Les civilisés/XXIX

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Librairie Paul Ollendorff (p. 265-277).
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XXIX

Une heure plus tôt, l’Avalanche avait mouillé en rivière, par le travers du Bayard.

Il y eut visites, rapports, explications. Les choses toutefois allèrent vite : Fierce ne rencontra que des portes fermées. L’amiral d’Orvilliers inspectait les batteries de Saint-Jacques ; le commandant de l’arsenal, accablé d’affaires, ne recevait pas ; les bureaux, arrachés à leur torpeur réglementaire, montraient du zèle et même de l’activité. En moins d’une heure, Fierce réussit à découvrir le second de la Défense Mobile, et lui remit sa canonnière. Après quoi, il fui libre. Traversant le port, il vit beaucoup de mouvement, et chaque chose sens dessus dessous ; les six torpilleurs armaient : les marteaux des ouvriers y faisaient rage. Il s’en étonna le temps de passer, puis n’y songea plus.

Rue des Moïs, il trouva visage de bois. Les boys parlèrent de Mythô en phrases obscures. Le bep, — cuisinier, — appelé, confirma qu’on ne dînait pas à la maison, mais qu’on y déjeunerait le lendemain. Fierce s’en alla.

Il était tout ensemble fiévreux et las. Huit jours plus tôt, dans le village pillé, sa fidélité à Sélysette était morte. Et depuis cette fatale nuit, pas une nuit ne s’était écoulée exempte de trahison. Ah ! le sourire lascif des congaïs du Cambodge, et leur grêle nudité qui sent l’opium, et la curiosité vénale qui poussait, à la brune, leurs sampans vers la canonnière ! Huit soirs, huit débauches. — Il avait plein le cœur de dégoût, de honte ; mais il était sans force et sans volonté contre son instinct, lâché comme une bête. — Ici même, à quatre pas de la fiancée, cette nuit, ne succomberait-il pas encore ?

Il marchait vite, fuyant la tentation du crépuscule tiède. L’averse récente avait fouetté les arbres, et les fleurs mouillées sentaient plus fort.

Rue de la Grandière, — c’est la rue de l’ancien tribunal, qui maintenant sert de palais aux lieutenants-gouverneurs, — il s’arrêta étonné : les chevaux d’une victoria se cabraient devant un piéton, et le saïs, cramponné à ses guides, criait à tue-tête ; l’homme cependant marchait tête basse, sans rien voir ni entendre, d’un pas raide de somnambule. Fierce reconnut Mévil et l’appela ; mais le docteur passa outre. Inquiet, l’enseigne lui courut après et le frappa sur l’épaule.

— « Où vas-tu ? Qu’as-tu ? tu as attrapé un coup de soleil ? »

Mévil le regarda lentement avant de répondre :

— « Je ne sais pas… »

Il prit la main que lui tendait Fierce, et tout d’un coup s’y accrocha comme un noyé.

— « Tu es malade, » fit l’autre, oubliant sa propre détresse ; et il le ramena chez lui, le soutenant. Mévil marchait docilement, sans rien dire. Fierce toucha ses vêtements, trempés de pluie.

— « Tu as reçu l’averse ? Que diable t’est-il arrivé ?

— Rien. »

Rue d’Espagne, Mévil faillit passer sans reconnaître sa porte. Mais dans sa chambre, parmi ses meubles, ses bibelots, le décor familier de sa vie imprégné de son parfum à lui, il se ressaisit peu à peu et reprit ses sens. Aux questions de Fierce, il répondit alors des phrases vagues. Il avait changé d’habits, et s’était assis, taciturne. La nuit venait sans qu’il songeât à faire éclairer.

Torral arriva là-dessus. Inquiet de son convive, il le relançait à domicile.

— « C’est un tombeau, cette chambre ! »

Il tourna lui-même un commutateur, vit Fierce et lui dit bonsoir. Mévil était encore très pâle et parlait à peine. Torral à son tour s’étonna.

— « Tu allais très bien tantôt ? Bah ! viens dîner quand même.

— Il ne peut pas, dit Fierce ; tout à l’heure, il trébuchait dans la rue. »

Mévil fit un effort, et se leva :

— « J’ai eu un étourdissement. Mais c’est passé, ou presque. Quand même, j’aime mieux ne pas sortir tout de suite. Dînons ici tous les trois, voulez-vous ? »

Ils dînèrent. Mévil fit servir dans sa chambre, qui ressemblait à son cabinet : c’étaient les mêmes tentures de mousselines, trop longues et trop larges pour les murs, — les mêmes sièges bas, — le même demi-jour tamisé par des lampes couleur de safran. Les boys allaient et venaient sans bruit sur leurs semelles de feutre. La congaï ne parut pas.

Fierce était sombre et Mévil défait. Torral les fouillait l’un et l’autre de ses yeux perçants.

— « Il y a cinq mois, dit-il soudain, nous dînions ensemble pour la première fois, au cercle. Vous vous souvenez ? c’était plus gai que ce soir. Vous étiez des hommes, en ce temps-là ; pas des croque-morts.

— Oui, » fit Mévil.

Il passa plusieurs fois sa main devant ses yeux. Il avait là, gravée sur sa rétine, une vision qui ne s’effaçait pas, — la vision d’une femme debout… — Mais il s’efforça de ne plus voir.

« Oui, répéta-t-il ; mais ce temps-là reviendra. »

Il fit apporter du vin de Syracuse, et commença de boire. Fierce, jadis, aimait ce vin ; il en but aussi.

La gaîté cependant ne venait pas. Ils buvaient silencieux autour de la table ronde ; et le lustre électrique projetait aux murs leurs ombres grandies et immobiles. Les tentures excluaient tout bruit du dehors ; la chambre était muette comme un sépulcre.

Deux bouteilles étaient vides. La face de Mévil, blafarde tout à l’heure, se colorait peu à peu ; mais il continuait de frissonner par intervalles, et regardait peureusement vers le noir de la porte ouverte.

— « Qu’y a-t-il donc là-bas ? fit Torral en surprenant ce regard.

— Il n’y a rien.

— Alors ?

— Un reste d’étourdissement : j’ai des fantômes en tête, ce soir… »

Torral jura et prit un journal.

— « La dernière semaine du théâtre ; allons-y, ça vaudra mieux que de s’halluciner ici. Liseron joue, précisément.

— Moi, je rentre à bord, » dit Fierce.

Torral le railla.

— « On t’a défendu de sortir seul ? Le Petit-Duc est trop raide pour toi ? »

Fierce haussa les épaules et capitula. L’Opéra de Saïgon est à deux pas de la rue d’Espagne ; mais à cause de la boue, Mévil fît atteler.

— « Nous aurons la voiture pour un tour à Cholon, après, si le cœur nous en dit. »

Fierce ouvrit la bouche pour protester. Mais il vil les yeux ironiques de Torral, et se tut, pris d’une mauvaise honte.

Ils choisirent une baignoire : Fierce tenait à n’être pas vu de la salle. Mais ils n’évitèrent pas les yeux de Liseron : elle les reconnut, leur jeta des sourires. À l’entr’acte, elle eut un caprice, et leur fit passer un mot : s’ils étaient gentils, ils l’emmèneraient souper tout à l’heure, elle et une petite amie fraîche débarquée à Saigon. — En camarades, bien entendu ; elle savait que monsieur de Fierce… mais d’ailleurs, elle-même se déclarait rangée des voitures ; elle se refaisait une virginité.

Mévil écrivit oui sur une carte.

— « Je n’en suis pas, dit Fierce assez fermement.

— Il est sage, ricana Torral, de fuir les tentations avant le mariage ; ça donne le droit d’y succomber après.

— Je ne peux pas m’exhiber à tout Saïgon avec ces actrices…

— … Dans la nuit noire, sur les routes désertes, au fond d’une voiture fermée. Tu ne peux pas c’est clair : Sélysette le saurait par son petit doigt. »

Le rideau s’était levé pour le troisième acte. Fierce regarda les chanteuses ; une curiosité lui venait ; la petite amie de Liseron, qui était-ce ? Il supposa la brunette qui jouait le travesti fille était fine et agaçante ; Liseron, — Petite Duchesse, — la frôlait très câlinement.

— « Si j’allais avec vous, dit-il en hésitant, il faudrait que Torral s’occupât clairement de cette petite…

— Je m’occuperai. Pauvre homme, va ! Tout ça pour souper avec deux femmes qui se disent redevenues pucelles !

— Partons tout de suite, fit Mévil ; nous attendrons à la porte des artistes, et Fierce se cachera dans la voiture. »

Sur la scène les deux femmes s’occupaient beaucoup de la baignoire, et peu de leurs répliques ; mais Saïgon est fait à ces choses : personne ne remarqua rien.

Dans la victoria, on pouvait tenir quatre, en se serrant, et il s’agissait d’être cinq ; Mévil parla d’une seconde voiture ; mais ils n’en trouvèrent pas. Fierce s’était enfoncé sous la capote. Ils attendirent un quart d’heure ; puis les femmes sortirent, courant comme des souris ; elles avaient à peine pris le temps d’ôter leur fard, et s’étaient encapuchonnées jusqu’aux yeux : tout ce mystère les amusait fort. Elles s’engouffrèrent dans la voiture ; Fierce n’eut pas le temps de se lever : elles s’asseyaient à côté de lui, l’une à droite, l’autre à gauche, tandis que Mévil et Torral s’emparaient du strapontin. La Victoria partit avec un cahot brusque. Fierce sentit et reconnut la hanche d’Hélène contre sa hanche ; en même temps, l’autre femme se retint à son genou, d’une main malicieuse qui multipliait l’attouchement. — Et lui, troublé, eut envie de l’une et de l’autre, en dépit d’une grande honte amère qui bouillonnait au fond de sa conscience.

Il faisait une sombre nuit. Des éclairs silencieux rayaient l’ouest. Un vent mouillé venait de là-bas, chaud comme l’haleine d’une bête.

— « J’étouffe, » dirent les femmes, et elles se dégrafèrent. Un sein moite appuya sur l’épaule de Fierce ; à travers la toile mince de son smoking, il compta les palpitations de cette poitrine nue. Un bruit de baisers chantait dans la voiture noire : Mévil sur la bouche d’Hélène recherchait sa virilité d’autrefois.

Toute l’énergie de Fierce se condensa dans ses mains : une tentation furieuse l’envahissait, de saisir l’autre femme, de presser sa chair chaude, de la meurtrir et de la mordre. — Il résista pourtant, ses doigts crispés les uns sur les autres et serrés entre ses genoux. — Le saïs avait pris la route haute de Cholon. la plus courte ; et ils arrivèrent en une demi-heure : quand même, Fierce était à bout de forces lorsqu’il mit pied à terre, et il chancela dans le couloir du cabaret.

Mévil commanda le souper. Le vin de Syracuse et les baisers d’Hélène avaient péniblement chassé sa torpeur : il en restait un nuage au fond de sa tête, telles les effiloches de brume oubliées par le vent dans le creux des vallées ; — mais une fièvre sourde réchauffait, le galvanisait. Il essaya d’être fou ; il mangea des picallilis au piment, et but des thunders, qui sont des flips avec de la menthe en guise d’eau, et du poivre rouge en guise de cannelle. Malgré quoi il tremblait par saccades, et continuait d’avoir peur de la porte. À la longue, il fut ivre ; mais quoique Liseron eût soupé sur ses genoux, il ne la toucha que des mains.

La petite amie d’Hélène regardait Fierce, — avec des yeux de chatte devant la crème interdite ; si bien que Torral, qui d’abord avait daigné faire quelques frais pour elle, ne tarda pas à demander son champagne sec, et ne s’inquiéta plus que de boire. Fierce résista désespérément : il tenta même de se réfugier dans l’ivresse ; mais l’ivresse ne vint pas assez prompte, ni assez complète. Peu à peu, il eut la fille à côté de lui, puis sur ses genoux : elle but dans son verre ; elle se grisa, et l’assaillit sans honte. — Il réussit à se lever, il voulut partir. Mais tous s’attachèrent à lui pour le retenir ; et l’on reprit la Victoria en quittant le cabaret.

Mévil, hors de raison, commanda au saïs d’aller tout droit ; l’homme indifférent les conduisit aux dernières maisons du faubourg. Là dans une cañha de ñhaqués[1], ils eurent l’idée burlesque de demander à boire. Un vieil homme effaré leur apporta du saké[2], qu’ils trouvèrent fade après les cock-tails. Plus loin, dans un bouge isolé au bord de la rizière, et fréquenté par la lie chinoise, Torral, qui s’ennuyait, se choisit un boy annamite, et exigea qu’on l’admît sur les coussins. Le ciel lourd d’eau leur jetait parfois de grosses gouttes d’orage, et tous se serraient sous la capote, avec des étreintes et des caresses.. L’averse ne tomba pas ; la chaleur allait augmentant. Les femmes suffoquées et folles de luxure se dévêtirent comme dans une alcôve, et Fierce, chevauché tout à coup par un corps demi-nu, succomba.

Sur la route boueuse et noire, ils s’enfoncèrent dans la campagne. Et la voiture pleine de stupre était comme un mauvais lieu.

Longtemps, la nuit les entendit chanter et hurler, dans la frénésie de leur rut et de leur ivresse. Mais ils s’enrouèrent enfin et se turent, — quand la fatigue les eut couchés pêle-mêle sur les coussins, sur le tapis, comme des soldats tués. L’orgie finissait en torpeur. Les femmes, épuisées, s’endormaient malgré les cahots ; les hommes, inertes, ne pensaient plus. Et ils revinrent vers Saïgon, corps mous et têtes vides. Ils avaient été très loin ; le chemin du retour était long : c’était la Plaine des Tombeaux, éternellement silencieuse.

À l’ouest, les éclairs s’étaient éteints ; le vent était mort.

Or, ils arrivèrent au tombeau de l’Évêque d’Adran, qui se profila confusément sur l’horizon sombre. Et il se passa une chose étrange et terrible : — les chevaux, qui trottaient en buttant, fourbus, bondirent tout à coup de peur, et reculèrent en se cabrant. La voiture brutalisée vint se mettre en travers de la route et faillit verser. Tous, arrachés du sommeil ou de la stupeur, se dressèrent effarés, avec des cris.

La voiture reculait toujours, malgré le fouet du saïs. Torral, dégrisé, sauta à terre. En avant, la route était noire comme de l’encre. Fierce, sautant à son tour, saisit une des lanternes, et tâcha de découvrir l’obstacle invisible.

— « Il n’y a rien ? » fit-il en se retournant.

Mais la lanterne alors éclaira la face de Mévil, resté en arrière ; — et, ensemble, Torral et Fierce étouffèrent un cri :

Les yeux de Mévil étaient hagards dans un visage convulsé de terreur et gris comme cendre ; — il n’y avait plus de sang à ce visage-là, plus une goutte ; et l’on voyait les dents grelotter dans le trou de la bouche. Les cils aussi vacillaient autour des yeux, et ces yeux, fixes comme des yeux de chouette, regardaient au fond de la nuit, regardaient et voyaient la Chose Épouvantable que la lanterne n’avait pas po éclairer.

— « Là… — là !… »

Il parlait comme on suffoque.

« Le fantôme… l’évêque d’Adran… qui barre la route dans son suaire… Il me fait signe… à moi… »

Les femmes affolées crièrent ; Fierce sentit une sueur froide à ses tempes ; Torral recula malgré lui. Une peur indomptable passait sur eux, comme une rafale sur des feuilles qui tremblent. Les chevaux semblaient rivés au sol.

Il n’y avait rien pourtant, rien qu’on vit ! La nuit était vide. Fierce, d’une secousse, avança de trois pas : un orgueil farouche ressuscitait au fond de lui, l’orgueil héréditaire de sa race qui avait été forte ; et cet orgueil ancien s’amalgamait bizarrement avec l’ironie sceptique des Français de la Décadence. Debout, face à ce qu’on ne voyait pas, Fierce, railleusement, exorcisa :

— « In nomine Diaboli… Monsieur l’Évêque, s’il vous plaît, place aux honnêtes vivants que nous sommes ! Vous faites peur à des femmes, c’est peu galant, et tout à fait indigne de votre caractère épiscopal. — Si c’est un mauvais présage que vous nous apportez, je le prends pour moi, et que tout soit dit.

— Sur ce, rentrez chez vous, vous allez attraper un rhume ! Votre cercueil refroidit…

— Tais-toi ! cria peureusement une des femmes ; tu vas faire arriver un malheur ! »

Mévil poussa un grand soupir, et ses yeux glissèrent de droite à gauche.

— « II s’en va… il t’a fait signe à toi aussi… »

Les chevaux alors avancèrent, avec un reste d’effroi.

— « Non ! non ! protesta violemment Hélène : pas par là, je ne veux pas.

— Quoi, pas par là ? fit Torral furieux soudain. Par où, alors ? Êtes-vous saoule, vous aussi ? »

Elle voulut sauter à terre ; mais il la retint rudement par le bras, et la voiture dépassa le mausolée, sans encombre. Mal rassurées, les deux femmes se cramponnaient à Fierce, qui leur semblait le plus brave. Lui s’était rassis silencieux, et Mévil, raide et les yeux toujours grands ouverts, gisait sur les coussins comme un cadavre.

Ils continuèrent leur chemin. Mais l’alerte avait claqué les chevaux, qui n’allaient plus qu’au pas, malgré le fouet. La route fut interminable. Par chance, l’orage s’était éloigné, et les étoiles luisaient entre les nuages. Ils s’endormirent peu à peu d’un sommeil écrasé, — rompus de fatigue, d’émotion, et ivres.

La nuit s’acheva. L’aube blanchit l’orient ; puis le soleil se leva sans aurore. La brise matinale souffla moins chaude. Une journée souriante naissait.

Fierce, le front caressé d’air et de soleil, sortit lentement de sa torpeur. Il se redressa. Les deux femmes l’enlaçaient toujours à pleins bras, et elles étaient presque nues. Il songea tout à coup aux rencontres possibles : il faisait jour, et on entrait en ville ; déjà le pont de l’arroyo était passé.

Fierce voulut dénouer les bras qui le retenaient et sauter à terre. Mais ils s’étaient contractés et crispés, ces bras ; ils étaient autour de lui comme des liens, ils étaient comme sa vie ancienne, comme sa civilisation, collés à sa chair. — Il lutta pour s’en débarrasser, il lutta trop tard.

Trop tard. La Fatalité l’avait marqué : Comme il s’arrachait de l’étreinte nue, une victoria déboucha d’une rue transversale, — la rue des Moïs, — et passa tout près de lui, au pas : Mme et Mlle Sylva en promenade du matin.

Sélysette se leva toute droite, les yeux agrandis. Un cri lui échappa, — un cri qui cloua le cœur de Fierce comme d’un coup de couteau. Et ce fut tout, la victoria s’enfuit, rapide.

Une minute entière, Fierce resta debout, immobile, comme les arbres foudroyés qui ne tombent pas tout de suite. Puis, d’un geste terrible, il brisa l’étreinte funeste, il jeta l’une sur l’autre les deux femmes, et le front de l’une saigna. Lui cependant bondissait hors de la voiture et se sauvait à travers les rues, fou.

  1. Nhaqués (nia-koués), paysans annamites.
  2. Saké, eau-de-vie de riz.