Les erreurs de l’Église en droit naturel et canonique sur le mariage et le divorce/24

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XXIV


Il reste donc certain : 1o que le mariage remonte fort loin vers l’origine des sociétés, c’est-à-dire des siècles sans nombre avant le prétendu Adam ; 2o que l’Église ne s’est emparée de l’institution que par des usurpations répétées des attributions et des droits du pouvoir civil, usurpations qu’elle basait sur des documents qu’elle savait être faux, puisqu’elle les a déclarés tels quand il lui est devenu impossible de s’en appuyer davantage ; 3o qu’elle a mis douze siècles à terminer l’incubation de son sacrement ; 4o que par suite des définitions modernes de ce sacrement il ne participe plus des conditions nécessaires d’un sacrement puisqu’il ne réunit plus les trois conditions essentielles d’un sacrement.

Et enfin, quand l’Église vient nous informer gravement que sa Bible a décidé que l’homme et la femme mariés ne faisaient plus qu’une seule chair, nous l’informons en retour que cela avait été dit bien des siècles auparavant dans les livres sacrés de l’Inde et dans le Zend Avesta.

Il faut donc conclure de tout ce qui précède que le lien est civil, exclusivement civil :

1o Parce qu’il est per se de droit naturel :

2o Parce qu’il ne constitue pas un acte purement mystique comme tous les autres sacrements, mais qu’il est un acte purement physique et physiologique en vue de la propagation de l’espèce ;

3o Parce que la religion bénit le lien après qu’il a été contracté par le consentement des parties, donc elle reconnaît son existence indépendamment d’elle, différence essentielle, avec ses autres sacrements ;

4o Parce que ses cérémonies, aujourd’hui surtout, n’ont d’autre effet pour elle que de ratifier, sanctifier, comme elle le prétend, un lien au lieu de le créer ;

5o Parce que la création du lien est le fait des parties seules et non le fait de la religion.

Dire que le lien est essentiellement religieux, c’est prétendre que création du lien par les parties et ratification de ce lien par l’Église ou par l’État constituent un seul et même fait, un seul et même acte, ce qui est absolument faux en fait et en droit. Le lien créé par les parties est complètement indépendant de l’Église et de l’État puisque ni l’un ni l’autre ne peuvent les empêcher de le créer. L’Église n’a pas vu cela. Les légistes l’ont vu, expliqué, démontré. Ce sont donc eux qui ne se sont pas trompés sur la question. Leur raison éclairée par la science s’est montrée bien supérieure à la raison qui se prétend éclairée par le Saint-Esprit.

Sans doute Jésus a donné au lien matrimonial plus de solidité qu’il n’en avait dans les sociétés païennes, à l’exception de l’Inde. Il en a défini la perpétuité nécessaire et il a repoussé le principe de la répudiation, excepté en cas d’adultère. Mais son affirmation de la perpétuité du lien conjugal ne constituait ni la création du mariage, ni l’institution du sacrement, puisque le principe de la perpétuité existait déjà dans quelques codes civils, et que le sacrement a mis plusieurs siècles à se constituer.

Il est peut-être à propos de rappeler ici que Moïse, ou mieux les auteurs de la législation juive, avaient prohibé le célibat. Bien loin de concéder toutes sortes d’exemptions aux célibataires et de les accabler en quelque sorte de privilèges, la loi juive les flétrissait au contraire comme gens inutiles et même nuisibles à la société puisque ce sont surtout les célibataires qui pervertissent la femme. L’Église, elle, qui trouvait le vrai dans son livre sacré qu’elle attribue à Moïse, a préféré à son opinion celle des païens Pythagore et Zénon qui ont affirmé tous deux la supériorité du célibat. Elle a préféré Pythagore et Zénon à Moïse sur la question du célibat, comme elle a préféré Aristote à Jésus sur celle du prêt à intérêt, comme nous le verrons ailleurs.

Et quel a été le résultat pratique de son adoption de la fausse idée du célibat ? Huit siècles de démoralisation de ses prêtres qui, même quand ils pouvaient se marier, préféraient la concubine ; puis huit siècles en sus de concubinage universel quand le mariage leur a été interdit. Tous ses conciles constatent que ce sont les prêtres qui corrompent les laïcs et les confesseurs qui corrompent les femmes et les filles par leurs sollicitations. Puis des bulles de papes par centaines ! Défenses réitérées de décade en décade, même d’année en année ! Et le clergé jette au panier et les bulles et les décrets des conciles ! Et jamais la moindre proposition sérieuse de réforme du système ! Les Pères de Bâle veulent le faire et Eugène IV les traite de suppôts de Satan !

Voilà la papauté mère de la civilisation !