Lettres de Pline le Jeune/Tome premier/Panckoucke 1826/Notes

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Traduction par Louis de Sacy revue et corrigée par Jules Pierrot.
éditeur Panckoucke (p. 416-463).

NOTES.

Les notes, en petit nombre, suivies des lettres D. S. sont de De Sacy, ou ont été empruntées du moins aux précédentes éditions de sa traduction. Toute les autres sont nouvelles et appartiennent à l’édition que nous publions.


LIVRE I.

1. Septicius. C. Septicius Clarus, son frère Erucius Clarus, et son neveu Sextus Erucius avaient un égal attachement pour Pline ( Voyez 1. ii, 9). On croit que ce Septicius est celui qu’Adrien créa préfet du prétoire, et qu’il dépouilla bientôt après de cette dignité.

2. Arrien. Les manuscrits ne sont pas d’accord sur ce nom : quelques-uns portent Adriano ; d’autres, Arrio, ou Arrinio. Il est probable que c’est ce même Arrien dont Pline fait un si bel éloge (I. III, 2).

3. Je crois n’avoir jamais fait tant d’efforts, pour lutter avec les grands modèles. J’ai préféré ici la leçon qui dit ζήλῳ, à celle qui porte stilo, comme plus liée à ce qui suit. D. S.

( Il est difficile en effet d’imaginer qu’un copiste ait changé stilo en ζήλῳ, et il est très-naturel, au contraire, de croire que stilo se sera glissé dans le manuscrit comme interprétation ou comme glose du mot grec. On ne s’étonnera pas de trouver souvent des mots grecs dans les Lettres de Pline. La langue grecque, cultivée depuis quelque temps à Rome, jouit surtout d’une faveur particulière du temps de notre auteur. Elle était devenue presque aussi populaire que le latin l’est chez nous, et les Romains s’en servaient avec en jouement dans leurs lettres, comme nous nous servons des citations et des formules latines. Ce mélange des deux langues ne fut pas tout au profit de la langue latine : c’est à cette époque que s’introduisirent dans celle-ci les grécismes, qui altérèrent peu à peu sa pureté et son génie. )

4. Calvus. C. Licinius Calvus, fils de l’historien C. Licinius Macer, était un orateur et un poète célèbre, contemporain de Cicéron. Un jour Vatinius, contre lequel il plaidait, craignant d’être condamné, l’interrompit, avant la fin de son plaidoyer, en disant aux juges : Eh ! quoi, serai-je condamné comme coupable, parce que mon accusateur est éloquent ! (Voyez dans le 31e vol. des Mémoires de l’Académie des Inscriptions une notice sur cet écrivain, par M. de Burigny, où se trouve réuni tout ce que les anciens disent de C. Licinius Calvus. ) Il a plu à quelques critiques de rejetter le nom de Calvus, et de lire : Tentavi enim imitari Demosthenem, semper tuum, nuper meum. Gesner observe très-bien qu’on ne se serait pas avisé d’introduire le nom de Calvus (cité d’ailleurs encore par Pline, liv. IV, 27, et liv. V, 3), s’il n’avait pas été dans les anciens textes. J’ajoute que tantorum virorum, qui vient après, semble demander un autre nom d’écrivain, après celui de Démosthène.

5. Réservé, etc. Il convenait de traduire par un vers la citation empruntée à Virgile (Æn. , VI, 129).

6. Les fleurs de style de notre Cicéron. Cicéron lui-même, dans ses lettres à Atticus, 1, 14, a employé le mot grec, dont Pline se sert ici : Totum hunc locum, quem ego varie meis orationibus soleo pingere, de flamma, de ferro (nosti illas ληκύθους) valde graviter pertexuit.

7. Quant aux motifs, etc. De Sacy n’avait pas entendu la phrase, en traduisant mais pourquoi se faire auteur ? Pline l’était déjà depuis long-temps, et, dans la phrase qui suit immédiatement, il parle des ouvrages qu’il a publiés, et qui sont encore entre les mains de tout le monde, quoiqu’ils aient perdu le charme de la nouveauté. 8. Que devient Côme. Autre contresens de De Sacy, qui traduit, que fait-on à Côme ? Pline personnifie des objets inanimés ; il leur prête une action : Quid agunt. . . . . . . ? possidentne te et per vices partiuntur ? On trouve la même figure, liv. II, II : Quid arbusculæ, quid vineæ, quid segetes agunt ? A cette formule latine, correspond la formule française, que devient ?

9. Cette promenade, etc. On l’appelait gestatio, parce qu’on s’y faisait porter en litière ( voyez Sénèque, ep. 55) : cet exercice était une partie importante du régime des Romains (Celse, liv. II, 15). Pour le prendre à leur aise, ils ajoutaient à leurs jardins des allées, dont le sol, composé de sable et de chaux, rendait plus facile et plus sûr le service de ceux qui portaient la litière. (Voyez Vitruve, vi, 10. )

10. Quelle douce abondance dans vos maisons, etc. De Sacy avait traduit sur un texte ainsi ponctué : Quantum copiarum in Ocriculano, in Narniensi, in Carsulano, in Perusino tuo, in Narniensi vero etiam balineum, ex epistolis meis una illa brevis et vetus sufficit. Cette phrase est évidemment incomplète. En adoptant la ponctuation d’Ernesti, approuvée par Schæfer, je ne me suis pas dissimulé qu’il restait encore quelque difficulté : mais je crois le passage moins incorrect de cette manière qu’avec l’ancienne leçon. Ceux qui sont disposés à adopter les leçons hardies, fondées seulement sur des conjectures, peuvent recourir à la correction de Gierig : il lit : Quum me copiæ tuæ in Ocriculano. . . . delectent, in Narniensi vero etiam balineum, ex epistolis meis intellexisti, quanquam pluribus opus non est, sed una illa brevis et vetus sufficit.

11. Regulus, Méchant homme et mauvais avocat (voy. liv. iv, 7). Il avait exercé le métier de délateur sous Néron et sous Domitien.

12. Rusticus Arulenus. Homme de bien qui avait guidé la jeunesse de Pline : Domitien le fit mourir pour avoir loué Thraseas (Tacit. , Agric, 2). Il avait reçu une blessure sous les murs de Rome, dans les dernières mêlées qui précédèrent la chute de Vitellius. Regulus lui reprochait cette blessure, et en comparait l’honorable cicatrice aux stigmates de l’esclavage. 13. Herennius Sénecion. Domitien l’avait fait mourir, sur l’accusation de Metius Carus (liv. VII, 19).

14. De Crassus ou de Camerinus. Accusés par Regulus, et condamnés (Tacite, Hist. , 1, 48 ; Ann. , XIII , 52).

15. Devant les centumvirs. Le tribunal des centumvirs avait d’abord été composé de cent juges : dans la suite on en ajouta cinq, et les empereurs en portèrent même le nombre à cent quatre-vingt.

16. Les dieux seuls purent m’inspirer, etc. Le traducteur avait rendu avec une inexactitude qui approchait du contresens : Je ne puis dire autre chose, sinon que les dieux m’inspirèrent dans cette occasion.

17. Il joint ses instances, etc. De Sacy avait fait ici un contresens : il traduit : Il me prie, il me presse, m’en fait des excuses. Il semble que Spurinna, dans l’excès de son zèle, s’emporte et s’oublie : le latin exprime, au contraire, la retenue d’un homme, qui veut s’acquitter d’un devoir, mais qui s’observe et craint d’aller trop loin.

18. Mes pages pleines. Il y a dans le latin ceras, que De Sacy avait traduit par feuilles.

19. Autant de pouvoir qu’Homère en accorde, etc. {Iliade, xvi, 250). De Sacy s’est imaginé que c’était Rufus qui avait cité à Pline le vers d’Homère : c’est un contresens, dont la fin de la lettre aurait dû l’avertir : car pour accorder cette phrase, cur enim non usquequaque, etc. , avec la première de la lettre, il a été obligé de traduire usquequaque par aussi.

20. Il dit, etc. HomeR. , Iliad. 1, 528.

21. La preuve que je dois, etc. De Sacy a traduit sur un texte ainsi ponctué an et aliis debeamus, ut nobis. Admonet illud, etc.

C’est l’ancienne leçon, et elle me semble peu favorable à la liaison des idées. Plein de ces pensées, dit De Sacy, je me demande souvent, si j’ai prétendu, par ma harangue, travailler pour le public ou seulement, etc. Cette phrase suppose évidemment une réponse, et voici cependant la phrase suivante, dans l’ancienne version du traduc teur : Je sens bien même que les accompagnemens les plus nécessaires à une action d’éclat, etc. Cela s’enchaîne mal, et plus mal encore avec l’idée suivante. Barthius a proposé une ponctuation qui éclaircit très-heureusement toutes ces idées. Pline s’interroge : « Est-ce pour moi ; est-ce pour le public, que je dois avoir composé mon discours ? » Nobisne tantum, quidquid illud est, composuisse, an et aliis debeamus ? Il se répond ensuite : «La preuve que c’est pour moi, c’est que, etc. » Ut nobis (sous-entendu composuisse debeamus), admonet istud, quod, etc. Rien de plus satisfaisant que cette correction, sous le double rapport du sens et de la latinité. Aussi Gesner, Heusinger et Schæfer l’ont-ils adoptée.

22. Qui assurassent, etc. Pline suivait l’exemple de Trajan, qui, le premier, institua des pensions destinées à l’éducation de jeunes gens pauvres, mais de bonne famille.

23. Assez de patience, etc. Quelques commentateurs donnent à cette phrase un sens différent : l’interprétation de De Sacy m’a semblé moins pénible et plus conforme à l’esprit de la phrase entière.

24. En exposant le but et les avantages, etc. L’édition de Schæfer, telle que l’a réimprimée M. Lemaire, porte intentionem affectumque, ce qui est sans doute une faute de typographie ; car dans les notes citées, Schæfer dit positivement que effectum est la leçon de tous les manuscrits.

25. Que ce qui l’a méritée. L’édition que je viens de citer porte encore à tort quod gloriam non mentit. Le texte romain d’Heusinger et les meilleurs manuscrits ont quod gloriam meruit. Schæfer est d’avis, d’après ces autorités, de supprimer la négation.

26. Les murs du sénat. Les sénateurs de Côme et des villes de même ordre (coloniæ) s’appelaient decuriones, et le lieu où ils s’assemblaient, curia.

27. Pline à Minutius Fundanus. On peut consulter sur cette lettre les remarques de Rollin.

28. Celui-ci m’a chargé de sa cause. Selon Rollin, ille me in advocationem rogavit signifierait, non pas, il m’a chargé de sa cause ; mais, il m’a prié de l’aider de mes conseils et de mon crédit, en assistant à sa cause. Voyez ses motifs, qui seraient plausibles, si le sens de rogare in advocationem n’était pas fixé par l’usage et confirmé par mille exemples.

29. N’ose se permettre, etc. De Sacy avait fait ici un contresens, signalé par Rollin : il traduisait : Personne ne m’y fait d’ennemis par de mauvais discours.

30. Si ce n’est moi-même. Dans l’édition jointe à la traduction de De Sacy, au lieu de nisi unum me, il y a nisi tamen me. J’ai suivi l’édition de Schæfer. Au reste, ce changement est peu important.

31. O l’agréable, ô l’innocente vie ! J’ai suivi le texte de l’édition romaine d’Heusinger.

32. Et préférable même, etc. Rollin fait remarquer que le latin n’est pas si décisif : il y a presque préférable. «En effet, ajoute Rollin, est-il bien vrai que la douceur du repos soit toujours préférable aux emplois publics qui sont extrêmement pénibles et laborieux ? Si cette maxime avait lieu, que deviendrait l’état ? »

33. Dans ma jeunesse, etc. Pline avait à peu près vingt ans : il était tribun de la troisième légion gauloise, que Vespasien avait envoyée en Syrie.

34. D’un emploi, etc. L’emploi de garde du trésor, que Pline exerça à l’âge de trente-six ans.

35. A répondre à des requêtes. Il y a dans le latin subnoto libellos, ce qui ne signifie pas signer des requêtes, mais répondre au nom du prince à des requêtes qui lui sont adressées : « Libellos signare sive subnotare dicuntur, dit Forcellini, qui libellis supplicibus principum nomine respondent. »

36. Vous formez, etc. Il serait difficile de deviner comment De Sacy avait traduit cette phrase : illi te expoliendum limandumque permittas. «Hâtez-vous, disait-il, de mettre votre esprit sous une si douce lime. »

37. Une perte cruelle. L’idée exprimée par jactura n’est pas assez grave, assez triste, au gré de Pline, pour rendre tout ce qu’il y a d’affligeant dans la mort de Corellius. Je ne sais pourquoi les savans se sont épuisés en commentaires pour arriver à cette conclusion, qui se présente d’abord. Quelques-uns se sont tellement embarrassés dans leurs recherches, qu’ils ont fini par déclarer que la phrase de Pline n’avait aucun sens.

38. La nature ni la fatalité. Il faut entendre ici la nature et la fatalité dans le même sens. Mors ex natura est une mort naturelle, et la même idée s’exprime souvent en latin par mors fatalis. Germanicus mourant dit dans Tacite [Ann. II , 71), si fato concederem, en l’opposant à scelere interceptus.

39. Dans cette inévitable nécessité, etc. Ce n’est pas la nécessité de la mort, comme conséquence inévitable d’une grave maladie : c’est la nécessité de mourir, entendue dans son sens le plus général, la nécessité attachée à notre condition d’homme. Necessitas correspond à ex natura et à fatalis.

40. Se furent accrues, etc. J’ai lu avec Schæfer et la plupart des éditeurs cum senectute ingravescentem, au lieu de eum senectute ingravescentem, qui se trouvait dans l’édition jointe à la traduction de De Sacy.

41. Et j’en aurais eu le plaisir, etc. De Sacy a réuni la phrase : dedisses huic, etc. , au discours de Corellius. J’ai suivi son sentiment, malgré l’opinion de Gesner, de Lallemand, et de Schæfer, qui mettent cette phrase dans la bouche de Pline. Comment, avec leur interprétation, entendre la phrase suivante : Affuit tamen voto deus ? On sait d’ailleurs que Corellius vivait encore sous Nerva ( voyez liv. iv, 17). Pline ne peut donc pas dire qu’avec un corps plus robuste, Corellius aurait survécu au tyran : c’est Corellius qui peut le dire, persuadé qu’il va mourir avant Domitien.

42. Je le regrette, comme s’il m’eût été ravi, etc. J’ai trouvé dans l’édition jointe à la traduction, tanquam et juvenis et firmissimi morte doleo, et dans l’édition de Schæfer, tanquam et juvenis et fortissimi morte doleo. J’ai adopté, d’après Heusinger et son édition romaine, mortem doleo, qui est d’une latinité plus exacte. Quant à fortissimi, j’ignore d’après quelle autorité Schæfer l’a introduit dans son texte. 43. Je crains bien, etc. De Sacy traduisait : Je crains bien que cette mort ne me coûte quelque relâchement.

44. Nonianus. Servilius Nonianus, historien célèbre, dont parle Quintilien.

45. Il n’y a peut-être pas un ami, etc. De Sacy traduit ainsi : c’est tout un, d’aimer les belles-lettres, ou d’aimer Pline. Notre auteur était trop spirituel et trop modeste pour parler ainsi de lui-même.

46. Vespasien lui offrit, etc. Suivant le sentiment d’Heusinger et de Schæfer, j’ai rétabli enim, supprimé par Gesner et Gierig.

47. Sa laitue. C’était toujours par les laitues que commençait le souper, suivant cette maxime :

Nil nisi lene decet vacuis committere venis.

48. Trois escargots. Les Romains estimaient surtout ceux d’Illyrie et d’Afrique.

49. Des bettes. De Sacy avait traduit des olives d’Andalousie, parce que son texte portait sans doute olivas Bæticæ : l’éditeur de la traduction, sans rien changer à l’interprétation de De Sacy, n’en avait pas moins admis dans le latin qu’il plaçait en regard, olivæ, betacei. J’ai admis cette dernière leçon avec plusieurs critiques, parce que les olives de Bétique étaient fort recherchées, et qu’elles ne peuvent avoir place dans cette énumération de mets simples et communs.

50. Des danseuses espagnoles. Dans De Sacy, il y avait danses au lieu de danseuses, quoique le texte porte Gaditanas. Ce qui justifierait sa traduction, c’est la leçon Gaditana (sous-entendu cantica) , adoptée par quelques commentateurs. Il me semble plus naturel que Pline oppose les danseuses au comédien et au lecteur.

51. Du mordant. C’est le sens d ’amaritudinis, que De Sacy a rendu par sel : il s’agit de la qualité propre au style satirique.

52. Qu’il disait, etc. Quelques commentateurs, devant uxoris esse dicebat, ont placé quas, qui ne se trouve pas dans les manuscrits.

53. Vient d’obtenir de l’empereur. Caligula avait défendu d’élever des statues à un particulier, sans la permission de l’empereur. Cette loi fut maintenue même sous Trajan.

54. Ne pouvant les voir ailleurs. C’eût été un crime de lèse-majesté que d’exposer en public les images de Brutus, de Cassius ou de Caton : sous les empereurs, ce n’étaient plus que des meurtriers. On sait que, pour avoir loué Brutus et Cassius, Cremutius Cordus fut accusé et condamné, sous Tibère (Tacit. , Ann . IV, 34).

55. Vous m’écrivez, etc. Cette lettre est un monument de l’esprit superstitieux, qui se conserva chez les Romains, même sous les empereurs, au sein de la civilisation et des lumières. Corneille, dans Polyeucte, a donc pu dire avec vérité :

Un songe en notre esprit passe pour ridicule :

Il ne nous laisse espoir, ni crainte, ni scrupule

Mais il passe dans Rome avec autorité

Pour fidèle miroir de la fatalité.

56. Un songe assez souvent, etc. Homer. , lliad. i, 63.

57. Devant les quatre tribunaux assemblés. Les centumvirs étaient divisés en quatre conseils : quelquefois ils se séparaient seulement en deux sections, et même ils se réunissaient tous ensemble pour juger les causes importantes (ADAM, Antiq. rom. ). J’ai pensé qu’il ne pouvait être ici question que de ce dernier mode de jugement : car Pline veut faire entendre que c’était une circonstance extraordinaire, propre à l’intimider. ( Voyez liv. iv, 24. )

58. Défendre sa patrie, etc. Homer. , lliad. xii, 243.

59. L’abondance des paroles. J’ai laissé tractatu, qui s’explique facilement : la plupart des textes portent cependant tractu.

60. Qu’il a supprimées en écrivant. Pour l’intelligence de ce passage et de plusieurs autres, il faut se rappeler que les orateurs anciens n’écrivaient presque jamais leurs plaidoyers, qu’après les avoir prononcés. Cicéron le dit lui-même dans ses Tusculanes, iv, 25 : Jam rebus transactis et præteritis, orationes scribimus.

61. Je saisis tout ce qui se présente, etc. Il y a dans le texte πάντα λίξον κινώ, je remue toute pierre : c’est un proverbe grec, dont on rapporte diversement l’origine. Voyez les Proverbes d’Érasme, à l’article omnem lapidem movere. 62. La douce persuasion, etc. Cicéron rappelle ces vers d’Eupolis dans son Brutus, c. 9 : Non ( quemadmodum de Pericle scripsit Eupolis ) cum delectatione aculeos etiam relinqueret in animis eorum, a quibus esset auditus. Il ajoute, c. 15 : Πειζώ quam vocant Grœci, cujus effector est orator, hanc Suadam appellat Ennius, quam deam in Pericli labris scripsit Eupolis sessitavisse.

63. Il tonnait, foudroyait, etc. La citation grecque est tirée d’Aristophane.

64. Ce discoureur sans fin. Thersite. (Homer. , Iliad. II , 212. )

65. Comme à floccons pressés, etc. Homer. , Iliad. iii , 222. C’est à Ulysse qu’Homère applique ces paroles.

66. Qui sait, etc. Homer. , Iliad. iii, 214. Ceci est dit de Ménélas.

67. Catilius Severus. C’est sans doute Catilius de Vérone, dont Pline parle plusieurs fois dans ses lettres : on voit par la lettre 27e du livre vi, qu’il parvint au consulat.

68. Vous vanterai-je, etc. J’ai suivi le texte donné par Schæfer en écrivant ad hæc au lieu de ad hoc, et, plus haut, et tamen au lieu de tamen.

69. Entre ceux, qui, etc. Ces enseignes étaient la barbe, la besace, le bâton, le manteau, et surtout la sévérité du visage. De Sacy avait dit seulement entre nos philosophes déclarés.

70. Vous me demandez s’il vous convient, etc. J’ai rétabli, d’après Schæfer, causas agere decere. C’est évidemment cette leçon que De Sacy avait adoptée pour sa traduction.

71. Un titre sans réalité. Toutes les magistratures n’étaient réellement que de vains titres, depuis que les empereurs avaient réuni toute la puissance dans leurs mains.

72. Respectable, etc. Le latin porte quam in ordinem cogi a nullo deceat. C’était l’expression consacrée. ( Voyez Tite-Live, xxv, 3 et 4 ; xliii, 16. ) 73. Tant que j’ai exercé cette charge. Pline avait été tribun sous Domitien.

74. La clepsydre. Horloge d’eau. ( Voyez les Lettres de Pline, iv, 9 ; vi, 2, 5 et 7).

75. Adieu. Cette lettre est une de celles que Rollin a insérées dans le Traité des études. Malgré les éloges qu’il donne à la traduction de De Sacy, j’ai essayé quelques changemens, qui m’ont paru nécessaires.


LIVRE II.

1. Virginius Rufus. Pline en parle encore liv. ix, 19. Virginius refusa l’empire que lui offrirent les soldats, d’abord après la mort de Néron, et ensuite après celle d’Othon ; et chaque fois, il le refusa au péril de sa vie. Ses vertus furent sa sauvegarde à la cour des tyrans. Il mourut sous Nerva, qui lui accorda les honneurs de funérailles publiques. (Voyez Tacit. , Ann. xv, 23 ; Hist. , 1, 8, 9, 77 ; ii, 49, 51, 68. )

2. De voir commencer pour lui, etc. , De Sacy avait traduit avec plus d’élégance que d’exactitude : Il a eu le plaisir de se voir renaître avant que de mourir.

3. Il semble que les destins, etc. J’ai suivi la leçon qui dit reservatum, et non celle qui porte reservatus. D. S. (La leçon suivie par De Sacy se trouve dans l’édition romaine d’Heusinger, qui préfère cependant celle des éditions communes. Je partage tout à fait l’avis du traducteur. ) 4. Remercier publiquement, etc. C’était alors un usage que le consul rendît grâce au prince. (Voyez le Panégyrique de Trajan, et la lettre 18e du liv. iii. )

5. Son éloge. Nous avons substitué le mot d’éloge à l’expression moderne d’oraison funèbre, réservée d’ailleurs aux cérémonies du christianisme. Dans la même phrase j’ai supprimé consule, que je ne trouve dans aucune édition. 6. La commission instituée, etc. Nerva avait institué une commission composée de cinq membres, pour réparer les finances épuisées par Domitien.

7. Pour le remplacer. De Sacy avait traduit : Il me choisit … pour porter ses excuses. Je crois, avec un commentateur, que quo excusaretur emporte le sens de vicarius, ou de remplaçant. C’est, au reste, la seule idée qui puisse convenir à l’ensemble de ce passage.

8. Je ne puis penser, etc. J’ai supprimé Virginium ideo, qui n’estpas dans l’édition de Schæfer, et que De Sacy n’avait pas traduit.

9. Paullinus. Valerius Paullinus avait été tribun du prétoire, et, sous Vitellius, intendant de la Gaule Narbonaise. Il était ami de Vespasien avant son élévation, et lui rendit de grands services quand il fut empereur. ( Voyez Tacit. , Hist. III , 42 . )

10. Toujours querelleuse. En corrigeant les premières phrases de cette lettre, nous avons substitué le mot d’amitié à celui d ’amour, que De Sacy avait laissé par un excès de fidélité, qu’on pourrait appeler infidèle ; car il est certain que dans cet endroit amor ne signifie pas autre chose qu’ amitié.

11. Mais ici j’aurais matière, etc. De Sacy avait traduit : Mon chagrin est très-grand ; peut-être, etc. Ce n’est pas le sens : il s’agit, non pas du chagrin, mais du motif de ce chagrin : sans cela, hœc causa magna est serait une inutile répétition de l’idée exprimée par irascor. Remarquez qu’avec le sens qu’il adopte, De Sacy n’a pas pu traduire tamen.

12. Nepos. On croit que ce Nepos, homme éloquent et instruit, est celui dont parle Martial, vi, 27.

13. Et il parle toujours comme s’il était préparé. On a élevé des doutes très-graves sur les improvisations d’Isée. Philostrate dit positivement, dans la Vie des sophistes (1, 20, 2), qu’Isée n’improvisait jamais, et qu’il passait toute la matinée à préparer ses dissertations et ses harangues. Hermogène prétend que c’était la méthode de tous les anciens rhéteurs. Il faut convenir toutefois qu’Isée ne manquait pas d’adresse, s’il est parvenu à faire illusion à un homme tel que Pline.

14. C’est la perfection du langage grec, etc. Le contresens deDe Sacy est formel. Il traduit : Il se sert de la langue grecque, ouplutôt de l’attique. Ce détail serait froid dans un éloge, et surtoutaprès ce trait dicit tanquam diu scripserit. L’énumération suivante : præfationes tersœ, graciles, dulces, sert encore à déterminer, par la liaison des idées, le sens de sermo grœcus. Le langage, le style d’Isée à la grâce qui est propre à la langue grecque, et même celle qui distingue le dialecte attique. Ceci est une louange : c’est ce que De Sacy n’a pas senti.

15. Il se compose. Le latin dit, il arrange sa robe. Leniter estconsurgendum (dit Quintilien, xi, 3, 156) ; tum in componendatoga, vel, si necesse erit, etiam ex integro, injicienda, duntaxat in judiciis, paullum commorandum, ut et amictus sit decentior, et protinus aliquid spatii ad cogitandum. Pline dit encore, iv, 11 : Postquam se composuit, circumspexitque habitum suum, etc.

16. Beaucoup composé. J’ai rétabli scriptio ; c’était évidemment la leçon adoptée par De Sacy.

17. Sans qu’on puisse décider, etc. De Sacy a lu sans doute quod maxime dubites ; mais même avec cette leçon, il faisait un contresens, en traduisant : Il instruit, il plaît, il remue, et (ce que vous aurez peine à croire) il ramène sans cesse de courtes réflexions, etc. Pourquoi aurait-on peine à le croire ? serait-il donc plus difficile de ramener de courtes réflexions, que d’instruire, de plaire, de remuer ? Le quid maxime, dubites a un sens bien plus naturel et bien plus élégant.

18. // ne s’exerce, etc. De Sacy traduit, et il s’exerce encore dans les écoles. Le latin dit bien plus, il n’en est pas sorti ; il n’a pas paru au barreau, à la tribune. Isée suivait l’exemple d’Isocrate.

19. Que serait-ce donc, etc. Quelques manuscrits, après ζηρίον, portent τά αντον ρήματα βοώντος, que Gesner n’ose pas condamner. 20. Un organe très-sonore. C’est le sens de λαμπροωωνότατος, que j’ai préféré à et à d’autres leçons des manuscrits. De Sacy a traduit, Eschine avait la déclamation très-véhémente : j’ignore quel texte il avait sous les yeux.

21. Calvina. Elle était parente, sans doute, de l’une des deux femmes de Pline, puisqu’il parle dans les premières lignes des liens (affnitatis officia) qui les unissent.

22. J’ai payé, etc. Voici encore une grave infidélité de sens dans la traduction de De Sacy. Il suppose que Calvina a payé elle-même les autres créanciers, et que Pline n’ayant pas réclamé, par égard pour son alliance avec elle, le remboursement des sommes qui lui sont dues, il reste seul créancier. Pline a été plus généreux que De Sacy ne le fait entendre : c’est lui qui a payé les autres créanciers. La construction de la phrase latine, qui a pour sujet ego (Plinius), ne permet pas d’attribuer à Calvina l’action énoncée par ces mots, dimissis omnibus : ils ne peuvent se rapporter qu’au sujet.

23. Avitus. On croit que cet Avitus est le frère de celui dont Pline déplore la perte, liv. v, 9.

24. Je bois le même vin que mes affranchis. Il y a dans ce trait une délicatesse, qui n’avait pas été sentie par le traducteur : il rendait ainsi ce passage : Dans ces occasions, je ne fais pas servir de mon vin, mais du vin de mes affranchis. C’est dire que Pline avait deux sortes de vin, et c’est précisément le contraire que le latin veut faire entendre.

25. Le droit d’entrer au sénat. Il y a dans le texte latin «j’ai obtenu le laticlave. » Le laticlave donnait le droit d’entrer au sénat. Auguste permit aux fils des sénateurs de prendre le laticlave avec la robe virile : cet honneur était aussi accordé quelquefois aux en-fans des chevaliers les plus distingués.

26. La permission de demander celle de tribun. Ce n’était pas de l’empereur que dépendait le droit de demander le tribunat : cependant on ne pouvait le solliciter avec avantage, qu’après avoir obtenu son agrément. 27. Octavius. C’est le même qu’Octave Rufus auquel est adresséela 7e lettre du 1er livre. Pline y témoigne aussi un vif désir de lire ses vers.

28. Aussi loin que la langue romaine. De Sacy a traduit à tort lingua romana, par l’empire romain. L’idée de Pline est plus générale et plus noble. — Au commencement de la phrase suivante, nous avons changé enim en etiam, que l’on trouve dans tous lesanciens textes. Ernesti a cru mal à propos qu’enim convenait seulà la liaison des idées ; c’est lui qui a introduit, sans autorité, cettedernière leçon.

29. Échappés malgré vous. J’ai adopté avec Schæfer, d’aprèsl’édition romaine d’Heusinger, claustra refregerunt, au lieu de claustra sua refregerunt.

30. Marius Priscus, etc. C’est de ce Marius que Juvénal a dit

(sat. 1, vers. 47) :

hic damnatus inani Judicio (quid enim salvis infamia nummis ? ), Exsul ab octava Marius bibit, et fruitur dis Iratis ; at tu, victrix provincia, ploras.

Il demandait des Juges ordinaires, selon Pline, c’est-à-dire, qu’il voulait être jugé par des magistrats que le préteur aurait désignés, comme dans les affaires communes, et non par les sénateurs assemblés.

31. Cassius Fronton. Il fut consul avec Trajan.

32. Et l’on éprouva que, etc. Tous les textes portent, adnotatumque experimentis, et nous avons dû conserver cette leçon. Cependant nous pensons, avec Heusinger, que ces deux mots, inutilesà la phrase, ont été ajoutés par quelques glossateurs, qui applaudissaient à la pensée exprimée par Pline ; on peut remarquer d’ailleurs, qu’en les admettant, il faudrait impetus habeant, et non impetushabent.

33. Se rendirent à Rome. Le traducteur a eu tort de rendre venerunt par comparurent, puisqu’il est dit plus bas, qu’Honoratusmourut avant l’information. 34. Avaient attiré, etc. J’ai adopté, d’après les meilleurs textes, exciverat, au lieu de excitaverat.

35. Un septemvir. La charge de septemvir epulonum remontait à Numa, qui l’avait créée pour la célébration des sacrifices. Il n’y eut d’abord que trois personnes chargées de cet emploi ; on finit par porter ce nombre à sept. Les septemvirs jouissaient d’une grande considération et portaient la prétexte.

36. Une heure et demie, au delà, etc. Pour empêcher les orateurs de se répandre en longues discussions, une loi de Pompée, à l’exemple des Grecs, ne leur accordait qu’une heure pour parler : l’heure était indiquée par une clepsydre, ut ad clepsydram dicerent, id est vas vitreum graciliter fistulatum, in fundo cujus erat foramen, unde aqua guttatim efflueret, atque ita tempus metiretur. Cette espèce d’horloge d’eau était à peu près de la même forme que nos sabliers (Adam, Antiq. rom. ). On voit par la phrase de Pline, qu’il fallait à peu près trois clepsydres pour former une heure. Cependant, je dois remarquer qu’on n’est pas d’accord sur ce passage du texte de Pline ; les uns lisent decem clepsydris, les autres viginti clepsydris, ce qui laisse beaucoup d’incertitude sur la durée de la clepsydre. On peut voir (liv. iv, lett. 9) combien de temps on accordait à l’accusation et à la défense.

37. Il finisait son plaidoyer, etc. Il y avait dans De Sacy, la nuit survint avant qu’il pût finir, et la plaidoirie fut continuée au jour suivant, où l’on traita ce qui regardait les preuves. Nous croyons que ce n’est pas le sens de la phrase latine : inclusit, non sic, ut abrumperet, signifie, mot à mot, il termina sans interrompre. Son discours était donc achevé : le mot probationes, qui vient ensuite, désigne, non pas les preuves fournies par l’orateur, mais celles qu’on lire d’un interrogatoire, de l’audition des témoins, des actes écrits, etc.

38. Un chef : AsiTQvpyiov. Les léiturges, chez les Athéniens, Kil-Tovpyoi , étaient des citoyens d’un rang et d’une fortune considérables ; ils étaient désignés par leur tribu, ou même par le peuple entier, pour remplir quelque charge pénible de la république, ou, dans les occasions pressantes, pour fournir aux dépenses extraordinaires que réclamait le salut de l’état : hsnnvpy iav signifie donc tout objet relatif à l’utilité publique, et Pline l’emploie ici pour désigner une chose importante et capitale. Nous avons partout conservé le mot chef, par lequel De Sacy a rendu }• strovpyicv, quoique ce ne soit pas le véritable équivalant du mot grec : mais nous avons trouvé que, sans altérer le fond dés idées, l’expression adoptée par De Sacy était la plus simple et la plus commode pour la construction des phrases.

39. Si soigneux, etc. Il y a dans le texte latin pumicati, c’est-à-dire, passé à la pierre ponce : c’était un moyen d’adoucir la peau. (Voyez Ovide, De arte am. , 1, 5o6 ; Juvénal, viii, 16 ; xx, 95 ; Martial, xiv, 2o5, etc. )

40. Je ne sais si, etc. Il est impossible de rendre en français l’opposition de ces deux mots, circumcisum et abrasum. De Sacy a rendu le fond de l’idée sans conserver l’image ; circumcisum, suppose plus de travail et d’exactitude ; abrasum, plus de promptitude et de négligence : Pline fait entendre que l’affaire a été emportée d’assaut plutôt que jugée, ce qui est confirmé par le reste de sa lettre.

41. Acutius Nerva. Quelques commentateurs ont voulu voir dans le mot Acutius un adverbe : le sens qui en résulterait ne nous paraît pas vraisemblable ; Pline désapprouve l’opinion proposée par Nerva : il ne doit donc pas la qualifier d ’acutior. Il y avait d’ailleurs à Rome une famille d’Acutius : l’un d’eux pouvait bien avoir adopté un Nerva : car, il ne faut pas croire qu’il soit ici question de l’empereur Nerva ; l’affaire dont il s’agit fut jugée sous Trajan.

42. La plus choquante inégalité, etc. La même idée se retrouve dans Montesquieu, Lett. Pers. , 86 : « Dans ce tribunal, dit-il, on prend les voix à la majeure : mais on dit qu’on a reconnu, par expérience, qu’il vaudrait mieux les recueillir à la mineure : car il y a très-peu d’esprits justes, et tout le monde convient qu’il y en a une infinité de faux. »

43. Priscus. On croit que ce Priscus était le même que Priscus Neratius Marcellus, favori de Trajan, et dont Pline obtint le tribunal pour Suétone.

44. Je veux dire, etc. De Sacy n’avait pas saisi le sens de cette phrase, en traduisant : Honorez, je vous prie , les miens (mes amis) d’un regard favorable : ils ne sont pas en grand nombre. Pline ne dit pas qu’il a peu d’amis : avec ses talens, son caractère, et dans le rang qu’il occupait, il devait au contraire en avoir beaucoup : il est d’ailleurs facile d’en juger par ceux qu’il nomme dans ses lettres. Ne dit-il pas lui-même, liv. v, 3 : Hœc ita disputo, quasi po-pulum in auditorium, non in cubiculum amicos advocarim, quos plures habere, multis gloriosum, reprehensioni nemini fuit. Ce qui confirme le sens nouveau que nous donnons au passage de Pline dont il est ici question, c’est qu’il ajoute : Malles tu quidem multos : sed verecundiœ meœ sufficit unus aut alter, aut potius unus. Ainsi ce n’est pas le petit nombre de ses amis, c’est sa discrétion, sa retenue qui l’empêche d’en recommander plus de deux.

45. Car sa tendresse lui a aussi mérité ce nom. De Sacy a traduit : car il a succédé à son nom aussi bien qu’à ses vertus. C’est encore un contresens.

46. Le privilége que donne le nombre de trois enfans. On avait attaché au nombre des enfans, chez les Romains, d’importantes prérogatives. Il en est parlé encore liv. vii, 16, et Panégyrique de Traj. , 26.

47. Des vieillards me l’ont souvent dit. « Je hasarde ici, dit De Sacy dans une note, la correction d’un mot du texte qui me paraît altéré. Je lis istas solebam dicere, qui fait un sens parfait, au lieu de ista qui le gâte. » Je trouve dans toutes les bonnes éditions ita solebam dicere, qui vaut au moins la correction de De Sacy, hasardée sans autorité.

48. Se presse autour, etc. Le traducteur avait lu, conducti et redempti mancipes : convenitur in media, etc. , ce qu’il rendait ainsi : A leur suite, marchent des auditeurs d’un semblable caractère, et que l’on achète à beaux deniers comptans. On fait sans honte marché avec eux : ils s’assemblent dans le palais ; et, etc. Cela parait assez bien lié : mais le sens de manceps est dénaturé. Mancipes ne peut signifier les applaudisseurs à gages. Manceps, dit Gesner, est qui pretio accepto negotium sibi imponi passus est ab oratore, ut nummis conducat ei laudatores et plausores. Pline a employé ce mot dans un sens analogue, liv. iii, 19 ; c’est le nom qu’il donne aux fermiers, chargés de faire valoir une terre et de louer des bras pour le service du labourage. Nous avons donc admis, avec Cortius, conducti et redempti : manceps convenitur in media basilica, qui offre un sens fort clair, conforme à la signification ordinaire du mot manceps.

49. La sportule. De asportare. C’étaient d’abord les vases destinés à contenir les pains, les viandes et les autres mets que les riches patrons faisaient distribuer à leurs cliens : ensuite, par métonymie, les mets eux-mêmes, furent appelés du nom de sportulœ. Voy. dans notre édition de Juvénal, la note de Dusaulx, sat. I, v. 95.

50. SoiçoxxsiV. De actçnf et de KocheTy. — Un peu après, Heusinger, au lieu de laudicœni voudrait qu’on lût laudicenes (laudium decantatores) : le mot adopté et traduit par De Sacy, sans être moins conforme au texte des manuscrits, me semble plus plaisamment imaginé.

51. Domestiques. On appelait nomenclatores les serviteurs chargés de nommer les personnes qui se présentaient chez le maître, ou qui l’abordaient hors de chez lui.

52. Trois deniers. Environ vingt-quatre sous de notre monnaie.

D. S.

53. Amena le premier, etc. Il est curieux de retrouver dans l’histoire de l’éloquence romaine, à l’époque de sa décadence, l’originede ces honteuses cabales, qui ont reparu chez nous à l’époque dela décadence du théâtre.

54. Nos auditeurs imberbes. Remarquez que teneris ne peut signifier flatteur, comme l’a voulu De Sacy. Pline me semble plutôt désigner par ce mot l’âge et l’inexpérience de ceux qui applaudissent. Il a déjà dit qu’on ne voyait plus au barreau que des enfans, traînant avec eux, pour les applaudir, des enfans du même âge : il a parlé de deux domestiques à peine sortis du premier âge, entraînés au barreau et chargés du succès d’un plaidoyer. Au reste, je ne disconviens pas que teneri clamores pour tenerorum clamores ne soit très-hardi en prose.

55. Des battemens de mains, etc. On voit par ce passage que les cabaleurs d’autrefois différaient des nôtres en ce que les battemens de mains, et ce qu’on appelle au propre applaudissement, n’entraient pas dans leur théorie d’enthousiasme. C’est sans doute par distraction que De Sacy s’était souvent servi de ce mot dans le courant de la lettre. Nous avons dû le remplacer par celui d’é loges, d’ approbation, etc. Pline ajoute, faisant allusion aux bruyantes cérémonies des Corybantes, qu’il manque bien plutôt des cymbales et des tambours. On peut ne pas saisir au premier abord le sens de cette phrase et la liaison des idées. Voici comment j’entends ce passage : l’auteur vient de parler des acclamations, des trépignemens, des cris d’enthousiasme qu’excitent, dans un auditoire payé, les discours de certains orateurs ; il ne manque, dit-il, à tout cela, que des marques légitimes d’approbation, plausus ; puis se reprenant tout à coup, et passant à une idée extrême : « Au lieu d’applaudissemens, dit-il, il faudrait plutôt des cymbales et des tambours pour accompagner de pareilles psalmodies.»

56. Ma terre du Laurentin, etc. Pline emploie Laurentinum et Laurens pour désigner la maison de campagne et les terres qu’il possédait dans le voisinage de la ville de Laurente : on sous-entend rus ou prœdium. C’est ainsi que (liv. m, 7) il dit que Silius Italiens a fini ses jours in Neapolitano, c’est-à-dire, dans sa maison de campagne, près de Naples. Il y a peu de différence entre Laurens et Laurentinum. : l’un se rapporte plutôt à la ville, l’autre plutôt au territoire. — On peut voir (liv. v, 6) une description d’une autre terre que Pline possédait en Toscane. On a fait plusieurs tentatives pour retrouver les plans et la structure de ces deux maisons, d’après le texte même de Pline le Jeune ; mais on sent combien cette entreprise était difficile. Félibien, et plusieurs autres architectes habiles ont tracé le plan d’habitations très-élégantes, mais dans lesquelles Pline n’aurait certainement pas reconnu ses deux maisons.

57. Elle n’est qu’à dix-sept milles de Rome. Laurentum, aujourd’hui Torre di Paterno, est à six lieues de Rome. Le nom de Laurentum vient, selon Virgile, d’un laurier sacré que Latimis trouva sur la hauteur, lorsqu’il y fit jeter les fondemens de la citadelle, ou d’une forêt de lauriers qui s’étendait le long de la côte.

58. Celui de Laurente. De Sacy traduit celui de Laurentin : Pline n’entend pas ici le chemin qui mène à sa terre du Laurentin, mais celui qui conduit à la ville de Laurente : la terre de Pline se trouvait entre la route de Rome à Laurente et celle de Rome à Ostie.

59. En forme de D. Il y avait dans la traduction une galerie de forme ronde, et en effet quelques éditions portent un O au lieu d’un D. Nous avons adopté la leçon du plus grand nombre des commentateurs, parce que, si la forme du portique eût été celle d’un O, Pline aurait eu à sa disposition une foule de mots pour -l’exprimer, sans être obligé de recourir à la figure d’une lettre de l’alphabet. Il n’en est pas de même à l’égard de la forme d’un D.

60. Mais pour chasser, etc. Le traducteur n’a pas compris ce passage ; il avait rendu : là, on ne connaît d’autre vent que ceux qui, par quelque nuage, troublent plus la sérénité du ciel que la douceur de l’air qu’on respire en ce lieu. Sans bien comprendre cette phrase embarrassée de De Sacy, on entrevoit cependant qu’il a voulu exprimer une idée étrangère à celle du texte latin.

61. Garni de tuyaux. De Sacy a lu tabu/atus, et traduit en conséquence, qui pour être suspendu et n’avoir qu’un plancher d’ais, répand et distribue de tous côtés la chaleur qu’il a reçue. La leçon et l’interprétation que nous avons adoptées nous semblent plus naturelles et plus conformes à l’ensemble des idées ; elles sont d’ailleurs appuyées par un passage de Sénèque (ep. 90), où il est parlé de constructions suspendues et de tuyaux qui circulent pour répandre la chaleur.

62. Un cabinet pour se parfumer. J’ai adopté, avec Schæfer, la leçon unctorium, hypocaustum, au lieu de unctorio imo hypocaustum.

63. Une seule croisée, etc. De Sacy avait lu, et altius pauciores : il traduisait, quelques ouvertures en petit nombre dans le haut de la voûte. Notre leçon, adoptée par la plupart des commentateurs, se trouve aussi dans l’édition romaine d’Heusinger. Remarquez que Pline dit plus bas que cette galerie n’a jamais moins de soleil que lorsqu’il frappe sur la voûte, ce qui eût été impossible, si des ouvertures eussent été percées dans le haut de la voûte, comme le supposait De Sacy.

64. D’une part elle retient, etc. Le traducteur n’avait pas comprisce passage : il avait dit : ainsi d’un côté la chaleur se conserve, et de l’autre le frais. Retro aurait dû l’avertir que l’expression se conserve ne pouvait convenir aux deux membres de la phrase.

65. Sur la promenade. J’ai suivi la leçon de l’édition romaine, approuvée par Schæfer, et j’ai substitué gestationem à gestationis. {Voyez note 9 du liv. i. )

66. La réputation du demandeur. De Sacy a traduit : La réputation des acteurs. Le nom d ’actor était donné à celui qui appelait en jugement.

67. J’ai ajouté à cette loi. De Sacy embarrasse l’idée en traduisant : Moi, au contraire, etc. : le latin indique, non une opposition, mais une parité : la version du traducteur ne s’accordait ni avec non omnino dissimile, ni avec novitas apud nostros.

68. Je composerai mon auditoire, etc. J’ai trouvé dans la traduction : Je la lirai (ma pièce) indistinctement devant toutes les personnes habiles : pourquoi, indistinctement ? ne faudrait-il pas plutôt une expression toute contraire ?

69. Veuve. Le texte porte Verania Pisonis, Veranie, femme de Pison ; mais Pison était mort.

70. Il avait en effet, etc. Le traducteur avait à tort ajouté celte dernière phrase aux paroles de Verania : c’est évidemment une réflexion de Pline ; le temps seul de pejerasset suffit pour le prouver.

71. Selon le précepte de l’école. Le nombre trois plaisait singulièrement aux écoles philosophiques de l’antiquité ; c’était pour elles l’emblème des plus sublimes vérités. Nous avons donné à scholastica lege un sens analogue à cette croyance, et nous pensons que De Sacy s’est trompé en traduisant : Selon la coutume des écoliers.

72. Allait sceller, etc. De Sacy a traduit signer : ce n’est pas le sens de signare, qui veut dire apposer son cachet ou son sceau. C’était chez les Romains une cérémonie à laquelle on invitait ses parens et ses amis.

LIVRE III.

73. A la seconde heure, etc. De Sacy avait donné une tournure moderne et française à tous ces détails : A huit heures, il s’habille, fait une lieue à pied, etc.

74. C’est ordinairement, etc. La première heure du jour, chez les Romains, répondait à peu près à nos six heures du matin ; mais les heures n’avaient pas une durée égale dans tous les temps de l’année. Comme elles servaient à partager le jour en douze parties, elles variaient suivant la longueur même du jour : elles étaient plus longues en été, plus courtes en hiver, et ne s’accordaient guère avec les nôtres qu’au temps de l’équinoxe. C’est sans doute en essayant de calculer cette variation que De Sacy traduit hora secunda, par huit heures, nona, par deux heures, et octava, par trois, quoique hora secunda réponde à sept heures du matin, nona, à trois heures, et octava, à deux heures après midi. ( Voyez la Dissert. d’Alde-Manuce sur les heures romaines. )

75. Sans ciselure, etc. C’est le sens de puro. Ciceron (Verrines, iv, 23) : Quœ probarent, iis crustœ aut emblemata detrahuntur. Sic Haluntini, excussis deliciis, cum argento puro domum reverterunt. Vitruve (vii, 3) : Coronarum aliœ sunt puræ, aliœ cœlatœ ; Juvénal ( ix, 141 ) : Argenti vascula puri. De Sacy a traduit à tort par vaisselle d’argent propre.

76. Corellia Hispulla. Cette Corellia est celle dont Pline plaida la cause (voyez liv. iv, 17). Il y avait une autre Corellia, sœur de Corellius, et très-liée avec la mère de Pline.

77. Où l’on n’excelle jamais, etc. Pline semble faire allusion à cette définition de l’orateur : Orator est vir bonus dicendi peritus.

78. Préfet du trésor. C’est ce que De Sacy appelle un intendant des finances.

79. Un monument public. Ce monument public était un temple que Pline fit élever dans la ville de Tiferne, sur le Tibre, aujourd’hui nommée Citta di Castello. (Voyez liv. iv, 1. ) 80. Pères conscrits, dis-je alors. Dans l’édition jointe à la traduction de De Sacy, au lieu de tum ego, il y a tum ergo.

81. Une hospitalité privée, etc. On appelait chez les Romains alliance ou pacte d’hospitalité le lien de reconnaissance ou de dévouement qui unissait un étranger à un Romain, et quelquefois, comme on le voit dans cette lettre, une province entière à un seul citoyen. Lorsqu’une province ou une cité voulait témoigner à un Romain son attachement et son estime, elle contractait publiquement avec lui le pacte d’hospitalité, cum eo publice faciebat hospitium.

82. Pomponius Secundus. Pline l’ancien parle lui-même de ce Pomponius, xiv, 4 '. Il l’appelle poète consulaire, vii, 9. Quintilien l’a surnommé le prince des poètes tragiques latins (x, 1, 98). Dans le Dialogue sur les causes de la corruption de l’éloquence, on le met en parallèle avec Domitius Afer.

83. Sur les difficultés de la grammaire. Cet ouvrage, Dubii sermonis octo, avait sans doute pour objet tous les doutes auxquels peuvent donner lien les constructions du langage, la forme et la signification des mots. Les anciens grammairiens citaient souvent ce traité.

84. Aufidius Bassus. Voy. son éloge dans Quintilien (x, 1, 104).

85. Sa vie s’est passée. De Sacy traduisait : On sait qu’il en a passé la moitié dans les embarras, etc. , ce qui me paraît un contresens. Medium tempus signifie l’intervalle entre le temps où il plaida et celui où il mourut, comme dans cette phrase de Tacite, Ann. xiv, 53, medio temporis tantum honorum, etc. , il signifie le temps qui s’est écoulé depuis que Sénèque a été appelé à la cour de Néron.

86. Aux fêtes de Vulcain. Ces fêtes se célébraient le dixième jour des calendes de septembre, c’est-à-dire vers la fin du mois d’août.

87. Le prenait et le quittait sur les livres. J’ai laissé la leçon etiam inter studia, quoique j’aie trouve dans l’édition de Schæfer, donnée par M. Lemaire, etiam studia.

88. Après le repas. Vers le milieu du jour, les Romains prenaient un repas, appelé prandium : il se composait de mets légers, peu nourrissans, et sans apprêt. Il y a si peu de rapport entre ce repas et celui que nous appelons dîner, que je n’ai pas cru pouvoir laisser ce dernier mot dans la traduction de De Sacy.

89. Le temps qu’il était dans l’eau. Gesner et Ernesti, pour expliquer interioribus, sous-entendaient studiis, et interprétaient ainsi : Quand je dis qu’il ne travaillait pas dans le bain, je veux parler des travaux qui supposent les méditations les plus profondes. Mais Schœfer a fort bien remarqué que, par la construction de la phrase, interioribus ne peut se rapporter qu’à balinei : Interpretor res, dit-il, quœ in secretioribus balinei locis fiunt, id est, lotiones ; quibus opponuntur exteriora, puta strigilis usus, etc.

90. Se faisait frotter. C’est le sens de destringitur, qui équivaut à strigili raditur, defricatur. Martial, xiv, 51 : Pergamus has misit curvo distringere ferro. De Sacy a fait un contresens, en traduisant pendant qu’il sortait du bain.

91. Quand vous apprenez, etc. Quelques commentateurs ont trouvé le sens tellement obscur, qu’ils imaginaient une faute dans le texte. Cependant le passage de Pline peut s’expliquer d’une manière très-satisfaisante : « Quand on songe à tant d’ouvrages composés par Pline l’ancien, on se persuade qu’il n’a jamais exercé de charge publique : car les occupations journalières d’un emploi sont un obstacle à l’étude. Et d’un autre côté, quand on sait tout le temps qu’il parvenait, malgré tant d’obstacles, à consacrer au travail, on s’étonne qu’il n’ait pas encore écrit davantage : car on peut beaucoup attendre d’une application si opiniâtre. »

92. L’airain, etc. De Sacy a lié cette phrase avec la précédente : Le dos exprime parfaitement la vieillesse, et la couleur de l’airain ne permet pas de douter, etc. Ces deux idées ne peuvent s’enchaîner ainsi. La statue est bien travaillée, et l’ouvrage est antique, comme l’atteste la couleur de l’airain ; voilà deux qualités qui le recommandent. Mais qu’on n’aille pas croire, ce qu’il faudrait pour justifier le mot de liaison employé par De Sacy, que la couleur de l’airain contribue, comme la forme des membres, à faire reconnaître un vieillard.

93. Quoiqu’il gardât, etc. Le texte joint à la traduction de De Sacy portait multumque in lectulo jacens, cubiculo semper non ex fortuna frequenti. Doctissimis sermonibus dies transigebat, quum a scribendo vacaret. Scribebat carmina, etc. J’ai corrigé tout cet endroit, d’après les meilleures éditions : la phrase latine y gagne en correction, et le sens en clarté.

94. Un goût particulier, etc. Nous croyons avoir mieux rendu que le traducteur la force de l’expression grecque çiKoy. AXcï. Voici sa traduction : Tout ce qui lui paraissait beau le tentait, jusque là que son empressement pour l’avoir lui attirait des reproches.

95. La noble ardeur. Les deux mots grecs du texte de Pline sont empruntés à Hésiode.

96. Tranquille. C’est Suétone l’historien. I). S.

97. La charge de tribun. Le traducteur, travestissant, selon son usage, les noms de charges et de dignités romaines en noms tout à fait modernes, rendait tribunatum par la charge de colonel.

98. A un autre. L’édition de Schæfer porte aliis, et j’ai adopté cette leçon.

99. Minucianus. On croit que ce Minucianus est le même que Cornelius Minucianus Transpadanus, dont il est question, vii, 22.

100. Cette cause a duré, etc. J’ai rétabli actaque est.

101. Pourquoi des succès différens ? De Sacy, supprimant le point d’interrogation après unde plures actiones, traduisait : D’où peut venir cette différence ? De la même raison qui a obligé de partager la cause en plusieurs audiences. Le sens que nous avons adopté nous paraît plus naturel et plus conforme aux détails de la lettre.

102. Sa mort, qui n’a rien d’ailleurs d’honorable. « La mort de cet infâme, » dit le traducteur, qui fait rapporter infamis à e jus, par une distraction assez singulière.

103. Sertorius, ordonnant, etc. Sertorius voulant prouver à ses soldats que la patience et l’adresse triomphaient souvent des difficultés contre lesquelles le courage et la force ne pouvaient rien, fit amener deux chevaux, l’un jeune et vigoureux, l’autre vieux et malade. Un soldat très-robuste eut l’ordre d’arracher, d’un seul coup, la queue de ce dernier, en la saisissant à deux mains : il es saya sans succès. Au contraire, un soldat, d’une force très-médiocre, parvint sans difficulté à arracher la queue du jeune cheval, en la dépouillant poil à poil. De Sacy, qui n’ajoutait pas de notes à sa traduction, s’est cru obligé de paraphraser le texte de Pline pour faire entendre ce qui eût été inintelligible sans développement : nous avons substitué à sa traduction une phrase plus précise et plus fidèle.

104. Libre de toute dette. Parce qu’il s’acquitterait avec l’argent volé. Ce sens, indiqué par les commentateurs, nous a paru le seul raisonnable. Nous ne concevons pas pourquoi De Sacy avait traduit liber par le mot de grand seigneur ; « Je pars pour me rendre auprès de vous, et je pars grand seigneur. »

105. Clavius. C’est la leçon de toutes les bonnes éditions : dans celle dont De Sacy s’était servi, il y avait Claudius.

106. Prévariquer. Nous avons conservé la traduction littérale de De Sacy : mais nous devons faire observer que prévariquer signifie ici trahir la cause dont on est chargé, s’entendre avec l’adverse partie. Ainsi, l’on accusait Norbanus d’être secrètement d’accord avec Casta, femme de Classicus, et de la favoriser : de là vient que plus bas Pline ajoute qu’on vit une chose nouvelle et contradictoire ; c’est que l’accusateur ayant été condamné pour prévarication, c’est-à-dire pour avoir favorisé l’accusée, celle-ci fut cependant absoute.

107. Profité du règne, etc. Le texte porte Domitiani temporibus usus, et le traducteur l’avait, je crois, mal interprété, en traduisant il avait usé de la faveur de Domitien.

108. Chassés de Rome. Les philosophes avaient été bannis de Rome et de l’Italie par un édit de Domitien. Le prétexte de ce châtiment était l’éloge de Thraséas et d’Helvidius, dont Junius Rusticus s’était rendu coupable et qu’il avait payé de sa vie. Cette apologie de deux hommes de bien fut regardée comme une conspiration, dont les savans et les philosophes passèrent pour complices.

109. Ces cliens empressés, etc. Les cliens allaient souvent saluer leurs patrons avant le jour. L’anecdote racontée par Pline était sans doute empruntée au livre de l’ Anti-Caton, que César opposa à l’ouvrage de Cicéron, écrit en l’honneur de Caton d’Utique. 110. Il montre, etc. J’ai lu, avec Schæfer, scribit au lieu de describit : c’est une correction de Casaubon et. de Cellarius.

111. Le discours de remerciement, etc. C’est le Panégyrique de Trajan. Voyez la lettre 18e du même livre.

112. Les plus belles ne sont pas toujours les plus célèbres. Le reste de la lettre prouve que tel est le sens de la première phrase : il n’est que vaguement indiqué dans la version de De Sacy : Quelques-unes ont plus d’éclat, d’autres plus de grandeur.

113. Son mari. Dans l’édition jointe à la traduction, ainsi que dans plusieurs autres, avant m aritus ejus, on trouve Cœcina. Pœtus. Mais ces deux mots sont supprimés par la plupart des éditeurs, qui les regardent, comme une glose, introduite par les copistes, et transportée de la marge dans le texte. Est-il bien nécessaire, en effet, de rappeler, en cet endroit, que le mari d’Arria s’appelait Cœcina Pœtus ?

114. Louer encore le rôle de mère. En traduisant elle montre un visage de mère contente, quand elle n’a plus de fils, De Sacy avait altéré l’admirable simplicité du latin : l’héroïsme d’Arria consistait, non pas à montrer un visage de mère contente, mais à se montrer encore mère, quand elle n’avait plus de fils. Ce sont là de ces beautés de sentiment, qu’un traducteur doit rendre avec une scrupuleuse fidélité.

115. Tout va-t-il bien ? etc. , etc. Le sens me paraît plus convenable avec la leçon que j’ai adoptée, qu’avec celles qu’ont proposées plusieurs commentateurs. Voici la traduction de De Sacy, qui me semble avoir peu de grâce et d’élégance : Tout va-t-il bien ? ou quelque chose irait-il mal ? êtes-vous accablé d’affaires ? ou jouissez-vous d’un doux loisir ? les commodités pour écrire sont-elles rares ? ou vous manquent-elles ? etc.

116. Les devoirs du consulat, etc. Cette lettre, dans laquelle Pline donne des détails sur le Panégyrique de Trajan, peut être considérée, ainsi que la lettre xiii du même livre, comme la préface de cette grande composition. On voit par la lettre xviii que le Panégyrique n’a pas été prononcé tel que nous l’avons aujourd’hui : il était conforme, par son étendue, et sans doute par le ton de l’éloge, au lieu, au temps, à la coutume. C’est une excuse à faire valoir en faveur de Trajan et de Pline.

117. J’aime mieux, etc. Que veut dire, dans l’édition de M. Lemaire, Quo prope exstincta refoventur ? tous mes textes portent quœ prope exstincta refoventur.

118. N’avons-nous pas vu pendant quelque temps, etc. C’est une allusion au règne de Néron, qui se piquait de chanter, et qui chantait mal. Il fallait former son chant sur le sien et l’approuver.

D. S.

119. Le style agréable et joli, etc. Il ne s’agit pas, comme le veut De Sacy, de style mou et efféminé. L’auteur oppose les ornemens égayés du style à la force et à l’austérité du langage : dulcia et Manda sont expliqués par tout ce qui précède ; ils représentent la même idée que lœtioris, que hilarius, que exsultantius, etc.

120. Le voyage d’une maison à l’autre. C’est évidemment d’après la leçon peregrinatio intersita, et non d’après celle-ci, peregrinatio inter sua, que De Sacy a traduit. La première, approuvée par Schæfer, me parait fort supérieure à l’autre.

121. Le dernier propriétaire. Pour l’intelligence de ce passage et des suivans, il faut savoir que par l’effet de l’hypothèque nommée Servienne, les meubles et les instrumens de culture du fermier devenaient le gage du propriétaire, qui les faisait vendre, lorsque le prix du fermage n’était pas payé. On conçoit que cette vente portait un coup fatal au cultivateur et à la propriété.

122. Car nulle part je n’assujettis, etc. Je n’ai point suivi l’interprétation de De Sacy : « Parmi mes esclaves, dit-il, je n’en ai point de propres à cela, et il n’en reste aucun dans la maison dont il s’agit. » Comment nec usquam vinctos habeo peut-il signifier je n’ai point d’esclaves propres à cultiver la terre ? J’aime mieux entendre que Pline ne se servait pas, comme on le faisait quelquefois, d’esclaves enchaînés (vinctos ) pour travailler à ses terres. C’est ainsi que Gruter, Gesner et Forcellini ont entendu ce passage : Servos in compedibus, dit ce dernier, ad colendos agros. On s’assurera que les propriétés rurales des riches citoyens étaient cultivées souvent par des esclaves, au moins du temps de notre auteur, si l’on veut consulter Pline l’ancien, xviii, 3. Quant à la dernière partie de la phrase, nec ibi quisquam, n’est-il pas plus naturel de sous-entendre vinctos habet, « personne dans le pays ne se sert d’esclaves pour la culture des terres, et ne peut par conséquent nous en louer, » que d’imaginer que quisquam se rapporte à vinctus ?

123. Quelque argent, etc. Quelques éditions portent fenore au lieu d e fenero. Avec fenore, il faut changer toute la ponctuation de la phrase.

124. La loi qui créait, etc. « Anciennement les citoyens romains donnaient leur opinion de vive voix : s’ils approuvaient, ils répondaient à la demande qui leur était faite : Uti rogas, ou bien, volo, jubeo ; et, s’ils la rejetaient, antiquo. Dans les derniers temps, pour protéger la liberté des suffrages, il y eut des lois qui substituèrent à ce mode celui du scrutin secret. Ces lois, qu’on appela leges tabellariœ, furent au nombre de quatre. Elles décrétèrent que les votes seraient donnés par bulletins ( tabellœ), et c’est de là que vint leur nom. La première, rendue en l’an de Rome 6o4 sur la proposition de Gabinius, tribun du peuple (Lex Gabinia tabellaria), décida que le mode de voter par bulletins serait employé dans les élections des magistrats. Deux ans après, une loi du tribun Cassius la fit adopter dans tous les jugemens, excepté ceux du crime de perduellion (Lex tabellaria Cassid). Ensuite, sur la proposition de Papirius (an de Rome 622), on décréta que les lois seraient votées de la même manière, et que les citoyens recevraient deux bulletins, l’un marqué des deux lettres U. R. ( uti rogas ), l’autre portant la lettre A. {antiquo). Enfin, une loi de Cælius institua cet usage pour tous les jugemens sans exception. Cicéron honore ces quatre lois du titre de gardiennes de la liberté des consciences, vindices tacitæ libertatis. » Poncelet, Histoire du droit romain.

125. Le sénat, etc. Les comices avaient été transportées du Champ de Mars dans le sénat, sous le règne de Tibère. ( Voyez Tacite, Ann. 1, 15).

126. Où la nomination, etc. On nommait des commissions pour juger certaines sortes d’affaires. (Voyez Cic. , Verr. iii , 59. , et TItE-Live, xxvi, 48) 127. Où nous pouvons, etc. De Sacy traduisait : Non-seulement nous pouvons puiser dans ces ruisseaux, mais en faire passer quelque partie à nos amis par nos lettres. Ceci est d’une hardiesse un peu trop bizarre.

128. Plein de sel et de mordant, etc. Le mot d’ amertume, choisi par le traducteur, ne convenait pas à l’idée de Pline.

129. Mais ne va pas, etc. Martial était né à Bilbilis, ville de Celtibérie ou d’Aragon, en Espagne. Il vint à Rome et se distingua par ses vers, surtout sous Domitien, pour lequel il composa plusieurs pièces, et dont il obtint en retour quelques honneurs et quelques bienfaits. A l’âge de cinquante-huit ans, Martial retourna dans sa patrie : l’année qui précéda son départ, il avait publié le dixième livre de ses œuvres, dans lequel se trouve l’éloge de Pline. (Voyez Epigr. x, 19. )- — Nous avons changé les vers de De Sacy, où il était parlé des doux propos, enfans des verres et des pots, et où il était dit que les plus Catons pouvaient lire Martial après le repas.


LIVRE IV.

130. Fabatus. Il y a dans le latin Fabato prosocero suo, c’est-à-dire à Fabatus, aïeul de sa femme.

131. Tiferne. Aujourd’hui Città di Castello. D. S.

132. Protecteur. Le texte porte patronum. De Sacy avait traduit par le mot d’avocat. Pouvait-on choisir un enfant pour avocat ? Il était moins ridicule de le choisir pour patron.

133. Regulus l’émancipa, etc. Elle avait institué héritier son fils, au cas qu’il fût émancipé par son père. D. S.

(Tant que le fils était sous la puissance paternelle, tous les biens qu’il pouvait acquérir ne lui profitaient pas ; ils profitaient à son père. Sans doute la mère, connaissant les moeurs de son mari, ne voulait pas qu’il profitât de l’institution d’héritier qu’elle faisait en faveur de son fils. Sa prudence fut trompée : Regulus hérita du fils qu’il avait perdu : c’est pour cela que Pline dit, en commençant, que Regulus ne regardait pas cette perte comme un malheur : il ne songeait sans doute qu’aux avantages qu’il en recueillait. )

134. Nouvelle absurdité, etc. Perverse n’a pas ici le sens que lui a donné De Sacy en traduisant, il le dit artificieusement.

135. Ce vieillard d’Homère. Nestor. Au lieu de traduire la prose de Pline, je ne sais pourquoi De Sacy avait préféré traduire le vers de l’Iliade, dans lequel Homère caractérise l’éloquence de Nestor. ( Iliad. i, 249. )

136. En vérité. Nous avons écrit medius fidius, parce que l’usage a prévalu de l’employer ainsi, quoiqu’il eût été plus exact de dire me Dius Fidius. C’est une sorte d’affirmation énergique, qui a le même sens que me Hercule. « Dius fidius et Deus fidius, dit Forcellini, est Jovis filius, quem Sancum, vel Sanguin sabina lingua, Herculem grœca appellari putabant. »

137. Tribun pour dix mois. A cause du grand nombre des candidats, la charge de tribun s’accordait seulement pour un semestre. Ceci explique deux vers de Juvénal, vii, 88, sur l’histrion Pâris :

Ille et militiœ multis largitur honorem, Semestri vatum digitos circumligat auro.

Le semestre aurum était l’anneau que portaient les tribuns nommés pour six mois.

138. C’est le seul bien, etc. Il est évident que solum mihi in reditu a le même sens ici que solum mihi Laurentinum meum in reditu : c’est une répétition qui ne manque pas de grâce. Pourrait-on croire qu’après avoir traduit la première de ces deux phrases par je ne puis compter que sur le revenu de ma terre de Laurentin, De Sacy traduit ainsi la seconde : le terrain n’est pourtant pas ingrat pour moi ; c’est-à-dire qu’il prend le second solum pour un substantif ? On ne peut faire un contresens plus formel.

139. La hardiesse naît de l’ignorance, etc. Phrase grecque empruntée à Thucydide [In serm. epitaph. , 11, 40).

140. Pour parler le langage de Démosthène. Voyez De Corona. 141. D’autres sacerdoc es. De Sacy a traduit comme s’il y avait omnia au lieu de alia.

142. Julius Frontinus. Il avait composé plusieurs ouvrages sur l’art militaire et d’autres sciences. Pline l’appelle principem virum : ïl méritait ce titre par ses lumières, par l’éclat de ses dignités, et surtout par ses belles actions. Il fut consul, gouverna la Grande-Bretagne sous Domitien, et réduisit, par les armes, la belliqueuse nation des Silures. Tacite le nomme vir magnus (Vie d’Agric. , 17)

143. Mais les grâces dont les hommes disposent, etc. J’ai admis et au lieu de ea et ; adipisci au lieu de apisci ; nisi a diis non au lieu de nonnisi a diis. Ces légers changemens sont empruntés à l’édition de Schœfer.

144. Qui vivaient de cet indigne métier. Les délateurs recevaient à titre de salaire la quatrième partie des biens de ceux qu’ils accusaient : de là, leur nom de quadruplatores.

145. D’ami. Le texte, joint à la traduction de De Sacy, portait ut amicus.

146. Conservât son rang, etc. C’est ainsi que j’ai entendu salva dignitate. De Sacy avait traduit, que sans toucher à l’honneur de Bassus, on civilisât l’affaire, etc. Ce qui m’a déterminé, c’est la phrase que j’ai trouvée plus bas : Negant congruens esse retinere in senatu, cui judices dederis.

147. Préface. Le mot grec ■xfoS’^o^o ; veut dire le coureur qui précède et qui annonce l’arrivée de quelqu’un. Nous avons traduit par un équivalent.

148. Et cependant, etc. Les esclaves ne pouvaient rien recevoir par testament ou par donation.

149. Tu fais passer les professeurs, etc. Sans traduire, commeDe Sacy, professor par pédant, nous avons cherché à rendre l’intention énergique de la phrase, et à justifier la réflexion de Pline, cui sententiœ tantum bilis, tantum amaritudinis inest. Juvénal, dans sa septième satire, v. 197, a dit comme Licinien :

Si fortuna volet, fies de rhetore consul, Si volet hæc eadem, fies de consule rhetor Ces vers ont été imités par Boileau, satire première :

Et que le sort burlesque, en ce siècle de fer,

D’un pédant, quand il veut, peut faire un duc et pair. *

150. Vous allez vous écrier, etc. De Sacy a lu dicens tristia, et liant ces mots avec ce qui précède, il traduisait : « Messieurs, je vais parler latin ; et il mêla dans la suite de son discours les réflexions du monde les plus tristes et les plus touchantes. » Notre leçon, conforme à celle des manuscrits et des bonnes éditions, a encore l’avantage du sens. Licinien jetant un coup d’œil sur son manteau grec, et disant, je vais parler latin, est plus éloquent, dans sa brièveté, que Licinien débitant les réflexions du monde les plus tristes et les plus touchantes.

151. Frémissait de rage, etc. La phrase de De Sacy ne rendait pas toutes les idées, ni surtout l’énergie de celle de Pline. Domitien avait cédé au barbare caprice de faire mourir une vestale : mais destitué de preuves et de témoins, et sentant que l’indignation publique s’élevait contre lui, il frémissait comme une bête féroce : la honte et l’embarras qu’il éprouvait se tournaient en fureur.

152. Dans sa maison d’Albe. Aujourd’hui Albano. D. S.

Voyez notre édition de Juvénal, sat. iv, note 20.

153. Son mépris, etc. Domitien avait triomphé des Daces et des Cattes sans les avoir vaincus.

154. Comme une criminelle. Au lieu de tanquam innocens que portent plusieurs éditions, nous avons adopté, avec De Sacy et Schæfer, tanquam nocens. C’est une leçon plus naturelle et plus claire.

155. Elle sut, en mourant, etc. Euripide, Hecub. 569. Ovide a dit de Lucrèce, Fast. n, 833 :

Tunc quoque jam moriens, ne non procumbat honeste, Respicit : hœc etiam cura cadentis erat

156. Patrocle est mort. Homère, Iliad. xviii, 20.

157. Encore. Il y a dans l’édition de Schæfer pauculis adhuc diebus, au lieu de pauculis diebus. J’ai suivi sa leçon. 158. Veilleront certainement à ce que, etc. Tous les textes portent ne. . . . non nisi dignus accipiat : il y a évidemment une négation de trop. Heusinger a cité plusieurs exemples, où deux négations sont employées pour une seule, et il renvoie à Brouckus, Tibull. ii , 15, 2 ; à Oudendorp, Cœs. bell. Gall. v , 23, etc. , où l’on a recueilli un grand nombre de phrases de ce genre. Mais Schœfer ne pense pas qu’un de ces exemples puisse justifier la phrase de Pline, et il propose, comme Gesner, de substituer ut à ne.

159. Reçoivent l’éducation. Nous avons préféré edoceantur à educentur : il s’agit ici d ’instruction, et non d’ éducation. On distingueen latin educari, de edoceri ou erudiri. Cornel. Nep. , Alcib. II , 1 : Educatus est in domo Periclis eruditus a Socrate.

160. Hendécasyllabes. Vers de onze syllabes, qu’on réservaitpour les sujets licencieux, ainsi qu’on le voit dans Catulle et dansMartial : aussi Quintilien disait-il qu’il fallait prendre garde queces vers ne tombassent sous la main des enfans. (1, 8, 6. )

161. Ces petits vers de Catulle. CatuLL. , 17, ad Aurelium et Furium.

162. Je n’ignore pas cependant, etc. Tout cet endroit m’a semblé mal entendu par le traducteur : « En effet, dit-il, les morceaux d’une pièce qui, séparés, peuvent plaire, perdent souvent cet avantage, quand on les trouve en compagnie de plusieurs autres, qui leur ressemblent trop. Le lecteur, pour peu qu’il soit habile et délicat, sait qu’il ne doit pas comparer ensemble des poésies de dif-férens genres, mais les examiner chacune, par rapport aux règles particulières à son espèce. Selon cette méthode, il se gardera bien, etc. » Quelle est la conclusion de ce raisonnement ainsi présenté ? c’est qu’il n’y a aucun désavantage pour l’auteur à soumettre l’ensemble de son ouvrage au jugement d’un lecteur éclairé ; or, c’est précisément le contraire que Pline veut prouver : « J’ai préféré, dit-il, votre critique sur l’ensemble à vos éloges sur quelques passages choisis. »

163. Où il est si avantageux, etc. On entendait par orbitatis prœmia les déférences, les flatteries et les présens, par lesquels les coureurs d’héritages tâchaient de s’assurer la succession des personnes riches et sans enfans. 164. Mais je ne veux pas, etc. Dans l’édition jointe à la traduction de De Sacy, il y a arrogantius dicere : ce dernier mot ne se trouve pas dans l’édition de Schæfer, que j’ai sous les yeux.

165. L’amitié est impatiente, etc. Plusieurs éditions ne portent pas le membre de phrase quia votis suis amor plerumque prœcurrit ; deinde. Il y a même des commentateurs qui en trouvent le sens vulgaire et indigne de Pline. Nous n’avons pas partagé cette opinion.

166. Mes soins. Nous avons remplacé ope par opera, que nous avons trouvé dans Schæfer et qui nous semble plus naturel.

167. Couvert seulement de sa loge. On a demandé comment il avait pu se faire que la toge fût restée entière, la tunique étant déchirée : quelques commentateurs concluaient de cette prétendue invraisemblance qu’il fallait substituer toga à tunicis, et vice versa. Ils n’ont pas songé que la tunique, étant plus étroite, devait se déchirer plutôt que la toge par les efforts qu’on faisait en luttant contre la foule. De Sacy, soigneux comme à l’ordinaire de conserver la couleur antique, traduisait : « Il demeura pourtant couvert de sa seule veste sept heures entières. »

168. Qu’il ne m’ait accompagné. Les candidats ou les magistrats nouvellement élus avaient souvent pour cortége leurs parens et leurs amis : on donnait à cette suite le nom de deductores. Ci c, de Petit. cons. 9 : Hujus rei tres partes sunt : una salutatorum, altera deductorum, tertia assectatorum.

169. Hispulla. C’était la veuve de Corellius dont il est question dans plusieurs lettres, et notamment dans la xvii de ce livre. Le frère d’Hispulla était le père de Calpurnie, seconde épouse de Pline.

170. Se ménager une place. J’ai trouvé in proximum dans le texte joint à l’édition de De Sacy : j’ai rétabli in proximo d’après l’édition de Schæfer : c’est une leçon réclamée par l’exactitude grammaticale.

171. Par une malheureuse fécondité. Voici un passage de l’Orai-ron funèbre du Dauphin, par le père Elisée, qui exprime la même idée avec une grâce touchante. L’infante d’Espagne était morte en donnant le jour au Dauphin : « Hélas ! dit l’orateur, ces liens que l’innocence des penchans fortifiait encore, n’eurent que la durée d’un instant. Semblable à la fleur qui tombe dès qu’elle montre son fruit, le premier gage de sa fécondité devint le signal de sa mort. »

172. Dont mon plaidoyer, etc. Voyez ix, 13.

173. Vienne. C’était la Vienna Allobrogum, située dans la Gaule-Narbonaise, qui était une colonie romaine. — Les jeux publics dont il s’agit étaient des exercices d’athlètes et de lutteurs. Rome et les provinces accueillaient ces spectacles avec la même avidité.

174. Duumvir. Les duumvirs tenaient dans les provinces et dans les colonies le même rang parmi les décurions, que les consuls à Rome parmi les sénateurs.

175. Dans Mauricus. J’ai lu avec Schæfer hoc Maurico au lieu de hoc a Maurico.

176. Veiento. Juvénal cite plus d’une fois ce célèbre adulateur, sat. iii, 185 ; sat. iv, 113.

177. Catullus Messalinus, qui, etc. Juvénal, sat. iv, 113, l’associe à Veiento : Et cum mortifero prudens Veiento Catullo, Qui nunquam visæ flagrabat amore puellæ, Grande et conspicuum nostro quoque tempore monstrum, Cæcus adulator, dirusque a ponte satelles, Dignus Aricinos qui mendicaret ad axes ; Blandaque devexæ jactaret basia rhedæ. Il est possible que ce Catullus soit le gouverneur de Cyrénaïque, dont l’historien Josephe dénonce la barbarie contre les Juifs, et raconte la triste fin (voyez De bello Jud. 7) : les temps, les noms, les caractères se prêtent à cette conjecture. Tacite, dans l’ Agricola, 45, cite un Messalinus comme l’un des opprobres du règne de Domitien. — J’ai lu, avec Schæfer, orbatus au lieu de captus, qui a moins de justesse.

178. Il souperait avec nous, etc. C’était une censure hardie dela facilité de Nerva, qui admettait à sa table un vil flatteur commeVeiento. 179. Les quatre tribunaux assemblés, etc. Voyez liv. i, 18, note 57. J’ai suivi le texte donné par M. Lemaire.

180. Avec les gens de bien, etc. J’ai supprimé bonorum, répété devant obfuerunt, dans le texte mis en regard de la traduction de De Sacy. Je me suis conformé en cela aux dernières éditions de Pline.

181. Que le scrutin secret n’amenât quelque désordre. Voyez liv. iii, 2 0.

182. Quelqu’autre puissance. Trajan, sans doute.

183. Calvus. Voyez liv. i , 2, note 4 '.

184. Il célèbre l’amour, etc. L’avant dernier vers est différent dans la plupart des éditions : Ille, o Plinius, ille quot Catones. J’aime autant la leçon suivie par De Sacy dans sa traduction. Quant au dernier vers, qui est ainsi présenté dans le texte choisi par l’éditeur de la traduction, I nunc qui sapias, amare noli, j’ai dû le changer, parce que sapias contrarie la mesure. Il paraît cependant que c’est d’après cette leçon défectueuse que De Sacy a traduit.

185. On ressemble toujours, etc. Euripide, Phæn.

186. Sévère. Ce Sévère était de Vérone ; car on sait que ses deux compatriotes Cornelius Nepos et Titus Cassius étaient de cette ville.

187. Fait-elle aussi croître, etc. J’ai lu egeritur au lieu d’erigitur. Il me semble que notre leçon, justifiée d’ailleurs par plusieurs manuscrits, marque mieux l’opposition des deux mots : egeritur contraste avec supprimitur. L’édition romaine d’Heusinger porte supprimitur erigiturque et egeritur.

188. Qui repousse les eaux, etc. J’ai rétabli dans le texte devant repercutiat les deux mots per momenta, supprimés dans plusieurs éditions. Ils se trouvent dans d’excellens textes, et s’ils n’étaient pas de Pline, je ne vois pas comment ils auraient pu s’y introduire : il est plus facile et plus raisonnable d’imaginer qu’ils ont été oubliés par quelque copiste négligent. 189. Lorsqu’elles affluent, etc. Au lieu de repletur, j’ai admis repletum, que je trouve dans Schœfer, et qui convient mieux d’ailleurs à l’ensemble de la phrase.

190. Pour moi, etc. On a donné dans les temps modernes une explication satisfaisante du phénomène observé par Pline. Voyez la note de M. Lemaire, édition de Pline, 1822. L’opinion des savans peut se réduire à ce fait que la cause du phénomène tient à la nature et à la disposition d’un syphon ou tuyau construit par la nature à travers l’argile et la pierre. On trouve une fontaine pareille à celle qu’a décrite notre auteur, dans la Savoie, à deux milles de Chambery et non loin du lac Bourget : on en trouve une autre en Suisse dans la vallée de Hasly.


LIVRE V.

191. Qu’enfin, etc. L’expression de Pline, in summa, est employée dans le sens de ad summam, comme dans cette phrase deJustin, liv. xiii, vers la fin : Diu mutuis vulneribus acceptis colluctatus est : in summa victus occumbit.

192. Pouvait fournir un prétexte d’accusation. C’était sous Domitien : Rusticus avait été assassiné, Gratilla, sa femme, exilée : il s’agissait de la succession de celle-ci, et l’on conçoit que son amitié pouvait devenir fatale à ceux qu’elle avait cru devoir préférer à son fils.

193. Qu’il ne vous en restât, etc. En vertu de la, loi Falcidie, promulguée dès le règne d’Auguste, la réserve du quart des biens suffisait pour ôter à l’héritier légitime ce qu’on appelait la querelle d’inofficiosité contre le testament.

194. Mes cohéritiers. Au lieu de ut coheredes, j’ai lu avec les derniers éditeurs ut te coheredes.

195. Pour rendre un éclatant hommage, etc. De Sacy me paraît avoir fait un contresens, en traduisant : // l’accompagne d’un éloge qui (si je ne me flatte point trop) est digne de nos ancêtres. C’est l’action, et non l’éloge, qui est digne de la vertu antique. Si quelque chose peut excuser la louange que Pline s’accorde ici, c’est le fait même, si honorable pour lui et par la confiance qu’on lui témoigne et par la noble manière dont il y répond.

196. Les grives. Ces grives n’étaient pas des oiseaux ; c’étaient des poissons. Voyez Pline l’ancien, ix, i5 ; xxxii, ii ; ColUmellE, viii, 16 et 17 ; VARRON, De ling. lat. , iv, 12 ; QUintilien, vIii, 2.

197. L’adresse de Diomède, etc. Diomède avait échangé des armes de fer contre des armes d’or avec Glaucus. D. S. Voyez Homère, Iliad. vi, 236.

198. Au spectacle des mimes. Genre de comédie licencieux. Le plus fameux auteur en ce genre fut ce Laherius que César fit monter sur le théâtre à soixante ans. — J’ai suivi dans toute celte phrase la leçon de Schæfer : le texte joint à la traduction portait : Facio nonnunquam versiculos severos parum, facio : nam et comædias audio, etc.

199. Vers sotadiques. De Sacy n’avait parlé ni des mimes ni des vers sotadiques : au lieu de ce dernier mol, il avait mis satiriques, ce qui est loin d’avoir le même sens. Les vers sotadiques devaient leur origine à Sotades, poète licencieux, que Martial lui-même a flétri du nom de cinœdus (v. II, epigr. 86). Quintilien avait dit que ce genre de poésie était tellement obscène, qu’il ne convenait pas même d’en tracer les règles ( 1, 8, 6 ). On voit, par l’épître de Pline, que le disciple avait un peu oublié les sévères leçons de son maître.

200. Cicéron, Calvus, etc. Quelques commentateurs ont remarqué « que la liste des poètes donnée ici par Pline n’était pas un argument sans réplique : on aurait pu lui répondre que, parmi les personnages qu’il citait, les uns eussent beaucoup mieux fait de ne pas composer de vers, et que les autres, par le déréglement de leurs mœurs, fortifiaient toutes les préventions qu’on pouvait concevoir contre la poésie. Pour ne citer que deux exemples, les vers d’Hortensius passaient pour fort mauvais, et Memmius s’était souillé d’adultère avec la femme de Lentulus et celle de Pompée. »

201. Mais dont les suites le seront beaucoup. De Sacy avait fait ici un contresens : il avait dit : » Je vais vous conter une chose peu importante, si vous ne remontez au principe. » C’est le contraire : il s’agit des suites, et non du principe.

202. Solers, ancien préteur. Solers est un nom propre : De Sacyen avait fait un adjectif, et traduisait : Un homme qui a exercé lapréture, et qui est très-éclairé sur ses intérêts.

203. Les députés de Vicente. Cité transpadane, sur les limitesdu territoire de Venise, aujourd’hui Vicence.

204. Qu’il suffit de remuer, etc. Il y avait dans De Sacy : « Carla plupart des choses cachées ont de grandes suites. » Il avait sans,doute lu tacita au lieu de tacta.

205. Chaque soir, en les terminant, etc. J’ai corrigé, comme inexacte, la traduction de De Sacy, qui pourtant ne manque pasd’énergie : Ils achèvent chaque jour de vivre. Le latin dit, ils épuisent chaque jour les raisons qu’ils ont de vivre. En effet, ils nevivent que pour les plaisirs, et tous les jours ils s’en rassasient : quand la journée se termine, ils ne laissent donc rien de suspendu, rien d’imparfait.

206. Il est vrai, etc. D’après une conjecture de Cortius, le texteportait est sane. J’ai rétabli et sane qui n’a pas besoin d’être corrigé et qui s’entend parfaitement.

207. Ma description, etc. Voyez liv. 11, 17, la description dela maison du Laurentin.

208. On y entend, etc. Il y avait dans le traducteur : « Rien n’est plus commun que d’y voir des jeunes gens qui ont encore leurs grands pères et leurs bisaïeux, que d’entendre ces jeunes gens raconter de vieilles histoires qu’ils ont apprises de leurs ancêtres. » Ce ne sont pas les jeunes gens qui racontent ; ce sont les vieillards eux-mêmes. Le contresens de De Sacy est une suite naturelle du tour qu’il a donné au premier membre de phrase. Il ne devait pas traduire « on Voit des jeunes gens qui ont leurs grands pères, etc. ; » il fallait dire, comme dans le latin, «on y voit les aïeux et les bisaïeux de jeunes gens déjà formés. »

209. Longue à proportion. L’ancien éditeur de la traduction de De Sacy avait à tort admis dans le texte et prominulam. De Sacy avait évidemment traduit d’après la leçon pro modo longam ; et cette leçon, fort intelligible, a d’ailleurs pour elle l’autorité de plusieurs textes.

210. D’acanthes, si tendres, etc. L’acanthe ou brancursine est une plante qu’on croit originaire d’Italie, mais que l’on cultive dans nos jardins.

211. Un vaste manége. Le manége, ou hippodrome, était un endroit spacieux, ombragé, percé de chemins larges et demi-circulaires, où l’on prenait l’exercice du cheval ; quelquefois même on s’y faisait traîner en char par plusieurs chevaux.

212. Et ensuite un plus grand nombre de figures, etc. Le comparatif plures se rapporte, je crois, à l’une des phrases précédentes, buxus intervertit in formas mille descripta, litteris interdum, etc. «Après l’acanthe flexible, viennent encore, mais en plus grand nombre, de ces figures et de ces noms, dont il a été parlé plus haut. » De Sacy traduisait inexactement : Vous entrez dans une pièce d’acanthe flexible, et qui se répand, où l’on voit encore quantité de figures et de noms que les plantes expriment.

213. Au dessus et au dessous des fenêtres. Le traducteur ajoutait hautes et basses. Je pense que superiores inferioresque fenestrœ, signifie seulement le haut et le bas des fenêtres, comme imus et summus mons veut dire seulement le bas et le haut d’une montagne.

214. Le loisir y est plus complet, etc De Sacy avait rendu cette phrase avec une liberté, qui en altérait le sens : On y jouit d’un loisir d’autant plus sûr et d’autant plus tranquille, que les devoirs ne viennent point vous y relancer. C’est supprimer entièrement la relation d’idées altius eoque securius.

215. Point de cérémonial à observer. Il y a dans le texte de Pline : « Point de nécessité de prendre la toge. » Il n’était indispensable de la prendre qu’à la ville et au barreau. Martial compte l’avantage de ne la porter que rarement ( toga rara), au nombre des choses qui font le bonheur de la vie (x, 47).

216. Et ce profond repos ajoute encore, etc. Voici un nouveau contresens de De Sacy : il traduit : Et comme la bonté du climat y rend le ciel plus serein et l’air plus pur, je m’y trouve aussi le corps plus sain et l’esprit plus libre. Cette liaison d’idées n’est point dans le texte, et il y a dans la première une relation totalement supprimée par le traducteur : ce profond repos (quod ipsum) ajoute à la salubrité du climat (accedit salubritati regionis), comme ajouterait un ciel encore plus serein, un air encore plus pur.

217. Il est certain que l’on ne peut, etc. De Sacy traduisait : Instituer une ville héritière. Il y a rempublicam dans le latin, et l’on ne peut y substituer celui de ville ; la république, l’état, était incapable de recueillir une succession, tandis que les villes, les communautés et toutes les corporations pouvaient être instituées héritières : il est ici question de Côme, considérée comme état particulier, et non comme ville dépendante. Quant au mot prœcipere, il n’indique qu’une manière de léguer : l’auteur prend le mode pour la chose ; au lieu de dire qu’on ne peut faire un legs à l’état, il dit qu’on ne peut disposer per prœceptionem. Il y avait chez les Romains quatre manières de faire un legs ; l’action qu’avait le légataire pour se faire payer variait, suivant la formule suivie par le testateur : mais ici tout cela est indifférent, puisqu’on ne veut dire autre chose, sinon que le légataire est incapable de recueillir le legs.

218. Capiton. C’était sans doute ce Titinius Capiton dont Pline a fait l’éloge, liv. 1, lett. 17.

219. Rien ne me paraît plus digne d’un homme, etc. Dans le texte, joint à la traduction de De Sacy, il y a rei homine dignissimæ. Il est facile de voir que ce texte est altéré. Ce n’est pas l’immortalité qui est digne de l’homme, c’est le désir de l’obtenir. Au reste, les autres textes que j’ai sous les yeux portent : res homine dignissima, et, par un double motif, j’ai dû suivre cette leçon.

220. De prendre mon vol vers les cieux. ( Voyez Virgile, Georg. iii , 8. )

221. Si cependant !. . . . (Enéide v, 195. )

222. La première s’accommode, etc. Dans ce parallèle de l’éloquence et de l’histoire, De Sacy s’était évidemment trompé : il avait perpétuellement attribué à l’histoire ce qui appartient à l’éloquence, et à l’éloquence ce qui appartient à l’histoire. Nous n’en voulons qu’une seule preuve. C’est l’histoire qui, selon De Sacy, s’accommode souvent de faits communs, peu importans ou méprisables : l’histoire, au contraire, ne s’attache qu’aux événemens mémorables et aux grandes révolutions, tandis que l’éloquence, au barreau surtout, s’occupe le plus souvent de faits particuliers, et s’abaisse quelquefois aux détails les plus vulgaires. L’erreur du traducteur n’est pas moins palpable dans les autres parties du parallèle. Il est vrai que hic et ille, dans l’usage ordinaire, se rapportent, hic au dernier objet nommé, ille au premier ; mais on peut citer une foule d’exemples contraires à cet usage. Properce, iii, El. xii, 17 : Qualis et Eurotœ Pollux ; et Castor arenis. Hic victor pugnis, ille futurus equis. Pline le Jeune, i, 2o. Alius excessisse materiam ; alius dicitur non implesse : œque uterque, sed ille imbecillitate, hic viribus peccat. Voyez encore Cic. , pro Rose. com. 2 ; De fin. iv, 2, 4 ; Tite-Live, xxx, 3o : ; OVID. , Metam. 1, 696 ; Trist. , 1, 2, 23 ; Quintil. , x, 2 ; viii, 3, etc. , etc. Qu’on fasse attention à la dernière comparaison de Pline, l’histoire est un monument, l’éloquence est un combat : n’est-il pas évident que c’est au combat que conviennent l’énergie, le feu, la rapidité ? n’est-ce pas pour le combat, qu’il faut des os, des muscles, des nerfs ?

223. Vous m’annoncez encore, etc. De Sacy traduisait comme s’il y avait propterea, quod recitaturum, etc. , « j’ai lieu d’être content, puisque vous m’assurez que vous n’attendez que mon retour pour, etc. »

224. Mais ma lenteur n’est point comparable à la vôtre. D’après le texte de Schæfer, j’ai lu tu mora tamen meam quoque cunctationem.

225. Que je n’arrache par des vers aigres, etc. Le texte dit, que je n’arrache par des scazons ce que les hendécasyllabes n’ont pu obtenir. D. S. — Les scazons étaient une espèce de vers consacrés à l’épigramme.

226. D’entendre dire que l’on copie, qu’on lit, qu’on achète, etc. . le ne sais d’après quel texte De Sacy avait traduit ce passage. Il est presque inintelligible dans sa version, d’entendre dire que l’on copie, que l’on entende lire, qu’on lise, qu’on achète, etc. Le texte joint à cette traduction porte : patere audire describi, legi, venire volumina.

227. Aïeul de sa femme. (Voyez iv, 1. )

228. Quelques personnes, mais en très-petit nombre, avaient hautement applaudi, etc. Si j’ai bien saisi le sens de la phrase, De Sacy s’est entièrement trompé : il traduit : quoiqu’il dit vrai, cela ne fut écouté et reçu favorablement que de fort peu de personnes. Le traducteur suivait-il un texte différent ? je l’ignore ; mais dans aucune leçon des commentateurs, je ne puis trouver trace du sens qu’il a adopté. Je crois que Pline veut appuyer, par cette réflexion, ce que Nominatus venait d’alléguer pour sa défense, savoir : Qu’il avait été effrayé par les discours de ses amis, qu’on lui avait conseillé de ne pas s’opposer au dessein de Solers.

229. Il termina sa défense. J’ai ajouté inde à la phrase subjunxit preces, etc. : c’est la leçon des dernières éditions.

230. Avec son habileté ordinaire. D’après la même autorité, j’ai lu in dicendo au lieu de dicendo.

231. En invoquant, etc. On n’opinait quelquefois au sénat qu’après avoir prêté serment ; Juste-Lipse apporte plusieurs preuves de cet usage, dans son Commentaire sur le livre iv, 21, des Ann. de Tacite. De Sacy n’a nullement compris la phrase de Pline ; il traduit : Il alla même en vertu du pouvoir que la loi en donne a celui qui peut convoquer le sénat, etc. De senatu habendo signifie sur la manière de tenir le sénat, et non pas d’après le pouvoir de convoquer le sénat.

232. Il rappela les décrets du sénat. La leçon des dernières éditions est senatusconsultorum, et non senatusconsulti.

233. D’entendre les uns m’appeler devin, etc. Allusion à la dignité d’augure dont il était revêtu. D. S.

234. Surveiller les travaux de la voie Emilienne. Cette surveillance était autrefois dans les attributions spéciales des censeurs : les empereurs, d’après l’exemple d’Auguste, la confiaient à des consulaires. Pline avait la surveillance, non de la voie Emiliennc construite par Emilius Lepidus, et qui allait de Plaisance à Rimini, mais du lit et des rives du Tibre, ainsi que des égoûts de Rome.

235. La plus jeune des filles de notre ami Fundanus, etc. L’éditeur de la traduction de De Sacy avait donné le texte de Cortius, tristissimus hœc tibi scribo, Fundani nostri filia minore defuncta : je l’ai corrigé d’après les dernières éditions.

236. En encens. J’ai substitué, d’après mes textes, thura à thus.

237. Etait le vivant portrait de son père. Je n’ai point trouvé mira dans les dernières éditions de Pline, et j’ai lu seulement patrem similitudine exscripserat.

238. Les métamorphoses en astres. On n’est pas d’accord sur le titre du poëme de Calpurnius Pison : nous avons choisi celui qui nous a paru cadrer le mieux avec les éloges de Pline et avec le sens général de sa lettre. Au lieu de la leçon καταστερισμῶν, De Sacy avait adopté ἐρωτοπαίγνιον, c’est-à-dire, Poëme badin sur l’amour. Un pareil sujet ne nous semblerait nullement digne des louanges que lui donne Pline, eruditam sane luculentamque materiam. Nous ne voyons pas non plus comment, pour avoir composé des vers sur l’amour, on aurait pu dire qu’un jeune homme, d’une naissance illustre, marchait dignement sur les traces de ses aïeux. Le sujet des métamorphoses, au contraire, exigeait de la science, élevait la pensée de l’auteur à de sublimes considérations, et prêtait à une multitude de détails où l’on pouvait faire preuve d’un esprit profond et étendu. La manière dont De Sacy avait traduit la leçon qu’il adoptait, n’était pas propre à la faire goûter : « Le poëme qu’il a lu, disait-il, était intitulé : L’Amour dupé, sujet riche et galant. » Ἑρωτοπαίγνιον ne signifie pas l’amour dupé, et luculentus n’a jamais voulu dire galant.

239. D’un homme, plus heureux alors, etc. Pline parle ici de Nerva, a qui cette maison appartenait avant qu’il fût empereur.

D. S.

240. Il eut toujours pour eux, etc. HomèrE, Odyss. II, 47. 241. Il est fidèle. J’ai lu est homo : c’est la leçon des dernières éditions. Dans le texte joint à la traduction de De Sacy, il y avait seulement homo probus.

242. Mieux qu’un comédien n’a besoin de le savoir. Ce n’est pas, mieux qu’il appartient à un comédien, comme l’a traduit De Sacy : il y a entre les deux expressions une nuance qu’on apercevra aisément.

243. L’air y est fort sain. J’ai conservé la leçon du texte de De Sacy, ibi et aerem salubrem, quoique je trouve dans l’édition de Schæfer, tibi et aera salubrem, sans aucune note qui annonce une yariété de leçon. Le texte sur lequel De Sacy a traduit me semble plus naturel, et le changement de tibi en ibi n’est pas si hardi, qu’on ne puisse se le permettre, sans l’autorité des manuscrits.

244. Peu de temps après le jugement de Julius Bassus, etc. L’éditeur de la traduction avait admis dans le texte, iterum Bithyni (breve tempus a Julio Basso) et Rufum, etc. : je trouve dans Schæfer, iterum Bithyni, post breve tempus a Julio Basso, etiam Rufum, etc. La leçon que je rejette était empruntée à l’édition romaine d’Heusinger. — ( Voyez iy, 9. )

245. Les chants les plus nouveaux, etc. Hom. , Odyss. , 1, 351.

246. La basilique Julienne, etc. C’était sans doute celle que Jules César consacra la troisième année de son empire ; on désignait par le mot de basilique un portique vaste et élevé, tel qu’on en plaçait toujours devant les théâtres, les temples et les tribunaux.

247. Les décemvirs, etc. Les décemvirs, dont cinq étaient sénateurs, et cinq chevaliers, avaient la fonction de convoquer le conseil des centumvirs, et de les présider en l’absence du préteur. (Suet. , Aug. 36. )

248. Les avocats étaient prêts, etc. De Sacy ne parait pas avoir bien compris tout ce passage ; il traduit : Les centumvirs étaient arrivés ; tout le monde avait les yeux tournés sur les avocats ; un profond silence régnait, lorsqu’il arriva un ordre du préteur de lever la séance. Ceci ferait croire que l’on allait commencer les plaidoiries, lorsqu’arriva l’ordre du préteur : je pense que l’on attendait, pour commencer, le préteur lui-même, qui devait présider au jugement. Pline dit un peu plus bas, prœtor, qui centumvira-libus præsidet, deliberaturus an sequeretur exemplum, inopinatum nobis otium dedit ; c’était pour se donner à lui-même le temps de délibérer, qu’il remettait l’audience ; il devait donc y assister. D’ailleurs, longum silentium ne signifie pas, comme le traduit De Sacy, un profond silence, mais un long silence ; ce qui indique assez qu’on attendait encore quelqu’un pour commencer. Les juges, c’est-à-dire, les centumvirs, étaient assis, les décemvirs même étaient arrivés, les avocats étaient prêts ; on n’attendait plus que le préteur, lorsqu’au lieu du préteur, arrive l’ordre de lever la séance. Le motif en est expliqué. L’autre préteur ( car il y en avait deux ; l’un chargé de décider les contestations des étrangers entre eux ou avec les citoyens, prœtor peregrinus ; l’autre, de rendre la justice aux citoyens seulement, prœtor urbanus) avait, en entrant en charge, publié un édit où, selon la coutume, il exposait les règles qu’il se proposait de suivre dans l’administration de la justice pendant l’année : par cet édit, il remettait en vigueur les lois sévères sur les transactions entre les cliens et les avocats. Son collègue, incertain s’il devait imiter son exemple, remet à une autre audience la cause à laquelle il allait présider, et dont il avait fixé le jour avant l’édit du préteur Nepos.

249. De quelque nature qu’il fût. L’éditeur de la traduction de De Sacy avait donné cette leçon, qui quid negotii haberent. J’ai préféré, avec Schæfer, quidquid negotii haberent, comme plus clair et plus latin.

250. Qui préside. Nous avons rétabli prœsidet qui avait été changé, dans le texte de la traduction, en prœsidebat.