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Les Vivants et les Morts/Un abondant amour

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Les Vivants et les MortsArthème Fayard et Cie (p. 117-118).

UN ABONDANT AMOUR…

Un abondant amour est pareil au silence,
Rien de lui ne s’échappe et ne s’ajoute à lui.
Il agit dans sa calme et splendide substance,
Plus vaste que l’espace et plus haut que la nuit.

Les siècles révolus et les saisons futures
L’élisent comme un lieu d’attente et de repos.
Il a tout absorbé de l’immense nature,
Au point d’être l’éther, les cimes et les eaux.

J’examine ce soir ma vie âpre et compacte ;
J’ai fait ce que j’ai pu, d’un haut et triste cœur,
Sachant que mes pensers et beaucoup de mes actes
Ont sombré à jamais, sans bruit et sans lueur.


Je n’ai pas pu sauver le meilleur de moi-même,
Ces larmes, ces efforts, ces courages, ces freins,
Dont j’ai su tour à tour rompre mon cœur extrême,
Ou le fermer avec des lanières d’airain.

Ample comme les flots, et comme eux volontaire,
J’ai fait plus que lutter, j’ai contredit le sort,
Et détournant mes yeux de la vie étrangère,
Délaissant les vivants, j’ai voulu plaire aux morts.

Je m’arrête à présent, et me laisse conduire
Par les jours entraînants qui mènent au tombeau ;
Que m’importe le temps qui me reste à voir luire
Un monde qui me fut trop cruel et trop beau.

Je m’arrête, et me livre à ta bonté nouvelle,
Cher être, où je m’achève enfin. Je t’ai choisi
Pour le point de départ de ma vie éternelle ;
Déjà mon cœur en toi jette un cri adouci.
Je me lie à ton âme où se meuvent des ailes,
Et mon esprit, qui fut l’immense fantaisie,
Veut languir, les yeux clos, dans ta haute nacelle,
Délivré de l’espace et de la poésie…