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Les Vivants et les Morts/T’aimer. Et quand le jour timide

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T’AIMER. ET QUAND LE JOUR TIMIDE…

T’aimer. Et quand le jour timide va renaître,
Entendre, en s’éveillant, derrière les fenêtres,
Les doux cris jaillissants, dispersés, des oiseaux,
Eclater et glisser sur la brise champêtre
Comme des grains légers de grenades sur l’eau…
— T’espérer ! Et sentir que le golfe halette
En bleuâtres soupirs vers le ciel libre et clair ;
Et voir l’eucalyptus, dans la liqueur de l’air,
Agiter son feuillage ainsi que des ablettes !
— Voir la fête éblouie et profonde des cieux
Recommencer, et luire ainsi qu’au temps d’Homère,
Et, bondissant d’amour dans la sainte lumière,
La montagne acérée incisant le ciel bleu !
— Et t’attendre ! Goûter cette impudique ivresse
De songer, sans encor les avoir bien connus,
A ton regard voilé d’amour, à tes bras nus,

Au doux vol hésitant de ta jeune caresse
Qui semble un chaud frelon par des fleurs retenu !
— Et puis te voir enfin venir entre les palmes,
Innocent, assuré, sans crainte, les yeux calmes,
Vers mes bras enivrés où le destin fatal
Te pliera durement et te fera du mal ;
Alors saisir tes mains, comme la brusque chèvre
Mord la fleur de cassie et rompt le myrte étroit ;
Et, les yeux clos, avoir, pour la première fois,
Bu l’humide tiédeur qui dort entre tes lèvres…
— O cher pâtre, inquiet et désormais terni.
J’ai vécu pour cela, qui est déjà fini !