Les cimetières catholiques de Montréal depuis la fondation de la colonie/5

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CHAPITRE CINQUIÈME

Le Cimetière de Notre-Dame-des-Neiges


Regrettez la torpeur qui vous cloue à la terre
Vos agitations dans la fange et le sang,
Vos nuits sans espérance et vos jours sans lumière ;
C’est là qu’est le néant.

(Musset, Souvenir.)



APRÈS avoir entretenu le lecteur des premiers cimetières de Ville-Marie, il est de notre devoir de consacrer un chapitre spécial au cimetière de Notre-Dame-des-Neiges, afin d’en faire apprécier l’origine, l’avantage de sa situation et ses précieux embellissements. L’autorité ecclésiastique, a assuré à notre ville par la division de l’ancienne paroisse de Montréal les bienfaits les plus aptes à la sanctification des âmes. Aussi bien elle a sagement assigné un seul lieu de repos, où tous nos morts sont gardés à l’ombre d’une commune croix, confondus et consolés dans l’unité de sépulture, après avoir vécu dans l’unité de leur foi.

Le cimetière St-Antoine étant devenu trop étroit pour les besoins de la population croissante de la ville et de la banlieue, il fut résolu à une assemblée du bureau de la fabrique, tenue le 17 juillet 1853, de choisir un terrain propice pour faire un nouveau cimetière. Un comité composé de cinq marguilliers, MM. Pierre Jodoin, marguillier en charge, Éphrem Hudon, A.-M. Delisle, Jean Bruneau et Romuald Trudeau, fut nommé dans le but de s’enquérir sur un site convenable, avec prière de faire rapport sous le plus court délai. À une assemblée tenue le 31 juillet 1853, le comité nommé en vertu d’une résolution passée à une assemblée générale des marguilliers de la fabrique de Montréal, en date du 17 courant, faisait le rapport suivant :

Votre comité a l’honneur de faire rapport :

« Qu’ayant examiné un nombre de terres dans les différents quartiers environnant la cité de Montréal, n’ont trouvé que peu de terrains de grandeur et position convenables pour l’objet que votre corporation a en vue, néanmoins, votre comité est heureux de pouvoir vous communiquer qu’il en a trouvé un, qui, il espère, rencontrera votre approbation. Il est situé sur le chemin de la Côte-des-Neiges, à environ vingt arpents de la barrière, appartenant au docteur Pierre Beaubien, ayant cinq arpents de front sur le dit chemin, par vingt-trois arpents de profondeur, sur lequel terrain il y a un bocage d’environ vingt-cinq à trente arpents et quatre-vingt-cinq en culture, faisant en tout une superficie de cent quinze arpents.

« Quant au prix, votre comité est d’opinion qu’il n’est pas exorbitant, vu que ce n’est qu’environ trente louis l’arpent. En conséquence il en recommande l’acquisition immédiate.

« Résolu que le dit rapport recommandant l’acquisition de la terre du Dr. Beaubien pour l’usage d’un cimetière soit reçu et adopté ; et que Messieurs Pierre Jodoin, marguillier en charge, Jean Bruneau, E. Hudon et R. Trudeau soient autorisés à faire la dite acquisition au prix de trois mille livres cours actuel ; de plus qu’ils soient autorisés à signer l’acte de vente du dit terrain au nom de cette fabrique, et présenter requêtes tant auprès des autorités ecclésiastiques que civiles, pour obtenir la permission préalable de faire la dite acquisition. »

Cette question resta pendante, et le 19 mars de l’année suivante (1854), le Révérend M. P. Billaudèle, alors supérieur du Séminaire et faisant les fonctions curiales, soumit à une assemblée de Messieurs les anciens et nouveaux marguilliers la nécessité de faire choix d’un nouveau cimetière ; et les délibérations sur cette mesure s’étant prolongées jusqu’à sept heures du soir, sans pouvoir en venir à aucune conclusion, et n’étant pas jugé convenable de siéger plus tard, il fut résolu de remettre la discussion de la mesure à une assemblée qui aurait lieu le dimanche suivant.

M. le Supérieur expliqua de nouveau à cette assemblée que le but principal pour lequel elle était convoquée était de choisir un site pour un nouveau cimetière, et de décider si l’on accepterait vingt arpents de terre à la Côte St-Luc que le séminaire, en vue d’éviter de nouvelles dépenses à la fabrique, offrait gratuitement pour cet objet, ou si on le placerait sur la terre achevée du Dr Beaubien à la Côte-des-Neiges, pourvu que dans ce cas, les argents nécessaires soient pris en dehors des revenus de la fabrique.

Après de longues discussions, M. C.-S. Rodier, secondé par M. Alexis Laframboise, proposa : « Que dans l’intérêt de la fabrique et des citoyens en général de cette paroisse, les marguilliers acceptent avec reconnaissance l’offre généreuse faite par messieurs les Sulpiciens de Montréal de vingt arpents de terre situés à la Côte St-Luc pour et par eux en faire un cimetière catholique. »

Cette motion ayant été mise aux voix, fut décidée dans la négative : messieurs Berthelot, Rodier, Laframboise et Leblanc votant pour : Messieurs Doucet, Belle, Bouthillier, Boyer, Bruneau, Donegani, LeProhon, Hudon, Trudeau, Wilson, Desmarteau, Jodoin, Masson, Paré, LaRocque et Delisle votant contre la motion.

Il fut alors résolu à la majorité des voix : « Que de sincères remerciements soient offerts aux messieurs du Séminaire de leur offre généreuse et certainement avantageuse dans les circonstances où se trouve la fabrique, mais que l’acquisition de la terre du Dr. Beaubien ayant déjà été effectuée dans l’intention d’en faire un cimetière, cette terre paraissant propre sous tous les rapports à l’objet projeté, et M. Éphrem Hudon conjointement avec M. Pierre Jodoin ayant produit à l’assemblée une liste des citoyens les plus respectables s’engageant à y prendre des terrains au montant de deux mille sept cents louis ; et ces messieurs ayant de plus assuré l’assemblée que, d’après les encouragements qu’ils avaient déjà reçus, ils avaient lieu de croire que tous les fonds nécessaires pour cette entreprise s’obtiendraient ainsi des paroissiens sans toucher aux revenus de la fabrique, les marguilliers croient devoir confirmer la résolution prise à l’assemblée du trente-unième jour du mois de juillet 1853 et approprier définitivement la terre de la Côte-des-Neiges acquise du Dr. Beaubien comme cimetière religieusement orné à l’usage des catholiques de Montréal. »

On fit tout de suite les travaux les plus nécessaires et le cimetière fut ouvert au public en 1855.

Le nom de Notre-Dame-des-Neiges n’a pas été donné au présent cimetière sans une intention bien spéciale. Il y a eu à ce sujet une évocation d’un de nos plus précieux souvenirs historiques. En nous rappelant les premières années de Ville-Marie, il nous sera facile de reconnaître les liens de parenté entre le dernier champ de nos morts et ses environs. Vers la fin de décembre 1642, les travaux du fort de la Pointe-à-Callières étaient terminés, quand les eaux du fleuve montèrent tellement qu’elles menaçaient de tout détruire. (Rel. du Père Vimont, 1643.) M. de Maisonneuve planta sur la rive, à l’entrée du fort, une croix, s’engageant à la transporter sur la montagne si le malheur était détourné. L’attente fut bien pénible ; Dieu paraissait même sourd à la voix de son fidèle serviteur, quand enfin les eaux vinrent battre leurs dernières vagues sur le seuil du fort. Le jour de l’Épiphanie (1643), M. de Maisonneuve s’acheminait vers la montagne portant lui-même la croix sur ses épaules. La sainte messe fut célébrée à cette occasion par le Père Du Perron, de la Société de Jésus, et la Mère Bourgeois rapporte que, depuis ce temps, cet endroit devint un lieu de pèlerinages. (Écrits autogr. de la M. B.)

En traversant l’océan, M. de Maisonneuve avait entretenu la Mère Bourgeois de sa croix de la montagne. « Quand je fus arrivée, écrit-elle, M. de Maisonneuve, pour s’acquitter de la promesse qu’il m’avait faite de me mener sur la montagne, détacha trente hommes qui m’y accompagnèrent. Mais les sauvages avaient ôté la croix. Affligée de ce méfait, la sainte fille, de retour au fort, s’employa auprès des ouvriers pour la reconstruire. « Ygmeoraé Mineine (fervent chrétien et charpentier très habile) avec quelques autres hommes, comme elle consigne le fait dans ses écrits autographes (Faillon-Montgolfier), et nous y fûmes trois jours de suite. La croix y fut plantée, ainsi qu’une palissade de pieux pour la clore. »

Ce lieu fut toujours cher aux colons, et du moment que les dangers disparaissaient, ils en reprenaient le sentier. La messe y fut célébrée souvent. « Il se rencontra un jour, rapporte la Mère Bourgeois (Écrits autogr.), que de quinze ou seize personnes qui y étaient allées, pas une ne pouvait servir la sainte messe. Mlle Mance fut obligée de la faire servir par Pierre Gadbois, qui était un enfant, en lui aidant à prononcer les réponses. Tout cela se passait avec bien de la piété. » M. de Maisonneuve, pour répondre aux pieux sentiments de ses colons, conçut le projet d’y bâtir une chapelle en l’honneur de la sainte Vierge, et il publia une ordonnance à cet effet le 19 novembre 1661. C’est ce qui fit écrire à M. l’abbé Rousseau dans son excellent ouvrage sur Maisonneuve :

« Il voulait remplacer le calvaire abattu par les Iroquois par un pèlerinage nouveau et attirer sur Ville-Marie la protection de la Reine du ciel (p. 250). » Quand le temps de la mission de la montagne arriva, ce fut près du lieu où Maisonneuve avait planté sa croix, que la chapelle de Notre-Dame-des-Neiges fut construite. Il n’y a pas de doute que le patronage de Notre-Dame-des-Neiges fut donné à cette chapelle à la suggestion de la Mère Bourgeois ; car elle avait une dévotion toute particulière pour Marie invoquée sous ce titre. Ayant réussi à obtenir une petite Iroquoise, elle lui fit donner le nom de Marie des Neiges. La petite étant morte le 19 août 1663, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, elle en adopta successivement deux autres auxquelles elle donna le même nom. En 1670, étant repassée en France, pour associer des filles à son œuvre, elle fit un pèlerinage avec elles à Notre-Dame-des-Neiges, sanctuaire célèbre dédié à la sainte Vierge, éloigné de plusieurs lieues du Hâvre de grâces. (Vie de la Sœur B., 1818.) Décidément, elle avait une dévotion bien spéciale à Notre-Dame-des-Neiges.

Quand la chapelle de la montagne s’éleva à l’entrée du fort, les Messieurs de Saint-Sulpice ne crurent mieux faire que de la consacrer à Marie sous ce titre. Une réduction des sauvages de diverses tribus y fut fondée, et cette chapelle servait à leur usage.

Les sauvages descendant par la rivière des Prairies, qui leur offrait moins de dangers que la rivière des Iroquois (Richelieu—Rel. de Brébœuf), se dirigeant vers la chapelle du fort. Ils suivaient un sentier qui y conduisait, c’est la Côte-des-Neiges. Le nom resta aux environs de cette chapelle, heureusement conservée en dépit des efforts pour la détruire.

Comme le cimetière fut définitivement placé au sein de cette localité, il fut par bonheur désigné sous le nom de « Cimetière de Notre-Dame-des-Neiges », c’était faire revivre un souvenir précieux. Ce nom ne mourra pas comme nos parents et amis dont il protège les restes, mais il vivra à l’ombre de ses monuments, noyé dans les larmes de prières, de sympathie et d’espérance.

Délicieusement adossé sur les pentes douces du Mont-Royal, le cimetière est disposé en amphithéâtre du pied de la montagne jusqu’à sa crête supérieure. Un chemin, formant la ligne de démarcation des cimetières catholique et protestant et conduisant au parc Mont-Royal, le borne au sommet de la montagne. Le cimetière est encadré par la haute futaie du parc, et par des terres cultivées. L’entrée principale du cimetière s’ouvre sur la jolie route de Montréal à St-Laurent. Un portail monumental ferme cette entrée d’une double baie ; ces baies sont closes par une grille en fer ouvré. Le portail est couronné d’une croix et décoré de deux niches contenant chacune un ange sonnant la trompette du jugement dernier. Deux petites habitations à pignons appuient ce portail et enfin, deux murs, fermant le terrain sacré sur le chemin de la Côte-des-Neiges, rejoignent la façade en retour ; ces retours à courbes saillantes ménagent à l’entrée une place très agréable. Le tout a été terminé en 1888 et coûte environ dix mille dollars.

Une allée sablée et ombragée introduit au cimetière. Dès qu’on s’y engage, une croix monumentale en bois attire nos regards. Cette croix repose sur un piédestal dont les quatre faces sont ornées du sablier, emblême de la rapidité de la vie. Une couronne d’épines, sculptée, encadre la croix au centre et les extrémités des croisillons ou de la traverse sont taillées en fleurs de lis. Sur le montant, est un cœur en relief, avec le monogramme J.-C. Ce monument protecteur est agréablement assis au milieu d’un parterre de gazon dans l’axe de l’allée d’introduction. Ce parterre est agrémenté de cinq corbeilles de fleurs de dessins variés et d’une croix, formée de gazon et de fleurs. De ce point, partent deux allées : elles se dirigent, l’une sur le plan droit, l’autre sur le plan gauche du cimetière. Une petite allée conduit au charnier. Le charnier, disposé dans l’axe de l’entrée, est en pierre, la couverture est en tôle avec ventilateurs, son arrière plan disparaît dans la terre, jusqu’à la toiture. La façade donne sur une allée de traverse communiquant avec les deux voies de droite et de gauche dont nous venons de parler. Ce charnier est construit dans des proportions suffisantes pour contenir sept à huit cents corps.

Depuis l’entrée du cimetière jusqu’à la hauteur du charnier, il n’y a aucune tombe. La première que l’on découvre est sur l’allée de gauche. C’est un obélisque surmontant la crypte où reposent les restes d’une partie des victimes politiques de 37-38. Il a été érigé en 1861. La façade de la crypte, en pierre taillée, est d’un style austère comme il convient à un tombeau qui rappelle les malheurs d’un peuple. Seules, les armes du Canada, le laborieux castor et la feuille d’érable sculptés sur le frontispice, ornent cette façade. Les noms des martyrs, avec leurs âges et qualités, sont inscrits sur l’obélisque. Pour épitaphe, ces simples mots sont gravés sur le socle :


AUX MARTYRS DE 37-38


Cette pierre funèbre est le tombeau d’avant-garde du cimetière de Montréal : c’est la tombe sentinelle de la nécropole catholique du Canada.

Au-delà de ce monument, sont des terrains de famille, entourés de grille. Tous sont semés de pierres tombales horizontales ou verticales et de tumulus couverts de fleurs. Ces terrains se continuent jusqu’au bureau de l’administration.

Le bureau et la chapelle sont en face l’un de l’autre. Ils sont avantageusement situés sur un plateau où les trois voies principales du cimetière et plusieurs allées secondaires, forment un très agréable carrefour. Ce site est le plus beau du cimetière et sans les tombes qu’on aperçoit à quelques pas, on se croirait dans le jardin d’une maison de campagne. À droite du bureau, est une serre nouvellement bâtie : on y cultive des fleurs à l’usage des familles qui veulent en orner leurs terrains. Le bâtiment de l’administration contient un bureau avec téléphone, deux salles d’attente et le logement de l’actif et habile intendant, Monsieur Évariste Dupré. Il est entouré de parterres et d’un jardin potager, etc.

La chapelle également entourée de parterres a deux entrées : chacune de ces entrées donne accès dans un vestibule meublé de bancs et précédant la chapelle. C’est sur ces bancs qu’on dépose les cercueils qui doivent être bénits. Dans le vestibule de gauche, côté du bureau, sont les cercueils d’enfant ; dans celui de droite, ceux des adultes. Deux baies, fermées chacune par deux vantaux, s’ouvrent de la chapelle dans les vestibules. À l’heure des services, annoncée par la cloche, on ouvre ces baies et le prêtre bénit les cercueils exposés. La chapelle est d’une seule nef. Son ornementation est simple : plafond, divisé en caissons, peints en grisaille ; autel, à coupe rectangulaire, et de couleur noire ; dans le rectable : peinture à l’huile représentant Jésus-Christ au tombeau ; la nef est ornée d’un chemin de croix et de ces deux inscriptions en français et en anglais :

« Il a été décrété que l’homme mourra une fois et ensuite sera jugé. »

« Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. »

En face du bureau et de la chapelle, est disposée une véritable esplanade ; de ce point, on jouit d’une agréable perspective sur le champ des morts et on embrasse en grande partie son ensemble.

La configuration du cimetière de Notre-Dame-des-Neiges est un rectangle (carré long) ; sa disposition intérieure est celle d’un jardin. Tout y est disposé comme dans un parc public et l’administration comme les familles, n’ont rien négligé pour en faire un lieu de pieuse attraction.

Ce jardin funèbre, considérablement agrandi en 1872, a actuellement plus de trois cents arpents en superficie. C’est au rond-point des bâtisses de l’administration que commence véritablement le cimetière.

Trois grandes voies, les trois voies principales partent de ce rond-point et aboutissent aux deux issues supérieures placées à droite et à gauche du cimetière.

La première parcourt la droite du cimetière : on l’appelle chemin de la savane à cause de la zone non défrichée qu’elle limite ; la deuxième traverse le milieu du champ des morts ; c’est l’allée centrale ou grand chemin ; la troisième occupe le plan gauche du cimetière : c’est le chemin de la croix ou du calvaire, ainsi nommé à cause du chemin de la croix qui le décore.

Le terrain du cimetière étant divisé par sections classées alphabétiquement et les sections par numéros, l’orientation y est facile.

Une série de caveaux monumentaux s’alignent sur l’allée de droite, à quelque distance de son point de départ, à peu près à la hauteur du charnier.

Tous ces caveaux sont en pierre taillée et en général, d’une coupe élégante.

Ne pouvant donner une notice sur tous à cause du but de notre ouvrage, nous donnerons ici année par année un tableau des décès pour la ville de Montréal et la banlieue depuis l’année 1642 jusqu’à l’année 1910 inclusivement.



Tableau des décès pour la ville de Montréal et la banlieue depuis l’année 1642 jusqu’à l’année 1910 inclusivement.


1642 1 1662 16 1682 19
1643 5 1663 9 1683 5
1644 3 1664 13 1684 10
1645 3 1665 21 1685 10
1646 3 1666 23 1686 14
1647 1 1667 16 1687 84
1648 2 1668 10 1688 28
1649 4 1669 17 1689 24
1650 5 1670 16 1690 20
1651 4 1671 27 1691 31
1652 3 1672 16 1692 23
1653 2 1673 17 1693 36
1654 5 1674 10 1694 28
1655 7 1675 12 1695 25
1656 6 1676 14 1696 16
1657 6 1677 10 1697 23
1658 5 1678 21 1698 37
1659 7 1679 16 1699 120
1660 22 1680 14 1700 64
1661 19 1681 25 1701 47
À reporter, 1000


Report, 1000
1702 42 1737 131 1772 301
1703 222 1738 116 1773 270
1704 38 1739 121 1774 204
1705 52 1740 123 1775 228
1706 63 1741 139 1776 400
1707 58 1742 161 1777 335
1708 115 1743 186 1778 291
1709 61 1744 181 1779 253
1710 49 1745 152 1780 268
1711 65 1746 144 1781 251
1712 62 1747 223 1782 233
1713 111 1748 216 1783 332
1714 161 1749 187 1784 502
1715 95 1750 196 1785 244
1716 146 1751 164 1786 250
1717 104 1752 171 1787 274
1718 88 1753 177 1788 310
1719 98 1754 165 1789 324
1720 75 1755 287 1790 348
1721 90 1756 312 1791 335
1722 100 1757 307 1792 278
1723 128 1758 266 1793 299
1724 92 1759 279 1794 259
1725 92 1760 296 1795 357
1726 107 1761 250 1796 347
1727 147 1762 229 1797 327
1728 134 1763 177 1798 258
1729 149 1764 261 1799 342
1730 161 1765 339 1800 328
1731 138 1766 242 1801 382
1732 142 1767 228 1802 432
1733 317 1768 242 1803 374
1734 142 1762 420 1804 317
1735 92 1770 232 1805 378
1736 121 1771 214 1806 362
À reporter, 23474


Report, 23474
1807 347 1842 1403 1807 4130
1808 287 1843 1383 1878 5495
1809 357 1844 1501 1879 4837
1810 528 1845 1704 1880 5166
1811 341 1846 1733 1881 5068
1812 461 1847 2720 1882 4975
1813 694 1848 1667 1883 5201
1814 580 1849 1892 1884 5565
1815 476 1850 1442 1885 10264
1816 559 1851 1631 1886 5853
1817 533 1852 1681 1887 5545
1818 542 1853 1943 1888 5964
1819 637 1854 3210 1889 6086
1820 740 1855 1984 1890 5828
1821 536 1856 1989 1891 6017
1822 611 1857 2061 1892 5892
1823 647 1858 2021 1893 6159
1824 609 1859 2243 1894 6775
1825 915 1860 2558 1895 6771
1826 732 1861 2650 1896 6158
1827 723 1862 2815 1897 6508
1828 742 1863 3004 1898 6882
1829 857 1864 3846 1899 6634
1830 781 1865 3325 1900 7174
1831 989 1866 2952 1901 6759
1832 2732 1867 3696 1902 6148
1833 907 1868 4025 1903 6868
1834 2000 1869 3265 1904 6968
1835 595 1870 3981 1905 7169
1836 801 1871 3544 1906 7534
1837 1288 1872 5094 1907 7535
1838 780 1873 5401 1908 8059
1839 878 1874 6030 1909 8075
1840 1113 1875 5439 1910 8595
1841 1292 1876 5781 ……… ………
Total, 362315

Le chemin de la savane fait ensuite un retour à gauche et reprend sa direction longitudinale près des terrains du centre.

À notre droite, est un terrain boisé ; sur la gauche, sont des terrains de famille avec pierres tombales verticales et horizontales ; tous ces terrains sont cultivés et très bien entretenus.

Environ un arpent avant d’atteindre la limite des tombes et sur une petite allée parallèle à celle où nous marchons, se voit une grosse pierre brute, coupée en forme de bière ou cercueil : c’est la tombe de Guibord, de contentieuse mémoire. Cette tombe est la dernière curiosité de l’artère de droite : on croise ensuite le chemin conduisant à l’issue de droite du cimetière ; près de cette sortie est un chalet, habité par un garde.

En prenant l’allée de gauche, on tombe sur le chemin central ou grand chemin ; c’est la première grande voie que l’on rencontre sur la gauche.

Le chemin que l’on quitte, longe le cimetière par le haut et va rejoindre le chemin du calvaire. Vers le milieu de son parcours, sur l’extrémité du cimetière, se trouve le terrain non bénit du champ des morts. C’est un enclos rectangulaire, entouré d’une haie en cèdre blanc ou plutôt en thuya.

Le grand chemin, ainsi que les sections centrales sont occupées par de charmants terrains de famille et par les enclos des communautés religieuses.

Dans les terrains de famille, beaucoup de monuments, quelques-uns riches, tous élégants. Là dominent la pyramide avec ses genres multiples, la colonne, le cippe et la pierre funéraire. Tous ces terrains sont entourés de haies vives, de chaînes, de barres de fer supportées par des bornes en marbre ou pierre, ou par des clôtures en fer et fonte ouvrés. Vers le milieu de l’allée centrale, à droite, est le terrain des fosses communes : à la tête de chaque fosse, est planté un piquet indicateur avec numéro. Suivent ensuite, les terrains des communautés et hospices, savoir :

Les orphelins de St-Patrice ; l’Institution des jeunes aveugles ; la congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes ; puis au second plan, c’est-à-dire en arrière de ceux-ci, les terrains des grand et petit séminaires.

Tous sont clôturés de fer. Au centre et toujours à droite de la grande allée, sont encore cinq grands terrains disséminés, consacrés à la congrégation de « l’Union de prières ». Ceux-ci sont clôturés de haies. Aucune tombe remarquable dans les enclos ci-dessus ; il n’y a que des croix dont l’uniformité est interrompue par quelques pierres tombales.

Sur l’allée latérale à gauche de celle que nous décrivons et vers son centre, on voit deux jolis massifs d’ifs sur tertre. Aux alentours de ces massifs, sont de belles tombes.

Sur la gauche inférieure du chemin central, plusieurs terrains et monuments attirent particulièrement l’attention. Arrivés à l’esplanade, nous prenons à droite pour remonter la grande allée de gauche : c’est le chemin de la croix ou du calvaire. Les stations présentent la forme de chapelles ouvertes. Ces chapelles sont revêtues intérieurement et extérieurement de ferblanc couleur rouge, pointé de gris. Les figures des tableaux du chemin de croix sont en bois sculpté, d’un rouge pâle. La douzième station est un calvaire élevé, surmonté de trois croix de grandes dimensions avec personnages, et de deux statues : la sainte Vierge en pleurs et saint Jean l’Évangéliste.

Vu du chemin, ce calvaire produit un grand effet. La quatorzième station est ornée d’un autel et encadrée par des troncs d’arbre formant pignon.

Rien de plus édifiant, de plus touchant que ces stations de la voie douloureuse du Sauveur, disséminées sur la longueur du cimetière. Le chemin du calvaire est souvent parcouru par un grand nombre de pèlerinages des diverses congrégations de la ville et par une foule d’autres personnes, avides de cette belle et touchante dévotion. En arrière de plusieurs stations, sont des terrains affectés à l’inhumation des membres des congrégations laïques. Jusqu’à la hauteur de la sixième station l’allée du calvaire n’est bordée, à droite et à gauche, que de terrains de congrégations ou de familles, sans monument digne d’attention. En revanche, ces simples et modestes sépultures présentent une particularité extrêmement attrayante et même touchante : ce sont les nombreux portraits des personnes mortes, enchâssés dans les tombes de bois ou les croix qui les recouvrent.

Le calvaire, tout près de là, est la dernière grande attraction de la voie que nous parcourons : son site pittoresque et son aspect imposant, impressionnent profondément. Vient ensuite la quatorzième station très remarquable, puis le chemin fait un coude à gauche et redescend le cimetière.

En continuant le chemin du calvaire depuis la quatorzième station, on jouit d’une magnifique perspective sur le St-Laurent et l’île de Montréal et ce coup d’œil clôt agréablement la visite du chemin du calvaire.

Du reste, le chemin du calvaire et celui de la savane sont les deux voies du cimetière qui renferment les plus beaux et les plus curieux tombeaux.

Le cimetière de Montréal, bien que relativement récent, est un des plus beaux de l’Amérique ; il occupe le plus beau site de tous les cimetières du nouveau monde, et il est incontestablement la première nécropole catholique du Canada.

En 1865 à la suggestion du digne curé de Notre-Dame le Révérend Monsieur N.-A. Troie Ptre de SS. la Fabrique de Notre-Dame achetait de M. Tait une propriété un peu plus grande que celle achetée du Dr Beaubien en 1854, et en 1907 elle agrandissait encore le cimetière en achetant les propriétés McKenna, S. Desmarchais, Vve Pierre Desmarchais, Vve Daniel Quinn, succession Aubry, et en 1908 la propriété Monarque. Ces diverses acquisitions assurent à notre cimetière de Notre-Dame-des-Neiges un terrain de quatre cents arpents en superficie.