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Lettres de Jérôme

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LETTRES

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Œuvres Complètes de St Jérôme
Traduction par Bareille.
Louis Vivès (1p. 283-290).

LETTRE LVIII.

À PAULIN.

Repoussant par humilité chrétienne les éloges de Paulin, et le louant à son tour à raison de son éloquence et de la noblesse de sa vie, il l’exhorte à l’étude des divines lettres, et lui trace le plan d’une vie chaste et sainte.

1. « L’homme bon tire des choses bonnes du bon trésor de son cœur ; » Matth. XII, 35 ; et puis : « L’arbre se reconnaît à ses fruits. » Luc. VI, 44. Vous nous mesurez à la mesure de vos vertus ; grand, vous exhaussez les petits ; vous prenez la dernière place au festin, pour que le père de famille vous force à monter plus haut. Qu’y a-t-il en nous, et que c’est peu de chose, pour mériter l’approbation d’une voix tellement autorisée, pour que cette bouche éloquente qui défend le plus religieux des empereurs[1] daigne aussi nous accorder des éloges, malgré notre bassesse et notre obscurité ? Ne nous jugez pas, bien-aimé frère, sur le nombre des années ; ne prenez pas les cheveux blancs pour de la sagesse, mais bien tout le contraire, selon la sentence de Salomon : « La sagesse de l’homme lui tient lieu de cheveux blancs. » Sap. IV, 8. Moïse reçoit l’ordre de choisir soixante-dix vieillards, mais des vieillards qu’il saurait lui-même être tels, qui le seraient dès lors beaucoup plus par la sagesse que par l’âge. Daniel, encore enfant juge des hommes avancés dans la vie, une adolescence sujette aux passions condamne l’impudicité de la vieillesse. N’appréciez pas, je vous le répète, la foi d’après le temps, et ne me croyez pas meilleur, parce que je suis entré le premier dans la milice du Christ. L’apôtre Paul, ce vase d’élection, transformé après avoir été persécuteur, le dernier dans l’ordre apostolique, est le premier cependant par le mérite, parce qu’il a travaillé plus que tous, quoique venu à la suite des autres. Judas, qui depuis longtemps s’était entendu dire : « Mais toi, homme qui partageais avec moi la douce nourriture, mon guide et mon ami ; nous avons ensemble avec les mêmes sentiments marché dans la maison de Dieu, » Psalm. LIV, 14, 15, ayant trahi son ami et son maître, est accusé par la voix du Sauveur, « et rattache à une poutre élevée le nœud qui va lui donner une mort hideuse. » Virgil. Eneid. XII. Le larron, au contraire, passe immédiatement de la croix au paradis, et change en martyre le supplice d’un meurtrier. Que d’hommes aujourd’hui qui traînent leurs propres funérailles en prolongeant leur vie, et, comme des sépulcres blanchis, sont pleins d’ossements ! Une chaleur subite triomphe d’une longue tiédeur.

2. Vous enfin, après avoir entendu la sentence du Sauveur : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-le aux pauvres ; puis venez et suivez-moi ; » Matth. XIX, 21 ; vous transportez les paroles dans les actes, et, nu suivant la croix nue, vous gravissez sans entraves et d’un pas léger l’échelle de Jacob. Vous changez de tunique en même temps que de dispositions, et vous n’allez pas avec une bourse pleine, vous attacher à de glorieux haillons ; mais avec des mains pures, avec une âme candide, vous cherchez votre gloire dans la pauvreté de l’esprit et des œuvres. Il n’y a rien de grand à simuler le jeûne, ou même à jeûner avec ostentation, montrant un visage triste et livide ; à garder d’amples revenus, en étalant un manteau vil et méprisable. Gratès, ce Thébain célèbre, homme naguère opulent, en prenant le chemin d’Athènes pour étudier la philosophie, se débarrassa d’un poids immense d’or, persuadé qu’on ne pouvait pas posséder à la fois les vertus et les richesses. Farcis d’or, nous ne suivrons jamais le Christ pauvre. Couvant nos anciens trésors sous prétexte de pouvoir faire l’aumône, comment pouvons-nous fidèlement distribuer ce qui nous vient des autres, quand nous réservons notre bien avec une aussi craintive parcimonie ? L’homme rassasié disserte volontiers sur le jeûne. Ce qu’il y a de louable, ce n’est pas d’avoir été à Jérusalem, c’est d’avoir mené à Jérusalem une vie sainte. Il faut désirer et louer, non la ville qui tue les prophètes et qui verse le sang du Christ, mais bien celle que réjouit l’eau vive et courante ; » Psalm. XLV, 4 ; celle qui, placée sur la montagne, ne peut pas rester cachée ; celle que l’Apôtre proclame souvent la mère des saints ; celle dont il se glorifie d’être le citoyen avec les justes.

3. En parlant ainsi, je ne veux pas m’accuser d’inconstance, ni condamner ce que je fais, ni paraître avoir imité sans fruit l’exemple d’Abraham, en quittant les miens et ma patrie ; c’est que je n’ose pas renfermer dans un étroit espace la toute-puissance de Dieu, resserrer sur un point de la terre celui que le ciel ne saurait contenir. Chaque croyant, du reste, doit être estimé, non d’après les habitations diverses, mais d’après le mérite de sa foi. Et puis les véritables adorateurs n’adorent le Père ni dans la ville de Jérusalem ni sur la montagne de Garizim, parce que Dieu est Esprit, et que ses adorateurs doivent l’adorer en esprit et en vérité. « Or l’Esprit souffle où il veut… La terre est au Seigneur avec toute son étendue. » Joan. III, 8 ; Psalm. XXIII, 1. Depuis que la toison de la Judée est restée sèche, que la céleste rosée s’est répandue sur le monde entier, et que beaucoup, venant de l’Orient et de l’Occident, se sont reposés dans le sein d’Abraham, il n’a plus été vrai de dire : Dieu n’est connu que dans Juda, son nom est seulement grand en Israël. Désormais la voix des apôtres a parcouru toute la terre, leur parole a retenti jusqu’aux extrémités de l’univers. Le Sauveur se trouvant dans le temple avait dit à ses disciples : « Levez-vous, sortons d’ici ; » Joan. XIV, 31 ;[2] et aux Juifs : « Votre maison sera laissée déserte. » Matth. XXIII, 38. Si le ciel et la terre doivent passer, infailliblement passeront aussi toutes les choses terrestres. Le lieu où se dressa la croix et celui où la résurrection s’accomplit sont donc utiles aux fidèles qui portent leur croix, et qui chaque jour ressuscitent avec le Christ ; car ils se montrent par là dignes d'une telle habitation. Quant aux hommes qui disent : « Le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, » Jerem. VII, 4, qu’ils écoutent cette parole de l’Apôtre : « Vous êtes vous-mêmes le temple du Seigneur, et l’Esprit saint habite en vous. » II Corinth. VI, 16. De la Bretagne comme de Jérusalem, le céleste palais est également accessible ; « car le royaume de Dieu est au dedans de vous ; » Antoine et les innombrables solitaires de l’Égypte, de la Mésopotamie, du Pont, de la Cappadoce et de l’Arménie n’ont pas vu Jérusalem ; cela n’empêche pas que la porte du ciel ne leur soit pleinement ouverte. Le bienheureux Hilarion, quoique né dans la Palestine et vivant dans la même contrée, ne vit Jérusalem qu’un seul jour, ne voulant pas paraître dédaigner les lieux saints, près desquels il se trouvait, ni circonscrire le Seigneur dans une seule place. Depuis les temps d’Adrien jusqu’à l’empire de Constantin, c’est-à-dire pendant cent quatre-vingts années environ, sur le lieu de la résurrection était une idole de Jupiter, et sur le rocher de la croix, une statue de marbre représentant Vénus, l’une et l’autre adorées par les païens. Les persécuteurs de la religion s’imaginaient qu’ils nous ôteraient la foi de la résurrection et de la croix, en souillant les lieux saints par la présence des idoles. Bethléem, redevenue nôtre maintenant, le lieu le plus auguste du monde, celui dont le Psalmiste chantait : « La vérité s’est élevée de la terre, » Psalm. LXXXIV, 12, le bois sacré de Thamuz ou d’Adonis l’enveloppait de son ombre ; et dans cette même grotte où vagissait le Christ naissant, on a pleuré sur l’amant de Vénus.

4. Pourquoi, me demanderez-vous peut-être, reprendre les choses de si haut ? Pour que vous n’alliez pas vous persuader que votre foi n’est pas complète parce que vous n’avez pas vu Jérusalem, pour que vous ne nous jugiez pas meilleurs parce que nous avons la consolation d’habiter ce lieu. Que vous soyez ici ou que vous soyez ailleurs, votre récompense sera la même auprès de Dieu ; elle sera mesurée sur vos œuvres. En réalité, s’il faut simplement dire ma pensée tout entière, quand je réfléchis sur votre résolution, sur cette ardeur avec laquelle vous avez dédaigné le siècle, j’estime que le lieu n’est pas chose indifférente, qu’il est mieux d’abandonner les villes et les foules pour habiter un petit champ, pour chercher le Christ dans la solitude, pour prier seul avec Jésus sur la montagne ; vous avez le bonheur d’être dans le voisinage des lieux saints, par là même que vous avez fui la ville et que vous restez attaché de tout cœur à la vie monastique. Ce que je dis, je ne le dis pas des évêques, ni des prêtres, ni des clercs, puisqu’ils ont d’autres devoirs à remplir ; je le dis d’un moine, et d’un moine occupant auparavant un rang distingué dans le monde, qui est venu déposer aux pieds des apôtres le prix de ses possessions, afin de bien montrer qu’il faut marcher sur les richesses ; et qui, vivant dans le silence et l’humilité, méprisera toujours ce qu’une fois il a méprisé. Si le lieu de la croix et celui de la résurrection n’étaient pas dans une populeuse cité, où sont des tribunaux, des garnisons militaires, des femmes perdues, des mimes, des histrions, et tout ce qu’on trouve dans les autres villes ; ou bien, si celle-ci n’était fréquentée que par des troupes de moines, ce serait vraiment un lieu que tous les autres moines devraient désirer pour séjour. Aujourd’hui, renoncer au siècle, quitter sa patrie, déserter les villes, embrasser l’état monastique, vivre au milieu des peuples étrangers tout comme vous auriez vécu dans le vôtre, c’est de la dernière folie. On accourt ici de tous les points du globe. Toutes les races humaines remplissent la cité. La foule des deux sexes est tellement compacte que vous avez à subir en même temps tous les inconvénients dont une partie vous avait fait prendre la fuite.

5. Puisque vous me demandez avec un abandon fraternel quelle est la voie que vous devez suivre, je vous parlerai sans déguisement et sans détour. Si vous désirez exercer les fonctions sacerdotales,[3] si vous aimez l’œuvre ou l’honneur de l’épiscopat, vivez dans les villes et les bourgades ; faites du salut d’autrui le gain de votre âme. Si vous préférez réaliser le nom de moine que vous portez déjà, c’est-à-dire être seul, que faites-vous dans les villes ? elles ne sont pas apparemment la demeure des solitaires, mais bien celle des foules réunies. Chaque genre de vie a ses chefs et ses modèles. Que les généraux romains marchent sur les traces des Camille, des Fabricius, des Regulus, des Scipion. Que les philosophes se proposent d’imiter Pythagore, Socrate, Platon, Aristote. Les poètes tâcheront d’égaler Homère, Virgile, Ménandre, Térence ; les historiens, Thucydide, Salluste, Hérodote, Tite-Live ; les orateurs, Lysias, les Gracques, Démosthènes, Cicéron. Venons-en maintenant à ce qui nous regarde : que les évêques et les prêtres aient devant les yeux les apôtres et les hommes apostoliques ; ceux dont ils possèdent l’honneur, qu’ils s’efforcent d’en avoir aussi le mérite. Nos chefs à nous sont les Paul et les Antoine, les Julien, les Hilarion et les Macaire. Pour remonter à l’autorité des divines Écritures, nous avons encore pour chefs Élie, Élisée, les enfants des prophètes, qui vivaient dans les campagnes et les déserts, qui se dressaient des tentes sur les bords du Jourdain. De ce nombre sont aussi les descendants de Rechab qui ne buvaient ni vin ni bière ; qui demeuraient sous des tentes, et que Dieu lui-même a loués par la bouche de Jérémie, en leur promettant qu’il ne manquera jamais dans leur race un homme se tenant debout devant le Seigneur. C’est ce que doit signifier, je pense, le titre du soixante-dixième psaume : « Des fils de Jonadab ; et de ceux qui les premiers ont été menés en captivité. » Voilà le Jonadab, fils de Rechab, qui monta dans le char de Jéhu, comme il est écrit dans le livre des Rois. Ses descendants sont ceux qui, habitant toujours sous les tentes, furent au dernier moment forcés de rentrer dans Jérusalem, à l’approche de l’armée chaldéenne ; il est dit qu’ils ont les premiers subi la captivité, parce qu’ils furent renfermés.

6. Je vous en conjure, comme vous êtes lié à votre sainte sœur, (sa femme Therasia,) comme vous ne marchez pas absolument sans entraves, que vous soyez ici ou là, fuyez les réunions des hommes, les relations, les visites et les repas : autant de chaînes que la volupté pourrait encore jeter sur vous. Ayez une nourriture frugale, prise vers le soir, des herbes et des légumes ; parfois quelques petits poissons vous tiendront lieu des mets les plus exquis. Celui qui soupire après le Christ et qui se nourrit de ce pain céleste, ne se préoccupe guère de la qualité des aliments qu’il transforme en pourriture. Tout ce qui ne se sent plus après la manducation doit vous être la même chose que du pain et des légumes. Vous avez les livres contre Jovinien où il est plus amplement traité du mépris des mets et de la gourmandise. Que les Livres sacrés soient toujours entre vos mains. Ayez souvent recours à la prière, et, le corps penché, élevez votre âme vers le Seigneur. Que vos veilles soient fréquentes ; il faut habituellement dormir l’estomac vide. Fuyez comme des ennemis les murmures flatteurs, les petites occasions de gloire, les artifices intéressés de l’adulation. Faites de vos biens un rafraîchissement pour les indigents et les frères, mais distribuez-les de votre propre main. Il est rare de pouvoir se fier aux hommes. Peut-être ne pensez-vous pas que je dise la vérité ? Souvenez-vous de la bourse gardée par Judas. Ne cherchez pas l’humilité des vêtements avec une secrète enflure. Évitez la société des hommes du monde et surtout des puissants. À quoi bon voir sans cesse les choses dont le mépris a d’abord fait de vous un moine ? Que votre sœur spécialement se dérobe aux conversations des matrones ; qu’elle n’aille pas s’asseoir dans le cercle de ces femmes couvertes de soie et de pierreries, elle grossièrement vêtue, pour faire entendre ses regrets ou son admiration ; car ce serait ou rétracter la détermination qu’elle a prise, ou donner l’exemple de l’ostentation. Gardez-vous bien d’accepter à distribuer l’argent d’autrui, comme pour rappeler que vous avez fidèlement distribué le vôtre. Vous comprenez ce que je dis ; Dieu vous a donné l’intelligence en toutes choses. Ayez la simplicité de la colombe, ne dressez d’embûches à personne ; et la ruse du serpent, pour ne pas tomber vous-même dans les pièges qui vous seraient tendus par les autres. Qu’un chrétien puisse tromper, ou se laisse tromper, deux vices entre lesquels il n’y a pas grande différence. Quand vous avez expérimenté que quelqu’un vous parle toujours ou presque toujours d’argent, à moins qu’il ne s’agisse d’aumônes, sujet qui doit intéresser tout le monde sans distinction, prenez-le pour un tentateur plutôt que pour un moine. À part la nourriture et le vêtement, ce que la nécessité demande, n’accordez rien à qui que ce soit, de peur que les chiens ne mangent le pain des enfants.

7. Le vrai temple du Christ, c’est l’âme du fidèle ; c’est elle que vous devez orner et vêtir ; prodiguez-lui vos dons, en elle recevez le Christ. Est-ce un avantage que les murs brillent de pierreries, et que le Christ meure de faim dans la personne du pauvre ? Ce que vous possédez ne vous appartient plus ; vous en êtes le dispensateur et le dépositaire. Souvenez-vous d’Anne et de Sapphire. Ils réservèrent timidement quelque chose de leur bien ; pour vous, veillez à ne pas répandre aveuglément le bien du Christ ; ne donnez pas sans réflexion le bien des pauvres à ceux qui ne le sont pas : ce serait, selon la parole d’un sage, tuer la libéralité par la libéralité. Cicer. Offic. II. « Ne regardez pas les baudriers et les vains noms des Catons. » Pers. Sat. III. « Je connais ton intérieur et je vois sous ta peau. » Lucan. Pharsal. X. C’est d’être chrétien qui est grand, et non de le paraître. J’ignore comment on plaît au monde à mesure qu’on déplaît au Christ. Peut-être est-ce le cas d’appliquer le proverbe : « Une laie fait la leçon à Minerve. » Ami, j’ai voulu seulement avertir un ami qui se lance sur la mer profonde ; je préfère que vous ayez à réclamer un bien que ma volonté ; je désire que vous passiez sans secousse là où je suis tombé.

8. Discours de Paulin en l'honneur de Théodose.J’ai lu bien volontiers le livre que vous avez composé avec autant de sagesse que d'élégance en l’honneur de l'empereur Théodose ; et ce qui m’a plu surtout, c’est la subdivision. Si dans les premiers points vous triomphez des autres, dans ceux qui viennent après vous vous surpassez vous-même. Au fond, le genre de votre éloquence est lucide et serré : brillant de la clarté cicéronienne, il est nourri de fortes pensées. Le discours dont on ne loue que l’expression gît à terre, comme a dit quelqu’un. Il y a de plus une puissante logique ; tout s’enchaîne et se tient. Quoi qu’on saisisse, c’est la fin de ce qui précède, ou le commencement de ce qui suit. Heureux le prince dont un tel orateur chrétien a fait l’apologie. Vous avez donné à sa pourpre un nouvel éclat, et consacré l’utilité de ses lois pour les siècles à venir. Courage donc ! si vous êtes tel en entrant dans la carrière, que serez-vous soldat exercé ? Oh ! que ne m’est-il permis de mener un génie de cette trempe, non à travers les montagnes de l'Aonie et les sommets de l'Hélicon, chantés par les poètes, mais sur les hauteurs de Sion et du Thabor, sur les cimes du Sinaï ! S’il m’était donné de lui transmettre ce que j’ai moi-même appris, de lui confier comme avec la main les mystères des prophètes, nous verrions germer au milieu de nous ce que n’aurait pas la Grèce savante.

9. Écoutez-moi, serviteur du même Dieu, ami, frère ; laissez-moi vous montrer un instant par quel sentier vous devez marcher dans l’étude des divines Écritures. Tout ce que nous y lisons brille et rayonne dans l’écorce même ; mais la moelle renferme ce qu’il y a de plus doux. Qui veut manger la noix, doit en briser la coque. « Dessillez mes yeux, dit le prophète David, et je contemplerai les merveilles renfermées dans votre loi. » Psalm. CXVIII, 18. Si ce grand prophète avoue qu’il est plongé dans les ténèbres de l’ignorance, de quelle nuit ne pensez-vous pas que nous soyons enveloppés, nous pauvres petits enfants, presque à la mamelle encore ? Ce n’est pas seulement sur la face de Moïse que ce voile est placé, c’est aussi sur celle des Évangélistes et des Apôtres. Le Sauveur parlait aux foules en paraboles ; et, pour leur bien prouver que son langage était mystérieux, il disait : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. » Luc. VIII, 8. À moins que toutes les choses écrites ne soient ouvertes par celui qui tient la clé de David, qui ouvre sans que personne puisse fermer, qui ferme sans que personne puisse ouvrir, nul autre ne saurait les dévoiler à nos yeux. Si vous posiez cette base ; disons mieux, si vous mettiez cette dernière main à votre œuvre, nous n’aurions rien de plus beau, rien de plus docte, rien de plus suave et de plus latin.

10. Tertullien est nourri de fortes pensées ; mais son élocution est pénible. Le bienheureux Cyprien, tel que la source la plus pure, coule avec douceur et placidité ; comme il s’absorbe dans l’exhortation à la pratique des vertus ; comme il est saisi par les angoisses des persécutions, il n’a pas disserté sur les divines Écritures. Victorin, qui ceignit la palme glorieuse du martyre, ne suffit pas à dire tout ce qu’il comprend. Lactance est comme un fleuve d’éloquence cicéronienne ; que n’a-t-il pu confirmer nos dogmes aussi bien qu’il a renversé les doctrines étrangères ? Arnobe est inégal, excessif, et comme perdu dans une œuvre sans divisions. Saint Hilaire s’avance monté sur le cothurne gaulois, et, comme il est orné des fleurs de la Grèce, il reste parfois enveloppé dans de longues périodes, ce qui ne lui permet pas d’être lu par ceux de nos frères qui manquent d’instruction. Je me tais sur les autres, qu’ils soient morts ou qu’ils vivent encore ; viendront après nous des hommes qui les jugeront et les classeront.

11. Je veux parler de vous, bien que nous participions aux mêmes mystères, que vous soyez mon compagnon et mon ami, ami, dirai-je, avant même d’être connu ; je vous prie de ne soupçonner aucune flatterie dans mon affection. Accusez-moi d’erreur ou de faiblesse ; mais ne pensez pas que je trompe un ami en le flattant. Vous avez un esprit vaste, une richesse inépuisable de discours ; vous parlez avec autant de pureté que de facilité, et chez vous ces deux qualités s’allient à la droiture du jugement. Or, quand la tête est saine, tous les sens ont leur libre jeu. À cette sagesse, à cette éloquence, ajoutez l’étude ou l’intelligence des Livres saints, et je vous verrai sous peu tenir le haut bout parmi nous, monter avec joie sur le faîte de Sion, I Paral. I, 6, et chanter sur les toits ce que vous aurez appris dans le silence de votre chambre. Ceignez vos reins, je vous en prie, armez-vous de courage. « Sans un grand labeur la vie n’a jamais rien donné aux mortels. » Horat. sat. I, 9. Que l’Église ait en vous un noble enfant, comme vous fûtes un noble sénateur. Amassez des richesses que vous puissiez distribuer chaque jour ; qu'elles ne s’épuisent jamais, tant que vous êtes dans la vigueur de l’âge, tant que votre tête n’a pas blanchi, avant que « les maladies surviennent, et la vieillesse avec ses chagrins, avant que vous ne soyez enlevé par la main impitoyable de la mort. » En vous rien de médiocre ne pourrait me satisfaire ; je veux que tout soit supérieur, il me faut une complète perfection. Avec quel empressement j’ai reçu le saint prêtre Vigilance[4], mieux vaut que vous l’appreniez de sa bouche que par mes lettres. Maintenant

supposant que vous en ayez gardé la copie. Dans le cas contraire, dictez une seconde fois quelque chose à mon adresse, pourvu cependant qu’il ne vous soit pas trop pénible de me faire une réponse que j’attends depuis si longtemps. Les premières lettres que j’avais préparées pour vous étant encore simple prêtre, je devais vous les envoyer par un de nos frères nommé Profuturus, qui plus tard devint notre collègue, et depuis encore a quitté cette vie ; il ne put pas alors vous les porter, ayant reçu la charge épiscopale quand il était même sur le point de partir. J’ai désiré encore vous les envoyer aujourd’hui, pour que vous compreniez à quel point le désir d’entrer en rapport avec vous date de loin chez moi, et combien je souffre d’être séparé de vous par de si grandes distances, de ce qu’il n’est pas ainsi permis à mon âme de se mettre directement en communication avec la vôtre, frère bien-aimé, membre distingué de ce corps dont le Seigneur est le chef.

3. Dans cette présente lettre, je puis faire mention de ce que j’ai su dans la suite, que vous aviez traduit le livre de Job sur l’hébreu, quand déjà nous avions une traduction latine de ce même prophète, prise sur le grec, mais où vous avez eu soin de noter par des astérisques ce qui se trouve dans l’hébreu et non dans le grec, par des parenthèses ce qui se trouve dans le grec et non dans l’hébreu ; tout cela est fait avec une telle précision que dans certains passages chaque mot est marqué d’une étoile, pour distinguer absolument les deux textes. Or dans cette seconde traduction faite sur le texte hébreu, on ne distingue plus les mots avec la même sûreté. On se demande à la réflexion, ou bien pourquoi les astérisques sont si bien établis dans la première qu’on reconnaît tout d’abord les plus légères différences existant entre le grec et l’hébreu ; ou bien pourquoi le même soin n’a pas été mis à la seconde, et les mêmes signes n’y paraissent plus. J’aurais voulu confirmer mon observation par un exemple ; mais pour le moment je n’ai pas l’exemplaire tiré de l’hébreu. Il est vrai que votre esprit est assez subtil pour comprendre ce que j’ai voulu dire non moins que ce que j’ai dit ; et vous m’expliquerez certainement la difficulté qui m’arrête.

4. Pour moi, j’aurais mieux aimé que vous eussiez simplement traduit du grec les Écritures canoniques, celles qui reposent sur l’autorité des Septante. Il serait à regretter que, votre traduction passant en usage dans un grand nombre d’Églises, celles du rite latin fussent de la sorte en désaccord avec celles du rite grec ; et d’autant plus que tout contradicteur peut facilement être convaincu par la citation du texte grec, cette langue étant extrêmement connue. Quand il s’agit, au contraire, d’une traduction faite sur l’hébreu, chacun peut éprouver une pénible surprise et soupçonner le faux dans l’inconnu ; ce ne sera qu’à, grand’ peine, ou même jamais, qu’on pourra consulter le texte primitif pour résoudre une objection. Y parviendrait-on d’ailleurs, qu’on ne se résignerait pas volontiers à voir condamner taiit d’autorités grecques et latines. Ajoutez à cela que les Hébreux consultés peuvent répondre autre chose, et vous serez alors le seul homme nécessaire pour lutter contre leur opinion ; puis, qui jugera le débat, c’est ici que la difficulté redouble.

5. Un évêque, notre frère, ayant établi qu’on lirait votre version dans son église, un passage se présenta, dans le prophète Jonas IV, 6., qui différait essentiellement de celui qui était gravé dans l’intelligence et la mémoire de tous, et qu’on redisait depuis tant de siècles ; il se fit alors un tel tumulte parmi les auditeurs, les Grecs étant là surtout pour envenimer la question et glisser l’accusation de fausseté, que l’évêque fut obligé, se trouvant dans une cité romaine, d’en appeler au témoignage des Juifs. Soit ignorance, soit malice, ces derniers répondirent que le texte hébreu portait le même sens que tenaient les Grecs et les Latins. Que dirai-je de plus ? notre homme se vit forcé de corriger le passage comme si c’était une erreur, ne voulant pas, après une crise aussi dangereuse, être abandonné par son peuple. Il nous semble aussi que vous avez pu vous-même vous tromper sur certains points. Voyez donc ce qu’il en est dans des lettres où les corrections ne peuvent pas se faire au moyen de langues usitées.

6. Nous rendons par conséquent à Dieu de vives actions de grâces du travail que vous avez accompli en traduisant l’Évangile du grec en latin ; car nous n’avons rencontré là presque rien qui nous ait choqué, quand nous avons conféré les deux versions. Nous en concluons que, si quelqu’un s’avisait de ramener une vieille erreur, il serait facile de l’éclairer ou de le réfuter en mettant les deux textes ensemble sous ses yeux. Alors même que par extraordinaire on soulèverait une difficulté réelle, qui serait assez exigeant pour ne point passer là-dessus dans une œuvre aussi considérable, et qu’on ne peut pas récompenser par un simple tribut d’éloges ? Vous devriez nous exposer votre opinion sur les nombreuses différences qui se remarquent entre les exemplaires hébreux et la version grecque qu’on appelle des Septante. Ce n’est pas une légère autorité que celle d’une version devenue si célèbre, et dont les apôtres se sont servis, comme on le voit par de nombreux exemples, et comme vous l’avez vous-même attesté, je m’en souviens. Vous rendrez un grand service à l’Église en traduisant exactement en latin la version grecque que nous devons aux Septante ; car la version latine varie tellement dans les divers exemplaires que cela ne peut pas être toléré ; on la soupçonne tellement d’être en désaccord avec le grec qu’on hésite à la prendre pour base d’une affirmation ou d’une preuve. J’avais supposé que cette lettre serait très-courte ; mais je ne sais comment il m’est devenu si doux de la prolonger : c’est comme si je m’entretenais avec vous. Je vous en conjure par le Seigneur, prenez la peine de répondre à chaque chose ; autant qu’il est en votre pouvoir, faites en sorte que je vous aie présent.

LETTRE CIV.

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A AUGUSTIN.

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Il réclame contre une lettre d’Augustin répandue dans l’Italie, et dans laquelle est relevé un passage que Jérôme aurait mal exposé dans l’épître aux Galates. Au seigneur vraiment saint, au bienheureux évêque Augustin, salut en Jésus-Christ, Jérôme »

1. Vous m’adressez de fréquentes lettres, et vous me sommez de répondre à celle dont un exemplaire me fut transmis par le diacre Sysinnius, mais sans votre signature. Vous m’avez appris par le frère Profuturus d’abord, et puis par un autre, que vous me l’aviez envoyée ; mais le premier fut empêché de se mettre en route, ayant alors reçu l’épiscopat, et bientôt après étant mort. Quant à celui dont vous taisez le nom, il aurait redouté les périls de la mer et renoncé à l’intention de naviguer. Les choses étant ainsi, je ne puis assez m’étonner que cette même lettre soit entre les mains de tant de personnes à Rome et dans l’Italie, à ce qu’on m’apprend, et que je sois le seul à ne l’avoir pas reçue, étant le seul à qui elle était écrite. Ajoutez en particulier que le même frère Sysinnius déclare qu’elle n’est pas restée en Afrique avec vos autres traités, ni dans votre demeure ; il déclare l’avoir trouvée, il y a cinq ans environ, dans une île de l’Adriatique.

2. Que tout soupçon doit disparaître dans l’amitié. – L’amitié véritable n’admet aucun soupçon ; il faut parler avec un ami comme avec un autre soi-même. Plusieurs de mes familiers, vases du Christ, que je compte en grand nombre dans Jérusalem et les saints Lieux, me suggéraient que vous n’aviez pas écrit cela dans une intention droite, et que vous cherchiez les louanges, les murmures approbateurs, la gloriole populaire, en vous élevant à mes dépens : par là, beaucoup sauraient que vous me provoquiez, et que j’étais saisi de crainte ; que vous écriviez en vrai docteur, et que je gardais le silence comme qu’un capable d’imposer une mesure et même un terme à ma loquacité. Pour moi, je vous déclare dans toute la simplicité de mon âme que je n’ai pas d’abord voulu répondre parce que je ne croyais pas absolument que la lettre fût de vous, que vous eussiez en main, selon l’adage vulgaire, un glaive enduit de miel. Je voulais ensuite éviter de paraître répondre avec trop de vivacité â un évêque de ma communion, et de relever certains points dans la lettre de celui qui me relevait moi-même, alors surtout que je croyais y voir certaines traces d’hérésie. un ignorant ; qu’il s’était enfin rencontré quel
3. Je ne voulais pas enfin que vous pussiez vous plaindre avec justice et que vous fussiez en droit de me dire : Eh quoi, ma lettre était tombée sous vos yeux, vous aviez découvert dans la suscription les signes d’une main connue ; et vous avez été si prompt à blesser un ami, à faire retomber sur moi la malice d’un autre ? Ainsi donc, comme je vous l’ai déjà dit, ou bien envoyez cette même lettre signée de votre main, ou bien cessez de provoquer un vieillard qui se tient caché dans sa cellule. Si tant vous voulez exercer ou montrer votre science, cherchez des hommes jeunes, diserts, distingués, comme on dit qu’il y en a tant à Rome, des jouteurs qui aient la force et le courage d’entrer en lutte avec vous, et qui, dans la discussion des divines Écritures, puissent marcher de pair avec un évêque. Quant à moi, soldat jadis, aujourd’hui vétéran, je ne dois plus que louer vos victoires et celles des autres ; avec un corps épuisé, il ne faut pas songer à descendre dans l’arène. Si toutefois vous me pressez trop souvent de vous répondre, je pourrais bien me souvenir du passage où l’histoire nous montre Annibal venant briser les élans de la jeunesse contre la patience du vieux Fabrius. « L’âge emporte tout, et l’esprit même ; je me rappelle qu’étant enfant j’ai plus d’une fois passé les journées entières à chanter mes vers. Ils sont maintenant tombés de ma mémoire ; la voix elle-même a désormais abandonné Moeris. » Virgil. Eglog. ix. Mais je prendrai plutôt mon exemple dans les Livres saints : Berzellaï de Galaad renvoie les bienfaits de David et tous les plaisirs à son jeune fils, nous montrant ainsi que la vieillesse ne doit plus courir après ces choses, ni même les accepter quand elles lui sont offertes. II Reg. XIX.

4. Quand vous m’assurez que vous n’avez pas écrit de livre contre moi, et qu’à plus forte raison vous n’en avez pas envoyé à Rome ; que, s’il se trouve dans vos écrits des choses qui s’éloignent de mon sentiment, vous n’avez pas eu l’intention de me blesser, ayant simplement exprimé ce qui vous paraissait juste ; je vous prie de m’écouter avec patience. Vous n’avez donc

rien écrit ; et comment alors les écrits des autres sont-ils venus m’apprendre ici ce que vous aviez à me reprocher ? comment l’Italie possède-t-elle ce que vous n’avez pas écrit ? comment enfin me demandez-vous de répondre à des choses que vous déclarez n’avoir pas écrites ? Je ne suis pas assez dénué de sens pour me croire blessé par vous à raison d’une différence d’opinion. Mais, si vous attaquez directement ce que j’ai pu dire, si vous me demandez raison de mes écrits, en m’enjoignant de les corriger et de chanter la palinodie, sans prendre la peine de me convaincre, voilà qui porte atteinte à l’amitié ; c’est une blessure faite aux relations intimes. Pour que nous n’ayons pas l’air de nous livrer à des combats puérils, et d’alimenter les contentions de nos partisans ou de nos détracteurs réciproques, je vous écris ceci ; car je désire vous aimer d’une manière pure et chrétienne, sans rien garder sur mon cœur qui ne soit aussi sur mes lèvres. Il ne convient pas, en effet, qu’après avoir travaillé depuis ma jeunesse jusqu’à cet âge, vivant avec des modèles de sainteté dans l’étroite enceinte d’un monastère, j’ose écrire contre un évêque de ma communion, contre un évêque que j’aimais avant même de le connaître, qui le premier^ demanda de se lier avec moi, que je vis avec bonheur s’élever après moi dans la science des divines Écritures. Par conséquent, reniez ce livre, si réellement il n’est pas de vous, et [ne me pressez pas de répondre à ce que vous n’avez pas écrit ; ou bien, s’il est de vous, avouez-le sans ambages. S’il m’arrive alors d’écrire pour me justifier, la faute en retombera sur vous qui m’aurez provoqué, et non sur moi qui me serai vu dans la nécessité de me défendre.

5. Vous ajoutez de plus que vous êtes prêt, si quelque chose m’a choqué dans vos écrits, à tenir fraternellement compte de mes observations, heureux, dites-vous, de ma bienveillance. Vous allez plus loin, vous me priez d’agir de même. Encore ici je vous dis ce que je pense : vous provoquez un vieillard, vous aiguillonnez un homme qui veut se taire, vous avez l’air de vouloir faire étalage de doctrine. On ne peut pas attribuer à mon âge un sentiment de malveillance envers quelqu’un à qui je dois de la faveur. Si les esprits pervers trouvent dans les Évangiles et les Prophètes des points sur lesquels ils s’efforcent de récriminer, vous étonnerez-vous si dans vos livres, dans ceux en particulier qui ont pour objet d’exposer les Écritures, où se rencontrent tant d’obscurités, il y a des choses qui paraissent s’écarter de la ligne droite ? Ce que je dis ne signifie pas que vos œuvres, dans ma pensée déjà, renferment des passages répréhensibles ; car je n’ai pas encore pu m’appliquer à les lire, et les exemplaires n’en sont pas nombreux chez nous, si j’en excepte vos Soliloques et certains Commentaires des Psaumes. À vouloir les discuter, je vous montrerais que ces livres sont en désaccord, je ne dis pas avec moi qui ne suis rien, mais avec les anciennes versions grecques.

Adieu, mon bien cher ami, mon fils par l’âge, mon père par la dignité. Laissez-moi vous prier en terminant de faire en sorte que je sois le premier désormais à lire ce que vous m’aurez écrit.

  1. Saint Jérôme fait allusion au Panégyrique de l’empereur Théodose par saint Paulin. Ce qu’il en dit dans la suite de cette même lettre, ce qu’en disent aussi d’autres auteurs contemporains, rend à jamais regrettable la perte de ce discours.
  2. Ce n’est pas dans le temple que le Sauveur a dit ces mots ; c’est dans le cénacle, en partant pour le jardin des Oliviers, après la dernière cène. Mais l’auteur a cru pouvoir les joindre à ceux du texte suivant, parce que les deux sentences sont unies dans le prophète Isaïe, I.
  3. Paulin, après bien des résistances inspirées par l’humilité, n’avait accepté le sacerdoce qu’à la condition de n’être attaché à aucune église particulière. Sous ce rapport, il ressemblait beaucoup à Jérôme.
  4. Contrairement à l’opinion de quelques érudits, il n’est guère permis de douter que ce ne soit ici le Vigilance qui tomba plus tard dans l’hérésie, et que Jérôme, alors, traita d’une si rude façon. Il était de l’Aquitaine comme saint Paulin, et celui-ci lui donna des lettres de recommandation, lorsqu’il voulut se rendre en Palestine, soit par un vrai sentiment de piété, soit pour avoir le lustre pieux d'un tel pèlerinage. L’identité paraît clairement dans ces mots de la célèbre philippique : « J’ai cru au témoignage du saint prêtre Paulin, je ne pensais pas qu'il se fût ainsi trompé sur ton compte. »