Lettres de Jacob Berzelius/Tome 1

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Lettres de Jacob Berzelius
Tome 1 : Correspondance entre Berzelius et C. L. Berthollet


Table.


N:o 
Pages





Avant-propos.


La correspondance échangée entre Berzelius et le célèbre chimiste français Berthollet que nous publions ci-après, comprend en tout 42 lettres, dont 21 de Berzelius et autant de Berthollet. Les lettres de Berthollet ont été réunies par Berzelius lui-même et reliées, par ses soins, en un des trois tomes qui contiennent la partie la plus ancienne de sa correspondance avec les hommes de science étrangers. Quant aux lettres originales de Berzelius à Berthollet, on n’a pu les retrouver, et ce n’est pas sûr qu’elles existent encore. Or, dans le recueil de manuscrits de l’Académie Royale des Sciences de Suède, dont font partie ces trois volumes de lettres, on a découvert une collection presque complète des brouillons de ces lettres à Berthollet, rédigés en français et, à une exception près, écrits de la propre main de Berzelius. C’est grâce à ces brouillons que la publication présente est devenue possible.

Ces lettres sont toutes inédites, sauf deux, désignées par les numéros 32 et 36, qui ont paru dans les Annales de Chimie et de Physique t. VII et XIV (1817 et 1820). Dans les Annales de Chimie et dans les Annales de Chimie et de Physique qui en sont la continuation, se trouvent encore deux autres lettres de Berzelius à Berthollet, l’une, de 1811, au sujet des proportions déterminées, et l’autre de 1821, au sujet de l’état magnétique des corps. Comme ces « lettres » ont exclusivement le caractère de mémoires scientifiques et non pas de communications personnelles et qu’elles sont en outre d’un accès relativement facile, elles n’ont pas été reproduites ici.

La correspondance avec Berthollet embrasse une période d’environ 12 ans, de 1810 à 1822, date où elle fut interrompue par la mort de Berthollet survenue cette même année. Cet espace de temps marque l’apogée de l’activité scientifique de Berzelius, entre la 31ième et la 43ième année de sa vie, c’est à dire l’époque même où la plupart de ses travaux les plus remarquables virent le jour. Cette circonstance donne un intérêt tout particulier à ces lettres, d’autant plus que les lettres de Berzelius de cette période de sa vie, conservées jusqu’à nos jours, sont relativement peu nombreuses, du moins en comparaison de la grande quantité de lettres datant de ses années postérieures. Berthollet, par contre, au moment où la correspondance s’engageait, avait déjà atteint sa 62ième année et avait dépassé sa période la plus productive, bien qu’il suivît encore avec un vif intérêt les progrès de la science et aimât à réunir autour de lui dans son accueillante maison d’Arcueil les savants illustres, si nombreux en dépit des troubles politiques dans la capitale de France.

Sur la feuille de garde, Berzelius a tracé le portrait suivant de son correspondant, si caractéristique en sa brièveté : « Claude Louis Berthollet, pair de France, grand’croix de la Légion d’Honneur, en son temps le centre de ralliement des tous les chimistes de France, un des hommes les plus aimables qui ait jamais vécu, mort en 1822 au mois de novembre. »




Les chiffres renvoient aux notes après le texte.





1. Berthollet à Berzelius.
26 février 1810.

Monsieur,

Je me suis occupé des petites négociations qui vous concernent avec l’intérêt que m’inspire un savant d’un si rare mérite que vous et avec l’empressement qui j’ai de jouir de vos productions et d’en faire jouir mes compatriotes.

Il m’a fallu renoncer au projet que j’avais de faire faire la traduction de votre ouvrage sur les substances animales1 aux frais de l’Institut, parce qu’il a cessé d’avoir aucun fonds disponible. Je me suis donc adressé à un libraire-imprimeur pour l’engager à imprimer votre ouvrage et à en payer la traduction : c’est Klostermann, imprimeur des Annales de Chimie, honnête homme. Le résultat de la discussion a été qu’il pairait 40 francs par feuille de l’original suédois. Je crois que, vu l’état actuel de la librairie en France, ce prix est raisonnable ; mais comme votre ouvrage peut avoir plusieurs éditions, l’imprimeur s’engagera à n’en point faire de nouvelles, sans avoir votre permission et par conséquent sans convenir d’un prix avec vous.

Pour que le débit en devienne rapide, je me propose de faire à votre ouvrage une petite préface, dans laquelle je ferai sentir de quelle importance il est pour la physiologie et même pour la médecine d’acquérir des connaissances précises sur la composition des substances animales ; car si votre ouvrage passe à l’usage des écoles de médecine, les éditions se succéderont promptement et il vous deviendra fort avantageux.

J’ai proposé à la société des Annales de Chimie de payer les extraits d’ouvrages suédois que vous lui feriez parvenir. Elle s’est empressée d’arrêter que les extraits vous seraient payés, comme le sont ceux des membres de la société, c’est à dire 36 francs la feuille des annales.

La traduction de votre ouvrage sur les proportions par votre ami M. Böker commencera bientôt à être imprimée par parties successives2.

Vous voudrez bien m’apprendre si ces propositions vous conviennent : j’aurais bien désiré de pouvoir vous en faire de plus avantageuses. Je vous prie d’agréer la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet.

26 février 1810, Paris rue St. Jacques n:o 37.






2. Berzelius à Berthollet.
1 août [1810.]

Monsieur,

Je vous prie d’accepter le petit traité ci-inclus3 comme une faible marque de ma haute considération pour vos talents et vos mérites distingués.

La matière que j’ai essayé de traiter dans ce petit ouvrage est déjà éclaircie par vos travaux, mais malgré tout cela il reste encore beaucoup à découvrir. Un essai de calculer la quantité d’oxygène dans les alkalis et surtout dans l’ammoniaque donna lieu à ces recherches, qui d’abord parurent réfuter le principe d’où je partais (celui de feu M. Richter, Ueber die neuern etc.4 9 st. Breslau 1798), selon lequel les métaux dans les solutions métalliques neutres, en se précipitant l’un sur l’autre, occupent tous la même portion d’oxygène en formant la quantité d’oxyde nécessaire pour saturer l’acide. Mais, dans la progression de mes expériences, je trouvai des erreurs plus ou moins grandes dans presque toutes les analyses d’après lesquels je calculai mes résultats, et particulièrement dans celles du muriate et du sulfate de baryte, faites par MM. Klaproth, Bucholz et Rose. Après un an de travail presque inutile, je résolus enfin de répéter moi-même toutes ces analyses ; je découvris leurs défauts, et je parvins à une parfaite confirmation de l’idée que j’avais d’abord rejetée, en obtenant toujours par ces expériences des résultats qui correspondaient au calcul. Pendant ce travail je fus obligé d’analyser plusieurs oxydes et oxydules métalliques, et je trouvai que la quantité d’oxygène dans l’oxyde est toujours une multiplication avec 1½ ou avec 2 de la quantité d’oxygène dans l’oxydule. Le plomb présenta l’exemple des proportions précitées, parce que l’oxyde rouge contient une fois et demie autant d’oxygène que l’oxyde jaune, et l’oxyde brun en contient deux fois autant. Le fer, en formant l’oxyde rouge, et le soufre, en formant l’acide sulfurique, se combinent avec une fois et demie autant d’oxygène que dans leurs premiers degrés d’oxydation. Mais ce n’est pas seulement l’oxygène qui suit ces lois, je trouvai aussi la quantité de soufre dans le sulfure de fer naturel le double de ce qu’elle est dans le sulfure de fer au minimum, ou dans l[e sulfure] artificiel. Il s’ensuit ultérieurement de ces expériences que si deux corps A et B peuvent s’unir à deux autres, C et D, les quantités de C et D qui saturent A, seront entre elles dans la même proportion que les quantités de C et de D qui saturent B. P. ex. 100 p. de plomb sont saturées par 7,8 p. d’oxygène et par 15,6 de soufre, et 100 p. d’hydrogène saturent, selon les analyses citées dans le traité, 687 p. d’oxygène et 1374 p. de soufre, mais 7,8 : 15,6 = 687 : 1374.

La suite de ces expériences vous prouvera que les alkalis, comme toutes les bases salifiables, sont des oxydes métalliques, et que leurs bases métalliques ne peuvent point être composées d’alkali et d’hydrogène, comme M. Gay-Lussac, duquel j’ai d’ailleurs une très grande opinion, paraît le croire5. J’ai prouvé par des expériences directes que les bases alcalines absorbent de l’oxygène en décomposant l’eau et que cette quantité d’oxygène correspond assez près à celle donnée par le calcul.

Quant à l’ammoniaque, je n’ai pu trouver aucun moyen direct de prouver avec quelque exactitude combien d’oxygène le potassium lui dérobe pour le réduire en état métallique, mais le calcul démontre que l’ammoniaque doit contenir à peu près 48 pour cent d’oxygène6. Je sais très bien que cela paraîtra très absurde, d’autant plus que ce corps ne donne dans l’analyse que de l’azote et de l’hydrogène parfaitement correspondant à son poids. Mais malgré cela, l’ammoniaque contient probablement cette quantité d’oxygène ; et il nous faudra peut-être encore bien des expériences pour expliquer ces contradictions qui paraissent ne pouvoir exister sans que l’azote soit composé, comme l’a déjà supposée M. Davy7.






3. Berthollet à Berzelius.
28 septembre 1810.

Monsieur,

J’ai été bien flatté de l’honneur que vous m’avez fait de m’adresser votre lettre du 1 août avec le traité dont vous venez d’enrichir la chimie. Je sais combien vous méritez l’estime de ceux qui cultivent cette science ; mais j’ai le regret de ne pouvoir profiter de vos travaux par l’ignorance où je suis de la langue dans laquelle vous publiez vos découvertes. J’éprouve même à présent un grand désagrément : j’aperçois que votre ouvrage traite d’objets qui sont d’un grand intérêt pour moi et malgré les démarches qui j’ai faites, je n’ai trouvé personne qui fût en état de le traduire ; je continuerai à chercher un traducteur, mais je n’espère pas de réussir.

J’ai eu occasion de parler à votre nouveau Prince Royal8 de l’obstacle que nous trouvons dans l’ignorance de votre langue, pour établir une communication entre ceux qui écrivent dans l’une et dans l’autre. Il m’a dit qu’il prierait S. M. le Roi de Suède d’envoyer auprès de Sa légation à Paris quelqu’un qui pût nous servir réciproquement d’interprète. Il serait bon de lui rappeler cette idée. Je n’ai pas besoin de vous dire que je l’ai instruit de l’opinion qu’il doit prendre de vous.

Nous serions tous bien satisfaits, si vous preniez la peine de nous faire en français, que vous écrivez fort bien, un extrait de vos productions que l’on placerait successivement dans les Annales de Chimie.

J’ai ouï dire que vous désiriez faire un voyage à Paris : je desirerais bien que vous vous déterminassiez à le faire et que vous me fissiez le plaisir de venir chez moi. J’habite à la vérité la campagne ; mais elle n’est éloignée que d’une lieue de Paris, et elle peut être regardée comme un faubourg : c’est à Arcueil et l’on y arrive par la rue d’Enfer.

Si l’idée du Prince Royal pouvait se réaliser, la mission qu’il a en vue ne pourrait-elle pas vous convenir ? Je vais chercher une occasion pour vous faire parvenir les deux premiers volumes des mémoires d’une Société qui se réunit chez moi à Arcueil ; je vous prie de les regarder comme un faible témoignage de l’estime particulière et de la haute considération avec lesquelles j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet sénateur.

Arcueil près de Paris, ou Paris rue d’Enfer n:o 37.

28 7bre 1810.






4. Berzelius à Berthollet.9
[Octobre 1810.]

M. le Comte,

J’ai eu l’honneur de recevoir votre lettre du [28.9 1810] et je vous prie d’agréer mes plus sincères remercîments de toutes les choses flatteuses et obligeantes que vous m’y dites, ainsi que de la bonté que vous avez eue de vouloir bien parler en ma faveur à notre Prince Royal. Veuillez bien être persuadé que je ne négligerai rien pour mériter la continuation de tant d’amitié de votre part.

Il me serait extrêmement intéressant de faire un voyage à Paris, et particulièrement de jouir pendant quelques semaines de votre société à Arcueil, cet endroit si justement célèbre dans les annales de la Chimie, et je ne manquerai pas de faire tout ce qui dépendra de moi pour réaliser un projet si attrayant.

Mais quant à cette place auprès de notre mission à Paris dont vous parlez dans votre lettre, je doute qu’elle puisse me convenir. Outre qu’elle me détournerait des travaux dont je suis maintenant occupé, ainsi que des postes que je remplis ici, puisqu’elle présupposerait un séjour prolongé à Paris, il est difficile qu’une seule personne puisse s’occuper avec exactitude de la traduction d’ouvrages qui traitent de sciences différentes, dont la nature et le génie ne sont souvent pas les mêmes. Mais je me chargerai volontiers du soin de faire traduire ici en français (si les Instituts de Paris ou de Stockholm veulent en faire les frais) toutes les productions scientifiques qui pourront mériter quelque attention, et de les envoyer à Paris ; cela serait d’autant plus facile qu’il y a beaucoup de personnes ici qui écrivent passablement bien le français, et qu’il serait d’ailleurs aisé de corriger des idiotismes ou des tournures de phrases contraires au génie de la langue française.

J’ai pris la liberté de vous envoyer ci-joint, M. le Comte, un extrait de mon dernier traité ; il me serait extrêmement flatteur de voir cet extrait inséré dans les Annales de Chimie, surtout si vous vouliez bien l’y faire paraître en forme d’une lettre qui vous aurait été adressée. Je ferais traduire l’ouvrage même en français, mais je crois qu’à l’heure qu’il est il aura été imprimé en allemand dans les Annales de Gilbert10.

Je vous supplie aussi, M. le Comte, de me permettre de vous communiquer de temps en temps des notions sur les travaux scientifiques dont nous nous occupons ici.

Je prendrai la liberté de vous envoyer bientôt par le moyen de quelque voyageur mon ouvrage sur la chimie animale, ainsi que les Traités de Physique, Chimie et Minéralogie que j’ai publiés conjointement avec M. Hisinger11.

C’est en vous renouvelant l’hommage de me reconnaissance la plus vive pour toutes les bontés que vous m’avez témoignées, que je vous prie d’agréer celui de la haute considération et du dévouement avec lesquels j’ai l’honneur d’être,

M. le Comte…

Si par hasard vous avez trouvé quelqu’un qui fût en état de traduire le traité en question, je vous prie de le différer jusqu’à ce que le nouvel exemplaire qui se trouve dans le 3:e cahier des Traités de Physique, Chimie et Minéralogie, que j’aurai l’honneur de [vous] envoyer, soit arrivé, parce que, dans celui que je vous ai envoyé, il y a des erreurs typographiques et même des erreurs de calcul que j’ai découvertes depuis et qui sont observées et corrigées dans le nouvel exemplaire qui arrivera, comme j’espère, environ 4 semaines après cette lettre.






5. Berthollet à Berzelius.
23 décembre 1810.

Monsieur,

Je vous prie d’être persuadé du plaisir et de la satisfaction que je recevrai des relations que vous voudrez bien avoir avec moi.

J’ai reçu l’extrait que vous m’avez envoyé ; il enrichira les Annales de Chimie du mois prochain.

M. Boeker m’a déjà remis la traduction de votre ouvrage sur les proportions, mais il ne l’a conduite que jusqu’à la décomposition des alcalis et de la chaux. Il m’a annoncé que ses occupations ne lui permettraient pas d’achever cette partie, que cependant il se proposait d’en faire un extrait.

Je me propose de faire insérer par parties votre excellent ouvrage dans les Annales de Chimie ; mais comme vous m’avez annoncé que vous aviez quelques changements à faire dans les proportions, j’attendrai que vous nous les ayez communiqués.

Vous proposez de faire faire quelques traductions, pourvu que l’Institut se charge des frais de traduction : il ne pourra faire un meilleur usage des fonds dont il peut disposer ; mais il faudra que je puisse le prévenir sur la dépense de chaque traduction en particulier.

La traduction la plus désirable pour nous est sans doute celle de votre ouvrage sur les substances animales. Je vous prie donc de commencer par déterminer les frais de cette traduction et par me les désigner, pour que je me fasse autoriser.

Si ma proposition vous convient, comme je le désire, nous pourrions attendre que la traduction de votre ouvrage sur les substances animales fût terminée pour y joindre celle de votre ouvrage sur les proportions, et je voudrais bien que vous pussiez profiter du temps de l’impression de vos traductions pour venir à Paris. En profitant de vos lumières, je serais bien charmé de vous assurer de vive voix de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet.

23 xbre 1810. Paris rue d’Enfer n:o 37.






6. Berzelius à Berthollet.
[Décembre 1810 ?]

M. le Comte,

J’espère que la lettre que je vous adressais, M. le Comte, vers la fin du mois d’octobre vous est parvenue. M. Signeul12 a eu la bonté de m’offrir une occasion de vous envoyer les livres dont j’ai fait mention dans la lettre précitée, savoir mon ouvrage sur la chimie animale et les 3 cahiers des Traités de Physique, Chimie et Minéralogie par M. Hisinger et moi. Ayez la bonté de les accepter comme une faible marque de la haute considération de l’auteur. —

Je continue les expériences dont je vous ai fait l’exposé dans ma dernière lettre, et comme cette matière ne peut que vous intéresser, je vous enverrai une traduction française du traité qui m’occupe maintenant. — J’ai aussi pris la liberté de vous envoyer ci-inclus un petit exposé des matières qui se trouvent dans le 3me cahier des Traités de Physique, Chimie et Minéralogie13. On a déjà imprimé en Allemagne la plus grande partie de ce que contiennent les deux premiers cahiers ; vraisemblablement elle est connue aussi en France. — Si parmi les matières qui se trouvent dans le dernier volume, il y a quelque chose que vous souhaitiez de voir traduit pour les Annales de Chimie, je m’en chargerai ; mais comme mes occupations ne me permettent pas de le faire moi-même, je vous prie de demander aux rédacteurs des Annales de Chimie s’ils ne voudront point accorder au traducteur quelque rémunération pour son travail. — S’ils jugent à propos d’y consentir, les traductions seront bientôt faites, et je les enverrai par la poste à notre ministre à Paris, qui les remettra à vous ou aux rédacteurs.

J’ose encore vous importuner avec une question. Croyez vous, M. le Comte, qu’une traduction de mon ouvrage sur la chimie animale, faite ici et revue par quelque chimiste français, pourrait être imprimée à Paris avec quelque avantage pour moi ? — Vous m’obligeriez infiniment en m’informant de votre avis à cet égard.

Je saisis avec empressement cette occasion pour vous renouveler, M. le Comte, les assurances de la haute considération et du dévouement avec lesquels j’ai l’honneur d’être,

M. le Comte, etc14.






7. Berzelius à Berthollet.
[Commencement de 1811.]

M. le Comte,

Je vous dois bien des remercîments pour vos deux lettres15 et pour le cadeau que vous m’avez fait des tomes des Mémoires d’Arcueil ; ces mémoires me sont d’autant plus chers qu’outre toutes les choses intéressantes y contenues, elles m’ont procuré une connaissance plus détaillée des travaux de M. Gay-Lussac sur les mêmes objets dont je me suis moi-même occupé pendant quelques années. Vous verrez dans le traité16 que je prends la liberté de vous envoyer ci-joint, que les déterminations de plusieurs combinaisons de substances gazeuses faites par M. Gay-Lussac m’ont aidé considérablement dans les recherches qui m’occupent et ont beaucoup contribué à rendre le résultat de l’expérience coïncidant avec celui du calcul.

J’espère que la lettre et les livres17, dont M. de Signeul a eu la complaisance de se charger, vous sont parvenus. Je vous prie de les accepter comme une marque de mon estime et de mon dévouement pour vous. Dans votre dernière lettre18, vous êtes allé au devant de mes souhaits en m’offrant un moyen de faire traduire en français mon ouvrage sur la chimie animale. J’ai donné, il y a environ 3 semaines, à M. Böcker la commission de vous demander si vous croyez qu’on pourra obtenir pour chaque feuille imprimée 5 ducats de Hollande. Peut-être ne paie-t-on pas tant à Paris pour les ouvrages scientifiques, mais malheureusement je n’ai ni assez de connaissance de la langue française, ni assez de temps pour m’occuper moi-même de la traduction d’un ouvrage de 60 feuilles imprimées19. Je tombe ainsi dans les mains des traducteurs, qui, dans une matière qu’ils n’entendent pas eux-mêmes, sont obligés d’employer plus de soin et plus de temps à cette traduction, et qui presque à chaque page ont besoin d’éclaircissements. Par cette raison ils ne se soumettent pas à ces désagréments sans être payés plus que ne mérite leur travail. L’ouvrage, tel qu’il a paru en suédois, n’est pas propre à être traduit car, depuis l’année 1807, où il fut achevé, j’ai beaucoup travaillé dans la chimie animale, et j’ai par conséquent beaucoup de rectifications et de recherches nouvelles à y ajouter. J’ai donc arrangé un manuscrit pour une nouvelle édition qui sera augmentée d’environ 10 feuilles imprimées en plus de ce que l’ouvrage contient actuellement. — Si le plan d’avoir ce travail traduit réussit, je ne manquerai pas de profiter de votre aimable offre de venir à Arcueil pendant son impression, pour y jouir de votre conversation instructive, de vos lumières et de votre expérience et pour avoir l’occasion de faire la connaissance des chimistes français. Quoique mes moyens ne me permettent pas de faire ce voyage à mes propres frais, j’ai quelque espérance que le Gouvernement voudra m’assister à cet égard.

Je vous prie de vouloir bien faire insérer le traité ci-joint dans les Annales de Chimie20 ; mais comme j’en ai traduit la plus grande partie moi-même, je vous prie très humblement de vouloir bien corriger les fautes de langue qui doivent s’y trouver en grand nombre. Je souhaiterais que les rédacteurs des Annales de Chimie voulussent me faire récompenser de mon travail en vous remboursant le port de lettre de Hambourg à Paris, qui assurément sera considérable ; je ne voudrais point vous causer cette dépense.

La continuation de mes expériences, qui traitera de la composition des productions de la nature organique, contient une quantité de choses très remarquables. M. Gilbert à Halle m’a écrit que MM. Gay-Lussac et Thénard viennent de finir déjà un travail sur ce même objet21 ; mais le peu qu’il connaissait des résultats de leur travail diffère en quelques points essentiels des résultats de mes expériences, que je répéterai d’ailleurs encore une fois avant de vous les communiquer. Une des plus grandes difficultés à cet occasion est que nous ne connaissons point la composition de l’eau avec assez de précision ; car la détermination faite par M. Gay-Lussac de 13¼ d’hydrogène pour 100 p. d’eau n’est assurément pas la véritable22. Faute d’une balance assez forte et en même temps assez sensible, je n’ai pas encore pu répéter d’une manière plus exacte mes anciennes expériences.

J’ai eu en commission de la part de M. Ghan23 à Fahlun de vous demander s’il y avait moyen de connaître tout ce que l’on a fait en France pour rectifier la méthode de blanchir.

De ma part, je vous supplierai aussi d’avoir la bonté d’envoyer à M. D’Ohsson24 un exemplaire de chaque cahier des Annales de Chimie lors de leur publication, afin que je puisse les avoir de bonne heure ; parce que, par le moyen des libraires, il est impossible de les avoir avant 8 ou 12 mois après leur publication, outre que nous ne les connaissons pas en Suède, depuis les dernières années du règne de Gustave Adolphe, que par les journaux allemands. On m’a dit que le Système de Chimie de M. Thomson est traduit en français par feu M. Votre fils et que, dans cette édition, il doit y avoir un aperçu du système de M. Dalton ; si cela est ainsi, j’ose vous prier d’en envoyer aussi un exemplaire à M. D’Ohsson et de me marquer le prix de ces livres, que j’aurai l’honneur de vous rembourser par M. D’Ohsson. Je souhaiterais d’avoir connaissance des idées de M. Dalton, qui, selon toutes les apparences, est un des physiciens les plus ingénieux de notre siècle25. M. Davy, à qui j’avais demandé si l’on connaissait encore quelque chose de son système, me répondit que M. Dalton était venu à Londres pour le publier et qu’il me procurerait son ouvrage, dès qu’il serait publié. Mais il y a à présent plus de deux ans que je n’ai pu avoir de communication avec M. Davy26.






8. Berthollet à Berzelius.
5 avril de 1811.

Monsieur,

J’ai reçu les ouvrages que vous avez eu la bonté de m’adresser : je n’ai que le regret de ne pouvoir en profiter, jusqu’à ce qu’ils soient traduits.

Vous me répondrez bientôt, je l’espère, sur les conditions que j’ai pu obtenir pour l’impression de la traduction de votre chimie animale.

Comme je reçois deux exemplaires des Annales de Chimie, je ne puis faire un usage plus agréable du second que celui de vous l’offrir : je dois recevoir dans deux ou trois jours le cahier de mars ; aussitôt qu’il me sera parvenu, je ferai passer à M. le secrétaire de la légation suédoise les trois premiers de cette année pour qu’il vous les fasse parvenir, et je lui enverrai exactement le cahier de chaque mois.

Avant de vous envoyer la traduction de Thomson en neuf volumes, qui a été faite par M. Riffault27, j’ai cru devoir vous prévenir que cette traduction est peu correcte, ensuite que si vous pouvez vous procurer le quatrième édition qui vient de paraître à Londres avec des additions, à la vérité peu nombreuses, à la troisième édition sur laquelle la traduction a été faite, je vous conseille de le faire ; mais si le défaut de communication vous en empêche, je vous enverrai l’édition française au premier avis que vous m’en donnerez.

On commencera le mois où nous entrons, l’impression de votre excellent ouvrage sur les proportions, et on continuera de l’imprimer tous les mois avec la suite que vous m’avez adressée, jusqu’à ce que le tout soit terminé.28

Vous me faites un grand plaisir en m’apprenant que vous viendrez honorer me solitude d’Arcueil, aussitôt que l’impression de votre ouvrage sera décidée. Je crois devoir vous prévenir que les frais du voyage ne doivent pas vous le faire craindre ; vous n’aurez que ceux de route.

Je désire bien, Monsieur, d’apprendre que vous vous êtes déterminé et de pouvoir vous assurer de vive voix de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.

5 avril 1811.






9. Berthollet à Berzelius.
16 juin 1811.

Monsieur,

Vous avec dû recevoir les cahiers des Annales de cette année par la légation suédoise ; je lui adresse pour vous celui du mois dernier avec une instruction sur la fabrication de la poudre, qui contient ce qui concerne le salpêtre29 : l’administration des poudres et salpêtres à laquelle j’ai demandé ce qui avait été publié sur cet objet, m’a répondu qu’elle ne connaissait que cet ouvrage qui servit à l’instruction.

Ne soyez pas inquiet, Monsieur, sur les petites corrections que pourra exiger la traduction de votre ouvrage : nous sommes tous disposés à faire ce qu’elle pourra exiger ; mais il faut vous persuader que lorsqu’il s’agit de l’ouvrage d’un étranger sur les sciences, on ne fait point attention à la correction et l’élégance du langage, pourvu qu’il soit sans obscurité. Votre premier mémoire a été imprimé bien incorrectement par une méprise de l’imprimeur qui devait renvoyer l’épreuve à M. Gay-Lussac et qui ne l’a pas fait. Je ferai mettre l’errata à la fin de vos mémoires dont on continue l’impression. Je crois que vous les trouverez beaucoup plus exacts, mais si vous y trouvez des fautes essentielles à corriger, je vous prie de m’en envoyer la note pour que je la joigne au premier errata.

Vous m’aviez demandé, par une lettre précédente30, des renseignements sur le blanchiment par l’acide muriatique oxygéné et j’avais omis de vous répondre sur cet objet.

Dans les établissements bien montés de France, on suit presque sans changement la description que j’ai donnée dans la seconde édition des Éléments de l’art de la teinture, mais en Angleterre on substitue généralement le muriate oxygéné de chaux à l’acide muriatique oxygéné, en le décomposant par une petite quantité d’acide sulfurique.

Des expériences comparatives faites en France avaient persuadé qu’il y avait une perte considérable d’effet en employant le sel de chaux qui était cependant plus avantageux pour le transport ; mais on doit faire à Jouy, où M. Wildmer31 dirige l’établissement le plus méthodique, de nouvelles expériences après avoir visité les établissements anglais. Je vous ferai part des résultats de ces expériences, dès qu’ils me seront connus.

J’ai reçu pour votre premier mémoire des Annales 49 fr. 50 c. Lorsque leur impression sera terminée, je remettrai le petit produit à M. D’Ohsson ou j’en ferai l’usage que vous m’indiquerez.

Ne perdez pas de vue votre projet de voyage : je serai bien charmé de vous recevoir ; car je ne fais presque plus rien moi-même ; mais je jouis beaucoup des progrès que des savants comme vous font faire à la science dont je me suis occupé. Agréez, Monsieur, mon dévouement et bannissez, je vous en prie, de vos lettres toutes les formules de cérémonie.

Berthollet.

16 juin 1811.






10. Berzelius à Berthollet.
15 août 1811.

Monsieur le Comte,

J’ai reçu les trois premiers cahiers des Annales de Chimie et je vous en remercie bien sincèrement, ainsi que de l’instruction sur la fabrication de la poudre etc. qui, d’après une lettre de M. D’Ohsson, me parviendra bientôt.

Je prends la liberté de vous envoyer un essai sur la Nomenclature chimique, dont je vous ai déjà écrit quelques mots32 ; je souhaiterais que vous voudriez bien l’examiner et le communiquer aux autres chimistes français. Peut-être que cela se ferait plus aisément si vous aviez la bonté de l’insinuer chez le rédacteur du Journal de Physique afin qu’il l’insérât dans un cahier de son Journal. J’ai eu quelque espoir et même la permission du Prince Royal de faire un voyage à Paris cet automne, mais comme le Prince a voulu qu’il se fît aux frais de l’état, il m’a ordonné de le différer encore quelque temps. J’avais d’abord jugé plus à propos de présenter cet essai sur la nomenclature lors de mon arrivée à Paris, mais comme dans l’arrangement systématique il y a peut-être beaucoup de choses qui demandent qu’on y réfléchisse avant de les admettre ou de les rejeter, et comme je me flatte que ces réflexions m’épargneront plusieurs objections qui, au premier abord, naissent chez le lecteur, j’ai cru devoir le publier de bonne heure. Mon intention est d’obtenir par cet essai une nomenclature latine générale à l’usage des Pharmacopées, où l’on trouve actuellement une nomenclature antiphlogistique, mais extrêmement fautive. Le gouvernement a ordonné une nouvelle édition de la Pharmacopée suédoise33, et on l’a voulue conforme à l’état actuel de la science ; mais en comparant les meilleures pharmacopées, il n’y en a aucune dont la nomenclature soit ni juste ni conséquente, et les inconséquences se manifestent au plus haut degré dans celles qui sont les plus récentes, par ex. celle de Londres et celle de Berlin. On aurait tort de suivre une nomenclature fausse et inconséquente, mais laquelle choisira-t-on pour modèle, quand il n’y a rien de fixe ? —

M. Böcker m’a informé qu’on était occupé actuellement de la rédaction d’une Pharmacopée française, et j’ai conçu l’espérance que les rédacteurs, exposés au même embarras que moi quant à la nomenclature, trouveront mon essai digne [de] leur attention et qu’en y faisant les corrections nécessaires, ils l’adopteront pour la nouvelle pharmacopée française. Lorsque, une fois, les pharmacopées française et suédoise auront adopté la même nomenclature, arrangée d’après les progrès de la science, il y a lieu d’espérer que les auteurs pharmaceutiques suivront dorénavant cet exemple et qu’ils se serviront des mêmes dénominations.

Vous voyez, M. le Comte, qu’une telle nomenclature n’est pas sans intérêt pour la chimie et, surtout, pour la pharmacie. J’en demande votre jugement, et je suis persuadé que, quand même vous ne vous croyez point posséder les forces nécessaires pour augmenter ultérieurement par des expériences nouvelles une science qui vous est redevable, à un très haut degré, de son état actuel, vous ne cesserez cependant jamais de lui être utile par votre jugement éclairé et par vos bons conseils. Je crois devoir vous marquer que mon but n’est pas ici de procurer de l’autorité à mon ouvrage, mais d’obtenir une nomenclature chimique générale, arrangée d’après l’état de la science. — Vous m’obligerez infiniment en me communiquant vos doutes et vos sentiments sur cet objet ainsi que ceux qui peuvent vous être communiqués par d’autres chimistes français.

Je viens de finir, il y a quelque temps, une nouvelle continuation de mes expériences sur les proportions déterminées ; je ne me suis point hâté de la faire traduire en français, comme je vois par les Annales que l’impression des précédentes ne sera pas sitôt finie34. Cette continuation contient les articles suivants :

1:0 Les combinaisons de l’eau avec d’autres corps oxydés : a) avec les acides. Il y a une certaine quantité d’eau qui se combine avec les acides en forme de base, comme nous l’avons vu dans le gaz acide muriatique ; l’acide oxalique en fournit un des plus beaux exemples ; il perd dans l’air 0,28 p. de son poids et tombe en poudre, si on le dissout alors dans de l’eau et qu’on mêle avec la solution une quantité d’oxyde de plomb pur, et si l’on fait évaporer le mélange à sec, l’acide perd encore 0,14 p. d’eau. 100 p. d’acide oxalique pur se combinent donc avec 24,138 p. d’eau en forme de base, et avec 48,276 p. ou une quantité double d’eau en forme d’eau de cristallisation ; 100 p. de l’acide oxalique se combinent avec 296,6 p. d’oxyde de plomb, qui contiennent 21,2 p. d’oxygène ; or, les 24,138 p. d’eau contiennent 21,3. — L’acide oxalique est composé, d’après une analyse assez exacte, de 34,9 p. de carbonique, d’environ 1 p. d’hydrogène et de 64,1 p. d’oxygène, c’est à dire il contient 3 fois autant d’oxygène que la base dont il est saturé. Vous voyez, M. le Comte, comment nous sommes entrés dans la nature organique, la mesure et la balance à la main.

b) avec les bases. J’ai prouvé par plusieurs expériences que la plupart des bases salines se combinent souvent avec une quantité d’eau qui contient la même quantité d’oxygène que la base elle-même. Les expériences se bornent à la chaux, la magnésie, l’alumine, la silice, l’oxyde de fer et celui d’étain. J’ai tâché de montrer comment nous parviendrons un jour à mesurer les affinités chimiques d’après la même échelle que les poids.

c) l’eau de cristallisation. Plusieurs sels, surtout ceux à base de kali p. ex. le salpêtre, le sulfate de kali, le tartrate de kali, le muriate de kali et de natron, le nitrate de baryte et de plomb etc. ne contiennent point d’eau de cristallisation. Le surtartrate de kali35 n’a point d’eau de cristallisation, mais c’est un sel triple à base d’eau et de kali. L’eau de cristallisation dans les sels contient l’oxygène à un multiple de celui de la base saline par un nombre entier, c’est à dire par 1, 2, 3, 4 etc. et quelquefois il en est une division par un nombre entier. Dans le muriate, le nitrate et l’oxalate d’ammoniaque, l’eau de cristallisation contient une quantité d’oxygène égale à celle de la base ; dans le sulfate d’ammoniaque et de chaux et dans le muriate de baryte, elle en contient deux fois autant que la base ; dans le nitrate de bismuth, 3 fois ; dans le sulfate de zinc et d’oxyde de cuivre, 5 fois ; dans l’acétate de natron et le muriate de chaux, 6 fois ; dans le sulfate d’oxydule de fer, 7 fois ; dans le sulfate de natron, 10 fois etc. Il faut observer que lorsque l’eau de cristallisation se combine avec les sels dans une proportion fine et déterminée, le sel se dissout dans l’eau à une température donnée en toute proportion jusqu’à un maximum qu’il ne surpasse pas. Quelle différence y a-t-il entre l’affinité qui cause la solution et celle qui fixe l’eau dans les cristaux ? Des sels indissolubles dans l’eau contiennent de l’eau de cristallisation, p. ex. les soussulfates d’oxyde de fer et d’oxyde de cuivre, et d’autres, qui n’en contiennent pas, se dissolvent aisément. Cela prouve qu’en effet il y a une différence entre ces affinités.

2:o Les sels à excès de base. Dans les sels à excès de base, l’oxygène de la base est quelquefois une division par un nombre entier de celui de l’acide ; souvent il est égal en quantité, et quelquefois il en est un multiple par un nombre entier, et la base excédante est en même temps un multiple par un nombre entier de celle du sel neutre. C’est par cette raison que la base, dans les soussulfates, est toujours multipliée par 3 ou 6 et non par 4 ou 8, parce que, dans les sels neutres, l’acide sulfurique sature une quantité de base qui contient ⅛ autant d’oxygène que l’acide ; et, par conséquent, s’il se combinait dans un soussulfate avec une quantité de base 4 fois plus grande que celle du sel neutre, l’oxygène de l’acide serait à celui de la base en raison de ¼ à 1. Dans les soussulfates de cuivre et de bismuth, l’acide et l’oxyde contiennent une quantité égale d’oxygène, mais dans le soussulfate de fer il ne contient que la moitié autant d’oxygène que l’oxyde de fer. Les deux sels à excès de base formés par l’acide nitrique et par l’acide nitreux que, dans l’essai sur la nomenclature, j’ai appellés subnitras et subnitris plumbicus infimus, font une exception à la règle générale, exception qui est extrêmement intéressante, mais dont l’exposition serait trop longue pour l’étendue d’une lettre.

3:o Les sels triples. Dans le 2:e cahier des Annales de Chimie, j’ai vu que M. Gay-Lussac a travaillé dans la même matière36 ; et je suis charmé de voir que nos expériences s’accordent. Il a trouvé que, dans les sels à base double, la quantité d’acide qui sature chaque base est égale, c’est à dire, d’après ma manière de m’exprimer, que chaque base contient une égale quantité d’oxygène. — C’est là leur manière de combinaison la plus ordinaire, mais ce n’est pas une loi générale pour tous les sels à base double. L’alun p. ex. est composé de manière que l’alumine contient 3 fois autant d’oxygène (c’est à dire sature 3 fois autant d’acide sulfurique) que le kali, et dans le cuprum ammoniacum, qui est un sel triple à excès de base, l’ammoniaque contient 2 fois autant d’oxygène que l’oxyde de cuivre. La composition de ces deux sels, mesurée d’après la quantité d’oxygène contenue dans chacune de leurs parties constitutives, peut s’exprimer de la manière suivante : L’alun — oxygène du kali = 1, de l’alumine = 3, de l’acide sulfurique = 12 et de l’eau de cristallisation = 24. Le cuprum ammoniacum — oxygène de l’oxyde de cuivre = 1, de l’eau de crist. = 1, de l’ammoniaque = 2, de l’acide sulfurique = 3.

4:o Analyse des nitrites. On a nié pendant quelque temps l’existence de l’acide nitreux, et par un traité de van Mons37, j’ai été persuadé moi-même que cet acide n’existait pas. Une expérience avec le nitrate jaune38, découvert par M. Proust, qui le considéra comme ayant pour base un degré d’oxydation du plomb inférieur à ceux que nous connaissons jusque là, m’a convaincu que ce sel est, en effet, un nitrite de plomb à excès de base. Il y a 3 nitrites à base de plomb, le nitrite neutre, le sousnitrite et le sousnitrite au dernier degré (infimus). L’examen de la composition des nitrites neutres ainsi que de celle du sousnitrite et de la formation de ce sel par le nitrate neutre et du plomb métallique, a vérifié de la manière la plus évidente les idées que j’ai communiquées déjà sur la composition de l’acide nitrique et du nitrogène.

J’espère pouvoir vous communiquer une traduction de ce traité, avant que l’impression des traités précédents soit finie. Du reste il paraîtra bientôt en Allemagne dans les Annales de Physique de M. Gilbert39.

Quant à la traduction de mon ouvrage sur la Chimie animale, je vois clairement que mes occupations, toujours croissantes, ne me permettront jamais d’y mettre la main moi-même. Je fais à présent traduire cet ouvrage en allemand, et il sera bientôt publié en Allemagne40 ; j’espère qu’alors il sera moins difficile de trouver un traducteur. La traduction allemande est faite d’après le manuscrit pour une seconde édition, qui ne sera point imprimée en suédois.

Quant à l’argent que les rédacteurs des Annales de Chimie vous ont remis pour mes mémoires, je vous prie de le garder jusqu’à ce que M. D’Ohsson le demande. Et s’il y a quelque ouvrage nouvellement publié concernant la chimie, la pharmacie ou la physiologie animale ou végétale, qui contient autre chose que d’anciennes notions dans de nouvelles formes, je vous prie de l’acheter pour mon compte, autant que l’argent qui vous a été remis pourra y suffire, et de le remettre à M. D’Ohsson. Je n’ose jamais consulter les catalogues des librairies, ils m’ont tellement trompé par des titres frauduleux que je n’achète dorénavant aucun livre dont je ne connais point le contenu, soit par des extraits dans les journaux, soit par le jugement de mes amis. Les presses suédoises nous fournissent malheureusement tant de papier gâté que nous n’avons pas besoin de le faire venir de l’étranger. — Je dois vous prévenir que j’ai demandé à M. D’Ohsson l’ouvrage nouveau de MM. Thénard et Gay-Lussac41.

M. le Comte etc.






11. Berzelius à Berthollet.
23 septembre 1811.

M[onsieur] le C[omte],

J’ai eu l’honneur de vous adresser le 16 août une lettre contenant un essai sur la nomenclature chimique. J’espère qu’elle vous est parvenue.

Je profite aujourd’hui de l’occasion que m’offre un voyageur suédois43 pour vous envoyer la traduction de la suite de mes expériences sur les proportions déterminées dont j’ai fait mention dans ma dernière lettre. Je vous prie de vouloir bien avoir la complaisance d’y corriger les fautes de langue que j’ai pu commettre. Comme les Annales de Chimie doivent toujours contenir des traités de différentes parties de la chimie, je vois clairement qu’il faudra encore presqu’une année pour y publier le reste de mon premier traité ainsi que les continuations que je vous [ai] déjà envoyées, et, comme la matière que j’y ai traitée paraît mériter d’être soumise le plus tôt possible au jugement des chimistes, je crois devoir vous demander s’il n’y aurait pas quelque autre moyen de les publier. M. Böcker m’écrivit, pendant qu’il s’occupait de la traduction de mon premier traité, que vous aviez eu l’intention de le faire imprimer séparément. Il m’a conséquemment paru possible que les différents traités sur les proportions déterminées que je vous ai envoyés pourraient former un petit livre, à peu près de la grosseur d’un volume des Recherches de MM. Gay-Lussac et Thénard. Et si vous croyez que cela peut se faire, je vous supplie d’en parler à M. Klostermann, qui peut-être voudra se charger de l’édition. Quant au payement, je me contenterai de toute convention que vous pourriez faire avec lui à cet égard ; et quoique l’état de mes affaires ne soit point tel que je puisse considérer avec indifférence ce que mes écrits pourront me rapporter, mon but ne pourra cependant jamais être d’y gagner.

Une circonstance qui paraît s’opposer à la rédaction de ces différents traités dans un seul volume, c’est qu’ils se corrigent souvent l’un l’autre, et qu’il serait impossible de les mettre dans un tel ordre que l’un des cahiers ne supposât quelquefois ce qui ne sera prouvé que dans le suivant. Pour remédier à cet inconvénient, j’oserai vous supplier d’ajouter à tant de bontés que vous m’avez déjà témoignées, celle d’écrire une préface à mon ouvrage, afin que les lecteurs sachent que ces différents traités ont été destinés à paraitre l’un après l’autre dans les journaux, et qu’ainsi ils n’ont pas été rédigés tous à la fois. —

M. Böcker m’a annoncé qu’il n’avait point fini la traduction de mon premier traité dont presque la moitié, qui traite de la décomposition des alkalis, des terres, de l’acide oxymuriatique, de l’eau et de l’hydrogène sulfuré, n’est point encore traduite. Je le priais de se charger d’en faire au moins un extrait, mais il ne m’a point répondu là dessus. Ainsi, j’ai lieu de craindre que ses occupations ne lui aient point permis de satisfaire à ma demande. Si cela est ainsi, j’oserai vous demander de faire traduire ce qui reste d’après la traduction allemande qui se trouve dans le cahier d’avril des Annales de Physique de M. Gilbert. Outre que la traduction allemande contient un paragraphe ajouté, qui ne se trouve point dans l’original suédois, tous les résultats numéraires y sont calculés de nouveau et corrigés par le traducteur et confirmés ensuite par M. Gilbert. M. Böcker a même négligé de corriger dans la traduction qu’il a faite les erreurs typographiques indiquées dans l’original suédois. Je vous prie donc, de faire comparer toutes les expressions numériques avec celles qui se trouvent dans les Annales de Gilbert, tant dans la première partie insérée dans le cahier de mars des Annales de Physique que dans la seconde, contenue dans le cahier d’avril43. Je dois encore [faire] observer que, dans la traduction de mon premier traité, M. Gilbert a inséré le commencement de celui que je vous envoyai à la fin de février, mais il a indiqué cela dans une note ; ainsi le traducteur s’en aperçoit aisément. —

Je crois que l’ordre des traités entre eux doit être le suivant : 1:0 Mon premier traité, revu et corrigé d’après la traduction allemande ; 2:0 Celui qui traite des nouvelles expériences sur l’oxyde de plomb, le sulfure de plomb et la règle pour les combinaisons salines. (Le manuscrit contient, si je ne me trompe, une erreur dans la note de la dernière page sur les rapports de l’eau de cristallisation. Le sulfate d’ammoniaque et de chaux ainsi que le muriate de baryte y sont considérés comme ayant une quantité d’eau dont l’oxygène est égale en quantité à celui de la base. Cette note doit être ainsi : Dans le surcarbonate de soude et le muriate d’ammoniaque, la quantité d’oxygène de l’eau de cristallisation est égale à celle de la base ; dans le muriate de baryte, le sulfate d’ammoniaque et le sulfate de chaux, elle contient 2 fois autant etc. Je vous prie d’avoir la bonté de corriger cela avant l’impression.) 3:o L’analyse des nitrates. (Celle-ci contient aussi une erreur dans le manuscrit. C’est la citation du sulfate d’ammoniaque comme exemple des sels ammoniacaux qui contiennent une quantité d’eau de cristallisation dont l’oxygène est égal en quantité à celui de la base ; je vous prie d’avoir la bonté de substituer oxalate d’ammoniaque à sulfate d’ammoniaque.) 4:o Le traité que j’ai l’honneur de vous envoyer ci-inclus avec l’exposition générale des résultats. — Mon intention serait de pouvoir tôt ou tard donner un second volume, contenant des expériences sur la composition des produits organiques ; ce travail est cependant si difficile que je crains de ne pouvoir le faire qu’après un assez long espace de temps. —

En supposant que tout cela puisse s’arranger, je vous prie d’avoir la bonté de payer la personne qui voudra se charger de traduire de l’allemand la partie de mon traité qui se trouve dans les Annales de Gilbert, avec ce que le libraire donnera pour le manuscrit.

Il serait extrêmement flatteur pour moi, si, à quelque séance de la classe mathématique et physique de l’Institut, vous voudriez communiquer à cette illustre assemblée l’exposé général des résultats de mes expériences sur les proportions déterminées inséré à la fin de mon dernier traité, et j’ose d’autant plus vous prier de le faire que le grand nombre d’expériences que j’ai faites là-dessus m’ont convaincu que si même il y a des défectuosités dans les détails, du moins les conclusions générales sont parfaitement vraies et seront ultérieurement constatées par les expériences d’autres chimistes. —

Vous trouverez dans mon traité deux analyses de produits organiques, savoir l’acide oxalique et l’acide tartarique ; leurs résultats diffèrent bien de ceux de MM. Thénard et Gay-Lussac44. Je crois cependant avoir découvert la cause de la différence dans ce qu’ils ont employé ces acides combinés avec de la chaux, laquelle donne le plus souvent des combinaisons qui, malgré leur peu de solubilité dans l’eau, contiennent néanmoins de l’eau de cristallisation. Le tartarate de chaux en contient une quantité dont l’oxygène est deux fois celui de la chaux, et, dans l’oxalate, l’eau ne contient qu’une quantité d’oxygène égale à celle de la base. Si vous soustrayez cette eau de ces sels, vous trouverez que l’acide qui reste est, relativement à la chaux, dans le véritable point de saturation, et que la base qui sature 100 p. de ces acides contient la portion d’oxygène que j’ai indiquée dans mon dernier traité. C’est par cette circonstance que l’acide tartarique, qui se distingue par la quantité de carbone qu’il contient, en a donné, dans les expériences de ces célèbres chimistes, moins que l’acide oxalique. J’ai pris la liberté d’exposer mes idées là-dessus dans une lettre à M. Gay-Lussac45, afin qu’il puisse lui-même faire le premier cette correction de leur ouvrage d’ailleurs si excellent.






12. Berthollet à Berzelius46.
14 octobre 1811.

Monsieur,

À chaque communication que vous avez la bonté de me faire, je suis étonné et du nombre de vos recherches et de la sagacité que vous y portez. Nos annales continuent de s’enrichir de vos mémoires, et votre essai sur la nomenclature va paraître dans le Journal de Physique, ainsi que vous l’avez désiré ; j’ai déjà corrigé l’épreuve de la première moitié.

Comme vous ne m’écrivez rien de positif sur le moment où je pourrai avoir le plaisir de vous embrasser, je vais vous indiquer la direction qu’il faudra suivre.

Je resterai à Arcueil jusqu’au 13 décembre : je vous engage à y venir descendre, si vous arrivez avant ce temps : vous serez à la porte de Paris, et nous pourrons y aller tous les jours qui vous conviendront ; vous verrez chez moi nos principaux chimistes et vous aurez un laboratoire à votre service.

Je me rends à Paris au 13 décembre jusqu’aux premiers jours de février : mon appartement de Paris est trop petit pour que je puisse vous y recevoir : pendant cet intervalle, il faudra vous loger en particulier.

Vous trouverez en moi un ami sincère (permettez-moi de prendre ce titre), qui rendra une justice éclatante à vos découvertes ; mais qui disputera un peu sur les principes de philosophie chimique ; agréez le sincère dévouement avec lequel j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet.

14 octobre 1811.






13. Berthollet à Berzelius.
10 novembre 1811.

Monsieur,

Aussitôt que j’ai reçu votre lettre du 22 7bre, je me suis adressé à des imprimeurs pour tâcher d’exécuter l’impression que vous m’avez proposée ; mais le commerce de librairie se trouve dans ce moment dans un embarras qui empêche les libraires de se livrer à aucune entreprise. Ils ne se chargent que des livres élémentaires dont ils espèrent d’obtenir la vente pour l’instruction. J’avais d’ailleurs livré tout ce que vous m’aviez envoyé jusques là : la partie dont vous vouliez réformer une note était déjà imprimée : je renvoie donc la correction de cette note pour la fin de la suite qui précédera la traduction de Gilbert.

Je n’ai pu avoir que depuis quelques jours le n:o du Journal de Physique de Gilbert où se trouve la seconde partie de votre premier ouvrage ; car ce journal que je recevais ne nous parvient plus que très irrégulièrement, ainsi que tous les livres étrangers. J’ai aussitôt donné cette seconde partie à traduire pour qu’on la plaçât après les suites que j’avais reçues auparavant, en avertissant par une note de la place qu’elle doit occuper dans votre ouvrage : quand cette partie sera imprimée, je la ferai suivre de celle que vous m’avez envoyée en dernier lieu. J’espère que tout cela sera expédié plus tôt que vous ne le croyez. M. Böcker avait remis avant son départ un errata que vous aurez trouvé dans le cahier des Annales, je crois, du mois d’août.

Quelque soin que l’on ait pris, il se sera sûrement glissé des erreurs ou vous trouverez à propos de faire quelques corrections ; il serait à propos, lorsque l’impression sera achevée, que vous prissiez vous-même la peine de faire un errata général.

Votre article sur la nomenclature a été imprimé le mois dernier dans le Journal de Physique, et quoique j’aie revu deux fois les épreuves, il se sera sans doute glissé des fautes ; car on imprime fort incorrectement dans ce journal.

Je vous avais écrit que j’avais reçu pour vous 49 fr 50 c ; j’ai reçu depuis 163 fr., en sorte que j’ai à votre disposition 212 fr 50 c ; je paye la moitié de la rétribution ordinaire pour la traduction de Gilbert et l’autre moitié sera réservé pour vous.

Je me flatte toujours, Monsieur, que vous n’avez pas renoncé à votre voyage de Paris.

M. Gay-Lussac n’a pas reçu votre lettre ou du moins il ne l’avait pas reçue, il y a cinq jours. Les discussions seront plus faciles de vive voix que par écrit. Agréez, Monsieur, ma haute considération et le dévouement sincère avec lequel j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.

10 9bre 1811.






14. Berzelius à Berthollet.
12 décembre 1811.

J’ai reçu vos deux obligeantes lettres du 1 octobre47 et du 10 novembre et je vous remercie bien sincèrement de la bienveillance que vous ne vous lassez point de me témoigner.

Quant à ma proposition de faire imprimer séparément les différentes suites de mes expériences sur les proportions déterminées, j’ai abandonné cette idée après avoir lu votre dernière lettre. Je suis affligé de vous avoir causé une peine inutile, mais parfaitement satisfait de votre promesse que les Annales de Chimie ne tarderont point à publier ce qui reste de mes mémoires.

Comme vous avez souhaité que je procure aux rédacteurs des Annales de Chimie des communications sur les travaux des chimistes suédois, j’ai prié M. Hisinger de faire un extrait de ses travaux qui, pour la plupart, concernent la minéralogie, et je prends la liberté de vous envoyer cet extrait. Comme l’auteur est un homme très riche, il ne s’agit d’aucun payement de la part des rédacteurs, seulement que vous veuillez avoir la bonté d’en retirer la somme nécessaire pour vous rembourser des frais de port.

Quant à mon voyage à Paris, il est enfin décidé. J’ai eu une audience du Prince Royal, qui a eu la bonté de m’accorder la permission ainsi que la somme nécessaire pour rester à Paris pendant sept ou huit mois. Ainsi, M. le Comte, j’espère pouvoir être chez vous à la fin du mois de mars, la rédaction déjà commencée d’un petit ouvrage élémentaire de chimie devant probablement m’occuper jusqu’à la fin de février.48

Je m’occupe à présent d’une série d’expériences, par lesquelles je compte justifier les idées sur les oxydes métalliques et sur quelques autres objets que j’ai professées dans mon essai sur la nomenclature chimique. Ces expériences m’ont fait découvrir de nouveaux degrés d’oxydation chez quelques métaux, p. ex. chez l’antimoine, l’étain et l’or.

Quant à l’antimoine, j’ai trouvé 4 degrés d’oxydation. Le premier est un sousoxyde, gris noirâtre, soluble dans des acides en se réduisant en grande partie en forme métallique. Il se forme sur l’antimoine dans le travail de la pile électrique. Le second est l’oxyde fusible, base des sels antimoneux. Le troisième est l’oxyde blanc, qui se forme lorsque le métal brûle dans l’air, et le quatrième est jaune paille ; il se forme soit par l’acide nitromuriatique, soit par une combustion lente dans une température rouge de cerise, soit enfin en distillant l’antimoine avec de l’oxyde de mercure. Il se décompose dans une température élevée, donne du gaz oxygène et se convertit en oxyde blanc ; il ne possède point les caractères d’un suroxyde, mais plutôt ceux d’un acide faible. L’oxyde blanc, produit par le salpêtre, est une combinaison de cet oxyde jaune avec du kali. En le digérant avec des sulfates, j’ai changé la base et j’ai produit par ce moyen des combinaisons de plusieurs autres bases avec cet oxyde d’antimoine. L’oxyde blanc a les mêmes propriétés d’acide extrêmement faible que l’oxyde jaune, mais les combinaisons qu’il forme diffèrent un peu de celles formées par l’oxyde jaune. La progression des degrés d’oxydation chez l’antimoine est 1, —, 4, 6, 8.

Chez l’étain, j’ai trouvé 3 degrés d’oxydation. Le premier est noir, donnant une poudre tirant sur le brun verdâtre. Précipité par un alkali de la dissolution de l’étain dans de l’acide muriatique, on l’obtient blanc ; c’est un hydrate qui se décompose dans l’eau bouillante. Il est très combustible ; et l’oxyde noir privé d’eau, allumé par une étincelle, brûle avec encore plus de vivacité. Le second degré d’oxydation est celui qui se trouve dans l’esprit fumant de Libavius. Précipité par un alkali, il se redissout facilement dans les acides, même le nitrique, quoique il ne précipite point l’or. On obtient le troisième par l’acide nitreux. Il est indissoluble dans les acides concentrés ; mais si l’on ôte le surplus d’acide, il se dissout dans l’eau, mais la dissolution chauffée se coagule comme l’albumine. Ces deux derniers oxydes se combinent avec les alkalis ; mais je n’ai pas encore eu le temps d’examiner leurs combinaisons avec les bases salines, ce que [je] ferai incessamment.

La progression des degrés d’oxydation connus chez l’étain est 1, 1½, 2, c’est à dire —, —, 4, 6, 8.

L’or a deux oxydes. L’un est l’oxyde ordinaire ; il est brun noirâtre ; 100 p. d’or se combinent dans cet oxyde avec 12 p. ou plus précisément avec 11,958 p. d’oxygène. L’autre donne aussi des sels, c’est [un] oxydule. On l’obtient en évaporant le muriate d’or à siccité et en continuant de le chauffer à une température modique, aussi longtemps qu’il s’en dégage du gaz acide muriatique oxygéné, en observant toujours qu’il n’y ait point de traces de réduction de l’or au fond du vaisseau. On obtient une masse saline, jaune paille, dont l’eau ne dissout que des traces de muriate d’or ordinaire et qui, quand elle contient beaucoup de ce muriate, tombe par l’effet de l’eau en poudre cristalline, d’un jaune très pâle. Cette poudre est indissoluble dans l’eau et consiste en muriate d’oxydule d’or. Si l’on verse là-dessus de la lessive caustique, on obtient un oxyde vert, qui se décompose bientôt en or et en oxyde d’or en changeant sa couleur verte en brun noirâtre. Le muriate d’oxydule se décompose lentement dans l’eau froide, mais dans l’eau chaude ainsi qu’aux rayons du soleil la décomposition s’opère à l’instant ; l’eau se colore en jaune et la poudre se convertit en or métallique. J’ai examiné avec exactitude les produits de cette décomposition, et j’ai trouvé que l’or réduit fait précisément le double de l’or dissous. La série de progression dans les oxydes de l’or diffère donc de celles des autres métaux jusqu’ici examinés en ce que l’oxyde contient 3 fois autant d’oxygène que l’oxydule. Y a-t-il des degrés intermédiaires encore inconnus ?

Mes expériences sur l’or ont été occasionnées par l’assertion de quelques médecins suédois qu’ils avaient guéri par la méthode de M. Chrétien49 des restes de la maladie vénérienne qui jusque là n’avaient point voulu céder à d’autres remèdes. On me confia donc le soin de faire préparer une certaine quantité de ces préparations, et je profitai de l’occasion pour faire des recherches sur les propriétés chimiques de l’or. J’ai fait une grande quantité d’expériences sur la pourpre de Cassius ; cependant je ne suis pas encore en état de vous dire en quoi consiste cette combinaison, car malgré les lumières que je me prom[etta]is de la détermination des oxydes de l’étain, il y a cependant encore des circonstances qui ne s’accordent point avec les différentes idées que j’ai eues sur sa composition. M. Vauquelin s’est occupé de ce même examen, et il a promis d’en publier les résultats dans les Annales de Chimie. Plus j’ai inutilement sacrifié de temps et de travail sur cet objet, plus je suis devenu curieux d’entrevoir les causes qui m’ont empêché de le voir avec clarté.






15. Berthollet à Berzelius.
27 février 1812.

Monsieur,

Votre dernière lettre détermine enfin le terme où je dois avoir le plaisir de vous recevoir.

J’ai oublié dans ma dernière lettre de vous faire connaître le motif qui m’avait empêché de présenter à l’Institut le résultat de votre dernier écrit, ainsi que vous me le proposiez : quand on présente un manuscrit quelconque, l’Institut nomme des commissaires qu’il charge de lui faire un rapport ; mais des commissaires n’auraient pu faire un rapport sur des résultats isolés des faits sur lesquels ils sont appuyés. Lorsque l’impression de vos recherches sur les proportions sera achevée, je leur ferai succéder le précis des analyses de M. Hisinger, dont je vous remercie.

Vous aurez trouvé dans les Annales un mémoire de M. Oberkampf sur les oxydes d’or qui présente des résultats plus positifs que ceux qu’avait obtenus Vauquelin50.

J’insiste sur la nécessité où vous serez de faire un errata général pour vos recherches sur les proportions ; parce que, quelque soin que l’on y mette, on ne peut éviter beaucoup d’erreurs dans les impressions précipitées d’un journal.

J’ai reçu jusqu’à présent en tout 325 [francs] pour les différentes parties imprimées dans les Annales : je vous en compterai à votre arrivée que je me flatte être prochaine. Agréez, en attendant, ma haute considération et le dévouement sincère avec lequel j’ai l’honneur d’être,

Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet.

27 février 1812.






16. Berzelius à Berthollet.
[15 février 1812.]

M. le Comte,

Le jour de mon départ pour Paris étant enfin fixé au 4 du mois prochain, je puis m’abandonner à l’espérance flatteuse d’être chez vous dans peu de temps. Cependant, comme plusieurs voyageurs de mes compatriotes ont éprouvé des difficultés aux frontières de l’empire français et surtout à Hambourg, ville que des affaires particulières m’obligent de visiter pour y conclure quelques objets économiques avec les libraires qui m’ont procuré des livres et pour la traduction allemande de mon ouvrage sur la chimie animale, je prends la liberté de vous prier, M. le Comte, de vouloir bien me procurer un passeport de Paris, afin que je puisse être sur de ne pas y être retenu. Comme le passeport ne saurait parvenir à Stockholm avant mon départ et, surtout, comme les communications par la poste ont commencé d’être parfois interrompues, je vous prie, M. le Comte, d’adresser votre lettre avec le passeport à M. Perthes51, libraire à Hambourg, chez lequel je viendrai le prendre moi-même. J’espère être à Altona vers le 20 de mars, et j’y attendrai votre réponse.

En attendant l’occasion de vous présenter de vive voix les sentiments de ma reconnaissance, je vous prie d’agréer ceux de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être,

M. le Comte, votre etc.

P.S. Le chargé d’affaires M. Cabre52 a eu la complaisance de se charger de cette lettre au lieu d’une autre que j’ai envoyée par la poste ordinaire et qui peut-être ne saurait vous parvenir.






17. Berthollet à Berzelius.
6 avril 1812.

Monsieur,

Je ne sais par quelle fatalité votre lettre du 15 février ne m’est parvenue qu’hier : je crains bien que ce retard ne vous cause de l’embarras et ne me prive de vous voir aussitôt que je l’aurais pu.

J’écris à M. le Comte de Valence, gouverneur à Hambourg, pour le prier de vous donner un passeport et toutes les facilités dont vous pouvez avoir besoin : vous n’aurez donc qu’à vous présenter à lui de ma part ; mais de crainte qu’il ne puisse lui-même vous donner le passeport nécessaire, je vais passer chez un conseiller d’état chargé d’un département de la police, et s’il trouve à propos que vous ayez un passeport de Paris, j’en demanderai un que je vous expédierai aussitôt que je l’aurai. Agréez, Monsieur, l’empressement que j’ai de vous recevoir à Arcueil et ma haute considération.

Berthollet.

6 avril 1812.






À Monsieur
monsieur Perthes libraire pour M. le professeur Berzelius à Hambourg.

J’ai mandé hier à M. Berzelius que j’avais écrit à M. Valence, gouverneur de Hambourg, et qu’il pouvait s’adresser à lui.

M. le Comte Réal, conseiller d’état chargé d’un département de la police générale que je suis allé voir, m’a promis d’écrire dans le jour au directeur général de la police de Hambourg, pour qu’il expédiât un passeport à M. Berzelius ; ainsi il n’aura qu’à s’adresser à lui. Je lui présente mes salutations très affectueuses.

Berthollet.

7 avril 1812.






18. Berzelius à Berthollet.
[Avril 1812.]

M. le Comte,

Durant l’espace du mois de février je vous ai écrit deux lettres53 dont le chargé d’affaire de S. M. l’Empereur s’est chargé de vous faire parvenir l’une, dans lesquelles je vous ai prié d’avoir la bonté de me procurer un passeport français. Comme j’espérais alors pouvoir être à Hambourg vers le XX de mars, je vous priai d’envoyer le passeport à ma rencontre à M. Perthes, libraire à Hambourg. Mais étant tout prêt pour ce voyage et voulant prendre congé du Roi et du Prince Royal, Sa Majesté m’a ordonné de différer le voyage jusqu’au commencement du mois de mai, et comme toute communication par la poste pour lors était interdite à Hambourg, le ministre du Roi à la cour de Danemarck fut chargé de demander chez M. Perthes le passeport que j’espérais pouvoir obtenir par votre intercession, et de me l’envoyer.

J’obtins hier la réponse du ministre qu’aucune lettre pour moi n’était encore arrivée le 3 avril à M. Perthes. Voilà, M. le Comte, les raisons pourquoi je ne jouis point dans ce moment du bonheur d’être auprès de vous.

Je ne vous cacherai point que des voyageurs, nouvellement retournés de France, m’ont assuré, que, malgré votre crédit auprès du Gouvernement, il vous serait impossible de me procurer un passeport, et si même vous en obtiendriez un, il ne me serait utile en rien, puisque, comme il ne pouvait point contenir mon signalement, on le considérerait comme un papier sans valeur, et après m’avoir arrêté pour quelque temps, on me renverrait en Suède. C’est avec des regrets bien sincères que je me vois donc dans la nécessité sinon de renoncer à ce voyage que j’ai tant désiré, au moins de le différer ; mais vous voyez, M. le Comte, que les auspices sous lesquels je l’entreprendrais aujourd’hui, ne sont pas engageants.

Cependant, si vous pouvez me faire parvenir un passeport qui m’assure le libre passage et que les relations politiques n’y mettent pas d’obstacles insurmontables, soyez persuadé que ce sera avec empressement que je tâcherai de me rendre auprès de vous, pour vous remercier de toutes les peines que vous avez déjà bien voulu prendre pour moi. Je vous prie donc, M. le Comte, de me faire savoir le plus tôt possible quelles espérances je puis avoir de pouvoir bientôt vous assurer de vive voix combien je suis sensible à vos bontés et de la haute considération avec laquelle j’ai etc.


Je vous envoie ci-inclus l’errata général que vous m’avez proposé de faire54. Il ne contient point celui de la nomenclature dans le Journal de Physique que je ne possède point.

Si vous vouliez avoir la bonté de faire insérer dans le Journal de Physique l’extrait d’un traité que j’ai communiqué il y a quelque temps à l’Académie des Sciences55, vous m’obligeriez beaucoup. Comme il occupe, dans les mémoires de l’Académie, à peu près 10 feuilles imprimées, je n’ai pas encore eu [le] temps de le traduire en entier, et s’il arrive que la communication entre nous serait rompue de nouveau durant l’été, il se pourrait bien que [je] fusse prévenu par d’autres qui peuvent travailler dans les mêmes matières.





19. Berzelius à Berthollet.
[Mai 1812.]

Monsieur le Comte,

C’est avec la plus vive reconnaissance pour toutes les bontés que vous ne cessez de me témoigner que j’ai reçu vos deux dernières lettres du 6 et du 7 avril, et il m’est impossible de vous exprimer combien je regrette de ne pouvoir de sitôt profiter ni de vos bonnes dispositions envers moi, ni de l’instruction que me procurerait votre conversation. Mais le Roi m’a ordonné de différer mon voyage à un autre temps ; l’avenir est souvent trompeur, l’homme propose et Dieu dispose.

J’avais tout préparé pour entreprendre ce voyage vers le 4 de mars, mais, voulant prendre congé du Roi, il plut à Sa Majesté de m’ordonner d’attendre ici le passeport que j’avais demandé par votre intercession. Des Suédois nouvellement arrivés de France m’ayant informé des difficultés presque sans nombre qu’éprouvaient les voyageurs suédois sur les frontières de l’empire français et M. Perthes n’ayant au commencement d’avril encore reçu aucune lettre pour moi, j’abandonnais peu à peu l’espérance de venir à Paris cette année. — Mais l’arrivée de vos deux aimables lettres me donna de nouvelles espérances. Je m’y livrai avec d’autant plus de confiance que tous les obstacles semblaient levés et mon libre passage assuré ; cependant je fis présenter le contenu de vos lettres au Roi, qui est maintenant à Örebro à l’occasion de la Diète56, et j’employai les huit jours nécessaires pour obtenir la décision de S. M. à faire mes préparatifs de ce voyage tant désiré, afin de pouvoir, à l’arrivée de la réponse, profiter de l’offre aimable que M. Laubry57 m’avait faite d’être son compagnon de voyage. C’est dans ces dispositions que je reçus l’ordre du Roi susmentionné ; vous pouvez donc vous figurer, M. le Comte, combien ce contretemps m’a fait de la peine, et je puis vous assurer que jamais il ne m’a tant coûté d’obéir aux ordres de Sa Majesté qu’à cette occasion.

Veuillez agréer l’expression de mes regrets bien sincères et me conserver toujours l’amitié que vous avez bien voulu m’accorder jusqu’ici ; c’est avec ce souhait, la plus vive reconnaissance et la plus haute considération que j’ai l’honneur d’être,

M. le Comte, votre etc.






20. Berzelius à Berthollet.
[Octobre 1812.]

Monsieur le Comte,

Le Dr. Laubry vous a sans doute remis ma dernière lettre et vous aura dit combien il m’a coûté de renoncer à l’espérance de vous voir sitôt. — Notre aimable Prince Royal, voyant combien me coûta d’abord le refus net qu’il me fit d’aller en France, m’offrit d’aller passer l’été à Londres. Je suis ici depuis la fin de juin, et je retournerai dans peu de jours à Stockholm58. Mon séjour ici a été très intéressant et très instructif, en me fournissant une quantité de moyens chimiques dont je n’avais aucune idée auparavant. Mais ce que j’estime le plus de tout est la connaissance personnelle de l’admirable Wollaston et du brillant Davy. Je suis sûr que parmi les chimistes qui pour le moment sont dans la fleur de leur âge, il n’y a aucun qui puisse être comparé à Wollaston en profondeur et en justesse d’esprit aussi bien qu’en richesse de moyens, et tout cela est en lui combiné avec des manières douces et une modestie sincère. J’ai plus profité en une heure de conversation avec lui que souvent par la lecture de larges volumes imprimés. Il m’a communiqué des parties détachées d’une quantité de ses idées théoriques sur la chimie, lesquelles il m’a promis de rédiger un jour et de publier. Simplicité, clarté et la plus grande apparence de vérité sont toujours les compagnes de ses raisonnements.

Malheureusement je n’ai pu profiter que quelques jours de la société de Davy. Il est nouvellement marié, a fait une grande fortune et il alla faire un voyage en Écosse quelques jours après mon arrivée à Londres. Ce jeune homme, déjà si renommé, a beaucoup de vivacité da[ns] son maintien, une extrême facilité à comprendre et à attraper, une grande facilité à former des vues générales, quoique peut-être souvent un peu prématurées, et il est, en général, plus brillant que profond. Ses compatriotes disent qu’il a été très heureux dans ses recherches. J’ai souligné ce mot heureux, parce qu’il dérive d’une comparaison qu’on fait sans y penser entre lui et Wollaston.

Les autres chimistes que j’ai fréquentés ici et dont les noms vous sont sans doute connus, sont Tennant, Marcet, Howard, Hatchett, Allen et Pepys, tous des gens instruits, d’une sagacité dont cette nation se signalise, et d’une amabilité de conversation qui me fera longtemps souvenir de cette famille scientifique, dans laquelle j’ai eu des jouissances si pures et passé des jours si beaux.

Quant aux nouvelles scientifiques, il n’y a rien eu de conséquence de fait ici durant les mois d’été que j’y ai passés. Vous connaissez la manière de Leslie de produire le froid artificiel. Wollaston a imaginé un autre appareil, fondé sur le même principe d’évaporation, avec lequel il vient de nous amuser à nos dîners scientifiques. J’en tracerai la figure ici.

Il consiste en deux globes de verre combinés par un tuyau. L’un des globes contient de l’eau, l’autre globe est vidé au moyen de l’ébullition de la manière connue. La boule B étant environnée de glace mêlée de muriate de soude, l’eau congèle en moins de quatre minutes dans la boule A, même quand le tuyau intermédiaire a plusieurs aunes de longueur.

Une autre idée intéressante du Dr Wollaston est son Dé galvanique59. C’est un dé de tailleur ordinaire, fait de cuivre et comprimé de cette manière.

Au milieu du dé, il a attaché avec de la cire d’Espagne une lame de zinc, qui est combinée avec le cuivre par une feuille de platine très courte et extrêmement mince, soudée aux deux métaux. Au moment où le dé est plongé à deux tiers dans de l’acide muriatique étendu, la feuille de platine devient incandescente. Une feuille d’or ou d’argent se fond à l’instant. Cet appareil qui n’a que tout au plus un pouce carré de surface du zinc, et qui n’est composé que d’une seule paire, produit donc entre les deux métaux une décharge électrique assez forte pour rougir la petite lame de métal qui lui sert de déchargeur.

Davy vient de publier un volume d’un ouvrage sur la philosophie chimique60. Je ne reconnais point dans l’auteur de cet ouvrage celui de la découverte de la composition des alkalis et des terres. Il s’étend beaucoup trop sur des hypothèses dont la probabilité même me paraît être très suspecte. La théorie de la chlorine y est introduite, l’acide oxymuriatique y constitue le second oxygène. Comme nous n’avons point pu converser sur ses idées, car ce livre a été publié après son départ, nous nous sommes convenus de discuter par écrit la théorie de la chlorine. J’ai la satisfaction d’avoir vu que les chimistes de Londres ont senti la force des arguments contre cette théorie, et je ne doute point que Davy, avec la clarté de ses vues, ne la sentira bientôt lui-même ; car il n’avait effectivement payé aucune attention aux sousmuriates, avant que je lui aie opposé le sousmuriate de plomb comme argument contre l’hypothèse précitée61.

Dans les circonstances politiques actuelles, je ne peux point me flatter de l’espérance d’entendre quelque chose de vous, si non accidentellement. Mais vous ajouterez infiniment à mes obligations envers vous, en me faisant parvenir quelques lignes, lorsque les circonstances le permettront.






21. Berthollet à Berzelius62.
[Vers la fin de 1812 ?]

Monsieur,

J’ai été très sensible à la lettre affectueuse que vous m’avez adressée de Londres ; mes amis et moi, nous nous étions flattés de vous posséder pendant quelque temps à Paris, d’y jouir de vos rares talents et d’y disputer quelque peu avec vous, lorsqu’un accident imprévu nous a privés de ce plaisir. Puissent les événements vous permettre de réaliser votre projet et d’honorer ma retraite de quelque séjour. Conservez-moi votre bienveillance et comptez sur l’attachement, l’estime et la haute considération avec lesquels j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.






22. Berzelius à Berthollet.
[7 mai 1814.]

Monsieur le Comte,

Je profite des premières nouvelles du rétablissement de la communication entre la France et ma patrie pour vous remercier de la lettre que vous avez eu la complaisance de m’adresser par l’Angleterre et laquelle me fut remise ici en Suède par M. le baron de Haxthausen. — Je vous prie aussi, M. le Comte, de vouloir bien permettre un rétablissement de nos communications épistolaires.

M. Brandel63, qui vous remettra cette lettre, est un de mes amis intimes ; je prends la liberté de le recommander à vos bonnes grâces. Il n’est pas chimiste, cependant il n’est point tout à fait ignorant de cette belle science ; il m’a fort souvent aidé avec la traduction de mes premières communications pour les Annales de Chimie, et il se trouve en cas de prendre connaissance des progrès généraux de la science et de s’y intéresser.

Je m’occupe toujours de recherches sur les proportions chimiques, dont, avec votre permission, je vais vous faire ici une courte exposition. — Je suppose que l’analyse du sulfure de carbone, laquelle j’ai faite conjointement avec le Dr Marcet, vous est connue par les Transactions de la Société Royale. — Je dirai seulement que le Dr Marcet, craignant de faire l’appendice de ce mémoire trop long, a supprimé la description des carbosulfures alkalins et métalliques ainsi que quelques circonstances relatives à l’acide triple qui se forme sous l’action de l’acide nitromuriatique sur le sulfure de carbone : mais que ces détails seront donnés tant dans les Annales de Thomson que dans le Journal de Schweigger64.

J’ai repris mes anciennes recherches sur la nature de l’azote ; j’ai trouvé que l’hydrogène doit être considéré comme une substance élémentaire, mais que le gaz azote ne peut être un corps simple, et que toutes les circonstances relatives aux proportions chimiques prouvent qu’il doit contenir la moitié de son volume d’oxygène ; de manière que l’ammoniaque, comme tous les produits organiques, contient plus d’un radical combustible uni à l’oxygène, savoir l’hydrogène et le radical de l’azote, pour lequel j’ai proposé le nom de nitricum. Le mémoire se trouve dans le Journal de Thomson65. Peut-être que vous le connaissez déjà.

J’ai ensuite cherché à déterminer la quantité d’oxygène requise pour oxyder les métaux dans leurs différents degrés d’oxydation. Ce mémoire se trouve aussi dans les Annales de Thomson, sous le titre de Essais sur la cause des proportions chimiques66. Il contient plusieurs faits nouveaux, chacun de peu d’importance, mais dont l’ensemble à ce qu’il me semble, est d’une assez grande conséquence pour la Chimie. J’y ai eu occasion d’observer et de vérifier le curieux phénomène du feu, dont j’ai donné la description dans mes expériences sur les stibiates métalliques67. — Comme je suppose que ce mémoire, par les soins de Thomson, peut déjà en partie ou en totalité être entre vos mains, je n’en dirai [pas] d’avantage. Son but principal est de déterminer ce que pèsent les substances élémentaires, supposées en forme de gaz, à la même température et pression ; d’où l’on peut trouver la pesanteur absolue d’un atome de chaque substance élémentaire.

Après ces recherches, j’ai dans un autre mémoire examiné les minéraux. Je me suis proposé deux questions : a) qu’est-ce que les minéraux au sens chimique ? comment faut-il les considérer dans les raisonnements théoriques de la science ? et b) est-ce que les lois des proportions chimiques sont applicables à la composition des minéraux ? Quant à la première question il paraît qu’aucune combinaison entre des corps oxydés ne peut exister dans laquelle, exposés à l’influence décomposante de la pile électrique, un ou plusieurs des oxydes dont elle est composée, ne se rangeront point autour du pôle négatif, tandis qu’au moins un d’eux sera attiré par le pôle positif ; c’est à dire que, dans toute combinaison entre des corps oxydés, il y a une ou plusieurs bases, tandis qu’il y a un (ou plus rarement deux) corps qui joue le rôle d’acide, de manière que les minéraux oxydés sont à considérer comme des combinaisons salines à 1, 2, 3 et peut-être plusieurs bases, et dans différents degrés de neutralisation.

Par ces réflexions, la minéralogie ne devient en effet qu’une branche de la chimie plutôt que de l’histoire naturelle ; et les anomalies apparentes, présentées par les minéraux, cessent d’exister. En jetant un coup d’œil sur l’ensemble des minéraux, on trouve que les substances qui y jouent le rôle d’acides, sont, hors les acides reconnus pour tels, l’oxyde de titan, celui de tantale et la silice. Tous les autres n’y jouent que le rôle de bases. —

Quant aux minéraux non oxydés, tels que les sulfures, les arséniures, les stibiures, les tellures etc., il est connu que ce qui peut être dits de leurs combinaisons oxydées est aussi applicable à leurs combinaisons non oxydées. Nous avons donc des sulfures, des tellures etc. à base simple, double, triple etc.

Je ne crois pas que l’on puisse rien objecter contre ce mode de raisonnement.

Pour la seconde question, j’ai choisi une centaine d’analyses de Klaproth, Hisinger, Laugier, Vauquelin etc., dont les résultats sont parfaitement conformes aux proportions chimiques, ainsi qu’à la théorie générale de la chimie. Il se trouve que la nature affecte pour la plupart une extrême simplicité dans les combinaisons qu’elle produit. Le feldspath p. ex. dont notre globe paraît abonder le plus, est composé de manière que si l’on ôte le silicium et que l’on y ajoute assez de soufre pour former de l’acide sulfurique avec l’oxygène de la silice, on aura l’alun sans eau. —

Comme ces investigations intéressent nombre de mes compatriotes, je les ai fait imprimer en suédois. Elles font une brochure d’environ 7 feuilles imprimées68, et je n’ai point par conséquent eu [le] temps de les traduire encore. — Je chercherai une occasion de vous l’envoyer, et peut-être trouverai-je quelqu’un qui voudra se charger d’en faire une traduction.

Je me suis occupé cette dernière année et je m’occupe encore d’un travail d’une bien plus grande importance, savoir des expériences sur les proportions déterminées dans la nature organique. J’ai employé un travail d’environ 12 mois à l’analyse de seulement 14 substances végétales. J’espère cependant que les résultats obtenus par ces analyses seront tels qu’on puisse en tirer des conclusions avec quelque confiance. Je crois avoir trouvé les lois d’après lesquelles les éléments se combinent dans la nature organique et les moyens d’examiner la composition au moins des substances végétales avec un très haut degré d’exactitude. Par la comparaison des deux natures, l’organique et la non-organique, et des deux différents principes de leur composition, il paraît qu’un nouveau jour se répand sur la théorie de la chimie, lequel dissipera nombre d’incertitudes et fera disparaître toutes les petites disputes de l’avocasserie scientifique, telles qu’entre autre les vues chloristiques de M. H. Davy. — J’ai rédigé en français mon mémoire sur les proportions chimiques de la nature organique. Je l’ai envoyé à M. Thomson, pour être inséré dans son Journal69. — Je vous en ferai part à la première occasion qui se présentera. —

J’ai prié M. Brandel de me procurer la feuille du Moniteur où [ont paru] les expériences de M. Gay-Lussac, sur l’iode, dont un correspondant d’Allemagne m’a donné quelques notions. Veuillez bien lui indiquer le numéro de cette feuille. —

Je n’ai point encore abandonné mes espérances de vous parler de vive voix à Paris ; au retour du Prince Royal je lui rappellerai ses promesses, et je lui demanderai sa permission ainsi que ce qu’il me faut pour aller à Paris vers l’automne. J’espère qu’il n’aura à présent aucune raison de me le refuser.






23. Berthollet à Berzelius.
16 juin 1814.

Monsieur,

Je vois avec une grande satisfaction nos relations se rétablir, sans craindre qu’elles soient de nouveau interrompues par les orages qui ont si malheureusement troublé l’Europe.

Votre lettre du 7 mai ne fait que me parvenir ; mais les communications seront sans doute plus faciles et plus promptes dès à présent.

Je vous envoie les Annales de Chimie qui font suite à la partie que vous avez reçue ; il manque le cahier de mai 1812 : je le joindrai au premier envoi.

Je ne vous envoie pas la feuille du Moniteur où Gay-Lussac a décrit ses premiers essais sur l’iode ; parce qu’il a décrit avec plus de détail les expériences qu’il a faites sur cet objet et celles qui ont suivi les premiers essais, dans les Annales de Chimie que vous recevrez. Il doit encore donner un mémoire sur cet objet dans le 3:e volume des Mémoires de la Société d’Arcueil70. Ce troisième volume devrait avoir paru depuis longtemps, mais l’impression en a été suspendue par une faillite de l’imprimeur. Cependant j’espère qu’il paraîtra et que je pourrai vous l’envoyer bientôt.

Je vous envoie un petit flacon qui contient une petite quantité de la fameuse iode.

Je vous remercie bien de la notice que vous me donnez des savantes recherches qui vous ont occupé depuis que je n’ai pu recevoir de vos nouvelles.

Je connais vos recherches sur le sulfure de carbone mais l’interruption totale des communications nous a empêchés de recevoir le Journal de Thomson, de sorte que je ne connais pas encore ce que vous avez imprimé dans ce journal. Je suis fort empressé de connaître les autres recherches que vous m’annoncez et dont l’importance me paraît très grande ; si vous pouvez m’en envoyer la traduction, ou, du moins, un extrait pour les Annales, vous rendrez un grand service aux chimistes français : l’imprimeur de ces Annales nous a donné de l’embarras par ses mauvaises affaires ; mais cet embarras cessera bientôt. L’article de votre lettre qui m’a fait le plus de plaisir est celui qui me donne l’espérance de vous voir à Paris ; vous vous rappelez que vous devez descendre à Arcueil.

Nous avons eu ici pendant assez longtemps M. Davy, et depuis l’entrée des alliés à Paris MM. Wollaston, Blacke et Marcet nous ont aussi fait une visite, mais trop courte : ils n’ont passé que quelques jours à Paris71. Il y a longtemps qu’ils étaient partis, lorsque votre lettre m’est parvenue, de sorte que je n’ai pu m’acquitter de votre commission : vous ne les imiterez pas.

Agréez, Monsieur, la profonde estime et la haute considération avec lesquelles j’ai l’honneur d’être,

Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet.

Arcueil 16 juin 1814.






24. Berzelius à Berthollet.
[Septembre (?) 1814.]

M. le Comte,

Vous m’accuserez à juste titre d’ingratitude d’avoir si longtemps tardé à répondre à votre obligeante lettre du 16 juin, ainsi qu’à vous faire mes sincères remercîments de l’envoi des journaux. Mais la cause de cette négligeance apparente est que j’ai passé la plus grande partie de l’été à Fahlun chez mon respectable confrère Gahn. Ce n’est qu’à mon retour, il y a quelques jours72, que j’ai eu l’honneur de recevoir votre lettre avec le paquet des journaux.

Vous m’indiquez dans votre lettre que vous avez eu la bonté de m’envoyer aussi un flacon contenant un peu d’iode. Ce flacon a probablement été perdu pendant le chemin, ou me parviendra peut-être avec quelqu’un de la légation suédoise, laquelle à ce que l’on dit, doit être de retour en Suède ces jours-ci. Je souhaite bien vivement de connaître cette fameuse substance.

J’ai été bien surpris de voir qu’on la considère comme une preuve de [plus] en faveur de la théorie de Davy, sur la nature de l’acide muriatique. Il paraît que cette théorie s’est bien enracinée même parmi les chimistes qui s’occupent de la philosophie chimique. Cependant le premier de ces chimistes, hors Davy, qui s’occupa d’écrire un système de nos connaissances chimiques, trouvera sans difficulté combien ces vues théoriques sont difformes et mal concordantes avec la théorie chimique en général. Il paraît que l’on veut comparer l’iode à une substance métallique à cause de son aspect extérieur, on pourrait tout de même le comparer à l’oxyde noir cristallisé de manganèse, aux cristaux du suroxyde d’argent qui se forment sur l’argent au + pôle de la pile électrique etc. — Est-ce que la vieille théorie de la composition du gaz oxymuriatique perd de vraisemblance par la découverte de corps — qui lui sont analogues ?

J’ai donné dans le Journal de Thomson un petit exposé des deux théories ; j’ai fait voir que la nouvelle hypothèse de Davy ne s’accorde pas avec les proportions chimiques, et certainement, si l’on ne prouve pas que je me suis trompé dans les lois des proportions chimiques que j’ai cru avoir établies, j’ai prouvé d’une manière décisive que l’hypothèse de Davy est incorrecte. Dans le grand nombre de muriates, tant de sousmuriates simples que de sousmuriates à base double avec de l’eau de combinaison, on trouve une quantité de preuves contre les idées de Davy. Je vous prie de donner un peu d’attention à mon exposition, qui est intitulée Lettre au Docteur Marcet etc.73Davy m’écrit qu’il a fait due attention à ces objections et qu’il a fait voir dans un Bakerian Lecture On some fluoric compounds etc. que mes objections ne prouvent rien contre lui. C’est avec une extrême surprise que j’ai trouvé cette réfutation n’être autre chose qu’une assertion de Davy qu’il considère mes arguments comme n’étant d’aucun poids, parce qu’il n’y a aucune règle d’après laquelle les proportions multiples se forment74. — Il est vrai que l’autorité de Davy remplace les preuves dans l’opinion de la plupart des Chimistes ; ce n’est cependant pas de cette manière que la vérité se laisse trouver. Il [me] paraît que Davy vole ici avec des ailes de cire. J’ai fait une petite collection d’idées énoncées dans les écrits chloristiques, lesquelles, appliquées aux combinaisons plus compliquées de l’acide muriatique, conduisent à des inconséquences ridicules ; je pense en faire usage un jour, si les circonstances l’exigent. — C’est certainement grand dommage que Davy, dont l’esprit est assez pénétrant pour pouvoir le rendre profond, aime tant à éblouir.

Vous m’avez promis d’envoyer, quand l’occasion se présentera, le cahier de mai 1812 des Annales de Chimie. Oserai-je vous prier de m’envoyer aussi ceux de février et de mars 1812, lesquels me manquent aussi. J’ai beaucoup de plaisir à trouver qu’on a fait insérer quelques-uns de mes mémoires dans les Annales de Chimie. Mais j’ai éprouvé de la peine à voir comme on les a mal traduits. Dans le mémoire sur les fluides animaux, il y a des endroits qui n’ont absolument aucun sens ; on m’y laisse dire p. ex. qu’on peut faire de la bile avec de l’éther etc.

Pour obéir à votre demande de vous communiquer un extrait de ce que j’ai fait depuis que nos relations furent interrompues, je prends la liberté de vous envoyer un extrait sommaire de mon mémoire sur les proportions chimiques dans la nature organique.

Si la rédaction des Annales de Chimie trouve à propos de faire traduire mes mémoires insérés dans le Journal de Thomson, je vous prie de m’en avertir d’assez bonne heure pour que je puisse vous envoyer une note des nombreuses erreurs typographiques assez graves qui se trouvent dans mon mémoire sur la cause des proportions chimiques, ainsi que de quelques altérations que M. Thomson s’est permis de faire dans ce mémoire d’après ses manières de voir, et lesquelles je suis loin de reconnaître.

Je ne sais pas quand j’aurai le bonheur de vous voir à Arcueil ; je n’en ai pas perdu l’espérance, mais j’ignore quand ce voyage, si longtemps désiré, pourra se réaliser. — Le Prince m’a beaucoup [parlé] de vous et de tout ce que vous avez eu la complaisance de lui dire en ma faveur. Il m’a ordonné de le rappeler à vos souvenirs.






25. Berthollet à Berzelius.
26 décembre 1814.

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous envoyer les cahiers des Annales depuis le mois d’avril jusqu’en octobre inclusivement ; je crois que vous avez reçu les précédents.

J’[y] joins les cahiers de février et de mars de 1812 : je n’ai pas encore pu obtenir celui de mai.

Klostermann qui était chargé de l’impression, a fait une faillite qui non seulement a produit une interruption dans les livraisons ordinaires, mais qui a jeté de l’embarras dans tout ce qui le concernait ; de là, par exemple, a résulté un retard dans le payement de ses engagements.

Il vous est dû pour toute la partie qu’il a imprimée 609 francs ; cette petite somme ne tardera pas à être à votre disposition. Ce qui suivra tombera sur les comptes suivants.

Le mémoire que [vous] m’avez envoyé est imprimé dans le cahier qui va paraître.

On s’empressera, Monsieur, d’imprimer tout ce qui a paru dans le journal de Thomson : on ne saurait imprimer rien de plus utile pour les souscripteurs ; ainsi je vous prie de m’envoyer les observations que vous aurez à faire sur les mémoires anglais.

Pour réparer la perte de l’iode que je vous avais adressée dans le précédent envoi, je vous en transmets une once dans un petit flacon. J’espère que celle-ci vous arrivera par les soins de M. de Staël75 qui va en Suède et qui veut bien se charger aussi des cahiers des Annales.

La faillite de Klostermann suspend aussi un troisième volume des Mémoires de la société d’Arcueil, qui aurait dû paraître, il y a plus d’un an. Il sera vieux en paraissant, et je ne sais encore quand il verra le jour.

Les événements de l’année dernière et même la prévoyance de l’avenir qui se préparait avaient interrompu depuis longtemps nos communications avec l’étranger et nos travaux : je ne fais que recevoir le journal de Thomson, et j’y vois beaucoup de vos mémoires que je m’empresserai de lire et de méditer. Je rentre enfin dans mon laboratoire qui m’était devenu étranger. J’espère que les arts de la paix vont jouir de la tranquillité qui est nécessaire à leur progrès. Pour vous, Monsieur, vous marchez à pas de géant au milieu des tourmentes de l’Europe.

Vous me laissez encore l’espoir de vous voir à Arcueil ; je désire bien qu’il se réalise. Agréez, sans cérémonie, ma profonde estime et ma haute considération.

Berthollet

26 xbre 1814.


J’obtiens dans ce moment le cahier de mai et je le joins aux autres.

Si l’occasion s’en présente, je vous serai obligé de présenter au Prince Royal l’hommage de mon profond respect.






26. Berthollet à Berzelius.
27 août 1815.

Monsieur,

Je profite de l’occasion de M. le Docteur Alfort75 pour me rappeler à votre souvenir et pour vous envoyer la suite des Annales de Chimie. J’avais remis à M. le Baron de Stahel tout ce qui précède des Annales en complétant ce que vous m’aviez marqué vous manquer. J’avais joint à cet envoi une once d’iode pour remplacer ce qui avait été perdu dans un envoi précédent. J’espère que M. de Stahel, qui mettait beaucoup d’empressement à vous faire passer ces objets, vous les aura fait parvenir. Je n’ai reçu depuis lors aucune de vos lettres.

Je vous envoie donc la suite des Annales. Elles se terminent au mois de juin, parce que la faillite de celui qui les imprimait et ensuite les événements politiques ont causé beaucoup d’embarras dans leur impression et causé des retards qui augmenteront probablement encore.

Les sciences sont parmi nous dans une grande stagnation. Privés de tout revenu, accablés de charges, affligés par tout ce qui nous environne, incertains de l’avenir, nous ne pouvons nous livrer aux douces occupations de l’étude.

Autant j’étais empressé de vous voir au milieu de nous, autant je craindrais que vous choisissiez une époque telle que celle-ci pour nous procurer une satisfaction après laquelle je soupire. Attendez que les nuages se soient dissipés, que le calme soit rétabli, que le goût des sciences se soit ranimé. Peut-être ce temps n’est pas si éloigné que nous sommes dans le cas de le craindre. Alors ne manquez pas de donner quelque temps à ceux qui sont remplis pour vous d’une profonde estime. Sous ce rapport je dois occuper le premier rang. Agréez, Monsieur, cette profonde estime et la haute considération avec lesquelles j’ai l’honneur d’être

Votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet.

27 août 1815.






27. Berzelius à Berthollet.
[20 décembre 1815.]

M. le Comte,

Je dois vous paraître bien ingrat de ne pas avoir répondu à votre aimable lettre portée par M. de Staël et accompagnée des Annales de Chimie ainsi que d’un flacon contenant une grande portion d’iode. La cause en est que M. de Staël, n’allant pas en Suède et laissant la lettre ainsi que les journaux à Hambourg, donna en commission à notre chargé d’affaire M. de Hjort de les envoyer lorsque quelque occasion se présenterait. — Ils arrivèrent à Stockholm vers la fin du mois de juillet, l’été passé. J’étais alors à Fahlun chez M. Gahn, où je suis resté jusqu’au mois d’octobre. À mon retour, j’eus le plaisir de recevoir tant votre lettre que les autres articles, pour lesquels je vous rends mille grâces. — Je ne me hâtai point de vous répondre, ayant souhaité de pouvoir vous dire quelque chose de nouveau du territoire de notre science, lorsqu’enfin la lettre portée par le Dr Alfort me rappela un devoir qu’il m’est toujours doux de remplir.

Les malheurs de la France vous ont mis dans un état peu favorable pour pouvoir vous occuper des sciences. J’espère que cela ne durera pas longtemps et que bientôt cette excellente nation reprendra ses anciennes forces et son ancienne énergie.

Je suis extrêmement flatté de votre bonté de vouloir me voir un jour à Paris, et je vous avoue que je souhaite bien vivement de pouvoir réaliser ce projet, quoique tant les circonstances politiques dans lesquelles se trouve la France que mes occupations pour le présent, ne me permettent pas d’y penser à l’heure qu’il est. —

Je n’ai rien de nouveau à vous mander au sujet de mes occupations chimiques. Les dernières deux années je ne me suis occupé que de la minéralogie chimique, et quoique j’espère que mes efforts n’ont pas été tout à fait sans succès, ils ont été de nature à devoir être racontés en totalité, ce qui surpasserait les limites d’une lettre. — D’ailleurs je suppose que la minéralogie ne vous intéresse pas particulièrement, parce que jusqu’ici les minéralogistes, voulant en faire une partie de l’histoire naturelle, ont évité toute application de la théorie chimique. — J’ai pris la liberté d’envoyer à M. Hauy par un Parisien, M. Roumage, lequel je trouvai à Fahlun l’été passé, quelques notices plus particulières de mes occupations minéralogiques. Je ne sais cependant pas si ma lettre ainsi que quelques minéraux nouvellement découverts près de Fahlun, lui sont parvenus. —

Je vous rends bien grâces pour le nouvel envoi de journaux que vous avez eu la complaisance de me faire avec M. Alfort, qui après être nouvellement arrivé à Gothembourg, m’a envoyé votre lettre par la poste et m’a promis d’envoyer les journaux lorsqu’il trouvera une occasion favorable.

Je vais ces jours-ci commencer un cours de chimie et de physique avec le jeune prince Oscar. —

J’aurais souhaité de pouvoir sous mettre à votre jugement un mémoire sur les deux théories de la nature de l’acide muriatique, lequel j’ai publié dans les Annales de Physique de Gilbert à Leipzig77. Le grand nombre de chimistes qui ont embrassé la nouvelle théorie, entre lesquels j’ai trouvé à ma grande surprise tant M. Gay-Lussac que M. Vauquelin, m’engagea à faire un essai d’exposer les deux théories dans toute leur étendue et de prouver, comme je crois aussi avoir fait, que la nouvelle théorie de Davy est inconséquente, mal concordante avec la chimie en général, et n’explique point les phénomènes d’une manière aussi plausible que l’ancienne théorie que la science doit pour la plupart à vos travaux. — Je souhaiterais beaucoup que les rédacteurs des Annales de Chimie voulussent le faire traduire, si, toutefois, les circonstances déplorables des affaires n’empêchent pas entièrement la publication de cet excellent journal. — Vous m’obligeriez beaucoup en me communiquant vos idées sur cette matière, car elle m’intéresse beaucoup.






28. Berthollet à Berzelius.
8 avril 1816.

Monsieur,

Votre lettre du 20 décembre m’a fait beaucoup de plaisir : ne recevant point de réponse des deux que je vous avais adressées depuis longtemps, je craignais que quelque accident n’eût interrompu vos correspondances et vos savants travaux.

Nous avons été privés pendant nos longs malheurs de toute communication avec les savants étrangers, si ce n’est avec l’Angleterre et, aujourd’hui même, nous n’avons encore pu nous procurer les journaux allemands, de sorte que nous ignorons encore les nouvelles observations dont vous avez enrichi le Journal de Gilbert. J’espère cependant que nous ne tarderons pas à le recevoir.

Je dois vous envoyer ce qui vous manque des Annales de Chimie jusqu’à la fin de 1813 ; nous avons donné une nouvelle forme à ce journal qui prend le titre d’Annales de Physique et de Chimie78 : nous ferons en sorte que l’on y trouve un précis de tout ce qui [se] fait d’intéressant dans les deux sciences. C’est à M. Arago que l’on a confié ce qui concerne la physique et à M. Gay-Lussac ce qui regarde la chimie. Je vous enverrai aussi ce qui aura paru de ce nouveau journal et je tâcherai de vous tenir au courant de la suite.

Notre société d’Arcueil va faire paraître un troisième volume dont la publication a été retardée depuis trois ans, d’abord par une faillite de l’imprimeur, ensuite par les événements qui nous ont tourmentés ; ainsi, avec quelques recherches nouvelles, on y trouvera des choses et des opinions déjà surannées ou devenues publiques.

Néanmoins, en sollicitant votre indulgence pour ce volume, j’aurai l’honneur de vous l’adresser.

Je ne sais, Monsieur, si je vous ai fait l’envoi du second volume de cet ouvrage : je vous prie de me le marquer ; car je crois qu’il a dû précéder notre correspondance. Pour le premier volume, je n’en ai plus à ma disposition, et ce qui en restait est sous le séquestre de l’imprimeur. Je vous prie d’écrire à la Légation suédoise pour qu’elle se charge de cet envoi assez volumineux, et lorsque vous m’en aurez donné avis, je lui transmettrai le paquet.

Je vous félicite de faire connaître les avantages d’une science si puissante pour le bonheur de la société que la chimie, à un prince dont les lumières sont d’un si grand intérêt pour votre patrie ; mais je félicite le prince, d’avoir un tel maître.

Agréez, Monsieur, la profonde estime et la haute considération avec lesquelles j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.

Paris 8 avril 1816.






29. Berzelius à Berthollet.
[25 juin 1816.]

M. le Comte,

Je prends la liberté de vous adresser ci-inclus un mémoire pour les Annales de Physique et de Chimie. Il concerne la composition des acides phosphorique et phosphoreux ainsi que leurs combinaisons salines79. Ne connaissant aucune occasion par laquelle j’aurais pu vous faire parvenir ce petit mémoire, hors par la poste des lettres, j’ai cru devoir me servir de cette dernière, en vous priant de vous rembourser le port sur ce que la rédaction peut vouloir payer pour ce mémoire, ou sur ce que celle des anciennes Annales a bien voulu me payer pour les mémoires déjà insérés, si toutefois il en reste quelque chose après la faillite de l’imprimeur.

Les expériences avec le phosphore m’ont coûté beaucoup de travail et de persévérance, elles m’ont donné plusieurs résultats anomales ; j’ai pu découvrir l’origine de l’anomalie chez quelques-uns, mais chez d’autres elle reste encore inexplicable. Le phosphate de chaux en présente les plus particulières ; et il paraît que le phosphate contenu dans les os a une composition analogue à celle des substances organiques, c’est à dire, d’après les vues corpusculaires, qu’il paraît que la molécule de ce sel se compose d’un grand nombre de molécules d’acide combinées avec un grand nombre de molécules de chaux, sans que cette molécule puisse être réduite à des molécules plus petites, tout comme cela paraît être le cas avec les substances organiques, entre lesquelles on peut conjecturer que les corps d’une composition analogue à celle de la nature inorganique ne peuvent se loger de manière à produire unité et continuation vivante. [?] — Mais vous verrez le reste dans le mémoire.

M. Thomson qui vient de faire des expériences sur la même matière a eu des résultats bien différents des miens80. On dirait que ce chimiste commence par calculer et, en travaillant pour vérifier le calcul, produit un résultat artificiel, favorable à sa spéculation. Il semble que ce chimiste ait trop peu de profondeur dans son jugement pour parler toujours d’un ton aussi décisif que le sien. —

Je ne sais pas encore quelle fortune mon Essai sur la théorie de la nature de l’acide muriatique a fait en France, ou s’il y est connu. Je serais très flatté, s’il a[vait] gagné votre approbation. Quant à ceux qui se sont déjà prononcés dans cette matière, il ne sera peut-être pas aisé de les convaincre que l’ancienne hypothèse est plus conséquente avec le reste de la théorie chimique, que la nouvelle. J’espère cependant que le temps fera ce que les raisonnements ne peuvent pas effectuer.

Je vous rends mille grâces, M. le Comte, de votre offre du 3:e tome des Mémoires d’Arcueil dont je dois déjà à votre bonté les deux premiers.

Le cours de chimie et de physique avec le jeune prince Oscar n’est point encore fini ; il a été interrompu pendant les mois d’été, mais nous allons le reprendre au mois de septembre. — Je pense demander pour toute récompense qu’on me mette en état de vous déclarer de vive voix, M. le Comte, combien je vous ai d’obligations.






30. Berthollet à Berzelius.
21 août 1816.

Monsieur,

Je ne vous parlerai des causes du retard que je mets à répondre à votre lettre du 25 juin, parce que j’espère qu’elles ne se reproduiront pas et que je pourrai dès à présent être exact à vous faire parvenir les Annales de Physique et de Chimie par la voie de l’envoyé de Suède qui paraît très disposé à s’en charger. Je vous envoie à présent les six derniers mois de l’année dernière et les six premiers de cette année. Elles ont été retardées de deux mois par les événements. C’est dans les deux qui vont paraître que se trouvera le mémoire que vous avez eu la bonté de m’envoyer81, partagé en deux parties. Je ne puis encore vous envoyer le troisième volume des Mémoires d’Arcueil, parce que nous avons encore rencontré des obstacles inattendus à la fin de l’impression.

Il vous est dû sur le compte des anciennes Annales 609 francs ; mais je n’ai pu en retirer que 325 fr. Il est bien à craindre que le reste ne puisse échapper à la banqueroute. J’ai donc 325 francs à votre disposition. Je vous prie de me marquer par votre première lettre à qui vous voulez que je les remette. Pour les nouvelles Annales, les coopérateurs n’en retirent rien à présent, parce que, vu un impôt inattendu mis sur les journaux, ce n’est qu’avec perte que l’on peut soutenir celui-ci ; mais l’année prochaine on augmentera l’abonnement et alors on pourra rétablir les rétributions ordinaires.

Je vous avoue que dans ce pays-ci on est généralement décidé à regarder le chlore comme une substance simple, parce que l’on croit que les lois de composition ne peuvent s’appliquer avec sûreté qu’aux compositions constatées par l’expérience et que leur application ne peut se faire aux autres corps qu’avec une probabilité qui peut être contrebalancée par d’autres probabilités. Pour moi, je suis à la fin de ma carrière ; l’étude n’est plus pour moi qu’une distraction et j’ai de la peine à suivre les progrès de la science. Je sens néanmoins les immenses services que vous lui rendez et je suis bien scandalisé de la manière irrespectueuse dont on vous a traité dans le second numéro du Journal des sciences et arts de l’Institution Royale82. Agréez avec votre bonté ordinaire les sentiments que je vous ai voués et la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’êtte,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.

Paris 21 août 1816.






31. Berthollet à Berzelius.
21 juillet 1817.

Monsieur,

J’ai eu le plaisir de voir Monsieur d’Ohsson83 et de m’entretenir avec lui de tout ce qui vous concerne. Je lui ai remis les 325 francs que la société des Annales m’avait comptés pour votre part de rédaction. Vous êtes compris pour le reste dans la banqueroute de Klostermann.

Vous continuez à donner une grande perfection à l’analyse chimique qui était encore si imparfaite lorsque je m’occupais de cette science, quoique j’en sentisse bien l’importance ; je ne sais ce qu’on a le plus à louer, ou de la sagacité que vous mettez dans vos travaux, ou du nombre des objets que vous embrassez dans vos recherches.

Il est bien fâcheux que dans les discussions scientifiques il s’introduise une aigreur qui s’allie si mal avec la recherche de la vérité. Il est si facile de se tromper que tous devraient avouer même une erreur aussi volontiers qu’ils proclament une découverte. J’ai vu avec peine qu’on avait manqué dans quelques discussions aux égards que vous doivent tous ceux qui chérissent la science.

J’ai remis à M. d’Ohsson le troisième volume des Mémoires d’Arcueil ; vous n’oubliez pas que ce volume contient plusieurs articles surannés ; cependant quelques-uns pourront vous intéresser. Agréez la profonde estime et la haute considération avec lesquelles j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.

Paris 21 juillet 1817.






32. Berzelius à Berthollet.84
[9 février 1818.]

Je vous dois bien des remercîments, M. le Comte, de votre obligeante lettre du [21] juillet 1817. J’ai retardé la réponse pour avoir à vous communiquer quelques résultats des recherches faites ici en Suède dans notre science favorite. Pour cette fois j’en ai de bien intéressants à vous mander, c’est à dire la découverte d’une substance métallique, dont l’oxyde est un nouvel alkali fixe, et celle d’une substance métallique nouvelle acidifiable, plus analogue au soufre qu’à tout autre corps.

Le nouvel alkali a été découvert par M. Arfvedson, jeune chimiste très habile qui depuis un an travaille dans mon laboratoire. Il a trouvé cet alkali dans une pierre déjà découverte par M. d’Andrada85 dans la mine d’Utö et nommée par lui pétalite. Cette pierre consiste, en négligeant les fractions, de 80 p. c. de silice, 17 p. c. d’alumine et 3 p. c. du nouvel alkali. Pour en retirer ce dernier, on se sert de la méthode ordinaire de brûler la pierre en poudre avec du carbonate de baryte, et d’en séparer toutes les terres. — Voici les principaux caractères de cet alkali : la plupart de ses combinaisons avec les acides sont très fusibles, le sulfate et le muriate se liquéfient longtemps avant d’être portés à une chaleur rouge. Le carbonate entre en fusion lorsqu’il commence à devenir rouge, et, dans cet état, il attaque le platine, presque aussi fortement qu’un nitrate d’un autre alkali.

Le sulfate se cristallise assez aisément ; les cristaux ne contiennent point d’eau de combinaison. Leur dissolution ne se précipite ni par le muriate de platine ni par l’acide tartreux. Le muriate est extrêmement déliquescent et surpasse en cette qualité peut-être même le muriate de chaux.

Le nitrate cristallise en rhomboèdres, mais attire l’humidité avidement. Le carbonate est difficilement soluble dans l’eau. Par l’évaporation, on l’obtient cristallisé en prismes, mais ordinairement très petits.

Cet alkali a une plus grande capacité de saturer les acides que les autres alkalis fixes, et surpasse même la magnésie. C’est par cette circonstance qu’il a été découvert. Car le sel à base d’alkali, obtenu par l’analyse, surpasse beaucoup en poids ce qu’il aurait dû peser si la base en avait été de la soude ou de la potasse. Il était bien naturel de conclure qu’un sel à base d’alkali qui n’est point précipité par l’acide tartreux doit contenir de la soude. C’est ce que fit d’abord M. Arfvedson, mais ayant répété l’analyse de la pétalite 3 fois avec entièrement les mêmes résultats, il crut en devoir examiner de plus près chaque constituante, et c’est par la suite d’un tel examen qu’il s’aperçut que la substance alkaline avait des propriétés différant des autres alkalis. Nous avons donné à cet alkali le nom de lithion, pour rappeler qu’il a été découvert dans le règne minéral, alors que les deux autres l’ont été dans le règne végétal. — Ce nom est conforme à la nomenclature des langues suédoise et allemande où l’on dit kali et natron au lieu de potasse et de soude. Je suppose qu’en France on le nommera lithine.

La substance métallique acidifiable vient d’être découverte de la manière suivante : dans une fabrique d’acide sulfurique86, où on brûle du soufre retiré des pyrites de la mine de Fahlun, il se dépose sur le pavé de la grande citerne de plomb une masse rougeâtre, qui consiste principalement en soufre. J’ai conjointement avec M. Gahn acheté une part dans cette fabrique, et lorsque nous prîmes connaissance de la méthode d’opérer l’acidification du soufre, qui n’est pas entièrement la même que celle employée en Angleterre, le précipité rougeâtre nous frappa. Nous l’examinâmes, et, trouvant qu’il donne en brûlant une odeur très forte de tellurium, nous crûmes pouvoir conclure que le précipité en question était un mélange de sulfure de tellurium avec du soufre. Cependant nous ne pûmes réussir à en extraire du tellure. J’en pris une petite quantité avec moi à Stockholm, où je l’examinai de plus près. Je trouvais d’abord que ce soufre contenait une substance étrangère très volatile, très aisément réductible, mais qui ne se laisse point précipiter par les alkalis. —

Après quelques tentatives infructueuses, je parvins à isoler cette substance.

Voici les caractères que j’y ai découverts jusqu’ici. — Sa couleur, vue en masse, est grise avec un éclat métallique très fort. Sa cassure vitreuse comme celle du soufre ; ou comme celle des Fahlerze dont elle possède la couleur, mais elle a bien plus d’éclat. Sa pesanteur spéc. 4,6 environ. Il est dur et très friable, à peu près comme le soufre. Il donne une poudre rouge, qui par-ci par-là prend une politure métallique, comme celle des autres métaux cassants. À la température de l’eau bouillante il se ramollit, et à une température un peu plus élevée il entre en fusion. Pendant son refroidissement, il conserve le même degré de fluidité que le soufre ou la cire d’Espagne, de manière qu’on peut le déformer entre les doigts ; dans cet état il se laisse étendre en forme de fils minces, doués d’un vif éclat métallique, mais qui, entre l’œil de l’observateur et la lumière, sont entièrement transparents, laissant entrevoir une couleur rouge, très foncée. À une température un peu plus élevée, le corps bout et distille en gouttes métalliques et opaques ; pendant la sublimation le globe de la cornue est rempli d’un gaz jaune dont la couleur est cependant moins foncée que celle [du] soufre gazéiforme. Si on le distille dans une cornue à col large, il se sublime en forme de fleurs de la plus belle couleur de carmine, fleurs qui cependant ne sont point oxydées et dont on obtient la même masse métallique éclatante et grisâtre par la simple fusion. — Si on le sublime dans l’air sans qu’il puisse prendre feu, il s’évapore en forme d’une fumée rouge, qui n’a aucune odeur particulière. Si, au contraire, on y dirige la flamme d’une chandelle, ou si on y souffle avec le chalumeau, il colore la flamme d’une belle couleur bleu d’azur, en répandant une odeur de raifort (Raphanus sativus) si forte que d’un grain évaporée de cette manière suffirait à empester l’air d’un grand appartement. Klaproth a dit que le tellure répand cette même odeur. Cependant ni le tellure ni son oxyde ni les combinaisons du tellure purifié avec les métaux ne produisent cette odeur. Ce n’est que lorsque j’ai enfermé un morceau de tellure dans une petite boule de verre mince et que j’ai soufflé dessus jusqu’à ce que le tellure gazifié fît un trou dans le verre amolli, que j’ai pu produire l’odeur en question ; elle était alors entièrement la même que celle de la substance nouvelle. — Je ne déciderai point si cette odeur leur appartient à tous les deux, ou si le tellure est souvent accompagné de [la] substance nouvelle. Celle-ci se combine avec le potassium en produisant une vive incandescence. Le produit est un bouton métallique blanc grisâtre, qui se dissout sans effervescence et avec rapidité dans l’eau, à laquelle il communique une couleur de bière forte et un goût absolument ressemblant à celui du sulfure de potasse. Les acides en dégagent un gaz dont l’odeur, lorsqu’il est étendu, est à s’y méprendre celle du gaz hydrogène sulfuré, mais qui, introduit même en très petite quantité dans le nez, produit des sensations extrêmement douloureuses, suivies d’une inflammation très forte et de symptômes catarrhaux. La liqueur rouge se couvre dans l’air d’une pellicule, d’abord rouge de cinabre mais qui, à mesure qu’elle s’épaissit, devient grisâtre. Mêlée avec de l’acide muriatique, elle se trouble et dépose une poudre rouge, ce qui prouve qu’elle tient en dissolution une partie de la substance ajoutée en excès, tout comme cela arrive avec le soufre. Cette substance se rapproche donc tant du tellure que du soufre, entre lesquels elle paraît tenir le milieu. Pour rappeler son analogie avec ce premier, je l’ai nommée Sélénium.

Le sélénium se dissout en petite quantité dans les huiles grasses, auxquelles il communique sa couleur rouge. — Il se dissout aussi dans les alkalis caustiques tant par la voie humide que par la fusion. Le séléniure de potasse est rouge de cinabre. Les séléniures de baryte et de chaux sont insolubles.

Il se dissout dans l’acide nitrique à l’aide de la chaleur. La solution, évaporée dans une cornue, donne un sel qui se cristallise et se sublime aisément en forme d’aiguilles cristallines, qui souvent ont la longueur d’un pouce. Le sublimé est aisément soluble tant dans l’eau que dans l’alcool. Il a un goût purement acide, rougit fortement le tournesol et donne avec les alkalis des sels. Le séléniate de potasse cristallise difficilement. Exposé à l’air, il tombe en déliquescence. Le séléniate d’ammoniaque de même. Exposé à la chaleur, il se décompose, donne d’abord de l’ammoniaque et de l’eau ; il se sublime des traces d’acide sélénique, et au fond de la cornue il reste du sélénium fondu. Le séléniate de baryte est soluble dans l’eau, mais presque insoluble dans l’alcool. Il cristallise en aiguilles dont les extrémités se recouvrent d’un pinceau d’autres aiguilles plus petites. Leurs interstices se remplissent peu à peu, et de cette manière ce sel forme des cristaux globuliformes, dont la surface, même sous le microscope, paraît unie et lisse.

Si, dans le séléniate de potasse, on met un morceau de zinc et qu’on y mêle quelques gouttes d’acide muriatique, le sélénium se précipite en forme métallique, le zinc paraît d’abord recouvert d’une pellicule de cuivre ; ensuite le sélénium se dépose en flocons rouge de cinabre. — Si, au lieu d’acide muriatique, on y verse de l’acide sulfurique, le précipité se fait plus difficilement et prend une couleur grise. Il contient alors du sulfure de sélénium. Si, dans une solution d’acide sélénique, on fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré, le sélénium se précipite avec une couleur orange ; par l’exsiccation le précipité devient rouge. Au feu il se fond et donne une masse orange et transparente, qui se laisse distiller, tout comme l’operment. Le soufre adhère fortement au sélénium ; pour les séparer, j’ai précipité l’acide sélénique par du muriate de baryte, j’ai neutralisé l’acide par du carbonate d’ammoniaque, et j’ai décomposé le séléniate d’ammoniaque dans une cornue. —

Ces expériences suffiront pour vous convaincre, M. le Comte, de l’existence de ce corps particulier et intéressant sous tant de rapports. Il est évident qu’il tire son origine des pyrites de Fahlun ; M. Gahn a souvent observé l’odeur de sélénium à Fahlun, mais il l’a toujours attribuée à des traces de tellurium. Les pyrites de Fahlun qu’on emploie pour l’extraction du soufre, sont très mêlées de galène87, et il paraît probable que le sélénium s’y trouve en forme de séléniure de plomb. Nous ne manquerons point de faire des recherches là-dessus sur les lieux. La quantité de sélénium contenue dans ces minéraux est en tout cas très petite ; 500 livres de soufre brûlées à la fabrique d’acide sulfurique n’ont fourni qu’à peu près le tiers d’un gramme de sélénium. Il n’en reste rien dans l’acide sulfurique, parce que l’acide sulfureux a la propriété de le réduire à l’état de sulfure de sélénium.

Je vous prie, M. le Comte, de faire part de cette lettre à M. Gay-Lussac. — Je ne manquerai pas de lui envoyer mon mémoire sur le sélénium, lorsque j’aurai fini mon travail sur ce corps singulier.

J’ai l’honneur de vous renouveler, M. le Comte, les assurances de la haute considération et de l’attachement sincère avec lesquels je suis,

M. le Comte, etc.






33. Berthollet à Berzelius.
26 mars 1818.

Monsieur,

J’ai reçu avec une vive reconnaissance la communication que vous avez bien voulu me donner de deux découvertes importantes. Je me suis empressé de faire part de votre lettre à l’Académie des Sciences et de soumettre à la curiosité des Chimistes l’échantillon précieux de votre nouveau métal. J’ai pensé que vous ne désapprouveriez pas que je fisse imprimer votre lettre dans les Annales de Chimie et de Physique. Elle se trouvera donc dans le cahier qui va paraître.

M. Vauquelin qui avait eu connaissance de la découverte de la lithine, s’est promptement occupé de répéter les expériences et il a développé quelques propriétés de ce nouvel alcali88.

On ne peut être étonné de devoir des découvertes à vos travaux, mais l’occasion d’en faire de si importantes se présentent rarement au génie.

On doit aussi se féliciter de voir un de vos élèves marcher avec tant de succès sur vos traces.

Je ne vous parle pas des acquisitions que la chimie peut avoir faites dans ce pays-ci, parce que sans doute les Annales de Chimie et de Physique vous parviennent régulièrement et qu’elles contiennent tout ce qui peut vous intéresser.

Vous avez sans doute reçu le troisième volume des Mémoires d’Arcueil que je vous ai adressé ; quoique ce volume ne contienne que des vieilleries, je serais fâché qu’il ne vous fût pas parvenu, en le considérant comme un faible témoignage de mes sentiments.

Agréez la profonde estime et le sincère dévouement avec lesquels j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Berthollet.

26 mars 1818.






34. Berzelius à Berthollet.89


[Paris, entre le 16 avril et le 12 juin 1819.]

M. le Comte,

Je prends la liberté de vous envoyer les deux brochures ci-jointes90, que je n’ai point pu, aussitôt que je l’aurais souhaité, vous présenter en personne.

Je n’ai point pu résister au désir de profiter de l’occasion d’exprimer publiquement combien j’admire vos talents et l’heureux résultat de vos travaux. Je vous prie de vouloir bien excuser que, sans vous en prévenir, j’ai consacré une feuille dans l’une de ces brochures à l’expression des sentiments pour vous que je partage avec tous ceux qui savent apprécier le vrai talent. J’ai toujours eu la crainte qu’en vous prévenant d’avance, votre modestie, compagne inséparable du vrai mérite, ne m’eût défendu de profiter d’une occasion qu’il m’a fait tant de plaisir et de satisfaction de pouvoir saisir. —

Agréez etc.






35. Berthollet à Berzelius.
20 décembre 1819.

Monsieur,

Il est bien temps que je vous rappelle les sentiments que vous avez inspirés pendant le séjour trop court que vous avez fait parmi nous. Vous nous aviez inspiré une profonde estime, mais vous avez fait chérir votre personne : vous pouvez compter au nombre de vos amis sincères tous ceux qui ont pu former ici des liaisons avec vous et tous, nous désirons également de vous revoir. Permettez-moi d’espérer que nous aurons encore ce plaisir. Vous savez que vous avez à Arcueil un appartement, un laboratoire, un cabinet de physique, une petite bibliothèque ; je ne parle pas d’un jardin : Uranie vous fait négliger Flore et Pomone.

Il me semble qu’après une léthargie de six ans je me réveille un peu pour la chimie ; au moins elle va entrer dans mes distractions, j’ai un jeune homme, un frère de M. Berard91 que j’ai eu pendant quelques années : il est formé aux manipulations. Il s’occupe à présent à mettre mon laboratoire en bon état ; j’espère que vous le trouverez, lorsque vous reviendrez, plus complet et mieux disposé pour les découvertes que vous voudrez bien y faire.

Je ne vous parle pas de ce qui se passe en chimie : vous trouvez tout l’essentiel dans les journaux scientifiques et particulièrement dans les Annales de Physique et de Chimie qui vous parviennent sans doute régulièrement.

Ma femme, qui partage avec moi le désir de vous posséder encore, me charge de ses tendres compliments. Agréez le plus sincère dévouement.

Berthollet.

Arcueil 20 xbre 1819.






36. Berzelius à Berthollet.92
[Première partie de 1820.]
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Dans les prussiates ferruginés, le fer est toujours en forme de protoxyde, et l’autre base contient deux fois autant d’oxygène que le protoxyde de fer. L’acide de ces sels est l’acide prussique, composé comme M. Gay-Lussac nous l’a appris. Les prussiates ferruginés qui ont la propriété d’effleurir, tels que ceux de potasse, de baryte et de chaux, perdent leur eau dans le vide, à la température ordinaire de l’atmosphère ; le sel effleuri n’est plus un prussiate, c’est un cyanure double, qui ne contient plus ni oxygène ni hydrogène. Lorsqu’on fait brûler les cyanures doubles de fer et de potassium ou de fer et de baryum, moyennant l’oxyde noir de cuivre, les gaz qui en résultent sont formés de trois volumes de gaz acide carbonique et de deux volumes de gaz azote. Un volume de gaz acide carbonique reste combiné avec la base, et forme avec elle une espèce de sel double, composé de carbonate et de (sil venia verbo) cuprate de potasse et de baryte. Le cyanure double de fer et de plomb donne les gaz dans les proportions de deux volumes de gaz acide carbonique et d’un volume de gaz azote. Dans ces combustions, on n’obtient que des traces d’eau inséparables des substances pulvérisées, mais qui ne remontent qu’à 1 ou 2 milligrammes d’un tiers ou de la moitié d’un gramme de cyanure employé. Le prussiate ferruginé d’ammoniaque ne se laisse point réduire à un cyanure ; il est composé de prussiate de fer oxydulé et de prussiate d’ammoniaque. Distillé, il donne du prussiate d’ammoniaque et un peu d’eau formée par la conversion du prussiate de fer en cyanure. Ce cyanure se décompose ensuite, et donne du gaz azote, en laissant pour résidu un carbure de fer, composé de 4 atomes de carbone et d’un atome de fer. Ce carbure présente un phénomène bien remarquable : lorsqu’on le chauffe à rouge, il prend feu et paraît brûler comme dans le gaz oxygène, quoique le gaz qui l’entoure ne soit que du gaz azote et quoiqu’il n’éprouve aucune altération. Le feu est analogue à celui qui se manifeste sur l’oxyde de chrome, l’oxyde de fer, la zircone, etc., lorsqu’on les chauffe à rouge93. On remarque ce même phénomène dans la distillation de presque tous les prussiates ferruginés métalliques ; mais aucun ne le donne aussi brillant que le prussiate d’ammoniaque ferruginé. Presque tous les prussiates ferruginés se dissolvent dans l’acide sulfurique concentré sans en éprouver aucune décomposition. En laissant l’acide attirer l’humidité de l’air, il dépose souvent, en forme cristalline, une combinaison de l’acide sulfurique avec le prussiate, un sel acide avec deux bases et deux acides. Je croyais d’abord que ces sels se formaient de cyanure et d’acide sulfurique ; mais comme le prussiate acide de protoxyde de fer (acide prussique ferruginé de Porret)94 produit le même phénomène, il est bien évident que ces bases y doivent être oxydées, et que le cyanure y est combiné avec de l’hydrogène. — Ces expériences font l’objet d’un long mémoire, qui est imprimé à présent dans les Mémoires de l’Académie95. Je le communiquerai à M. Gay-Lussac aussitôt que je l’aurai traduit. — M. Lindbergson96 vient de trouver une nouvelle substance, dans les pierres urinaires ; c’est l’urate de soude. M. Rose jeune97, chimiste de Berlin, qui en ce moment travaille dans mon laboratoire, vient de trouver que toutes les espèces de mica qu’il a pu se procurer, contiennent de l’acide fluorique. Deux espèces natives de la Suède en contiennent beaucoup. J’enverrai de beaux échantillons de ces espèces pour être examinés par M. Biot.






37. Berthollet à Berzelius.
4 septembre 1820.

Monsieur,

Je suis étonné d’être resté si longtemps sans répondre à votre dernière lettre. Je la communiquai à M. Gay-Lussac, qui, comme vous l’aurez vu, en a fait usage dans les Annales, en attendant qu’il eût reçu le mémoire que vous promettiez de lui envoyer.

Pendant l’hiver dernier ma santé a été très mauvaise : j’ai eu un catarrhe violent et avec la forme d’une coqueluche dont je n’ai été quitte qu’au milieu de l’été ; mais à présent je jouis d’une santé peut-être meilleure qu’elle n’a été depuis quelques années.

Au commencement du printemps j’ai éprouvé une perte à laquelle j’ai été bien sensible. Le chevalier Blagden98 qui était venu à Arcueil dans le dessein d’y passer l’été et probablement d’en faire son séjour ordinaire, a été surpris d’une attaque d’apoplexie après avoir dîné avec l’apparence de la meilleure santé, et dans quelques heures il a fini son honorable vie.

Dès la fin de l’année dernière je me flattais de pouvoir reprendre les occupations chimiques et je pris auprès de moi un frère de M. Berard de Montpellier qui a passé plusieurs années avec moi ; mais j’ai eu le chagrin d’éprouver que j’étais tombé dans une impuissance absolue de suivre des recherches. Il faut donc que je renonce aux travaux qui ont fait le plus grand bonheur de ma vie. Cette impuissance est l’accident le plus fâcheux de ma vieillesse ; mais il me restera encore la consolation de pouvoir profiter de vos travaux et de ceux des chimistes qui, avec vous, font faire de si grands progrès à la science que j’ai vue sortir du berceau.

Ainsi je viens de suivre avec un grand intérêt le mémoire de M. Mitscherlich99, qui me paraît établir enfin le véritable rapport qui se trouve entre les formes cristallines et la nature des composés chimiques ; ce qui affermit ma confiance, c’est que je m’imagine qu’ayant le bonheur d’être auprès de vous, ses observations auront été soumises à votre sanction.

Lorsque vous pourrez venir revoir vos amis de Paris, et ils sont nombreux, n’oubliez pas que vous avez à Arcueil des amis qui seront bien heureux de vous y recevoir : ma femme qui vous fait ses tendres compliments me charge de vous le rappeler.

Agréez les sentiments affectueux et la haute considération avec lesquels j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.

Paris 4 7bre 1820.






38. Berzelius à Berthollet.
19 décembre 1820.

Je me reproche beaucoup d’avoir laissé passer plus de 2 mois depuis la réception de votre dernière lettre sans y répondre ; mais les occupations scientifiques ont cela de commun avec les plaisirs que les jours se passent dans une succession si rapide qu’on s’en aperçoit à peine. —

Je me flatte de l’espérance que cette lettre vous trouve dans une bonne santé et sans rechute dans le fatal catarrhe dons vous avez été atteint les hivers passés. Cette maladie a toujours une fâcheuse disposition de revenir avec la saison froide et humide, et l’habitude que l’on a en France de chauffer fortement les extrémités inférieures des heures entières devant le feu fait qu’on se refroidit plus facilement en sortant. Je vous recommande, M. le Comte, d’y faire attention et de prendre soin de votre santé.

Il m’a fait de la peine d’apprendre la mort de l’aimable M. Blagden, car je m’imagine que, malgré les petites bouderies d’Annette et Lubin, sa société a dû vous faire du plaisir. Cependant M. Blagden a été très heureux, après être arrivé à un âge si avancé, de sortir de ce monde sans ces préambules pénibles par lesquels passent la plupart des mortels. Je me rappelle toujours l’excellent Black100, qui souhaita toujours de mourir de cette manière, et qui enfin, à l’âge de 78 [ans], finit ses jours à table, au moment où il allait boire un verre d’eau.

Vous vous plaignez, M. le Comte, de ce que vous ne pouvez plus suivre des recherches ; mais c’est dans l’ordre de la nature que vous devez reposer sur vos lauriers. Celui qui en a ramassé tant que vous, ne doit point se plaindre que la nature ait restreint notre plus grande activité à une si courte période de notre vie.

M. Dulong, dont j’ai eu le grand plaisir de recevoir une lettre, il y a une couple de semaines101, m’a fait part de l’intérêt qu’on prend à Paris à la découverte précieuse de M. Oersted, concernant le magnétisme causé par le courant électrique ; il m’a aussi communiqué les expériences intéressantes de M. Ampère, ainsi que les conclusions, sûrement contraires à la vérité, que celui-ci en a tirées. — Cette circonstance m’engage à vous envoyer, sous la forme d’une lettre à votre adresse, une petite note qui contient les résultats de mes expériences sur ce même objet. J’ai d’abord hésité si je devais vous la communiquer, car il est un peu présomptueux de croire que l’on ne se soit point aperçu à Paris d’une explication de ces phénomènes qui me paraît si évidente et si simple. Cependant si cela n’était point le cas, vous me feriez un très grand honneur en la faisant venir à la connaissance de l’Académie des Sciences, où p. ex. l’ami Thénard certainement ne refusera pas d’en faire lecture. Si, d’un autre côté, comme je le suppose, la chose y avait déjà été exposé par quelque autre, cette note pourrait peut-être trouver une place dans le Journal de MM. Gay-Lussac et Arago102, parce qu’il y aura toujours quelque différence dans la manière dont les différents individus établissent la même vérité. — Je me suis occupé, l’automne passé, d’un travail sur le nickel, de fort peu de conséquence comparativement à la difficulté d’avoir des résultats exacts, mais qui ajoutera toujours quelque chose à la grande collection de connaissances chimiques103.






39. Berthollet à Berzelius.
4 mai 1821.

Monsieur le Chevalier,

J’ai appris avec beaucoup de plaisir la distinction que vous avez reçue, non comme un titre qui puisse vous flatter par lui-même, mais comme un témoignage éclatant de l’estime dont vous jouissez auprès d’un Roi qui sait par là se mettre en harmonie avec l’opinion de l’Europe104. Moi-même, je suis bien flatté de son souvenir et, si vous en avez l’occasion, je vous prie de lui demander qu’il me permette de lui présenter l’hommage de mon profond respect.

Ce n’est pas un temps perdu que celui que vous employez à l’instruction d’un prince qui paraît destiné à servir de modèle à ceux de son rang.

L’Académie des Sciences a reçu lundi dernier avec un recueillement religieux et avec une vive sensibilité le présent que vous lui avez fait. On a comparé le crâne avec un portrait de Descartes et on a reconnu entre eux une correspondance qui, jointe aux preuves que vous avez réunies, n’a laissé aucun doute sur le personnage auquel cette tête a appartenu105.

Je vous remercie de votre nouvel ouvrage106 : j’espère que M. d’Ohsson nous mettra en état d’en profiter. Ma femme me charge de ses compliments les plus affectueux ; nous espérons l’un et l’autre que nous aurons encore le plaisir de vous voir à Arcueil.

Agréez la profonde estime et l’inviolable attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Berthollet.

Arcueil 4 mai 1821.






40. Berzelius à Berthollet.
[23 juillet 1821.]

Je vous remercie infiniment des nouvelles que [vous] m’avez données sur la relique de Descartes. Ce sont les seules que j’en ai eues. M. Cuvier n’en a pas accusé réception107.

Si le vent du Nord qui a soufflé ici pendant presque tout l’été vous a atteint, l’été de France doit cette année être moins beau qu’à l’ordinaire. Je ne me rappelle pas d’avoir vu un été comme celui-ci, sinon [celui de] 1812, qui cependant fut beaucoup plus sec. — J’espère que, malgré cela, Flore prospère dans vos beaux jardins à Arcueil.

Je viens de finir un travail assez étendu, qui pourra être considéré comme une continuation de votre admirable mémoire108 sur les sulfures alkalins dans le T. XXV des Annales de Chimie. Vous vous rappelez que M. Vauquelin, il y a quelques années, fit un cours d’expériences109 pour examiner, si, dans les sulfures alkalins liquides, l’acide sulfurique se forme avant ou après l’addition de l’eau, et qu’il considéra comme probable que l’hépar est un mélange de sulfate d’alkali et de sulfure du radical métallique, mais qu’aucune expérience ne le prouvait d’une manière décisive. M. Gay-Lussac observa ensuite110 que lorsqu’on traite la potasse à l’alcool avec du soufre à une température au-dessous du rouge, le sulfure dissous ne contient qu’un hyposulfite et non pas un sulfate, et, considérant l’hyposulfite comme formé avant l’addition d’eau, il en tire la conclusion que le sulfate doit l’être aussi. Cependant ces preuves ne m’ont point paru satisfaisantes. La potasse à l’alcool n’est autre chose que l’hydrate de la potasse. En le fondant avec le soufre, il y a toujours l’eau nécessaire pour produire par sa décomposition l’hyposulfite et l’hydrosulfure de potasse, et, d’un autre côté, la température, étant plus basse, peut permettre que le maximum de soufre se combine avec la potasse, et, par conséquent, les acides de soufre qui se forment tant avec l’oxygène qu’avec l’hydrogène doivent être à leur maximum de sulfuration. Il fallait donc avoir d’autres preuves pour ou contre l’idée examinée par M. Vauquelin, et j’ai réussi à mettre hors de doute que ce que nous appelons hépar, est un sulfure métallique et que le soufre ne peut point se combiner avec les bases oxydées. J’ai passé un courant de gaz hydrogène sur du sulfate de potasse chauffé à rouge. Il se produit de l’eau et un sulfure de potassium, d’un belle couleur rouge de cinabre. La quantité d’eau ainsi obtenue indiquait que la potasse était décomposée. Dans une autre expérience j’ai fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré sur du sulfate de potasse rougi au feu ; et j’ai obtenu un sulfure de potassium transparent d’une très belle couleur rouge de vin. Les sulfures se sont dissous dans l’eau et leur dissolution n’a point été troublée par le muriate de baryte, preuve évidente que le sulfate de potasse qu’on trouve dans l’hépar se forme par la réduction de la potasse pendant l’opération et non pas par l’addition d’eau. — J’ai vérifié par des expériences directes que, dans l’hépar ordinaire, l’acide sulfurique du sulfate contient ¾ de la quantité d’oxygène qui se trouvait dans la potasse avant la sulfuration, et par conséquent que ¼ de la base devient sulfate et les autres ¾ deviennent sulfure de potassium. —

J’ai ensuite examiné les proportions dans lesquelles le potassium peut se combiner avec le soufre. J’en ai trouvé non moins de 7 degrés, c’est à dire les sulfures suivants sont obtenus : 1:o KS3 (1 at. de potassium avec 2 at. de soufre) par la réduction du sulfate de potasse au moyen de l’hydrogène ou le carbone. 2:o KS4 en exposant le soufre avec excès de carbonate de potasse à une température incandescente. 3:o KS6 de même, mais à une température qui commence à rougir, ou lorsqu’on réduit le carbonate de potasse moyennant des vapeurs de sulfure de carbone. 4:o KS7, lorsqu’on réduit le sulfate de potasse moyennant le gaz hydrogène sulfuré. 5:o KS8 par la réduction de ce même sulfate moyennant des vapeurs de sulfure de carbone, ou lorsque, dans l’hépar ordinaire, on réduit le sulfate de potasse qu’il contient moyennant un courant de gaz hydrogène sulfuré. 6:o KS9, lorsqu’on ajoute un excès de soufre au précédant et le chauffe ensuite dans un courant de gaz hydrogène sulfuré jusqu’à ce qu’il ne donne plus de soufre. 7:o KS10 est la combinaison saturée de soufre qui constitue l’hépar au maximum et qui se forme, tant par la voie humide que par la voie sèche, lorsqu’on traite la potasse avec excès de soufre111. —

J’ai des doutes sur les KS7 et KS9, non pas dérivés de l’expérience mais de la théorie ; ils peuvent fort bien n’être que des combinaisons de deux autres sulfures, comme cela a lieu p. ex. avec le sulfure de fer magnétique tant artificiel que natif, — aussi je ne suis pas bien sûr qu’il ne se forme pas, par la voie sèche, un sulfure encore plus riche en soufre. On obtient souvent un hépar d’un rouge plus clair, qui se dissout dans l’eau, en laissant un résidu de soufre en poudre. Aussi l’hépar saturé de potasse qu’on fait bouillir avec du soufre, en dissout une nouvelle quantité qu’il dépose par le refroidissement, et une dissolution d’hépar dans de l’alcool dissout des quantités additionelles très considérables de soufre. Il est difficile d’y distinguer entre l’effet de l’alcool comme purement dissolvant du soufre et une propriété qu’il pourrait avoir de faire combiner le potassium avec plus de soufre. En tout cas, il y a au moins cinq sulfures de potassium bien établis, dans lesquels le soufre se trouve dans le rapport de 1, 2, 3, 4 et 5.

J’ai aussi examiné l’hépar formé par voie humide. Si l’on fait fondre du soufre avec un grand excès d’hydrate de potasse en ajoutant le soufre par petites parties à la fois, le soufre s’y dissout avec effervescence. Le gaz qui se dégage n’est autre chose que la vapeur d’eau. En même temps une matière blanche, floconneuse, se forme et surnage le liquide jaunâtre. Ces flocons sont de l’hyposulfite de potasse. La masse refroidie prend une couleur rouge pâle de cinabre (pourvu qu’on n’ait pas ajouté trop de soufre) et se dissout sans couleur dans l’eau. La couleur rouge prouve qu’elle contient le protosulfure de potassium et, par conséquent, que c’est la potasse et non pas l’eau qui vient d’être décomposée par la formation de l’acide hyposulfureux. Quelque excès que l’on prenne de potasse, il ne se forme ni de l’acide sulfurique ni de l’acide sulfureux.

Quand on prépare l’hépar par la voie humide, il n’y a qu’un seul degré de sulfuration entre le maximum et le minimum qui se laisse observer, et c’est celui que vous avez déjà fait connaître et que l’on obtient quand un hydrosulfure de potasse a été exposé à l’air assez longtemps pour oxyder l’hydrogène ; c’est le KS4. Dans l’hépar au maximum, fait d’une solution concentrée et bouillante de potasse caustique saturée de soufre, on trouve qu’un quart de la potasse est saturé par une quantité d’acide hyposulfureux dont l’oxygène est 3 fois celui de la potasse, et les autres ¾ sont ou KS10 ou un hydrosulfure correspondant à ce degré de sulfuration. —

Parmi les sulfures des autres bases, je n’ai examiné que ceux du calcium. Le protosulfure CaS2 se forme lorsqu’on fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré sur de la chaux pure dans un tube de porcelaine incandescent. Il se forme de l’eau et du sulfure de calcium, d’une couleur légèrement rose, qui ne contient pas une trace d’acide sulfurique. Le sulfure n’est point changé par l’eau. Je l’ai gardé pendant des mois entiers sans altération sous l’eau dans des flacons pleins et bien bouchés. Une très petite quantité s’est dissoute, qui, évaporée dans le vide, a donné un sel blanc cristallisé. Chauffé de nouveau, il donne son eau de cristallisation et redevient sulfure de calcium. — Cette circonstance, ajoutée à quelques autres qu’il serait trop long de détailler ici, paraît prouver que les sulfures alkalins, tout comme les cyanures et les sulfocyanures, peuvent se dissoudre dans l’eau sans être changés en hydrosulfures d’oxydes. Le protosulfure est le seul sulfure de calcium qu’on peut obtenir par la voie sèche. Avec l’intervention de l’eau, on en obtient deux autres, dont l’un est CaS4, examiné depuis longtemps par Bucholz et Bernhardi et plus nouvellement par Herschel112, et l’autre le persulfure CaS10, qu’on obtient pur, lorsqu’on fait digérer le protosulfure avec de l’eau et du soufre en excès.

La nature des dissolutions des sulfures peut être expliquée de deux manières, ou il se forme des hydrosulfures des bases oxydées, ou [bien], comme je viens de le dire, les sulfures peuvent se dissoudre sans altération. Cette question ne peut pas encore être résolue. Les phénomènes s’expliquent tout aussi bien par l’une que par l’autre de ces hypothèses ; mais, au cas que les sulfures s’oxydent en se dissolvant, il s’ensuit que l’hydrogène doit former avec le soufre autant de combinaisons acides qu’il y a de degrés de sulfuration, p. ex. de potassium, solubles dans l’eau, c’est à dire que nous devons avoir, pour le moins, 5 acides hydrosulfuriques, dont les combinaisons avec les bases salifiables braveront toute espèce de nomenclature chimique. Il est vrai que ces sulfures d’hydrogène ne peuvent point être obtenus tous à l’état isolé, mais cela ne prouve rien ni pour ni contre, car l’acide hyposulfureux n’existe pas à l’état isolé, mais les hyposulfites n’en sont pas moins réels, et l’acide hydrocyanique sulfuré existe à l’état isolé, quoique il se décompose en contact avec la potasse caustique.

Le sulfure de potassium à une très grande propension de former des sulfures doubles avec un grand nombre de substances, surtout électronégatives. J’en ai examiné les plus intéressants. C’est à cette propension qu’est due la propriété dissolvante qu’exercent les sulfures alkalins sur un si grand nombre de substances métalliques, car, depuis le KS4 jusqu’au KS10, les métaux s’approprient à une température élevée du soufre excédant et réduisent le sulfure de potassium à l’état de protosulfure.

Le sulfure de potassium se combine avec le sulfure d’hydrogène (le gaz hydrogène sulfuré) dans la proportion d’un atome du premier sur deux du dernier. On obtient le sulfure double en faisant passer un courant de gaz hydrogène sulfuré sur du carbonate de potasse à une température rouge de cerise, aussi longtemps que le gaz qui sort de l’appareil contient de l’eau et du gaz acide carbonique. Il est légèrement jaunâtre et cristallin comme un sel fondu. Dissous dans l’eau, il forme ce qu’on appelle l’hydrosulfate de potasse neutre (en considérant la dissolution du protosulfure de potassium comme un sous-hydrosulfate). Le soufre et tous les sulfures métalliques solubles dans la potasse caustique en chassent l’hydrogène sulfuré et se combinent avec le sulfure de potassium. Il faut 8 atomes du soufre seul et 2 at. de sulfures métalliques en général pour chasser entièrement les deux atomes de sulfure d’hydrogène combinés avec un atome de sulfure de potassium. Les décompositions se font même par la voie humide. Le sulfure d’arsenic (l’orpiment) pulvérisé chasse, à la température ordinaire, le gaz hydrogène sulfuré d’une solution d’hydrosulfure de potasse un peu concentrée avec la même force que si l’on y ajoutait un acide liquide. —

Le sulfure de potassium se combine avec deux atomes de sulfure de carbone ; mais lorsqu’on fait cette combinaison par la voie sèche, en y ajoutant de l’eau après, l’eau dissout KS9 et laisse tout le carbone non dissous. Le protosulfure de potassium dissout par la voie humide le sulfure de carbone sans déposition de carbone. —

J’ai examiné l’action des alkalis sur les sulfures d’arsenic, de molybdène, de tungstène, de chrome, de titane, de tantale, d’antimoine, d’étain, d’or, de platine et de rhodium. — Il y a quatre moyens de faire une dissolution alkaline d’un sulfure métallique : a. de le dissoudre par le protosulfure de potassium ou par l’hydrosulfure de potasse, b. de dissoudre l’oxyde du métal par l’hydrosulfure de potasse, c. de dissoudre le sulfure métallique dans de la potasse caustique et d. de fondre ensemble le sulfure métallique et du carbonate de potasse et dissoudre ensuite la masse fondue dans l’eau. Le résultat général de toutes ces manières de dissolution est qu’il se forme une combinaison de sulfure de potassium avec le sulfure métallique ; d’après la première méthode elle se fait directement ; dans la seconde, l’hydrogène sulfuré réduit l’oxyde métallique, et le sulfure métallique ainsi produit remplace l’hydrogène sulfuré auprès du sulfure de potassium ; dans la troisième, une partie du métal sulfuré s’oxyde au dépens du potassium, qui s’empare du soufre, et le sulfure de potassium ainsi produit dissout une portion du sulfure métallique non décomposé. En ajoutant un acide, le potassium se réoxyde au dépens de l’oxyde métallique dissous, auquel il rend le soufre, et le sulfure se précipite, comme s’il avait été dissous sans décomposition. La quatrième méthode donne le même résultat que la troisième avec quelques modifications de peu de conséquence. De tous ces sulfures métalliques, celui d’antimoine présente les résultats les plus intéressants, tant par les exceptions apparentes aux règles qu’ils paraissent faire au premier coup d’œil, que par l’emploi qu’on a si longtemps fait de ses préparations. Mais comme j’ai déjà abusé trop de votre patience, je n’ajouterai que ceci. L’eau sépare le sulfure d’antimoine de sa combinaison avec le sulfure de potassium, tout comme elle le fait de même des combinaisons de son oxyde avec les acides. Le kermès n’est autre chose que le sulfure d’antimoine ainsi séparé par la voie humide ou par refroidissement du liquide ou par addition d’une plus grande quantité d’eau. Le « sulfur auratum antimonii » des pharmaciens est un sulfure d’antimoine proportionel à l’acide antimonieux. La production de ce sulfure ainsi que le dégagement de gaz hydrogène sulfuré par l’addition d’un acide sont dus à des complications dans la réaction de la potasse sur le sulfure d’antimoine qu’il serait trop long de détailler dans une lettre. — Je chercherai une occasion d’envoyer mon mémoire sur les sulfures à la rédaction des Annales de Chimie113.






41. Berthollet à Berzelius.
21 octobre 1821.

Monsieur,

Je ne sais comment concilier le plaisir que m’a fait votre aimable lettre du 23 juillet et ma lenteur à y répondre, je ne puis l’attribuer qu’à l’âge qui affaiblit les ressorts de l’esprit, mais qui ne porte pas atteinte au sentiment du cœur.

La multitude de combinaisons définies et dociles à vos lois que vous êtes venu à bout de fixer dans le soufre a lieu d’étonner les vieux chimistes qui s’arrêtaient à des déterminations vagues et confuses qui ne pouvaient leur donner qu’une connaissance bien imparfaite des productions de la nature.

Aussitôt que j’ai reçu votre lettre, je l’ai communiquée à mon ami Gay-Lussac qui se serait empressé d’en publier la partie scientifique dans son journal, si vous n’aviez promis sur la fin de cette lettre de communiquer aux auteurs des Annales votre mémoire sur les sulfures.

À ce que je vous ai marqué relativement à la réception de la tête de Descartes, je dois ajouter que dans la séance suivante M. Delambre114 fit quelques observations et prétendit que les procès-verbaux de la réception du cadavre de Descartes et celui fait dernièrement de sa translation dans une église paraissaient prouver que la tête n’en était pas séparée ; mais ses observations ont paru peu fondées.

Le froid de vos contrées septentrionales a bien retardé notre été, mais l’automne nous en dédommage.

Il y a longtemps que je n’ai joui d’une si bonne santé : il ne m’est resté vestige de catarrhe et de douleur rhumatismale ; et mon cerveau s’est dégagé d’un bandeau qui paraissait le comprimer ; ainsi ma vieillesse se trouve exempte de toute infirmité et, si je ne suis plus en état de me livrer aux recherches, au moins je jouis de l’étude dans la solitude dont je tâche d’accroître les agréments. Ma femme jouit aussi d’une bonne santé. Je ne dois pas oublier Lubin qui voudrait bien vous baiser encore les mains. Nous prenons tous un tendre intérêt à ce qui vous concerne.

Agréez la profonde estime et l’inviolable attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur
Berthollet.

21 8bre 1821.






42. Berzelius à Bethollet.
18 novembre 1822.115

M. le Comte,

J’ai trop longtemps différé de vous donner de mes nouvelles. J’ai voulu attendre jusqu’à ce que je fusse à même de vous communiquer quelque fait nouveau en chimie, faute duquel je suis tombé dans une procrastination impardonnable. — J’ai fait pendant l’été passé un petit tour de voyage en Allemagne. J’ai eu le plaisir de voir mon ami et élève Mitscherlich établi à Berlin, où il poursuit ses belles découvertes avec une ardeur dont on a peu d’exemples, et dont les résultats frappants seront bientôt publiés. J’ai ensuite visité Dresde et les bains de Carlsbad en Bohême, où j’ai pris les eaux pendant 4 semaines116. Après cette cure je suis, du moins jusqu’à présent, quitte des migraines dont j’étais auparavant si souvent attaqué.

Les propriétés physicales des bains de Carlsbad m’engagèrent de les étudier avec attention. En entrant en Bohême, je fus frappé de la ressemblance de ce pays avec l’Auvergne. Les mêmes buttes volcaniques, entre lesquelles sourdent par-ci par-là des eaux, entièrement semblables à celles de Vichy, de St Allyre, de St Marc, dont le terrain volcanique en France se distingue. Il est vrai que les géologistes allemands ne reconnaissent point en général les laves et basaltes de la Bohême pour des productions volcaniques, [ce] dont celui qui a vu l’Auvergne ne saurait point douter un seul moment. Les eaux de Carlsbad jaillissent dans une vallée très profonde, de nature granitique, mais cette vallée est de toute part environnée de grands amas volcaniques d’une très ancienne date, comme p. ex. les laves du Mont Dore, car toute trace de cratères est entièrement disparue. J’ai fait une analyse des eaux du Sprudel à Carlsbad, dans lesquelles j’ai trouvé un grand nombre de substances qu’on n’avait point trouvées jusqu’à présent dans les eaux minérales, p. ex. du carbonate de strontiane, du fluate de chaux, du phosphate de chaux et d’alumine. Ces substances n’y entrent qu’en quantités extrêmement petites et peuvent par conséquent avoir échappé dans les analyses d’autres eaux minérales, puisque, si le hazard n’engage point à les chercher, on ne les trouvera pas. Les eaux de Carlsbad déposent un tuf calcaire d’une texture striée et cristalline, qui présente tous les caractères de l’arragonite. La découverte de M. Stromeyer de la strontiane dans ce minéral m’engagea à chercher cette terre dans le tuf et dans les eaux de Carlsbad, et je l’y ai trouvée, quoique en petite quantité. Le hazard me fit découvrir des traces de corrosion sur un verre dont j’avais couvert un creuset de platine, dans lequel je faisais sécher une dissolution dans l’acide nitrique de la partie terreuse du résidu des eaux de Carlsbad ; cette corrosion me fit chercher l’acide fluorique, et la présence de ce dernier m’engagea à chercher l’acide phosphorique dont il se trouve ordinairement accompagné dans le règne minéral. Je ne me rendrai point responsable de ce qu’il n’y a pas d’autres substances encore en quantités également petites, mais que je n’ai point trouvées, parce que je n’ai pas en une raison plausible de les chercher. Pour vous mettre à même de comparer la composition des eaux de Carlsbad avec celle des eaux du Mont Dore, de St Nectaire et de Vichy, analysées par M. Berthier117, je vais transcrire ici le résultat général de mon analyse. En les comparant, vous verrez que leur composition se ressemble comme le terrain dans lequel elles sourdent. Si vous ajoutez à cette comparaison les eaux de Rikum en Islande, analysées par Klaproth, vous trouverez encore ces mêmes substances salines, dans une eau qui appartient à un système volcanique encore en activité. — Pendant mon voyage en Auvergne j’avais ramassé des morceaux du pont natif de St Allyre près de Clermont ainsi qu’une petite quantité de l’ocre qui se dépose des eaux dans les bains de César au Mont Dore, et dans lequel M. Bertrand118 prétendait avoir trouvé de l’alumine. Je les ai examinés à présent pour les comparer avec les mêmes produits des eaux de Carlsbad. Dans l’ocre des eaux du Mont Dore, dont M. Berthier vient de donner l’analyse (Ann. de Ch. et de Ph. Janv. 1822), j’ai trouvé une quantité d’acide phosphorique assez considérable pour que cet ocre ne soit pas, comme M. Berthier le pense, un hydrate particulier d’oxyde de fer. J’y ai aussi trouvé une trace de phosphate d’alumine, mais il ne contient point d’acide fluorique. Il en est de même de la matière calcaire dont est composé le pont natif de St Allyre ; elle contient principalement du carbonate et du silicate de chaux et, de plus, elle donne par l’analyse du phosphate de chaux, de fer, de manganèse et de l’alumine ; mais aucune trace ni d’acide fluorique ni de strontiane. Je serais très curieux de pouvoir faire une comparaison du tuf qui se forme aux bains de St Nectaire près du Mont Dore, avec celui de Carlsbad. M. Berthier annonce que ce tuf est d’une texture cristalline striée, et je présume qu’il contient du carbonate de strontiane qui le rend arragonitiforme. —

Je vous ai peut-être trop longtemps entretenu de mes recherches aquatiques, mais cela n’a été que faute d’avoir quelque chose de plus intéressant à vous communiquer.





Notes.


1. Ceci semble avoir trait au Cours de chimie animale de Berzelius, dont le premier volume parut à Stockholm en 1806 et le second en 1808. Cette supposition est d’autant plus fondée que Berthollet, dans la suite, parle de l’emploi éventuel de l’ouvrage dans l’enseignement médical. Berzelius publia bien encore en 1810 un écrit Sur les progrès de la chimie animale, mais c’était lors de sa démission de la présidence de l’Académie des Sciences, qui, selon le procès-verbal de l’Académie, fut donnée à la séance du 15 août, donc plusieurs mois après cette lettre de Berthollet. Il paraît ainsi peu probable qu’il s’agisse ici de ce dernier ouvrage. — En tout cas, cette publication projetée de la chimie animale de Berzelius en français semble n’avoir point été réalisée à cette occasion.

2. L’ouvrage de Berzelius sur les proportions déterminées auquel il est fait allusion ici, parut en français pendant les années 1811 et 1812 dans les tomes 78-83 des Annales de Chimie. Le traducteur était au début ce Böker, à qui succéda Vogel.

3. Comme il ressort de ce qui suit, cette brochure « Essai sur les proportions déterminées dans lesquelles se trouvent réunis les éléments de la nature inorganique », fut imprimée dans les Traités de Physique, de Chimie et de Minéralogie III, Stockholm 1810.

4. J. B. Richter, Ueber die neueren Gegenstände der Chymie, ii Hefte, 1791-1802. Le neuvième cahier, portant le titre Ueber die besondre Ordnung der Metalle und ihrer Verhältnisse, parut en 1798.

5. Gay-Lussac et Thénard, s’appuyant sur leurs expériences concernant l’action du gaz ammoniac sur le potassium métallique, s’étaient crus autorisés à présenter l’opinion sus-mentionnée sur la nature composée des métaux alcalins dans un Mémoire lu à l’Institut le 16 mai 1808. Mém. de la Société d’Arcueil II 1809, p. 296. Cf. Kopp, Geschichte der Chemie IV, p. 16 et suiv.

6. Pour comprendre cette conception si étrangère à un chimiste moderne, il convient de se rappeler ceci :

Berzelius croyait à cette époque avoir trouvé que 100 parties d’acide chlorhydrique saturent 64,6 parties d’ammoniaque. Comme cette même quantité d’acide chlorhydrique sature également 118 parties de soude ou 179 p. de potasse qui contiennent chacun 30,7 p. d’oxygène, la quantité d’ammoniaque mentionnée devait donc contenir la même quantité d’oxygène, conformément à la règle selon laquelle les quantités de bases différentes qui saturent une quantité déterminée d’un certain acide contiennent une quantité égale d’oxygène. En conséquence, 100 parties d’ammoniaque devaient renfermer environ 48 ou plus exactement 47,5 parties d’oxygène. Cf. les Traités de Physique, de Chimie et de Minéralogie III, p. 260.

7. Cette théorie de DAVY sur la nature composée de l’azote se trouve développée dans sa « Bakerian Lecture » du 15 décembre 1808, publiée dans les « Philosophical Transactions » 1809, p. 39

8. Le prince de Pontecorvo qui, le 21 août 1810, avait été élu héritier présomptif de la couronne de Suède, quitta Paris le 30 septembre de la même année.

9. Cette lettre, qui évidemment constitue une réponse à la lettre de Berthollet du 28 septembre 1810, est sans doute la même que la lettre N:o 6 désigne comme rédigée « vers la fin du mois d’octobre ». Le brouillon, à l’exception de la toute dernière partie, ajoutée en post-scriptum, n’est pas de la main de Berzelius.

10. Un extrait de l’ouvrage de Berzelius sur les proportions déterminées, paru en suédois en 1810, se retrouve sous forme d’une lettre à Berthollet dans le cahier de janvier de l’année suivante des Annales de Chimie (77, 1811, p. 63). À peu près à la même époque, cet ouvrage parut in extenso en traduction allemande dans les Annalen der Physik de Gilbert (37, 1811, p. 249 et 445)

11. Le premier tome de ces Traités de Physique, de Chimie et de Minéralogie, publiés par W. Hisinger et J. Berzelius, parut en 1806, le second en 1807 et le troisième en 1810. L’ouvrage dont il est ici question pourrait bien être le petit traité mentionné plus haut, sur les Progrès de la Chimie animale, Stockholm 1810.

12. Sans doute le consul général de Suède à Paris, E. Signeul, bien connu dans la vie politique de l’époque.

13. Un « résumé des matières contenues dans le troisième volume des Traités de Physique, de Chimie et de Minéralogie, publiés par MM. de Hisinger et J. Berzelius » est inséré dans les Annales de Chimie 83, 1812, p. 241-251.

14. Comme le prouvent l’examen du contenu et une comparaison avec la lettre suivante (N:o 7), cette lettre fut écrite après la fin du mois d’octobre mais avant que Berzelius eût pu recevoir la lettre de Berthollet du 23 décembre 1810, partant probablement en décembre 1810.

15. Cette lettre qui contient la réponse de Berzelius à la lettre de Berthollet du 23 décembre 1810 et aussi à une autre lettre de Berthollet disparue à ce qu’il semble, date manifestement du commencement de l’année 1811, et ne peut, de toute façon, avoir été écrite plus tard qu’au mois de mars, puisque la réponse de Berthollet (N:o 8) est datée des premiers jours d’avril. Le transport d’une lettre entre Paris et Stockholm demandait à cette époque en temps normal environ quinze jours.

16. Le mémoire auquel Berzelius fait allusion ici, est une suite aux Essais sur les proportions déterminées etc., insérée dans le numéro de septembre des Annales de Chimie de 1811 (tome 79, p. 233). Berzelius y cite, à divers endroits, le mémoire de Gay-Lussac sur la combinaison des substances gazeuses (Mém. de la Société d’Arcueil, II, Paris 1809, p. 207-234)

17. Comparer plus haut p. 13.

18. Du 23 décembre 1810.

19. Cette indication sur l’étendue de l’ouvrage ne permet plus de douter que ce ne soit bien du Cours de chimie animale qu’il est question ici, car l’édition suédoise (de 1806-08) comprend environ 830 pages d’impression in octavo.

20. Comparer note 16.

21. Voir Gay-Lussac et Thénard, Recherches physico-chimiques, II Paris 1811, p. 265-350.

22. Gay-Lussac donna comme chiffres pour les rapports entre la teneur d’oxygène et l’hydrogène de l’eau 86,733 : 13,267. (Mém. de la Société d’Arcuei1 II, p. 253). Berzelius lui-même avait trouvé, peu de temps auparavant, que l’hydrogène de l’eau était de 11,75 pour cent (Traités de Phys., de Chimie etc., III, p. 270), chiffre qu’il modifia plus tard, en collaboration avec Dulong, en 11,098, soit, approximativement, 11,1. (Ann. de Chim. et de Phys. 1820, 15, p. 386). Le chiffre auquel nous nous sommes arrêtés actuellement est, on le sait, 11,19.

23. Le célèbre chimiste et minéralogiste suédois Johan Gottlieb Gahn.

24. Le diplomate Constantin Mouradgea d’Ohsson, à ce moment chargé d’affaires à la légation suédoise à Paris, plus tard ministre de Suède à la Haye et à Berlin.

25. Ce passage est intéressant puisqu’il montre qu’en 1811 Berzelius n’avait encore pu prendre connaissance de la théorie atomique de Dalton, bien que celle-ci ait été exposée dès la fin de 1803 et le commencement de 1804, sous forme de cours professés à la Royal Institution. En 1807, T. Thomson en avait en outre publié un bref compte rendu dans le troisième tome de son System of Chemistry, 3:e édition, p. 424-451. L’édition française de cette œuvre, mentionnée par Berzelius, parut à Paris en 1809 sous le titre « Système de chimie, trad. de l’anglais sur la dernière édition de 1807, par Riffault, enrichi d’une Introduction et d’observations par M. Berthollet » 9 vol. in 8:o. L’ouvrage même de Dalton, « A new System of chemical philosophy » vol. I, qui parut en 1808-1810, n’est venu aux mains de Berzelius qu’en 1812. Cf. lettre de Berzelius à Dalton du 1 août 1812, publiée dans « A New View of the Origin of Dalton’s Atomic Theory » By Henry R. Roscoe and Arthur Harden, London 1896.

26. Petite inexactitude, car la dernière lettre de Davy à Berzelius est datée du 18 octobre 1809 et la réponse est de l’année suivante.

27. Riffault des Hêtres, administrateur général de la fabrication des poudres et salpêtres à Paris.

28. Cf. la note 2.

29. Dans les lettres précédentes de Berzelius, ce sujet n’a point été discuté. De deux choses l’une : ou une lettre dans laquelle le sujet a été traité, a été perdue, ou bien, lors de la mise au net, quelque chose a pu être ajouté au brouillon. Berzelius avait été nommé, cette même année, membre d’un comité créé en vue d’« essais de fabrication de salpêtre ». Voir Jac. Berzelius, Själfbiografiska anteckningar (Notes autobiographiques). Stockholm, 1901, p. 54.

30. Lettre 7.

31. Probablement le Suisse Samuel Widmer de l’Argovie, de qui on sait qu’il vécut quelque temps à Paris. Il s’est signalé comme inventeur dans le domaine des impressions sur tissus.

32. Peut-être dans une lettre maintenant disparue. Cf. note 29. Le mémoire sur la nomenclature dont il est question se trouve inséré dans le Journal de Physique 1811, cahier d’octobre, p. 253, et l’année suivante dans les Actes de l’Académie des Sciences de Suède (1812, p. 28-74).

33. Cette nouvelle édition dont Berzelius paraît avoir dirigé la rédaction ne parut qu’en 1817.

34. Cette continuation des expériences sur les proportions déterminées parut dans les Annales de Chimie 1812, 81 et tomes suiv.

35. Crème de tartre ou bitartrate de potasse.

36. Gay-Lussac, Extrait d’un mémoire sur les sels triples. Annales de Chimie 77 (1811) p. 134-136.

37. Jean Baptiste van Mons, pharmacien et chimiste flamand, à cette époque professeur à Bruxelles, plus tard à Louvain.

38. Ce sel jaune, obtenu lorsqu’on laisse une solution de nitrate de plomb neutre agir sur du plomb métallique divisé à une température de 60-70°C, est considéré par les chimistes plus récents comme un sel double de nitrite et de nitrate de plomb basique.

39. Sous le titre Die Gesetze der Verbindungen des Wassers etc., le traité en question se retrouve dans les Annalen der Physik, publiées par L. W. Gilbert, 40 (1812) p. 235-330.

40. Une traduction allemande des Progrès de la Chimie animale parut dans le tome XII du Journal für Chemie und Physik (1814) et plus tard dans un tirage à part, Nüremberg 1815. Il est cependant indiqué expressément que cette traduction était faite d’après l’édition anglaise de G. Brunnmark, Londres 1813.

41. Recherches physico-chimiques faites sur la pile etc., 2 vols., Paris 1811.

42. Dont le nom, selon une annotation du brouillon, était Wennerquist.

43. Annalen der Physik hrsg. von L. W. Gilbert. 1811, 37, p. 249—334 (mars) et p. 415—472 (avril).

44. Exposés dans les Recherches physico-chimiques (T. II, p. 299 et suiv.) de Gay-Lussac et Thénard. Cf. H. G. Söderbaum, Berzelius’ Werden und Wachsen, Leipzig 1899, p. 178. Monographieen ans der Geschichte der Chemie, hrsg. von Georg W. A. Kahlbaum, III Heft.

45. Le brouillon de cette lettre de Berzelius à Gay-Lussac existe dans le recueil de documents manuscrits de l’Académie Royale des Sciences de Suède. Il porte la date du 25 septembre 1811.

46. Réponse à la lettre de Berzelius du 15 août 1811 (N:o 10).

47. Erreur de plume pour le 14.

48. Avec « un petit ouvrage élémentaires », Berzelius entend le second volume de son Précis de chimie (Lärbok kemien) paru à Stockholm en 1812 et dont la préface est datée du 1er mars de la même année.

49. J.-A. Chrestien, médecin à Montpellier. A publié une Méthode (de la) Iatroleptique, ou observations pratiques … sur un nouveau remède dans le traitement des maladies vénériennes et lymphatiques. Paris 1811 (Une première édition fut publiée à Montpellier en 1804). Plus tard parurent les Recherches et Observations sur les effets des préparations d’or du doct. Chrestien, dans le traitement de plusieurs maladies syphilitiques, par J.-G. Niel, publiées par J.-A. Chrestien, Paris 1822.

50. Les ouvrages auxquels il est ici fait allusion, sont Vauquelin, Expériences sur quelques préparations d’or, Annales de Chimie 77 (1811), p. 321—336, et Oberkampf, Mémoire sur diverses combinaisons de l’or, ibid. 80 (1811), p. 140—162.

51. Friedrich Christoph Perthes (1772-1843) libraire-éditeur à Hambourg.

52. Auguste de Cabre, diplomate, chargé d’affaires de France à Stockholm 1812.

53. L’une de ces lettres est le N:o 16, datée du 15 février 1812 ; l’autre est celle mentionnée dans le post-scriptum du N:o 16 comme expédiée par la poste et qui s’est peut-être perdue. Le brouillon de cette seconde lettre n’a pu être retrouvé.

54. Dans la lettre N:o 13. Cet « errata général » est inséré dans les Annales de Chimie 83 (1812) p. 128-131, avec la mention qu’il contenait « des corrections et des observations qui ont été envoyées par M. Berzelius. »

55. Il s’agit ici de ces Essais de justification des idées théoriques-chimiques sur lesquelles se base la disposition systématique de l’Essai d’une nomenclature chimique améliorée, mémoire publié dans les Actes de l’Académie des Sciences de Suède de 1812 et 1813. La publication visée dans le Journal de Physique semble avoir échoué.

56. Comme d’un côté la diète d’Örebro dura du 13 avril au 18 août, et que de l’autre Berzelius partit pour l’Angleterre le 9 juin, cette lettre, qui selon tous les indices paraît envoyée de Suède, a dû être écrite entre le 13 avril et le 9 juin, vraisemblablement en mai 1812.

57. J.-A. Laubry (le manuscrit porte l’Aubry et Lobry), médecin du Prince Royal, membre étranger du Collegium medicum à Stockholm.

58. Berzelius rentra à Stockholm en novembre 1812, de sorte que cette lettre fut probablement écrite vers la fin d’octobre. Il est prouvé que le 17 octobre Berzelius était encore à Londres.

59. Sur les appareils frigorifiques de Leslie et de Wollaston ainsi que sur le dé galvanique de Wollaston voir Jac. Berzelius, Reseanteckningar (Notes de voyage), Stockholm 1903, p. 20 et 26, où l’on en trouve aussi les dessins.

60. Elements of Chemical Philosophy, Part. I, vol. I. London 1812.

61. Le sousmuriate de plomb ou chlorure de plomb basique, qui jouait un rôle si important dans les luttes concernant la nature de l’acide chlorhydrique et du chlore, était à cette époque noté par Berzelius selon la formule MO2 + 2 PbO2 + 4 H2O, où M désigne le radical hypothétique de l’acide muriatique ou le « muriaticum ». Berzelius croyait avoir constaté que lorsque deux ou plusieurs oxydes se combinent, la teneur d’oxygène d’un des oxydes est à considérer comme unité et que l’oxygène des autres oxydes est ou égal à cette unité ou un multiple de cette unité par un nombre entier mais non par une fraction. De la façon dont Berzelius écrivait la formule du sousmuriate de plomb, la quantité d’oxygène de l’eau et celle de l’oxyde de plomb devenaient, conformément à cette règle, égales et exactement deux fois celle de l’acide muriatique. Si, au contraire, on écrivait la formule du sel selon la « nouvelle doctrine », c’est à dire la théorie de la chlorine de Davy, par ex. ChH2 + 2 PbO2 + 3 H2O, l’oxygène de l’eau ne représentait que les trois quarts de l’oxygène de l’oxyde de plomb ; ces rapports plus compliqués constituèrent pendant quelque temps une raison pour Berzelius de ne pas se rallier à la conception plus moderne. Cf. Traités de Phys., de Chimie etc., V p. 353

62. La seule lettre de Berthollet qui ne porte pas de date. On voit par le contenu que c’est une réponse à la lettre N:o 20, et elle semble écrite vers la fin de 1812 ou, à la rigueur, au commencement de 1813.

63. Le diplomate suédois Genseric Brandei, souvent employé dans les négociations entre la Suède et les alliés.

64. Les recherches sur le sulfure de carbone que Berzelius faisait en collaboration avec le médecin suisse Alexandre Marcet furent exposées dans les Philosophical Transactions 1813, p. 171-199 et plus tard dans les Annals of Philosophy III (1814) p. 185-189, dans le Schweiggers Journal IX (1813) p. 284-300, et dans les Annales de Chimie 89 (1814) p. 67-87.

65. Ceci a trait à la revue déjà mentionnée de T. Thomson, Annals of Philosophy, dont le deuxième volume (1813) contient un compte rendu des expériences en question, intitulé Experiments on the nature of Azote, of Hydrogen and of Ammonia etc., (p. 276 et suiv.).

66. Dans les Annals of Philosophy de Thomson, commençant tome II (1813) et continué tome III (1814).

67. Berzelius songe ici au fait que certains sels de l’acide antimonique, notamment ceux à base de cuivre, de cobalt et de zinc, chauffés au-dessous du rouge deviennent incandescents, c’est-à-dire manifestent un phénomène lumineux vif mais passager, après quoi, sans changer de poids, ils prennent une teinte nouvelle, ordinairement plus pâle, et deviennent insolubles dans les acides. Voir les Actes de l’Académie Royale des Sciences de Suède 1812, p. 238.

68. Ce mémoire de Berzelius, Essai de fonder un système purement scientifique de la minéralogie (148 pages in 8:o), fut imprimé à Stockholm en 1814. Une édition nouvelle, considérablement augmentée, parut plus tard en français sous le titre Nouveau Système de Minéralogie. Paris 1819.

69. Le traité sur la composition des substances organiques commença à être imprimé dans le 4:e tome des Annals of Philosophy (1814) de Thomson. En français il en parut presque simultanément un résumé dans les Annales de Chimie 92 (1814) p. 141-159, tandis que le traité ne parut in extenso que dans les tomes 94 et 95 de la même revue (1815).

70. Les mémoires de Gay-Lussac sur l’iode dont il s’agit ici sont insérés dans les Annales de Chimie tome 88 (1813) et 90 (1814). Il n’existe aucun article de ce savant sur ce sujet dans le 3:e tome des Mémoires de la Société d’Arcueil, lequel, en réalité, ne parut qu’en 1817.

71. La visite de Davy à Paris eut lieu dès la fin de 1813. Il quitta la capitales de la France le 23 décembre de la même année après environ deux mois de séjour. Cf. Memoirs of the Life of Sir Humphy Davy, Bart. by John Davy, vol. I. London 1836. — Il est difficile de savoir qui est ce Blacke, peut-être cet Anglais Blake que Berzelius mentionne dans son autobiographie (p. 68) et qui a traduit en anglais son étude sur un système de la minéralogie chimique. La commission pour quelqu’un ou quelques uns d’entre les Anglais énumérés dont Berthollet parle à la fin de sa lettre, aura été ajoutée sans doute par Berzelius lors de la mise au net de sa lettre précédente. Le brouillon ne porte rien qui y ressemble.

72. Une lettre de remercîment de Berzelius à Gahn à propos du séjour d’été à Falun est datée Stockholm 26 septembre 1814 et paraît évidemment avoir été écrite peu de temps après le retour. La lettre à Berthollet a dû être rédigée à peu près en même temps.

73. On the nature of muriatic acid (Letter from Dr. Berzelius to Dr. A. Marcet). Annals of Philosophy II (1813) p. 254-259

74. Ce passage de Berzelius a trait à l’affirmation suivante de Davy : « there is no general canon with respect to the multiples of the proportions in which different bodies combines ». An account of some new experiments on the fluoric compounds etc. Philos. Transactions of the Royal Society 1814 (vol. 28) p. 71.

75. Vraisemblablement le baron Louis Auguste Staël von Holstein (fils de l’écrivain célèbre M:me de Staël), né en 1790, qui fit ses études dans plusieurs différentes villes du continent, entre autres à Paris, devint en 1813 employé de la chancellerie royale suédoise, s’établit plus tard à Paris où il mourut entre 1830 et 40.

76. Le médecin suédois Adolf Frederik Alfort qui l’été et l’automne 1815 séjourna à Paris de retour du Brésil et en route pour Gothembourg où il arriva en novembre de la même année.

77. Annalen der Physik hrsg. von L. W. Gilbert, 50 (1815) p. 356-446. Gay-Lussac qui introduisit le terme de chlore à le place de chlorine, s’êtait rallié dès 1812, après la découverte de l’iode, à la théorie de DAVY sur la nature élémentaire du chlore. Et, faits significatifs, Berthollet, quoique directement invité par Berzelius à se prononcer là-dessus, ne touche point, dans sa réponse, à cette question litigieuse si délicate ; le désir de Berzelius de voir les Annales de Chimie publier son étude dans cette matière ne semble pas avoir été suivi d’effet.

78. Cette revue parut en effet sous sa nouvelle forme à partir de 1816 avec le titre Annales de Chimie et de Physique rédigées par MM. Gay-Lussac et Arago.

79. Cette étude se trouve dans les Annales de Chimie et de Physique II (1816) sous le titre « Mémoire sur la composition des acides phosphorique et phosphoreux etc. »

80. Voir Thomson’s Annals of Philosophy VII (1816) p. 305 et suiv.

81. Voir note 79.

82. Passage ayant trait à un compte rendu anonyme du mémoire de Berzelius « Essai de fonder un système purement scientifique de la minéralogie », compte rendu qui débute par cette phrase significative : « Never in the course of our application to a science professedly founded upon strict induction from experiment, has it been our doom to encounter such a chaos of inverted reasoning and gratuitous assumption, such a labyrinth of analogies and generalizations as constitue this Attempt at a pure scientific System of Mineralogy ». The Journal of Science and the Arts. Ed. at the Royal Institution. Vol. I, p. 226.

83. Le manuscrit porte « Dobhson », erreur d’ortographe sans doute pour d’Ohsson. Celui-ci qui, en 1816, avait été nomme envoyé extraordinaire de Suède près la cour néerlandaise, fit de fréquents séjours à Paris peu après sa nomination. Voir la biographie de C. M. d’Ohsson dans les Actes de l’Académie Royale des Sciences de Suède 1851.

84. Cette lettre importante a été publiée avec certaines additions et quelques petites modifications dans les Annales de Chimie et de Physique VII (1817) p. 199-206, sous le titre « Lettre de M. Berzelius à M. Berthollet sur deux métaux nouveaux ».

85. Auteur d’un « Exposé succinct des caractères et des propriétés de plusieurs nouveaux minéraux de Suède et de Norwège etc. » où figure entre autres une description de la pétalite. Allgem. Journal d. Chemie hrsg. von A. N. Scherer IV (1800) p. 36.

86. Située près de Gripsholm en Sudermanie.

87. Vieux nom du sulfure de plomb.

88. Vauquelin qui avait reçu de Gillet de Laumont 10 gr de pétalite, y trouva à l’analyse « une matière alcaline dont la quantité ne lui permit point de reconnaître la nature ». Ayant eu connaissance de la découverte faite par Arfvedson, il fit un examen plus approfondi de la substance et en décrivit quelques caractères dans une Note sur une nouvelle espèce d’alcali minéral (lithion). Annales des Mines III (1818) p. 119-123.

89. Écrite en 1819 à Paris où Berzelius fit un séjour du 24 août 1818 au 12 juin 1819. La date de cette lettre se place par conséquent avant le 12 juin 1819 mais après le 16 avril, car, dans une lettre à son ami Palmstedt de cette dernière date, Berzelius mentionne que les deux études (voir la note suivante) n’étaient pas encore sorties de l’impression.

90. Essai sur la théorie des proportions chimiques etc. et Nouveau Système de Minéralogie, imprimés tous les deux à Paris 1819 pendant le séjour de Berzelius. La première de ces études porte la dédicace suivante : « à l’Auteur de l’Essai de statique chimique comme un témoignage de ma profonde estime et de mon inviolable attachement. »

91. Sans doute Jacques Étienne Bérard, né en 1789, membre de la Société d’Arcueil, plus tard professeur de chimie à la faculté des Sciences de Montpellier.

92. Une partie détachée de cette lettre, dont le brouillon semble disparu, est insérée dans les Annales de Chimie et de Physique XIV (1820) p. 190-192, et nous la reproduisons ici d’après cette revue. La date de la lettre paraît se placer dans la première moitié de l’année 1820.

93. Cf. la lettre 22 et la note 67.

94. L’Anglais Robert Porret qui, au cours des années 1814 et 1815, avait publié dans les Philosophical Transactions des études sur le « ferruretted chyazic acid », dans lesquelles il avait repris cette idée incidemment émise par Berthollet que l’acide cyanhydrique se combinant avec le « fer oxydé » se transforme en un acide plus fort.

95. L’Académie Royale des Sciences de Suède dont les Actes pour l’année 1819 contiennent l’étude de Berzelius Sur la composition des prussiates etc., également publiée dans les Annales de Chimie et de Physique XV (1820) p. 144 et suiv.

96. August Lindbergson, médecin militaire suédois, médecin provincial à Kalmar.

97. Heinrich Rose, qui, en 1820, publia une étude : Beitrag zur chemischen Kenntniss des Glimmers. Schweiggers Journ. XXIX.

98. Le physicien Sir Charles Blagden, médecin de l’armée anglaise, décéda le 26 mars 1820 dans la maison de campagne de Berthollet à Arcueil.

99. Sur la relation qui existe entre la forme cristalline et les proportions chimiques. Annales de Chimie et de Physique XIV (1820) p. 172—190.

100. On ne voit pas bien qui Berzelius entend désigner. Le célèbre chimiste Joseph Black décéda en 1799 à l’âge de 71 ans.

101. Cette lettre de Dulong où celui-ci expose « les expériences d’Örsted sur la relation qu’il a découverte entre le magnétisme et l’électricité » a été conservée. Elle est datée du 20 octobre 1820.

102. On la trouve, en effet, insérée dans les Annales de Chimie et de Physique XVI (1821) p. 113—119, sous le titre Lettre à M. Berthollet sur l’état magnétique des corps qui transmettent un courant d’électricité. Certaines opinions que Berzelius y émet sont réfutées par Ampère dans un article qui suit immédiatement et porte le titre Lettre à M. Arago (Loc. cit. p. 119—129).

103. Ceci a trait à son étude Sur la manière d’analyser les mines de nickel etc., publiée dans les Actes de l’Académie Royale des Sciences de Suède 1820, ainsi que dans les Annales de Chimie et de Physique XVII (1821) p. 113-151.

104. Berzelius avait été nommé commandeur de l’ordre de Wasa, le 28 janvier 1821.

105. Sur cette curieuse affaire, les Annales de Chimie et de Phys. XVII (1821), p. 407, donnent les détails suivants : « Séance du lundi 30 avril M. CUVIER présente à l’Académie la tête de Descartes, que M. Berzelius, secrétaire de l’Académie de Stockholm, a achetée en Suède, dans une vente publique, et qu’il s’est empressé de renvoyer dans la patrie de ce grand homme. Il donne lecture de la lettre où M. Berzelius rend compte de détails inconnus sur l’histoire de cette tête et qui constatent son authenticité. M. Cuvier présente en même temps un portrait gravé de Descartes, et fait l’observation que tous les traits marqués par les parties osseuses sont semblables aux caractères de la tête adressée par M. Berzelius : ce qui achève de prouver, suivant lui, que c’est en effet la tête de Descartes. L’Académie se réserve de prononcer ultérieurement sur les moyens de conserver dans un lieu honorable cette précieuse relique » (Extrait des Séances de l’Académie Royale des Sciences).

On trouve d’autres faits intéressants sur ce sujet dans une lettre de Berzelius à Cuvier dont le brouillon existe encore. Le crâne avait appartenu en dernier lieu au naturaliste et explorateur Anders Sparrman, et, à sa mort, survenue le 9 août 1820, la tête fut achetée, dans une vente aux enchères, par un certain Arngren moyennant 18 rixdalers 36 skillings (environ 37 frcs 50 ct.). Celui-ci la céda par la suite pour le même prix à Berzelius : ayant appris lors de son séjour à Paris en 1818—1819, que le corps de Descartes, qui y était inhumé dans une église, avait été trouvé sans tête au moment de sa translation dans une autre église, Berzelius s’empressa de la restituer à la France. Sur le front du crâne se trouvait écrite en suédois à l’encre l’inscription suivante : « Ceci est la tête de Descartes, prise avant le rapatriement du corps, en 1666, par J. Fr. Planström, capitaine des gardes ». D’autres inscriptions indiquaient que la tête avait par la suite appartenu à plusieurs hommes remarquables, comme par ex. à Stiernman, Ol. Celsius fils, Archenholtz et enfin à Sparrman. Voir aussi : Journal de Zoologie par Paul Gervais, Tome I, N:o 1, Paris 1872, et C. M. Fürst, Medicinskt-historiska notiser (Notices médico-historiques), Hygiea, 70, p. 873, Stockholm 1908.

106. Peut-être l’étude de Berzelius sur l’emploi du chalumeau dans la chimie et la minéralogie, dont la première édition parut Stockholm en 1820.

107. Quelques jours plus tard, le 1 août 1821, Berzelius écrit à Cuvier : « j’ai reçu dans ces jours la lettre du 3 mai que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser — J’ai été très satisfait d’apprendre que vous avez vérifié par des preuves ultérieures que la tête envoyée était en effet celle de Descartes, et je serais très reconnaissant pour le modèle en plâtre que vous venez de m’offrir. »

108. Berthollet, Observations sur l’hydrogène sulfuré. Annales de Chimie XXV (1798) p. 233—271.

109. Vauquelin, Expériences sur les combinaisons du soufre avec les alcalis. Annales de Chim. et de Phys. VI (1817) p. 5—46.

110. Gay-Lussac, Mémoire sur les combinaisons du soufre avec les alcalis. Ann. de Chim. et de Phys. VI p. 321—331.

111. À cette époque, Berzelius attribuait au potassium un poids atomique quatre fois supérieur à celui que nous lui attribuons maintenant ; ses formules notées dans la lettre, transcrites avec les signes adoptés actuellement, prennent l’aspect suivant : 1) K2S ; 2) K2S2 ; 3) K2S3 ; 4) [K4S7] ; 5) K2S4 ; 6) [K4S9] ; 7) K2S6. La supposition émise déjà ici par Berzelius que les combinaisons 4 et 6 pourraient bien n’être que des mélanges s’est trouvée vérifiée par la suite, on le sait.

112. « Bucholz » paraît être une erreur de plume pour Buchner (J. A.), qui publia un traité « Über einen krystallisirten Hydrothion-Schwefelkalk » dans le Schweiggers Journ. XVI, p. 397. Bernhardi est sans doute Johann Jacob Bernhardi, professeur à Erfurt. John F. W. Herschel, fils du célèbre astronome, écrivit son étude « On the hyposulfurous acid and its compounds » dans le Edinb. Philosophical Journal I, 1819 et II, 1820.

113. L’étude « De la composition des sulfures alcalins » se trouve dans les Annales de Chimie et de Physique XX (1822) p. 34 et suiv.

114. L’astronome Delambre, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences de France. La séance relatée eut lieu le 14 mai : « Delambre lit une note dans laquelle il expose ses doutes sur l’authenticité du crâne que M. Berzelius a envoyé de Stockholm, comme ayant été celui de Descartes. M. Cuvier, qui ne partage pas les doutes de M. Delambre, présente aussi verbalement quelques réflexions. Cette discussion n’amène aucun résultat. » Annales de Chimie et de Physique XVII (1821) p. 409.

115. Par conséquent écrite deux semaines après la mort de Berthollet qui survint le 6 novembre 1822.

116. Sur le voyage de Berzelius à Carlsbad en 1822, voyage au cours duquel eut lieu sa fameuse rencontre avec Goethe, voir Jac. Berzelius, Själfbiografiska anteckningar (Notes autobiographiques), Stockholm 1901 ; des extraits en allemand en ont paru dans les Monographieen aus der Geschichte der Chemie de Kahlbaum, VII, Leipzig 1903.

117. Pierre Berthier, inspecteur général du Corps des Mines

118. Michel Bertrand, médecin français. Sur ses analyses de l’eau voir les Reseanteckningar (Notes de Voyage) de Berzelius, publiées par H. G. Söderbaum, Stockholm 1903, p. 222 et suiv.



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