à l’angle supérieur des grandes lèvres et exciter le mien à l’angle supérieur des grandes lèvres et exciter le mien dans une caresse régulière. Elle me baisait à la paresseuse ! Au bout de quelques minutes, nous nous pâmâmes en même temps, et… nous nous endormîmes enlacées.

Voilà, chéri, le récit fidèle de mes deux premières « nuits de noces » avec Thérèse. Qu’en dis-tu ?…

Je t’envoie un million de tendres caresses.

Ta Cécile.