Les de Relais, ou le Purgatoire des bouchers, poulayers, paticiers, cuisiniers, joueurs d’instrumens, comiques et autres gens de mesme farine

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Les de Relais, ou purgatoire des Bouchers, Charcutiers, Poullayers, Paticiers, Cuisiniers, Joueurs d’instruments, Comiques et autres gens de mesme farine.

vers 1600



Les de Relais, ou purgatoire des Bouchers, Charcutiers, Poullayers, Paticiers, Cuisiniers, Joueurs d’instru­ments, Comiques et autres gens de mesme farine.
S. l. n. d. In-8.

Vous, beaux esprits jovialistes,
Qui desirez en ces jours tristes
Avoir une heure de plaisir,
Achaptez-moy. Je suis un livre
Que mon autheur humble vous livre,
Pour commencer vostre desir.

Jamais Marot, Rablais, Bocace
Et Arioste, qui ramasse
Plusieurs gaillardes fictions,
Ne contindrent dans leur histoire,
Comme on voit dans ce Purgatoire,
Tant de riches inventions.

Les charcuitiers et les comiques,
Les joueurs d’instrumens lyriques,
Les poullayers et les chanteurs,
Les cadets de paticerie,
Et les cœurs polus d’heresie,
Y sont peints de toutes couleurs.

Les de Relais.

Ainsi donc, après que le cirque des Rablais renversez s’est disparu aussi promptement de nos yeux que l’ombre de Samuel, ou la representation d’Alexandre le Grand que Fauste fit paroistre devant l’empereur Charles le Quint1, nous voicy entrez bien avant, sans chaussepied, dans les sandales du Caresme, ce grand colosse descharné qui, tenant de l’humeur des Portugais, ne veut point de cure-dent pour escurer ses yvoires après son repas, ny d’estrille pour degresser sa peau, mais desire seulement ruiner et envoyer à l’hospital ces gayes œconomes de la vie epicurienne, cousins germains en ligne baculative2 de deffunt de fresche et illustre memoire messer Mardy-Gras, à sçavoir, pour en tenir livre de compte, ou en faire un cathalogue comme Agrippa a fait des femmes vertueuses3, et ceux de Charenton de leurs hommes illustres4, les bouchers, charcuitiers, poullayers, cuisiniers, paticiers, chanteurs de cocqs à l’asne, joueurs d’instrumens comiques, badins à lunettes, et autres tels phangons carnassiers, anssi mouvans que le sable sur lequel on chemine quant on va à Quevilly, car l’on jugeroit au travers d’une marmitte de fer que ces gens de loisir, frippe-sausses, enfileurs de saucisses, escureurs de plats, rinceurs de godets, mangeurs de gisiers, avaleurs de trippes sans frire, vendeurs de vent, marchands de voix, marionnettes de theatre, et autres telles avettes5 de cuisine, sont aussi tristes de la resuscitation du Caresme, ennemy capital de tels cabalistes, que le chien d’Esoppe après qu’il eust perdu sa pièce de chair, par quoy ce n’est pas sans sujet qu’un certain poëte de nostre temps, speculant la calamité de telles gens au travers de la sphère, a fait ce sixain sur la cessation de leurs offices :

Les enfants d’Histrion avec leurs vers comiques,
Les chanteurs et joueurs avec leur son lyrique,
Les meurtriers de pourceaux avec leur galle-faix,
Paticiers, charcuitiers, avec leur mine blesme,
Ont autant de repos en ce temps de caresme
Qu’abeilles en hyver, et que soldats en paix.

De vray, pour les bouchers, s’ils n’ont rien valu tout le long de l’année, ils ont moyen d’estre gens de bien durant le caresme, d’aller aux predications et gaigner les indulgences aux hospitaux6 de Paris, et quatre religions mandiannes, pour demander pardon à Dieu des faux sermens qu’ils ont faits l’espace de dix mois et demy, quand ils jurent, vendans leurs viandes : — Par ma foy, j’en auray autant ! Par Dieu, vous n’en mangerez pas à moins ! Le diable m’emposte s’y elle ne revient à davantage que vous ne m’offrez ! Je meure presentement si vous ne l’eussiez point trouvée sur l’estal à six blancs plus que vous ne voulez donner ! La bosse m’estouffe le cœur si le mouton n’est tendre ! Dieu me dampne si la teste n’a que quatre dents de laict ! et autres tels execrables parjuremens, par lesquels ils engagent leurs ames à tous les vallets de pied de Lucifer ; car je croy bien que ces gens craignans Dieu, de peur d’uzer leurs genoux comme les chameaux, font assez bresve oraison, tant le souvenir du nectar de Bacchus les presse d’entrer au premier cabaret trouvé, ou prendre une boulle en main pour jouer, au premier faux-bourg, au cochon7 ou à la taille.

Touchant les charcuitiers, poullayers, et autres telles gens qui font monter les broches sur les landiers, voilà leur Enfer et leur Purgatoire, où ils auront le loisir de desgresser leurs habits ; voilà leur labirinthe, leur fleau, leur mession, leurs vacances et grand jour de sabath : par quoy, s’ils ont quelques pèlerinages à faire, ils ont commodité de les accomplir, encor que la pluspart de leurs trouppes, qui fondent en devotion comme les pierres font au soleil, voyagent plus à Saint-Main8 et Saint-Calery qu’ailleurs, principalement quand le blond Phœbus éclate ses rayons sur le Pont-Neuf de Paris, et sur le port de Rouen, où la pluspart tiennent des classes publiques pour apprendre à parler quatre sortes de langues, à sçavoir : normand, parisien, picard et bon jargon de Grève, sindiquer le livre de Ciceron, et tenir conseil pour faire la guerre aux sappinettes. De vray, ces laquais de Proserpine, imittans les chevaliers de la table ronde, sont si genereux, qu’il n’est pas jusques à leurs estaffiers et tourne-broches qu’ils n’ayent du sang aux ongles. Ce n’est donc pas sans occasion si ce grand goriphée9 d’Apollon, ce prodige du Parnasse, ce seul mignon des Muses, ce miracle du ciel, ce chef-d’œuvre de la nature, ce phœnix des beaux esprits, et ce paon des poètes françois, M. des Viettes10, se trouvant en ses jouailles humeurs extraordinaires, a fait voir le jour à ce sixain sur leur sujet, comme par prophetie :

Huit jours après que ce grand buveur d’eau,
Ce grand jeusneur, mettra dans le tombeau
Le gras mardy que tout chacun regrette,
Sur le Pont-Neuf sera maint frippe-plats
Et charcuitiers plantez comme eschallats,
Qui au soleil feront grande defaitte.

Mais, pour faire mon discours succinct, je veux dire brefvement en dix huict cens mille paroles, sans me metagroboliser, que tous ces docteurs en cuisine et masche-lardons, qui entendent la cadance du fri fri des lichefrites, le glou glou des marmittes, le frelé freli des fricassées, et le carillon a vollée des verres de christal, ont maintenant les yeux plus enfoncez que guenons, les oreilles plus pendantes que chiens couchans, le ventre plus flasque que bourses vuides, le dos plus sec que haridelles, et les joues plus flestries que le ventre d’une accouchée, à cause que la mort à rats, je dis la mort à paix, est en regne. Mais c’est trop parlé de ces faiseurs de sausse verte ; discourons maintenant des bouffons, je dis des comicques qui font des badins, des Jeans Farines, des Gringaletz, des Turluppins et des Gautiers Garguilles pour de l’argent.

Or, selon le jugement de maistre Pierre du Quignet, docteur (in baroco), dont l’effigie est industrieusement taillée en l’eglise de Nostre-Dame de Paris11, aussi bien que celle du grand saint Christofle, et de monsieur du Puis à la rue aux Ours de Rouen, je trouve par la constellation des astres, sans user de pyromance12, où je voy clair comme une taupe et peux parler comme un cocodril, que messieurs les comediens qui tantost font les diables et les anges, les saincts et les damnez, les Mars et les Thersites, et tantost les furies et les bonnes femmes, les Alexandres et les Diogenes, les marchands et les volleurs, les mauvais riches et les Lazares, les Cherinthes et les saincts Jerosmes, les Lucresses et les Faustines, les vifs et les morts, la verité et les ombres, les docteurs et les ignorants, les soldats et les laboureurs, les medecins et les malades, les advocats et les clians, les patiens et les bourreaux, et milles autres personnages chimeriques, peuvent bien, en attendant le Quasimodo, voir la mer de Dieppe, les montaignes de Montmartre, le pays du Mans, les campaignes de Bausses et les landes de Bordeaux : car il n’y auroit pas d’apparence que ces messieurs-là eussent, pendant cette saincte quarantaine, des demy cars d’escus de chaque personne pour faire des transportez, des maniacles, des Erynnes13, des Parques et des demons ; Themis ne permettra pas cela, en tant que les histoires récitent qu’un comedien habillé en monsieur le diable faisant (ut ipse redimet) dans (l’habitavit) de sa femme, engendra un petit succube, il se pourroit bien faire que le diable, sous la fausse apparence d’un diable, usant du privilege des sergeans, viendroit mettre la main au colet de ses auditeurs (Dieu le permettant), comme il permit en ce mesme temps que le plus grand des diables d’enfer s’apparut à luy sur la montagne de Nebo, pour le tenter.

Arriere donc de nostre republique, comme de celle de Platon, tous charlatans, vespiegles14, persecuteurs de fesses, embrocheurs de chair vive, batteurs de pavé, bailleurs de cassifles, vendeurs de noir15, blesches16, tirelaines, et autres tels enfans de Japhet, desquels on peut dire ce quatrain :

Puis qu’avez de vos dents tant fondu l’arquemie17,
Qu’ores vous n’avez plus or, argent ni metal,
Allez, à petit pas, de vostre triste vie
User le demeurant en un pauvre hospital.

Pour l’axiome des praticiens qui sont piolez, riolez, gauderonnez, fraisez, satinisez et veloutez comme une chandelle des Roys18, je leur conseille de leur embarquer sur le Bosphore, et aller faire un service de six sepmaines au grand Turc, à qui Mahomet a permis par son alcoran de manger indifferemment en tout temps toutes sortes de viandes, comme s’il n’estoit né que pour emplir son ventre de toutes sortes de bestiolles delicates ; ou si leur aidant du baston de Jacob, ils sçavent mesurer la profondité de la rivière d’Aubette et la hauteur des montagnes de Sologne, d’aller voyager jusques aux Alpes enfarinez, pour apprendre à ciseler, decoupper et entrelasser en relief divers patrons sur la neige de ces lieux avec un fer chaud, pour enrichir leurs tartes de cerises et paticerie, jusques à tant que les petits gentilshommeaux qui sont à couvert des coups de canons aillent quittans la chasse du connin à courte oreille, pour suyvre le levraut à la piste.

Touchant les joueurs d’instrumens, qui ont les dents aussi longues que leurs vielles et le ventre aussi creux que leurs basses, je leur conseille, afin que leur renommée ne se metamorphose en vesses de loup, à cause que je les aime comme les chiens font les coups de baton, et qu’ils sont aussi habilles que les meusniers de Gascogne, qu’ils plantent des choux sur les ailles de leurs moulins à vent, de leur en aller sur les plaines qui sont auprès du chasteau de Robert le Diable, apprendre quelque mouscouze nouvelle : car la pavanne espagnolle, le branle de la grenée, la volte de Bretaigne19, le passe pieds de Mets20, et la belle ville, sont trop antiques pour les courtisans de cour ; d’ailleurs le caresme est un rabat-joye qui ne veut ny ballets, ny festins, ny aubades, ny mariages, ny aucune recreation. Argument qui me fait croire ce qu’un antien poette qui se morguoit comme un paon, et avoit estudié entre le Bourg-Badouin et l’Asnerie, disoit de telles gens par ce quatrain :

Les joueurs d’instruments qui monstrent les cinq pas21
Et cessent leur ton ton en cette quarantaine,
Trouvent en leur disner de si maigres repas
Qu’on entend leurs bouyaux chanter dans leur bedaine.

Pour les chanteurs, je ne leur chanteray rien, sinon qu’ils attendent au jour de la Passion pour couler quelque chose de pitoyable au cœur de leurs auditeurs, et de là en avant continuer après les festes leur premier mestier pour leurs œufs de Pasques : car, pendant tout le decours de ce temps icy, nous n’avons que deux mots du Stabat (contristantem et dolentem). Toutesfois, cela ne les empeschera pas, au moins pour ceux qui sçavent rimer, de faire des chansons nouvelles de quelque nouveau marié en l’an mil six cens trop tost, à qui sa dariolette22 de femme, levant son cotillon de tous les jours, aura fait porter les cornes de Vulcan. Mais alte ! Les chanteurs de chansons ne sont pas seuls, comme les chevaux de relais, les marqueurs et vallets de pied des jeux de paulmes23, qui vous frottent les personnes en sueur, sous le ventre et partout, comme s’ils avoient sauté de Claque-dent en Bavière pour entrer au royaume de Surie, et avoir deux estez contre un hyver, n’ont guères plus de pratique, au raport que m’en a fait depuis deux heures et demye, un cart et six minuttes en çà, maistre Jean des Entonnoirs24, premier estaffier de l’arrière-chambre de Gargantua, qui donna son nom au mont de Gargan, en la Pouille.

Je plains seulement, pendant cette saison aqueuse et flecmatique, les pauvres fiancées qui ne pourront cheviller leur marché legitimement, ny faire ficatores jusques à Quasimodo : car, s’il est deffendu aux anciennes personnes de manger de la chair, il n’est pas raisonnable que les jeunes gens, souples comme les poutres qui sont dans les prairies de Bretaigne, en goustent un petit tantinet, ne facent des endrogines ny du potage à quatre genoux, me rendant ennemy capital, et du tout diametral­lement opposite, aux raisons que la fille d’un certain ministre de Normandie, qui avoit emprunté un pain sur la fournée, alleguoit (interrogée sur l’enflure de fructus ventris, sçavoir est) qu’elle avoit ouy prescher à monsieur le predicant, son père, que la chair qui entroit au corps ne souilloit point l’ame, comme si c’estoit les seulles viandes, bonnes de soy, qui nous souillassent ; plustost que la defence d’en user, ou que la pomme qu’Adam mangea eust plustost corrompu sa posterité que le peché qu’il fit transgressant le commandement de Dieu. Ceste damnable proposition semble avoir enhardy nos sablins reformez de manger de la viande en caresme et du poisson aux jours gras, accomplissant les documens de la loy comme les escrevisses, comme les cordiers, à reculons, suyvant en cela les institutions de l’heresie et la doctrine de Jean de Noyon, je dis de Calvin, premier heresiarche de la France, qui, pour faire pulluler ses dogmes impieux, donnoit toutes sortes de licences à ceux qui beuvoient l’absinthe de son erreur dans la coupe dorée de la paillarde de l’Apocalipse, je dis de la reforme. Pythagore n’estoit pas de l’humeur de nos nouveaux cabalistes, car il n’eust pas voulu gouster du plus petit oyseau du ciel, ny du plus petit poisson de la mer, disant par ses pertinentes raisons que la nature, ceste grande prodigue, nous produisoit assez d’autres choses pour manger, sans appareiller pour nostre nourriture les animaux ayans vie. Mais tue, esgorge, esventre, estrippe chapons, poulets, pigeons, codindes, tant que voudront ces messieurs de courte devotion, nous serons aussitost à Pasques comme eux pour manger des œufs ; mais, pour leur faire un prouface, je leur veux donner ce quatrain :

Gressez tant que voudrez votre gozier d’harpie,
De poulles et chapons en secret comme loups,
Vous ne me ferez point, je vous promets, d’envie,
Car je trouveray Pasque aussi-tost comme vous.

Il est vray que c’est une grande incommodité de manger tousjours du harenc aussi sallé que s’il partoit de la cacque, et de la morue aussi douce que de l’eau de la mer ; toutesfois, pour expedier, il faut suppleer au deffaut des poissonnières, je veux dire que, pour la destremper dans nos bacquets humanistes, il faut boire en grand diable et demy : plus l’on boit, plus on en va mieux. Six sepmaines sont bien-tost passez ; nous serons aussi estonnez que les mattes quand il tonne ; je dis que nous nous trouverons au samedy de Pasque en corps et en ame comme bibets. Ce sera lors que les diablesses de poissonnières, qui boivent pinte de vin tout d’un traict, auront trouvé le caresme bien court, encor qu’il ait esté trop long de la moitié, pour les parjuremens, injures, pouilles, vieutes, qui se font entre comptans, avec leurs malleboches, double fièvres quartaines, s’entredonnans trippes et dins, sans rien retenir, à tous les diables, lesquels ont bon marché de telles denrées, qui se donnent à si bon compte. Aussi, quand telles sortes de gens n’auroient peché ny fait aucune offence en toute leur vie, seroit capable d’entretenir un prestre en confession une quarantaine d’années, s’il y pouvoit autant estre : car, tout ainsi que les destours du dedalle menoient d’un chemin en un autre, et d’un autre en un autre, accusant un peché, ce peché les conduit en un autre, et cet autre en un autre, de sorte que l’on ne peut sortir de ce tortueux labirinthe qu’avec grande difficulté.

D’autre costé, les bouchers, poullayers, charcuitiers et paticiers, ayans eu la commodité d’user les semelles de leurs souliers à force de leur pourmener, de faire une illiade de brochettes de bois et de degresser leurs estals, assomment, tuent, esgorgent, plument, couppent, dehachent, et parent leurs boutiques de bœufs, de moutons et de pourceaux mis en mille pièces, de façon qu’ils chantent le Te Deum laudamus, au lieu de faire dire des vigiles pour luy.

Neantmoins, de toutes les personnes qui se trouvent de repos et de la confrarie de Jean de Loisir, tant à cause du caresme que pour l’occasion de la marchandise qui ne va pas si bien que l’on voudroit, il n’y en a point qui rendent meilleur service au roy que ces braves atlettes qui vont en garde pour les bourgeois. Leurs corps sont infatigables au travail, leurs yeux au sommeil et leur vie à la peine, et ne se plaisent rien tant qu’à coucher sur la dure, d’avoir le mousquet sur l’espaule et l’espée à leur costé de fer, fit d’estre sans cesse en faction avec grande sobriété. Mais où m’emporte mon discours ? Retournons à nos moutons : c’est une marchandise propre à ces messieurs dont j’ay traicté dans ce purgatoire, lequel je leur dedie, car je croy, par metaphore, que le caresme ne semble moins long, et ne fache moins ces messieurs les bouchers, charcuitiers, cuisiniers, paticiers, trippieres, sablins, fiancés, valets de jeux de paulme, chanteurs, joueurs d’ïnstrumens et autres gens de bon appetit, qui aiment mieux un quartier de mouton qu’un gigot de morue, et une perdry qu’un pruneau, que le purgatoire de l’autre monde est fait pour purger les ames. Adieu.


1. D’après Goerres (Histoire des livres populaires de l’Allemagne, 1807), l’histoire de Faust n’est que le résumé de toutes les histoires de sorciers ; il dit : « De même que Faust, devant l’empereur Maximilien (non pas devant Charles-Quint), évoqua Alexandre le Grand, de même la chronique française raconte que Robert le Diable évoqua Charlemagne. » — L’histoire prodigieuse et lamentable de Jean Faust, traduite par Palma Cayet, avoit rendu ces traditions allemandes très populaires en France.

2. C’est-à-dire parents entre eux, comme Sganarelle étoit médecin de par les coups de baton, baculus.

3. Dans son fameux traité : Declamatio de nobilitate et præcellentia feminei sexus. Anvers, 1529.

4. Sans doute l’Histoire des martyrs persécutés et mis à mort pour la vérité de l’Evangile, depuis le temps des apôtres jusqu’à présent (1610), comprise en XII livres, trad. du latin (par J. Crispin, et continuée par S. Goulard). Genève, 1619, 2 vol. in-fol.

5. Abeilles.

6. C’est-à-dire aux couvents des quatre ordres mendiants : les Jacobins, les Franciscains, les Augustins et les Carmes.

7. C’est-à-dire au cochonnet, sorte de jeu de boule dont a parlé Rabelais, et qui étoit l’amusement favori des artisans de Paris au XVIIe siècle. Il y avoit sur les remparts, près des portes, des emplacements réservés pour les joueurs au cochonnet et au mail. La rue à laquelle ce dernier jeu a donné son nom étoit encore hors des murs au commencement du XVIIe siècle. Quand l’enceinte fut reculée, les joueurs se transportèrent auprès des nouveaux remparts, sur le terrain qu’occupa plus tard la rue nommée à cause d’eux rue des Jeux-Neufs, puis, par altération, rue des Jeuneurs.

8. Le mal saint Main, c’étoit la gale, qui s’attaque surtout aux mains. Pour une galeuse on disoit une demoiselle de saint Main. (Oudin, Curiosités françoises, p. 494.) Le nom de l’autre patron doit se lire saint Galery, et alors il s’explique de lui-même. Henri Estienne, dans l’Apologie pour Hérodote, et Cornélius Agrippa, De vanitate scientiarum, chap. 57, se sont moqués de ces patronages qui n’avoient d’autre raison que la ressemblance du nom du patron avec celui de la maladie patronée.

9. Coryphée.

10. Faiseur de facéties dont nous publierons quelques vers. L’éloge qu’on trouve ici de lui, et qui n’est rien moins que mérité, nous feroit croire qu’il est peut-être l’auteur de cette pièce.

11. V., sur cette statue mutilée et ridicule qui se trouvoit dans un des coins du chœur de Notre-Dame, une note de notre édition des Caquets de l’accouchée, p. 265.

12. La pyromancie, divination par les mouvements de la flamme. Virgile, dans les Georgiques, liv. 1er, v. 390, nous montre une jeune fille des champs tirant des présages des légers fumerons (fungi) formés autour de la mèche de sa lampe, et aujourd’hui encore les gens de nos campagnes s’attendent à quelque nouvelle lorsqu’ils voient un petit point brillant se détacher tout à coup sur la clarté de leur chandelle.

13. Errinys, la première des Furies.

14. L’espiègle. V., sur ce type, qui avoit été importé d’Allemagne, une note de notre édition des Caquets de l’accouchée, p. 226.

15. Les petits marchands de noir de fumée, ou de noir à noircir, comme ils disoient dans leur cri, étoient très fameux alors dans les rues de Paris, pour le bruit qu’ils faisoient et à cause de leurs habitudes vagabondes. On trouve dans l’œuvre de Laigniet six gravures représentant les aventures de Jean Robert, le plus célèbre de ces vauriens, qui a laissé son nom à la rue qu’il habitoit.

16. Ce mot se prenoit pour bohémien. C’étoit, selon Huet, cité par le Dictionnaire de Trévoux, une altération de blaque vlasque ou valasque ; or, on sait que les zingari venoient en grande partie de la Valachie. C’est à cause d’eux que l’argot est appelé souvent patois blesquin. Par extension on disoit encore au XVIIIe siècle faire le blesche, être de mauvaise foi, (V. Th. de Ghérardi, t. 3, p. 147), et l’on employoit dans le même sens le verbe bleschir, aujourd’hui hors d’usage.

17. C’est-à-dire puisque vous avez tout mangé à belles dents, faisant de votre ventre un creuset d’arquémiste.

18. Le plus souvent on disoit seulement piolé, riolé, comme une chandelle des rois (V. Comédie des proverbes, acte 2, scène 5), parce qu’en effet les chandelles ou bougies dont on se servoit le jour de l’Épiphanie étoient teintes de diverses couleurs.

19. L’auteur veut parler sans doute de ce fameux branle de Bretagne qu’on appeloit trihori, et dont il est plus d’une fois question dans les Contes d’Eutrapel. Il se transforma plus tard et devint la danse des tricotet, qui s’exécutoit sur l’air de Vive Henri IV.

20. On sait combien étoient célèbres les danses hautbarroises dont faisoit partie le branle de Metz, par lequel, sous Louis XIV encore, se terminoient les bals de la cour.

21. Sur cette danse, fort à la mode sous Louis XIII et devenue très surannée dans la seconde moitié du XVIIe siècle, où elle n’étoit plus vantée que par les grand’mères, V. une note de notre édition du Roman bourgeois, pages 128–129.

22. V. sur ce mot notre tome 3, page 145, note.

23. Ces valets des jeux de paume, qui marquoient les points et qui essuyoient les joueurs après la partie, s’appeloient naquets. V. Fauchet, Orig. des chevaliers, liv. 1, chap. 1.

24. Lisez : frère Jean des Entommures.