Lettres choisies du révérend père De Smet/ 19

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
MATHIEU CLOSSON ET Cie (p. 273-289).
◄   XVIII.
XX.  ►

XIX


Université de Saint-Louis, 30 décembre 1854.

La question indienne a été beaucoup agitée aux États-Unis dans le courant de cette année. Le Kansas et le Nébraska feront désormais partie de la grande confédération. Ils embrassent tout le Grand Désert, des confins du Missouri jusqu’au 49e degré de latitude nord, et s’étendent dans l’ouest jusqu’aux montagnes Rocheuses.

On m’a souvent demandé ce que je pense de l’avenir des malheureux Indiens, et vous-même, je le sais, vous leur portez de l’intérêt, Je vais donc vous communiquer aujourd’hui mes craintes et mes espérances, ce sont celles du reste que j’ai eues depuis longtemps. Déjà en 1851 un de mes amis de Paris, M. René de Sémalé, m’écrivit pour connaître la situation des tribus indiennes de l’Amérique du Nord. Voici les points sur lesquels mon correspondant me priait de lui donner des éclaircissements et voici les réponses que je lui ai faites. J’ajouterai ce qui s’est passé depuis lors entre le gouvernement et les aborigènes, et je dirai un mot des traités qui ont été conclus depuis 1851 jusqu’à la fin de 1854.

Première question. Pensez-vous, me demandait mon correspondant français, que les aborigènes viennent à disparaître à l’ouest du Mississipi, comme ils ont disparu jadis à l’est de ce fleuve  ? En d’autres termes, les Indiens de l’ouest subiront-ils le sort de leurs frères de l’est  ?

Réponse. Le même sort qu’ont eu les Indiens à l’est du Mississipi atteindra, à une époque peu éloignée, ceux qui se trouvent à l’ouest du même fleuve. À mesure que la population blanche, ou de race européenne, s’avance et pénètre dans l’intérieur des terres, les aborigènes se retirent graduellement. Déjà (en 1851) les blancs regardaient d’un œil avide les terres fertiles des Delawares, des Potowatomies, des Shawanons et d’autres tribus de nos frontières. Je ne serais point surpris si, dans peu d’années, des négociations étaient entamées pour l’achat de ces terres et le déplacement des Indiens, qui dans ce cas seront forcés évidemment de se retirer vers l’ouest. Les grands débouchés ouverts à l’émigration par l’arrangement définitif de la question de l’Orégon, ainsi que l’acquisition du Nouveau-Mexique, de la Californie et de l’Utah, ont seuls empêché, jusqu’à présent, qu’on ne fît des efforts pour éteindre les titres ou les droits des Indiens aux terres situées immédiatement à l’ouest de l’État du Missouri, et à celles qui s’étendent du côté sud de la rivière Missouri, entre les rivières Kansas et la Platte, et aussi haut que le Niobrarah ou la rivière appelée l’Eau qui court.

Deuxième question. Dans le cas où les Indiens ayant fait cession d’une partie de leurs terres demeurassent néanmoins de plein droit çà et là, sur le territoire d’un État américain, ne serait-il point à craindre qu’ils ne fussent traités ensuite avec la même injustice et la même barbarie que l’ont été les Cherokees qui, contrairement à toute convention, ont été privés de leurs possessions par l’État de la Géorgie et refoulés dans les terres du haut Arkansas  ?

Réponse. Je réponds affirmativement. Il est très-probable que, d’ici à peu d’années, des traités seront conclus avec certaines tribus relativement aux Réservations, c’est-à-dire, aux portions de leurs terres que le gouvernement des États-Unis tient à part pour leurs résidences futures. Mais quoique la lettre des traités garantisse aux Indiens de telles Réservations, vous pouvez être assuré que les besoins supposés d’une population blanche et prospère serviront plus tard de prétexte pour envahir ces terres et en déposséder les Indiens. Cela se fait, soit par négociation ou achat nominal, soit en rendant la situation des sauvages si pénible, qu’ils ne trouvent d’autre alternative que le déplacement ou l’émigration.

Troisième et quatrième questions. Lorsque le territoire de l’Orégon[1] sera incorporé dans l’Union, les missionnaires de cette région ne pourraient-ils point organiser les sauvages convertis en districts et comtés distincts, peuplés ainsi de citoyens américains, quoique d’origine indienne  ? La propriété des Indiens dès lors deviendrait inviolable, et les missionnaires auraient le temps de leur persuader de quitter la vie nomade ou de chasseurs, pour embrasser la vie pastorale  ; plus tard ces sauvages cultiveraient leur sol, sans être inquiétés par les prétentions des blancs.

Réponse. Lorsque l’Orégon sera devenu État, il suivra la même politique que celle qu’ont adoptée jusqu’ici les autres États  ; c’est-à-dire qu’il soumettra indistinctement tous les habitants à sa juridiction et aux lois de l’État. La politique des Américains a toujours été d’éloigner les Peaux-Rouges des terres de chaque nouvel État aussitôt que cet État est dûment admis comme partie de la confédération ; et dans les cas où quelques portions de tribus sont restées sur leurs terres, comme le fait a eu lieu dans les États de New-York, d’Indiana, de Michigan et de l’Ohio, la situation des sauvages est devenue très-malheureuse, leurs progrès ont été nuis. Se comparant aux blancs qui les environnent et qu’ils voient si entreprenants et si industrieux, ils éprouvent un sentiment d’infériorité qui les accable et les décourage. Les Stockbridges (Mohegans et Iroquois), qui ont joui, pendant plusieurs années, de tous les droits de citoyens dans l’État du Wisconsin, ont supplié les autorités de les décharger de leurs obligations comme tels, et sollicité avec instance le gouvernement de vouloir leur accorder une retraite, soit dans le Minnesota, soit à l’ouest du Missouri. Ceux mêmes qui vivent sur les belles terres ou les Réservations de l’Illinois, du Michigan, de l’Indiana et de l’Ohio, se trouvant comme des étrangers sur le sol natal, ont tous vendu leurs possessions et rejoint leurs propres tribus dans l’ouest. Le voisinage des blancs leur était devenu intolérable. Lorsque les terres des Indiens cesseront d’avoir de la valeur et que les blancs pourront et voudront s’en passer, alors seulement les Indiens jouiront du privilège de les garder. Mais pour cela il faudra attendre les calendes grecques.

Cinquième question. Voici un extrait de la loi du 27 septembre 1850 : « On accorde une portion de terre à chaque habitant (inclus les métis indiens-américains) âgé de plus de dix-huit ans, citoyen des États-Unis, ou ayant fait une déclaration, avant le 1er décembre 1851, de son intention de vouloir le devenir, etc….  » Remarquez que cette loi prouve deux choses : la première qu’il y a des métis en Orégon, la seconde que les métis ont tous les droits des citoyens blancs. Ne pensez-vous pas qu’un jour à venir, supposez dans le courant d’un siècle, l’Orégon soit peuplé par une race hétérogène avec des traits frappants d’une race mêlée de sang indien et de sang blanc, et par un reste d’aborigènes vivant dans les replis ou vallées des montagnes, pareils aux Celtes des Iles-Britanniques et aux Américains du Chili  ? Alors l’Orégon entrerait dans la catégorie des États espagnols du sud de l’Amérique, où les Indiens, loin d’être exterminés ou de s’éteindre, ont, au contraire, fait des efforts pour s’assimiler à la race des blancs.

Réponse. Je réponds à cette dernière question que dans le cas où les missionnaires réuniraient les métis avec les Indiens les plus dociles dans les districts ou comtés, sous le bénéfice de la loi territoriale susmentionnée, et donneraient à la jeunesse une éducation à la fois religieuse et agricole, le résultat serait un plus grand mélange de sang indien et blanc, et ainsi la population future de l’Orégon serait hétérogène.

L’avenir des pauvres tribus indiennes est bien triste et bien sombre. Placées, comme elles le sont, sous la juridiction des États-Unis, environnées de blancs de toutes parts, leur ruine paraît certaine. Les sauvages disparaissent insensiblement.[2] Dans cinquante ans, on ne trouvera plus, pour ainsi dire, de traces des indigènes. Que sont devenues ces tribus puissantes qui, au commencement de ce siècle, habitaient la grande et belle région de l’Ouest, partagée aujourd’hui en divers États  ? Vous n’y rencontrez que quelques restes dispersés çà et là sur les frontières. De nos jours, les mêmes causes sont en pleine activité et produisent les mêmes effets. Depuis quatre ans surtout, les grandes émigrations européennes ne font qu’y ajouter. Ces émigrations se multiplient de plus en plus et se succèdent comme les vagues de la mer. Tous les nouveaux venus de l’Europe doivent trouver une issue : cette issue est l’ouest.

Dans le courant de cette année 1854, des traités ont été conclus avec les Omahas, les Ottoes et Missouris, les Sancs, les Renards du Missouri, les Iowas, les Kickapoos, les Shawanons et les Delawares, ainsi qu’avec les Miamies, les Weas, les Piankeshaws, les Kaskaskias et les Peorias. Par ces traités, les différentes tribus cèdent aux États-Unis les portions les plus vastes et les plus avantageuses de leurs territoires respectifs et ne gardent qu’un terrain resserré et de peu d’étendue, appelé Réservation, insuffisant pour les besoins de chaque tribu en particulier, et peu propre à y établir leurs résidences futures.

Nous lisons journellement dans les feuilles qu’un grand nombre d’émigrants se répandent déjà sur les territoires cédés  ; cependant les stipulations de plusieurs traités passés entre le gouvernement et les tribus défendent expressément aux blancs de s’y rendre avant l’arpentage et la mise en vente des terres au profit des Indiens. Malgré cela, les émigrants y fondent leurs colonies et défient même les autorités de les en empêcher.

La nouvelle organisation du Kansas et du Nébraska vient d’abroger les lois protectrices ou Intercourse laws. Par là, elle a renversé la faible barrière qui s’opposait à l’introduction des liqueurs fortes, que les Indiens appellent si expressivement l’eau de feu. Dans quelques années ces petites Réservations, ou établissements indiens, seront entourées d’une population blanche entièrement vicieuse et corrompue. On introduira bientôt les liqueurs en abondance, pour satisfaire le goût dépravé des Indiens. Et tout cela n’a d’autre but que de dépouiller ces malheureux sauvages de ce qui leur reste de biens-fonds et d’argent. Dans cet état de choses, je ne conçois pas comment les Indiens pourront être protégés contre les malheurs qui vont les atteindre de tous côtés. Avant peu de temps les délégués du territoire de Kansas frapperont à la porte du Congrès pour solliciter l’admission dans la confédération des États-Unis. Si cette demande est accordée, on pourra dire adieu à l’indépendance des Indiens de cette contrée et au maintien de leurs Réservations. Le nouvel État établira aussitôt sa juridiction sur tous les habitants qui se trouvent dans ses limites. Quoique les Indiens paraissent devoir être protégés par des garanties que le gouvernement même a accordées en leur faveur, l’expérience constante montre qu’ils ne peuvent vivre tranquillement dans les limites d’un État, à moins qu’ils n’en deviennent citoyens. Témoins les Creeks et les Cherokees qui, dans le temps, furent sur le point de causer un conflit terrible entre l’État de Géorgie et le gouvernement général.

Dans plusieurs des derniers traités dont j’ai fait mention, les Indiens ont renoncé à leurs annuités permanentes, et, en échange, ont consenti à accepter des sommes assez considérables pour un nombre limité d’années et par payements à termes fixes. Quelque forte que soit l’annuité qu’il perçoit, l’Indien ne met jamais rien de côté pour les besoins de l’avenir  ; c’est dans son caractère. Il vit au jour le jour  ; tout est dépensé dans le courant de l’année où le payement lui a été fait. Supposez maintenant que le montant du dernier payement ait été versé, quelle sera ensuite la condition de ces tribus  ? Voici ce que j’en pense : elles doivent ou périr de misère, ou vendre leurs réserves, ou aller rejoindre les bandes nomades des plaines, ou cultiver le sol. Mais remarquez-le bien, ces sauvages seront alors entourés de blancs qui les méprisent, les haïssent et les démoraliseront en peu de temps. Si l’on demande : À quoi faut-il attribuer que ces Indiens manquent parfois d’échanger leurs annuités permanentes contre des sommes plus fortes mais versées exactement à des termes convenus  ? La réponse à cette question se trouve dans la disparité des parties contractantes. D’une part nous avons l’officier intelligent et habile du gouvernement  ; de l’autre, quelques chefs ignorants accompagnés de leurs interprètes métis, dont l’intégrité est loin d’être proverbiale.

Que si vous ajoutez à tous ces faits les ravages qu’exercent chaque année dans un grand nombre de tribus la petite vérole, la rougeole, le choléra et d’autres maladies, ainsi que les divisions et les guerres intestines qui les déchirent sans cesse, je répète que, dans peu de lustres, il restera seulement de faibles vestiges de ces tribus dans les Réservations qui leur ont été garanties par les derniers traités. En ce moment, les agents du gouvernement entament des négociations nouvelles avec les Osages, les Potowatomies et plusieurs autres tribus pour acheter ce qui leur reste de propriétés.

Depuis la découverte de l’Amérique, le système de reléguer les Indiens plus avant dans les terres ou dans l’intérieur a été assidûment pratiqué à leur égard. Dans les premiers temps, on y allait petit à petit  ; mais au fur et à mesure que les colons européens se sont multipliés et ont gagné en puissance, l’application du système a été poussée avec plus de rigueur. La résistance de la part des aborigènes n’a toujours servi qu’à accélérer leur chute. On peut dire que, dans le drame si émouvant de l’existence de ces tribus sauvages, on est arrivé à la dernière scène, surtout par rapport aux nations qui habitent à l’est et à l’ouest des montagnes Rocheuses. Avant longtemps, le rideau tombera sur toutes pour les dérober à jamais à l’œil des vivants : elles ne subsisteront plus dès lors que dans l’histoire.

Les blancs continuent à se répandre comme des torrents dans toute la Californie, [3] dans les territoires de Washington[4], d’Utah[5] et de l’Orégon, [6]dans les États de Wisconsin, de Minnesota, de l’Iowa, du Texas, du Nouveau-Mexique et, en dernier lieu, dans le Kansas et le Nebraska.[7]. À une époque récente et même depuis que j’habite l’Amérique, tous ces États et ces Territoires formaient encore le domaine exclusif des Indiens. À mesure que les blancs viennent s’y installer et s’y multiplient, les indigènes disparaissent et s’éteignent.

Le R. P. Félix Martin m’a écrit récemment du Canada les lignes suivantes : «  Les missions sauvages sont presque réduites à rien. Elles suivent

le mouvement de ces tristes populations qui ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient autrefois. C’est comme un corps qui s’affaisse peu à peu sur lui-même. Il perd sa grandeur, sa force, ses formes primitives. Elles ont perdu le caractère de nations  ; ce sont des individualités avec quelques anciens souvenirs, et leurs traces s’effacent peu à peu.  »

Si les malheureux habitants du grand territoire indien étaient traités avec plus de bonne foi et de justice, ils causeraient bien peu de trouble. Ils se plaignent de la méchanceté des blancs, et avec raison. On éloigne les Peaux-Rouges de leur pays natal, des tombeaux de leurs pères, auxquels ils sont religieusement attachés  ; de leurs anciens terrains de chasse et de pêche  ; ils doivent aller chercher ailleurs de quoi vivre, et bâtir leurs cabanes sous un autre climat et dans des pays qui leur sont inconnus. À peine ont-ils trouvé un peu d’aisance, sur un nouveau sol, qu’on les en éloigne une seconde et une troisième fois. Après chaque déplacement, leurs terrains deviennent plus restreints, leurs chasses et leurs pêches sont moins abondantes. Cependant, dans tous les traités, les agents officiels leur promettent, de la part du gouvernement, une protection et des privilèges qui ne se sont jamais réalisés. Est-il donc étonnant que les sauvages donnent aux blancs le nom de langues fourchues ou menteurs  ? Ils disent que les blancs «  marchent par des sentiers tortueux pour arriver à leur but  ;   » que leurs déclarations d’amitié, toutes belles et bonnes qu’elles paraissent, «  ne sont jamais entrées dans leurs cœurs  » et passent avec la même facilité «  du bout de leurs langues  ;   » qu’ils approchent l’Indien «  le sourire sur les lèvres,   » le prennent amicalement par la main pour gagner sa confiance, le tromper plus facilement, l’enivrer et le corrompre avec ses enfants. — «  Comme des serpents, disait le chef Black-Hawk dans un discours fameux, ils se sont glissés au milieu de nous  ; ils ont pris possession de nos foyers  ; l’opossum [8]et le chevreuil ont disparu à leur approche. Nous crevons de faim et de misère. Le seul contact des blancs nous a empoisonnés.  »

Ces plaintes et ces lamentations ont été mille fois répétées par les chefs indiens, lorsque les agents du gouvernement leur ont fait des propositions pour la vente de leurs terres. Il reste un faible espoir de conserver un grand nombre de sauvages, si le projet de loi présenté par le sénateur Johnson est adopté sincèrement de part et d’autre, c’est-à-dire par le gouvernement et par les Indiens. M. Johnson proposait au sénat d’établir trois gouvernements dans le territoire indien habité par les Choctaws, les Cherokees, les Creeks, les Chickasaws et autres tribus indiennes, avec la perspective de les admettre plus tard comme parties distinctes de la confédération des États-Unis. Le 25 novembre dernier, Harkins, chef parmi les Choctaws, adressa un discours à sa nation, sur cette matière. Entre autres choses il leur dit : — «  Je vous le demande, qu’allons-nous devenir si nous rejetons la proposition du sénateur Johnson  ? Pouvons-nous espérer de rester éternellement un peuple à part  ? La chose n’est pas possible. Le temps doit arriver, oui, le terme s’approche où nous serons engloutis. Et cela malgré nos droits et nos justes réclamations  ! Je parle avec assurance. C’est déjà un fait accompli : nos jours de paix et de bonheur sont passés  ! Aucune opposition de notre part ne pourrait arrêter la marche des États-Unis vers la grandeur et la puissance, ni empêcher l’occupation par les étrangers du vaste continent américain. Nous n’avons ni pouvoir, ni influence sur le gouvernement : il nous regarde comme de petits enfants, comme des pupilles placés sous sa tutelle et sa protection  ; il fait de nous comme bon lui semble. Les Choctaws peuvent-ils changer cet état de choses  ? — Si le désir de vivre n’est point éteint dans nos cœurs, si nous voulons conserver parmi nous les droits d’une tribu, un seul moyen nous reste : c’est de civiliser et d’instruire la jeunesse, promptement et efficacement. Le jour de la fraternité est arrivé. Nous devons agir ensemble et d’un commun accord. Considérons attentivement notre situation critique et la voie qui nous reste à suivre en ce moment. Un seul faux pas pourrait être fatal à notre existence comme nation. — Je propose donc que le conseil nomme un comité pour délibérer sur les avantages et les désavantages de la proposition faite aux Choctaws. — Est-il sage, pour les Choctaws, de refuser une offre libérale et favorable, et de s’exposer à subir la destinée des Indiens du Nébraska  ?   »

D’après les nouvelles reçues par un journal qui se publie dans le pays indien, le discours du chef a causé une profonde sensation et a été hautement applaudi par tous les conseillers. Tous les Choctaws intelligents approuvent la mesure. Les missionnaires protestants, espèce de spéculateurs politiques, s’opposent à l’adoption du projet de loi et emploient toutes leurs ruses et toute leur influence pour en empêcher le succès. Harkins propose leur expulsion. — «  C’est notre argent, s’écrie-t-il, que ces mercenaires sont venus chercher ici. — Assurément notre argent sera capable de nous obtenir de meilleurs instructeurs. — Tâchons donc de nous procurer des missionnaires avec lesquels nous pouvons vivre en bonne harmonie, et qui nous donneront une doctrine basée sur celle des apôtres et de Jésus-Christ.  »

On représente les Chickasaws comme contraires à la mesure du sénateur Johnson. Toutefois on ose espérer que la majorité lui sera favorable et que les trois États territoriaux seront établis. C’est, dans mon opinion, un dernier essai pour fixer les débris des indigènes américains. C’est l’unique chance de bonheur qui leur reste ; l’humanité et la justice semblent exiger qu’ils l’obtiennent. S’ils étaient refoulés de nouveau, ils périraient infailliblement.

Quant aux sauvages qui refuseraient de se soumettre ou d’accepter l’arrangement qui leur est favorable, ils devraient retourner à la vie nomade des plaines, et terminer leurs jours à mesure que les buffles et les autres animaux qui les nourrissent disparaîtraient autour d’eux.

Agréez, etc.

P. J. De Smet, S. J.
  1. L’Orégon fut organisé en territoire le 14 août 1848 et admis dans l’Union, comme État, le 14 février 1859 — sa capitale est Salem — sa superficie est de 95, 274 milles carrés — sa population, en 1860, était de 52, 465, en 1870, de 90, 922. Aujourd’hui elle dépasse les 100, 000. (Note de la présente édition.)
  2. D’après la Statistique officielle du département indien à Washington, le chiffre total de toutes les tribus sauvages s’élevait, en novembre 1863, à deux cent soixante-huit mille soixante-dix-neuf (268, 079) individus. (Note de la présente édition.)
  3. La Californie, jadis partie du Mexique, annexée aux États-Unis en 1848, est devenue un des États de la grande république dès 1850. Sa capitale est Sacramento. — Sa superficie est de 188, 982 milles carrés. Sa population, en 1870, était de 559, 742 habitants dont plus de 35, 000 sont Chinois, ou coolies, 300 métis et 17, 562 Indiens. (Note de la présente édition.)
  4. Washington, situé entre la Colombie anglaise au Nord, l’Orégon au Sud, et le Montana à l’Est, érigé en territoire le 2 mars 1853  ; capitale, Olympia  ; superficie, 71, 300 milles carrés (186, 664 kilomètres carrés)  ; population (en 1870) 23, 901 habitants. (Note de la présente édition.)
  5. Utah, acheté au Mexique en 1845, organisé en territoire le 9 septembre 1850. — Capitale, Great Salt Lake City, capitale des Mormons  ; superficie, 109, 600 milles carrés  ; population (en 1870), 86, 921 habitants, sans compter les Indiens. (Note de la présente édition.)
  6. Orégon. Le sud de cette contrée fait partie des États-Unis, tandis que le nord, à partir du 49e degré de latitude nord, est aux Anglais depuis 1846. La Nouvelle-Bretagne, les montagnes Rocheuses, la Californie et l’océan Pacifique servent de bornes à ce vaste pays à peine exploré au xviiie siècle. — Organisé en territoire le 14 août 1848  ; admis dans l’Union le 14 février 1859. Sa capitale est Salem. Sa superficie est de 95, 274 milles carrés. Sa population (en 1870) était de 90, 922 habitants. (Note de la présente édition.)
  7. Au 1er août 1854, il n’y avait, dans le Kansas et le Nébraska, ni bourg, ni village de blancs  ; au 30 décembre de la même année, déjà trente à quarante sites avaient été choisis pour bâtir immédiatement des villages et même des villes. On y travaillait déjà à toute force dans un grand nombre d’endroits  ; on construisait des maisons, on établissait des fermes. Tout est vie et mouvement dans ces contrées vierges.
  8. Opossum. — Nom donné par les Anglo-Américains au didelphe à oreilles bicolores, dit aussi sarigue. (Note de la présente édition.)