Lettres à sa marraine/28 septembre 1915

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Gallimard (p. 28-29).


28 septembre 1915

Le talisman en rimes m’a protégé, merci. La victoire est acquise. Vous en connaissez plus de détails que moi qui ai canonné sans trêve pendant six jours. Maintenant on attend les avant-trains pour aller ailleurs. Je suis éperonné, casqué, j’ai le revolver au côté et, sitôt mon cheval revenu de l’échelon, en selle !

Ce que j’aime le mieux de moi, c’est « L’Hérésiarque et Cie » (en prose, Stock, 1909) et « Alcools » (Poèmes, Mercure de France, 1913).

Théophile est un poète exquis, je connais mal des Barreaux sauf un fameux sonnet athée qui lui est attribué ; je crois avoir moins aimé Tristan. C’est que j’aime trop Racine pour goûter quelqu’un qu’on a voulu lui comparer.

Confidence pour confidence : vous savez mon prénom et je ne sais pas le vôtre et le verbe précise l’image je n’ai même pas l’image.

Vous me flattez infiniment en me conviant à être de vos amis. Je le suis donc, ma chère amie.

Je n’ai pas de système poétique ou plutôt j’en ai beaucoup. Si vous pouviez trouver les numéros de juin et de juillet des « Soirées de Paris », vous verriez ce que j’ai inventé de plus nouveau pour ce qui touche à l’art poétique. Qu’il vous plaise donc de choisir pour moi un bouquet lyrique que je lirai avec un grand plaisir…

Je baise cette main à qui votre « âme » a dicté le quatrain qui me protège.

G. A.

(lettre écrite au crayon)